Vigile.net
Gesca et la Presse ont affaire à une population dont le niveau d’instruction monte continuellement. Les badauds se font de plus en plus rares. Le jugement critique augmente. Les gens lisent et communiquent sur l’Internet, se renseignent, savent que les journaux à sensation mentent à chaque page et s’en méfient. - René Marcel Sauvé
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 16286$  81%  
Objectif : 20000$
De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
« Ce peuple a tellement vécu dans l’écrasement de la défaite pendant deux siècles, qu’il reste toujours aussi craintif. Tant qu’ils n’auront pas complètement relevé la tête, ils s’enliseront dans l’immobilisme »
Simon Couillard
Tribune libre de Vigile
lundi 4 août 2008      310 visites      7 messages


De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?

Quiconque s’intéresse à cette question prendrait grand intérêt à lire la monumentale biographie qu’Alain Peyrefitte a consacré au général, C’était de Gaulle, particulièrement la section intitulé « Le Québec, c’est notre devoir de nous en mêler ».

Il faut avouer que la thèse de M. Rémi Guertin, dans son papier De Gaulle, Sarkozy et le Québec, amène un aspect peut-être trop souvent occulté de ce côté de l’Atlantique lorsqu’on évoque la déclaration du balcon. Le « vive le Québec libre ! » du général n’était peut-être pas un acte gratuit et courageux, traduisant simplement la passion du grand homme pour le Canada français. M. Guertin rappelle qu’il y avait une certaine vision et une logique géopolitique qui précédait le geste. Aussi peut-on lire sous la plume de Peyrefitte ces propos attribués à de Gaulle : « Regardez. Toutes les fédérations que fabriquent les Anglais ratent les unes après les autres : Fédération d’Aden, Fédération de l’Inde (avec le Cachemire, devenu pomme de discorde entre l’Inde et le Pakistan), Fédération de Rhodésie, Fédération d’Afrique orientale, Fédération de Malaisie, Fédération de Chypre, Fédération de la République arabe unie (...). Ce n’est pas un art, c’est un artifice ! Ça ne marche pas ! Et la Fédération du Canada ne se porte guère mieux (...) »1.

Bien loin d’une simple pensée magique, d’une loi mal définie condamnant les fédérations échafaudées dans les têtes anglaises, cette intuition du général se fondait sur une idée de l’homme, une anthropologie d’abord déliée de l’impératif éthique/politique.

Il constatait ainsi que « les Français du Canada n’aimaient pas les Anglais, mais s’accommodaient de se trouver dans une situation soumise. On mettait de temps en temps un Saint-Laurent ou un Laurier quelconque à la tête du gouvernement d’Ottawa, ça ne changeait rien ou presque, mais ça sauvait les apparences. Le peuple canadien français va vers l’indépendance. Il ose constater qu’il a été colonisé. Il a même l’impression d’être relégué. L’appel de la France nouvelle ne peut manquer d’agir sur les esprits »2.

Il est bien sûr évident que la décision de lancer l’appel à la liberté du Québec en 1967 n’était pas spontanée et hors propos, fruit d’une émotion sympathique mal calibrée, mais, mis à part certains fédéralistes, personne ne nie ce fait. Il y avait un calcul de la part du fondateur de la cinquième République. En ce sens, et comme les Québécois s’acharnent à faire mentir le général (on me pardonnera ce choix de verbe), il n’est pas surprenant que la France cherche à réévaluer les paramètres de sa politique étrangère, elle songe avoir peut-être raté le tir. De Gaulle lui-même admettait une limite : « Vous savez, conclut-il, rien n’est jamais définitivement perdu dans la vie d’un peuple, si leurs dirigeants ne s’abandonnent pas aux fausses fatalités de l’histoire »3.

Le gaullisme est toujours une politique qui fait du prestige international la clé de son action. Ce que cherchait le président, à cette époque et après, c’était d’étendre l’influence de la France sur la scène internationale. Doit-on s’en offusquer ? Le Québec n’en aurait-il pas tiré profit ? Est-ce que l’agrandissement de l’espace francophone et de sa puissance est quelque chose qui nous menace ? Disons pour le moins que la coopération entre nations francophones, aux premiers abords, semble moins pernicieuse que la minorisation au sein d’un espace fédéral majoritairement anglophone et voué à la normalisation.

De Gaulle admettait l’impossibilité de savoir quand le Québec deviendrait indépendant, il ne doutait pourtant pas qu’il le serait un jour, mais, se disait-il, « tant qu’ils resteront aussi pusillanimes, ils n’en sortiront pas (...) Il n’y a pas de plus grand malheur pour un peuple que d’être vaincu. Ce peuple a tellement vécu dans l’écrasement de la défaite pendant deux siècles, qu’il reste toujours aussi craintif. Tant qu’ils n’auront pas complètement relevé la tête, ils s’enliseront dans l’immobilisme »4. Le libérateur des Français estimait qu’il était du devoir de la France d’aider les Québécois en cette matière. M. Guertin cherche-t-il à nier la part due à l’affection de l’homme pour les Français du Canada pour lui substituer l’unique ruse, la virtù ? L’émotion obéit à la raison ou la raison procède de l’émotion ?

Laissons-nous plutôt sur une phrase qui, pour les uns, sera une perle de cynisme politique, et pour les autres un témoignage d’amitié franche : « J’ai bousculé le pot de fleurs. Mes adversaires et mes faux amis ne me le pardonneront pas de longtemps. Mes vrais amis s’en réjouiront »5.

1 : PEYREFITTE, A. (2002), C’était de Gaulle, Éd. Gallimard, Paris, p. 1536-1537. 2 : ibid. p.1531 3 : ibid. p.1556 4 : ibid. p.1582 5 : ibid. p.1553


Suggérer cet article par courriel


Vos commentaires:
  • Joindre De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
    4 août 2008, par Gilles Bousquet
    Le monde a produit peu de grands personnages comme le grand Charles De Gaulle. Nous lui devons beaucoup, nous du Québec francophone, de nous avoir si bien compris et mondialisé notre recherche d’autonomie du ROC.
  • De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
    4 août 2008, par jacques noel

    Mauvaise nouvelle pour le Rat ! On pourrait ajouter la fédération soviétique et la fédération yougoslave

    "Aussi peut-on lire sous la plume de Peyrefitte ces propos attribués à de Gaulle : « Regardez. Toutes les fédérations que fabriquent les Anglais ratent les unes après les autres : Fédération d’Aden, Fédération de l’Inde (avec le Cachemire, devenu pomme de discorde entre l’Inde et le Pakistan), Fédération de Rhodésie, Fédération d’Afrique orientale, Fédération de Malaisie, Fédération de Chypre, Fédération de la République arabe unie (...). Ce n’est pas un art, c’est un artifice ! Ça ne marche pas ! Et la Fédération du Canada ne se porte guère mieux (...) »1.


  • De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
    4 août 2008

    La France est passé d’un Grand Général à un petit Caporal. Lequel a été formaté par les américains. Sarkosy est un pion de la CIA pour détruire le mouvement gauliste et instrumentaliser la France pour la mettre au service des américains. Il faut absolument lire ce texte troublant pour comprendre le comportement de ce personnage : http://operationsarkozy.canalblog.com/

    JCPomerleau


  • De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
    4 août 2008

    Monsieur Bousquet,

    Vous écrivez beaucoup ici. Je note vos bons sentiments pour le Général. Que sa fréquentation (lecture) vous donne 1% de son audace et de son courage serait le début d’une belle révolution pour le Québec. Car, si les fédéralistes peuvent devenir des indépendantistes, tout est possible pour le Québec. Sans sarcasme.

    Gilles Verrier


  • De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
    4 août 2008, par Raymond Poulin
    Merci, monsieur Couillard, d’avoir si bien éclairé le sujet.
  • De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
    5 août 2008

    De Gaulle admettait l’impossibilité de savoir quand le Québec deviendrait indépendant, il ne doutait pourtant pas qu’il le serait un jour, mais, se disait-il, « Il n’y a pas de plus grand malheur pour un peuple que d’être vaincu. Ce peuple a tellement vécu dans l’écrasement de la défaite pendant deux siècles, qu’il reste toujours aussi craintif. Tant qu’ils n’auront pas complètement relevé la tête, ils s’enliseront dans l’immobilisme »

    =========================

    Suite à cette parole de De Gaulle, disons maintenant qu’il n’y a pas de plus grand malheur pour un peuple que d’être revaincu par les "vaincus" d’hier. Le ROC souffre, sachons-le ! Le Rest Of Canada, au nom colonisé du Québec (ancien Canada) est couché à terre devant les Québécois "maîtres-chanteurs" du Canada qui est incapable de se départir de cette Belle Province sans risquer la mort !

    L’unifolié est d’abord québécois. L’hymne national canadien est d’abord québécois. Le bilinguisme canadien est d’abord québécois. Que reste-t-il au ROC ? Un système de santé les séparant des USA ? Un dollar canadien qui disparaîtra tôt ou tard ? Une Gouverneure Générale, symbole de l’Angleterre impériale, qui disparaîtra tôt ou tard ?

    Oui, montrons de la compassion pour le ROC et ses 25 millions d’habitants victimes de la colonisation québécoise ! Le ROC est incapable de vivre sans le Québec et de lui demander de partir de la fausse pseudo-(con)fédération en bons termes !

    sebastien_harvey1@hotmail.com


  • De Gaulle et le Québec libre : une question de realpolitik ?
    5 août 2008, par Gilles Bousquet

    M. Gilles Verrier qui m’écrivez : « Que sa fréquentation (lecture) vous donne 1% de son audace et de son courage serait le début d’une belle révolution pour le Québec ».

    D’accord pour être audacieux mais pas manquer de responsabilité en tenant aucun compte de la détermination et de la force de l’adversaire comme le font les Palestiniens, les Tibétains et les Kurdes qui sont bien admirables mais assez maltraités depuis plus de nombreuses années sans qu’ils puissent entrevoir le bout de leurs tunnels indépendantistes respectifs.

    Ça prend un fort mouvement d’une grande partie d’une nation pour faire "séparer" un état qui se dit et croit être indivisible.




Premier colloque annuel

L’Institut de recherche sur le français en Amérique tiendra son premier colloque le 28 novembre prochain


No 274 - 2008

  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     16286$  81%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    28/11 Jean-Pierre Papineau : 100$
    23/11 Christian Montmarquette : 30$
    22/11 Noëlla Bélanger : 25$
    22/11 José Fontaine : 100$
    22/11 Pierre Fortier : 100$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net