09 février, 2008

Les superdélégués


David Shuster, animateur à MSNBC, dit que Hillary Clinton «prostitue» sa fille Chelsea en lui demandant d'appeler les «superdélégués» en vue de sa candidature à la présidence. Les observateurs de la politique américaine notent qu'il y a longtemps qu'on a vu deux candidats presqu'à égalité après le Super Mardi du 5 février dernier, et qu'en conséquence, le vote des «superdélégués» risque d'être crucial. On vient d'enlever au sénateur Joe Liberman le statut de «superdélégué» à la Convention démocrate parce qu'il appuie John McCain.

Mais qui sont ces superdélégués «démocrates» ? Les superdélégués sont la dernière soupape de la ploutocratie américaine qui veut s'assurer que même le Parti démocrate, le parti des pauvres et des dévavorisés, reste au service des riches. Les superdélégués sont des millionnaires qui ont rendu service au Parti démocrate à un moment donné de leur vie. La liste inclut tous les membres démocrates du Congrès, les gouverneurs démocrates, divers officiels à des postes électifs, les membres du Comité national du Parti démocrate, les anciens vice-présidents démocrates, les anciens leaders au Sénat du Parti démocrate, les anciens speakers démocrates à la Chambre des représentants, les leaders au Congrès des minorités démocrates et enfin, tous les anciens présidents du Comité national démocrate.

Les superdélégués sont au nombre de 796. Voici la liste de ceux qui se sont prononcés sur les candidats et la liste de ceux qui ne sont pas encore prononcés. Les superdélégués comptent pour à peu près 20 % de l'ensemble de la délégation au Congrès à l'investiture qui se tiendra au Pepsi Center de Denver, Colorado, du 25 au 28 août 2008. Ces 20 % de millionnaires détiennent la balance du pouvoir sur le plancher de la Convention. Les riches ne seront pas oubliés. Certains vont même jusqu'à dire que cela risque de démotiver le «monde ordinaire» qui se fait élire au cours des primaires qui se tiennent dans les divers états.

Tous les gens qui commentent l'élection américaine font dans l'euphémisme. Cette démocratie affligée d'à peu près tous les vices que vous pouvez imaginer, cette tyrannie de l'exécutif déguisée en démagogie, ces élites qui piétinent la plus généreuse Constitution écrite par les Pères de la nation américaine sont tour à tour louangées par des commentateurs qui trouvent ça BIG. Des dizaines de millions de dollars par ci, des centaines de millions de dollars par là. Ouais, c'est BIG.

Vincent Marissal va même jusqu'à parler ouvertement de problèmes de fric:

L'autre problème majeur de ce système de primaires, c'est le fric. L'idée originelle de rapprocher le peuple de la politique était certes noble, mais les campagnes sont devenues d'énormes entreprises inaccessibles dépensant des dizaines, voire des centaines, de millions de dollars. L'exercice tourne donc en un immense concours de popularité, où les favoris inondent les ondes de messages publicitaires à coups de millions et s'en remettent essentiellement à la couverture télévisuelle des grands réseaux et des talk shows de fin de soirée. Sans compter les Oprah Winfrey, Magic Johnson et Chuck Norris, qui viennent aussi élever le niveau de glamour, et les spécialistes de «dirty politics», des mercenaires qui préparent en coulisses les coups bas contre l'adversaire.
Mais Vincent Marissal, après avoir décrit le fonctionnement d'une ploutocratie, ne va pas jusqu'à appeler un chat un chat.

Est-il jamais venu à l'esprit des gens que les peuples qui ne vivent pas encore en démocratie peuvent avoir des doutes quand on vient leur proposer une ploutocratie à l'américaine, et à coups de bazooka en plus ?
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photo: Constitution, par turtlemoon.

2 commentaires:

Guy a dit…

Sans lien avec ton texte, mais pour te prévenir parce que je remarque toute la propagande fait dans la presse via cyberpresse sur la venue de Mario Dumont en France, j'ai fait un post sur mon blog.

Zylag a dit…

J'ai lu. C'est très bien. Merci de l'info.