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Cessons ce vacarme !
Il n’y a jamais eu, toutes époques confondues, plus de 30% d’indépendantistes qui répondraient OUI à la question "Voulez-vous vous séparer du Canada ?"
Philippe Navarro
La Presse (OPINIONS)
vendredi 18 janvier 2008


Dire de l’histoire qu’elle se répète, voire qu’elle bégaie, est un cliché trop éculé même pour décrire la situation politique prévalant au Québec. Nous incarnons carrément le mythe de Sisyphe avec, dans le rôle du héros déchu, le mouvement indépendantiste, et, dans le rôle de la pierre, le bon peuple. Mais qui, au juste, de Sisyphe ou de la pierre, est le véritable damné ? Celui qui roule, ou celui qui se fait rouler ? Car Sisyphe, lui, au moins, s’occupe ! La pierre, elle, n’a rien demandé.

Chez les pequistes, il y aurait ces jours-ci des pro-Monière et des pro-Larose. À ce compte, il y a sans doute aussi des pro-Beatles et des pro-Beach Boys. Ça donne vraiment envie d’aller y pousser son caillou. Il y a ceux qui ne veulent pas qu’on parle de référendum mais qui savent qu’il en faut un, ceux qui ne veulent pas de référendum puisqu’ils croient qu’on peut sortir du Canada avec une élection, ceux qui veulent un référendum mais qui veulent surtout un projet de pays féministe, pacifiste, et écologiste, ceux qui veulent des gestes de rupture qui rompent effectivement, ceux qui veulent des gestes de rupture qui ne rompent rien... Quelle année, déjà ? 1977 ? Par contre, aujourd’hui plus que hier, il y a ceux qui veulent le pouvoir, et qui dirigent le parti au doigt mouille.

Et on s’étonne que le spectre politique indépendantiste éclate comme une pastèque mûre. RIQ, MES, UDIQ, et on en passe. Une frange de la frange des indépendantistes supposés radicaux vient même de faire officiellement reconnaître le Parti indépendantiste, le PI (le « pays », la pognez-vous ?). Savent-ils seulement qu’à la suite du « beau risque », des péquistes déçus avaient trébuché sur le même calembour ? Les 39 kamikazes du premier Parti indépendantiste ont glané 0,45% des voix aux élections générales du 2 décembre 1985. Pour la (encore plus) petite histoire, Denis Monière était le secrétaire général - et candidat défait dans Saint-Jacques. Pauline Marois venait de perdre sa première course au leadership...

Et roule la pierre... N’a-t-on pas de de crier « c’est assez » ?

Pourquoi cette absurde cacophonie, pourquoi cette « désintégration », pour citer le Sisyphe (alias Jean-Marc) du dernier Arcand ? Pour une raison simple. La grande majorité des Québécois, la petite majorité des souverainistes, et la plupart des nationalistes ne veulent pas de l’indépendance du Québec. Il n’y a jamais eu, toutes époques confondues, plus de 30% d’indépendantistes dans ce pays. Trente pour cent de gens qui répondent « OUI » à "Voulez-vous vous séparer du Canada en date du... ", ce n’est pas assez.

Il y aura peut-être un jour un arrangement vaguement confédéral, comme Lévesque, comme Bouchard l’auraient souhaité. Mais d’Etat indépendant, jamais. Alors, de grâce, cessons ce vacarme !

L’indépendance du Québec, c’est comme une nuit avec Diane Kruger. Le fait que la belle ne soit pas intéressée ne change rien à la beauté théorique de l’affaire. Pour tout dire, ça ne change même rien à la certitude de la félicité absolue de l’affaire. Alors on en parle. On s’imagine des choses. On fantasme. On reste secrètement amoureux de Diane Kruger, comme on reste toujours indépendantiste malgré la morne réalité fédérale, parce que c’est vrai qu’avec Diane Kruger, ce serait tellement mieux. Le hic, c’est qu’elle ne veut pas. Mais c’est parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle manque, nous dit Monière. Il faut la convaincre, trouver les bons arguments, nous dit Larose. Et le PQ de rouler sa pierre.

La vraie révolte ne serait-elle pas plutôt de trouver, comme Jean-Marc, le courage de renvoyer ce fantôme sur un bateau, puis de le regarder se dissoudre, à l’horizon ? On ne vainc l’absurde qu’en l’affrontant.

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