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Comme la rouille, le secret ronge tout. Loto-Québec, Airbus, Cinar, l’Office de la langue française, Rabaska, le personnel politique des premiers ministres et la machination des commandites, l’affaire Cadman et l’Obamagate ne sont que les derniers exemples de cette longue liste.
Le secret, surtout quand il est professionnel, est devenu un prétexte pour cacher tous les crimes des princes. Il a son réseau de mercenaires qui représentent les uns et les autres, d’un côté comme de l’autre, conseillent ceux qui posent les questions et ceux qui y répondent, quand ce ne sont pas eux-mêmes qui posent les questions ou interviennent pour sommer publiquement un ancien collègue de ne pas répondre publiquement aux questions au nom de ce même secret, poussant l’odieux jusqu’à partager le même cabinet que le principal témoin, alléguant qu’ils auraient construit un mur fictif les mettant à l’abri du conflit d’intérêts. Ils n’ont pas de camp, juste des missions, celles que leurs clients leur ont confiées, celles des organisations qu’ils conseillent, celles des lobbys qu’ils représentent !
Quand ce ne sont pas leurs interventions publiques, ce sont les ententes de confidentialité qu’ils ont rédigées, qui légitiment le passé trouble de leurs clients, fussent-ils des organismes publics ou des fraudeurs notoires. Quand nous voulons savoir, ils nous répondent : désolé c’est secret !
Pourtant, ce sont ces mêmes organismes et leurs conseillers en relations publiques qui nous cassent les oreilles avec leur éthique : « …la culture du secret nuit à la transparence des organisations ». Pour nous prouver leur bonne foi, ils organisent des colloques sur le sujet où ils invitent leurs mercenaires du secret et de l’éthique à venir donner des conférences. Ils financent les travaux et les chaires de prestigieux universitaires, sous prétexte qu’on doit effectuer une constante vigie. Mais lorsque les conclusions ne leur conviennent pas, ils imposent le dictat des ententes de confidentialité qu’ils ont préalablement fait signer au nom de la saine prudence, accusant ceux qui les transgressent de manquer de professionnalisme. Désolé, les données sont incomplètes et risquent d’être mal interprétées ! Quelques ténors de la presse, ayant les mêmes mercenaires, se font alors entendre pour défendre ce qui leur apparaît être du discernement. Toute vérité n’est pas bonne à dire, surtout si elle nuit au commerce, au club et à sa lingua franca !
Ces mercenaires ont un réseau : le réseau de tous les secrets. On comprend pourquoi c’est là que la plupart des princes déchus se terrent, trônant au milieu de leur cour, parmi leurs anciens courtisans, où ils sont investis d’une précieuse autorité leur conférant une inéluctable immunité les liant les uns aux autres : le droit au secret.
Louis Lapointe
Brossard
Le 13 février 2008
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