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On dit, chez les fédéralistes, que la province peut bouger et qu’elle n’a pas à attendre d’être prise en main. En fait, le Québec ne bouge que dans le sens prescrit pour ne pas être accusé de provoquer des crises inutilement. Si le Québec ne peut rien instituer qui serve sa souveraineté sur son territoire, c’est que son gouvernement n’est pas pleinement responsable. Le Québec est gouverné par organes fédéraux interposés. - André Savard
             
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Stratégie problématique : entre désarroi et dispersion
Les escadrons de l’impatience
Voilà le choix. C’est celui du rassemblement. Celui de la solidarité fondamentale. Celui de la durance. Le seul qui a de l’avenir.
Fernand Couturier
Tribune libre de Vigile
dimanche 2 mars 2008      333 visites      1 message


Le monde de la politique grouille d’événements semeurs de désolation. Mais il en est une catégorie que je trouve particulièrement affligeante. C’est l’annonce de la fondation d’un nouveau parti dédié à la souveraineté ou l’indépendance du Québec. Nous avions le Parti Québécois. S’est ajouté, le 4 février 2006, Québec Solidaire, comme jonction de deux embryons de parti. Et maintenant se pointe le Parti Indépendantiste, nouveau-né du 3 février 2008. Et, un coup parti, pourquoi pas un autre à l’hiver 2010 ? Peut-être même avant, si les deux têtes de Québec Solidaire en venaient à trouver la cohabitation insatisfaisante…

Pourquoi est-ce si désolant ? Pas du tout parce que les objectifs ou les idéaux poursuivis par ces partis manquent de noblesse. Au contraire, leurs déclarations de principes sont tout à fait défendables et louables. Il y va plutôt d’une question d’opportunité. Ça déjà été dit. On l’a répété. Mais je ne peux plus me retenir. Il me faut aussi le dire.

Les deux derniers partis se sont constitués soi-disant pour remédier aux défaillances du Parti Québécois. Tout en ne se privant pas de critiques acerbes à son endroit. C’est un vieux parti dépassé. — Pourtant il n’a qu’une trentaine d’années —. Pas assez de gauche, pas suffisamment indépendantiste, trop provincialiste, irrésolu, etc. Critiques qui, par ailleurs, peuvent avoir quelque fondement. Mais tout cela légitime-t-il l’apparition de nouveaux partis ? Est-ce utile, bienfaisant dans la situation politique présente ? Il y a vraiment lieu d’en douter.

Représentons-nous le plus lucidement possible l’image que cette prolifération de partis projette dans la population. Au moins deux éléments du panorama ne peuvent échapper à l’observation.

Au premier plan, c’est l’agitation d’une débandade. Spectacle tellement réjouissant et réconfortant pour les adversaires politiques, mais combien navrant pour ceux qui veulent un pays pour le Québec. Des bataillons épars tirant à gauche et à droite, sans tête commune, se prenant même réciproquement pour cibles. Que peut en penser le peuple, seule instance qui pourrait faire advenir la souveraineté ? Il se demande tout simplement s’il peut faire confiance à ces bagarreurs indisciplinés, ces escadrons de l’impatience, qui prétendent tous, chacun de son côté, l’amener à l’état de pleine réalisation, d’achèvement comme pays. Le peuple a déjà signifié cette interrogation, ce doute, à quelques reprises, mais plus distinctement encore lors des dernières élections générales.

Et deuxièmement, plus grave encore, c’est comme toile de fond la dépréciation de la cause elle-même. La cause, c’est le pays à nous donner. Mais on dirait que ce pays s’éloigne dans le brouillard au fur et à mesure que naissent ces partis. Il faut garder bien présents en mémoire les résultats des dernières élections. Non seulement Québec Solidaire a dû se contenter d’un maigre 3.6% du vote, mais aussi le Parti Québécois s’est retrouvé, tout penaud, confiné dans le coin obscur d’un troisième parti à l’Assemblée nationale. Alors, qu’est-ce que le peuple a bien pu penser pour se décider à faire un tel choix ? Sans doute quelque chose comme ceci : si l’idée du pays pour le Québec n’est pas capable d’unir, de maintenir rassemblés, ceux-mêmes qui en font la promotion et qui apparemment le désirent le plus intensément, c’est peut-être qu’il s’agit là d’une utopie, d’un beau rêve peut-être, mais rien qu’un rêve somme toute. Alors, il faut sonner le réveil et passer à autre chose. Et le réveil fut cauchemardesque pour les souverainistes.

Et peut-on penser que l’avènement du Parti Indépendantiste va améliorer les choses ? À supposer que son discours contribue à sensibiliser quelques personnes à la souveraineté et lui permette de glaner un certain nombre de votes, ce ne sera en bout de ligne qu’une autre contribution à disperser les forces et à maintenir le mouvement souverainiste encore plus loin de la possibilité de faire advenir effectivement la souveraineté. On n’a pas le choix d’agir ainsi, dira-t-on, parce que le Parti Québécois, justement, a trahi la cause. Mais vous faites erreur, faut-il répliquer, parce qu’il y a de fait un choix. Et ce choix il apparaît quand on va au fond des choses. Vers la démocratie.

La démocratie surgit quand le dèmos, le peuple, prend en main sa propre gouverne et se reconnaît comme le seul auteur de ses lois. Cela, c’est la souveraineté du peuple. C’est le peuple refusant que ses lois lui soit dictées par une autorité extérieure, qu’elle soit celle d’un roi, d’un tyran, d’un autre peuple ou d’un dieu. Cela, c’est aussi l’indépendance du peuple. C’est le peuple qui ne veut pas dépendre d’un autre pour la détermination de l’économie de sa propre gouverne. Aussi longtemps qu’un peuple n’a pas cette souveraineté ou indépendance, il n’est pas à proprement parler, pleinement, authentiquement démocratique : sa propre gouverne lui échappant en tout ou en partie.

Ceci étant, il est clair que seul le peuple, notre peuple, pourra décider du pays. Mais pour ce faire, il lui faut prendre la route qui y mène. Et cette route est celle du langage, de la voix, de la voix démocratique. Celle qui dira effectivement le pays, i.e. la souveraineté et l’indépendance en Assemblée nationale. Mais elle doit d’abord entrer dans ce lieu avec la puissance déclaratrice, nominatrice ou créatrice nécessaire. Et dans les circonstances politiques qui sont les nôtres, elle ne peut y entrer que par un seul parti. Pourquoi ? Très évidemment parce que la pluralité des partis divisent les chemins et les voix souverainistes et condamnent pour l’avenir prévisible à l’impuissance à l’Assemblée… et du fait même à ne pas pouvoir affirmer le pays. C’est élémentaire. Alors le choix, quel est-il donc ?

Simple. Au lieu de constituer des partis qui dispersent les efforts et annulent les moyens, il faudrait s’engager auprès du peuple dans des mouvements qui annoncent, préparent et font le pays. Mouvements qui font cheminer, pas à pas, mots à mots, d’espoirs en espoirs, de réalisations en réalisations, de lumières en convictions et résolutions vers l’accomplissement, l’achèvement de notre être démocratique, de notre stature de peuple. Ici, il y a besoin, il y a nécessité d’une multiplicité de discours qui dessinent, fassent apparaître les différentes facettes du pays souhaité. Qui rendent le pays désirable pour le plus grand nombre possible. Un pays pour humains n’est pas un truc unidimensionnel. Il doit être pluriel. Et le nôtre le serait magnifiquement, richement, présentant un visage aux traits vivants et attirants, si les voix qui se font entendre maintenant dans les partis nouveau-nés, au lieu de présenter des alternatives en apparence exclusives, se laissaient d’abord guider par l’unicité de la tâche, par l’unique tâche à accomplir présentement. Et si, conséquemment, ces voix, continuant de se faire entendre par tous les citoyens à la grandeur du territoire avec les sonorités diverses et l’ardeur particulière dont elles font montre déjà, participaient du même coup à maintenir la bonne forme morale, intellectuelle et organisationnelle du premier parti qui, depuis trois décennies, œuvre sur le terrain et à l’Assemblée nationale dans la perspective de la souveraineté. Et quand même avec un certain succès et de bonnes réussites malgré les déboires et les défaillances. Donc, tout le monde réuni pour l’avènement de notre peuple à la souveraineté ou l’indépendance, c’est-à-dire à sa maturité démocratique. Ce serait le pays.

Voilà le choix. C’est celui du rassemblement. Celui de la solidarité fondamentale. Celui de la durance. Le seul qui a de l’avenir.

Fernand Couturier

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • Les escadrons de l’impatience
    2 mars 2008, par Gilles Bousquet

    Très logique mais, les purs de l’indépendance croient dur comme fer que le PQ et le mot souverainiste sont des leurres, principalement si on y adjoint l’association ou le partenariat. Ils croient que, même M. Lévesque n’a jamais voulu faire la souveraineté, parce que ça ne va pas assez vite à leur goût, voient des complots fédéralistes partout et croient que les députés du PQ sont plus intéressés par leurs chèques de paie que par l’indépendance du Québec vu qu’ils n’en parlent pas 24 heures par jours, 7 jours par semaine pour provoquer une "écoeurantite indépendantiste aigue chez le Québécois qui ne fait pas que penser à ça".

    Les purs et durs de l’indépendance, pour éviter tous ces faux-fuyants du PQ, selon eux, se fondent des partis pour vrais indépendantistes "all dressed". Il aurait même l’UDIQ "un autre parti indépendantiste" qui s’en viendrait bientôt. Chaque indépendantiste pourrait avoir son propre parti indépendantiste, selon le principe que, dès qu’une chose n’est pas à son goût, on s’en forme un, taillé à son image et à sa ressemblance.

    Si les nationalistes veulent que des changements constitutionnels arrivent un jour, une coalition du PQ avec l’ADQ à ce sujet vaudrait bien mieux que la division actuelle des partis indépendantistes/souverainites qui se critiquent les uns les autres les Palestiniens le font face aux Israéliens.


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