|
|
| Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production. | |||||
| Financement 2008 |
| Objectif : 20000$ | |||
Lundi, en fin de journée, nous apprenions que la SRC s’était excusée préventivement auprès de Fabienne Larouche pour les propos qu’aurait tenus Chantal Fontaine à son égard lors de l’émission « Tout le monde en parle », en raison du fait qu’elle avait avoué son malaise face au traitement cavalier qu’elle aurait reçu de la part de l’équipe de production de la série Virginie. Le monde à l’envers.
Signe des temps, les gens doivent maintenant s’excuser pour les vérités dites en onde.
Pierre Curzi dénonce le manque d’objectivité de Christine St-Pierre qui n’a rien fait pour protéger la loi 101 depuis qu’elle est ministre, il exagère.
Les conservateurs montent un stratagème pour profiter des failles de la loi sur le financement des partis politiques fédéraux et n’invitent que quelques journalistes pour s’expliquer et il faudrait que ceux qui n’ont pas été invités plient l’échine et acceptent leur sort en renonçant à chercher la vérité. Tout ce qu’ils pourront dire sera tinté de manque d’impartialité parce qu’ils sont frustrés et revanchards.
La Maison Blanche utilise des experts militaires pour manipuler le message sur la guerre en Irak, nous devrions reconnaître la primauté de l’intérêt national américain sur le droit du public à l’information.
***
C’est exactement ce que fait notre bon ami Alain Dubuc lorsqu’il accuse les dénonciateurs de la CBC d’avoir un madrier dans l’œil parce qu’ils reprochent à la CBC d’avoir ignoré tous les artistes francophones lors de sa présentation télévisuelle du Panthéon. Son raisonnement est simple, parce qu’on invite pas les Anglais du Canada à nos shows d’autocongratulations comme les Félix, cela devrait être une raison suffisante pour que les Anglais du Canada nous laissent sur le perron quand ils nous invitent chez eux.
Il justifie l’impolitesse et l’hypocrisie du réseau anglais de Radio-Canada, la CBC, parce que nous, nous préférons être honnêtes en n’invitant tout simplement pas les Canadiens anglais dans nos shows. Je ne sais pas où il voit le madrier, mais sincèrement je crois qu’Alain Dubuc a dû frapper un gros mur pour dire de pareilles inepties. Toutes les étoiles qu’il a vues l’empêchent probablement de voir le béton qu’il y a derrière. On n’invite pas quelqu’un quand on a l’intention manifeste d’être impoli avec lui. Tout le monde sait ça au Québec, c’est pour ça que personne ne le fait. Sachant ce qu’il sait aujourd’hui, Claude Dubois ne serait probablement jamais allé se faire humilier par la CBC ; dans un geste totalement apolitique, il n’aurait pas donné d’entrevue à la SRC pour dire comment il appréciait le fait que les Canadiens anglais reconnaissent sa contribution à la chanson canadienne au même titre que Paul Anka.
(à partir de 04:00)
Cela me rappelle ce sketch où Olivier Guimond incarnait le rôle d’un
soldat canadien français qui passait la soirée de la veille de Noël sur le
balcon d’une demeure cossue d’un riche Anglais de Westmount, au lendemain
des évènements d’octobre 1970. Au lieu d’être avec sa famille ce soir-là,
il mène la garde jusqu’au moment où le riche propriétaire anglais vient
prendre un petit coup avec lui avant de retourner dans son manoir avec ses
riches invités. Cette scène nous montre toute la condescendance qui peut
exister entre le conquérant et le colonisé. Pendant des années, Yvon
Deschamps a décrit le même genre de situation en nous racontant l’histoire
de ce boss anglais qui faisait plaisir à son employé canadien français en
l’invitant à tondre son gazon le dimanche parce qu’il attendait de la
visite. C’est ça l’hospitalité des coloniaux anglais, la même que la CBC.
Leur vision de la politesse à notre égard, c’est que nous nous estimions heureux de pouvoir rester sur le perron de leurs hôtels lors de petites fêtes qu’ils organisent entre amis où nous sommes tolérés comme valets de service. C’est bien la moindre des choses que nous fassions preuve de reconnaissance à leur égard en acceptant notre sort de colonisés tout en les remerciant de nous humilier à chaque fois qu’ils en ont l’occasion, comme ce fût le cas lors du rapatriement de la constitution en 1982, lors des accords de Meech en 1990, lors du love-in de 1995, lors de la reconnaissance de la Nation Québécoise qui ne veut absolument rien dire. Il ne faudrait tout de même pas exagérer en leur reprochant, en plus, de nous avoir laissés sur le perron de l’histoire à chacun de ces évènements qui n’ont jamais connu les lendemains promis. Le comportement de la CBC n’est pas teinté de colonialisme, c’est du colonialisme pur et simple, et Alain Dubuc est tellement colonisé, qu’il ne le voit pas.
Si on suit la logique d’Alain Dubuc, il faudrait en plus les remercier de
nous avoir encore humiliés une fois de plus parce que le tort de ne pas les
avoir invités dans nos chaumières lors de nos petites fêtes de famille nous
revient. Tout ce qui arrive est de notre faute à nous, pas à eux. Alain
Dubuc est tout simplement la caricature d’une caricature. Une caricature
des personnages d’Yvon Deschamps, un colonisé de première classe qui ne
comprend pas que notre comportement est irréprochable dans cette histoire.
Que Claude Dubois a eu raison de s’offusquer et d’en faire tout un plat et
que nous avons raison de nous en plaindre. Selon la logique de la SRC et
d’Alain Dubuc, il faudrait peut-être que Claude Dubois s’excuse de s’être
choqué tant qu’à y être.
Dubuc a exactement le réflexe du parfait colonisé. « On est chanceux qu’ils nous aient invités… Non, ils ne nous ont pas écartés, c’est un malencontreux oubli…Si ce n’est pas un oubli, c’est parce qu’il n’y avait pas suffisamment de temps d’antenne, juste 44 minutes… S’ils ont coupé tous les Québécois, c’est un hasard…Si ce n’est pas un hasard, c’est parce que les Canadiens ne s’intéressent pas aux remerciements en français entre Québécois, de personnes dont ils ne savent rien et dont ils ne veulent rien savoir, c’est légitime de leur part…Au moins, ils nous ont invités, nous, on ne les invite même pas… Si au moins on faisait comme eux, qu’on leur parlait en anglais, qu’on était tous parfaitement bilingues pour qu’ils nous comprennent mieux, fluant en anglais comme ils disent, et qu’en plus on chantait tous en anglais, il n’y en aurait pas de problèmes, ils ne nous rejetteraient pas… Dans le fond tout ce qui est arrivé au Panthéon, c’est de notre faute. On ne veut pas se l’avouer parce qu’on a un gros madrier qui nous empêche de voir la réalité. »
Il a frappé un méchant mur Alain Dubuc, la réalité est bien plus simple que ça. Sa mère et sa grand-mère pourraient le lui expliquer. On n’invite pas quelqu’un, quand on l’intention de le laisser sur le perron, pas plus qu’on accepte l’invitation de quelqu’un qui nous laisse toujours sur le perron. Comme ça on n’a pas besoin de demander ou d’offrir d’excuses. On ne veut pas savoir ce que ça veut dire la Nation québécoise, pas plus qu’on a su ce qu’était la Société distincte. On veut juste être chez nous, libre d’inviter qui on veut, quand on veut et d’accepter les invitations que l’on veut. C’est ça être indépendant.
Louis Lapointe
Brossard
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

16501$ 83%
|
Pour contribuer en ligne
|