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Ces jours-ci, les pancartes électorales truffent nos rues d’un concours d’esthétique. Ce texte vise à démontrer en quoi cela est symptomatique d’un processus démocratique défectueux qui doit être réformé.
D’abord il faut s’interroger naïvement sur la fonction des pancartes électorales. Si pratiquement aucune information quant aux lignes de pensées des partis n’y est livrée, leur fonction ne peut pas être d’éclairer le choix de l’électeur : c’est d’une impossibilité parfaitement logique. Elles ont pourtant sûrement une fonction, sans quoi autant de fonds n’y seraient pas consacrés. Réfléchissez, qu’y a-t-il sur les pancartes électorales ? Des sourires et des couleurs. Nous y sommes, il s’agit d’un concours d’esthétique. Plus une pancarte est belle, plus elle a de chances de s’imprimer dans l’inconscient de l’électeur. Sur votre chemin, vous pouvez en rencontrer une centaine qui toutes veillent uniquement à cela. L’erreur est de penser que cela soit bénin. Au contraire, c’est représentatif d’un problème vicéral dans notre forme de démocratie : l’information de catégorie politique et sociale est facultative. Il ne suffit réellement que d’artifices pour séduire une partie de la population dont notablement le poids politique est immense à en juger des efforts mis à la conquérire.
Cette situation n’est pas surprenante parce que dans ce système, même une personne qui ne connait absolument rien dans l’actualité et qui ignore tout des politiques préconisées par les partis a un poids électoral aussi grand qu’une personne qui a des faits pour éclairer son opinion. Puisque la masse des premiers dépasse celle des seconds, les chefs politiques livrent des campagnes largement superficielles et démagogiques. Il est insoutenable de faire preuve de cynisme envers la politique et sa démagogie si du même souffle on appuie notre forme de démocratie : les politiciens sont actuellement contrains à un discours oiseux pour retenir l’attention d’un peuple constitué majoritairement de gens sous-informés. Il y a trois solutions possibles à ce problème : 1- interdire démagogie et sophismes ; 2- obliger l’éducation du peuple en politique ; 3- retirer le droit de vote à ceux qui ne sont pas informés. La dernière option mentionnée provoque une opposition fougueuse seulement quand l’évidence qu’une opinion valide doit être basée sur des faits est oubliée. Son antithèse la plus convaincante est qu’un système électoral excluant les sous-informés risque de créer une classe de gens qui pourront être bafoués sans pouvoir faire valoir leurs droits. Attention, cet argument est spécieux car les sous-informés ne sont par définition déjà pas en mesure de sélectionner le parti qui leur soit favorable.
La mise en place de tests de connaissances déterminant si les électeurs ont la possibilité de former une opinion valide permettrait d’écrémer la masse de gens sous-informés dont l’actuel poids électoral oblige des efforts de séduction démagogique. Par exemple un test préalable au vote où l’on devrait démontrer sa capacité d’associer les partis à leurs idées donnerait intérêt aux politiciens d’informer l’électorat et ils cesseront ipso facto de rendre cynique le publique qui se sent à juste titre marginalisé. D’ici là, si au moins on déplacait l’argent mis sur les pancartes électorales vers l’éducation des électeurs, nous commencerions à limiter les faiblesses de notre démocratie non-sélective.
Jérôme Courtemanche

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