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Nationaliser le vent ?
À l’avenir, il faudra se méfier des petites compagnies qui disparaîtront dès que le vent fiscal soufflera ailleurs
Pierre-Olivier Pineau
La Presse
mardi 31 octobre 2006


La voie choisie pour développer la filière éolienne au Québec est actuellement profondément bureaucratique : l’industrie privée ne prend presque aucune initiative, la principale entreprise de production d’électricité au Québec, Hydro-Québec Production, reste en marge... ce sont des décrets du gouvernement provincial qui obligent Hydro-Québec Distribution à acheter de l’électricité éolienne.

Ce modèle de développement orchestré par le gouvernement de Jean Charest, sur le modèle de bien des partenariats public-privé, laisse la responsabilité de construire des éoliennes à des investisseurs privés, mais avec des contrats qui garantissent les quantités et le prix. C’est donc dire que pour l’investisseur, le risque est nul - c’est Hydro-Québec Distribution qui assume les coûts et la responsabilité de fournir assez d’énergie à ses clients (les consommateurs québécois).

Dans ce contexte bureaucratique et sans concurrence (seuls les appels d’offre initiaux sont compétitifs), tous les risques sont pris par les consommateurs, avec HQ Distribution qui constate et la Régie de l’énergie qui approuve les augmentations de tarifs. La justification du secteur privé dans le développement de l’éolien au Québec est donc difficile à trouver. Elle ne réside certainement pas dans leur longue expertise dans le domaine : tout d’abord, le secteur est jeune, et ensuite, les compagnies choisies sont des créations des toutes pièces, conçues pour répondre aux appels d’offre et pour bénéficier du maximum de revenus et de crédit d’impôts. Les deux compagnies choisies en 2003 pour les premiers contrats, Cartier énergie éolienne et Northland Power Income Fund oeuvrent dans le secteur de l’énergie réglementé, où tous les risques sont réduits au minimum.

Nationaliser ?

Doit-on pour autant vouloir une nationalisation ? Le débat ne porte pas sur le matériel éolien et le développement technologique, qui se font tous deux par les compagnies privées et des centres de recherches publics et privés à travers le monde, mais sur la gestion de la construction, des opérations et de la vente de l’énergie. La réponse à court terme est non, comme l’a dit André Boisclair, parce qu’il est très périlleux de revenir sur une parole gouvernementale donnée à des investisseurs. Par contre, à l’avenir, il est entièrement légitime de questionner cette parole et ce choix qui exclut des appels d’offre Hydro-Québec Production, aux profits de petites compagnies ad hoc et opportunistes, qui disparaitront dès que le vent fiscal soufflera ailleurs.

Mais plus encore, ce qu’il faut questionner, ce sont les raisons qui nous poussent à vouloir davantage d’énergie, ce qui demande des nouveaux projets - toujours très controversés. Est-ce parce que nous consommons beaucoup et pas assez efficacement ? Est-ce parce que nous payons parmi les plus bas prix d’électricité en Amérique du Nord ?

Qu’elle soit produite par des producteurs privés ou publics, tant que nous subventionnerons la consommation d’électricité, nous aurons besoin de plus de centrales de production.

Ceux qui ont à coeur les intérêts économiques et environnementaux du Québec feraient mieux de se préoccuper de cela, plutôt que de la question, marginale, de la nationalisation du vent.

L’auteur est professeur agrégé à HEC Montréal.

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