
Il est facile, vu d'ici, de rationaliser les problèmes du Moyen-Orient, de raconter les visites des diplomates, de répéter les demi-vérités des porte-parole autorisés, etc. Les médias de masse se doivent d'exercer des choix dans les nouvelles qu'ils rapportent, ne serait-ce que pour éviter que leurs auditeurs ou leurs lecteurs ne vomissent le dernier repas sur la table du salon. Finalement, les problèmes de Gaza finissent par ressembler à un ballet abstrait de concepts, de déclarations de principe et de conjectures sur la conjoncture internationale.
C'est là où les bloggers peuvent complémenter le travail des grands médias. Le site
GlobalVoices nous offre des billets de bloggers en provenance de partout dans le monde. Et entre autres, ce billet écrit par
Ayesha Saldanha et traduit par Claire Ulrich qui nous fait une
revue de blogues en provenance de Gaza:
Laila El-Haddad, qui publie le blog en anglais
Raising Yousuf and Noor, donne les dernières nouvelles transmises par ses parents depuis Gaza:
“C'est le black-out total à Gaza maintenant. Les rues sont vides et mortes.”
Je parle à mon père, Moussa El-Haddad, un médecin retraité qui vit Gaza City, via la messagerie instantanée Skype, depuis Durham, en Caroline du nord aux Etats-Unis. J'y vis depuis la mi-2006, le mois où les postes frontières de Gaza ont été hermétiquement fermés par Israël et où le blocus a été renforcé. […] J'entends des explosions en fond sonore. La voix de mes parents sonne lointaine et morne sur le haut-parleur de mon ordinateur, mais reste suspendue comme un écho dans la vallée de la mort. Ils évoquent les souvenirs terrifiants de mes nuits à Gaza il y a seulement deux ans. Des nuits qui, aujourd'hui encore, tourmentent mon fils de 4 ans. Il refuse de dormir seul.
“Tu les entends ? La maison tremble. Tout tremble, nous, et les alentours”.
Philip Rizk, un Egyptien-allemand qui blogue sur
Tabula Gaza, a publié la conversation qu'il a eu via Skype avec un ami à Gaza:
Il n'y a plus rien dans le pays. Nous avons assez de farine pour quatre ou cinq jours.. d'autres n'en ont plus. Tu peux attendre 8 ou 9 heures pour acheter un sac de pain à la boulangerie….quand elles ouvrent.
Il n'y a plus rien à Gaza, seulement la mort, c'est tout ce qui reste, à tout moment tu attends ta mort, ils ont commencé à appeler les gens, s'ils ciblent vos voisins, une voiture qui passe à côté de vous, vous êtes fini, c'est une guerre. La dernière fois que je suis sorti de la maison, c'était mercredi dernier.
[…] J'entends des bombardements. La moitié du quartier est occupé à des funérailles
[…] La mort touchera tout le monde, tu ne trouveras pas une maison où la mort ne soit pas entrée à Gaza. Jusque-là ils n'ont pas tué les dirigeants du Hamas ou des militaires.
Peut-être que c'est la dernière fois qu'on parle, il se peut que tu nous trouves morts la prochaine fois, l'électricité va sans doute être coupée dans cinq minutes.
Eva Bartlett, une activiste canadienne, sur
In Gaza:
Sur le terrain ici, et d'après ce que nous apprenons des témoins de première main, je ne crois pas qu'Israël “cible des positions du Hamas”. […] Laissez-moi vous donner quelques témoignages personnels de bombardement à grande échelle, de bombardement aveugle et du ciblage de civils : 8 homme, le père (âge : 55 ans), 6 de ses fils (âges : de 15 ans à la vingtaine d'années), et un ami (15 ans) ont été ciblés par un missile via un drone israélien hier à 17 h, alors qu'ils apportaient des métaux de récupération à un atelier de ferronerie. Cette attaque est survenue une heure après qu'un F-16 israélien a ciblé l'atelier mais a frappé la maison à côté. L'atelier ciblé aurait stocké des roquettes (il y avait des bombonnes d'oxygène pour le travail sur les métaux). Les huit morts ont été déchiquetés par le missile.
Hier aussi, trois ados ramassaient du bois pour faire la cuisine, il n'y a plus de bouteilles de butane car à cause du blocus d'Israël, les bouteilles de gaz pour la cuisine font partie des nombreux produits interdits, qui comprennent aussi les médicaments, les pièces de rechange pour les équipements médicaux, le ciment pour les constructions, et une très longue liste que je n'ai pas le temps de reproduire en ce moment mais qui est très bien répertoriée par l'ONU et autres sources “objectives”.
Vittorio Arrigoni est un activiste italien, lui aussi à Gaza en ce moment, qui blogue en italien sur
Guerrilla Radio:
Il semble que faute de trouver des cibles plus “sensibles”, l'aviation et la marine se divertissent à cibler des lieux saints, des écoles et des hôpitaux.
Ici, c'est le 11 septembre toutes les heures, à chaque minute, partout, et demain est toujours un nouveau jour de deuil, toujours le même. Les hélicoptères et les avions volent sans répit : quand vous voyez l'éclair, vous êtes déjà fichu, il est trop tard pour se mettre à l'abri. Il n'existe pas de bunkers, nulle part sur la bande, aucun lieu n'est sûr.
Je ne réussis plus à joindre mes amis à Rafah, même pas ceux qui vivent au nord de Gaza City, j'espère que c'est à cause de l'encombrement du réseau. Je l'espère. Cela fait 60 heures que je n'ai pas fermé l'oeil, pas plus que tous les Gazaoui.
(...)Des dizaines de personnes sont portées disparues, dans les hôpitaux, il y a des femmes désespérées qui cherche leur mari, leurs enfants, depuis deux jours, et souvent en vain. La morgue est un spectacle macabre. Une infirmière m'a dit qu'après des heures de recherches dans les morceaux de corps épars dans la morgue, une femme palestinienne a reconnu son mari à une main amputée. C'est tout ce qui restait de son mari, elle portait toujours son alliance, gage de l'amour éternel qu'ils s'étaient jurés.
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photo: publiée par
Vittorio Arrigoni.