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Le Québec, terre d’immigration pour les Français
Le Point www.lepoint.fr
vendredi 4 juillet 2008


Le château Frontenac - DAVID BOILY / AFP

Par Guerric Poncet - À l’occasion du 400e anniversaire de la ville de Québec, lepoint.fr revient sur l’immigration française vers le Canada et plus particulièrement vers la province du Québec ainsi que sur les us de "nos cousins".

Chaque année, le Canada attire 270.000 immigrants du monde entier, dont une grande quantité de Français, qui s’installent principalement à Montréal et à Québec. Ainsi, même s’il est dix fois moins peuplé que les États-Unis, le Canada et ses 33 millions d’habitants accueillent trois fois plus d’immigrants. D’après la Maison des Français de l’étranger , un service du ministère des Affaires étrangères, la communauté française au Canada est estimée à 150.000 personnes.

Le Canada et particulièrement le Québec jouissent d’une excellente réputation en France. L’image d’Épinal veut que le pays soit une terre de rêve, pour qui veut vivre une expérience nouvelle dans des conditions idéales. Par exemple, les obstacles à la création d’entreprise, dénoncés en France, sont largement réduits au Québec. De même, le logement est plus aisé et le coût de la vie est largement inférieur alors que le chômage touche 6,1 % de la population active au Canada.

Pour les étudiants, c’est l’eldorado : les formations sont plus professionnalisantes et accessibles. Les choix de cours sont beaucoup plus libres, la plupart des cursus permettant à l’étudiant d’en choisir une grande partie. Au contraire, en France, l’étudiant ne choisit que le diplôme et la plupart des cours lui sont ensuite imposés. La Belle Province séduit, car elle mélange intelligemment les modèles nord-américain et français. En effet, le modèle social québécois est particulier en Amérique du Nord, car il mêle un zeste de solidarité à la française à un dynamisme économique résolument nord-américain.

De multiples obstacles

Mais tout n’est pas si facile. Le Canada et le Québec en particulier ont une politique d’immigration extrêmement sélective. Pour être admis, il faut correspondre à un profil recherché, c’est-à-dire pouvoir exercer l’un des quelques métiers dont manque le Québec. Pour les étudiants étrangers, les frais de scolarité sont très élevés, sauf pour les citoyens d’un pays disposant d’un accord avec le gouvernement du Québec (dont la France).

Côté administratif, le système fédéral implique un partage des compétences, en matière d’immigration notamment, entre Ottawa et Québec. Ainsi, un candidat à l’immigration doit être accepté à la fois au Québec et au Canada. Même si le casse-tête n’est pas insoluble, il n’est pas négligeable.

Autre obstacle, souvent méconnu : l’hiver. Il ne s’agit pas que d’un mot : l’hiver québécois est un mastodonte doté de nombreuses armes. Physiquement d’abord, l’immigrant doit s’habituer au froid. Même si les hivers sont de moins en moins durs ces dernières années, la température peut facilement tomber à trente à quarante degrés en dessous de zéro. Comme disent les fumeurs : impossible de sortir deux doigts pour tenir une cigarette. Les tempêtes de neige sont parfois de véritables murs de glace qui s’abattent régulièrement sur les villes d’octobre à fin avril, très loin des quelques flocons qui, paradoxalement, arrivent chaque année à paralyser Paris.

Devenir québécois, un défi

Pour ceux qui survivraient au froid, l’hiver a un autre tour dans son sac  : l’attaque morale. L’absence de soleil dès le milieu d’après-midi, combinée à des journées grisâtres peuvent rapidement avoir raison des immigrants les plus motivés. Les Québécois, quant à eux, raffolent des lampes spéciales qui reproduisent la lumière du soleil, et en installent chez eux comme au bureau.

De très nombreux immigrants craquent après deux ou trois hivers. Ainsi, la première chose qu’un Québécois demande à un immigrant, c’est le nombre d’hivers qu’il a passés au Québec. Si la réponse est zéro, le Québécois sourit et avertit. Si la réponse est comprise en un et cinq, le Québécois reste perplexe. Enfin, si la réponse est supérieure à cinq, l’immigrant devient presque un Québécois.

Devenir québécois est aussi, en soi, un défi. L’immigrant doit devenir résident permanent, avant de pouvoir prétendre à la citoyenneté canadienne. Cela prend, dans le meilleur des cas, trois à cinq ans. Dans les esprits, la transition est parfois plus longue. L’accent français, bien réel, est facilement détectable par des Québécois très fiers de leur identité, qui n’assimilent pas aisément l’étranger, tout français qu’il soit.

L’impression de sympathie généralisée ressentie par le touriste, qui voit des sourires partout et apprécie le tutoiement systématique, est vite supplantée par une impression tout autre. Si le sourire est de mise, il n’a pas la même signification qu’en France. Il n’est pas forcément synonyme d’amitié, ni même de volonté de communiquer. Le sourire est simplement omniprésent, ce qui est agréable, mais perturbant. Les Français mettent souvent du temps avant de comprendre que les usages ne sont pas les mêmes, et qu’il ne faut pas utiliser des normes sociales européennes pour se comporter dans la société québécoise.



Source
http://www.lepoint.fr/actualites-monde/le-quebec-terre-d-immigration-pour-le (...)

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