Des voix de bonne volonté s’élèvent de partout pour que cesse le carnage au Liban et en Israël. Mais l’objectivité et les nuances ont aussi été liquidées dans ce conflit.
Faites un test auprès des gens raisonnablement intelligents et informés autour de vous. Vous verrez qu’il est pratiquement impossible de plaider pour que l’on distribue les blâmes avec un minimum de nuances. Aucune zone grise. Tout noir ou tout blanc. Ne pas condamner entièrement Israël vous vaudra d’être, pour certains, un partisan du sionisme et de George W. Bush. Critiquer le moindrement Israël fera de vous, pour d’autres, un complice des organisations terroristes islamiques.
Imaginons deux pays voisins : le Canada et les États-Unis, ou encore la France et la Belgique. Supposons que le Canada ou la Belgique ait laissé des terroristes s’installer confortablement chez eux depuis des années et utiliser leur territoire pour lancer des missiles sur les civils américains ou français. Supposons qu’après des avertissements répétés, les gouvernements canadien et belge ne veuillent pas désarmer ces terroristes qu’ils hébergent. Que feraient, pensez-vous, les Américains ou les Français ? Continuer à recevoir des bombes sur la tête en se disant que les nouveaux voisins sont un peu fatigants ? Quel pays accepterait cela ?
Il est vrai que la riposte israélienne est d’une brutalité inouïe. Il est vrai que l’enlèvement des deux soldats israéliens, qui ne pouvait rester sans réponse, a fourni à Israël un prétexte pour essayer d’en finir avec le Hezbollah. Mais on voit mal à quoi pourrait ressembler une riposte « proportionnée », qui ne ferait pas de victimes civiles, quand le Hezbollah se dissimule dans la population au moment de lancer ses roquettes, ce qui garantit qu’elle fera les frais de l’inévitable riposte.
Mais on n’entend personne ou presque blâmer le Hezbollah d’utiliser les civils comme boucliers humains. On peut aussi être sensible à l’insoutenable drame du peuple libanais sans pour autant fermer les yeux sur le fait que son gouvernement national soit noyauté de l’intérieur par un Hezbollah qui prend ses ordres de ses vrais patrons : la Syrie et l’Iran.
Quel dialogue ?
L’émotion qui nous étreint rend inconfortable le rappel de quelques vérités élémentaires. Pas un seul des vingt-deux pays arabes n’est une véritable démocratie. Plusieurs d’entre eux manipulent cyniquement la cause palestinienne pour avancer leurs propres intérêts. Plusieurs financent des organisations terroristes qui ont des cellules de sympathisants chez nous. Des dirigeants arabes qui ont sincèrement voulu la paix, comme l’Égyptien Sadate, ont été assassinés. Le président iranien va jusqu’à nier l’Holocauste et continue à soutenir qu’il faut rayer Israël de la carte.
Israël n’est pas sans reproches non plus. Les colonies de peuplement en violation flagrante du droit international dans des territoires conquis par la force alimentent la rage des populations arabes. Couper les vivres aux Palestiniens parce qu’ils ont voté pour le Hamas était inqualifiable. On ne peut d’un côté permettre à un peuple d’élire ses dirigeants et le sanctionner ensuite d’avoir élu ceux que l’on ne veut pas.
Le problème ultime, c’est que pour dialoguer sincèrement, il faut accepter d’abandonner une partie de sa vérité pour accepter une partie de la vérité de l’autre. Dialoguer, c’est accepter que celui d’en face puisse avoir au moins un peu raison et pas entièrement tort. C’est se dire que la justice et l’injustice ne sont pas toutes d’un seul côté. Nous en sommes plus loin que jamais.
Imparfaite et boiteuse, la seule solution réaliste au drame palestinien crève pourtant les yeux : deux États souverains côte à côte, Israël et la Palestine, avec une partie de Jérusalem comme capitale pour chacun d’entre eux. Mais on voit mal, par contre, quel dialogue serait possible avec des organisations terroristes qui pratiquent un islamisme perverti et qui, bien au-delà d’Israël, ont déclaré une guerre totale et sans merci à l’Occident.


