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J’ai laissé tomber la poussière avant de réagir à votre rapport.
Comme bien des Québécois « de souche » et « de diverses origines, dont moi », j’ai pris au sérieux l’appel à la participation à cette commission publique. En plus de présenter un mémoire et de prendre la parole au dernier forum de Montréal, j’ai assisté à plusieurs heures de vos délibérations sur place et par le truchement de la télévision.
Le 13 décembre je vous ai livré mes prédictions, à savoir que vos recommandations seraient décevantes, mais qu’elles plairaient à Jean Charest, celui qui vous avait nommé.
Malheureusement, mes prédictions se sont avérées véridiques. En effet, vous avez ignoré l’importance du français comme épine dorsale de l’intégration harmonieuse des nouveaux Québécois et vous n’avez pas eu le courage de reconnaître l’option d’indépendance du Québec comme autre clef du dénouement de la « crise » des accommodements politico-religieux.
Ce n’est pas surprenant à bien y penser, car vous coprésidiez de fait une commission canadienne des accommodements plutôt que québécoise.
En effet, en présentant mon mémoire le 26 novembre, ma première impression fut d’être entendu par des commissaires canadiens qui, malgré mes propos, avaient la gentillesse de me laisser parler dans ma langue, le français, mais en anglais, ça allait également. Après tout, le Canada a deux langues officielles, n’est-ce pas ?
Cette désagréable impression de comparaître devant une commission canadienne, s’est accentuée le matin alors que comparaissait le Mouvement Montréal français et ensuite des militants lobbyistes en faveur des accommodements politico-religieux. On sentait clairement par vos questions, par vos commentaires et par votre non verbal que vous aviez déjà choisi votre camp et que non seulement le commissaire Taylor serait d’accord avec vos conclusions favorables à la Charte de Trudeau, mais aussi le Canadien, Jean Charest. La tendance s’est maintenue jusqu’au dernier forum du 13 décembre. Par exemple, du haut de votre chaire, vous rabrouiez une Québécoise « de souche » qui revendiquait avec force le respect de notre culture et de notre langue, mais vous laissiez nous insulter en anglais un Québécois « venu d’ailleurs il y a longtemps ». Je me serais cru dans mon Manitoba natal devant une commission canadienne bilingue au service des intérêts supérieurs du pays ! Quelle tristesse !
« Mais bravo, » dit Jean Charest, « car vos conclusions, messieurs les commissaires, me permettent de donner l’impression que le français au Québec est « sacré » comme je le disais en fin de semaine dernière. Par contre, mon gouvernement peut continuer tranquillement à affaiblir le français au Québec violant allégrement ce qui reste de la Loi 101. Et pourquoi pas en faisant ce que mes amis du Canada anglais ont si bien réussi : 1. Renforcer la certitude des nouveaux arrivants que l’anglais est plus important que le français surtout au travail. 2. Augmenter à 50 000 le nombre d’immigrants qui doivent s’intégrer harmonieusement annuellement non pas à 7 millions et demi de Québécois, mais bien à 1,7 million de Montréalais dont une bonne partie a déjà adopté la langue anglaise. Le résultat : On assimile lentement, mais sûrement, encore un peu plus les Québécois à l’anglais. »
En terminant, M. Bouchard, je suis prêt, n’importe quand, à comparer la valeur « ouverture sur le monde » de nos c.v. respectifs !
Georges Le Gal, Montréal
"Comme bien des Québécois « de souche » et « de diverses origines, dont moi »"(Georges Le Gal)
Cette reconnaissance de nos mutuelles distinctions ethniques, M. Le Gal, est le geste de courtoisie qui nous inspire le plus grand désir de souhaiter que nos fils et filles se mêlent avec vos filles et fils et qu’ainsi ne faisions ensemble qu’un seul peuple.

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