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Salut, Duplessis !
Pierre Vadeboncoeur
Le Devoir
mercredi 21 mars 2007


Dumont me fait étrangement penser à Duplessis. Mais cela n’est pas si étrange.

Duplessis n’avait pas de pensée, mais il adoptait les vues populaires du temps, conformistes, naïves, réactionnaires. Il flattait de cette manière les masses, surtout celles des régions et des campagnes, se coulait dans leur mentalité, s’assurant ainsi de leur appui.

Il avait initialement changé deux ou trois fois de cap, comme Mario Duvent. Il avait d’abord été partisan conservateur, comme Dumont partisan libéral. Il tourna le dos à son parti pour se glisser, comme Mario, dans le mouvement progressiste de son temps, l’Action libérale nationale, laquelle visait à renverser le régime Taschereau et à instaurer une politique plus conforme aux intérêts de la nation et du peuple.

Cette feinte ne dura pas. Le mouvement en question était une création de Paul Gouin, du Dr Philippe Hamel, de René Chaloult et de quelques autres personnages probes et clairvoyants. Duplessis se colla donc à ce groupe de réformateurs, engloba le mouvement dans un parti qu’il appela l’Union nationale, se fit élire aux élections de l936 et, désormais bien en place, roula Gouin et les autres dans la farine.

C’est à peu près la trajectoire avérée et prévisible de Mario Dumont.

Vagues, populistes, adaptables

Comme Dumont, Duplessis était de droite et, comme lui, il a d’abord fait semblant d’être à gauche, l’un se rangeant du côté du changement constitutionnel, l’autre du côté du changement politique et social.

Les idées personnelles de Duplessis étaient vagues, comme celles de Dumont : vagues, populistes et adaptables. Maurice était opportuniste et démagogue, en plus d’être ambitieux. Comme l’autre.

Une partie du peuple n’y voyait rien. Les intellectuels, dont certains dirigeants du Parti libéral, y voyaient quelque chose. Duplessis ne tenait aucun compte des intellectuels, qu’il appelait des « joueurs de piano ». Lui-même n’avait guère de formation.

Il refoula la récente conscience politique et sociale de son temps et fut pendant plus de 20 ans l’instrument de la réaction.

Salut, Maurice ! Long time no see ! Ça va ?

***

Pierre Vadeboncoeur, Écrivain

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No 274 - 2008

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