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Le Général de Gaulle, il y a 37 ans cette année, a présidé aux noces franco-québécoises avec un sens aigu d’un concept dont seuls les héritiers des vieilles nations apprécient pleinement l’importance : la durée. Car seule la constance vient à bout d’une tâche immense. - Louise Beaudoin 2004
             
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Arriver pour arriver
Jean-Luc Gouin
Tribune libre de Vigile
jeudi 22 février 2007      102 visites


(...) J’ai cinquante ans. J’ai l’âge de voter depuis 1974, et je suis indépendantiste - et un peu plus chaque jour depuis lors, si tant est que ce fût possible - depuis l’âge de seize ans. À l’échelle québécoise (de nombreuses gens, et pas seulement chez Gesca, disent plutôt : « à l’échelle provinciale »...), j’ai toujours accordé mes faveurs citoyennes au Parti Québécois. Or pour la première fois de mon existence, la chose ne m’apparaît plus évidente du tout. Et ce en dépit de l’amitié et du respect que j’éprouve pour la députée de la circonscription où j’habite actuellement, madame Agnès Maltais. Qui d’ailleurs y fait, je crois, un bon travail.

C’est que j’estime que le présent chef des forces de Libération du Québec constitue en lui-même un puissant handicap sur la voie de cette libération même. Aussi m’est-il d’avis que les partisans du Parti Québécois - en remettant à ce jeune homme sans vision et sans envergure (désolé, mais la langue de bois ce n’est pas pour moi...) les clés du seul parti politique susceptible à ce jour (mais celui-ci désire-t-il vraiment celle-là, voilà déjà une autre question aux avenues peu certaines...) de réaliser l’Indépendance du Québec - ont démontré aussi peu de jugement politique, de mon modeste avis, que l’ensemble de l’électorat québécois, quelques années plus tôt, en 2003, lorsque celui-ci s’est donné un Jean Charest comme « guide national ».

Comme des enfants, visiblement, nous nous octroyons des chefs pour le simple plaisir du changement. Des chefs, par ailleurs, qui semblent tout contents de gravir les sommets, mais qui très manifestement ne sont d’aucune manière investis d’un véritable sens de l’État. Pas même, au reste, d’un sens authentique du Québec quant à ce qui concerne, à tout le moins, notre actuel Premier ministre. Comme si gravir les échelons épuisait en soi le sens même de la démarche, et que l’objectif ne résidait nulle part ailleurs que dans le fait... d’arriver.

Or l’authentique chef d’État - un Charles de Gaulle, un René Lévesque, un Franklin Delano Roosevelt, un Winston Churchill, un Jean Lesage, un Jacques Parizeau, une Golda Meir ou un John F. Kennedy, un Lucien Bouchard aussi, sans doute, voire un Clemenceau, par exemple - est celui qui vise les sommets non pour y parvenir. Tout bêtement. C’est bien plutôt, au contraire, celui qui cherche à détenir ce pouvoir avec l’intention ferme, convaincante et convaincue de mettre en oeuvre un projet solide susceptible d’améliorer de manière substantielle la vie de l’ensemble de la collectivité qui, pour le coup, lui aura accordé sa confiance.

Or aujourd’hui, au Québec comme ailleurs (de George W. Bush à Jean Charest, ou Jean Chrétien il y a peu encore), il semblerait que nous soyons - nous, citoyens du monde - en panne sérieuse de femmes et d’hommes de cette nature (appelons-les : « individus historiques »), essentiels à l’évolution créatrice et positive des nations. Et c’est ainsi que nous retrouvons à la tête de nos sociétés des individus incultes, incompétents et fatalement irresponsables. Même lorsqu’ils sont, à l’occasion et pour ainsi dire par hasard, instruits d’une ou deux bonnes intentions.

En un mot : ce sont des criminels qui s’ignorent.

Car enfin, il est rien moins que criminel, en effet, que de vérifier à titre individuel le principe de Peter - sinon de John James, dans sa facture proprement québécoise - à l’aune de peuples entiers. Iceux joués une fois de plus sur le tapis vert de qui veut arriver. Pour arriver.

À la rigueur, dans le meilleur des cas, ils font parfois, ma foi, d’honorables gérants de succursale. Ces gérants qui, à l’exemple du « nôtre » actuellement, réclament haut et fort le droit inaliénable à l’aliénation : « ON N’EN VEUT PAS DE SOUVERAINETÉ !!! »*

Des gérants. Ou des provinciaux. C’est le même. Dans la tête d’abord et surtout. Le reste s’ensuit comme réaction en chaînes. Ces chaînes chéries, aux pieds et aux mains, que l’on présente avec empressement comme de véritables trophées de chasse.

Comme quoi si l’homme descend du singe, il n’a de cesse d’y remonter.

Comme si pour l’humanité la dignité se révélait désormais un trop grand, bien trop grand, poids à porter.**

Jean-Luc Gouin,

citoyen québécois, résidant de la circonscription de Taschereau en capitale nationale

22 février 2007

LePeregrin@yahoo.ca

* Discours de Jean Charest à Ste-Foy, 8 novembre 1998.

** www.vigile.net/00-4/jlg-miroir.html (article ancien sans être pour autant, je crois, suranné)

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