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Une société conquérante s’est implantée à côté d’une autre, conquise, qu’elle a cherché, par tous les moyens, à détruire, en l’assimilant ; puis, devant son échec, elle a cherché à la subordonner à ses intérêts. Une subordination à laquelle elle a donné le visage du fédéralisme, ne pouvant ouvertement lui prêter celui de l’État unitaire, mais y rêvant toujours. - Bernard Frappier
             
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Obama et nous
L’acte fondateur de notre conscience historique, pour ce qu’il nous en reste, est une défaite : 1760. Notre naissance fut un traumatisme qui nous marque encore.
Joseph Facal
www.josephfacal.org
mercredi 12 novembre 2008      256 visites


La victoire de Barack Obama a amené son lot de comparaisons cruelles avec la morosité de la politique chez nous.

Cette comparaison est injuste, mais pour des raisons qui n’apparaissent pas à première vue.

Le charisme d’Obama est indéniable. Mais le charisme n’opère jamais dans le vide. Il est la capacité d’un homme exceptionnel à réactiver des sentiments qui sont déjà présents dans le peuple. Le charisme ne crée rien. Il ramène à la surface ce qui était déjà là.

L’idéalisme américain, qui n’était jamais disparu, n’attendait que l’allumette qui l’embraserait de nouveau. Or, cet idéalisme trouve sa source dans les valeurs fondatrices des États-Unis et dans sa riche histoire depuis.

Au fond, que disait Obama ? Que le rêve des Pères fondateurs américains était encore possible si le peuple acceptait de le suivre. Sa force fut de trouver les mots et le ton pour rendre convaincant cet appel. Mais il y avait, aux États-Unis, un puissant réservoir historique de héros, d’épisodes glorieux, de symboles largement partagés dans lesquels Obama pouvait puiser pour inspirer.

Voilà la différence essentielle entre les États-Unis et nous.

Le Canada fut fondé par des gens qui s’enfuirent des colonies américaines parce qu’ils rejetaient cet idéalisme fondateur et voulaient demeurer fidèles à la Couronne britannique. Eux-mêmes voyaient leur Canada essentiellement comme un arrangement pratique.

Comparez nos textes fondateurs. La Constitution américaine exalte « la vie, la liberté et la poursuite du bonheur ». Celle du Canada valorise « la paix, l’ordre et le bon gouvernement » : de bonnes choses, certes, mais qui n’ont pas la même capacité à inspirer. Or, les conditions de naissance des sociétés les accompagnent ensuite pendant des siècles, même quand l’ignorance de l’histoire fait qu’on ne s’en rend plus compte.

Obama peut aussi évoquer des figures historiques immenses : Washington, Lincoln, Roosevelt. Rien de tel au Canada : un McDonald ou un Laurier n’ont pas un dixième de cette puissance d’inspiration.

Le cas du Québec, lui, est encore plus frappant.

L’acte fondateur de notre conscience historique, pour ce qu’il nous en reste, est une défaite : 1760. Notre naissance fut un traumatisme qui nous marque encore.

Ensuite, toutes les dates qui nous servent de repères historiques sont, sans exception, des moments douloureux dans la conscience des Québécois francophones : 1760, 1837, 1840, Louis Riel, la Conscription, 1980, 1982 et 1995.

Logiquement, on préfère donc oublier le passé plutôt que le célébrer. On déguise alors cette amnésie volontaire en « regard-tourné-vers-l’avenir », en faisant passer ceux qui nous la rappellent pour des masochistes ou des nostalgiques. Ou alors on réécrit l’histoire.

Nos grandes figures ont toutes une dimension tragique. Ultimement, René Lévesque perdit son combat. Maurice Richard ne comprit jamais qu’il était plus qu’un joueur de hockey. Trudeau frappa à coups redoublés sur son propre peuple.

Bref, un leader charismatique, chez nous, aurait beaucoup de peine à connecter notre peuple sur une mythologie fondatrice véritablement inspirante, car il y en a si peu.

Si les Québécois fuient à ce point les « chicanes », c’est qu’elles se sont toujours soldées par des défaites. Alors nous intériorisons la fuite en la déguisant en gros bon sens.



Source
http://www.josephfacal.org/obama-et-nous/

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