03 janvier, 2009

Les mâchoires du piège


Je parlais ici «des populations palestiniennes et israéliennes qui sont prises dans les deux mâchoires de ce piège infernal constitué par les élites politiques palestiniennes et israéliennes.» Développons.

Les élections législatives israéliennes anticipées se tiendront le 10 février prochain. Elles sont anticipées parce que Ehud Olmert a démissionné de Kadima, le parti qui mène la coalition au pouvoir, et que son successeur, Tzipi Livni, n'a pu constituer une nouvelle coalition. Les deux autres principaux partis en lice sont le Likoud avec Benjamin Netanyahu et le Parti travailliste avec Ehud Barak. Il y a 120 sièges à la Knesset. Il faut recueillir 61 sièges pour former le gouvernement. Les premiers sondages donnaient environ 30 sièges au Likoud, 30 à Kadima et 10 au Parti travailliste. Les 50 autres sièges, cadeau d'un système électoral proportionnel, appartiennent à une flopée de partis religieux, ultra-orthodoxes, etc., qui font valser les principaux partis au gré de leurs lubies.

On a demandé dans un sondage, fin octobre: «Who in your opinion is more able to deal with Israel's security problems, particularly the Iranian nuclear threat?" Netanyahu got 33 percent of the vote, Barak 26 percent and Livni only 14 percent.» Depuis c'est la surenchère. Quand Livni veut envoyer les avions, Barak veut ajouter les hélicoptères et Netanyahu demande pourquoi on n'envoie pas les chars d'assaut, ce qui d'ailleurs vient d'être fait.

Je ne connais pas la loi électorale israélienne, mais au Canada, on exigerait que les dépenses militaires consacrées à l'assaut contre Gaza soient comptabilisées comme dépenses électorales. Voilà pour la première mâchoire du piège infernal qui enferme le peuple israélien dans une logique de guerre où les compromis ne sont pas possibles.

Quand à la deuxième mâchoire, celle qui enferme le peuple palestinien de Gaza dans une logique jusqu'auboutiste où il n'a d'autre choix que celui d'être une victime, elle est constituée par les élites politiques du Hamas. Un correspondant m'écrivait récemment: «Les dirigeants du Hamas ne veulent pas la paix. Ils veulent seulement créer un climat de terreur dans la région pour mieux établir leur dictature sanglante sur le peuple palestinien de Gaza.» Gwynne Dyer, le célèbre journaliste, trouvait d'autres mots pour dire la même chose: «Les chefs du Hamas sont tout aussi cyniques, puisqu'ils savent que chaque fois qu'un civil trouve la mort, et même chaque fois qu'un militant est tué par les forces israéliennes, leur organisation gagne un peu plus de soutien populaire. Ceux qui meurent sont de simples pions sur un échiquier politique.»

Les dirigeants israéliens ont un intérêt électoral à court terme à frapper sur les Palestiniens de Gaza. Les dirigeants du Hamas gagnent leur soutien populaire en offrant en victimes les Gazaouis, sans possibilité de les protéger. Les deux mâchoires du piège se referment sur les populations israéliennes et palestiniennes. Et je le dis en sachant très bien que les souffrances des Gazaouis sont sans commune mesure avec celles de Israéliens.

Les gens de la région ne pourront s'en sortir que quand ils auront trouvé en leur sein des leaders suffisamment forts pour imposer à chacune des parties les compromis nécessaires à la coexistence de groupes aux intérêts opposés. Tant qu'ils n'auront que des dirigeants qui surfent sur la peur et la haine pour se maintenir au pouvoir, le conflit est sans issue.
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photo: Bear-trap, par FreeClipArtNow.com.

02 janvier, 2009

Gaza, vu de Gaza

Il est facile, vu d'ici, de rationaliser les problèmes du Moyen-Orient, de raconter les visites des diplomates, de répéter les demi-vérités des porte-parole autorisés, etc. Les médias de masse se doivent d'exercer des choix dans les nouvelles qu'ils rapportent, ne serait-ce que pour éviter que leurs auditeurs ou leurs lecteurs ne vomissent le dernier repas sur la table du salon. Finalement, les problèmes de Gaza finissent par ressembler à un ballet abstrait de concepts, de déclarations de principe et de conjectures sur la conjoncture internationale.

C'est là où les bloggers peuvent complémenter le travail des grands médias. Le site GlobalVoices nous offre des billets de bloggers en provenance de partout dans le monde. Et entre autres, ce billet écrit par Ayesha Saldanha et traduit par Claire Ulrich qui nous fait une revue de blogues en provenance de Gaza:

Laila El-Haddad, qui publie le blog en anglais Raising Yousuf and Noor, donne les dernières nouvelles transmises par ses parents depuis Gaza:
“C'est le black-out total à Gaza maintenant. Les rues sont vides et mortes.”
Je parle à mon père, Moussa El-Haddad, un médecin retraité qui vit Gaza City, via la messagerie instantanée Skype, depuis Durham, en Caroline du nord aux Etats-Unis. J'y vis depuis la mi-2006, le mois où les postes frontières de Gaza ont été hermétiquement fermés par Israël et où le blocus a été renforcé. […] J'entends des explosions en fond sonore. La voix de mes parents sonne lointaine et morne sur le haut-parleur de mon ordinateur, mais reste suspendue comme un écho dans la vallée de la mort. Ils évoquent les souvenirs terrifiants de mes nuits à Gaza il y a seulement deux ans. Des nuits qui, aujourd'hui encore, tourmentent mon fils de 4 ans. Il refuse de dormir seul.
“Tu les entends ? La maison tremble. Tout tremble, nous, et les alentours”.

Philip Rizk, un Egyptien-allemand qui blogue sur Tabula Gaza, a publié la conversation qu'il a eu via Skype avec un ami à Gaza:
Il n'y a plus rien dans le pays. Nous avons assez de farine pour quatre ou cinq jours.. d'autres n'en ont plus. Tu peux attendre 8 ou 9 heures pour acheter un sac de pain à la boulangerie….quand elles ouvrent.

Il n'y a plus rien à Gaza, seulement la mort, c'est tout ce qui reste, à tout moment tu attends ta mort, ils ont commencé à appeler les gens, s'ils ciblent vos voisins, une voiture qui passe à côté de vous, vous êtes fini, c'est une guerre. La dernière fois que je suis sorti de la maison, c'était mercredi dernier.
[…] J'entends des bombardements. La moitié du quartier est occupé à des funérailles
[…] La mort touchera tout le monde, tu ne trouveras pas une maison où la mort ne soit pas entrée à Gaza. Jusque-là ils n'ont pas tué les dirigeants du Hamas ou des militaires.

Peut-être que c'est la dernière fois qu'on parle, il se peut que tu nous trouves morts la prochaine fois, l'électricité va sans doute être coupée dans cinq minutes.

Eva Bartlett, une activiste canadienne, sur In Gaza:

Sur le terrain ici, et d'après ce que nous apprenons des témoins de première main, je ne crois pas qu'Israël “cible des positions du Hamas”. […] Laissez-moi vous donner quelques témoignages personnels de bombardement à grande échelle, de bombardement aveugle et du ciblage de civils : 8 homme, le père (âge : 55 ans), 6 de ses fils (âges : de 15 ans à la vingtaine d'années), et un ami (15 ans) ont été ciblés par un missile via un drone israélien hier à 17 h, alors qu'ils apportaient des métaux de récupération à un atelier de ferronerie. Cette attaque est survenue une heure après qu'un F-16 israélien a ciblé l'atelier mais a frappé la maison à côté. L'atelier ciblé aurait stocké des roquettes (il y avait des bombonnes d'oxygène pour le travail sur les métaux). Les huit morts ont été déchiquetés par le missile.


Hier aussi, trois ados ramassaient du bois pour faire la cuisine, il n'y a plus de bouteilles de butane car à cause du blocus d'Israël, les bouteilles de gaz pour la cuisine font partie des nombreux produits interdits, qui comprennent aussi les médicaments, les pièces de rechange pour les équipements médicaux, le ciment pour les constructions, et une très longue liste que je n'ai pas le temps de reproduire en ce moment mais qui est très bien répertoriée par l'ONU et autres sources “objectives”.


Vittorio Arrigoni est un activiste italien, lui aussi à Gaza en ce moment, qui blogue en italien sur Guerrilla Radio:
Il semble que faute de trouver des cibles plus “sensibles”, l'aviation et la marine se divertissent à cibler des lieux saints, des écoles et des hôpitaux.

Ici, c'est le 11 septembre toutes les heures, à chaque minute, partout, et demain est toujours un nouveau jour de deuil, toujours le même. Les hélicoptères et les avions volent sans répit : quand vous voyez l'éclair, vous êtes déjà fichu, il est trop tard pour se mettre à l'abri. Il n'existe pas de bunkers, nulle part sur la bande, aucun lieu n'est sûr.

Je ne réussis plus à joindre mes amis à Rafah, même pas ceux qui vivent au nord de Gaza City, j'espère que c'est à cause de l'encombrement du réseau. Je l'espère. Cela fait 60 heures que je n'ai pas fermé l'oeil, pas plus que tous les Gazaoui.

(...)Des dizaines de personnes sont portées disparues, dans les hôpitaux, il y a des femmes désespérées qui cherche leur mari, leurs enfants, depuis deux jours, et souvent en vain. La morgue est un spectacle macabre. Une infirmière m'a dit qu'après des heures de recherches dans les morceaux de corps épars dans la morgue, une femme palestinienne a reconnu son mari à une main amputée. C'est tout ce qui restait de son mari, elle portait toujours son alliance, gage de l'amour éternel qu'ils s'étaient jurés.

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photo: publiée par Vittorio Arrigoni.

01 janvier, 2009

Bonne année 2009 !


Bonne et heureuse année à ceux qui surfent sur ce blogue.

Je vous souhaite le bonheur, mais plus encore, la conscience du bonheur. Car, comme le sage l'a dit, «il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il savoir qu'on l'est.»
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photo: Bain de soleil, par Denis Collette...!!!.

30 décembre, 2008

Dallas accueille Bush


Le président Bush a acheté une maison à Preston Hollow, dans la région nord de Dallas, près du domaine de son ami le milliardaire Tom Hicks. La maison se trouve non loin du lac Lewisville, un endroit de villégiature recherché.

On apprend en toute dernière heure que 9 millions de gallons d'excréments ont été déversés dans le lac Lewisville à Dallas. Étant donné la forte constitution des Texans, les inspecteurs en environnement, sans doute embauchés par les soins de l'ancien gouverneur du Texas, ne prévoient pas que ce déversement posera de problème («no health risks from the spill») pour la santé des gens. D'ailleurs, Tom Taylor, le directeur exécutif du Upper Trinity Regional Water District a déclaré:

We haven't noticed any changes in the quality of our product.
Bienvenue à Dallas, monsieur le président !
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photo: de source inconnue.

29 décembre, 2008

Pour réflexion

Les élites politiques israéliennes et palestiniennes devraient regarder ce vidéo et réfléchir.

Le MRAP, un mouvement très actif contre l'antisémitisme et l'islamophobie, a publié un communiqué intitulé «Gaza: halte au massacre».

Ce petit document d'une page est plein de bon sens et dit brièvement tout ce qu'il faut savoir sur la situation à Gaza.

27 décembre, 2008

Boxing Day à Gaza


Entre Noël et le Jour de l'an, je me sens toujours un peu groggy. Parfois c'est l'angoisse d'une réunion familiale à préparer, parfois c'est la musique de «Nowelle», parfois ce sont de simples angoisses métaphysiques qui me tarabustent. J'en viens à tout mélanger.

Selon Le Point.fr, «dix obus de mortiers et trois roquettes palestiniennes ont été tirés vendredi contre le territoire israélien, sans faire de victime, a indiqué l'armée israélienne.» Précisons: sans faire de victime israélienne. Restons dans le domaine de la précision malgré la confusion, chacun sait que le vol des roquettes palestiniennes est plutôt erratique. Ce sont donc deux fillettes palestiniennes, Sabah Abou Khoussa, 12 ans, et Hanine Abou Khoussa, 5 ans, qui sont mortes quand la roquette de leurs frères d'armes est tombée sur leur maison.

Et j'apprends ce matin, par L'Express.fr, que des avions de combat et des hélicoptères ont lancé 30 missiles sur Gaza, faisant 155 morts et 200 blessés. «L'attaque israélienne fait suite à la décision du conseil de sécurité du Premier ministre Ehud Olmert d'intensifier les représailles contre les tirs de roquettes palestiniens.»

Quoi ? Des avions de combat, des hélicoptères, des missiles pour venger deux fillettes palestiniennes qui ne sont même pas des victimes comptabilisables selon l'armée israélienne ? Je dois être groggy. C'est le boxing day qui m'a sonné. Je mélange tout.

Et encore ! Mon cas n'est pas le pire. Il y a des gens en Israël qui pensent qu'à force de bombarder courageusement du haut des airs des populations civiles sans défense, le Hamas va finir par avoir peur et comprendre qu'il vaut mieux cesser de tirer des roquettes... Ce n'est pas ce qu'on lit dans L'Express pour l'instant:

Le Hamas et d'autres factions palestiniennes ont annoncé avoir ordonné à leurs combattants de venger les victimes de l'offensive israélienne.

"Tous les combattants sont appelés à répondre au massacre israélien", proclamait un communiqué du Djihad islamique, qui faisait écho à des déclarations similaires du Hamas et d'autres groupes armés.
En relisant ce billet, je me rends compte qu'il fait montre de peu de sensibilité. Je m'en excuse d'avance auprès des populations palestiniennes et israéliennes qui sont prises dans les deux mâchoires de ce piège infernal constitué par les élites politiques palestiniennes et israéliennes.

Entre le dégoût et la lassitude, il ne reste plus que la dérision.
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photo: Apache, par minxlj.

25 décembre, 2008

Peuple à genoux

Je trouve cette chanson tellement ridicule qu'elle ne méritait pas autre chose que d'être bêlée par Rufus Wainwright.

Sans compter qu'au Québec, le «Minuit chrétiens» revêt un sens particulier.