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Regardons le cœur du problème svp
Comment sont les choses d’un point de vue de la Côte-Nord
Pierre Bouchard
Tribune libre de Vigile
samedi 28 juin 2008      225 visites      4 messages


Je m’appelle Pierre Bouchard, je soumets 3 ou 4 textes chaque année à Vigile, je remercie M. Frappier, et je voudrais, avant d’y aller avec mon propos, faire une petite mise au point. Je lis ici depuis quelques temps des commentaires de M. Pierre B., et on jurerait que ça vient de moi tellement ça ressemble à ce que j’écris ici et ailleurs depuis 1997. Mais je n’en veux pas à Pierre B., je ne le connais pas. Et je ne prétends pas à l’exclusivité des idées, ni même du style.

J’ai envoyé ma photo avec ce texte ; j’habite Les Escoumins, sur la Côte-Nord, à 3 heures de route à l’est de Québec. La communauté innu Essipit vit au cœur de la municipalité, je suis sensible à leur cause, je comprends leur nation, et je comprends la mienne. J’aurai 43 ans ce mois-ci, je suis fonctionnaire, je travaille en informatique. Mon métier est d’essayer d’organiser efficacement les informations utiles disponibles. J’ai tenu le site "Questions de société" de 1997 à 2004. J’ai des contacts furtifs avec M. Frappier depuis ce temps.

Je crois qu’on ne peut véritablement faire confiance à quelqu’un que si on le connaît un petit peu. Personnellement, j’ai de la misère avec les surnoms, comme M. Ougho (mais j’apprécie ses textes), chacun a ses raisons

Ceux qui m’ont déjà lu diront que je me répète. Je crois qu’on ne m’entend pas, personne ici ne discute du fond des choses quand on discute de ce qu’il faut faire pour avoir un jour notre pays. En tout cas c’est rare, et on n’élabore pas. M. Gilles Bousquet par exemple, ne mériterait pas d’être éventuellement ostracisé. Il m’a déjà interpellé en commentant mon texte "Soyons concrets et conséquents", et bien qu’il semble avoir une idée fixe et l’esprit de contradiction bien développé, ce qu’il dit a du bon sens. De ses paroles je ne comprends pas, moi, qu’il désire lui-même une confédération ; il ne fait que dire que c’est ce que la majorité des québécois veulent. M. Bousquet en fait le constat, comme moi. C’est une attitude inconséquente, voire irresponsable chez le québécois moyen qui se désintéresse de ce qui arrive à la société dans laquelle il baigne, mais c’est vraiment comme ça. M. Raymond Poulin, j’apprécie votre pensée et je ne manque pas d’imprimer vos textes quand je les vois passer (comme ceux de M. René-Marcel Sauvé, Georges-Etienne Cartier, Paul-Emile Roy, et bien d’autres), et je crois bien que tout le monde fait le même constat que moi, en fait. Mais personne n’en parle jamais.

Il est clair qu’il n’y a rien à faire d’autre que l’indépendance. Si on veut une confédération des nations, il faut passer par là. Même M. Bousquet doit être d’accord. Les québécois sont majoritairement confédéralistes, mais ils sont aussi très désengagés de la chose politique, ça leur passe dix pieds par-dessus la tête. Ils refusent d’essayer de comprendre que dans l’état actuel des choses, la véritable confédération avec les canadians est impossible. Pour les canadian, il n’y a pas de véritable problème au Canada, les Quebecers finiront bien un jour par rentrer dans le rang. Je crie et je répète à mes concitoyens militants que nous ne sommes pas pris au sérieux, autant par le ROC que par nos compatriotes. La confédération ne serait possible qu’après l’indépendance du Québec, bien qu’en effet, on ne voit pas pourquoi on se presserait à se rattacher ainsi à un pays qui nous a toujours nié et qui a toujours voulu nous engloutir. L’indépendance apparaît aux désintéressés québécois comme un remède de cheval pour une petite toux. En général, les Québécois refusent de croire en la nécessité de l’indépendance parce que les médias leur disent depuis toujours que le ROC est autant sinon plus accueillant et tolérant que nous, au Québec. Dans la tête des gens en majorité, c’est encore le Canada qui compte, qui rayonne et qui est la référence de civilisation, pas le Québec.

Les principaux partis politiques de la province sont coupables de fausse représentation : le PQ est là pour prendre le pouvoir, même aux dépens de l’indépendance (il se contente du tiers des votes). Il se trouve à dire objectivement "je ne ferai pas vraiment l’indépendance, votez pour moi".

Au PLQ, c’est pire : on laisse croire que les choses peuvent s’améliorer pour le Québec dans le Canada, alors que ça ne fait que se détériorer, les murs craquent, chaque mois on mange une claque sur la gueule. Depuis Robert Bourassa, depuis Meech, le PLQ est un parti de négation de la réalité.

examiner le problème en face

Le ROC n’est pas, dans la tête des gens, le méchant mange-québécois qu’il est pourtant clairement à nos yeux à nous. Pour le dire de belle façon, l’empire Desmarais règne et persévère, des gens brillants se prostituent à culpabiliser leurs semblables, et les cupides savent où se trouve la fontaine d’argent. Tant que l’ennemi ne sera pas clairement montré et compris, tant que ses agissements continueront d’être systématiquement minimisés, cachés, rien ne sera possible.

Les gens modérés ont raison, pour convaincre minimalement, il faut se montrer exemplaire. Ça ne signifie pas, cependant, amoindrir la gravité des faits. Il faut avoir de la mémoire, il faut savoir voir la trame des événements à l’échelle des décennies. Il faut montrer patte blanche quand on est journaliste au Québec, d’accord, mais je dis qu’il faut alors forcer un peu plus, avoir du courage, et quand même identifier clairement l’ennemi. Il y a moyen de le faire correctement, ce n’est pas contradictoire. Quelques chroniqueurs commencent à se dégourdir. Michel Vastel ne se gêne plus, lui, depuis quelques années.

"Mais il n’y a pas d’ennemis, voyons, c’est dans ta tête, ça". Pensez ce que vous voulez, mais la très grande majorité des québécois pensent cela. Il n’y a pas d’ennemi. Il n’y a pas véritablement de problème, nous ne sommes pas menacés. Les gens pensent comme ça. Leurs préoccupations sont d’ordre économique d’abord et avant tout. Et comme les autres occidentaux, nous sommes individualistes. Je ne comprends pas que nous ne soyons pas tous d’accords, ici sur Vigile, avec ça. En dehors de Montréal, les Québécois sont comme ça, non ? Le travail commence à cette étape, il ne faut pas l’escamoter. A lire certains textes on croirait parfois que la population est au même diapason que nous et que ce ne sont que les politiciens qui ne passent pas à l’action. Pourtant, les politiciens ne font que s’adapter aux gens, sans rien proposer qui les bousculerait trop. Il y va de leur travail, chacun lit la réalité avec ses lunettes.

Avant d’essayer de convaincre les Québécois qu’il est nécessaire d’avoir notre propre pays, il faudrait leur ouvrir les yeux quant à leur condition. Les gens ne savent pas, ils ne se rendent pas compte de la gravité de la situation. C’est pour ça que des gens comme Pierre Falardeau, que j’admire beaucoup, ou Victor-Lévy Beaulieu, passent pour des clowns. C’est pour ça que, à la télé d’état ou dans les pages de Desmarais, on ne se gêne pas pour les ridiculiser. Ce que je dis ici, ça ressemble au discours des témoins de Jéhova. Je dis aux gens "réveillez-vous". C’est ça notre problème. Nous avons l’air de témoins de Jéhova.

Quant à moi, la profession journalistique au Québec est coupable d’un manque d’éthique évident à cet égard. Tout un pan de la réalité est occulté sciemment, parce que disqualifié en partant : imaginez, on nous parle de guerre et de méchants anglos. Comme le faisaient les promoteurs de cigarettes et de pétrole d’une autre époque, on refuse d’accorder du sérieux à de tels discours qui empêchent la machine de fonctionner. Les journalistes, chroniqueurs et éditorialistes en général semblent mal comprendre leur rôle lorsqu’ils sélectionnent les faits, lorsqu’ils montent leur show "PowerPoint" des nouvelles de 22 heures. En fait ils le comprennent trop bien, leur rôle, ils connaissent le patron. Aucun médium d’information n’est totalement objectif.

la langue

Une étude récente nous apprenait que la plupart des discussions et des débats laissaient toujours la grande majorité des intervenants sur leurs positions respectives, que personne ne convainc jamais personne, ou presque. Je n’ai pas lu le dernier livre de Marc Angenot, "Dialogues de sourds", mais je le ferai un jour. Louis Cornellier (Le Devoir 14 juin 2008) en parle en disant : "les critères de validité d’une argumentation sont toujours flous et contestables et cela explique la permanence des désaccords, de même que la compulsion rhétorique".

L’an dernier un sondage révélait que près de la moitié de la population au Québec ne comprennent pas toujours ce qu’ils lisent !! Qu’avec les nuances et les subtilités, ou simplement un article trop long, trop détaillé, on s’y perd. C’est épouvantable, je ne comprends pas, moi, que ça n’ait pas alerté personne. On touche au cœur de la langue française, à ce à quoi elle sert, à ce à quoi sert toute langue. Techniquement, y aurait-il chez nous un décalage plus grand qu’ailleurs entre la pensée et l’expression parlée ? Nous disons toujours qu’il faut protéger la langue, qu’un jour peut-être nous ne parlerons plus français au Québec. Moi je m’inquiète de la manière de penser des gens, et cela est intrinsèque à la langue. Je sais bien que j’entre ici en territoire dangereux, que je prête flanc à la critique qui pourrait me descendre en 2 temps 3 mouvements. Mais je n’ai pas la prétention d’expliquer les choses, je ne veux que décrire ce que je vois. Or je vois ça, des êtres parlant mais ayant de la difficulté à penser correctement, techniquement parlant, donc à s’exprimer convenablement. Trop souvent on ne dit pas complètement ce qu’on veut vraiment dire, et je soupçonne que c’est plus que de la peur, plus que la crainte de la chicane. On préfère se taire pour ne pas prêter flanc à la critique (on se sent intellectuellement inférieur, voire non autorisé), et on préfère rester campé sur ses positions, aussi floues soient-elles.

L’an dernier lors du même sondage, une personne sur 4 se disait incapable de dire de quoi il est question lorsqu’on mentionne les derniers grands moments historiques (Révolution tranquille, Meech, loi Clarté, ...). C’est assez désespérant et très inquiétant. Le travail de sape de Power Corporation est efficace. Dans tout l’est de la province, et dans la grande région de Québec, en Beauce par exemple, depuis les années soixante, les gens sérieux s’informent en lisant le journal Le Soleil, de Paul Desmarais. Le journal de Québec est moins sérieux, c’est plutôt populiste. La Presse a fait ses petits aussi. Le journal Le Devoir est encore considéré, imaginez-vous donc, comme un journal d’opinions, donc non objectif. Ça change un peu avec le temps mais les mentalités ne sont pas pressées.

Les publicités nous bombardent l’intellect, c’est ça la publicité. Qu’on cesse donc de croire que seuls les moins avisés en sont les victimes. Cessons donc de nous accomoder de ces bombardements publicitaires agressifs. La publicité, c’est la propagande active. Les idées sont présentées en anglais, dans un style et une philosophie anglo nord-américaine, mais avec des mots français. Et plus c’est bien fait, plus on aime ça. Je sais apprécier les publicités bien faites, mais ça ne m’empêche pas de penser, à chaque fois que je reste passif devant une pub, que je participe concrètement à mon propre conditionnement.

On pourrait discuter longtemps là-dessus, je l’ai déjà fait ailleurs et ce n’est pas mon propos. Mais je souhaite que les élites nationalistes qui aspirent à gouverner comprennent un jour cette réalité. C’est rire du monde que d’affirmer, par exemple, qu’on fera la souveraineté sans dépenser de l’argent public. Qu’est-ce que c’est que cette mentalité ?

Il y a un fossé entre ce qu’on veut faire, dans notre tête à nous, et ce qu’on fait en réalité, dans la tête des autres. C’est toujours comme ça, il faut travailler avec ça, c’est l’art de la politique. Nous en sommes toujours là, et ne comptons pas sur Mme Marois pour y changer quoi que ce soit.

le Parti Québécois

Comme M. Georges-Etienne Cartier le disait le 23 juin dernier, René Lévesque était l’un des plus grands d’entre nous parce qu’il a su faire germer la nation québécoise telle qu’on la connaît aujourd’hui, il lui a dit de cesser d’avoir peur et de se prendre en main. Et René Lévesque aimait les gens. Mais comme tout le monde, il n’avait pas raison sur tout. Je ne développe pas là-dessus, je ne connais pas beaucoup René Lévesque. Je veux juste dire que personne ne détient la vérité, et que se faire taire en citant des noms, c’est un procédé déplacé.

Depuis Bernard Landry, bien que Bouchard avant lui a fortement déçu, ça fait mal au cœur de voter pour le PQ. Comme le disait Jean-Pierre Charbonneau au Club des Ex à RDI, les autorités dirigeantes du PQ refusent encore et toujours d’admettre qu’avec 30 à 40 % des votes, tout ce qu’on réussit à faire, c’est de prendre le pouvoir. Le PQ refuse de comprendre qu’en s’en tenant à cela, jamais il ne pourra sérieusement entreprendre la révolution et faire naitre le pays. Le PQ ne cherche pas réellement l’assentiment d’une majorité, le PQ se comporte comme un petit parti de province. Il ferme la porte aux changements structurels (ex. : le régime républicain), aux modes de scrutins (je veux un vote à 2 tours aux élections, et même principe pour un éventuel référendum), aux propositions de Constitution, etc. Le PQ est une petite clique de différents horizons qui semble déconnectés de la réalité. Le PQ, conséquemment, n’est pas réellement intéressé à faire l’indépendance, il ne prend pas ça au sérieux, les carrières de chacun passent avant la cause, et ça fait mal au cœur.

On peut bien dire que la formation d’un autre parti politique, le PI, divise les forces, mais nous sommes dans une situation désespérée quant aux choix qui nous sont offerts, et la division est déjà cristallisée avec l’ADQ et Québec Solidaire. Personne ne veut vraiment faire la souveraineté du Québec. Les rares qui sont sincères, on les tasse. Voter pour le PI, c’est travailler à plus long terme, à très long terme. Il semble qu’il n’y ait pas d’autres moyens d’avancer. Ça, ou un messie à la tête du PQ.

Malgré ces sentiments je reste optimiste. Le jeu politique ressemble aux fluides de l’atmosphère, et un petit rien peut venir troubler le climat paisible canadian, provoquer des rafales, des inondations, etc. Le PQ et le BQ attendent le grand tremblement de terre. On parle de faire la révolution, dans le calme et sans effusion de sang, mais la révolution quand même. Il faut le dire honnêtement.

***

En terminant, un petit mot au sujet de la Commission Bouchard-Taylor. La plupart des textes que j’ai lus montrent bien l’acte qu’ont posé les 2 commissaires. Josée Legault a bien expliqué qu’on a procédé en ignorant l’essentiel.

Jocelyn Létourneau, ce scientifique subventionné par le Canada, trouve que les Québécois ne constituent pas encore une nation. C’est en construction mais nous n’y sommes pas encore. Comme nous ne sommes pas encore une nation, nous ne devrions rien bousculer, nous devrions nous laisser aller, vivre au gré des circonstances. M. Létourneau refuse de voir que l’ile du Québec est dans un océan de gens anglophones, britanniques et blancs. M. Létourneau voit des nations matures et des ado-nations. Que les petits laissent les vrais hommes parler.

Merci beaucoup M. Létourneau. Merci aussi, MM. Bouchard et Taylor.

***

Je crois personnellement que nous n’attendrons pas encore 10 ans avant qu’on puisse regarder à la télé une multitude d’émissions télé diffusées sur le réseau internet. Je crois que les outils pour ce faire, comme c’est le cas pour les musiciens, permettront très vite aux artistes et aux créateurs de produire des émissions de qualité et de les diffuser eux-mêmes. En matière de services et de produits numériques, les réseaux de distribution tendent à disparaître. Seuls ceux qui offrent des services encore utiles survivent. Je souhaite de tout cœur que jamais les gouvernements ne se mettent à subventionner les industries de distribution tout en bloquant les initiatives individuelles, ce qui serait anti-démocratique.

Nous avons changé d’ère, les communications numériques ouvrent la planète à chaque humain (ce n’est pas encore vrai pour tout le monde), comme jadis le téléphone permettaient aux gens dans les campagnes de communiquer entre eux.

Vigile a du contenu, il a de l’avenir. Que ce soit en association avec Télé-Québec par exemple, ou avec Le Devoir, ou que ce soit par tout autre moyen, je crois bien qu’un jour nous aurons nos émissions télé de Vigile. Dès aujourd’hui, si des références à Vigile étaient entendues de temps en temps à la télé ou à la radio, l’affluence augmenterait, Vigile commencerait à se faire connaître de la population, il forgerait sa personnalité dans la tête du grand public. Je le dis, avec les technologies d’aujourd’hui, tout est possible. Les bonnes idées se cultivent. Pensez à Google, à YouTube, à E-Bay et aux Têtes à Claques.

Pierre Bouchard
Les Escoumins

26 juin 2008

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • Regardons le cœur du problème svp
    28 juin 2008, par Raymond Poulin

    Monsieur Bouchard, merci de votre texte. En langage simple et clair, il donne un aperçu plutôt juste de ce que pensent plusieurs Québécois, à tort ou à raison, et dont il faudrait bien se pénétrer avant de vouloir les convaincre de quoi que ce soit. Il s’avère, en effet, que les mouvements et les partis indépendantistes oublient trop souvent le décalage entre la vaste majorité de la population et le langage qu’ils leur tiennent, de sorte qu’ils en arrivent, sans trop s’en apercevoir, à tenir une conversation et des débats dans un langage où ils se comprennent presque exclusivement entre eux, lorsque d’aventure ils se comprennent... Ce n’est pourtant pas verser dans le populisme que de parler à quelqu’un de manière à en être compris, mais de l’effectivité, chose que négligent non seulement les intellectuels indépendantistes mais beaucoup d’universitaires, y compris moi-même. Il y a moyen d’employer une langue à la fois correcte, claire et vivante sans faire constamment étalage de son jargon professionnel ou culturel. Une cause ne peut gagner qu’avec l’appui de la population en général et pas seulement avec celui des têtes d’oeuf. Il semble que cela soit mieux compris chez les fédéralistes, qui ont souvent le sens de la propagande plutôt développé.

    Vous tenez, sur la difficulté et parfois l’impuissance à exprimer adéquatement la pensée à cause des carences communes sur le plan de la langue , un discours qui, si je m’en rapporte à ce que je constate depuis longtemps dans l’enseignement, correspond à la réalité, une réalité occultée, le plus souvent, par un courant pédagogique qui joue à l’autruche depuis une trentaine d’années. J’ai fini par me convaincre que ce courant fait l’affaire de bien des politiciens : au pays des aveugles, les borgnes sont rois, autant sur le plan politique que sur le plan économique. Cela n’est pas exclusif au Québec mais peut-être pire en Amérique du Nord qu’ailleurs.


  • Regardons le cœur du problème svp
    28 juin 2008, par Gilles Bousquet

    Féliciatations pour votre long et très intéressante intervention. J’y ai relevé les 2 phrases suivantes qui me semblent fort pertinentes : « La confédération ne serait possible qu’après l’indépendance du Québec, bien qu’en effet, on ne voit pas pourquoi on se presserait à se rattacher ainsi à un pays qui nous a toujours nié et qui a toujours voulu nous engloutir. L’indépendance apparaît aux désintéressés québécois comme un remède de cheval pour une petite toux. »

    Tous les peuples conquérants ont voulu, de tous temps, engloutir les peuples qu’ils ont conquis. Les Anglais n’ont pas été pires que les autres là dessus. Ça fait longtemps qu’ils ont cessé d’avoir cette idée fixe sauf qu’ils doivent bien espérer qu’on lâchent le français un des ces jours pour économiser sur les traductions et ne plus forcer les chefs de partis, qui veulent devenir premier-ministre fédéral, à être bilingues mur-à-mur pour y accéder.

    Pour ce qui est de l’idée qu’il faut se séparer absolument avanr de négocier une confédération, c’est une possibilité mais pas nécessité ou une obligation. Pour commencer, le ROC ne voudra pas négocier quoi que ce soit mais...la Cour suprème du Canada a statué que le ROC devra négocier avec le Québec ce qui sera voulu clairement par les Québécois. Plus le pourcentage de OUI sera élevé à une question sur un changement constitutionnel au Québec, plus la "province" sera forte pour négocier. PRIMAIRE.

    Si les Québécois ne veulent pas dire OUI, en assez grand nombre, à un changement pour ou vers la souveraineté, dans une forme ou une autre avec ou sans association ou confédération, oublions ça, ça ne se fera pas...point...genre.

    Vous avez raison, c’est vrai q’un bon pourcentage de Québécois qui ont une bonne job et un bon boss peuvent penser que l’indépendance est un remède de cheval pour leur petite toux parce qu’ils ont de la difficulté à se trouver engloutis par l’autre.


  • Regardons le cœur du problème svp
    29 juin 2008, par Marcel Haché

    M. Bouchard

    Je ne vais pas vous apprendre qu’Internet, c’est la révolution. Surtout que vous êtes fonctionnaire, à même d’en vérifier au quotidien les immenses possibilités. Comme cela fait quelques mois seulement que j’ai découvert Vigile, vous devinez la possibilité que j’ai, depuis, d’y lire beaucoup sur ma famille politique. Sur notre famille politique. L’actualité de Vigile, les articles passés aussi. Je me joins à vous pour saluer, et remercier, celui ou ceux qui ont pensé Vigile. Je lis souvent que c’est M. Frappier. Chapeau à lui ! A ceux qui l’animent aussi. Je trouve ici beaucoup de talent, de générosité, de fidélité.

    Vigile, c’est la famille à la table. Comme les Plouffe !

    Permettez-moi de vous raconter une toute petite anecdote, pas longue, avant d’en venir à votre texte. Cela s’est passé autour des années 60-70. Jean Marchand. C’était un ministre sénior du gouvernement libéral fédéral. Précédemment, Il avait été le chef syndical de la C.S.N. S’était illustré dans une grève célèbre, Asbestos, que je n’ai pas connue, et s’était tiraillé alors à rien de moins que le PM. du Québec, Maurice Duplessis, dit le cheuf. Deux hommes de caractère. Deux nationalistes. Mais Marchand, un côté panache. Un côté grande gueule aussi.

    Même si nous n’étions pas beaucoup de séparatistes au Québec (nous étions très loin des 25- 30% de maintenant, avec appui très stable autour de 40% à la souveraineté, ce qui nous fait tant désespérer ! Pour rien !), Marchand semblait aimer çà, lui, « gosser » les séparatisss. Des farces ! Mais qui passaient sérieusement à la T.V. : « Allez pas vous imaginer, vous-autes, là, que l’indépendaaance du Québec vous ferait pousser des oranges ! »

    Les étudiants dont j’étais comprenaient bien le message du ministre, ils comprenaient aussi qu’il ne comprenait pas l’indépendantisme. Malgré qu’il était indiscutablement un nationaliste canadien-français. René Lévesque lui-même avait été un nationaliste canadien-français, avant d’avoir été un nationaliste québécois ! Mais nous n’avions pas Vigile à cette époque ! Parce que si Vigile avait existé, à cette époque, si nous avions pu être à la table, avec Jean Marchand, comme dans le film, les Plouffe ! Nous aurions bien ri de ce qui était drôle, mais peut-être aussi que nous aurions pu la lui faire avaler, sa maudite orange, la pelure avec ! C’est un peu çà qui est arrivé dernièrement à M. Gérard Bouchard, de la Commission : Vigile a puissamment servi à corriger ce qui devait l’être. Et c’est tout le peuple indépendantiste, avec Vigile, qui n’est plus sans défense. (Je sais qu’il y a d’autres lieux indépendantistes !)

    Vous parlez du long terme en ce qui a trait à l’indépendance du Québec ?

    Tant de chemin a été fait. Les techniques auxquelles vous faites allusion à la fin de votre texte, allez savoir si elles ne raccourciraient pas les dernières échéances de beaucoup !

    L’indépendance est loin ou proche selon notre détermination. Et moi aussi, comme vous et M.Cartier, je crois que c’est le plus tenace qui gagne à la fin. Et nous gagnerons !


  • Regardons le cœur du problème svp
    29 juin 2008, par Pierre Bouchard, Escoumins

    Je réponds ici aux commentaires précédents.

    Bonjour M. Poulin, merci de commenter mon texte. Je suis moi aussi un produit de l’université Laval, et je suis entouré d’ingénieurs spécialisés. Les gens ne font pas exprès, et de façon générale, parler en employant ce dont on est tissé, parler selon notre moule, c’est normal, c’est naturel.

    Pour ce qui est de la langue, ce qui me frappe particulièrement, c’est la répudiation de moins en moins gênée de l’acte de lire. On n’aime pas ça, lire, surtout lorsqu’il y a plus d’une page. Demander à quelqu’un de lire un texte, c’est une grosse faveur, on lui demande un effort désagréable. C’est comme ça partout, à la maison, au travail, dans nos loisirs. Bon il ne faut pas exagérer. En fait beaucoup de gens aiment lire et lisent beaucoup. Mais je parle de lire quelque chose qui ne nous attire pas particulièrement, lire quelque chose parce qu’on y est obligé par exemple. Personnellement, je me prépare toujours avant une réunion avec mes collègues, j’ai des pages de notes. Mais je n’aime pas imposer aux autres, lors d’une réunion, que je leur lise mes notes. Pourtant, ma pensée claire et organisée, c’est celle-là, celle qui est écrite. Quand je parle et que je m’exprime, ceux qui me connaissent pourraient le confirmer, je ne suis pas clair trop souvent, toujours pas assez patient, etc. Je propose quelques fois à mes collègues, avant une réunion, que je leur transmette quelques pages pertinentes, de mon cru, afin de sauver du temps. Ce que je veux faire, je sais bien que ce n’est pas réellement ça qui se passe, dans la tête des autres. Je les importune. Je semble vouloir prendre de l’avance et imposer ma vision, etc. Rassurez-vous, j’ai compris assez vite, je n’insiste pas.

    Bien que mes parents sont tous les deux des enseignants retraités, je ne m’y connais vraiment pas quant aux fonctionnements et aux philosophies sous-jacentes dans la pratique de l’enseignement au Québec. Mais je voudrais dire qu’en comparaison avec ce que j’ai vécu moi-même à l’école, avec ce qui m’en reste comme souvenir aujourd’hui, je constate des manques mais aussi des avantages dans les méthodes d’aujourd’hui. Mon gars de 14 ans et ma fille de 11 ans vont à l’école publique. Ils ont appris très jeunes à s’exprimer, à parler devant un public par exemple. Juste ça, c’est très gros. Nous n’avions pas ça, nous.

    Notre commission scolaire vient de réintégrer les moyennes de groupe dans les bulletins, ce qui est apprécié. Même si les notes chiffrées ne sont qu’une traduction automatisée par un logiciel des codes alphabétiques que les professeurs continuent d’employer, nous avons au moins une référence, les moyennes. De toute façon, avec tout ce qu’un enseignant doit évaluer dans l’enseignement d’aujourd’hui, comment voulez-vous qu’il puisse chiffrer cela ? Les "A", "B", "C" etc. sont certainement plus honnêtes, de ce point de vue. Il est possible que ça tire tout le monde vers le haut, si on cherche la quantification et les moyennes, mais je ne vois pas comment je pourrais, moi, mettre des notes chiffrées, précises, sur les compétences d’analyse de problème et de démarche de solution, avec 30 jeunes de 10 ans. Il me semble que c’est fou.

    Je trouve regrettable, par ailleurs, que nous utilisions encore tant et tant de règles de grammaire et de syntaxe qui ne font qu’emmerder tout le monde. Je suis bon en français, moi-même, je n’ai pas de difficulté. Mais j’ai une tête de cochon, je décide par exemple de ne jamais mettre l’accent circonflexe sur les "i", ça m’énerve. Tout le monde comprend quand même ce dont je parle. Je ne me gêne pas pour commencer une phrase avec un "Mais". Quand j’écris, je parle aux gens, je leur parle comme j’aimerais le faire de vive voix.

    Je ne dis pas qu’on devrait râper la langue française parce qu’elle est trop compliquée, non, ce serait la tuer. Mais les langues sont vivantes, et nous, au Québec, nous la nourrissons. Nous avons le droit. Je demande que toutes les règles compliquées inutilement soient revues et corrigées. Ça se fera avec le temps. Alors le bon français, l’aisance à lire et à écrire, devrait mieux nous outiller pour affronter la vie. Pour penser, mécaniquement, d’une façon appropriée, appropriée à ce que nous sommes, donc pour exister pleinement. Je ne sais pas si c’est clair, mais pour moi, c’est ça la culture française, c’est-à-dire que nous sommes autre chose que de culture anglo-saxonne. Quand on dit que la langue c’est le cœur de notre identité, moi, c’est comme ça que je l’entends.

    ***

    Bonjour M. Bousquet.

    Vous êtes original, vous dites ce que vous pensez et vous vous gardez bien d’insulter qui que ce soit. Votre attitude dérange probablement, mais moi je l’apprécie. Vous dites plusieurs choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord, vous donnez parfois l’impression de garrocher des impressions quelque peu hors sujet, mais vous êtes sympatique.

    Vous dites que les anglais n’ont plus le désir de nous engloutir. Je n’ai pas voyagé dans ma vie, sauf quelques fois à Old Orchard (il faut bien faire ses classes !) et une fois en Virginie. Ma belle-famille est américanophile.

    M. Bousquet, observez le comportement des décideurs économiques. Vous souvenez-vous de ce Québécois dont le nom m’échappe qui était en train de devenir le plus important promoteur immobilier à Toronto, dans les années 70 ? Les banques torontoises se sont concertées et ont bloqué les investissements. M. Bousquet, ça n’a pas changé.

    Nos médias perpétuent l’illusion narcissique que la culture britannique vaut mieux que les autres sur cette planète. Un vrai citoyen se comporte en Britannique, pas autrement ! Personne sur terre ne peut mieux organiser et vivre la démocratie que les esprits britanniques. Bref, qui n’est pas britannique en son âme et conscience demeure toujours inférieur. Inférieur. Ainsi pensent bien des canadians.

    Il ne faut pas capoter, c’est un peu exagéré, mais j’ai déjà lu un journaliste ontarien qui louangeait l’hypothèse que la Grande Bretagne se joigne à l’ALENA, si mon souvenir est bon. Je gars ne touchait plus à terre (comme quelques uns d’entre nous des fois), il ajoutait que l’Australie et la Nouvelle-Zélande devraient elles aussi se joindre à ce groupe, qu’ainsi rayonnerait sur la planète toute la grandeur de la civilisation la plus aboutie (l’anglo-saxon), et qu’en conséquence, la paix adviendrait un jour sur terre, ou quelque chose du genre.

    Dire que ces gens là se croient ouverts, se croient universalistes (dans notre réalité ils sont plutôt impérialistes). Il ne voient pas clair. Les étatsuniens ont réélu Georges Bush. Les étatsuniens, en général, ne comprennent pas pourquoi on ne les aime plus. On les a assez vu, il n’y a qu’au tiers monde et dans les pays où ils ont le gros bout du bâton qu’ils sont encore appréciés. Les USA, c’est une grosse brute qui ne se voit pas aller.

    Pour ce qui est de la façon d’avancer au sujet de notre "question nationale", vous avez raison, votre proposition mérite d’être examinée. J’ai écrit plusieurs textes sur le sujet. Je ne sais pas ce qui est le mieux, stratégiquement (élection référendaire, référendum sur la confédération, etc.). Je suis partisan de l’idée qu’il faudrait bien un jour que le Québec prenne position. Il ne l’a jamais fait depuis le Canada d’aujourd’hui. Prenons donc une position, en effet, disons donc autre chose que juste "non" à chaque 15 ans. Je parlais de fausse représentation du PQ : à cause de son attitude figée, c’est encore et toujours le statu quo.

    Des changements fondamentaux sont nécessaires dans le mode de scrutin (je ne pense pas aux proportionnelles) et dans notre régime parlementaire, conséquemment. Nous avons besoin d’une Constitution.

    En grande partie, les gens votent pour la personnalité la plus rassurante, en tout cas celui ou celle qui fera le meilleur premier ministre. Prenons en acte. Les gens votent en fait pour un président, alors instituons le régime républicain. On pourra voter pour les péquistes ou les libéraux ou les autres pour ce qui est des ministères et du chef du gouvernement, mais tout sera plus légitime.

    Dans mon texte original je dis que je veux des élections à 2 tours, comme en France. On sait que ça a dérapé avec l’élection de Chirac mais en général, les élus sont beaucoup plus légitimes d’occuper leurs fonctions qu’ici au Québec. Les gens appuieraient Dumont et Charest au premier tour, d’un côté, et Marois et David-Kadir de l’autre. Le premier tour départagerait les belligérants, et tout le monde votent à nouveau 1 ou 2 semaines plus tard, avec seulement 2 candidats. Dans un régime présidentiel, ça, ça ne me fait pas peur.

    Dans l’immédiat, avec en tête la nécessité de prendre position, d’avancer, j’ai proposé quelque chose à la fin du texte "les Québécois ne sont pas vraiment ambivalents" ici sur Vigile. Je propose de poser la question aux Québécois : « Voulez-vous que la Constitution du Canada, que toutes les autorités du Québec n’ont jamais acceptée depuis sa transformation forcée en 1982, soit revue et corrigée pour qu’elle prenne compte de la réalité nationale des Québécois et des Amérindiens ? » Avec un vote à 70% des Québécois, on aura matérialisé la nation, on aura accéléré la prise de conscience des citoyens. Nous aurons pour la première fois une existence formelle sur la planète, et une posture solide face au Canada. Après une telle déclaration des Québécois, il ne sera plus possible, pour quiconque, de nier la réalité. Mais je n’insiste pas avec ça, je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure chose à faire dans les circonstances. Il y aurait moyen aussi de poser 2 questions, la deuxième correspondant à la première réponse, le même principe qu’une élections à 2 tours. Il faudrait changer la loi référendaire. Les gens de la population ne sont pas des idiots, c’est respecter leur intelligence et les prendre au sérieux que d’obtenir d’eux une réponse moins bête que juste "oui" ou "non".

    L’important c’est d’être honnête dans notre proposition de gouvernance.

    ***

    Bonjour M. Haché.

    Vous avez raison de saluer les pionniers de Vigile, avec Bernard Frappier au premier chef. Et votre bonne humeur fait du bien en cette journée de pluie grise. Je suis heureux d’être à table en votre compagnie.

    Si j’ai ajouté ce bout de texte à la fin, au sujet des technologies, c’est bien pour susciter l’enthousiasme. Je suis sincère en croyant que bien des choses sont possibles immédiatement. Il faut des contacts, un réseau de gens sur qui on peut compter, on ne s’en sort pas autrement. Mais je ne m’y connais pas, moi. Je n’ai que des idées.

    Mes salutations

    Pierre Bouchard Les Escoumins 29 juin 2008




Premier colloque annuel

L’Institut de recherche sur le français en Amérique tiendra son premier colloque le 28 novembre prochain


No 274 - 2008

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