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Consultation sur le racisme et la discrimination
Débat autour de la notion de « communauté culturelle »
Antoine Robitaille
Le Devoir
mercredi 27 septembre 2006


Québec — Malgré toute la « bonne volonté » des rédacteurs gouvernementaux, malgré les professions de foi de la ministre de l’Immigration en faveur de « l’ouverture », le document de base de la Consultation sur le racisme et la discrimination contiendrait un langage pouvant conduire à... l’exclusion.

C’est ce qu’a cherché à démontrer James Archibald, enseignant chercheur rattaché à l’Unité de formation en traduction de l’université McGill, devant la Commission de la Culture (responsable de cette consultation), hier.

M. Archibald, selon sa spécialité, s’est attardé au « non-dit » du texte de consultation — Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination —, qu’on peut trouver sur le site www.micc.gouv.qc.ca. Il en a conclu que certaines phrases infèrent d’une manière « parfois insidieuse » qu’il y a « nous », les Québécois de souche et « les autres », les « communautés culturelles ».

En fait le chercheur en a contre l’expression de « communauté culturelle », qui peut parfois être entendue dans un sens positif, précise-t-il, mais qui, la plupart du temps, laisse croire que les gens qui les composent sont à jamais des « autres », à jamais renvoyés à leur « communauté ». Il souligne aussi l’emploi dans le texte d’un « "nous" oppositionnel » qui « s’érige en contrepartie d’autres intervenants dans cette discussion stratégique », entre autres, « les membres des communautés culturelles » et les « nouveaux arrivants », écrit-il dans son mémoire.

Selon son analyse du texte, il existerait au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC), une « hiérarchie des ayants droits » comprenant huit catégories, dans laquelle les « nouveaux arrivants » arrivent en dernier. « Le non-dit de ce texte-là, c’est qu’il y a une hiérarchie de gens qui vivent sur le territoire du Québec allant du citoyen de souche jusqu’à l’immigrant fraîchement débarqué qui arrive, qui essaie de se frayer un chemin sur le territoire de notre société », a dit M. Archibald.

Pas du « communautarisme »

Au terme de la présentation de l’universitaire, la ministre Lise Thériault a pris la parole pour rejeter le modèle qu’elle croit être sous-jacent à la position de M. Archibald, celui de l’intégration républicaine à la française. « Vous savez, en France, on a nié et on nie encore l’existence des communautés culturelles, on refuse de parler de "communautés culturelles", et regardez 20, 25, 30 ans après, les résultats », a-t-elle répondu, en évoquant les terribles émeutes survenues dans les banlieues françaises, à l’automne 2005.

Lorsque le Parti québécois était au pouvoir à la fin des années 90, le ministère responsable des immigrés avait été rebaptisé « ministère des Relations avec les citoyens ». On avait retranché la mention de « communauté culturelle » afin de le rendre plus inclusif. Mme Thériault soutient que le PQ de 2006 n’a plus de position claire sur la question, contrairement à son gouvernement qui, en réintroduisant le syntagme de « communautés culturelles » en 2003, a voulu reconnaître qu’il y avait là des « clientèles spécifiques qui ne représentent pas nécessairement les mêmes défis qu’un citoyen né ici ». Ce n’est pas pour autant du « communautarisme », a-t-elle insisté. Et c’est mieux que de dire « uniquement citoyen », ce qui revient à « noyer le poisson dans la mare ».

La consultation se poursuit jusqu’à demain. Elle siégera encore quatre jours à la fin octobre et devrait aboutir à la publication d’une politique de lutte contre le racisme au printemps prochain.




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