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Pour une politique de revitalisation de Montréal : l’exemple de la rue Sainte-Catherine
Dominic Desroches
Collaboration spéciale
lundi 2 avril 2007


« La croyance que rien ne change
provient soit d’une mauvaise vue,
soit d’une mauvaise foi. La première
se corrige, la seconde se combat »
Nietzsche

Je marche souvent sur la rue Sainte-Catherine. Par beau temps, je l’arpente d’est en ouest, de Frontenac jusqu’à Peel environ. Je fais du slalom entre les « squeegee », les mendiants, les prostituées et les jeunes marginaux qui l’ont choisi comme lieu de résidence. Si la marche est bonne pour le corps, la vue de la rue, entre St-Hubert et Saint-Laurent tout particulièrement, fait mal aux yeux, sinon à l’âme.

En effet, la rue Sainte-Catherine, jadis l’une des plus belles rues de la métropole - je fais référence à l’époque où Montréal ne souffrait d’aucune comparaison avec Toronto -, a été littéralement abandonnée par nos élus. La rue Sainte-Catherine, ce n’est pas la rue Saint-Denis, la rue St-Urbain ou le boulevard Saint-Joseph, c’est la rue commerciale qui traverse tout le bas de la ville. Aujourd’hui, emprunter certaines sections de cette importante rue nous rappelle la guerre et nous fait honte. Pourquoi ?

Quelques réserves sur le développement de la rue

C’est trop simple : la rue n’offre plus d’édifices neufs, rénovés et actuels. Au contraire, elle donne des adresses à des restaurants mal famés aux noms rares et imprononçables, des restaurants de bouffe rapide, des bars à l’historique douteux, de clubs de danseuses dont les artistes n’ont pas réussi l’audition des Grands Ballets Canadiens, des cinémas souterains parainés par des compagnies de papiers-mouchoirs, des magasins à 5 cents, etc. Pis encore, faute d’avoir retrouvé sa véritable vocation commerciale, elle est devenue le symbole par excellence des rues pauvres n’offrant que des stationnements vacants et des locaux à louer. Dans pareil contexte, elle il n’est pas surprenant qu’elle assure la survie à des quêteux de plus en plus jeunes et à des femmes et à des hommes qui négocient pour obtenir le droit de vendre leurs corps aux prix le plus bas. Les Églises de la rue, comme partout à Montréal, sont vides et laissées à elles-mêmes. Sainte-Catherine pourtant mérite beaucoup mieux.

Cependant, il est vrai de dire que ce n’est pas toute la rue qui se meurt  : l’ouest, plus anglais, se porte toujours mieux que l’est, exception faite pour la partie de la rue qui traverse le Village et qui profite d’une communauté vivante et dynamique. Autre exemple troublant : quand on passe devant le chapelier Henri-Henri, par exemple, on se dit que la rue a déjà été témoin d’une époque glorieuse.

L’autre jour, lors d’une promenade, j’ai avoué à un ami que je voterais sans hésister pour le premier politicien qui promet de s’intéresser réellement à cette rue bombardée. Non pas s’intéresser pour être élu, mais pour faire le ménage et lui redonner sa fierté. Hélas, aucun politicien, même en campagne électorale, n’accepte de voir la réalité en face : la rue Sainte-Catherine est à l’image d’une partie du Québec : elle est l’abandon. Pour ma part, je suis venu, j’ai vu et je l’écris noir sur blanc, sans que cela ne change quelque chose évidemment : il faut impérativement investir du temps et de l’argent pour sauver l’artère mal aimée des Montréalais. Car les touristes ne visitent pas des villes de stationnements et d’espaces commerciaux à louer…

Une comparaison

Pour illustrer mon propos, je proposerai une comparaison. Quand je séjournais à Berlin, la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée, je marchais souvent dans Berlin Ouest sur une rue qui témoignait de l’histoire de la ville. Très célèbre, aménagée sous Bismarck en 1886, elle se nomme Kurfürstendamm ou Ku’ Damm, un nom qui rappelle toute l’importance de la rue puisque le mot signifie littéralement « allée des Princes Électeurs ».

Le majestueux Kurfürstendamm, large de 53 m et long de 3,5 km, s’est vu abandonné par les commerçants et les politiciens après la seconde guerre en raison des dégâts causés par les bombes et les nouvelles priorités financières. La rue perdit alors son attrait et ressembla à l’actuelle Sainte-Catherine. Cela blessa l’orgueil des Berlinois. Or, après la réunification, la Ville-État débloqua des fonds et, à coup de législations, elle décida de faire le ménage sur le Ku’Damm afin de le redonner à ses citoyens et ses touristes, c’est-à-dire à ceux qui voulaient en profiter. Aujourd’hui, il s’agit toujours d’une des plus belles rues de Berlin et certes l’une des plus fréquentées par les touristes. L’on retourne avec joie au Café Moering, au Kranzler Café, on mange au Copenhagen et l’on achète dans les plus belles boutiques. Le touriste, dont l’appareil-photo immortalise l’Église du souvenir et l’Europa Center, « voit » bien que Berlin est une grande ville du monde.

Pourquoi la ville de Montréal et le gouvernement du Québec n’imitent-ils pas l’initiative berlinoise ? Il ne faut pas rester insensible, inactif, immobile face aux problèmes énormes de cette rue, car cela pourrait être interprété comme de la mauvaise foi. Sommes-nous aveugles ou menteurs ? À moins que nous devenions lentement aussi pauvres que nos dénigreurs le disent ? Demain, quand nous marcherons sur Sainte Catherine, serons-nous fiers ou aurons-nous honte ?

Dominic DESROCHES
L’auteur a fait une partie de ses études doctorales à Berlin, en Allemagne.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/spip/) —

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