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« l’agriculture est aux Canadiens-français ; […]
l’avenir politique et culturel repose sur l’industrie… »
Maurice Séguin nous fait remarquer que depuis LaFontaine, les Canadiens-Français s’observant eux-mêmes à travers l’histoire, finissent par considérer que l’Union de 1841 est une fédération. À partir de ce constat, ils supposent qu’il s’agit maintenant d’une vie à deux d’égal à égal – ou presque. Ils considèrent la fédération de 1867 selon deux plans distincts. Ils envisagent d’abord que tout ce qui est neutre peut être mis en commun. Ils estiment cependant que tout ce qui est national, c’est-à-dire la face identitaire de leur nationalité comme la langue, la religion et la foi, sont du ressort local ou provincial (autrement dit, le national apparent).
Pour préserver leur nationalité, les Canadiens-Français formulent quatre solutions à leur problème. Parmi celles-ci, on peut distinguer quatre écoles.
Première école : La solution par l’industrialisation ;
Deuxième école : La solution par l’agriculturisme ;
Troisième école : La solution par le séparatisme ;
Quatrième école : La solution par le gouvernement provincial.
Les deux premières écoles sont d’ordre économique ; les deux autres du domaine politique. Dans l’ordre économique, le champ idéologique a été occupé selon deux points de vue : d’une part, celui de l’occupation du sol, d’autre part, celui de l’industrialisation. L’une des écoles s’appuie sur le discours agriculturiste : Cartier en donnera l’impulsion en 1855. (Cf. DOCUMENT : Texte D.) L’autre école viendra s’appuyer sur le discours d’Étienne Parent. « Soyons nationalement ou socialement forts et puissants, affirme-il en 1846, et nous le serons politiquement. » (Cf. DOCUMENT : Texte A.) N’oublions pas non plus l’importance de l’enseignement de l’économie politique (cf. Texte B). C’est le deuxième volet du discours économique de Parent. À partir de ce moment, la ligne est tracée. L’économie devrait faire le travail que le politique se montre impuissant à réaliser. Le problème fondamental, c’est que le Québec fait partie intégrante du système politico-économique canadian, entité majeure, et qu’il y est assujetti comme participant mineur.
Pendant un siècle après la Défaite des Canadiens, toute une société qui avait vécu une existence complètement différente en Nouvelle-France se voit gouverner par un occupant qui désire faire de l’ex-colonie française une quinzième colonie britannique. De majorité démographique en 1760, les Canadiens sont finalement absorbés par l’Union tout en se soumettant, à leur corps défendant, à l’expérience historique d’une subordination sur place et d’une annexion économique.
Nous sommes en 1850. La lutte est opiniâtre entre les fédéralistes autonomistes québécois et les fédéralistes purs et durs canadiens-français et canadiens-anglais. Un siècle et demi-siècle plus tard, elle est encore semblable. Pouvons-nous comprendre le sens de la révolution politique que nous devons accomplir ? Bruno Deshaies
Remerciements
Bonjour Monsieur Deshaies,
Quelques mots pour vous remercier de l’aide inestimable et didactique qu’ont procuré les publications hebdomadaires que vous avez rédigées sous le titre INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 329. Le deuxième Canada , et louer tout le travail que vous avez consacré à l’étude de l’Histoire du Québec-Canada. Sincères reconnaissances pour les 29 chapitres si intéressants que vous nous offrez avec générosité, mettant ce beau travail à la libre disposition de tous.
Cordialement,
Jean-Louis Pérez
L’histoire des deux Canadas « à la libre disposition de tous ».
Bonjour Monsieur Pérez,
Je vous remercie pour vos bons compliments. En effet, l’un des grands objectifs de cet effort de synthèse d’histoire du Canada consistait à mettre à la disposition de tous les Québécois une « nouvelle interprétation » de l’histoire du Canada. Vous avez vu juste.
Quand on parle d’histoire du Canada, il est préférable de considérer l’article « du » comme un article pluriel, c’est-à-dire « des » deux Canadas. Comme vous savez, les débats entourant le 400e anniversaire de Québec ne viennent que confirmer une fois de plus l’immense fossé qui existe entre le premier et le second Canada. Entre « après 1760 » et la « situation actuelle », les quelques gains qui ont été accomplis font oublier ce que nous aurions pu devenir à l’époque « avant 1760 », – soit la possibilité de devenir une nation indépendante. Par conséquent, après 1760, ce qui a été perdu, après la désorganisation essentielle de 1760, c’est la possibilité de passer du statut de colonie à celui de nation (« Colony to nation » selon l’expression de l’historien Arthur M. Lower).
Les rêves et les illusions canadiennes-françaises naissent de cette coupure avec une métropole « naturelle » pour une nouvelle « métropole » rivale de la France. L’Angleterre continuera son œuvre de métropole en dépit de la « crise américaine » et de la naissance des États-Unis d’Amérique. Elle appuiera la naissance et la construction du système canadian. Les Canadiens-Anglais feront le reste avec la complicité naïve de nombreux Canadiens-Français.
Bruno Deshaies

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