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Le couple Ecosse-Angleterre vit un perpétuel malentendu
Le Monde www.lemonde.fr
mercredi 17 janvier 2007


Drôle de couple que l’Angleterre et l’Ecosse ! Il vit dans un perpétuel malentendu comme l’illustre ce trois centième anniversaire, le 16 janvier, du traité d’union qui avait tourné la page sanglante de quatre siècles d’indépendance.

L’impression d’une pièce de 2 livres sterling, c’est peu pour marquer cette réconciliation entre le nord et le sud du mur d’Hadrien qui avait débouché, entre autre, sur la fantastique épopée impériale du Royaume-Uni. Mais les deux peuples se regardent à nouveau en chiens de faïence. Les sondages montrent une résurgence du Parti national écossais (SNP), à vocation indépendantiste, qui pourrait faire une percée aux élections régionales de mai.

AMOUR-DÉSAMOUR

Si le SNP devait accéder au pouvoir, la formation d’Alex Salmond veut organiser un référendum sur une sécession. Parallèlement, la poussée de fièvre antianglaise, constatée lors du Mondial de foot 2006, a mis à mal l’image de tolérance et d’hospitalité de cette nation de cinq millions d’âmes.

Symbolisée par le nouveau Parlement régional inauguré par la reine Elizabeth II, la "dévolution" de 1999 suscite un certain désenchantement des deux côtés de la rivière Tweed. Signe de cette désaffection, une majorité d’Anglais veut interdire aux députés écossais de la Chambre des Communes de voter les lois anglaises. Les vieux clichés ont la vie dure. Union ou pas, la "versatilité" écossaise et la "perfidie" anglaise n’ont pas vraiment disparu de la mythologie.

"Une union bénéfique pour tout le monde", a déclaré Tony Blair à propos de cette commémoration. Au-delà de l’étrange climat d’amour-désamour qui n’a jamais cessé de caractériser cette relation, la communauté de destins va de soi. Malgré les réserves d’une majorité d’Anglais à l’égard d’un premier ministre écossais, Gordon Brown doit succéder à Tony Blair au 10 Downing Street dans le courant de l’été.

Avec la réduction du pétrole de la mer du Nord, les transferts financiers de Londres vers l’Ecosse ont pratiquement doublé entre 1999 et 2006. En raison d’un mode de répartition de l’impôt biaisé en faveur de l’Ecosse, les dépenses publiques en matière de santé, éducation ou transport y sont de 22 % plus élevées qu’en Angleterre. Malgré l’essor de la place financière d’Edimbourg, l’économie écossaise n’a pas les atouts pour voler de ses propres ailes en répétant le succès de la République d’Irlande.

S’il devait devenir le premier parti de la province, le SNP pourrait connaître le "syndrome québécois", une situation où l’accession au pouvoir ne suffit pas à garantir la conversion de la majorité à l’indépendance. Une majorité des Ecossais restent favorables à l’union. Selon un sondage publié à l’occasion de cet anniversaire, 56 % des Ecossais contre 73 % des Anglais souhaitent rester dans le Royaume-Uni. Ils ne sont que 32 % en Ecosse à être favorables à une fracture ethnique au plan national.

Marc Roche

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