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Si la Flandre semble avoir un projet auquel ses élites se sont ralliées, certes avec des nuances, il n’en va pas de même des Wallons et des Bruxellois francophones. A Bruxelles, certes fort attachée à la Belgique et son unité, le sentiment d’appartenance à la ville est claire (qui coïncide avec l’Etat-Région), de même que l’adhésion (du moins aujourd’hui), à une Belgique fédérale à trois (les Bruxellois ont été réticents face au passage au fédéralisme) De toute façon, il faudrait étudier cela de plus près. Je préfère en rester aux Wallons.
Un Congrès révélateur et ses suites
Les 20 et 21 octobre 1945, eut lieu à Liège un important Congrès national wallon qui finit par se conclure par un vote unanime en faveur de l’autonomie de la Wallonie ? Mais, auparavant, 46% des délégués avaient voté en faveur de la réunion de la Wallonie à la France et près de 40% pour l’autonomie alors que 14% votaient pour l’indépendance et quelques dixièmes de pour cent pour une Belgique décentralisée avec Sénat paritaire. Le pourcentage pro-belge du Congrès wallon ne donne pas une idée juste de l’attachement à la Belgique en Wallonie qui est sans doute prépondérant et, je dirais même : l’attachement à la Belgique unitaire, la Belgique d’avant 1970 (un sondage a même donné récemment 40% de répondants partisans de cette solution). Il existe certes toute une histoire du mouvement wallon en favcur de l’autonomie de la Wallonie dans laquelle se sont impliqués, dès 1900, une série d’intellectuels, non sans rayonnement et d’hommes politiques importants, tant avant qu’après la Première guerre mondiale que dans l’entre-deux-guerres. Puis après la guerre. Les militants autonomistes ont peuplé les rangs socialistes, libéraux, ceux de la gauche démocrate-chrétienne. Après la grève générale de 1960, les rangs des deux grands syndicats.
Progrès fulgurants de l’autonomie wallonne en chiffres
Ces militants ont obtenu satisfaction. Le hasard m’a permis de retrouver les chiffres de la croissance de l’autonomie. Ils sont fondés sur ceci : si l’on additionne les budgets de l’Etat fédéral et des Etats fédérés on obtient un chiffre = 100. En 1980, le pourcentage des budgets des Etats fédérés était égal à 9, 3, en 1989 à 31,7. Il y eut encore un progrès important en 1994 (dont je n’ai pas le chiffre) et après 2000, cette proportion monte à 51%. Aujourd’hui, l’ensemble des partis démocratiques belges est d’accord pour l’augmenter encore.
Sentiments wallons divergents
Sur la base d’une enquête de 1998, on peut estimer à 12% les Wallons qui disent se sentir d’abord wallons, ceux qui se disent Wallons et Belges à 45%. Un sondage récent indiquait qu’en cas de scission, 49% de la population wallonne accepteraient la réunion à la France. On retrouve là peut-être quelque chose du vote d’octobre 1945. Puisque l’Etat belge est en train de se transformer en une confédération de trois Etats-Régions indépendants, on pourrait se dire que le sentiment qui peut se présenter comme le plus adéquat à la structure du pays est le sentiment wallon. Mais chaque partisan – de la Belgique (unitaristes), de la Wallonie (autonomistes-, de la France (rattachistes) – peut conserver l‘espérance que son point de vue l’emportera (sauf que je ne pense pas que les composantes belges sortiront entièrement d’une Belgique en voie d’être complètement métamorphosée, rebaptisée même peut-être).
La "guerre de religions"
Durkheim a montré que la société naît avec le religieux (au sens général du « sacré », de l’intouchable si l’on veut). Entre les « Belges », les « Wallons », les « Français », il y a en Wallonie, une sorte de guerre des sacrés ou des religions. D’où la violence des débats chez ceux qui se sentent concernés par ces questions et leur impossible accord. Même si la population ne manifeste pas d’hostilité aux institutions wallonnes autonomes et que, par conséquent, le sentiment belge dominant s’accorde mieux avec ces institutions et s’accorde mieux avec le sentiment wallon. Le sentiment français existe aussi, mais aucune structure n’en concrétise l’assise institutionnelle. Ce serait à l’Etat wallon (lié à Bruxelles), à le concrétiser par un traité qui pourrait être un traité d’association. Personnellement, je ne vois pas que cela puisse aller jusqu’à l’intégration en France, car cela supposerait le démantèlement des structures étatiques wallonnes qui ont pris de plus en plus d’importance depuis 30 ans, passant d’un néant de compétences à plus de la moitié des compétences étatiques de l’ex-Etat unitaire belge.
José Fontaine
En fait, je pense que l’on peut dire que ces divisions ont toujours existé, mais que la perspective d’une transformation profonde de l’Etat belge (qui sera passé en trente ou quarante ans d’un Etat purement unitaire à une confédération d’Etats), exacerbe les conflits quant à la manière de définir l’avenir wallon : les gens de sentiment belge s’accrochent aux lambeaux de leur Belgique, les autonomistes wallons s’irritent que l’on ne tire aucune conséquence de ces changements sur la façon de définir le vivre-ensemble wallon comme wallon, les réunionistes espèrent plus que jamais de devenir français avec la déliquescence de l’Etat belge.
Pour ma part, je pense que la solution wallonne qui inclut déjà, de fait, le lien avec les Bruxellois francophones et donc Bruxelles est la bonne solution.

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