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Les pôles de l’acte constitutionnel sont très variables. Ils dépendront des acteurs politiques et de la volonté populaire. C’est à nous qu’il incombe d’imprimer aux événements un cours décisif afin que cette Constitution ne soit pas une reddition mais bien l’amorce d’un bris de condition provinciale. - André Savard
             
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Surenchère identitaire
La surenchère identitaire à laquelle se livrent nos partis politiques est affligeante.
Lysiane Gagnon
La Presse
jeudi 13 décembre 2007


Voici le gouvernement Charest qui fricote dans la Charte des droits pour y introduire la prédominance de l’égalité des sexes sur les autres droits. Le projet de loi a été édulcoré par rapport aux déclarations initiales de M. Charest, mais il reste inacceptable.

Le Barreau, et nombre de spécialistes des droits, avaient pourtant mis le gouvernement en garde contre cette volonté, purement électoraliste, d’établir une hiérarchie entre les droits - un projet qui vise subliminalement les hassidim et les musulmans. Alors quoi, l’égalité des sexes serait plus importante que le droit à la vie, la liberté de conscience ou de parole ?

En outre, en amendant unilatéralement la charte des droits, le gouvernement Charest en réduit la portée. Il est vrai que la charte provinciale n’est pas constitutionnalisée, mais en la modifiant au fil de l’actualité politique, le gouvernement illustre son caractère relativement factice.

Les vraies chartes ne peuvent être amendées sur un coup de tête du parti au pouvoir. Tout amendement à la charte canadienne, par exemple, requiert l’approbation du parlement fédéral et de sept provinces représentant 50% de la population. Pourquoi ces précautions ? Tout simplement parce qu’en démocratie, on ne soumet pas le sort des minorités à la majorité.

Le Parti libéral du Québec, maintenant. Il veut que les immigrés s’engagent à respecter les "valeurs québécoises" que sont la primauté du français, l’égalité des sexes, la séparation de l’Église et de l’État, la démocratie, le pluralisme et la liberté. C’est prétentieux et inutile, puisque ce contrat ne comporte pas de pénalité en cas de bris.

Heureusement d’ailleurs, car dans un pays libre, on ne contraint pas les gens à adhérer à telle ou telle valeur. Nul n’a le droit de briser les lois, mais on a le droit de penser ce qu’on veut. Qu’on soit citoyen ou immigrant, on peut être contre le pluralisme ou la laïcité, on a même le droit de penser que la place d’une femme est au foyer ! Un parti qui se dit libéral devrait savoir cela.

Les postulants à l’immigration savent au départ que le Québec est francophone et fait partie du monde occidental développé. Cessons donc de nous gargariser de mots : exception faite de la primauté du français, les valeurs du Québec n’ont rien de spécifique. Elles existent dans toutes les démocraties libérales.

Le PQ des Pauline Marois et des Jean-François Lisée, qui n’a plus grand-chose à voir avec le PQ de René Lévesque, va évidemment plus loin. Le projet péquiste retirerait le droit de se présenter à des élections aux citoyens (immigrants naturalisés ou Canadiens venus d’autres provinces) qui n’auraient pas démontré une connaissance adéquate du français.

C’est déjà inadmissible, mais M. Lisée voudrait apparemment aller encore plus loin, et retirer le droit de vote aux citoyens qui n’auraient pas une connaissance minimale du français. Notons bien qu’encore ici, il ne s’agit pas d’"immigrants". Les immigrants ne votent pas. Ceux qui seraient privés de droits politiques seraient des gens qui ont la nationalité canadienne. Les priver du droit de vote ? Selon un sondage commandité par M. Lisée, 72% des Québécois applaudissent à l’idée.

Eh oui, tout comme Mario Dumont a eu un beau succès électoral en endossant la croisade de Hérouxville, le PQ récolte de gros appuis avec ce genre d’orientation. Il en récolterait probablement autant s’il réclamait le retour de la peine de mort.

Un projet de loi de la même eau (lequel, toutefois, ne comporte pas le retrait des droits politiques) a été voté par l’Assemblée nationale française. Le Parti socialiste (avec lequel le PQ prétend avoir des atomes crochus) y est farouchement opposé. Même l’UMP, le parti de Sarkozy, a des réticences ; une quarantaine de ses députés ont voté contre.

Or, les restrictions que veut apporter la France à l’immigration (tests de français pour l’obtention d’un visa, tests ADN pour prouver la filiation) se défendent mieux que celles du PQ, car on ne parle pas ici de la même catégorie d’immigrants. Ceux que visent le projet français sont des gens sans qualifications qui demandent à émigrer au titre du regroupement familial. Contrairement à la France, qui compte énormément d’immigrés illégaux, nos immigrants ont tous été sélectionnés en vertu de critères assez exigeants. Sans compter que le Québec a beaucoup plus besoin d’immigrants que la France.

- source

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No 274 - 2008

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