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Quand le libéral voit grand, le monde est petit !
Le projet de Jean Charest, nouvel espace économique ou nouvelle offensive du libéralisme ?
Simon Blais
Tribune libre de Vigile
mercredi 26 mars 2008      147 visites      1 message


Le mythe du développement éternel semble être ancré dans la chair même de cette créature. Expansion infinie pour des raisons économiques, c’est à dire pour que la machine du libéralisme fonctionne à plein régime. Cette créature n’aime pas les syndicats, car c’est un métier peu rentable pour la croissance, et dans un monde marchand, on le sait bien, le parlementage se doit d’être réservé qu’aux politiciens, gardiens d’un pouvoir qui n’est pas politique. C’est la loi du marché ! Et le Québec marche là-dedans...

Cette créature, l’Homme libéral, raille les gauchistes barbus qui croient en la justice sociale. Tant qu’il y aura des juges issus des milieux aussi impropres que la politique, la justice sera un sens unique. Il ne faut pas brusquer l’ordre établi au delà de sa patience si l’on ne veut pas goûter du barreau ! Cette créature se moque de l’environnement, « car une forêt vaut bien plus cher une fois qu’elle est couchée à terre ! ». Cette espèce en voie d’implosion pense également qu’en ouvrant toute grandes ses portes à la mondialisation, elle restera pure et accomplira sa mission sans entrave aucune : dicter la voie du salut dans la production de biens consommables jusqu’à la fin des temps. Cette erreur est minable. Quand il n’y aura plus de jus dans le citron, qui sera encore là pour le presser ? Certainement pas les syndicats.

Le Québécois pense qu’il vit dans une démocratie parce qu’il va voter une fois de temps en temps et parce que le désordre des extrémistes est vite maté par ses protecteurs, qui deviennent occasionnellement des chiens, des beus et des cochons lorsqu’il se fait prendre à rouler au-dessus de la vitesse permise ! Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une démocratie quand, depuis ta naissance et jusqu’à ta mort, on te conditionne à respecter les lois, à travailler sans trop y penser, à consommer n’importe quoi n’importe quand pour que le système marchand fonctionne bien et que quelques possédants se partagent des milliards de dollars sués par le peuple sur des chantiers à n’en plus finir. C’est le masque et le plateau : nous ne nous regardons pas en face et nous servons. Belle doctrine ! La honte, c’est les voiles des femmes arabes, c’est jamais le propre voile que nous portons depuis si longtemps que nous le voyons même plus. La religion du Québécois n’est plus catholique, elle est libéraliste, et il s’induit en erreur par manque d’information quand il pense qu’il y a une corrélation avec le mot « liberté ». Son gourou, sa créature mythique, l’Homme libéral, agit sur lui comme un Dieu tout-puissant : en dehors de cette croyance, il n’y a rien qui tienne. « Vous autres, vous n’êtes rien que des utopistes ! », se plaisent-ils à postillonner ; or quant à moi, c’est la croissance infinie dans la production qui est utopiste !

Jean Charest se dandine en berçant l’illusion d’une cinquantaine de projets de lois adoptés cette année comme étant un grand pas du Québec en avant. En avant de quoi, ça je me le demande. Probablement en avant des pauvres qui continuent à geler sur les coins de rues en plein milieu de l’hiver, probablement en avant des forêts millénaires qui se font piller par des compagnies papetières qui alimentent la propagande libérale de centaines de journaux nord-américains, probablement en avant des familles qui sont obligées de parker leur bambins dans des CPE pour être capables de payer le loyer à la fin du mois, et probablement aussi un pas en avant sur les danseurs, les peintres, les écrivains, les musiciens et les cinéastes qui carburent au pain et café instantané pour faire ce qu’ils aiment dans la vie. Alors Jean Charest, honnête homme libéral, croit qu’en donnant des cadeaux aux entreprises, comme l’abolition de la taxe sur le capital pour toutes les manufactures, que cela va améliorer la qualité de vie des Québécois, alors que pendant ce temps, les objets manufacturés de la Chine, produits par l’exploitation massive d’un peuple, continueront d’atterrir sur les tablettes des centres de consommation avec des prix ridiculement bas. Le choix est simple pour le Québécois. Mais j’aimerais qu’elle me dise, cette créature, s’il n’y avait pas de pauvres en ce pays, si toutes les familles bénéficiaient d’un montant d’argent respectable, comment consommeraient-ils ? La vérité, c’est qu’en étant paisibles et sans dettes, les Québécois consommeraient des produits du Québec un peu plus couteux, plutôt que d’alimenter une concurrence malsaine immigrée de nations peu exemplaires.

Le Québec manque de travailleurs ! Le Québec manque de bon sens également. Si les élites économiques pensent que les générations futures embarqueront dans cette plaisanterie dégueulasse du libéralisme et du capitalisme aveugle, elles se fourrent un poing dans l’oeil ! Le concept même du développement durable est insensé : sur une terre finie, comment pouvoir développer infiniment ? C’est notre mode de vie qui n’a pas de sens. De plus en plus, des gens réellement lucides parle de décroissance viable, et l’enjeu le plus important est là. Les étudiants universitaires du Québec ont lancé dernièrement une offensive en faveur d’un changement immédiat dans les fondements même du système libéraliste. Il s’agit du Pacte des Générations (http://www.pactedesgenerations.com). Comme dirait Jean Charest, « la création de richesse n’a de sens que si elle permet de mieux vivre ensemble ». En ce vingt-et-unième siècle, la richesse ne se calculera plus en argent, mais en terme de relations, de bien-vivre et de vivre-ensemble, donc de vie sociale. Et j’invite tout le monde ici à se poser la question : qu’est-ce que ma richesse ?

Un nouvel espace économique ou une nouvelle offensive du libéralisme dans un monde qui commence à prendre conscience que cette imposture qu’est le libéralisme n’a apporté que des fléaux, des inégalités et des guerres partout dans le monde ? Quand un libéral voit grand, le monde est petit, car pour la soif d’un exploiteur, la ressource est toujours infinie, preuve d’un manque considérable de réalisme. Alors, que le Québec soit réaliste, au lieu de marcher dans les pas du libéralisme.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • Quand le libéral voit grand, le monde est petit !
    28 mars 2008, par David Poulin-Litvak

    Il s’agit d’un excellent texte M. Blais, un propos très pertinent et si à contre-courant des dogmes néolibéraux, qu’il faut vous féliciter, fraternellement, de votre verbe et de votre pertinence. Je vous invite à l’envoyer à PTAG (readaction@pressegauche.org) pour sensibiliser les gens de gauche à ce nouveau discours, qu’il me fait plaisir d’entendre au Québec.

    La croissance infinie dans un monde aux ressources limitées, comme vous le soulignez si bien, est utopiste. Il s’agit du dogme central de l’économie classique, approximation valable en son temps, mais qui se heurte, maintenant, à une Terre finie.


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