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Si on en croit le titre, Alain Dubuc a voulu que son livre soit un message d’amitié aux souverainistes. Le journaliste qui doit sa carrière à son affiliation au groupe Desmarais y marque une certaine évolution. Jadis Dubuc souhaitait que les souverainistes se convertissent au fédéralisme. Maintenant il leur demande de se convertir à l’autonomisme.
Dans le passé, Alain Dubuc s’est rangé platement derrière les consignes corporatistes de son groupe de presse qui consistent à minimiser le problème du statut provincial du Québec. Il poussait même le zèle, rivalisant d’émulation avec Lysiane Gagnon. Dubuc ne semblait pas même croire à l’idée d’un levier politique plus fort pour le Québec sous prétexte que ce celui-ci était conditionné par le pouvoir économique. Et ce pouvoir était tributaire du dynamisme du secteur privé. Liant le rapport de force aux indices de prospérité, avec Dubuc, on en venait presque à croire que la seule manière pour le Québec d’améliorer son sort était de devenir plus néolibéral.
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Il est étonnant qu’un homme qui a aussi activement secondé les pouvoirs en place par ses écrits, autant le pouvoir de l’argent que le pouvoir fédéral, souhaite un « changement de paradigme ». L’expression vient d’un épistémologue du nom de Kuhn qui désignait ainsi le cadre conceptuel propre à une époque en science. Depuis, l’expression a été si popularisée que vous pouvez la retrouver chez n’importe quel journaliste populiste.
Généralement, on se gargarise de l’expression pour convier les gens à passer à autre chose. Certains journalistes de LCN, comme Richard Martineau par exemple, parle de « passer à autre chose » aussitôt que semble poindre la question nationale du Québec. Dubuc n’est donc pas le seul à croire dans la magie, le glissement des points de références, le remodelage des concepts qui ferait disparaître les problèmes. Après la grande opposition binaire entre deux camps politiques, celui qui propose le « changement de paradigme » apparaît comme l’avocat d’un hypothétique troisième pôle.
L’idée d’indépendance ne rallie pas, écrit Dubuc, alors l’autonomisme devrait rallier davantage, suggère-t-il ensuite. Soit, mais alors pourquoi les fédéralistes comme lui ne se convertissent-ils pas à l’autonomisme ? Il a toujours été considéré comme un péché dans l’église fédéraliste de suggérer que le Québec devait être plus qu’une province. Dans le passé, les fédéralistes de sa trempe ont allégué que si l’Etat provincial du Québec se convertissait en Etat autonome, cela risquait de brusquer l’équilibre des pouvoirs et entraîner la brisure du Canada.
Dubuc propose une conversion des indépendantistes à l’autonomisme, mais de quel genre d’autonomisme s’agit-il ? S’agit-il pour lui de doter le Québec d’instances gouvernementales avec des structures plus autonomes et plus représentatives ou bien d’autonomie provinciale ? S’il s’agit d’autonomie provinciale, Dubuc ne peut que parler d’une marge de manœuvre flexible allouée au gré des circonstances à un palier gouvernemental subalterne au Fédéral, lequel demeurera l’unique gouvernement national du Canada.
Avec une autonomie provinciale, on reviendra au constat que Claude Morin faisait, il y a plus de trente ans, dans son livre Le Combat Québécois. Avec le supposé changement de paradigme suggéré par Dubuc, le livre de Claude Morin n’a pas fini d’être d’actualité :
« En définitive, écrivait-il, la meilleure façon présentement pour le Québec, de tirer le plus d’argent possible d’Ottawa est d’exploiter de son mieux les programmes fédéraux existants et de se prévaloir de toutes les astuces administratives qu’il est apte à découvrir, seul ou avec l’assistance de politiciens et de fonctionnaires fédéraux d’origine québécoise. Outre que cette façon de procéder peut comporter pour le Québec l’exigence assez disgracieuse de paraître quémander des faveurs et de se plier à d’apparentes combines propices aux velléités fédérales de condescendance paternaliste, elle le conduit à se rendre de plus en plus dépendant du pouvoir central et à se soumettre aux diverses conditions qu’Ottawa peut juger utile d’imposer ».
On ne peut certainement pas dire que ce genre d’autonomie entraînera un « changement de paradigme ». Si on veut que le mot « autonomie » ne se vide pas de son sens, comme cela est advenu avec l’expression « fédéralisme renouvelé », il faudrait s’entendre sur ce qu’est l’État du Québec. Est-ce une intendance administrative créée par le gouvernement fédéral ou est-ce un gouvernement national, premier mandataire de la nation québécoise ?
Si une politique autonomiste statue clairement que le Québec n’est pas qu’une intendance régionale qui sollicite des ententes administratives, les indépendantistes n’auraient pas de raison de s’y opposer. Faute de pouvoir réaliser l’indépendance dans l’immédiat, le gouvernement québécois pourrait élargir le cap. Son plan d’action ne serait plus borné d’avance par la définition provinciale de l’État québécois. Pour ce qui est de doter la nation québécoise d’un support institutionnel plus vaste, bien des initiatives sont bienvenues.
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Aussi bien profiter de ce que Dubuc annonce comme le nouveau signe des temps pour obliger tout le monde à s’impliquer vraiment. On a tout avantage à prendre Alain Dubuc au mot et tourner la page après l’époque du bon gouvernement provincial. Le ministre Benoît Pelletier se dit fatigué de l’étiquette « province » attachée au Québec et l’ADQ parlait de rouvrir unilatéralement la Constitution. Ne les laissons pas parler de changement tout en ajoutant, deux phrases plus loin, que les temps ne sont pas mûrs.
Comme l’écrivait Claude Morin dans Les Prophètes Désarmés : « Si aucun progrès politique d’ordre structurant, favorable au Québec, ne survient ou n’est enclenché pendant les deux (ou trois) mandats du PQ, non seulement aucun n’arrivera sous une éventuelle administration des libéraux provinciaux, mais il faut plutôt s’attendre à une régression : la dynamique du régime continuera à s’exercer contre le Québec sans grande opposition, parce que serait parvenue au pouvoir une équipe de politiciens dont tout indique qu’il serait peu désireux de la remettre en cause. Qu’anticiper d’autre d’un parti qui, par exemple, prétend voir la fin des disputes fédérales-provinciales dans la cogestion, avec le gouvernement fédéral, de juridictions appartenant au Québec, et ce au sein d’un régime qui garantit la prépondérance ultime d’Ottawa ? « Solution » où, bien entendu, la propagande du PLQ inviterait les électeurs à découvrir une authentique nouvelle approche constitutionnelle. L’approche serait en effet nouvelle : personne n’a jamais jusqu’ici avancé l’idée renversante que l’avenir du Québec pouvait se situer dans la reddition à la logique interne du fédéralisme Canadian. »
Si on parle de « changement de paradigme » comme Trudeau parlait de révolution des mentalités, on aura juste adopté une nouvelle terminologie. Dans la bouche de Trudeau, la révolution de la mentalité ancienne signifiait que l’État québécois ne devait pas reposer sur le principe national et que tout politicien québécois ne devait pas dépasser le devoir d’État dicté par une définition provinciale de son gouvernement. Beaucoup de mots qui se réclamaient de la fine pointe de l’évolution, beaucoup de mots pour justifier moralement qu’une nation soit la province d’une autre.
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La nation québécoise doit devenir un principe structurant. Jusqu’à présent les fédéralistes ont utilisé les indépendantistes, ce fameux ennemi intérieur aux aguets, pour justifier le statisme du régime. Il leur suffit de brandir la menace du séparatisme pour que le Fédéral continue d’intervenir centralement avec ses supports exclusifs et ses propres garanties de fixation.
Comme ennemis intérieurs, les indépendantistes sont la matière symbolique idéale qui permet de prétendre que le régime fédéral ne se laissera pas subvertir. Bien que sincères dans notre approche, nous, indépendantistes, avons fourni au Canada, comme pays, l’ennemi numéro un dont il avait besoin pour se donner un vernis moral. Le Fédéral continue sur sa lancée et bientôt, tout ce qui restera comme marge au Québec, ce sera de fonctionner à l’intérieur d’un système sclérosé que l’on nomme abusivement la loi canadienne.
La menace est immédiate. C’est dès maintenant que l’État du Québec doit s’étoffer comme pôle dominant de la nation québécoise. Sans se convertir à l’autonomisme, comme le voudrait Dubuc, nous ne pouvons pas fuir dans la légende dorée. Si être purement indépendantistes signifie attendre un champ d’action surplombant, d’emblée hors du régime fédéral, si être purement indépendantiste consiste à miser sur une échelle d’explication théorique suffisante qui aura suffisamment pénétré les cerveaux des électeurs, nous risquons fort d’être l’adversaire idéal pour les tenants du régime actuel.
Le Québec a dès maintenant besoin d’institutions dépassantes qui courent devant son statut de province et qui secouent la définition provinciale de son État. Immédiatement !
André Savard
Dans tous les bons westerns américains, les militaires au service du gouvernement, chargés de pacifier la contrée, parlementent toujours avec les indiens avant finalement de les massacrer. Jamais les indiens n’ont refusé de parlementer(j’allais dire de palâbrer) et toujours, ils se sont faits massacrer, jusqu’à finalement perdre toutes leurs terres.
Je comprends qu’il y a urgence mais pas au point de paniquer jusqu’à sombrer dans l’artificiel et le néant stérile : Trouvons autre chose que de jouer aux indiens avec les fantassins fédéralistes. Laissons-les plutôt abuser de leur suffisance qui n’a cesse d’être de plus en plus excessive au point d’agrandir démesurément le cercle des mécontents dans la populace et qui finira bien un jour ou l’autre à provoquer l’écoeurement et le courroux du bon peuple. Il y a eu à ce propos, dans les 5 derniers mois, la manifestation de signes avant-coureurs de haut-le-coeur qui annoncent pour bientôt une riposte appropriée de celui-ci.

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