Sur la crise permanente de la vie des sociétés et des conséquences fondamentales pour une société gouvernée par une autre.
Bruno Deshaies
Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 27 novembre 2008
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Certains ne conçoivent l’oppression qu’en termes d’exactions odieuses infligées à sa victime, sans se rendre compte que pour en arriver là, l’oppresseur doit au préalable avoir réduit à l’impuissance l’opprimé. L’oppression essentielle se situe en amont, dans cette subordination ou perte d’autonomie, qui est matrice de toutes les oppressions incidentes ou accidentelles.
Dans le cas des collectivités, l’oppression essentielle passe inaperçue car elle ne s’en prend pas aux membres d’une société mais disloque ce par quoi ils s’associent, l’agencement de leurs rapports réciproques par lequel toute société devient structure agissante, capable de traduire son altérité en actes. Cette oppression à peine sensible est dissociante, désagrégeante et déstructurante pour le réseau articulé que constitue une société : elle laisse intactes les briques mais pulvérise le mortier. Les individus, bien qu’épargnés, n’arrivent plus à se mobiliser efficacement pour défendre les intérêts de leur société comme aux temps où elle était autonome, aussi instruits et motivés fussent-ils : les connexions se sont dissoutes quand elle a été évincée, supplantée, remplacée par une autre société.
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