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La semaine qui vient de s’écouler est l’une de celles qu’on va sans doute se rappeler. Pas seulement à cause des effets pervers du « cleavage » de madame Couillard. La montée de lait de VLB et Falardeau y est aussi pour quelque chose. Elle discrédite à mon avis le combat souverainiste.
Allons droit au but : la rhétorique anticolonialiste au Québec est passée date. Elle ne colle plus au contexte international actuel et la critique du fédéralisme implicite qu’elle sous-tend devient, sous leur plume, un exercice de bitchage confinant à une stérile querelle de personnalités (ou, pour mieux dire, d’egos malades dignes de la Petite vie). On en oublie les raisons qui appelaient une critique du manque de colonne du gouvernement Charest face à la poignée de dollars d’Ottawa dans le dossier du 400ième de Québec et la petite pointe fielleuse lancée à l’endroit de l’identité québécoise par l’ex speakrine de Radio-Canada lors de son passage en France.
Deux petits rappels historiques ne seront peut-être pas superflus. Si, au départ, la grille d’interprétation anticolonialiste rendait compte de la situation d’après-guerre en Asie et en Afrique, souligner les aspects honteux des régimes à la tête desquels se sont retrouvés l’Empereur Bokassa, Mobutu ou « la crapule à Omar Bongo », revient à suggérer au fond qu’indépendance, tribalisme et corruption font bon ménage.
Certes, au Québec, le discours anticolonialiste dans les années 1950-1960 a eu une résonance profonde dans la culture d’avant-garde - jusques et y compris chez certains amuseurs publics felquistes jouant les guérilleros -, mais, retournant un peu plus haut et plus loin dans notre « champ d’expérience » historique et nos « horizons d’attentes » (Reinhardt Koselleck), force est d’admettre que le régime colonial consenti par l’Acte constitutionnel (1791-1838) n’a pas seulement eu des effets négatifs sur la formation identitaire des « Canadiens-français ».
Les kamikazes du tout ou rien devraient en prendre bonne note : l’ambivalence des « Québécois de souche » en dérive en ligne droite. Je ne vois pas comment on pourrait en faire l’économie au nom de la pureté des principes ou de l’inconditionnalité de l’engagement. Que ça nous plaise ou pas, le régime colonial anglais, particulièrement avec l’arrivée au pouvoir des Whigs (des libéraux si l’on veut) à Westminster dans les années 1830 a grandement encouragé non seulement les aspirations démocratiques des francophones, mais aussi, légitimé l’aspiration à l’indépendance nationale « of the great body of the people » – aspirations, faut-il ajouter, ayant été contrecarrées, bafouées et réprimées dans le sang et la terreur par nos braves tories montréalais regroupés dans leur colonne de soutien mutuelle. Ils savaient très bien d’ailleurs ce qu’impliquait l’idée de donner le pouvoir, au parlement de Québec, à la majorité.
Amalgamer l’appui d’anglophones au combat patriote à la défense du défunt « nationalisme civique » est d’autre part de la mauvaise polémique. Le jour où les Québécois auront l’audace de montrer à l’écran ce que c’était pour un modeste paysan ayant récupéré des mains raidies d’un compatriote une vieille carabine encrassée face à la ligne de feu assourdissante de l’armée britannique avant de se retrouver lui-même étendu au sol, la face convulsée par l’angoisse et les viscères éclatées, on pourra un peu mieux se représenter le sens que peut encore avoir pour nous le corset fédéraliste et la permanente actualité du combat pour l’indépendance.
François Deschamps
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