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Texte publié dans Le Devoir du lundi 26 mai 2008
N’en déplaise à messieurs Bouchard et Taylor, le peuple québécois existe depuis 400 ans et ne peut être blâmé pour la non-intégration d’une forte proportion d’immigrants à sa culture. Dire des Québécois qu’ils manquent d’ouverture envers ceux qui choisissent de venir s’installer ici, relève de l’insulte. Est Québécois qui décide de l’être. Cela commence par l’apprentissage et l’usage de notre langue, le français. Pourquoi devrions-nous nous sentir coupables de vouloir que les immigrants parlent notre langue, partagent nos valeurs, telles la laïcité, l’égalité homme-femme et la séparation de l’État et de la religion, et respectent nos lois ? D’ailleurs, n’est-ce pas ce que demandait une majorité de Québécois, qu’ils soient de souche ou d’origines étrangères, lors des forums publics de la commission ?
La culpabilisation de notre peuple ne fonctionne plus. Pourquoi les commissaires n’ont-ils pas plutôt condamné l’instrumentalisation de l’immigration par Ottawa qui s’en sert pour accélérer le processus d’anglicisation et de louisianisation de notre peuple ? L’histoire du Canada, depuis l’invasion britannique de 1759 et l’annexion forcée de 1840, n’est-elle pas celle de notre assimilation progressive souhaitée et programmée par l’Anglais ?
Le problème central de l’intégration des immigrants ne découle pas de notre supposé manque d’ouverture, mais provient plutôt du fait que le Québec est toujours prisonnier du carcan canadien et que, par conséquent, ses immigrants sont placés dans l’orbite du Canada anglais qui agit comme pôle d’intégration. En tant que province subordonnée, le Québec ne contrôle pas entièrement son immigration et est soumis au multiculturalisme canadien enchâssé dans la Constitution illégitime de 1982. De plus, plusieurs nouveaux arrivants invoquent ce multiculturalisme et la liberté de religion protégée par la Charte canadienne pour préserver leur culture et exiger des accommodements religieux tout en refusant obstinément de s’intégrer à la culture québécoise majoritaire au Québec, se considérant Canadiens et non Québécois. La citoyenneté et le passeport qu’ils détiennent n’en sont-ils pas la preuve ?
Aussi, bien que nous aimions nous bercer d’illusions en réaffirmant que la langue officielle du Québec est le français, la réalité est toute autre : le Québec est dans les faits une province bilingue dans un État anglais, le Canada. Comment interpréter autrement l’attitude de l’État québécois qui sert et communique en anglais avec les trois quarts des allophones et qui paie des cours d’anglais aux nouveaux arrivants pour des raisons d’insertion au travail ?
Les immigrants qui s’installent au Québec, et plus particulièrement à Montréal où 90 % d’entre eux résident, comprennent vite qu’ils n’ont pas besoin d’apprendre le français pour y vivre et travailler. Ainsi, plus de 40 % des nouveaux arrivants ne terminent pas leur cours de francisation, plus de 60 % d’entre eux travaillent en anglais à Montréal et plus de 50 % d’entre eux s’inscrivent au cégep anglais et dans les universités anglaises financés par l’État québécois. D’ailleurs, à Montréal, la langue commune est l’anglais. Sur l’Île de Montréal, notre peuple est minoritaire. Le Québec, un État français ?
Force est d’admettre que tant et aussi longtemps que le Québec demeurera enfermé dans le Canada, de plus en plus d’immigrants adopteront l’anglais au détriment du français, demanderont des accommodements religieux qui heurtent nos valeurs fondamentales et s’intégreront à la fausse minorité anglaise du Québec. Dans ce contexte et compte tenu du fait que nos capacités d’accueil et de francisation sont d’ores et déjà largement dépassées, il s’avère irresponsable et dangereux, voire suicidaire, de hausser le seuil de l’immigration à 55 000 personnes par année. La seule façon de renverser le processus d’assimilation de notre peuple consiste à nous débarrasser d’Ottawa et de son gouvernement des juges dirigé par la Cour suprême qui use du multiculturalisme et du chartisme de Trudeau afin de déconstruire notre identité.
Seul un Québec indépendant doté d’une véritable Constitution d’État réaffirmant les valeurs fondamentales de la Nation québécoise pourra véritablement intégrer les nouveaux arrivants à la culture québécoise. Voici les mesures que propose le Parti indépendantiste afin de favoriser cette intégration : fixer le seuil d’immigration en fonction de notre capacité d’accueil ; sélectionner tous les candidats à l’immigration en fonction de leur maîtrise du français avant leur arrivée ici ; franciser les réfugiés et les résidents d’origines étrangères qui ne maîtrisent pas le français ; abolir les accommodements religieux ; faire de la langue française la véritable langue officielle et commune du Québec ; établir une véritable citoyenneté québécoise et un passeport québécois ; renforcer la Charte de la langue française, incluant le français langue de travail dans toutes les entreprises du Québec peu importe leur taille ; exiger le cégep français pour tous ; augmenter le financement des réseaux collégial et universitaire en français ; créer un cours d’histoire nationale au primaire et renforcer les cours de français ; financer un seul réseau scolaire public intégré en français ; financer un seul centre hospitalier universitaire et français à Montréal ; financer un seul réseau de la santé public intégré en français ; offrir l’acquisition accélérée de la citoyenneté québécoise pour les Franco-Canadiens et Franco-Américains qui choisissent de s’établir au Québec ; etc.
Cela fait quatre siècles que nous développons le Québec. Nous avons construit un État. Il est temps de le déclarer indépendant avant que notre aventure française en terre d’Amérique ne finisse en queue de poisson dans la bouillabaisse multiculturelle anglaise canadienne.
Éric Tremblay
Chef du Parti indépendantiste
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