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La touche anglaise
Marie-Andrée Chouinard
Éditorial - Le Devoir
jeudi 8 mai 2008


Qu’est-ce qui relie Pauline Marois aux britanniques Chelsea Football Club et Manchester United ? Apparemment rien qui n’ait de rapport avec la touche ou le penalty. Mais en réalité, tout avec la langue et l’immigration.

Cette association coquine n’aurait pas été possible sans une nouvelle tombée cette semaine en Grande-Bretagne : le dévoilement, par le Secrétariat à l’immigration, de nouvelles règles régissant l’entrée d’immigrants en sol anglais. Resserrant les conditions d’accueil des nouveaux arrivants, Londres a dévoilé un nouveau système de points destiné à mesurer les aptitudes des travailleurs immigrants frappant à sa porte.

À compter de l’automne prochain, les nouvelles règles lieront l’octroi d’un emploi à la réussite à un examen d’anglais pour tout immigrant venant de l’extérieur de l’Europe. Le test vérifiera la maîtrise de « l’anglais de tous les jours », a prévenu le secrétaire d’État Liam Byrne.

Un petit ajout du ministre Byrne a suffi pour causer tout un émoi là-bas. En effet, qu’on n’aille pas croire que les « joueurs de football [de soccer] [seront] exemptés de l’examen d’anglais » ! Qu’on n’imagine surtout pas que les stars et les entraîneurs pourront avoir droit à « un traitement de faveur » ! Non. Les vedettes du Manchester United et du Chelsea Football Club parleront l’anglais, même s’ils débarquent d’Afrique ou d’Amérique du Sud : une exigence minimale, un exemple à montrer.

Sourions... De ce côté-ci de l’Atlantique, les débats politiques ont abondamment mis en scène le combiné immigration et langue. Le plus gros tollé a été causé par le projet de loi 195 sur l’identité, présenté l’automne dernier par la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Elle y proposait d’exiger des nouveaux arrivants la maîtrise « appropriée » du français, faute de quoi certains droits politiques leur échapperaient. Cette idée a causé un véritable raz-de-marée.

Ce projet n’a jamais fait l’objet d’un véritable débat à l’Assemblée nationale, mais depuis, on en cause sans en causer : l’identité québécoise, avec en vedette la langue et l’immigration, n’a en effet jamais quitté l’avant-scène politique.

Bien sûr, comparer entre eux des régimes aussi différents que la Grande-Bretagne et le Québec s’avère toujours un exercice boiteux. L’Europe a fait des pas de géant en matière d’intégration linguistique, et c’est sans compter certaines politiques impitoyables - vues d’ici - de contrôle des flux migratoires.

Le gouvernement de Gordon Brown a beau s’en défendre, ses nouvelles règles visent indirectement à réduire l’immigration en plus de favoriser la main-d’oeuvre locale. Le test linguistique, lui, décimera-t-il les espoirs des équipes de foot, qui pigent de plus en plus de talents dans les bassins étrangers ? L’avenir le dira. Transposé ici, en tout cas, un test de français réduirait au moins de moitié les aspirations du... Canadien ! C’est un pensez-y bien...

machouinard@ledevoir.com



Source
http://www.ledevoir.com/2008/05/09/188917.html

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