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À moins d’être parti escalader l’Everest, impossible, si vous êtes Québécois, de ne pas avoir entendu parler de cette amusante vidéo dans laquelle trois vedettes dénoncent les coupes dans le budget de la culture du gouvernement Harper.
J’ai pourtant de gros doutes sur l’efficacité du geste.
Ne me comprenez pas de travers : je ne blâme pas ces artistes de s’engager et je déplore moi aussi ces coupes.
Dans la pile, il y a certainement quelques subventions difficilement justifiables, comme il y a sûrement des projets qui mériteraient du soutien et qui n’auront rien. Mais au total, il est ridicule de croire que la culture est trop soutenue par les fonds publics, et il faut être furieusement ignorant pour s’imaginer que les arts devraient s’autofinancer.
GROSSIER PRÉJUGÉ
Stephen Harper fait le pari que la culture est synonyme de gaspillage pour la majorité des électeurs. Parce qu’ils ne savent pas quelle est la part microscopique de la culture dans le budget du gouvernement, qu’ils ne comprennent rien à ses retombées réelles, et qu’ils s’imaginent que tous les artistes vivent comme les seuls qu’ils connaissent : les stars.
Et qui voit-on dénoncer ces compressions ? Justement trois vedettes qui ne feront brailler personne.
Évidemment, la communauté artistique est coincée. Si sa mobilisation met de l’avant des vedettes, elle alimente le grossier préjugé populaire sur lequel repose la manoeuvre du gouvernement. Si elle s’appuie sur des inconnus, personne n’en parlera.
Jusqu’ici en tout cas, le milieu de la culture a été traité avec un mépris sans précédent par une des ministres les plus insignifiantes de l’histoire politique canadienne récente, sans que cela ne coûte un point aux conservateurs dans les sondages, bien au contraire.
MYTHOLOGIE QUÉBÉCOISE
Au fond, cela met en lumière un autre de nos grands mythes québécois : celui de notre amour pour la culture, dont on chercherait en vain le moindre indice dans les statistiques disponibles.
Remarquez, ce n’est pas le seul. Le Québec d’aujourd’hui baigne dans une épaisse mythologie qui flatte notre amour-propre et justifie notre inaction, comme par exemple de croire que nous sommes plus « solidaires » que le reste du Canada, alors que nous sommes au dernier rang pour les dons de charité et les heures consacrées au bénévolat.
J’ai toujours soupçonné que nous confondions le dynamisme culturel avec la fréquentation des festivals et la consommation de télévision. Quand j’étais candidat aux élections et que je faisais du porte-à-porte, j’entrais souvent dans des maisons où l’on ne voyait pas le moindre livre... sauf Le Guide de l’auto.
L’artiste est aussi un être libre qui n’est pas obligé de s’embrigader dans la cause souverainiste. Mais il fut une époque où nos artistes auraient eu le réflexe de tirer une conclusion politique conséquente d’un tel épisode... et de le dire.
Mais c’était à l’époque où l’on pensait sincèrement que la culture était vraiment l’âme des peuples fiers.
Sheila Copps, qui était tout de même d’une autre trempe que Josée Verner, avait compris comment jouer la partie : « We have the cash. They follow the money », disait-elle. Les conservateurs ont retenu la leçon.

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