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	<title>Vigile.net - Vadeboncoeur, Pierre</title>
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	<description>Le portail ind&#233;pendantiste du Qu&#233;bec</description>
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		<title>Vigile.net</title>
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		<title>Pas d'avenir sans pass&#233;</title>
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		<dc:date>2008-09-24T14:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Elias Levy - Voir - www.voir.ca</dc:creator>
		


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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton15198.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;143&quot; height=&quot;192&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		
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		<title> Le sauveur de l'esprit</title>
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		<dc:creator>Yvan Lamonde - Le Devoir (opinions)</dc:creator>
		


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		<description>Nous publions l'hommage qui a &#233;t&#233; lu hier soir &#224; l'occasion de la remise &#224; l'&#233;crivain et essayiste Pierre Vadeboncoeur de la M&#233;daille annuelle de l'Acad&#233;mie des lettres du Qu&#233;bec.</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Nous publions l'hommage qui a &#233;t&#233; lu hier soir &#224; l'occasion de la remise &#224; l'&#233;crivain et essayiste Pierre Vadeboncoeur de la M&#233;daille annuelle de l'Acad&#233;mie des lettres du Qu&#233;bec. - &lt;a href="http://www.vigile.net/Le-sauveur-de-l-esprit"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

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	<item>
		<title>Vadeboncoeur en v&#233;rit&#233;</title>
		<link>http://www.ledevoir.com/2008/08/30/203464.html</link>
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		<dc:date>2008-09-02T12:59:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Louis Cornellier - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>On appr&#233;ciera n&#233;anmoins ces r&#233;quisitoires, pleins de gravit&#233;, contre les Bush, Harper et Dumont qui corrompent le climat politique. Les textes les plus forts de ce recueil sont toutefois ceux, tr&#232;s justes, que Vadeboncoeur consacre &#224; la n&#233;cessit&#233; du Bloc qu&#233;b&#233;cois et &#224; l'urgence du (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton14836.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;207&quot; height=&quot;139&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;On appr&#233;ciera n&#233;anmoins ces r&#233;quisitoires, pleins de gravit&#233;, contre les Bush, Harper et Dumont qui corrompent le climat politique. Les textes les plus forts de ce recueil sont toutefois ceux, tr&#232;s justes, que Vadeboncoeur consacre &#224; la n&#233;cessit&#233; du Bloc qu&#233;b&#233;cois et &#224; l'urgence du r&#233;alisme dans le combat (...) - &lt;a href="http://www.ledevoir.com/2008/08/30/203464.html"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

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	<item>
		<title>Le philosophe-roi et le b&#339;uf de douleurs</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-philosophe-roi-et-le-boeuf-de</link>
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		<dc:date>2008-03-15T13:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Jean-Philippe Trottier</dc:creator>
		


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		<description>le Qu&#233;bec, pas ses d&#233;faites et ses replis successifs, s'est retrouv&#233; progressivement dans la situation du colonis&#233; avec son cort&#232;ge de cons&#233;quences : m&#233;pris de l'autre puis introjection de ce m&#233;pris envers soi-m&#234;me qui devient automatisme, illusion que l'autre d&#233;tient les cl&#233;s (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Pour venir &#224; ce que vous ne go&#251;tez, allez par o&#249; vous ne go&#251;tez. Pour venir &#224; ce que vous ne savez, allez par o&#249; vous ne savez. Pour arriver &#224; ce que vous ne poss&#233;dez, allez par o&#249; vous n'avez rien. &#187;&lt;br&gt;
saint Jean de la Croix, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Mont&#233;e du Carmel&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les pharisiens ne pardonneront jamais &#224; ma po&#233;sie d'avoir eu honte AVEC tous, en esprit et en v&#233;rit&#233;, au lieu DE tous. &#187;&lt;br&gt;
Gaston Miron, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Notes sur le non-po&#232;me et le po&#232;me&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les &#233;motions et les r&#234;ves joueront encore un r&#244;le dans l'action individuelle, car m&#234;me chez l'homme moderne la superstition motive puissamment les actes. &#187; &lt;br&gt;
Pierre Elliott Trudeau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;F&#233;d&#233;ralisme, nationalisme et raison&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne fran&#231;ais au Canada, ou le Qu&#233;bec pour les fins de ce texte, suscite continuellement des r&#233;actions disproportionn&#233;es par rapport au sujet trait&#233;. Qu'il s'agisse des vitup&#233;rations de la presse anglaise, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;National Post&lt;/i&gt; en t&#234;te, de la hargne m&#234;l&#233;e d'envie de bon nombre de Canadiens anglais, de la grandiloquence creuse de certaines de nos &#233;lites qu&#233;b&#233;coises ou encore de cette &#171; ouverture d'esprit &#187; dont font preuve tellement de francophones qui passent directement &#224; l'anglais lorsque leurs interlocuteurs tr&#233;buchent en fran&#231;ais, force est de constater que peu de gens aiment faire face &#224; cette &#171; patate chaude &#187;, car la question qu&#233;b&#233;coise se r&#233;sume souvent &#224; une question de lancinante douleur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Portrait-du-colonise-Portrait-du&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;En &#233;crivant le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Portrait du colonis&#233;&lt;/i&gt;, Albert Memmi&lt;/a&gt; remarquait fort justement que ce n'est pas le colonisateur qui cr&#233;e le colonis&#233;, ou vice-versa, mais que c'est la situation coloniale qui cr&#233;e les deux. 1 Or le Qu&#233;bec, pas ses d&#233;faites et ses replis successifs, s'est retrouv&#233; progressivement dans la situation du colonis&#233; avec son cort&#232;ge de cons&#233;quences : m&#233;pris de l'autre puis introjection de ce m&#233;pris envers soi-m&#234;me qui devient automatisme, illusion que l'autre d&#233;tient les cl&#233;s de la lib&#233;ration du colonis&#233; ou qu'il est mieux plac&#233; que ce dernier dans l'absolu. Cette situation s'est tout naturellement impos&#233;e comme le cadre de r&#233;f&#233;rence implicite en fonction duquel les deux parties se d&#233;finissent : si je ne suis pas colonis&#233;, je suis forc&#233;ment colonisateur (ou vice-versa) et pour sortir de cette condition, je dois in&#233;luctablement devenir comme mon &#171; agresseur &#187;, selon un sch&#233;ma que Freud a tr&#232;s bien explicit&#233; et auquel Hannah Arendt a apport&#233; un autre &#233;clairage avec ses lumineuses remarques sur le paria et le parvenu, reprises au Qu&#233;bec par des intellectuels comme Hubert Guindon ou St&#233;phane Kelly. L'identit&#233; &#233;tant d&#233;termin&#233;e d&#232;s l'enfance par des facteurs psychologiques, familiaux et sociaux, l'individu se trouve pour ainsi dire pris en &#233;tau de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. N&#233;vros&#233;, juif europ&#233;en du XIXe si&#232;cle ou Canadien (fran&#231;ais ou anglais), cet individu vit dans un monde clos et bipolaire o&#249; l'autre est d&#233;fini comme le contraire de cet individu et non comme l'autre, c'est-&#224;-dire radicalement autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du fait qu'il n'existe a priori pas de troisi&#232;me voie, l'alternative qui se pose au Qu&#233;bec est donc : si je m'identifie au colonisateur, je perds mon identit&#233; ; si &#224; l'inverse je m'identifie au colonis&#233;, je me replie et glisse insensiblement dans une douce torpeur amn&#233;sique, rencontrant &#224; l'occasion une rage indicible que je m'empresse de juguler faute de pouvoir l'&#233;laborer dans une expression politique claire et durable. Dans les deux cas, je me diminue. Comment donc faire face &#224; ces d&#233;terminismes et s'abstraire de cette dichotomie, surtout lorsque ces deux comportements sont commod&#233;ment maquill&#233;s des vocables &#171; r&#233;alisme &#187; dans le premier cas et &#171; tol&#233;rance &#187; dans le second ? Car &#224; ce jeu de r&#244;les, ne l'oublions pas, il ne faut jamais appeler un chat un chat. Le parvenu n'est pas un parvenu, ni le paria un paria. Sinon, c'est la fin du jeu, les masques que l'on croyait immuables et naturels tombent, les syst&#232;mes identitaires tant du colonisateur que du colonis&#233; s'effondrent et on voit s'ouvrir la vertigineuse b&#233;ance de la culpabilit&#233; et du ressentiment. Chaque joueur se retrouve en bout de ligne face &#224; ce qu'il est mais dont il ne reconna&#238;t pas la forme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Deux personnalit&#233;s ont illustr&#233; deux attitudes possibles face &#224; cette d&#233;routante ambivalence du colonis&#233; qui se sait tel : Pierre Elliott Trudeau et Gaston Miron. Un politicien et un po&#232;te. Nous n'&#233;voquerons pas le militantisme de Miron m&#234;me s'il est difficile de dissocier ce r&#244;le du pr&#233;c&#233;dent et nous nous attarderons aux deux hommes plut&#244;t qu'&#224; leurs prolongements &#171; officiels &#187; avec les risques inh&#233;rents &#224; l'interpr&#233;tation. En effet, la question de l'identit&#233;, qu&#233;b&#233;coise comme n'importe quelle autre, est avant tout et substantiellement affaire d'amour et d'adh&#233;sion (ou de r&#233;pulsion) qui se prolonge ensuite dans un discours, un engagement, une vie. Il est d'ailleurs symptomatique qu'au Canada il soit si difficile de parer cette question autrement que des oripeaux constitutionnels, juridiques ou chartistes (avec commissions et experts), tant le pays croit s'&#234;tre trouv&#233; un point d'Archim&#232;de baptismal avec la Charte des droits et libert&#233;s. On fait donc semblant de discuter et les probl&#232;mes font semblant d'&#234;tre r&#233;solus. Le sacro-saint essentiel &#233;tant que les affaires courantes ne soient pas trop boulevers&#233;es et que l'intendance g&#233;n&#233;rale du pays continue &#224; &#234;tre bien huil&#233;e. Les choses sont pourtant plus simples mais plus douloureuses.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'on consid&#232;re que le Canada est une soci&#233;t&#233; paisible et riche mais aux id&#233;aux flous et encore peu d&#233;finis du fait de son statut encore r&#233;cent de colonie britannique tiraill&#233;e entre l'ancienne m&#233;tropole ou le puissant voisin du Sud, on comprend d'autant plus le &#171; scandale &#187; identitaire que pose le Qu&#233;bec. Dans son ouvrage &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lament for a Nation&lt;/i&gt;, le philosophe George Grant avait bien remarqu&#233; que s'il y avait identit&#233; culturelle et enracinement au pays, c'&#233;tait bien l&#224; et non ailleurs. 2 C'est un lieu o&#249; il y a eu un id&#233;al et son articulation dans le catholicisme. Seulement, cet id&#233;al n'a pas eu le temps de bien s'affermir ni b&#233;n&#233;fici&#233; des circonstances pour ce faire. Les assauts conjugu&#233;s du colonialisme anglo-saxon, de l'am&#233;ricanisation puis de la modernit&#233; lui ont donn&#233; de s&#233;rieuses contusions et la R&#233;volution tranquille, n&#233;cessaire et r&#233;ussie &#224; bien des &#233;gards, n'a pas su maintenir l'enthousiasme personnaliste dans lequel elle &#233;tait n&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a eu id&#233;al puis d&#233;possession et c'est ce qui explique les deux r&#233;actions-types incarn&#233;es par Trudeau et Miron. Trudeau, dont Andr&#233; Laurendeau remarquait finement qu'&#171; il a beau couper et s&#233;parer, sa volont&#233; m&#234;me de rupture indique &#224; quel point il se sent solidaire de ce pass&#233; encore proche. Il est un Canadien fran&#231;ais d&#233;&#231;u des siens. Son enqu&#234;te l'a mis en pr&#233;sence d'un &#171; monolithisme &#187;, qu'intellectuellement il repousse mais qui le blesse dans son &#234;tre m&#234;me ; je crois qu'il a honte d'avoir de tels p&#232;res. &#187; 3 Cette caract&#233;risation, rapport&#233;e par St&#233;phane Kelly dans son ouvrage &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Fins du Canada&lt;/i&gt;, tranche avec la phrase de Miron cit&#233;e au d&#233;but : &#171; Les pharisiens ne pardonneront jamais &#224; ma po&#233;sie d'avoir eu honte AVEC tous, en esprit et en v&#233;rit&#233;, au lieu DE tous. &#187; 4 Nous sommes au fond en pr&#233;sence de deux antipodes, le premier qui propose le rev&#234;tement d'un id&#233;al &#171; par au-dessus &#187; et le second, une restauration &#171; par en dessous &#187; ou &#171; par en de&#231;&#224; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On sait que Trudeau s'est tr&#232;s vite identifi&#233; au monde de sa m&#232;re anglo-&#233;cossaise au d&#233;triment de l'influence paternelle francophone. On pourrait m&#234;me sugg&#233;rer qu'il a investi le premier de l'&#233;nergie qu'il mettait &#224; renier le second. Comme le dit Kelly, &#171; p&#233;riple autour de la plan&#232;te, travers&#233;e du pays en canot, exploits sportifs, go&#251;t du risque, extravagance vestimentaire. Cette propension &#224; choquer, &#224; &#233;pater le bourgeois, devint plus tard sa marque de commerce en politique. &#187; 5 Sa haine visc&#233;rale et irrationnelle du nationalisme, sans doute assimil&#233; de fa&#231;on archa&#239;que au monde paternel et &#224; celui de l'&#233;motion et de la superstition, doit sa th&#233;orisation entre autres &#224; l'historien britannique du XIXe si&#232;cle Lord Acton qui voyait dans l'&#201;tat-nation la garantie de l'intol&#233;rance et de la suppression des libert&#233;s individuelles au profit du groupe ethnique dominant (alors que la coexistence de plusieurs nations dans un m&#234;me &#201;tat permettrait au contraire une saine &#233;mulation et un rayonnement b&#233;n&#233;fique des races sup&#233;rieures sur les autres&#8230;). Philosophiquement et moralement personnaliste dans le sillage de Maritain et de Mounier, du moins au d&#233;but, Trudeau consid&#233;rait que l'homme est un absolu dot&#233; d'une conscience libre, de droits et de libert&#233;s fondamentaux et aussi d'un r&#244;le social. Ceci est tr&#232;s bien r&#233;sum&#233; dans ses &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;moires politiques&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Que l'&#234;tre humain devait rester libre de choisir sa destin&#233;e propre devint pour moi une certitude et l'un des piliers de la pens&#233;e politique dont (sic) je travaillais &#224; me doter&#8230; Mais gr&#226;ce &#224; deux penseurs fran&#231;ais, Jacques Maritain et Emmanuel Mounier, je ne devais jamais adh&#233;rer &#224; la doctrine du lib&#233;ralisme absolu&#8230; C'est l&#224; (en France) que je suis devenu adepte du personnalisme, une philosophie qui r&#233;concilie l'individu avec la soci&#233;t&#233;. La personne, selon ces deux ma&#238;tres, c'est l'individu enrichi d'une conscience sociale, int&#233;gr&#233; &#224; la vie des communaut&#233;s ambiantes et au contexte &#233;conomique de son temps, lesquels doivent &#224; leur tour donner aux personnes les moyens d'exercer leur libert&#233; de choix. C'est ainsi que dans ma pens&#233;e la notion fondamentale de justice vint s'ajouter &#224; celle de libert&#233;. &#187; 6&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Trudeau a litt&#233;ralement fascin&#233; le Canada, tant anglais que fran&#231;ais, avec cette intelligence peu commune (n'oublions pas que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fascinum&lt;/i&gt; en latin veut dire enchantement, sortil&#232;ge). Seulement, il donne l'impression d'avoir incarn&#233; un id&#233;al humain par r&#233;action &#224; la m&#233;diocrit&#233;, au sentimentalisme, &#224; la sensibilit&#233; magique qu'il percevait de son &#233;poque et de son milieu. Cette tension entre les mondes maternel et paternel, cette morgue de superman &#224; la Montherlant, cette insolence surr&#233;aliste &#224; la Salvador Dali, ce z&#232;le furieux de r&#233;formateur &#224; la Savonarole, ce brio teint&#233; de m&#233;pris, ces formules percutantes, se sont traduits par la volont&#233; de cr&#233;er un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;homo canadiensis&lt;/i&gt; auquel beaucoup de Canadiens se sont identifi&#233;s par un d&#233;sir de grandeur qui leur manquait soudainement apr&#232;s le d&#233;clin de l'Empire britannique. Bien des Qu&#233;b&#233;cois l'ont rejet&#233; (et d'autres dans l'Ouest du pays), exception faite de ceux qui pouvaient s'&#171; augmenter &#187; par cette identification (rappelons ici le tourment identitaire du paria qui ne peut aspirer qu'&#224; devenir parvenu, d'apr&#232;s Arendt). Et c'est ce rejet qu'il convient de comprendre, non pas tant comme incapacit&#233; &#224; s'extraire de la tourbe m&#233;diocre mais comme signe que cet id&#233;al est condamn&#233;, &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, &#224; s'effondrer. Car ce dernier propose une universalit&#233; priv&#233;e d'incarnation dans un terreau, dans une tradition locale. Au lieu de fonder son pr&#233;sent dans un pass&#233;, cet id&#233;al fait subtilement l'inverse en glorifiant un pass&#233; selon un d&#233;sir pr&#233;sent. C'est un r&#234;ve de splendeur impossible car le Canada, terre de compromis et de gens simplement honn&#234;tes, n'est pas un pays de splendeur, du moins pas encore. Cette derni&#232;re remarque est corrobor&#233;e en grande partie par le fait que nombre de nos &#233;lites, tant qu&#233;b&#233;coises que canadiennes, dirigent la plupart du temps leurs regards vers leurs m&#232;res-patries respectives ou les Etats-Unis, perp&#233;tuant tout en la niant la dichotomie colonis&#233;-colonisateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ici que le &#171; cas &#187; Miron intervient. Ici, point de lustre ni de gloire. Des origines sociales assez modestes. Des &#233;tudes chez les fr&#232;res. Mort du p&#232;re au d&#233;but de l'adolescence. La lecture de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cit&#233; libre&lt;/i&gt; qui lui fait comprendre qu'&#171; on peut refuser le monde, le mettre en cause &#187;. Influence de Mounier et du personnalisme. Mounier et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cit&#233; libre&lt;/i&gt;, comme chez Trudeau&#8230; Un engagement politique mais une absence de jactance ; plut&#244;t un sentiment de lourdeur, d'ali&#233;nation et d'inad&#233;quation. Voire de maladresse. Pierre Vadeboncoeur dira de lui que ce n'&#233;tait pas un liquidateur au sens de Borduas (&#171; Philosophiquement, il ne se dresse pas contre quelque chose &#187; 7).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Miron souffre cruellement de constater qu'il fait partie d'une soci&#233;t&#233; colonis&#233;e. Mais au lieu de chercher consolation en s'abstrayant dans les grands moralistes ou la tradition britannique, il creusera cette douleur, cette incapacit&#233; proprement qu&#233;b&#233;coise, fid&#232;le en cela &#224; &#171; ce respect de paysan pour son ascendance et pour la terre, qui est aussi un trait d'humilit&#233; (le mot le dit) &#187;, selon les termes de Vadeboncoeur. 8 Et c'est l&#224; toute la diff&#233;rence avec Trudeau. Miron, disciple d'une m&#233;thode au sens o&#249; l'entendent les mystiques, c'est-&#224;-dire partir du connu pour aller vers l'inconnu en assumant la nuit obscure. Trudeau, disciple de la repr&#233;sentation, de la peinture dont Pascal disait qu'&#171; elle attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire point les originaux. &#187; 9 Syst&#232;me ouvert, syst&#232;me clos.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je suis malheureux plein ma carrure, je saccage&lt;br&gt; la rage que je suis, l'amertume que je suis&lt;br&gt; avec ce boeuf de douleurs qui souffle dans mes c&#244;tes &#187; 10&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Miron, avec beaucoup de courage, utilise ce qui est sien en propre, c'est-&#224;-dire &#171; ce b&#339;uf de douleurs &#187;. Il &#171; marche dans son manque de mots et de pens&#233;es &#187;. 11 C'est tout ce qu'il conna&#238;t et il doit bien faire avec. On saisit ici la port&#233;e de la phrase cit&#233;e au d&#233;but du texte. Avoir honte AVEC ou avoir honte DE. Trudeau repr&#233;sente la seconde r&#233;action et s'est d&#233;marqu&#233; de ses semblables en cherchant &#224; les r&#233;former par la suite, un peu &#224; la fa&#231;on du philosophe de Platon qui s'arrache du monde illusoire de la caverne pour contempler le monde des Id&#233;es et ensuite revenir chez les hommes et faire &#339;uvre de philosophe-roi. C'est d'ailleurs le sens de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; : le philosophe peut-il s'ins&#233;rer sans risquer sa vie dans une cit&#233;, forc&#233;ment hostile &#224; la sagesse car elle est englu&#233;e dans l'illusion ? Oui, &#224; condition qu'il soit roi et r&#233;forme la cit&#233;. C'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt; le parcours de Trudeau, qui, quittant l'abjection ambiante, contemple le ciel des id&#233;es personnalistes fran&#231;aises et lib&#233;rales britanniques et redescend dans l'ar&#232;ne politique. Au passage, il n'a pas su discerner ce que cachait au Qu&#233;bec le sentimentalisme teint&#233; de grandiloquence dont il avait fait le diagnostic, d&#233;capant et n&#233;anmoins juste. Il y a une blessure et le sentiment d'un id&#233;al perdu (donc retrouvable par l'&#233;laboration de la douleur) qui semblent avoir &#233;chapp&#233; &#224; Trudeau : il pr&#233;f&#233;rera &#224; cette f&#234;lure de l'&#226;me une universalit&#233; fond&#233;e sur sa propre conscience, avec le risque d'abstraction que cela suppose. Une remarque tir&#233;e des m&#234;mes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;moires politiques&lt;/i&gt; est assez &#233;clairante :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; R&#233;concilier la pr&#233;destination, la toute-puissance de Dieu avec la libert&#233; humaine me pr&#233;occupait bien davantage que la notion de p&#233;ch&#233; originel. Certains j&#233;suites me soup&#231;onnaient m&#234;me de protestantisme clandestin&#8230; surtout parce que je posais ma conscience comme dernier tribunal d'appel&#8230; &#187; 12&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il serait injuste de pr&#233;tendre, &#224; la suite de bien des Qu&#233;b&#233;cois, que ce dernier ait &#233;t&#233; simplement aveugl&#233; par son m&#233;pris envers une partie de ses origines ; il n'a seulement pas vu au-del&#224; car c'&#233;tait aborder le domaine gluant et incertain de l'&#233;motivit&#233; (voir la citation du d&#233;but). La moralit&#233; du Qu&#233;b&#233;cois dans la sph&#232;re priv&#233;e en contraste avec l'immoralisme de la vie publique, l'ignorance du peuple, la corruption des fonctionnaires, le complexe du wigwam sont des traits qu'il relevait, sans se priver par la m&#234;me occasion de souligner les tares du Canada anglais. Mais il s'est pos&#233; en s&#233;duisant thaumaturge dans une situation qui demandait davantage une restauration qu'une r&#233;forme. D&#233;nigrant ce d&#233;nuement, il a cherch&#233; &#224; imposer plut&#244;t qu'&#224; r&#233;tablir une dignit&#233;. En termes religieux, une conscience individuelle comme ultime arbitre du bien et du mal plut&#244;t que l'acceptation du p&#233;ch&#233; originel et une tentative de r&#233;demption. La diff&#233;rence est grande.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons &#233;voqu&#233; un travail de douleur que Trudeau n'a pas entrepris, travail de l'artisan qui apprivoise une mati&#232;re r&#233;tive en s'en faisant l'esclave au pr&#233;alable, au sens o&#249; le philosophe Francis Bacon disait que pour dominer la nature, il fallait d'abord lui ob&#233;ir ; c'est Miron qui l'a fait. Par travail, nous entendons &#233;laboration d'un mat&#233;riau de base. &#201;laboration, ou mieux encore, d&#233;veloppement. La musique permet de comprendre ce terme. Ainsi, dans une sonate entend-on au d&#233;part un ou deux th&#232;mes qui d&#233;finissent l'&#339;uvre et indiquent son potentiel formel. Le d&#233;veloppement est la section qui suit et fait entendre des cellules m&#233;lodiques ou rythmiques du ou des th&#232;mes initiaux. On a l'impression de perdre le fil, l'unit&#233; de l'&#339;uvre. C'est le moment o&#249; tout est disloqu&#233;, o&#249; les th&#232;mes ont explos&#233; et o&#249; l'on recherche une unit&#233; d'&#234;tre perdue. Le terme allemand est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Durchf&#252;hrung&lt;/i&gt; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;durch&lt;/i&gt;, &#224; travers ; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;f&#252;hren&lt;/i&gt;, diriger, guider) et traduit bien ce processus de t&#226;tonnement, d'itin&#233;rance avec des lambeaux pour tout fil d'Ariane. C'est une section harmoniquement instable, pleine de surprises et qui pr&#233;pare le retour du d&#233;but, stable et non modulant, mais sous une forme autre.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; comment me retrouver labyrinthe &#244; mes yeux &#187; 13&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;ou encore&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le plus souvent ne sachant o&#249; je suis ni pourquoi&lt;br&gt; je me parle &#224; voix basse voyageuse &#187; 14&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est le moment du deuil.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un truisme vient ici &#224; l'esprit : s'il y a deuil et douleur, il y a bien quelque chose &#224; pleurer (il y a eu un th&#232;me musical qui a disparu). Autrement, pour paraphraser un peu grossi&#232;rement Pascal, que Miron se console, il ne chercherait pas s'il n'avait trouv&#233;. Seulement, et comme l'exprimait fort justement G.-Andr&#233; Vachon, &#171; dans ce pays sans p&#232;res, les nouveaux po&#232;tes doivent cr&#233;er &#224; la fois l'&#233;cart et la norme. Personne ne peut savoir, pour eux, s'ils sont sur la voie du salut, ou s'ils se trompent ; et ils commencent &#224; deviner que leur salut est &#224; la mesure de leur perdition&#8230; Miron n'avait d'autre ressource que d'&#234;tre son propre p&#232;re. &#187; 15 On le voit, Trudeau trouve en fin de compte une paternit&#233; et une langue dans une tentative de s&#233;duction dans la splendeur alors que Miron avance&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; avec les maigres mots frileux de mes h&#233;ritages&lt;br&gt; avec la pauvret&#233; natale de ma pens&#233;e rocheuse &#187; 16&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le risque &#233;tait autrement plus &#233;lev&#233; chez Miron car il fallait cr&#233;er l'&#233;cart et la norme, &#234;tre le premier p&#232;re et non le fils adoptif d'un beau-p&#232;re ou d'un oncle. On ne peut s'emp&#234;cher ici de penser &#224; Hamlet, cherchant &#224; r&#233;tablir une filiation avec un p&#232;re assassin&#233;, donc absent, et qui refuse la filiation par procuration offerte &#224; la faveur de l'usurpation du tr&#244;ne par Claudius, fr&#232;re du d&#233;funt. Pour Miron comme pour Hamlet, il fallait partir du fant&#244;me du p&#232;re, de ce qui semblait n'&#234;tre rien, sans plans, dans un vertige moral de constante invention. D'o&#249; les fr&#233;quents arr&#234;ts d'&#233;criture chez le po&#232;te qui sentait bien que son expression n'&#233;tait pas vraiment la sienne, qu'il parlait un langage fauss&#233;, ali&#233;n&#233;. De fr&#233;quents arr&#234;ts pour que silence se fasse et que surgisse peut-&#234;tre une parole et une langue nouvelle. Ce fut un processus d&#233;chirant dans lequel la douleur &#233;tait la meilleure conseill&#232;re car, comme le dit famili&#232;rement la psychanalyse, c'est l&#224; o&#249; &#231;a r&#233;siste que &#231;a avance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Miron a op&#233;r&#233; une r&#233;demption et a ainsi &#233;vit&#233; l'&#233;cueil trop fr&#233;quemment rencontr&#233; de la victimisation. Il s'est servi de sa douleur comme d'un moteur, non comme d'une ancre ou d'un instrument de s&#233;duction. Il a compris le c&#244;t&#233; terne et lancinant de la peine, son incommunicabilit&#233;, son aspect naturellement repoussant. Ce passage dans le jardin de Geths&#233;mani ne lui a au fond laiss&#233; aucun choix sinon de traverser et de trouver une lumi&#232;re. C'est le sens de la citation de saint Jean de la Croix plac&#233;e en t&#234;te du texte, &#171; pour arriver &#224; ce que vous ne poss&#233;dez, allez par o&#249; vous n'avez rien. &#187; 17 Et c'est en ce sens que cette d&#233;marche est porteuse de tant de possibilit&#233;s pour l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise. Elle ouvre la voie &#224; un discours que l'on n'entend pas, tant chez les f&#233;d&#233;ralistes que chez les nationalistes, un discours qui fait de la souffrance et de l'id&#233;al retrouv&#233; (mais sous une autre forme) des sujets universalisables et dignes de respect. Le m&#233;pris perd ainsi son aiguillon et son pouvoir castrant. Le colonis&#233; est sorti de la situation coloniale et le colonisateur, n'ayant plus de vis-&#224;-vis sur lequel fonder son propre r&#244;le, est bien oblig&#233; d'abandoner lui aussi ce jeu pervers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne peut pas ne pas prendre Miron au s&#233;rieux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rappelons ces merveilleux vers de T.S Eliot, tir&#233;s des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quartets&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;History may be servitude,&lt;br&gt; History may be freedom. See, now they vanish,&lt;br&gt; The faces and places, with the self which, as it could, loved them,&lt;br&gt; To become renewed, transfigured, in another pattern.&quot; 18&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est cela que Miron a fait. Il a aim&#233;, comme il l'a pu, ces visages et ces lieux malgr&#233; leur pauvret&#233; et leur maigreur. Cherchant en de&#231;&#224; de sa rage, de sa d&#233;tresse, il a vu au-del&#224; de ces visages et de ces lieux ; par son chant, il les a transfigur&#233;s pour en faire une nouvelle r&#233;alit&#233;. Les quelques vers qui suivent montrent bien &#224; quel point il &#233;tait conscient de cette carence. Il savait qu'il fallait l'assumer.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Voici mes genoux que les hommes nous pardonnent&lt;br&gt; nous avons laiss&#233; humilier l'intelligence des p&#232;res&lt;br&gt; nous avons laiss&#233; la lumi&#232;re du verbe s'avilir&lt;br&gt; jusqu'&#224; la honte et au m&#233;pris de soi dans nos fr&#232;res&lt;br&gt; nous n'avons pas su lier nos racines de souffrance&lt;br&gt; &#224; la douleur universelle dans chaque homme raval&#233; &#187; 19&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il finit son po&#232;me par ces mots :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'avenir d&#233;gag&#233;&lt;br&gt;
l'avenir engag&#233; &#187; 20&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'avenir d&#233;gag&#233;, autrement dit l'&#233;cart, l'avenir engag&#233;, ou la norme dont parle G.-A. Vachon. Travail de deuil, travail de responsabilit&#233;, travail de libert&#233;, travail de paternit&#233;. &#171; Pour arriver &#224; ce que vous ne poss&#233;dez, allez par o&#249; vous n'avez rien. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette d&#233;marche est modeste mais infiniment plus riche pour l'&#234;tre qu&#233;b&#233;cois car elle se fonde sur une r&#233;alit&#233; sans s'abstraire dans de grandes formules ou se consoler dans un d&#233;nigrement de bon ton. Elle fonde une exp&#233;rience au plus creux de chacun alors que la d&#233;finition de l'homme imprim&#233;e par Trudeau (et fig&#233;e depuis la r&#233;forme de 1982) propose une utopie individualiste fond&#233;e sur une vision strictement politique et non culturelle de l'homme, et vou&#233;e pour cela &#224; la dislocation du corps social. Par culturel nous entendons ce qui se r&#233;f&#232;re &#224; une collectivit&#233;, &#224; un id&#233;al partag&#233; qui trouve son expression dans une tradition, laquelle tire du pass&#233; sa l&#233;gitimit&#233; et son pouvoir l&#233;gitimant et s'incarne de fa&#231;on organique dans cette collectivit&#233; pour lui permettre de se projeter dans l'avenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Terminons avec une histoire du Nouveau Testament, celle des disciples d'Emma&#252;s. Apr&#232;s la crucifixion du Christ, ces deux disciples ont perdu celui qui incarnait leur id&#233;al. Ils sont d&#233;boussol&#233;s. Ils rencontrent &#224; Emma&#252;s un homme qui vient vers eux. Ils discutent des tristes &#233;v&#233;nements puis, arriv&#233;s &#224; une auberge, cet homme prend le pain, le b&#233;nit, le rompt et le leur donne. Les deux disciples comprennent que c'est le Christ, mais sous une autre forme. C'est ce que l'abb&#233; Pierre appelait la d&#233;sillusion enthousiaste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notes&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1.	Memmi, Albert, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Portrait du colonis&#233;&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, L'&#201;tincelle, 1972&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2.	Grant, George, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lament for a Nation&lt;/i&gt;, Ottawa, McGill-Queen's University Press, Carleton Library Series, 1965&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3. Kelly, St&#233;phane, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Fins du Canada&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;ditions du Bor&#233;al, 2001, p. 196&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 Miron, Gaston, Notes sur le non-po&#232;me et le po&#232;me, inclus dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Homme rapaill&#233;&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Les Presses de l'Universit&#233; de Montr&#233;al, 1970, p. 129&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5.	Kelly, St&#233;phane, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 188&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6.	Trudeau, Pierre-Elliott, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;moires politiques&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Le Jour, 1993, p. 46&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7.	Vadeboncoeur, Pierre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233; improvis&#233;e&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;ditions Bellarmin, 2000, p. 39&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8.	Vadeboncoeur, Pierre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 41&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9.	Pascal, Blaise, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, Paris, Garnier Fr&#232;res, 1960, pens&#233;e 134, pp. 108-109.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10.	Miron, Gaston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Homme rapaill&#233;&lt;/i&gt;, p. 53&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;11.	Miron, Gaston, op. cit., p. 81&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;12.	Trudeau, Pierre-Elliott, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit&lt;/i&gt;., pp. 45-46&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;13.	Miron, Gaston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit&lt;/i&gt;.,p. 81&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;14.	Miron, Gaston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 58&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15.	Vachon, G.-Andr&#233;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gaston Miron ou l'invention de la substance, inclus dans L'Homme rapaill&#233;&lt;/i&gt;, pp. 136-137.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;16.	Miron, Gaston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 77&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;17.	Saint Jean de la Croix, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Mont&#233;e du Carmel&lt;/i&gt;, cit&#233; dans Jean-Paul II, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Entrez dans l'Esp&#233;rance&lt;/i&gt;, Paris, Plon-Mame, 1994, p. 143.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;18.	Eliot, Thomas Stearns, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Four Quartets, Little Gidding&lt;/i&gt;, Londres, The Folio Society, 1968, p. 51&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;19.	Miron, Gaston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 62&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;20.	Miron, Gaston, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 62&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; (no 257 / volume 44 / num&#233;ro 3 / septembre 2002)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Vadeboncoeur, moderne irr&#233;ductible</title>
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		<dc:creator>Michel Lapierre - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>En pr&#233;sentant, sous le titre Une tradition d'emportement, une anthologie des &#233;crits les plus anciens de Pierre Vadeboncoeur, n&#233; dans l'&#238;le de Montr&#233;al en 1920, Yvan Lamonde et Jonathan Livernois avouent avoir d&#251; se lancer dans &#171; un long plaidoyer aupr&#232;s de l'auteur pour lui (...)</description>

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;En pr&#233;sentant, sous le titre Une tradition d'emportement, une anthologie des &#233;crits les plus anciens de Pierre Vadeboncoeur, n&#233; dans l'&#238;le de Montr&#233;al en 1920, Yvan Lamonde et Jonathan Livernois avouent avoir d&#251; se lancer dans &#171; un long plaidoyer aupr&#232;s de l'auteur pour lui faire voir &#8212; parfois &#224; son corps d&#233;fendant (...) - &lt;a href="http://www.vigile.net/Vadeboncoeur-moderne-irreductible"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Ce qui arriverait en demeurant dans le Canada, ce qui arrive, ce qui a constamment tendance &#224; arriver, c'est la domination d'une partie sur l'autre. Historiquement, &#231;a a &#233;t&#233; cela, le Canada.</title>
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		<title>Les fr&#232;res ennemis - R&#233;volutionnaire et ardent s&#233;paratiste</title>
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		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Nadeau - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>Dans une nouvelle biographie &#224; para&#238;tre la semaine prochaine, on d&#233;couvre, &#224; travers des documents souvent in&#233;dits, un jeune Pierre Elliott Trudeau &#233;pris d'une pens&#233;e d'extr&#234;me droite r&#233;volutionnaire et m&#234;me un ardent s&#233;paratiste p&#233;tri de principes catholiques ! Ren&#233; L&#233;vesque et (...)</description>

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