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Götterdämmerung (Crépuscule des dieux)
Normand Perry
Chronique de Normand Perry
dimanche 3 juin 2007      759 visites


Est-ce l’effet de la température maussade en ce samedi matin pluvieux ? Serait-ce que je me retrouve en solitaire pour passer le week-end à la maison, alors que mon épouse est au travail durant tout ce temps ? Est-ce une semaine difficile à mon propre travail ? Non. De toutes ces choses bien banales de la vie ordinaire, je m’accommode habituellement merveilleusement bien. De la combinaison de tous les éléments que je viens d’évoquer, j’y trouve habituellement mon compte en plongeant tantôt mon nez à l’intérieur d’un bon livre d’histoire, de philosophie ou de cosmologie, tantôt devant le téléviseur pour me régaler d’un épisode de Star Trek, d’un concert de musique baroque ou d’un opéra sur DVD. Tiens, je crois que je vais me taper le Ring de Wagner ce week-end. Ça tombe bien, parce que dans cette trilogie wagnérienne, il y est question de grandes questions existentielles : d’amour, d’amitié, d’intrigues de pouvoir, de jalousie, d’envie, de trahison, de colère, d’assassinat, de rédemption et d’une destruction massive, par les flammes, par le demi-dieu du feu, Loge, de la demeure des dieux, le Walhalla, dans le Götterdämmerung (Crépuscule des dieux), destruction appelée sur l’ordre de la walkyrie Brünnhilde, fille du dieu Wotan.

Non, les causes de ma déprime matinale se trouvent ailleurs. Et je crois qu’il ne faut pas chercher très loin ce qui est venu ternir, pour ne pas dire noircir, ma bonne humeur coutumière et l’optimisme d’âme que je me connais comme attitude psychologique fondamentale, malgré les hauts et la bas de cette vie quotidienne, qui comme les vagues de la mer, viennent et repartent tranquillement sur les rivages au son tranquille et apaisant que l’on connaît de ce mouvement perpétuel.

A la lumière de deux événements importants que vient de vivre le peuple québécois au cours de la dernière semaine, je me demande avec inquiétude et réalisme si la cause de l’indépendance nationale du Québec a tout simplement un avenir, surtout au Parti québécois ?

Rapport Grenier

Il y a d’abord eu le dépôt du rapport du juge à la retraite Grenier durant la première partie de cette semaine. Quoique les pouvoirs d’enquête furent très restreints pour faire la lumière des rouages d’Option Canada, rejeton du défunt Conseil pour l’unité canadienne, une chose est maintenant démontrée hors de tout doute : le processus référendaire de 1995 fut violé par le clan fédéraliste, il ne fait plus aucun doute à cet effet. Le journaliste Normand Lester et l’auteur Robin Philpot, et en écho à leur appel, le Bloc québécois, ont tous raison de réclamer une enquête publique auprès du gouvernement conservateur de Stephen Harper. S’il est clair que le processus référendaire a été violé, l’ampleur de ce viol, son mécanisme et tous ses acteurs nous sont toujours occultés pour le moment. Prétendre que parce que le référendum de 1995 appartient à un passé obscur et lointain pour refuser une telle enquête, revient à dire que l’enquête actuelle sur l’explosion de l’avion d’Air India est à ce moment-là caduque et qu’elle doit être stoppée puisque cet événement est antérieur au référendum de 1995 !

Ce qui me déprime dans cet événement, c’est le peu de hargne des députés du PQ à se saisir de ce dossier, pour y faire de la vague, créer du mouvement, déranger, achaler, questionner, tomber sur les nerfs des fédéralistes pour que justice soit rendue ! Une première cause de ma déprime de ce matin trouve l’une de ses racines dans cet apparent abandon en milieu d’un combat vital pour l’avenir même de la cause souverainiste.

J’entends déjà certains me répondre que les députés du PQ ont eu fort à faire cette semaine avec la crise parlementaire à Québec, sur le budget des libéraux. Je vais revenir sur ce sujet, mais il m’apparaît assez évident que l’excuse est facile de ne pas s’occuper d’un dossier alors qu’un autre dossier chaud nous brûle dans les mains. Le partage des tâches et devoirs est une chose courante dans nos milieux de travail bien ordinaire, et je ne vois pas pourquoi ça ne pourrait pas se faire dans un parti d’opposition à l’Assemblée nationale du Québec !

Concernant les conclusions de ce rapport Grenier, il y a un élément que les spécialistes de ce genre de chose ne semblent pas avoir relevé, du moins publiquement, et je me permets de soulever une hypothèse : puisque la preuve est faite, noir sur blanc, que le référendum de 1995 fut violé dans ses principes par le clan fédéraliste, et que le gouvernement fédéral actuel se refuse de se rendre aux demandes du Bloc québécois de déclencher une enquête publique, pourquoi ne pas envisager d’aller contester les résultats du référendum de 1995 devant les instances internationales à l’O.N.U., et exiger réparation ? Une réparation ? Tiens, on pourrait exiger d’Ottawa la reprise de ce référendum, facture entièrement assumée par Ottawa, selon les mêmes règles dont le clan fédéraliste semble s’être prévalu en 1995 : dépenses illimitées pour les deux camps ! Cela pourrait devenir une réparation équivalente à ce référendum volé de 1995.

En tout cas, il y a là pour Gilles Duceppe une occasion rêvée d’enfourcher un cheval de bataille qui pourrait faire oublier de manière expéditive une petite histoire de faux pas…

Crise politique sur le budget à Québec

Jeudi soir dernier (le 31 mai 2007) alors que je suivais de très près les derniers développements autour de la crise politique à Québec, j’ai bien cru voir et entendre un film d’horreur se dérouler sur les ondes de la télévision de RDI. Je n’en revenais tout simplement pas de voir le chef intérimaire du PQ, monsieur François Gendron, déclarer lors de son point de presse, que le PQ venait de faire des gains substantiels, du moins suffisamment pour faire un arrangement avec le premier ministre du Québec, à propos de la conclusion de la semaine de négociation sur le budget du Gouvernement du Québec.

Peu importe combien, comment, où, qui et pourquoi, la décision du PQ de voter contre le budget de manière symbolique, par la présence de trois députés le jour du vote, de facto, par l’absence des autres députés, le PQ a soutenu ce budget des libéraux. Il aurait fallu que les péquistes s’en tiennent à leurs principes de ne pas accepter de baisses des impôts de l’ordre de $950 M, et voter massivement pour faire tomber ce gouvernement, le plus incompétent et le plus impopulaire de toute l’histoire du Québec.

Mais pire encore, ce parti vient de se condamner à un très long siège sur les banquettes de ce qui est maintenant convenu d’appeler « le poulailler », cette section du Salon bleu de l’Assemblée nationale du Québec, sous la tribune des invités et journalistes.

Il y avait deux choses que l’opinion publique exprimait par les sondages au cours des derniers jours : l’absence de volonté de se retrouver en élection, surtout estivale ; le refus massif du peuple par rapport aux baisses d’impôts, privilégiant surtout la classe moyenne élevée et les mieux nantis, au détriment des services publics en besoins criants par les temps qui courent.

J’estime que la décision du PQ de laisser ce gouvernement survivre à son budget pour éviter des élections hâtives est une erreur stratégique qui va coûter cher à long terme aux souverainistes. En plus d’avoir pactisé avec le diable (les libéraux), les péquistes vont se faire reprocher pendant longtemps et avec raison, d’avoir laissé ce gouvernement libéral appliquer la totalité des sommes provenant du (apparent) règlement du déséquilibre fiscal. C’est une erreur stratégique impardonnable. Erreur stratégique parce que s’ils avaient renversé le gouvernement sur son budget, et que le lieutenant-gouverneur avait appelé des élections, ce qui n’est pas un absolu, après trois ou quatre jours de campagne, il n’y a plus un chat qui se serait demandé par qui et pourquoi nous nous retrouvions en campagne électorale.

Plus j’y pense, plus j’en ai la nausée en constatant que les principes fondamentaux de ce parti perdent tout leur sens au moment où il faudrait les pratiquer avec justesse. Ce PQ me dégoûte, son caucus des députés a manqué de cran, personne ne sait se tenir debout sur ses principes, on n’a plus de couilles dans ce parti.

Avec cette bande de mauviettes, il est à se demander quel est l’avenir du militantisme de la question nationale au PQ ? Il est à se demander si le nationalisme identitaire peut réussir à trouver une autre voie que l’ADQ pour évoluer ? Il est à se demander si la défense de la langue française au Québec a toujours un porte-étendard avec ces pleutres du PQ ?

Suis-je sur le point de regretter mon appui inconditionnel à Pauline Marois ? Je l’ignore pour le moment, mais la démonstration dont nous avons été témoin cette semaine à l’Assemblée nationale du Québec n’augure rien de bon pour l’avenir de la souveraineté du Québec dans le PQ. Comme dans le Crépuscule des dieux au Walhalla, il faudrait demander à Loge de tout raser par ses flammes. Peut-être est-ce la seule manière de trouver une rédemption à la cause indépendantiste de la nation québécoise, finalement !

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