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La Bonbonnière de Grand-Maman
Les véritables responsables de notre enfermement et de notre échec, c’est d’abord nous-mêmes
Daniel Lévesque
Tribune libre de Vigile
dimanche 3 février 2008      966 visites


Pourquoi avoir peur de prendre ce pays qui est à nous ?

Ce dont on peut douter le plus en ces jours, c’est d’un scénario où les Québécois feraient montre de détermination. On peut bien tout reprocher au Parti Québécois, on peut même l’accuser d’avoir tenté d’amadouer la population avec des entourloupettes, reste que si nous l’avions désirée, au lieu d’un fantasme, notre indépendance serait déjà un arbre dont nous récolterions aujourd’hui les fruits. Nous avons eu deux chances de régler cette question et ce ne sont pas les magouilles du camp du non de 1995 qui auraient pu empêcher un peuple de faire bloc et de réclamer sa liberté si celui-ci l’avait vraiment désirée. Non ! Les véritables responsables de notre enfermement et de notre échec, c’est d’abord nous-mêmes. Cela explique peut-être pourquoi le PQ ne s’est pas évertué à contester les résultats de ce référendum frauduleux.

Depuis 40 ans, le PQ aura eu beau enrober la souveraineté dans le chocolat, il y aura toujours eu quelqu’un pour demander ce qui se trouve dans la friandise avant d’y goûter. Le problème tient essentiellement au fait qu’on ne peut pas donner aux autres (à ceux qui nous gouvernent) plus de confiance que celle que nous nous accordons à nous-mêmes. Devant la bonbonnière pleine de belles sucreries, nous craignons les visites chez le dentiste… Alors on pignoche ! On prend ce que l’on veut et on laisse de côté les morceaux qu’on aime moins. C’est depuis longtemps de cette façon que le peuple québécois se sert du PQ. Comme dans un buffet ! Et ça continue !

Mère-grand tente de séduire les loups !

Madame Marois revient donc encore une fois à la charge avec une autre bonbonnière, un autre programme de province qui, curieusement, tout en s’éloignant de la souveraineté, se rapproche à la fois des possédants et emprunte leur discours creux. « Il faut générer de la richesse » dit-elle ! Hum ! Attendez ! Je pense que j’ai déjà entendu ça quelque part… Elle parle de productivité et de l’industrie forestière. Remarquez ici que la productivité de ce secteur n’empêche pas les fermetures en série et la disparition des emplois. « Les Québécois sont moins riches que les Canadiens et beaucoup moins riches que les Américains » rajoute la cheffe du PQ ! On croirait entendre les lucides !

Hélas, être moins riches que les Canadiens ou les Américains ne constitue pas pour autant un argument donnant envie qu’il en soit autrement. Il se peut que nous soyons parfaitement heureux ainsi. Dans une société qui priorise de plus en plus la qualité de vie, Madame Marois devra sans doute expliquer à quoi cette quête de productivité et de richesse pourrait servir. En ces temps de remises en question de nos habitudes de consommation, on peut aussi se demander pourquoi les Québécois se passionneraient pour une bête productivité encourageant l’abus des ressources, la surconsommation et au terme de laquelle, nous nous retrouvons souvent en chômage après avoir travaillé comme des nègres.

Cette bouillabaisse-là sur la richesse et la productivité nous a déjà été servie par Lucien Bouchard. Mais quand on y songe, l’opulence que l’on trouve en ce pays et, surtout, le château où habite cette brave dame, semblent indiquer que la richesse ne manque peut-être pas tant que ça… Bref, c’est même à se demander ce que Madame Marois désire de plus.

Nous cherchons toujours notre Hugo Chavez québécois.

Des discours poches et truffés de clichés éculés, ça pleut ! Ça se récite dans les chambres de commerce pour des gens qui mangent plus qu’ils n’écoutent. Au Québec, on attend toujours du vrai changement. Quelqu’un qui va parler dans la face aux chefs d’entreprises. Un véritable leader qui aurait assez de cœur et de courage pour rappeler à ces gens-là qu’ici, c’est l’humain et le développement durable qui passent avant l’économie. Et que c’est là pour rester.

Étonnant de voir aussi la prétention avec laquelle ceux qui font de beaux discours devant les chambres de commerce s’enrobent du pompeux manteau de la franchise et du parler vrai. Celle qui prétend vouloir dire aux Québécois ce qu’ils refusent d’écouter ne se fait curieusement pas fait prier pour dire aux chambres de commerce ce qu’elles veulent entendre… Madame ne calcule pas non plus le temps qu’elle perd à s’adresser à des gens qui, pour la plupart, rejetteront toujours la souveraineté du revers de la main…À moins qu’ils n’en tirent profit ! Depuis l’épisode du Centaure, c’est devenu coutume au PQ de flatter l’ego de chromés venus s’empiffrer en faisant semblant d’écouter les nigauds qui les baratinent.

Nous devrions parler de sécurité alimentaire, de planification responsable de notre économie et d’exploitation intelligente de nos ressources. Voilà ce qui devrait inspirer le chef d’un parti souverainiste. La souveraineté des personnes qui composent ce pays, l’autonomie des groupes qui en sont le moteur et la nécessaire maîtrise du destin conditionnelle à l’éclaircissement de l’horizon du peuple québécois. Mais tout cela semble bien trop complexe au goût du Parti Québécois et de sa cheffe. La facilité dans la répétition des clichés médiatiques répandus par Gesca est bien plus attirante, semble-t-il. On verra bien si André Pratte et Alain Dubuc béniront Madame Marois et s’ils comptent enfin la gratifier de leur appui éditorial...

Ça prend du courage pour aller de l’avant. Or, voilà un autre exemple que la trouille du Parti Québécois et de son aile parlementaire est devenue un obstacle majeur à tout pas en avant véritable. Et aussi longtemps que ce parti se donnera de grands airs de gauche modérés du dimanche, il risque encore de rallier une bonne frange de ceux qui craignent la droite. Et tant qu’il se prétendra souverainiste le premier vendredi du mois à 4h30 pm avant le conseil national, il servira malheureusement encore et toujours de refuge électoral à des souverainistes modérés qui craignent, eux, de voir leurs espoirs s’anéantir avec la disparition éventuelle de tout député du PQ au parlement. En revanche, ce parti ne formera plus jamais un gouvernement majoritaire au Québec et ses appuis se feront de plus en plus éparses.

Depuis 40 ans que ce parti mène les souverainistes en bateau. Si le capitaine refuse d’accoster, pendant combien de temps encore flottera-t-il ? Que diriez-vous de remettre les compteurs à zéro et repartir sur de nouvelles bases. Avec une idée simple : faire du Québec un pays. (Si cela est encore envisageable)

Donner le coup de hache !

Il faut un autre parti, un vrai, qui veut vraiment faire aboutir le projet de la manière à la fois la plus simple et la plus courageuse qui soit. Certains diront que l’imposture de 1995 serait peut-être une raison insuffisante pour déclarer unilatéralement notre souveraineté. Mais alors, combien de fourette nous faut-il ? Si nécessaire, ajoutons-y celle de 1867  ! Les pères de cette peu glorieuse fédération n’ont jamais consulté la population pour unir le Haut et le Bas-Canada. Alors pourquoi le Québec serait-il forcé d’en faire plus ? Y a-t-il une règle de droit international qui empêcherait ce peuple de décider de son avenir si le gouvernement qu’il a élu démocratiquement en a le mandat après l’avoir proposé ouvertement et sans cachette à l’électorat ?

Avoir moins de cinquante pour cent de l’électorat n’est pas une raison non plus pour se refuser un pareil scénario. Notre système électoral est ainsi fait. Nous devons l’accepter ou le changer. Et si la population ne veut pas de l’indépendance, elle n’a qu’à se choisir un autre parti. C’est le peuple qui dicte l’agenda et c’est lui qui doit avoir le dernier mot. Nous n’avons pas de permission à demander ni à Ottawa et ni non plus à la communauté internationale. On ne fait pas une révolution en quémandant des appuis. La liberté, ça ne se demande pas. Ça se prend !

Avec de véritables gestes de rupture qui démontreraient une telle détermination, d’aucuns sauraient que toute entrave à la marche de ce peuple serait inutile. Nos adversaires réaliseraient très vite qu’il n’y a rien à faire pour nous empêcher de prendre ce qui nous appartient.

Mais je doute qu’un jour, nous fassions cette prise de conscience et que nous ayons le courage qui viendrait avec. Tant et aussi longtemps que nous persisterons à demander la permission pour être libres, nous serons un peuple paralysé par sa peur, vivant dans une loufoque incertitude alors que ce pays est pourtant à nous. Grand-maman et ses bonbons sont tellement plus sécurisants !

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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