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La vérité refoulée
Jean-Robert Sansfaçon
mardi 13 mars 2007


Le Parti libéral du Québec ayant fait de la santé sa « première priorité » malgré les ratés des dernières années (éditorial du 24 février), il est probable que ce thème sera abordé, ce soir, au cours du débat des chefs. À la lumière des plates-formes électorales des partis, peut-on s’attendre à ce que l’on nous explique comment on entend s’y prendre pour corriger les failles que tout le monde constate ?

Malgré l’importance des sommes investies en santé, malgré les efforts consentis par les ministres responsables, la situation évolue beaucoup trop lentement et inégalement d’un établissement à l’autre et d’une région du Québec à l’autre. Alors que certains hôpitaux parviennent à respecter les délais prescrits par l’état des patients, d’autres imposent des souffrances inacceptables à leur clientèle sans que personne puisse expliquer pourquoi, et sans même que les dirigeants soient privés de leur prime annuelle au rendement. Révoltant !

Devant cette réalité, les trois partis font l’unanimité sur au moins deux points dans leur programme : il faut garantir l’accès aux soins pour tous dans un délai acceptable et mettre l’accent sur la prévention. Comment ? On n’en dit rien, sinon des banalités.

À cet engagement à réduire l’attente, les libéraux ajoutent quelques autres promesses d’intérêt, comme la création d’un service de crise pour jeunes en difficulté, un plan d’accès en réadaptation physique et intellectuelle pour les enfants, un service téléphonique Info-Médicaments et Info-Social conçu sur le modèle d’Info-Santé, 1500 médecins supplémentaires et plus d’infirmières partout au Québec.

De leur côté, les péquistes promettent de mieux gérer les listes d’attente, de former des « corridors » de services entre les régions, d’ajouter 450 millions pour les soins à domicile et d’augmenter rapidement le nombre de groupes de médecine familiale (GMF).

Seule l’ADQ répond à la question : comment parvenir à « soigner les gens à temps ». Mais à la lecture du projet adéquiste, l’on constate vite que nous voilà replongés dans le débat sur la place du privé en santé. Ainsi, l’ADQ revient à la charge avec l’idée rejetée par tous les partis à ce jour d’autoriser les médecins à pratiquer à la fois dans le public et le privé. De plus, au lieu de favoriser la prise en charge d’une population donnée par des équipes de médecins de famille afin de désengorger les urgences, le parti de Mario Dumont propose le contraire, soit l’ouverture de cliniques sans rendez-vous. Quant aux hôpitaux, pour accroître leur productivité, l’ADQ veut y introduire un financement basé sur le nombre d’interventions effectuées dans l’année.

Il n’y a donc rien dans ces programmes qui permette d’espérer des changements rapides et surtout concluants en matière d’accès aux soins. Ayant connu les contraintes de la réalité de gouverner, libéraux et péquistes ont délaissé l’idée de réformer le système pour faire beaucoup plus de place au privé. Au contraire, l’ADQ maintient cette idée comme s’il s’agissait d’une formule magique, alors qu’elle a été rejetée par toutes les commissions d’étude.

Cela dit, un facteur fait cruellement défaut au programme des trois partis : l’argent. Depuis la crise des finances publiques, le Québec dépense beaucoup moins que les autres provinces pour la santé de sa population. En fait, ce ne sont rien de moins que 2,5 milliards par année qui séparent le Québec de la moyenne canadienne, une somme qui serait encore plus élevée si l’on excluait le Québec du calcul. Or, on aura beau dire, sans l’injection de centaines de millions supplémentaires, on ne voit pas comment, même en réformant le système pour la centième fois, on réussira à réduire les listes d’attente, améliorer les soins à domicile, créer des places en centres d’hébergement et embaucher des médecins. Quelqu’un osera-t-il l’avouer, ce soir ?

***

j-rsansfacon@ledevoir.com


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