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L’Indirect rule a d’autres incidences. L’une d’elles est la dévalorisation de la culture et des pratiques politiques des populations conquises au nom d’une culture et d’un système politique dits supérieurs. - Claude Bariteau
             
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Les donneurs de leçons
Car il y en a pour qui la moindre affirmation québécoise sera toujours un dangereux flirt avec la xénophobie ou la démocratie.
Joseph Facal
www.josephfacal.org
mercredi 5 novembre 2008


Vous me connaissez : je refuse de me comporter comme un poisson dans un de ces bancs de poissons qui se déplacent en bloc, tous allant en même temps dans la même direction.

Comme la planète entière n’en aura aujourd’hui que pour les élections américaines, je parlerai d’autre chose.

Revenons un instant à notre Québec si vous le voulez bien. Désolé si c’est moins enivrant.

Le gouvernement Charest vient d’annoncer que les prochains immigrants devraient dorénavant signer un contrat moral par lequel ils s’engagent à respecter trois « valeurs québécoises » : langue française, égalité hommes-femmes, et séparation de la religion et de l’État.

Évidemment, aucune contrainte véritable, aucun suivi du contrat, aucune sanction en cas de non-respect. Difficile en effet d’imaginer des inspecteurs gouvernementaux vérifiant comment un tel traite sa femme.

On ne peut être contre des vœux pieux, direz-vous.

Mais oui, on le peut. Car il y en a pour qui la moindre affirmation québécoise sera toujours un dangereux flirt avec la xénophobie ou la démocratie.

Plusieurs des ex-conseillers de la commission Bouchard-Taylor, dont monsieur Daniel Weinstock, se sont en effet sentis obligés, vendredi dernier, de dire tout le mal qu’ils pensaient de la timide initiative gouvernementale.

Je reproduis ici ce texte pour que vous ne me disiez pas que j’exagère. PDF

La Presse
Forum, vendredi, 31 octobre 2008, p. A16 Opinion

Un agacement de plus

La profession de foi qu’auront à faire les nouveaux arrivants n’a heureusement rien de contraignant

Comment réagir à la décision prise par le gouvernement Charest d’exiger de tout immigrant admis au Québec qu’il signe un “contrat moral” à l’effet qu’il adhère aux valeurs de la société québécoise ? Nous pourrions tout simplement décider de l’ignorer. Après tout, le calcul politique qui le sous-tend est clair. À la veille du déclenchement d’élections, le parti au pouvoir a pu penser qu’un flirt avec la tendance hérouxvilloise de la société québécoise serait la condition de son obtention d’une majorité parlementaire. Par ailleurs, la profession de foi qu’auront dorénavant à faire les nouveaux arrivants n’a heureusement rien de contraignant. Il ne s’agira pas de retourner dans leurs pays d’origine les néo-Québécois dont l’ardeur démocratique et égalitariste serait jugée lacunaire par un fonctionnaire de l’État. Bref, ce contrat représentera pour le nouvel immigrant un agacement de plus parmi les multiples obstacles administratifs et financiers que nous plaçons dans le chemin des candidats à l’immigration, un peu à l’image du serment qu’il devra porter à la Reine et à ses héritiers.

Si nous pensons qu’il faut néanmoins rappeler le gouvernement à l’ordre sur ce point, c’est que, tout anodin qu’il soit sur le plan strictement juridique, il véhicule une vision fausse et dangereuse à la fois des rapports entre les membres de la société québécoise à ses nouveaux arrivants, et de ces fameuses “valeurs québécoises” dont le gouvernement semble craindre qu’elles ne feront pas l’objet d’une adhésion suffisante de la part des immigrants.

La faute des immigrants ?

Prenons d’abord le premier point. Ce qui semble latent dans cette mesure est que, s’il y a problème dans la société québécoise pour ce qui est de l’acceptation des valeurs d’égalité et de démocratie libérale, il se situe entièrement du côté des immigrants, les populations historiquement installées en terre québécoise étant entièrement immunisées contre toute velléité anti-démocratique ou anti-égalitariste.

Or, aucune étude sérieuse ne conforte cette hypothèse. Rien, outre le préjugé, ne donne à penser que des attitudes problématiques du point de vue de la démocratie québécoise sont plus répandues chez nos immigrants que chez les populations installées depuis longtemps.

Mais qu’en est-il, réellement, de ces fameuses “valeurs” ? Elles sont énoncées dans le contrat moral à un tel niveau d’abstraction qu’elles en perdent toute signification concrète. Prenons l’exemple de l’égalité des hommes et des femmes. Rien de plus facile que de donner un assentiment verbal à ce principe.

Le bât blesse lorsqu’il s’agit d’en tirer des implications concrètes. Par exemple, les Québécois de confession catholique pourraient lui donner leur assentiment tout en continuant à exclure les femmes du clergé. D’autres pourraient penser que cette exclusion est incompatible avec le principe de l’égalité.

Bref, les valeurs affichées dans le contrat moral sont ouvertes à de multiples interprétations. Le débat entre les tenants de ces diverses interprétations représente d’ailleurs le pain et le beurre de la vie démocratique. Le gouvernement entend-il imposer une version particulière de ces valeurs à nos immigrants ?

En ce cas, c’est lui, et non eux, qui court-circuitent la démocratie. Son intention est-elle plutôt d’exiger une conformité rhétorique ? Il se complairait alors dans un symbolisme vide de sens, mais ô combien dommageable aux relations civiques québécoises.

Si le gouvernement de Jean Charest a sincèrement l’intention d’améliorer les mécanismes par lesquels les immigrants s’intègrent à la société québécoise, il est à espérer qu’il se ravisera, car les enjeux de l’intégration se situent ailleurs que dans les déclarations de grands principes. Il renoncera à cette mesure inutile, qui donne par ailleurs une image d’un Québec frileux et paranoïaque qui voit dans ses immigrants une menace plutôt qu’un atout.

Le texte suivant est cosigné par Daniel Weinstock, Marie McAndrew, Rachida Azdouz, Jane Jenson, Roderick MacDonald et Micheline Milot (membres du Comité conseil de la Commission Bouchard-Taylor) ainsi que Jocelyn Maclure (analyste expert de la Commission).

***

Vous avez bien lu.

Qu’est-ce qu’un immigrant pourrait penser, avancent-ils, de ces Québécois qui affirment haut et fort l’égalité entre les sexes alors que la religion catholique interdit la prêtrise aux femmes ?

Comme s’il n’y avait pas une distinction à faire entre les règles d’une institution ancrée dans notre histoire, mais en plein déclin aujourd’hui, et la vie quotidienne.

Si le gouvernement s’avisait de vouloir aller plus loin, il serait « antidémocratique », ajoutent-ils.

Veut-on dire par là que tous les gouvernements qui, en Occident, ont récemment resserré leurs exigences en matière d’immigration sont « anti-démocratiques » ?

C’est toujours le même débat : a-t-on le droit de poser notre histoire, notre culture comme fondements centraux de notre société, ou le Québec est-il désormais un territoire avec des repères minimaux, interchangeable avec un autre, dans lequel chaque nouvel arrivant peut reproduire ce qu’il vient de quitter si c’est ce qu’il veut ?

Du haut de leur magistère, ils se sentent même le droit de « rappeler à l’ordre le gouvernement ». Rien de moins.

Le plus désolant est l’arsenal des qualificatifs dérogatoires pour amalgamer dans l’opprobre tous ceux qui ne sont pas de leur avis : « tendance hérouxvilloise », « Québec frileux et paranoïaque », « vision fausse et dangereuse », et ainsi de suite.

Tout leur texte suinte le dépit, la colère et le ressentiment à l’endroit d’un peuple qui refuse de penser comme eux, et d’un gouvernement qui choisit de tenir davantage compte de lui que de nos brillants penseurs.

Voici des gens qui plaident toujours pour la « diversité », sauf pour la diversité intellectuelle, puisqu’ils n’acceptent pas qu’on pense autrement.

Ils parlent de « tolérance », mais sont singulièrement intolérants de ceux qui ne partagent pas leur enthousiasme pour le multiculturalisme à la canadienne.

Ils prêchent « l’ouverture », mais n’en ont aucune pour ceux qui ne s’extasient pas comme eux devant des mutations sans balises qui sèment l’incompréhension et le ressentiment.

La saga des accommodements raisonnables aura au moins eu un double mérite : faire réaliser à ces gens à quel point ils sont déconnectés d’un peuple qui se fout complètement de leur opinion, et faire réaliser à ce dernier à quel point ces arbitres de la pensée correcte n’ont pour lui que mépris et suffisance.



Source
http://www.josephfacal.org/les-donneurs-de-lecons/

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