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« Pro victis » disaient les Romains lorsqu’ils créaient une sorte de réserve pour une peuple qu’ils avaient vaincu. Ils nommaient ensuite un gouverneur romain et la province devenait un rouage quelconque dans l’empire. « Province of Quebec », ont dit les Anglais en 1763 lorsqu’ils ont découpé, à même la morte Nouvelle-France, un territoire pour les Canadiens. Puis il ont nommé un gouverneur anglais et la province est devenue une parcelle dans cet empire sur lequel le soleil n’allait plus se coucher.
La défaite cuisante de 1760 a eu des conséquences lourdes sur les plans humains et matériels. Cela est assez facilement quantifiable. Mais ce revers a laissé des traces dans un autre domaine, moins bien mesurable celui-là : celui des mentalités. C’est particulièrement pernicieux et encore plus dommageable à long terme. Les familles peuvent se refaire et les dégâts matériels se réparer mais pour les attitudes et les mentalités, c’est plus délicat. C’est sournois et obscur parce que ça relève la plupart du temps de l’inconscient. C’est aussi dévastateur parce que ça finit par imprimer souvent à tout un peuple des réflexes de colonisés.
C’est sur cette pathologie que travaillait René Lévesque quand il répétait : "Cessons d’avoir peur et faisons-nous confiance." La tâche était gigantesque mais le message a fini par passer dans une certaine mesure avec la Révolution tranquille qui a vu l’émergence d’un réel pouvoir économique québécois, le début d’une espèce de reconquête. Que voit-on aujourd’hui ? La désolation, la dépossession, le vide, le désert de l’impuissance. Qu’entendons-nous ? Le cliquetis des chaînes que nous sommes en train de nous forger.
***
Que voyons-nous ? Nous voyons un ministre Bachand banaliser le passage de nos entreprises sous contrôle extérieur en qualifiant ceux qui le déplorent de chauvins ou pire de xénophobes. Il faut préférer un peu de chauvinisme à un char d’insignifiance. Quand à la xénophobie, on voit bien que le ministre se sent à l’aise quand vient le temps de pincer la corde de cette culpabilité collective que certains ont tendue pour nous. Voir de la xénophobie dans le fait de vouloir conserver des fleurons que nous avons contribué à mettre au monde avec l’argent de nos impôts souvent, cela relève de l’indécence et de la sottise. En fait, ce ministre serait-il un colonisé conscient ? Finalement, c’est le Fonds de Solidarité qui doit être content d’en être débarrassé.
Autre cas pathétique, la ministre Jérôme-Forget, toute heureuse de son bricolage budgétaire tellement fragile qu’on devrait plutôt l’appeler la ministre des faïences avec son trésor toujours vide. Alors qu’à Ottawa on engrange des surplus qui frisent l’indécence, elle aime mieux chercher sous la table d’inexistantes miettes pour « raboudiner » sa fragilité financière. Elle est en amour avec ses budgets, en amour avec son handicap financier ! Faut tout de même le faire. Béate inconscience ou masochisme ?
Quant au ministre Pelletier, « à l’ouest, rien de nouveau ». Titulaire des « Affaires-inter-gouverne-mentales », ministre de la grande frousse constitutionnelle qui se cache pour chuchoter de vagues voeux creux et qui fait ensuite semblant de ne pas entendre la méprisante rebuffade outre-outaouaise, il n’a pas encore pris note que ce dossier est vraiment clos au Canada. Il faut se demander pourquoi diable on se paie encore un ministre pour cela. Il est un artisan inutile et surtout nuisible avec tout son bagage soporifique.
Et la pathétique ministre de la culture. Elle participe à cette stratégie libérale de l’éteignoir. Elle n’a pas compris ou feint de ne pas comprendre que la langue est le moteur de la culture et que cette culture est la charrue qui ouvre les sillons dans le processus d’affirmation d’un peuple. Au lieu d’essayer de nous cacher l’état de la situation linguistique, négation de sa formation journalistique, elle ferait peut-être mieux de placer notre langue dans la catégorie des espèces menacées au Québec. Mais elle travaille, elle aussi, à nous endormir. Ministre de la clôture, devrait-on dire.
Pour ce qui est de la ministre de « l’environronnement » et celle des Relations internationales qui doivent souvent voyager dans les valises de leurs homologues fédéraux, on pourrait aussi se passer de leurs services en attendant que ces dossiers veuillent vraiment dire quelque chose dans une perspective vraiment québécoise.
Il y a aussi le ministre Couillard, le dauphin potentiel qui doit se désoler en silence devant la remontée de son chef dans les sondages. Il pilote un ministère périlleux, ce ministre de la « sentez-vous venir le privé ? » Le rapport du pseudo-père de l’Assurance-maladie va sortir et il ne pourra plus se cacher. L’arrivée des rats à l’Hôtel-Dieu serait-elle annonciatrice de l’invasion de notre système de santé par les rongeurs du privé ?
Et de Jean Charest, le chef de cette équipe d’anesthésistes, que dire ? Ou bien il a séché souvent ses cours d’histoire, ou bien il se contente d’un statut de gestionnaire provincial. Pourtant, il doit comprendre toute la différence entre pays et province, lui qui a cherché désespérément à devenir premier ministre canadien. Ses pèlerinages à Ottawa où il traîne discrètement ses petites savates de peur de soulever l’ombre d’un soupçon de revendication ne donnent évidemment rien. Au lieu d’avoir une véritable stratégie, il aime mieux travailler à une bricole factice comme celle du Conseil de la Fédération qui lui a déjà apporté plus que sa ration de déboires. Il n’a pas encore compris qu’à bientôt 20% de ladite fédération, nous n’avons plus vraiment grand-chose à attendre. Il fait tout pour ne pas réveiller les Québécois et si parfois, il se laisse un peu emporter par des envolées vaguement autonomistes, on le prendra au sérieux quand il participera aux célébrations entourant les Fêtes des Patriotes qui figurent parmi les pères de la démocratie canadienne.
Que voilà un tableau bien déprimant. Ne s’agit-il que d’un difficile moment à passer ? Ce serait bien d’en être sûr mais quand on observe ceux qui veulent prendre la relève, on se dit qu’on est peut-être pas sorti de l’auberge. (À suivre)
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