
J'aime bien placer les choses , les gens et les idées en perspective. Une table, ses chaises, sa maison, sa rue... Moi, ma rue, ma province, mon pays, et ma planète qui file dans l'espace... La poursuite d'un état souverain au Québec, les états-nation, les grands blocs culturels, l'ONU...
Le professeur Jerry Z. Muller de la Catholic University of America a développé une théorie intéressante sur la formation des états-nation. Il rappelle que les Américains, grands partisans du «melting pot» culturel, sont assez peu enclins au nationalisme. Il rappelle aussi un narratif courant à l'effet que les guerres mondiales du XX ème siècle ont été causées par le nationalisme et que depuis, les Européens le rejettent et évoluent vers des organismes de regroupement comme la CEE.
Mais l'auteur nous montre que la réalité est toute autre. Les états européens sont devenus en fait des états-nation où une ethnie très majoritaire contrôle les rênes du pouvoir, sauf la Belgique (au bord de l'éclatement) et la Suisse (où les relations ethniques sont fortement réglementées).
Et il n'y a pas que l'Europe où les forces du nationalisme ont refait la carte du monde au siècle dernier. L'éclatement de l'empire ottoman, de l'empire austro-hongrois, de l'empire britannique, et enfin de l'empire des Romanov et de son successeur, l'Union soviétique, ont donné lieu à des brassages ethniques, des migrations, parfois même des génocides qui ont poussé les groupes humains partageant une même identité culturelle à se regrouper en états-nation. Concrètement, la grande tendance sur la planète n'est pas le regroupement dans des organismes supra-nationaux, mais dans la formation d'états-nation. On vient d'observer la naissance du Kosovo (2 200 000 habitants). Frédérick Lavoie nous parle ce matin des républiques d'Abkhazie (300 000 habitants), d'Ossétie du Sud (70 000 habitants) et de Transdniestrie (533 500 habitants) qui sont sur la liste d'attente.
Il faut rester conscient que l'aspiration de certaines sociétés à la souveraineté peut sembler assez peu réaliste compte tenu de leurs faiblesses économiques. Mais on peut avoir des surprises. La Slovaquie semble s'en tirer. L'Irlande fait des jaloux partout en Europe après des décennies de stagnation. La formation d'états-nation n'est pas un anachronisme désuet et irrationnel:
Le professeur Jerry Z. Muller de la Catholic University of America a développé une théorie intéressante sur la formation des états-nation. Il rappelle que les Américains, grands partisans du «melting pot» culturel, sont assez peu enclins au nationalisme. Il rappelle aussi un narratif courant à l'effet que les guerres mondiales du XX ème siècle ont été causées par le nationalisme et que depuis, les Européens le rejettent et évoluent vers des organismes de regroupement comme la CEE.
Mais l'auteur nous montre que la réalité est toute autre. Les états européens sont devenus en fait des états-nation où une ethnie très majoritaire contrôle les rênes du pouvoir, sauf la Belgique (au bord de l'éclatement) et la Suisse (où les relations ethniques sont fortement réglementées).
Et il n'y a pas que l'Europe où les forces du nationalisme ont refait la carte du monde au siècle dernier. L'éclatement de l'empire ottoman, de l'empire austro-hongrois, de l'empire britannique, et enfin de l'empire des Romanov et de son successeur, l'Union soviétique, ont donné lieu à des brassages ethniques, des migrations, parfois même des génocides qui ont poussé les groupes humains partageant une même identité culturelle à se regrouper en états-nation. Concrètement, la grande tendance sur la planète n'est pas le regroupement dans des organismes supra-nationaux, mais dans la formation d'états-nation. On vient d'observer la naissance du Kosovo (2 200 000 habitants). Frédérick Lavoie nous parle ce matin des républiques d'Abkhazie (300 000 habitants), d'Ossétie du Sud (70 000 habitants) et de Transdniestrie (533 500 habitants) qui sont sur la liste d'attente.
Il faut rester conscient que l'aspiration de certaines sociétés à la souveraineté peut sembler assez peu réaliste compte tenu de leurs faiblesses économiques. Mais on peut avoir des surprises. La Slovaquie semble s'en tirer. L'Irlande fait des jaloux partout en Europe après des décennies de stagnation. La formation d'états-nation n'est pas un anachronisme désuet et irrationnel:
The rise of ethnonationalism, as the sociologist Ernest Gellner has explained, was not some strange historical mistake; rather, it was propelled by some of the deepest currents of modernity. Military competition between states created a demand for expanded state resources and hence continual economic growth. Economic growth, in turn, depended on mass literacy and easy communication, spurring policies to promote education and a common language -- which led directly to conflicts over language and communal opportunities.
Le professeur Muller conclut ainsi son analyse:
Contemporary social scientists who write about nationalism tend to stress the contingent elements of group identity -- the extent to which national consciousness is culturally and politically manufactured by ideologists and politicians. They regularly invoke Benedict Anderson's concept of "imagined communities," as if demonstrating that nationalism is constructed will rob the concept of its power. It is true, of course, that ethnonational identity is never as natural or ineluctable as nationalists claim. Yet it would be a mistake to think that because nationalism is partly constructed it is therefore fragile or infinitely malleable. Ethnonationalism was not a chance detour in European history: it corresponds to some enduring propensities of the human spirit that are heightened by the process of modern state creation, it is a crucial source of both solidarity and enmity, and in one form or another, it will remain for many generations to come. One can only profit from facing it directly.
En termes simples, plusieurs sociologues critiquent le nationalisme parce que la conscience nationale est le résultat de sa promotion par des idéologues et des politiciens. Et jusqu'à un certain point, c'est vrai. Mais cela n'empêche que le sentiment d'identité nationale correspond à quelque chose de réel dans l'esprit des humains. Il permet la solidarité et des réactions d'auto-défense. Il est là pour rester dans les générations à venir.
Bref, les Québécois qui veulent créer un état-nation ne sont pas des extra-terrestres. Ils ne sont pas des nationalistes étroits enfermés dans des valeurs étriquées. Ils s'inscrivent dans le courant de modernité qui parcourt toute la planète depuis maintenant plus d'un siècle.








8 commentaires:
Oui, et en Europe, on a quand même un gros souci avec les Basques, partagés, comme les Kurdes entre plusieurs pays (en l'occurrence, la France et l'Espagne) et certains Bretons qui voudraient l'autonomie, ça, rien que pour la France et l'Espagne. En plus, en France, on a aussi les Corses, qui, comme les Basques, sont un peu explosifs dans leurs manières de dire les choses. Si j'étais président de la République; je leur donnerais l'autonomie qu'ils réclament, en réexpédiant les Corses du Continent sur leur ile d'origine, et en rapatriant tous les Français qui ont acheté des résidences secondaires en Corse...
Pour les Basques, je m'arrangerais avec l'Espagne pour que ces provinces deviennent enfin un état indépendant, ce qui fera bien protester l'Espagne, parce que les provinces basques d'Espagne sont en fait le pôle économique de ce pays et c'est pour ça qu'on ne veut pas les lâcher, quant à la Bretagne, ou à l'Occitanie, une fois autonomes, de quoi vivraient-elles ??? L'idée d'État-Nation est très jolie, mais son application encore plus impossible et utopique que tout le reste !
Amicalement,
Tinky :-)
100 % d'accord.
Je viens justement de lire quelque chose en psychanalyse là dessus qui rejoint tout à fait ce que je pense. Le livre n'est pas près de moi, mais je te reviendrai là-dessus, si tu veux, avec la phrase ou le petit passage. (Y a qu'à d'mander!)
Autrement, si on se réfère simplement aux théories du langage, si un mot aussi simple, en apparence, que le mot table, revêt différentes significations, possède, sur la base d'expériences différentes, des signifiés dissemblables, imaginons une notion, un concept abstraits!
On ne peut réinventer toute une langue. On peut jeter des mots ou les mettre au rancart, en transformer d'autres, et adapter le signifié aux nouvelles idéologies et réalités sociales choisies.
Zed ;-)
J'aime ton drap-peau.
Information : je viens de faire un lien avec ton billet dans mon plus récent.
Zed
@ Tinky:
Comme je le disais dans le billet: certaines communautés culturelles n'ont pas la force économique de se supporter elles-mêmes. C'est à elles de s'accommoder de la culture dominante et c'est à l'état-nation qui les accueille de les traiter de façon civilisée.
Merci de votre contribution.
@ Zed blog:
Oui, j'aimerais assez voir le lien à faire avec la psychanalyse. Quand vous aurez le temps.
Merci pour la référence.
« L'humanité paye un prix incommensurable pour se rendre compte que l'idéalisation de soi - Moi idéal - de la communauté, de la nation ou de la race est à la source même des monstruosités les plus exacerbées et les plus fanatiques de l'histoire. Dans la psychopathologie d'aujourd'hui,le rôle joué par le Moi idéal de la toute-puissance narcissique tend à s'accroitre, alors que celui du Surmoi prend du terrain. »
André L'ussier, La gloire et la faute, PUQ
Les termes en italique sont revisités par l'auteur, André Lussier, que je viens seulement de découvrir, malgré son importance primordiale dans le domaine de la psychanalyse. :|
C'est au début de son livre, que je viens de commencer, et semble-t-il qu'il y a une progression dans ses concepts, qui suit son cheminement analytique et critique de ceux-ci dans l'oeuvre de Freud.
Le Moi idéal est celui qui est la recherche constante du plaisir immédiat, narcissique, et le Surmoi est l'ensemble des contraintes morales, éthiques et autres qui lui sont imposées et qui le contraignent.
Lussier a fit un long travail de repérage de ces consptes chez Freud et a travaillé à remédier à leurs incohérences, parfois dues, pour faire bref, à des problèmes liés au langage, à la langue.
Zylag, je ne cherche pas à t'enquiquiner, tu sais. Je cherche à avancer dans tous les débats liés à la vie et à la société, faire bouger les choses un tout petit peu, à ma toute minuscule mesure. C'est tout. Et pour cela, je refuse les tabous. Car le non-dit est si dommageable, selon moi. C'est un tel frein.
Je ne parle pas de nos petits jardins secrets quand je dis ça, mais je pense que tu l'auras compris.
Amicalement, Zed
excellent billet!! Vraiment, si Pauline Marois pouvait le lire!
Merci.
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