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Jean-Robert Sansfaçon
Éditorial - Le Devoir
jeudi 25 janvier 2007


L’entrée inattendue du chef du Parti québécois, André Boisclair, dans la campagne présidentielle française a provoqué une petite commotion au Canada anglais et à Paris. En commentant l’impair commis par la candidate socialiste, le Globe and Mail s’est exclamé : quels ingrats, ces Français, c’est ainsi qu’ils nous remercient pour les milliers de jeunes Canadiens morts sur leurs plages ? Pendant ce temps, au Québec, certains nationalistes rient dans leur barbe. Pourtant, ce qui vient de se produire ne risque-t-il pas de nuire davantage que de profiter à la cause souverainiste ?

Le chef de l’opposition à Québec, André Boisclair, a sans doute été le premier surpris d’entendre la candidate socialiste Ségolène Royal répondre à brûle-pourpoint à un journaliste en utilisant les termes « souveraineté » et « liberté » dans une même phrase. Était-ce un choix réfléchi ? Voulait-elle vraiment signifier son appui à la démarche souverainiste ou, plus simplement, reprendre des mots qu’on venait de lui mettre dans la bouche sans appréhender les conséquences ?

Quoi qu’il en soit, à Ottawa, on n’a pas tardé à répliquer en rappelant à Mme Royal qu’elle n’avait pas à s’ingérer dans les affaires canadiennes. Tant le premier ministre Stephen Harper que le chef libéral Stéphane Dion ont réagi, le premier fermement mais sobrement, le second de façon plus sarcastique, voire méprisante, à la manière des libéraux fédéraux du Québec depuis Pierre Elliott Trudeau. Une attitude qui, soit dit en passant, contribue certainement à la satisfaction et au plaisir ressentis spontanément par les Québécois francophones chaque fois que des dirigeants étrangers expriment leur sympathie envers le projet de souveraineté du Québec.

Hier, c’était au tour du candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, de recevoir André Boisclair. Contrairement à Mme Royal, M. Sarkozy a refusé de répondre aux questions des journalistes après la rencontre, qui a tout de même duré 45 minutes. Ce refus doit être analysé à la lumière des enjeux tactiques qui marquent la campagne présidentielle. Car si on ne sait pas trop ce que cet homme pense du Québec et du projet souverainiste, il n’est pas nécessaire d’être grand stratège pour recevoir son silence d’hier comme une réaction mûrement réfléchie à ce que la presse française a qualifié de « couac diplomatique » de Ségolène Royal. Ce silence, il signifiait ceci : « Moi, Sarko, je n’improvise pas, je sais ce que je fais ! »

Par un de ces paradoxes que seule la politique peut expliquer, c’était la meilleure réaction à laquelle André Boisclair pouvait s’attendre dans les circonstances. En effet, d’une part, le candidat Sarkozy ne pouvait pas répéter l’affirmation de son adversaire ni même reprendre la position historique de la droite française qui, depuis de Gaulle, a toujours été sympathique au nationalisme québécois ; d’autre part, il aurait été encore plus désastreux pour M. Boisclair que son hôte profite de la faiblesse de son adversaire pour l’attaquer en donnant son appui à un Canada uni ou en cassant du sucre sur le dos des souverainistes.

Maintenant que l’événement a eu lieu, on peut se demander ce qui a poussé le chef du PQ à vouloir rencontrer les candidats à la présidence en campagne électorale. S’imaginait-on, dans l’entourage de M. Boisclair, que ces deux adversaires se permettraient d’exprimer ouvertement leur appui à sa cause malgré le risque de s’attirer les foudres du Canada et d’une partie de la presse française à un moment critique de leur campagne électorale ?

Sans dramatiser outre-mesure, et même en reconnaissant que M. Boisclair vient de réussir en très peu de temps à se faire connaître des milieux politiques et médiatiques parisiens, il serait douteux que le chef du PQ se soit fait de nouveaux amis en s’immisçant de la sorte dans leur plan de match électoral.

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