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Occuper le terrain de l’adversaire
Louis Lapointe
Billet de Louis Lapointe
mardi 17 juin 2008      211 visites      1 message


Bernard Landry a été longtemps perçu par les Québécois comme le principal défenseur du traité de l’ALENA. Depuis quelques semaines, sur fond de campagne électorale américaine, nous assistons au même genre d’offensive de la part de Jean Charest qui s’est transformé en véritable porte-étendard du traité de libre-échange entre le Canada, le Mexique et les États-Unis. Toutes les tribunes internationales s’y prêtent. Il y a deux semaines, nous l‘avons vu à l’œuvre au Mexique, la semaine dernière, c’était aux États-Unis. Nous savons tous également qu’il a dans ses cartons un projet de traité de libre-échange avec l’Europe, son principal allié pour cette initiative étant le président Nicolas Sarkozy, dont la visite est attendue à Québec à l’occasion des fêtes de commémoration du 400e anniversaire de la fondation de la vieille capitale.

Alors que le gouvernement de Jean Charest est demeuré d’une grande frugalité quant au contenu du menu législatif proposé aux Québécois depuis sa réélection à la tête d’un gouvernement minoritaire en mars 2007, jamais la cohabitation n’a été aussi conviviale. Jean Charest profitera même des fêtes du 400e pour faire de René Lévesque, Robert Bourassa, Pierre-Marc Johnson, Daniel Jonhson, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry des grands officiers de l’Ordre national du Québec. Comme s’il avait voulu souligner la grande tradition de bipartisme au Québec depuis 1976, une tradition dont ne fait pas partie l’ADQ de Mario Dumont, le grand perdant de la session parlementaire qui s’achève. Mario Dumont a perdu toute emprise sur le gouvernement alors que son parti n’a jamais été aussi bas dans les intentions de vote des Québécois.

La seule opposition valable vient de Pauline Marois qui peine toutefois à monter dans les sondages tant elle tarde à affirmer ses propres couleurs. Pendant que Jean Charest accapare de plus en plus le terrain de prédilection des Parizeau et Landry qu’est l’économie, Pauline Marois stagne sur le terrain de l‘identité et des gestes de souveraineté. Pendant ce temps, même s’il ne fait rien, Jean Charest veut donner l’impression aux Québécois que le Québec a tous les outils pour faire progresser le libre-échange au Québec. Les observateurs les plus perspicaces diront qu’il occupe le terrain du PQ en posant lui-même des gestes de souveraineté au sujet du traité de l’ALENA.

Or, nous savons tous que sans la souveraineté, il est impossible de faire clairement progresser ce genre de traité dans le sens des intérêts du Québec. Si la question de l’identité permet de mobiliser les troupes, la question de l’économie est probablement la meilleure occasion d’aborder de plein front le sujet de l’essentielle souveraineté. Pour que le Québec puisse devenir un acteur économique important, il doit absolument jouir de la souveraineté politique. Ce ne sont certainement pas les gestes de souveraineté de Pauline Marois qui vont permettre au Québec d’imposer son agenda au reste du Canada en matière de traité de libre-échange. C’est exactement ce que fait présentement Jean Charest lorsqu’il fait semblant de jouer au chef d’État qui sermonne ses partenaires, donnant l’illusion aux Québécois qu’il contrôle la situation alors qu’il n’a aucun pouvoir réel. Une belle leçon pour le PQ !

Dans ce contexte, il est étonnant de voir le PQ laisser Jean Charest occuper un terrain sur lequel il ne devrait normalement avoir aucune crédibilité. Voilà encore une belle occasion ratée par le PQ de parler de la souveraineté. Malheureusement, le PQ a déjà choisi une monture qui l’empêche de s’aventurer sur la piste de la nécessaire indépendance, préférant parler de gestes de souveraineté qui ne mènent nulle part. Un terrain qu’occupe de plus en plus Jean Charest !

C’est parce que Jean Charest a compris que le PQ avait mis tous ses œufs dans le même panier des gestes de la souveraineté, qu’il s’amuse à faire semblant de défier le gouvernement fédéral sur des sujets comme l’environnement et le libre-échange avec ses partenaires nord-américains du Canada, des États-Unis et du Mexique, en accomplissant lui-même des gestes de souveraineté qui n’ont aucune conséquence pratique. Il pourra ainsi prétendre, lorsque l’opportunité se présentera, que c’est lui le véritable champion des gestes de souveraineté économique du Québec, un terrain où Parti Québécois est totalement absent alors qu’il en a fait le centre de sa stratégie.

Louis Lapointe
Brossard

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Vos commentaires:
  • Occuper le terrain de l’adversaire
    17 juin 2008, par Marcel Haché

    Bonjour M.Lapointe

    Je crains qu’il ne soit trop tard pour le P.Q.Il est moins cinq ! Un échéancier bien court pour changer de stratégie.Il va plutôt poursuivre,continuer et persévérer, dans une stratégie ruineuse,sous prétexte qu’une élection référendaire serait plus ruineuse encore.

    Il s’agit là d’un mauvais raisonnement.

    Le P.Q. possède un immense électorat potentiel.Beaucoup d’indépendantistes votent pour lui.Encore.En vain.

    Si le P.Q. perdait les prochaines élections,ce que je crois,cet automne par exemple,le vote indépendantiste péquiste serait noyé dans le vote général acquis au P.Q.Alors que le vote expressément indépendantiste du P.I. et,dans une moindre mesure,celui de Q.S.risqueraient ensemble d’être marginalisés.

    Tant mieux s’il n’y a pas d’élections bientôt !

    Mais s’il y avait une élection générale,les seuls gagnants péquistes seraient les membres de son aile parlementaire.C’est l’effondrement de l’A.D.Q.,maintenant(et maintenant seulement) dans les sondages, qui fait tant espérer le P.Q.Mais celui-ci a la mémoire courte :la montée de l’A.D.Q ne s’était pas faite seulement aux dépens des libéraux.D’opposition officielle,le P.Q. est devenue....la deuxième opposition ! L’électorat n’avait pas seulement jugé le gouvernement.Il avait jugé aussi l’opposition officielle, le P.Q.,pourtant susceptible d’être le grand bénéficiaire de la désaffection de l’électorat à l’égard des libéraux.En fait,l’électorat francophone est devenue plus radicale.Et,encore une fois,le P.Q.a fait une lecture de la situation qui l’incite maintenant à temporiser.Et cela piège l’électorat indépendantiste du P.Q., qui est un électorat plus naturellement radical.

    Une défaite péquiste aux prochaines élections ferait que l’électorat indépendantiste seraient divisé(P.Q.,P.I.,Q.S) et cela livrerait la nation toute entière à toutes les manipulations capitulardes des libéraux. Malheureusement pour la cause de l’indépendance du Québec,un gouvernement libéral,si cela s’avérait,serait dédouané de toute obligation à l’égard de l’opinion publique indépendantiste.Selon la détestable expresion des libéraux : le fruit ne serait pas loin d’être mûr




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