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Dans sa réplique à ses détracteurs (Le Devoir, 10 juin 2008), Gérard Bouchard tente de se défendre de l’accusation selon laquelle le Rapport Bouchard-Taylor « plaiderait pour un retour aux "Canadiens français" de la survivance et ramènerait les francophones québécois au rang de groupe ethnique. […] Il arrive parfois qu’on doive parler de Québécois d’origine juive, de Québécois d’origine italienne ou antillaise, etc. Pourquoi, suivant la même logique, serait-il condamnable de parler de Québécois d’origine canadienne-française ? » Mais précisément parce que c’est là une appellation ethnique ! Pourquoi ne pas avoir parlé plutôt de Québécois d’origine française ou européenne ? Cela nous ramène au vocabulaire de Trudeau dans son analyse ethnique de l’élection du Parti québécois en 1976 : « Les Canadiens français du Québec vont maintenant être obligés de choisir. Ils ont élu un gouvernement péquiste. » (Le Soleil, 22 janvier 1977) Trudeau a continué, jusqu’à deux ans avant sa mort, à utiliser cette appellation ethnique : « Cette méfiance a empêché le Canada français au Québec de mettre l’État au service de la collectivité, dans des domaines où – pris isolément – les individus ou les groupes manquaient de moyens. » (Trudeau : l’essentiel de sa pensée politique », Le Jour, 1998, p. 98)
Gérard Bouchard parle du groupe majoritaire au Québec en termes plus ethniques que linguistiques. Ainsi, il écrit que le Rapport tient « compte du groupe ethnoculturel majoritaire » ; il propose « l’interculturalisme comme modèle de gestion des rapports interethniques au Québec » ; il rappelle « les forces des Québécois et Québécoises d’origine canadienne-française qui sont largement majoritaires […] et qui disposent avec la loi 101 d’un puissant instrument pour protéger leur langue. »
Gérard Bouchard fait mine d’oublier que ce « puissant instrument pour protéger » la langue commune de tous les Québécois (et pas seulement de ceux d’origine canadienne-française) a été affaibli à maintes reprises par la Cour suprême du Canada, et en particulier quant à la langue d’enseignement. C’est pourquoi les Québécois francophones sont plus inquiets au sujet de leur langue qu’au sujet des autres aspects de leur culture et veulent plus de protection pour la langue officielle. Mais cette demande sur le plan linguistique amène Gérard Bouchard à se poser des questions sur le plan ethnique : « On parle de protections supplémentaires. Mais contre quoi, contre qui, sinon contre les minorités ethniques et les immigrants en l’occurrence la population la plus vulnérable qui soit ? Et de quoi s’agit-il au juste ? De protections juridiques qui consacreraient la prédominance des Québécois d’origine canadienne-française et établiraient une hiérarchie formelle entre les citoyens, inscrite dans la Charte ? » On croirait entendre Trudeau : « Nous réclamons la protection de nos droits "collectifs" par la suppression, s’il le faut, des droits fondamentaux des "autres" […] La collectivité anglophone […] la loi québécoise nie qu’elle puisse avoir des droits collectifs dans certains domaines : l’école et l’affichage, par exemple. […] Sommes-nous en présence d’une notion carrément raciste où l’on assigne aux citoyens le rang de première, deuxième ou troisième classe, selon leur langue et leur naissance ? Rien n’est sûr. » (L’actualité, Supplément, 1er octobre 1992, p.V-VI)
La vraie « protection supplémentaire » dont les Québécois francophones ont besoin pour leur langue, c’est l’indépendance. Les immigrants qui choisiront alors de vivre au Québec adopteront la langue officielle du pays d’accueil comme c’est le cas dans tous les pays normaux. Mais il n’était pas question, écrit Gérard Bouchard, « que le Rapport propose des solutions politiques au problème identitaire. »
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François-Xavier Simard
Auteur du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau (Les Intouchables)
L’assimilation linguistique de la totalité des nouveaux arrivants devrait être une condition obligatoire de leur admission au Québec. Voilà un premier pas, une première mesure permettant de prévenir les conflits et les chocs trop brutaux d’intégration. Mais c’est insuffisant. Il faudrait également prévoir une assimilation culturelle graduelle. Le caractère occidental de la société québécoise ne devrait pas être l’objet de discussion. Ceux qui ne désirent pas s’adapter à une société d’héritage gréco-romain, c’est-à-dire occidental, devraient considérer que leur attachement non négociable à leur propre tradition leur impose de rester dans l’aire géographique de leur appartenace culturelle. Je ne crois pas que l’avenir de la planète réside dans la multiplication de bourgades et des gettos. La nation québécoise a un héritage qui mérite de vivre. Pour qu’elle vive, compte tenu de son petit nombre, cette société ne doit pas ménager, à l’encontre du Pakistan ou de l’Inde (démographiquement puissants), les mesures nécessaires permettant la continuité de l’épopée culturelle qui est la sienne. C’est à mon sens un patrimoine biologique-psychologique vivant dont il importe préverser la continuité. Autant celle des baleines que celle des humains. La facilité des transports jointe à l’illusion du "bonheur ailleurs" est à la base de l’émigration matérialiste qui ne cesse de nous être présentée comme un fait de la nature alors qu’il n’en est rien. Soutenue idéologiquement par une mondialisation effrénée, et des ONG facilement manipulées sinon infiltrées ou bien pensantes, elle n’a d’autre but que de fractionner à l’infini la mosaïque humaine afin de briser sa cohésion, seule force capable de s’opposer à son exploitation.
L’ouverture aux autres suppose une identité caractérisée ouverte à d’autres identités caractérisées. L’ouverture au Pakistan ou à tout autre pays n’est pas de nourrir l’existence d’un getto pakistanis au coeur de montréal mais de s’intéresser au Pakistan et de le visiter, peut-être, une fois dans sa vie. Et je le précise, si on ne peut se permettre de demander aux femmes du Pakistan, lors d’une visite une fois dans notre vie, pourquoi elles portent le voile, il est tout à fait légitime de poser la question en plein coeur du Québec. M’étant battu 50 ans passé pour l’abolition du port du chapeau par les femmes dans une église, je me sens tout à fait à fait à l’aise sur la même rue, de poser la même question à quelqu’un qui débarque. Toute personne, chez nous étant égale, je demande des réponses à cette discrimination qui m’apparaît contraire à nos valeurs.
L’indépendance du Québec est naturellement la clé de toute solution à l’intégration des immigrants. Gérard Bouchard le sait et en est conscient. Ce n’est que par pure lâcheté, ayant lui-même reconnu ailleurs que l’indépendance était la solution, qu’il a participé à la ponte laborieuse de cette grossièreté qu’est le rapport qu’il a signé au mépris de ses propres convictions. Que le rapport ne pouvait traiter du véritable enjeu sous prétexte qu’un fédéraliste en était le co-président, c’est comme de dire que l’on ne peut parler de souveraineté parce que l’on vit au Canada. Ce type de souverainiste, s’il croit toujours être de la famille, est sinon nuisible sinon tout à fait inutile à la cause. Le Québec a besoin plus que jamais de souverainistes énergiques et déterminés. Gérard Bouchard se sera imposé comme le cancre de la famille.
Gilles Verrier

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