Vigile.net
Le débat qui fait rage sur l’accommodement raisonnable a le mérite de confirmer la volonté d’une majorité nette de Québécois de faire prévaloir l’égalité, la laïcité, et le partage d’une culture commune comme principes d’intégration.
« En finir avec le multiculturalisme »
             
Vigile a besoin de votre appui, n’hésitez pas à contribuer.
Financement 2009
 1425$  7%  
Objectif : 20000$
La démocratie passive, muette et insignifiante
Revivrons-nous au Québec les travers des récentes élections fédérales ?
Dominic Desroches, Martin Provencher
Collaboration spéciale
vendredi 31 octobre 2008      285 visites      6 messages


La démocratie est un régime politique qui valorise la parole de ceux qui veulent changer les choses. Elle présuppose que les élus doivent rendre des comptes et que les citoyens soient assez attentifs au bien commun pour sanctionner les politiciens qui trompent son idéal. Perfectible, elle se renforce par la responsabilisation, le respect des élus et des citoyens, et un intérêt marqué pour les affaires publiques. Mentir, plagier une allocution ou salir les adversaires par des publicités négatives mène à l’impolitique. Quand on examine le résultat des récentes élections à l’aune de ces facteurs, on peut s’interroger sur notre démocratie. Est-ce que la campagne qui s’annonce au Québec, débutant par le maraudage, les cas de transfuges et les mensonges utiles, reproduira les symptômes des dernières élections fédérales ? Un regard critique sur notre dernière expérience électorale devrait permettre de dénoncer les insignifiances d’une démocratie sans grande légitimité.

Les mauvais souvenirs d’une campagne insignifiante

Lors de la campagne fédérale, nous avons pu observer un net recul du taux de participation. Comment expliquer cette désaffection ? Certains citoyens, surtout les jeunes, ne s’intéressent à la politique qu’à distance. Plusieurs d’entre eux vivent leur vie dans le virtuel et semblent se dire qu’il est préférable de suivre la campagne par Internet, via les blogues par exemple. Cette distanciation peut avoir pour effet pervers de les garder à la maison le jour du scrutin. Ce nouveau phénomène, on le comprendra, a de quoi inquiéter les politiciens qui donnent leur vie à la politique réelle, qui veulent faire sortir le vote sur le terrain et qui investissent la démocratie.

Il se peut également que nos élus contribuent eux-mêmes à alimenter le cynisme de l’électorat. Les citoyens ne sont plus dupes de la mise en scène qui préside à l’élection des candidats. Ils ont vu que certains élus ou non élus confondaient privilège et responsabilité, qu’ils faisaient passer leur ambition personnelle avant leur mandat et que les médias participaient directement à l’élection. C’est pourquoi ils hésitent à leur confier un mandat majoritaire. La réélection d’un gouvernement minoritaire à Ottawa, il y en a un à Québec, témoigne d’une plus forte exigence de reddition des comptes et représente un défi supplémentaire pour notre démocratie.

Mais force est aussi de constater que l’élection d’un gouvernement minoritaire rend difficile la représentation des villes et des régions. On se demande, par exemple, qui représentera le Québec chez les conservateurs  ? Pourra-t-on d’ailleurs trouver un responsable crédible pour Montréal ? Poser ces questions revient à critiquer un modèle qui semble fonctionner au ralenti. Non pas parce qu’il est inacceptable ou que le vote proportionnel serait une panacée, mais parce qu’il crée l’insatisfaction et la désaffection. Réalisée au coût de plusieurs millions de dollars, la dernière élection n’a pas donné les résultats escomptés : elle a laissé un goût si amer dans la population que les Québécois dépriment à la seule idée de retourner aux urnes.

Pour les citoyens les plus sensibles, il se peut que l’un des revers du modèle actuel soit que les politiciens font trop appel aux techniques de mise en marché et, surtout, aux focus groups pour faire passer leur message. Cette façon de réduire la politique aux chiffres met en péril l’idéal démocratique, car elle crée un amalgame entre choix politique et choix de consommation. Les choix politiques, pourtant, ne doivent pas exprimer une préférence ou la justification d’un style de vie, mais le moyen de réaliser un idéal commun.

Enfin l’engouement suscité par le débat des chefs montre, a contrario, que les citoyens demeurent avides de contenu. La polémique entourant la présence de Elisabeth May n’a pas favorisé l’idéal démocratique. D’ailleurs, que dire du fait que cette nouvelle invitée soit incapable de s’exprimer dans la langue du quart des Canadiens ? Le débat, malgré sa nouvelle formule, n’a pas réussi à sauver une campagne terne et insignifiante, à tel point que les Canadiens ont préféré regarder le long-métrage politique qui se déroulait au sud de leur frontière entre McCain et Obama. Quand on fait ce triste constat, il ne reste plus qu’à se demander s’il est encore possible d’innover afin de sauver l’esprit démocratique à l’aube d’une nouvelle élection.

Comment assurer le choc des idées ?

Si c’est la parole qui assure le pouvoir, celui du Québec est peut-être en péril. Dans nos débats traditionnels figés, contrôlés par le consortium des télédiffuseurs, la parole se perd derrière l’image projetée par les médias-informateurs et le politicien ne rejoint plus personne. Est-il encore possible d’améliorer la formule du débat des chefs afin de la rendre plus conforme à l’idée démocratique ? Une nouvelle formule, testée au fédéral, a eu le mérite de contraindre les politiciens à s’écouter davantage. Un pas dans la bonne direction serait fait si, désormais, on écoutait la population. Dans cette optique, n’est-il pas possible de revoir le débat des chefs ? Voyons voir…

Une nouvelle formule-débat plus participative

Il importe d’assurer d’abord la présence des principaux chefs de partis, non pas trois, mais cinq ou six, afin de bien représenter les tendances et forces en présence. Il n’est pas impossible, on le sait, de parler entouré de cinq personnes, il faut simplement savoir comment faire.

Il serait aussi souhaitable d’organiser ce débat devant public. Ainsi, pourrions-nous sentir le public réagir au discours et répondre aux politiciens. Dans ce contexte, il serait plus facile de voir la rhétorique, la gardienne de la démocratie, à l’œuvre mais aussi la participation citoyenne. Mais pour éviter un public trop favorable à l’un des chefs, la sagesse veut que l’on tire au sort, on le faisait déjà en Grèce, les membres du public qui assisteront au débat. Un modérateur, qualifié mais non choisi par les chefs, assurerait le respect des règles (ordre, temps de parole, etc.).

Le mieux, enfin, est peut-être de laisser les chefs préparer un discours d’ouverture et de leur proposer des discussions libres sur des grands thèmes afin de voir comment ils se comporteront face aux autres chefs, mais aussi face à la foule. Le meilleur chef, ce ne sera pas le plus beau, le plus riche ou le plus préparé, mais ce sera celui ou celle qui, au moment opportun, réussira à convaincre la foule aux moyens de ses mots et de ses gestes. En ce sens, le débat opposant Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy durant la présidentielle française devrait nous inciter à revoir notre formule et redonner à tous le goût du débat d’idées. Car pour gagner le pouvoir en démocratie, il faut faire entendre son programme à ses électeurs. Si nous désirons mieux comprendre et accepter les limites mêmes de notre régime politique, nous devons nous poser aujourd’hui la question suivante : à quand donc un vrai débat des chefs devant public qui renouerait avec les citoyens et serait aussi intéressant à écouter qu’à regarder ?

Dominic DESROCHES

Martin PROVENCHER

Les auteurs sont professeurs aux Collèges Ahuntsic et Rosemont

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


Suggérer cet article par courriel


Vos commentaires:
  • La démocratie passive, muette et insignifiante
    31 octobre 2008, par Gilles
    Je suis tout à fait d’accord avec votre propos. Mais les choses étant ce qu’elles sont, je ne pense pas que nous puissions avoir beaucoup d’influence pour apporter des changements à la formule actuelle parce qu’elle fait la fortune de ceux qui l’organisent.
  • La démocratie passive, muette et insignifiante
    31 octobre 2008, par L. P.

    Vos idées pour une démocratie active sont très intéressantes et méritent d’être étudiées pour réalisation future. Que pensez- vous d’autres suggestions comme celle-ci ?

    On fait tant avec des boîtes de scrutin mobiles au besoin pour aider les aînés à voter, ne pourrait-on pas faire la même chose pour les jeunes aux études par exemple avec des boîtes qui passeraient de polyvalentes en cegep et à l’université pour favoriser le vote des secondaires 5 et plus après un cours général sur le sens de la démocratie et les programmes des divers partis.

    Il faudrait que les candidats puissent tous passer à la télé dans leur région deux ou trois fois et non pas seulement les chefs et les porte-paroles officiels afin que les électeurs puissent les juger. Moins d’émissions des EX et plus d’émissions des CANDIDATS. Le débat des chefs, une heure, suffirait.

    Qu’en pensez-vous ? Avec l’informatique on peut tout structurer aujourd’hui ?


  • La démocratie passive, muette et insignifiante
    31 octobre 2008, par Ouhgo

    N’est-ce pas, Monsieur D.D., que L.P. touche quelque chose ? S’inspirer de la fexibilité électorale aux É.U. ?

    On nous apprend, ces jours-ci, que nos voisins peuvent voter un peu partout, incluant dans les pharmacies, près des gichets automatiques, etc... (genre casinos omniprésents...)

    De tels accommodements pour étudiants peuvent-ils se faire aussi rapidement que ceux pour les femmes en tchador ?...


  • La démocratie passive, muette et insignifiante
    31 octobre 2008, par simon couillard

    une réflexion tiède, objective et formaliste sur nos procédés délibératifs et la participation citoyenne. Encore.

    L’intellectuel-éthicien comme spectateur objectif de notre vie politique : il en manquait justement...

    Bonne chance avec ça. C’est très chic. Souhaitons que votre voix ne demeure pas imperceptible, vue la cacophonie ambiante et la réalité implacable du pouvoir.


  • La démocratie passive, muette et insignifiante / Une réponse
    1er novembre 2008, par Dominic Desroches

    Je répondrai rapidement aux premiers commentaires en mon nom personnel seulement.

    Un des problèmes majeurs de la démocratie, c’est qu’il ne revient pas à l’État de forcer la participation citoyenne, mais plutôt aux citoyens eux-mêmes de s’impliquer et de concrétiser les idéaux démocratiques. Autrement dit, le régime démocratique présuppose que l’on se déplace pour lui, on peut même octroyer le misthos (rétribution financière) le cas échéant. Rien ne dit qu’il doive se déplacer pour vous...

    Une précision juste à mon sens : il faut plus d’émissions (si la télévision est un pasage obligé) de candidats et moins d’anciens politiciens qui entendent décider, sans s’en rendre compte, pour la population.

    La démocratie n’est pas séparable de l’éthique. Les intellectuels doivent se pencher sur les limites d’une démocratie en crise. Être spectateur de la vie politique, ce n’est pas écrire un article de 1100 mots, avec un collègue, à son sujet.

    Concernant le commentaire de Simon Couillard, que dire ? Il parle de lui-même, encore. Ne trouvant pas la signification du texte, il risque fort de manquer de pertinence. Vu la hauteur du propos, son développement et son style, peut-être mérite-t-il un sympathique argument analogique indirect : on pourrait demander si Simon Couillard n’est pas parent avec Julie...


  • La démocratie passive, muette et insignifiante
    1er novembre 2008, par Mario Goyette
    Bonjours M.Desroche et Provencher. Le fait de faire voter les québécois le 8 décembre, qui sont contre à %70, nous montre que Jean Charest tente justement de se jouer de la démocratie d’une façon scandaleuse. Vincent Marissal de la Presse soutient que la faible taux de participation aidera les libéraux, c’est tout dire que Gesca favorise cette élection à la limite de la fraude électorale. Profiter du bon rendement du Club de hockey Canadien, cacher le déficit de la Caisse de dépôt, la période des fêtes et des party de bureau, le temps froid refroidit les ardeurs des protestataires sur les routes, ect... Une tempête de neige la journée des élections serait inestimable pour la clique de Paul Desmarais où seuls les Montréalais du West-Island iraient voter nous rapprocheraient plus du Zimbabwe électoralement parlant que des Territoires du Nord-ouest.
  • Vigile a besoin de votre appui, n’hésitez pas à contribuer et joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2009: 20000$
     1425$  7%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    7/01 Claude Morin: 50$
    7/01 Jacques Bergeron: 100$
    6/01 Anonyme (DD): 25$
    4/01 Giselle Chagnon: 100$
    4/01 Ginette Legros: 50$
    1er/01 Anonyme (LA): 100$
    1er/01 André Colpron: 1000$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net