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En lisant la chronique d’André Savard de ce matin, j’ai pensé que ce texte tiré d’un roman que j’ai écrit en juillet 2005 pourrait avoir un certain intérêt en cet été des Jeux olympiques de Pékin et du 400e anniversaire de la fondation de Québec. Le narrateur est le Bâtonnier du Québec en mission en Chine, et son interlocuteur, le ministre chinois de la Justice, deux personnages fictifs. Petit extrait d’un roman :
***
Nos hôtes chinois nous reçurent avec la plus grande courtoisie. Ils vinrent nous accueillir à l’aéroport de Pékin et nous amenèrent directement à notre hôtel. Dès mon premier regard, je fus impressionné par ce pays où tout était démesuré. Si la France brillait par son histoire, la Chine était provocante par sa modernité. Partout le neuf y avait remplacé le vieux. De grandes villes de plusieurs millions d’habitants s’étendaient là où il y avait des villages. Des banlieues construites en hauteur poussaient là où jadis il y avait des champs cultivés par des paysans devenus aujourd’hui des ouvriers que plus rien n’attachait la terre.
Nos problèmes semblaient si petits lorsqu’on les comparait à ceux des Chinois. Pourtant, le marché avait fait son œuvre ; il transformait la Chine à vitesse grand V. Les enfants uniques des nouvelles générations, dont les parents travaillaient la terre, étaient devenus de jeunes individualistes possédant leur cellulaire, naviguant sur internet et rêvant de conduire une Volvo. À les voir, on ne pouvait les imaginer dans les rangs d’une armée faisant couler le sang de leurs adversaires, comme on a longtemps voulu nous le faire croire en Occident. S’ils partaient à la conquête du monde, ce serait avec les armes de la nouvelle économie, pour se payer les mêmes biens que nous consommions chaque jour, chez nous. Si les Chinois s’attaquaient à la planète, ce serait avec les gaz à effet de serre émis par leurs centaines de millions d’automobiles, leurs produits bon marché, leur dynamisme et leur désir de s’enrichir.
Après une bonne nuit de sommeil, nous commençâmes notre visite par la Cité interdite des Empereurs de Chine. La plus vieille civilisation du monde y avait été dirigée jusqu’au début du siècle dernier par la famille impériale. Cet ancien lieu de pouvoir était maintenant un vestige que l’on conservait comme témoin de l’ancienne puissance de la Chine. Si Mao ne l’avait pas détruite, c’était probablement parce qu’il souhaitait léguer cet héritage aux générations futures. La présence de son mausolée dans la Cité interdite n’était pas le fruit du hasard. Jadis, la Chine avait été une puissance, elle le redeviendrait. Comme la France des lumières s’était construite dans le sillon de la Révolution française, la Chine se construira sur les décombres de la Révolution culturelle : on ne peut pas abattre une dynastie impériale de plusieurs millénaires sans commettre d’excès. Mao et Napoléon avaient été des acteurs privilégiés dont l’Histoire se souviendrait.
Je comprenais maintenant pourquoi notre révolution avait été si tranquille ; nous n’avions rien à abattre, puisque nous n’avions rien construit. Et les symboles qui nous étaient restés étaient ceux laissés par nos conquérants et leurs vassaux. Nos monuments n’avaient pour but que de nous rappeler notre soumission à l’Angleterre, à l’Église et nos défaites sur les champs de bataille. Aucune victoire, que des défaites. Aucun mausolée à la gloire de nos héros. Lors des quelques occasions où nous aurions pu signifier cette rupture avec notre passé, nous avions préféré reculer.
Le Québec avait raté son entrée dans la modernité. Les institutions de la Révolution tranquille étaient un château de cartes qui allait s’écrouler avec le vieillissement de la génération qui l’avait initiée. Les sociétés futures allaient se construire sur le vide que nous laissions en héritage. Une société ouverte sans fondement, sans appartenance et une charte qui reconnaissait tous les autres sauf nous-mêmes. La violence des révolutions française, américaine et chinoise avait laissé des peuples forts et aguerris. Notre révolution laissait derrière elle un peuple tranquille, à son image, qui allait bientôt disparaître ; c’était maintenant une certitude pour moi. La Chine n’allait pas nous écraser, nous étions déjà écrasés : Quand le Québec s’éveillera, le monde s’étonnera !
Cette première journée consacrée à la grandeur de la Chine se termina par une soirée de bienvenue organisée par le gouvernement chinois. Lors de cette soirée, j’eus la chance d’échanger avec le ministre chinois de la Justice qui prit l’initiative de la conversation.
- Nous vous remercions de l’aide que vous nous apportez.
- Sincèrement, depuis que nous sommes arrivés hier, j’ai l’impression que
c’est nous qui venons apprendre de vous.
- Nous pouvons apprendre de plus petits que nous. J’ai lu sur votre pays,
c’est vraiment fascinant de voir un si petit peuple découvrir un aussi
grand continent. Vos ancêtres étaient courageux et astucieux : ils se sont
alliés aux différents peuples autochtones pour arpenter tout le territoire
nord-américain, ce qu’ils n’auraient pu faire sans leurs nouveaux alliés.
Même après vos nombreuses défaites, vous avez survécu jusqu’à ce que vous
puissiez saisir l’occasion de renaître. Votre peuple est comme un fleuve,
il suit le courant des eaux. Là où il y avait un mince filet d’eau peut
aussi couler un torrent, source d’une énergie féconde.
- Notre peuple est comme le St-Laurent, il étouffe.
- J’ai bien peur que vous confondiez la mort avec le sommeil. Votre peuple
est en attente du bon moment pour se réveiller, il attend un nouvel allié.
- Pourquoi pas la Chine ? Un des membres de notre délégation dont les
parents sont chinois vient de Brossard où il y a une importante communauté
chinoise. Nos concitoyens Chinois la surnomment le « dos du dragon ».
- Ce qui signifie que c’est un lieu de richesse. D’ailleurs, nous avons
récemment tenté d’acquérir une importante entreprise minière qui a de
nombreux gisements au Québec, la Noranda.
- Cette tentative d’acquisition a été perçue comme une menace par les
habitants de Rouyn-Noranda. Les Chinois y sont perçus comme des
capitalistes sauvages. Votre présence au Tibet n’aide pas non plus.
- Vous allez me parler des droits de l’Homme ?
- Plutôt de la question de la souveraineté qui est très actuelle chez
nous.
- Malgré toutes vos institutions démocratiques et vos nombreux
référendums, vous l’avez toujours repoussée.
- Le dernier référendum a été volé par le gouvernement fédéral.
- L’important est de gagner, et pour gagner, il faut se battre.
- C’est très facile à dire lorsqu’on est majoritaire et qu’on contrôle ses
propres institutions, le Québec et le Tibet ne se battent pas à armes
égales.
- Le Québec est une force qui dort, comme le Tibet est un pays endormi par
la religion. Vous ne pouvez demander aux autres de faire votre révolution à
votre place. La liberté ne se quémande pas, elle se prend. Cet enseignement
est bon pour vous et les Tibétains qui avez été dominés par une oligarchie
religieuse pendant des siècles. La religion annihile la volonté des peuples
en transformant l’espoir légitime d’un monde meilleur sur terre en une foi
aveugle en un être suprême libérateur des souffrances terrestres. Comme les
Tibétains, votre peuple a été endormi par la religion et souffre encore
aujourd’hui des effets de deux siècles de soumission. Votre clergé vous a
convaincu que vous étiez trop faibles pour vous libérer et que dans ces
circonstances vous ne pouviez compter que sur la Sainte-Providence. La
force de votre mouvement doit dépasser celle de votre opposition si vous
voulez vaincre votre inertie. Vous devez vous libérer de vos chaînes
intérieures, ce sont des signes de vitalité qui assurent la réussite de
l’action. Comme disait Mao, la volonté du peuple peut déplacer des
montagnes…
Monsieur Lapointe, Votre texte est très adroitement tourné, très encourageant. Faute d’avoir ce texte dans les manuels scolaires du Québec, il faudrait le prendre comme modèle pour apprendre à s’appropier sans complexe notre épopée, notre histoire, notre identité et notre soif de liberté.
On me reprochera de frapper toujours sur le même clou mais je suis d’avis qu’il faut faire preuve de solidarité entre Québécois pour relancer la lutte nationale. Nous sommes assez nombreux pour ne pas passer inaperçu mais notre morcellement rend souvent anonyme et trop facilement contournable la cause, la belle cause, que nous défendons.
Gilles Verrier
L’église Anglicane et Protestante ne sont pas des religions ?
Il n’y a que le catholicisme et le boudhisme qui endorment ?
La Pologne n’a pas été libérée grâce au Pape ?
Et la création d’Israel ?
L’Orthodoxe endort les Russes libérés du communisme ?
Non, c’est la force militaire qui a conquit. Le catholicisme a été l’instrument de répression sociale après coup, mais son pouvoir lui était accordé par l’Anglais tout aussi religieux.

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