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Humour et politique :
L’urgence de revenir
Et on me réadmet dans le club sélect des diabétiques de Lanaudière, section souverainistes.
Jean-Pierre Durand
Tribune libre de Vigile
jeudi 1er mai 2008      430 visites      3 messages


Je me suis rendu à l’urgence de l’hosto pour une peccadille et parce qu’aucune clinique ne pouvait m’accueillir un dimanche sans rendez-vous. Si j’avais été un beagle, nul doute que le premier docteur Ballard venu m’aurait demandé de montrer la papatte, mais bon, dans ma condition d’être humain, je n’ai pas droit au nonosse.

Comme de raison, l’urgence était pleine à craquer et tous les patients impatients avaient les yeux rivés sur les petits écrans suspendus au plafond. Je me présentai à la "garde de triage", bien résolu à parler de mon bobo et à obtenir un numéro comme si j’étais chez le boucher Sanzot. La préposée me passa un brassard gonflable autour du bras afin de prendre la juste mesure de ma tension artérielle. Or, le plus gros des deux chiffres, la pression systolique, frisait le record de la célèbre brasserie Guinness.

La préposée ne fit ni un ni deux et sonna l’alarme. Elle m’intima l’ordre de me coucher sur la civière, après quoi tout se passa à la vitesse de l’éclair. On fixa des électrodes sur mon corps, on m’administra une substance de marque « sans nom » par intraveineuse et on me fit prendre une couple de granules. J’étais arrivé comme un preux chevalier sans peur et sans reproche, mais voilà que le toubib réussissait à m’épeurer avec les risques de crise cardiaque et d’AVC que ma condition de diabétique pouvait entraîner.

Quelques heures plus tard, alors que tout semblait être jugulé et mes artères passées au Jig-A-Loo, le médecin traitant, le docteur Du Han (cela doit vouloir dire Durand en vietnamien), vint me voir et m’annonça que j’avais gagné un séjour à l’hôpital, toutes dépenses payées et avec vue sur le mur. Si j’avais su, j’aurais pas venu… mais bon, à la guerre comme à la guerre.

On me garda à l’urgence, toujours sur une civière, en me promettant de me transférer dans une chambre sitôt qu’un patient mourrait (on m’a dit « sitôt qu’un patient obtiendrait son congé », mais je traduis pour ceux qui prennent tout au premier degré).

J’avoue avoir été impressionné par le va-et-vient du personnel hospitalier, d’autant qu’on avait placé ma civière dans les meilleurs gradins. De ma loge, je voyais tout, j’entendais tout, y compris que ma tension artérielle était grimpée dans les rideaux et que mon taux de glycémie frisait la catastrophe.

J’aime pas les nuits de l’hôpital. Pour moi, ça vaut la place Pigale. Et pour cause, c’est pas reposant et ma civière était étroite en bibitte. La première nuit, ma voisine de gauche a pas cessé de crier comme une damnée qu’on la libère de ses chaînes et qu’on enlève le « précipice » placé devant elle. Vérification faite le lendemain matin, le précipice n’était qu’une vulgaire bassine que sa condition d’incontinente rendait salutaire.

La seconde nuit, c’est un patient souffrant d’un très gros delirium très mince qui agita ma nuit comme au temps béni de mon adolescence. Non seulement le sevrage d’alcool ne lui faisait pas, mais il était devenu grossier et violent, si bien que les infirmières durent composer le code blanc : c’est alors qu’accoururent, provenant de tous les coins de l’hôpital, infirmiers, préposés à l’entretien (parce qu’ils ont de gros bras), agents de sécurité, et même une police montée (hormis sa vieille picouille), pour le maîtriser et s’assurer d’une contention à toute épreuve. Le pauvre type, qui se prenait sans doute pour le directeur de l’hôpital, criait à tue-tête que dès potron-minet (c’était un lettré), il allait tous les « crisser dewors » (lettré pas tant que cela, finalement). Cet événement inusité m’a saisi au point que je n’ai pas osé porter plainte pour les tranches de plastique Single de Kraft qu’on m’avait servies au petit-déj...

***

C’est fou comme à l’hôpital l’actualité politique semble nous échapper. Charest et Harper règneraient en maîtres qu’on n’en aurait rien à cirer. Et le personnel est si avenant (c’était le cas où j’étais), qu’on se croirait au paradis… si ce n’était que cette éventualité est quand même plus envisageable ici qu’ailleurs.

Lundi soir, une infirmière, qui avait terminé son quart de travail, crut bon me dire que mon prochain ange gardien me ferait tourner la tête. J’avoue avoir trouvé son commentaire un brin sexiste, mais, me rappelant le code blanc de l’autre nuit, je n’osai lui en faire la remarque, me contentant de dire que j’étais déjà grand-père et que j’avais passé l’âge de zieuter les midinettes. Elle me dit en riant : « Les grands-pères, mon cher monsieur, ce sont les pires ! »

Alors, obstineux, j’ajoutai qu’étant un militant et qu’ayant mémorisé dans ma prime jeunesse les citations du président Mao, je m’en tenais mordicus à la consigne du petit catéchisme qu’il ne fallait pas prendre de libertés avec les femmes, fussent-elles Carla Bruni ou la dame en bleu, que j’étais un homme de principes, que je le resterais jusqu’au bout, et patati et patata. Ceci dit, elle n’avait pas tout à fait tort, la remplaçante avait un beau p’tit… (censuré par Vigile).

Comme disait Mark Twain : la nouvelle à l’effet que j’étais mort était grandement exagérée ! La tension artérielle comme la glycémie ont fini par fléchir plus vite que ne l’avait prédit docteur Du Han, si bien qu’on annonça ma libération plutôt que prévu. Par contre, le médecin m’a dit de me méfier du sucre comme de la peste (presque autant que des fédéralistes, c’est vous dire comme mon état était gravissime !). Et on me réadmet dans le club sélect des diabétiques de Lanaudière, section souverainistes.

Je suis donc à nouveau su’le piton, « heureux d’un printemps qui me chauffe la couenne » (Piché), prêt à reprendre le combat pour le Québec et le français. Un chausson avec cela ? Non, plus pour moi !

Jean-Pierre Durand
Membre du Conseil général
SSJB de Montréal

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Vos commentaires:
  • L’urgence de revenir
    1er mai 2008, par Danièle Fortin

    Absolument désopilant, Monsieur Du Han,... pardon, Monsieur Durand ! =)

    C’est bien le Dr Ferron qui aurait aimé vous soigner... et vous lire ! Ses émules n’ont qu’à bien se tenir.

    Prompt rétablissement !


  • L’urgence de revenir
    2 mai 2008

    Jean-Pierre, j’ai toujours trouvé que tu t’en mettais trop sur les épaules.

    Choisis-toi donc une priorité dans ton militantisme (le MMF j’imagine !) et même dans cette seule priorité, ne te met pas trop de charges car ne n’est pas bon pour ta pression et pour les autres actions, sois juste présent avec ton carnet de chèque !!!

    Tu es un militant hors-pair Jean-Pierre mais ta santé ne peut plus te permettre d’en faire autant.

    C’est plate mais j’aime mieux un Jean-Pierre qui donne son 25% pendant encore 20 ans (je suis certain qu’il sera de très grande qualité) qu’un Jean-Pierre qui donne son 100% pour un an et ensuite 0%...

    Prompt rétablissement et fait attention à toi,

    Sébastien Hotte


  • L’urgence de revenir
    2 mai 2008

    Jean-Pierre, mon ami, n’écoute surtout pas les conseils trop existentiellement "frileux/peureux" de Sébastien Hotte du 2ème commentaire de ta Tribune libre de Vigile du jeudi 1er mai 2008, car cet individu "ultra-modéré" que je ne connais pas te recommande à tort - même s’il est assurément de bonne foi - de te "ménager" (disant préférer une vie "tiède" à 25 % à une vie "chaude/froide" à 100 %) au lieu, comme je te le suggère, de t’éclater/exprimer/assumer au max via, entre autres talents de ton cru, ta "plume" tout à la fois indépendantiste, humoristique et littérairement bien "trempée" dans ta jeunesse à gauche toute "couvée intra muros" de notre chère UQAM...

    Autrement dit, je te recommande ce conseil de James Lovelock, mon mentor préféré âgé de 89 ans, éminent scientifique anglais, climatologiste et père/inventeur de la révolutionnaire théorie "Gaia" : "ENJOY LIFE WHILE YOU CAN", et que je traduirais ansi : "JOUIS DE LA VIE PENDANT QUE TU LE PEUX".

    Longue vie à toi, et Vive la future République libre, française et indépendante du Québec !

    Écocordialement,

    Daniel Clapin-Pépin, écologiste humaniste altermondialiste et professeur au Département des sciences comptables de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal


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