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Nation et élections
Maxime Schinck
Tribune libre de Vigile
jeudi 23 octobre 2008      75 visites


La campagne électorale qui vient de prendre fin a débuté à l’européenne : d’un côté, la gauche composée du Parti libéral, du Bloc, du NPD et des Verts, de l’autre, le Parti conservateur qui revendiquait alors le « grand centre-droit ». Un élément majeur allait toutefois faire prendre à la campagne un chemin différent à mi-temps, à savoir la vidéo critiquant les coupures en culture.

Cette vidéo, qui confondait le manque de financement avec une incompréhension des gouvernants anglophones de la réalité du Québec français, a permis à Gilles Duceppe de relancer sa campagne qui avait bien mal commencé. Il put alors présenter son parti comme étant le protecteur « des intérêts du Québec » et le seul défenseur des « consensus québécois », face à quatre grands partis pancanadiens devant refléter le visage politique de l’ensemble du pays. Ainsi, il a rappelé que le Bloc québécois avait présenté des projets de loi visant notamment à soustraire le Québec de la Loi sur le multiculturalisme et à étendre la Loi 101 aux institutions de compétence fédérale, projets de loi que ses opposants ont refusé d’appuyer.

Du côté des conservateurs, on a aussi tenté de flatter le nationalisme des Québécois dans le sens du poil. Stephen Harper s’est essentiellement concentré sur son bilan : la reconnaissance de la nation québécoise, le règlement du déséquilibre fiscal, le siège à l’UNESCO, etc. Dans ses publicités, le chef du PC vantait la spécificité du Québec et affirmait que le Canada fut d’abord fondé en français, il y a 400 ans. Toutefois, les nouveaux engagements qu’on attendait envers le Québec ne sont pas venus, de telle sorte que les conservateurs ont fait des gains partout au Canada, sauf au Québec.

Quant à Stéphane Dion, il a fait le pari que les Québécois seraient prêts à travailler avec les Canadiens au nom d’une cause – l’environnement – qui surpasse les querelles nationales, affirmant même qu’il était « aussi nationaliste que Gilles Duceppe ». Le Québec ne lui a finalement pas accordé sa confiance. Quant au reste des Canadiens, l’unité canadienne n’étant pas en jeu, ils pouvaient se permettre de voter contre les libéraux pour signifier leur opposition à leur projet de taxe sur le carbone. Qui plus est, le chef du Parti libéral ne soulevait guère les passions hors du Québec à cause de ses difficultés à s’exprimer en anglais. Cela a d’ailleurs permis à Gilles Duceppe de gagner des points, en affirmant qu’on serait plus sévère en ce qui a trait au bilinguisme envers les politiciens francophones qu’envers les politiciens anglophones.

Quant au NPD et au Parti vert, ils sont assurément les plus grands perdants au Québec et, dans le cas des Verts, dans l’ensemble du Canada. Pour les néo-démocrates, l’élection lors d’une élection générale d’un député québécois sous la bannière orangée constitue une victoire, puisque c’est une première. Cependant, cette victoire, très mince faut-il le préciser, a eu lieu dans une circonscription qui n’est pas représentative de l’ensemble de la province. M. Mulcair n’aurait pas pu l’emporter dans Sherbrooke, Québec ou Trois-Rivières. Quant à la chef du Parti vert, sa difficulté à s’exprimer en français ne l’a certainement pas aidée. Le NPD et les Verts doivent leurs faibles résultats dans la Belle Province à leur manque de compréhension face à cette société qu’on dit distincte. Néanmoins, ils peuvent se consoler en remarquant une hausse des suffrages exprimés en leur faveur.

Quel avenir pour ces partis ?

Avec un peu de chance, le NPD parviendra peut-être à remporter d’autres sièges au Québec. Du côté du Parti vert, il pourrait peut-être y avoir une percée à Toronto ou à Vancouver, avant qu’une telle chose ne se produise chez nous. Chez les Conservateurs, il faudra redoubler d’ardeur pour obtenir le soutien du Québec, là où se trouve la possibilité d’obtenir une majorité de sièges. Les Libéraux pourraient adopter la même stratégie en donnant sa chance à Michael Ignatieff. Quant au Bloc québécois, il pourrait miser sur les bourdes futures de Justin Trudeau, fils de Pierre Elliott Trudeau ; cela constituerait un bon moyen de relancer le débat sur la souveraineté du Québec.

Maxime Schinck

Étudiant au Baccalauréat en études politiques appliquées

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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