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	<title>Vigile.net - R&#233;f&#233;rendum 1995 - Parizeau - Argent et votes ethniques</title>
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	<description>Le portail ind&#233;pendantiste du Qu&#233;bec</description>
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		<title>Le probl&#232;me du Qu&#233;bec - Une crise d'adolescence qui se prolonge</title>
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		<dc:date>2007-12-15T20:26:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Paul-&#201;mile Roy - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>Le temps n'est pas &#224; la fiert&#233; mais il devrait &#234;tre &#224; la lucidit&#233; et &#224; la fermet&#233;. Ne me parlez pas de fiert&#233;, mais de d&#233;termination, de volont&#233; d'ind&#233;pendance, de d&#233;fis &#224; relever. C'est lorsque nous nous serons pris en main que nous aurons raison d'&#234;tre fiers. (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;8 - Le probl&#232;me du Qu&#233;bec - Une crise d'adolescence qui se prolonge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vigile&lt;/i&gt; a publi&#233; r&#233;cemment quelques textes de moi sur le Qu&#233;bec dans le contexte du d&#233;bat encadr&#233; par la Commission Bouchard-Taylor. L'accueil sympathique accord&#233; &#224; ces textes ainsi que l'encouragement de quelques amis m'ont d&#233;cid&#233; &#224; publier les pages suivantes qui forment le huiti&#232;me chapitre d'un livre sur la chr&#233;tient&#233; et l'av&#232;nement de la modernit&#233; que j'esp&#232;re publier dans les mois qui viennent. La conviction qui m'habite, c'est qu'il n'est pas suffisant d'effleurer les questions qui se posent &#224; notre esprit. Il faut d&#233;passer le d&#233;foulement, les impressions vagues et la censure que nous impose une rectitude politique asphyxiante, et replacer les questions et les probl&#232;mes dans un contexte plus large. Je remercie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vigile&lt;/i&gt; de son hospitalit&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les nations sont un peu comme les individus. Elles naissent, elles ont leur enfance, leur adolescence, leur maturit&#233;, leur mort. Il est bien des nations de l'Antiquit&#233; qui sont disparues &#224; jamais. D'autres, comme la nation fran&#231;aise ou la nation am&#233;ricaine, pour n'en nommer que deux, sont &#224; leur apog&#233;e. Tiendront-elles le coup devant l'&#233;veil des grandes puissances asiatiques ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec, que m&#234;me le F&#233;d&#233;ral reconna&#238;t comme nation, s'appelait d'abord la Nouvelle-France, puis le Canada, puis enfin, le Qu&#233;bec, dont &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/spip.php?page=archives&amp;u=/archives/pol/culture/riouxquebecois1.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Marcel Rioux a bien fix&#233; les traits dans son beau petit livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, paru dans les ann&#233;es soixante. Mais ce peuple, malheureusement, contrairement aux autres peuples d'Am&#233;rique, n'arrive pas &#224; se prendre en main. Les &#201;tats-Unis se sont &#233;mancip&#233;s de la m&#233;tropole anglaise, &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. Les colonies espagnoles et portugaises de l'Am&#233;rique ont pris leur envol, mais le Qu&#233;bec, qui &#233;tait une colonie fran&#231;aise, est tomb&#233; sous la coupe de l'Angleterre d'abord, et ensuite du Canada qui n'est que le prolongement de l'Empire britannique. Cela fait un dr&#244;le d'amalgame, cr&#233;e une ambigu&#239;t&#233; qu'il est difficile de dissiper. Le grand &#233;crivain fran&#231;ais Alexis de Tocqueville, qui vint en Am&#233;rique au XIXe si&#232;cle, se rendit &#224; Qu&#233;bec, en 1831, o&#249; il visita un tribunal civil. Le spectacle auquel il assista lui fit &#233;crire : &#171; L'ensemble du tableau a quelque chose de bizarre, d'incoh&#233;rent, de burlesque m&#234;me. Le fond de l'impression qu'il faisait na&#238;tre &#233;tait cependant triste. Je n'ai jamais &#233;t&#233; plus convaincu qu'en sortant de l&#224; que &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/au_bas_canada/au_bas_canada_Vallee.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;le plus grand et plus irr&#233;m&#233;diable malheur pour un peuple c'est celui d'&#234;tre conquis&lt;/a&gt; &#187;1.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si Tocqueville revenait aujourd'hui, que dirait-il ? Que penserait-il de la situation qui nous est faite par le rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution, par l'&#233;chec de deux r&#233;f&#233;rendums ? Que penserait-il du manque de fermet&#233; de nos hommes politiques ? De la perplexit&#233; qui caract&#233;rise notre vie politique, sociale et culturelle ? Le Qu&#233;bec semble avoir perdu le go&#251;t de vivre, il se dissipe dans mille activit&#233;s futiles, vulgaires, bruyantes. Nous avons au Qu&#233;bec le plus haut taux de suicides au monde chez les jeunes. Le taux de natalit&#233; est un des plus bas au monde lui aussi. Nous d&#233;tenons des records dans plusieurs domaines. Le d&#233;crochage scolaire est une plaie. Et l'on pourrait allonger la liste de nos d&#233;boires...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que se passe-t-il au Qu&#233;bec ? Qu'arrive-t-il des descendants de ces gens qui autrefois ont explor&#233; l'Am&#233;rique du Nord en tous sens, des descendants de ces b&#226;tisseurs qui ont d&#233;frich&#233; la for&#234;t et b&#226;ti le pays sur les rives du Saint-Laurent ? Ce qui pour moi d&#233;crit le mieux le malaise dans lequel nous nous retrouvons actuellement, c'est la notion de crise d'adolescence. Le Qu&#233;bec conna&#238;t une crise d'adolescence dont il ne r&#233;ussit pas &#224; se sortir. On sait que beaucoup d'adolescents sont malheureux, perplexes, ind&#233;cis, vivent en r&#233;action contre leurs parents mais ne r&#233;ussissent pas &#224; s'en s&#233;parer, pensent au suicide et souvent se suicident.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La R&#233;volution tranquille avait toutes les caract&#233;ristiques de l'adolescent qui prend conscience qu'il existe, qui croit que rien n'a exist&#233; avant lui, qui s'imagine que le monde va changer avec lui. La R&#233;volution tranquille a &#233;clat&#233; dans l'enthousiasme pour se transformer peu &#224; peu en une capitulation tranquille, &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/_Bock-Cote-Mathieu_&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;une &#171; d&#233;nationalisation tranquille &#187;, dit Mathieu-Bock C&#244;t&#233;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vers 1960, on pouvait penser que l'adolescent allait s'affranchir, qu'il allait quitter la maison paternelle, ou plut&#244;t la maison de la belle-m&#232;re. On lui signifia m&#234;me, en 1982, qu'il n'&#233;tait pas le bienvenu, on le mit &#224; la porte, mais il persista dans son ent&#234;tement &#224; rester &#224; la maison. Lors des deux r&#233;f&#233;rendums de 1980 et 1995, lors de Meech, on lui expliqua qu'il s'&#233;tait fait avoir mais il s'empressa d'oublier ces escroqueries. Cela l'excusait de rester au foyer, de ne pas se prendre en main.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sombrons toujours un peu plus dans l'informe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La situation du Qu&#233;bec dans le Canada est &#233;trange. Le Canada fait tout pour que le Qu&#233;bec le quitte et en m&#234;me temps, il ne veut pas le laisser partir. C'est qu'il croit qu'il finira par l'assimiler, le fondre dans le tout canadien. Il faut comprendre que le Qu&#233;bec pourrait bien se passer du Canada mais pas le Canada du Qu&#233;bec. Ne serait-ce qu'au point de vue purement g&#233;ographique, un Canada coup&#233; en deux par le Qu&#233;bec, comme le reconna&#238;t un anglophone, Thomas Sloan, ne serait pas viable. Advenant l'ind&#233;pendance compl&#232;te du Qu&#233;bec, il arriverait au Canada ce qui est arriv&#233; au Pakistan qui s'est rapidement disloqu&#233;, apr&#232;s la partition de l'Inde, pour former deux pays distincts, le Pakistan et le Bengladesh. On voit ainsi que le Qu&#233;bec est vou&#233; &#224; maintenir le Canada qui veut l'avaler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qu'il faut comprendre, c'est que le Canada est fondamentalement construit sur l'hypoth&#232;se de l'assimilation &#224; longue dur&#233;e du Qu&#233;bec par le Canada. En 1867, l'int&#233;gration du Qu&#233;bec au Canada ne s'est pas faite de fa&#231;on d&#233;mocratique, par voie de r&#233;f&#233;rendum, par exemple. Cette int&#233;gration a &#233;t&#233; faite par le moyen de l'action politique et se perp&#233;tuera comme un rouage bien huil&#233; par le moyen de la petite loterie qu'a si bien d&#233;crite St&#233;phane Kelly dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://archives.vigile.net/auteurs/k/kellys.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La Petite loterie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, ou par ce que Andr&#233; Laurendeau avait appel&#233; le recours au &#171; roi n&#232;gre &#187;. Les Trudeau, les Chr&#233;tien et compagnie ne manqueront jamais. Jamais un Canadien anglais n'aurait pu traiter le Qu&#233;bec comme l'ont fait Trudeau et Chr&#233;tien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'en r&#233;alit&#233;, la Conf&#233;d&#233;ration a priv&#233; le Qu&#233;bec de tout pouvoir politique v&#233;ritable, de tout pouvoir politique national. Les d&#233;cisions politiques canadiennes se prennent &#224; Ottawa. Nous y sommes en minorit&#233;. C'est ainsi, comme le montre tr&#232;s bien Pierre Vadeboncoeur, dans son excellent petit livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&amp;Params=F1ARTF0002237&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La Derni&#232;re heure et la premi&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, que nous avons &#233;t&#233; mis en marge de l'histoire. On comprend que le Qu&#233;bec soit mal &#224; l'aise dans le Canada, qu'il s'y sente menac&#233;, et qu'il entretienne des vell&#233;it&#233;s de s'&#233;manciper. Lester B. Pearson avait compris la situation, me semble-t-il, et il avait jug&#233; qu'apr&#232;s cent ans, il fallait remanier le pacte conf&#233;d&#233;ratif. Si, &#224; ce moment-l&#224;, on avait corrig&#233; l'Acte de l'Am&#233;rique du Nord Britannique de 1867, pour faire du Canada une vraie f&#233;d&#233;ration, disons &#224; l'europ&#233;enne, la situation du Qu&#233;bec aurait &#233;t&#233; tout &#224; fait diff&#233;rente, mais on sait ce qui est arriv&#233;. C'est le petit roi n&#232;gre Trudeau qui prit le pouvoir et s'empressa d'imposer les vues imp&#233;rialistes de la m&#233;tropole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La grande majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois d'aujourd'hui semblent oublier que le rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution par Trudeau en 1982, a &#233;t&#233; rejet&#233; par l'Assembl&#233;e nationale &#224; l'unanimit&#233;, que d'une certaine fa&#231;on, le Qu&#233;bec n'est pas dans le Canada, tout en y &#233;tant. Ajoutez &#224; cela le scandale des commandites, le vol du r&#233;f&#233;rendum de 1995. J'&#233;cris ceci en octobre 2007. Je lis dans les journaux que Jean Charest se maintient au pouvoir gr&#226;ce au vote des Anglos et des n&#233;o-Qu&#233;b&#233;cois. Il n'a besoin que de 15 &#224; 20% des Canadiens fran&#231;ais qui forment la tr&#232;s grande majorit&#233; du peuple qu&#233;b&#233;cois pour se maintenir au pouvoir. C'est une situation frustrante pour ceux qui ont fait ce pays mais on n'en a pas trop conscience, cela est confus, on s'accommode d'une non-existence d&#233;bilitante. Ce &#224; quoi nous assistons au Qu&#233;bec, c'est &#224; la d&#233;liquescence d'un long acquis historique, d'une culture, d'une conviction, d'une volont&#233; d'&#234;tre et de durer. Nous sombrons toujours un peu plus dans l'informe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Et on voudrait que les Qu&#233;b&#233;cois soient fiers d'&#234;tre Qu&#233;b&#233;cois !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et qu'arrive-t-il de nos hommes politiques dans ce contexte ? Ils regardent passer la procession. Ils assistent au spectacle. On nous impose une Constitution que nous ne voulons pas ? Il n'y a rien l&#224;. La vie continue. On nous vole un r&#233;f&#233;rendum. Chut ! Pas de vagues s'il vous pla&#238;t ! Etc., etc. D&#233;j&#224; Lionel Groulx, autrefois, affirmait que nos hommes politiques, qui acceptaient les ententes comprises dans le pacte conf&#233;d&#233;ratif ne savaient pas en tirer tous les avantages qu'ils auraient pu. Quand j'observe la conduite de nos hommes politiques ces derni&#232;res d&#233;cennies, je me dis que nous n'avons pas tellement &#233;volu&#233; depuis le temps de Duplessis. Quand j'&#233;coute nos hommes politiques , je me dis que nous sommes encore au nationalisme du temps de Duplessis que Pierre Vadeboncoeur a si bien d&#233;crit : &#171; Le nationalisme, chez nous, est une faible &#233;bauche de mouvement vers le pouvoir. Il ne convoite cependant pas le pouvoir ; il existe comme un pouvoir abstrait et m&#233;ditatif en marge du pouvoir r&#233;el et actif, et chacune de ses recrudescences repr&#233;sente un mouvement instinctif, mais aveugle et tout &#224; fait irr&#233;solu vers le pouvoir &#187;. Ce texte est de 1952, il est cit&#233; par Yvan Lamonde2, qui cite de nouveau Vadeboncoeur &#224; la page suivante : &#171; Vaincus, trop incertains de notre destin&#233;e, minorit&#233;, nous avons contract&#233; le pli de ne pas aller au bout de notre volont&#233;. &#187; C'est d&#233;j&#224; le Parti qu&#233;b&#233;cois dans toute sa v&#233;rit&#233; ! Plus loin, apr&#232;s avoir affirm&#233; qu'il faut rompre, Vadeboncoeur affirme : &#171; Mais rompre est un acte violent, au-del&#224; duquel il y a risque de ne pas retrouver d'assiette &#187;3. Ce qui est bien le probl&#232;me du Qu&#233;bec depuis les bouleversements de la R&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec actuel offre tous les signes de la crise d'adolescence. Il voudrait s'affranchir mais n'ose pas. Il s'affirme et se nie en m&#234;me temps. Le Qu&#233;bec se sent &#233;tranger dans son propre pays comme l'adolescent dans la maison de sa belle-m&#232;re. Il est insatisfait mais ne sait ce qu'il veut. Il est aussi mal &#224; l'aise envers son pass&#233; qu'envers son avenir. C'est qu'il ne sait pas qui il est finalement, il n'a pas de statut stable. Il fait des lois et d'autres les tripotent &#224; leur aise. Pensez &#224; la loi 101. On lui impose dans le continent un statut qu'il n'a jamais accept&#233;. Et on voudrait que les Qu&#233;b&#233;cois soient fiers d'&#234;tre Qu&#233;b&#233;cois !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne comprends pas le sens d'un certain discours nationaliste ax&#233; sur la fiert&#233;. Je pense &#224; cet &#233;tudiant qui ne voulait pas &#233;tudier l'histoire du Qu&#233;bec parce qu'elle &#233;tait constitu&#233;e d'une s&#233;rie d'&#233;checs. Il pr&#233;f&#233;rait l'ignorer, et en un sens, je le comprends car notre histoire, depuis 1760, n'est pas de nature &#224; susciter de la fiert&#233;. Je ne dis pas qu'il ne faille pas l'&#233;tudier, bien au contraire, mais pas par fiert&#233;, pour comprendre ce qui se passe actuellement. De quoi les Qu&#233;b&#233;cois seraient-ils fiers ? De l'&#233;chec de deux r&#233;f&#233;rendums ? Des commandites ? Du rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution contre la volont&#233; unanime de l'Assembl&#233;e nationale ? De d&#233;mant&#232;lement de Mirabel ? De la pi&#232;tre performance de notre syst&#232;me de sant&#233; ? De la crise qui secoue le syst&#232;me d'&#233;ducation ? Du d&#233;labrement de la langue fran&#231;aise au Qu&#233;bec ? Du saccage de la Loi 101 par la Cour supr&#234;me du Canada ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et si nous remontons plus loin encore, pouvons-nous &#234;tre fiers de l'&#233;crasement des Patriotes par des gouverneurs et des militaires sanguinaires ? Je pense aux Patriotes. C'est presque &#234;tre sadiques que d'&#234;tre fiers de gens qui se font tuer pour avoir combattu pour le respect des droits d&#233;mocratiques. J'ai beaucoup de compassion pour eux, leur &#233;chec est le mien et ce n'est que lorsque le combat qu'ils ont entrepris arrivera &#224; son terme que nous pourrons &#234;tre fiers de ce qu'ils ont entrepris. Est-ce que je peux &#234;tre fier de l'imposition de l'Acte d'Union qui nous for&#231;ait &#224; acquitter les dettes de l'Ontario, qui nous imposait le m&#234;me nombre de d&#233;put&#233;s que l'Ontario alors que nous &#233;tions plus nombreux qu'eux ? De la Conf&#233;d&#233;ration qui nous a &#233;t&#233; impos&#233;e sans r&#233;f&#233;rendum, sans consultation populaire ? Et l'on pourrait continuer longtemps. Le temps n'est pas &#224; la fiert&#233; mais il devrait &#234;tre &#224; la lucidit&#233; et &#224; la fermet&#233;. Ne me parlez pas de fiert&#233;, mais de d&#233;termination, de volont&#233; d'ind&#233;pendance, de d&#233;fis &#224; relever. C'est lorsque nous nous serons pris en main que nous aurons raison d'&#234;tre fiers. C'est alors que nous sortirons de la crise de l'adolescence. &#171; Si nous voulons devenir souverains, comme l'explique Louis Bernard, &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Pourquoi-le-Quebec-libre&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;c'est d'abord pour nous-m&#234;mes&lt;/a&gt;. Non pour nous lib&#233;rer des autres, mais pour &#234;tre libres de nos choix &#187;4.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notre R&#233;volution tranquille est complexe parce qu'elle a deux dimensions qui s'influencent. Elle a &#233;t&#233; pour nous le passage de la soci&#233;t&#233; traditionnelle &#224; la soci&#233;t&#233; industrielle et postmoderne, et en m&#234;me temps une d&#233;marche vers l'autonomie politique ou vers l'ind&#233;pendance. Elle &#233;tait une r&#233;volution nationale, l'aboutissement d'un long effort historique. Elle devait marquer la fin de la domination du Canada sur le Qu&#233;bec. Elle &#233;tait le moment que l'histoire offrait au Qu&#233;bec de se prendre en main. Le Canada anglais a aussi fait son passage de la soci&#233;t&#233; traditionnelle &#224; la soci&#233;t&#233; postmoderne, mais il n'avait pas besoin de mener le m&#234;me combat politique que nous. Notre situation &#233;tait donc beaucoup plus difficile que celle du reste du Canada, et elle continue &#224; &#234;tre extr&#234;mement probl&#233;matique. En 1960, le moment &#233;tait venu de corriger le d&#233;sastre de 1760. L'op&#233;ration a &#233;chou&#233; &#224; cause du manque de d&#233;termination de nos hommes politiques. La tentative timide de se prendre en main s'est transform&#233;e en refus de soi, en refus de son identit&#233;, et sp&#233;cialement de son identit&#233; profonde, son identit&#233; religieuse. Les cons&#233;quences d'une telle d&#233;mission sont d&#233;sastreuses. Un peuple n'existe pas, s'il n'a pas une certaine conscience de son identit&#233;. Et comme dit Jacques Grandmaison, &#171; &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/grandmaison_jacques/questions_interdites/questions_interdites.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;on ne se cr&#233;e pas une nouvelle identit&#233; &#224; partir de z&#233;ro&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je m'arr&#234;te ici quelque peu &#224; cette perte de son identit&#233; religieuse qui affecte le Qu&#233;bec dans le sillage de la R&#233;volution tranquille. Je note d'abord que je suis mal &#224; l'aise dans ce Qu&#233;bec qui refuse son identit&#233; chr&#233;tienne, qui en a fait une esp&#232;ce d'interdit. Dans notre Qu&#233;bec &#171; &#233;volu&#233; &#187;, &#171; lib&#233;r&#233; &#187;, il faut faire comme si nous n'&#233;tions pas de culture chr&#233;tienne, il ne faut pas parler de cela. On peut parler de l'islam, du zen, du bouddhisme, mais pas du christianisme, et surtout pas du catholicisme. Cela fait ringard, r&#233;actionnaire, de &#171; droite &#187;, conservateur. Dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, des &#233;crivains, des gens des m&#233;dias se sont occup&#233;s &#224; d&#233;molir la culture chr&#233;tienne, &#224; ridiculiser la pr&#233;sence de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; et dans l'histoire, et nous subissons actuellement les cons&#233;quences d&#233;sastreuses de cette entreprise de d&#233;molition.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je comprends que des gens n'aient pas la foi et je respecte tout &#224; fait les options spirituelles de chacun. Mais je parle ici de culture. Les Qu&#233;b&#233;cois, les Canadiens fran&#231;ais du Qu&#233;bec, qu'ils le veuillent ou non , qu'ils l'admettent ou non, qu'ils aient la foi ou qu'ils ne l'aient pas, sont de culture chr&#233;tienne. Ils ne sont pas de culture indouiste ou bouddhiste ou musulmane, ils sont de culture chr&#233;tienne ou ils ne sont rien au point de vue culturel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Encore une fois, je ne parle pas ici de la foi, je parle de la culture dans le sens o&#249; je l'ai consid&#233;r&#233;e au chapitre cinq. La culture n'est pas que jeu d'esprit ou raffinement. Elle assume et consacre la relation de l'homme au monde, la relation de l'individu aux autres individus, &#224; la collectivit&#233;, la relation de l'homme &#224; l'Univers, &#224; la transcendance. La culture comporte un aspect religieux, tout comme la nation, parce qu'elle implique l'homme et son destin. Je ne parle pas de foi chr&#233;tienne ou autre. Je parle de principes, de valeurs, de convictions, de croyances qui sont le produit d'une longue exp&#233;rience de la foi chr&#233;tienne. La culture, on pourrait prendre ici le mot au sens de civilisation, est toujours pour une part un h&#233;ritage. M&#234;me si l'h&#233;ritier renie ses parents, il ne reste pas moins qu'il dispose d'un bien dont il a h&#233;rit&#233;. Mais s'il refuse cet h&#233;ritage, il est d&#233;muni. La culture qu&#233;b&#233;coise est le produit d'une longue exp&#233;rience chr&#233;tienne et la n&#233;gation de cette donn&#233;e est assimilable &#224; une forme de suicide.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La culture implique l'id&#233;e de cr&#233;ation de sens, d'int&#233;gration de l'homme &#224; l'univers, d'une certaine mani&#232;re pour les hommes de vivre ensemble. Or une nation, c'est un groupement humain qui a une histoire commune, des valeurs communes, une certaine culture commune. C'est pourquoi la nation comporte une dimension religieuse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui s'est pass&#233; au Qu&#233;bec dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, c'est ce qui s'est pass&#233; en Occident, dans la chr&#233;tient&#233; occidentale, au m&#234;me moment, mais cette mutation s'est conjugu&#233;e chez nous &#224; une d&#233;marche d'affranchissement nationale, ce qui compliquait &#233;norm&#233;ment le processus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Prenons l'exemple d'un pays musulman, disons le Maroc, qui est un de la soixantaine de pays qui ont fait leur ind&#233;pendance dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle. L'islam ne conna&#238;t pas &#224; ce moment la profonde mutation que conna&#238;t la chr&#233;tient&#233;. Le Maroc s'affranchit de la domination d'une puissance &#233;trang&#232;re pour se prendre en main, pour retrouver son autonomie. Cette d&#233;marche est en m&#234;me temps qu'une d&#233;marche de lib&#233;ration, une affirmation, une consolidation de son identit&#233; religieuse. Je ne dis pas que toutes les lib&#233;rations nationales qui se sont produites au vingti&#232;me si&#232;cle sont des r&#233;ussites, mais je suis d'avis que le mouvement de lib&#233;ration du Qu&#233;bec avait une caract&#233;ristique particuli&#232;re qui devait rendre le processus confus, ambigu, et qui explique que la d&#233;marche de lib&#233;ration se soit transform&#233;e en une d&#233;marche de refus, de n&#233;gation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai essay&#233; de d&#233;crire dans mon sixi&#232;me chapitre &#171; Feu la chr&#233;tient&#233; &#187;, la transformation qui a affect&#233; la chr&#233;tient&#233; occidentale au seuil de la modernit&#233;. C'&#233;tait une transformation radicale qui devait affecter la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise car non seulement nous faisions partie de la chr&#233;tient&#233;, mais la religion chr&#233;tienne &#233;tait pour nous le ch&#226;teau fort de la r&#233;sistance. En 1760, la colonie canadienne est d&#233;capit&#233;e. Les cadres, la bourgeoisie, l'arm&#233;e retournent en France. Ils sont remplac&#233;s par le conqu&#233;rant qui s'empresse d'exclure les Canadiens de la vie publique en imposant le Serment du Test. Le pouvoir nous &#233;chappe. L'&#201;glise d&#232;s lors appara&#238;t comme la gardienne du peuple canadien qui s'organisera en marge du pouvoir politique. Un Canadien anglais, Thomas Sloan, affirme que le contexte de la Conqu&#234;te fera de l'&#201;glise canadienne une &#201;glise &#171; authentiquement nationale &#187;. Que l'&#201;glise sera &#171; le facteur d&#233;cisif d'une r&#233;elle survivance de la culture fran&#231;aise en Am&#233;rique du Nord &#187;. Il explique que &#171; le monolithisme dont le Canada fran&#231;ais catholique a fait preuve au xxe si&#232;cle exprime la r&#233;action imm&#233;diate d'un peuple menac&#233; face aux dangers de l'assimilation et de l'extinction. L'&#201;glise, dit-il, et la nationalit&#233; se rapproch&#232;rent l'une de l'autre dans un but de protection mutuelle &#187;5.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le sens de la R&#233;volution tranquille c'est de mettre fin &#224; cette p&#233;riode historique pendant laquelle l'&#201;glise a en quelque sorte jou&#233; un r&#244;le de suppl&#233;ance. Les gens du Qu&#233;bec s'appellent maintenant les Qu&#233;b&#233;cois. Ils ont conscience de former un peuple, une nation, ce que le F&#233;d&#233;ral refuse d'abord mais finit par accepter, ne pouvant faire autrement. L'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois prend le pouvoir. L'&#201;glise se d&#233;met de ses fonctions de suppl&#233;ance dans le monde de l'&#233;ducation et de la sant&#233;. C'est une nouvelle &#233;poque qui commence et qui devrait d&#233;boucher sur l'ind&#233;pendance. Cette &#233;ch&#233;ance tarde &#224; se r&#233;aliser et ce retard explique la perplexit&#233; dans laquelle se retrouvent les Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce que je veux consid&#233;rer ici, c'est la crise religieuse ou spirituelle qui affecte les Qu&#233;b&#233;cois dans cette d&#233;marche d'affirmation et d'&#233;mancipation. Il faut rappeler que l'&#201;glise n'&#233;tait pas oppos&#233;e &#224; la d&#233;marche de fond de la R&#233;volution tranquille. Elle en &#233;tait plut&#244;t un agent inspirateur actif. Comment expliquer d&#232;s lors que la R&#233;volution tranquille a entra&#238;n&#233; une profonde d&#233;saffection de la religion catholique, une d&#233;saffection profonde du Qu&#233;bec &#224; l'&#233;gard de son h&#233;ritage spirituel ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vois deux causes &#224; cette d&#233;saffection qui prend l'allure d'une d&#233;bandade. La premi&#232;re est ce que j'ai appel&#233; pr&#233;c&#233;demment le refus de soi du colonis&#233;, le refus de son identit&#233;. C'est ce qui explique pour une part que le Qu&#233;b&#233;cois ne s'int&#233;resse pas &#224; son histoire, qu'il se soucie tr&#232;s peu de respecter la langue fran&#231;aise. Le colonis&#233; se m&#233;prise lui-m&#234;me comme l'ont expliqu&#233; si &#233;loquemment les penseurs comme Jacques Berque, Jean-Paul Sartre, Frantz Fanon et tant d'autres, et il ne peut &#233;chapper &#224; cette ali&#233;nation qu'en acc&#233;dant &#224; l'autonomie, &#224; l'ind&#233;pendance. Ce qui est assez &#233;trange, c'est que le Parti qu&#233;b&#233;cois qui voulait faire l'ind&#233;pendance ne se soit pas souci&#233; d'am&#233;liorer l'enseignement de l'histoire et de la langue fran&#231;aise qui constituent pourtant des facettes importantes de notre identit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La deuxi&#232;me cause est li&#233;e &#224; la conjoncture occidentale. Au moment o&#249; le Qu&#233;bec connaissait sa r&#233;volution historique, la chr&#233;tient&#233; occidentale, dont fait partie le Qu&#233;bec, connaissait elle aussi une profonde mutation. Nous &#233;tions au Qu&#233;bec en pleine chr&#233;tient&#233;. Or voici qu'en Europe, la chr&#233;tient&#233; se remet en question, se d&#233;sagr&#232;ge. La crise est en quelque sorte reconnue et accr&#233;dit&#233;e par le Concile Vatican II qui reconna&#238;t que la vie chr&#233;tienne doit se moderniser. Vatican II reconna&#238;t en quelque sorte que la chr&#233;tient&#233;, au sens o&#249; je l'ai d&#233;crite pr&#233;c&#233;demment, est p&#233;rim&#233;e, que la vie chr&#233;tienne doit se donner une nouvelle expression. Le Qu&#233;bec s'ins&#232;re dans ce mouvement et on peut dire que chez nous, la R&#233;volution tranquille, tout en &#233;tant un effort de nous prendre en main est aussi une tentative de nous d&#233;faire d'une certaine image de nous-m&#234;mes. Reprenons cette consid&#233;ration de fa&#231;on plus explicite. Le colonis&#233; musulman ou indou se lib&#232;re du colonisateur pour retrouver son identit&#233;. La r&#233;volution se fait contre l'autre. Au Qu&#233;bec, la R&#233;volution tranquille se fait contre le colonisateur et en m&#234;me temps contre une image de nous-m&#234;mes, ce qui chez plusieurs se transforme en un rejet de notre identit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On comprend que cette d&#233;marche pouvait se pr&#234;ter &#224; beaucoup de confusion, et de fait, elle s'est envelopp&#233;e de confusion.. Les esprits chagrins et but&#233;s avaient beau jeu de tabler sur un malaise qui n' &#233;tait que trop &#233;vident, d'aviver des frustrations persistantes, de proposer les interpr&#233;tations les plus fantaisistes. Dans cette op&#233;ration, la lucidit&#233; n'a pas &#233;t&#233; au rendez-vous. Certes il fallait faire la critique de la soci&#233;t&#233; traditionnelle mais il fallait &#233;viter de provoquer chez le Qu&#233;b&#233;cois le rejet de son identit&#233;, le rejet de lui-m&#234;me. Il fallait rejeter un v&#234;tement, on a rejet&#233; une identit&#233;. &#192; l'&#232;re des &#171; lib&#233;rations &#187;, il fallait se &#171; lib&#233;rer &#187; de tout et de n'importe quoi !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait consid&#233;rer l'op&#233;ration sous l'angle du proc&#232;s. D'ailleurs, dans le contexte de la modernit&#233;, la &#171; mentalit&#233; de proc&#232;s &#187;, comme l'appelle Milan Kundera, sied tr&#232;s bien aux grandes mutations de soci&#233;t&#233;. C'est tout naturellement que le d&#233;bat public prit la forme d'un proc&#232;s de la soci&#233;t&#233; traditionnelle qu'on se plaisait &#224; accuser sans consid&#233;rer les nuances et les pr&#233;cisions qu'un v&#233;ritable esprit critique aurait pu produire. Dans un contexte historique comme celui qui est le n&#244;tre, les simplifications grossi&#232;res passent souvent pour des oracles et les grossi&#232;ret&#233;s pour des gestes courageux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut aussi consid&#233;rer l'op&#233;ration sous l'angle du d&#233;roulement de l'histoire. &#171; Celui qui est libre du pass&#233; est lib&#233;r&#233; &#187;, &#233;crit Andr&#233; Comte-Sponville6 . Il me semble que la plupart de nos nouveaux clercs seraient d'accord avec une telle affirmation. Pourtant, s'il est vrai qu'on ne peut tra&#238;ner avec soi les frasques du pass&#233;, il n'en reste pas moins qu'on ne peut se d&#233;barrasser du pass&#233; comme on le voudrait. Le pass&#233; n'est pas une fiction, il est en nous, il fait partie de nous, nous sommes son oeuvre pour une part. Nous ne sommes pas encore dans l'&#233;ternit&#233;. C'est le temps qui donne &#224; notre &#234;tre sa consistance. Rejeter son pass&#233;, c'est se refuser soi-m&#234;me et ce refus peut &#234;tre catastrophique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La relation des Qu&#233;b&#233;cois &#224; leur pass&#233; est lourde de malentendus, de frustrations et de souffrances. Leur m&#233;moire, comme celle de tous les peuples colonis&#233;s, est une m&#233;moire malade. Elle consid&#232;re l'histoire pour essayer d'expliquer le malheur qui lui est arriv&#233;, elle excuse les uns, accuse les autres. Autant tout oublier, ou essayer d'oublier. Je suis toujours &#233;tonn&#233; de voir avec quelle facilit&#233;, quelle rapidit&#233; les Qu&#233;b&#233;cois se sont accommod&#233;s du rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution, du refus des Accords du Lac Meech, des Commandites, du vol du r&#233;f&#233;rendum de 1995, et je ne remonte pas &#224; l'Union qui nous a &#233;t&#233; impos&#233;e dans le m&#233;pris, de m&#234;me que la Conf&#233;d&#233;ration. Les Qu&#233;b&#233;cois gardent le silence sur leur pass&#233;, ce qui ne veut pas dire qu'ils l'oublient mais qu'ils ne peuvent supporter le regard sur leur pass&#233;. Ils ont conscience qu'il s'est pass&#233; quelque chose d'injuste. Ils ne savent pas trop quoi. Mieux vaut oublier. Mais ce n'est pas possible. On n'oublie pas une blessure, m&#234;me si on ne sait trop comment elle s'est produite. Elle est toujours l&#224;, et elle rend la vie inconfortable, elle compromet le bonheur. Le Qu&#233;b&#233;cois ne peut oublier son pass&#233;, et il le porte comme une blessure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;labrement profond de l'armature spirituelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La R&#233;volution tranquille, cela est bien &#233;vident, &#233;tait n&#233;cessaire. Le Qu&#233;bec devait sortir de ce que j'appelle l'&#233;poque de la survivance qui &#233;tait &#233;tay&#233;e par l'&#201;glise. Mais c'&#233;tait une op&#233;ration d&#233;licate. Il fallait &#233;viter, dans cette op&#233;ration de correction, de tout bazarder. Or elle s'est faite de fa&#231;on aveugle, anarchique, en m&#234;me temps que se produisait la r&#233;volution technologique, l'av&#232;nement de la postmodernit&#233;, et la grande mue de la chr&#233;tient&#233;. Tout ce qui existait devenait caduc. Il fallait s'accrocher &#224; du nouveau, quel qu'il soit, se r&#233;inventer &#224; partir de rien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celui qui a le mieux d&#233;crit la nature et les implications de cette mutation me semble bien &#234;tre Pierre Vadeboncoeur dans son livre magistral &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Pierre_Vadeboncoeur&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les Deux royaumes&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Il est clair pour moi qu'il touchait au coeur m&#234;me du probl&#232;me, et si son ouvrage fut accueilli si s&#233;v&#232;rement par certains, c'est parce qu'il mettait le doigt sur des fourvoiements qui n'&#233;taient que trop &#233;vidents.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vadeboncoeur &#233;crit par exemple : &#171; &#202;tre moderne, aujourd'hui, ce n'est pas &#234;tre quelque chose, c'est n'&#234;tre rien, pr&#233;alablement. C'est &#234;tre avant ce qui sera ... C'est le no man's land de l'histoire, de la philosophie, de la politique, de la morale, de la culture, et aussi de l'humain... &#187; Et plus loin : &#171; Mais en r&#233;alit&#233;, non seulement a-t-on d&#233;truit le pass&#233;, mais ce faisant, on a d&#233;truit aussi quantit&#233;s de passages vers l'avenir &#187;7. La soci&#233;t&#233; s'est en quelque sorte vid&#233;e de son &#226;me. Elle n'offre plus de &#171; justification de la beaut&#233; &#187;, ni de l'amour, ni de la vertu, ni de l'esprit8. Vadeboncoeur met cette d&#233;perdition en relation avec l'apparition du scepticisme qui est un produit du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, ce qui me semble tr&#232;s juste, et du ph&#233;nom&#232;ne concomitant qui est la dissolution de la chr&#233;tient&#233;. Avec la chr&#233;tient&#233; se sont &#233;vanouis les &#171; dogmes &#187; qui avaient &#233;t&#233; &#171; une forme de m&#233;moire, un moyen de conservation et de transmission des symboles les plus &#233;lev&#233;s &#187;. Ce sont eux qui &#171; soutenaient la vo&#251;te du ciel de l'homme &#187;9. C'est la chr&#233;tient&#233; qui, en Occident et dans le monde, la chr&#233;tient&#233; comme institution culturelle, historique qui portait les raisons supr&#234;mes, les &#171; dogmes &#187;. En s'&#233;vanouissant, en quelque sorte, la chr&#233;tient&#233; a emport&#233; avec elle les &#171; dogmes &#187;, les valeurs, je dirais m&#234;me les &#171; raisons &#187; qu'elle portait. On ne remplace pas du jour au lendemain cette armature spirituelle, cette structure culturelle. J'&#233;cris ceci en novembre 2007. Les m&#233;dias d&#233;crivent jusqu'&#224; sati&#233;t&#233; la perplexit&#233; de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, le d&#233;labrement du syst&#232;me d'&#233;ducation. Ces fl&#233;trissures sont le signe d'un d&#233;labrement profond de l'armature spirituelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment, la chr&#233;tient&#233; disparaissant, assurer la pr&#233;sence des &#171; dogmes &#187; &#224; la conscience des humains ? Une soci&#233;t&#233; sans &#171; dogmes &#187; est comme un bateau non lest&#233;. Le monde o&#249; s'&#233;tait d&#233;ploy&#233;e la &#171; chr&#233;tient&#233; &#187; se trouve, au moment o&#249; celle-ci d&#233;p&#233;rit, dans la m&#234;me situation que celle o&#249; se trouvaient les premiers chr&#233;tiens. Il a &#224; inventer une nouvelle culture qui sera produite par l'exp&#233;rience du monde nouveau, exp&#233;rience inspir&#233;e et transfigur&#233;e par la foi. Ce processus est d&#233;j&#224; en marche et se perp&#233;tuera jusqu'&#224; la fin des temps. D&#233;j&#224; les signes de la post-chr&#233;tient&#233; se manifestent. L'&#201;glise se renouvelle lentement mais s&#251;rement. Ce que les discussions de la Commission Bouchard-Taylor nous ont peut-&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; de plus pr&#233;cieux, c'est que le Qu&#233;bec populaire n'est pas ce que l'on imaginait. Les m&#233;dias nous avaient habitu&#233;s &#224; penser que le peuple qu&#233;b&#233;cois avait compl&#232;tement rompu avec son pass&#233;, avait reni&#233; son identit&#233; chr&#233;tienne. Or ce qui est apparu plusieurs fois au cours des discussions publiques, c'est que le vieux fond catholique qu&#233;b&#233;cois ne s'est pas &#233;vanoui. C'est ce que confirment les auteurs Raymond Lemieux et Jean-Paul Montminy : &#171; ... le catholicisme qu&#233;b&#233;cois, &#224; l'instar des autres confessions chr&#233;tiennes dans l'Occident s&#233;cularis&#233;, est loin d'&#234;tre moribond. Ses v&#233;rit&#233;s, paradoxales, restent dans l'ombre, contrairement aux oeuvres encadrant la culture autrefois. Elles n'en demeurent pas moins actives et profond&#233;ment ancr&#233;es dans les terreaux humains &#171; 10.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&#8216;est ma conviction que la foi chr&#233;tienne ne peut mourir. Elle reste vivante dans les cendres m&#234;mes de la chr&#233;tient&#233; et inspirera une nouvelle culture. Il ne s'agit pas de rafistoler des structures anciennes, de coudre des pi&#232;ces nouvelles dans de vieux v&#234;tements, de mettre le vin nouveau dans de vieilles outres. Dans l'ordre de la foi, l'histoire n'ob&#233;it pas aux r&#232;gles du progr&#232;s continu mais &#224; celles de la mort et de la r&#233;surrection.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15 d&#233;cembre 2007 Paul-&#201;mile Roy&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 - Cit&#233; par Marcel Rioux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un peuple dans le si&#232;cle&lt;/i&gt;, Bor&#233;al, 1990, p. 276-277.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2 - Yvan Lamonde, &#171; Est-on quitte envers le pass&#233; ? Borduas, Vadeboncoeur et le d&#233;nouement de &#171; Notre ma&#238;tre le pass&#233; &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Cahiers des dix&lt;/i&gt;, No 60, 2006, p. 221.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3 - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 225.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 - Louis Bernard, &#171; Pourquoi le Qu&#233;bec libre &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;, 21 ao&#251;t, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5 - Thomas Sloan, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une r&#233;volution tranquille ?&lt;/i&gt; Traduit par Michel van Schendel, Montr&#233;al, HMH, 1965, p. 48, 49, 47.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6 - Andr&#233; Comte-Sponville, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Esprit de l'ath&#233;isme&lt;/i&gt;, Albin Michel, 2006, p. 197&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7 - Pierre Vadeboncoeur, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les deux royaumes&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, L'Hexagone, 1978, p. 183.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8 - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 192.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9 - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 48.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10 - Raymond Lemieux, Jean-Paul Montminy, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Catholicisme qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Les &#201;ditions de l'IQRC, 2000, p. 122.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Bock-C&#244;t&#233;, citoyen pol&#233;miste</title>
		<link>http://www.ledevoir.com/2007/09/21/157728.html</link>
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		<dc:date>2007-09-21T18:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Antoine Robitaille - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>Il y aurait un grand paradoxe avec la Commission sur les accommodements raisonnables : un de ses copr&#233;sidents, G&#233;rard Bouchard, est appel&#233; &#224; r&#233;soudre une crise qu'il a, au fond, contribu&#233; &#224; cr&#233;er. C'est du moins ce que croit fermement le sociologue Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, jeune pol&#233;miste (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton9102.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;223&quot; height=&quot;167&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y aurait un grand paradoxe avec la Commission sur les accommodements raisonnables : un de ses copr&#233;sidents, G&#233;rard Bouchard, est appel&#233; &#224; r&#233;soudre une crise qu'il a, au fond, contribu&#233; &#224; cr&#233;er. C'est du moins ce que croit fermement le sociologue Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, jeune pol&#233;miste hyperactif &#8212; n&#233; l'ann&#233;e du premier r&#233;f&#233;rendum &#8212;, qui publie cette semaine &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La D&#233;nationalisation tranquille&lt;/i&gt; (Bor&#233;al), un premier essai attendu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au dire de Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, G&#233;rard Bouchard est le chef de file d'une cohorte d'intellectuels &#171; politiquement corrects &#187; et coupables, depuis 1995 &#8212; l'ann&#233;e de la fameuse phrase de Jacques Parizeau &#8212;, d'avoir vid&#233; le nationalisme qu&#233;b&#233;cois de sa substance, &#171; criminalis&#233; &#187; tout sentiment majoritaire des Qu&#233;b&#233;cois et d&#233;construit l'esprit national. Rien de moins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette intelligentsia craignait tellement d'&#234;tre associ&#233;e &#224; la d&#233;claration honnie (&#171; sociologiquement vraie mais politiquement maladroite &#187;, note Bock-C&#244;t&#233;) de Parizeau qu'elle a enfonc&#233; le bouchon le plus loin possible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; l'autre extr&#234;me, celui de la &#171; d&#233;nationalisation &#187;. L'histoire, l'&#171; exp&#233;rience historique &#187; francophone, le &#171; nous &#187;, la &#171; survivance &#187;, les anc&#234;tres et m&#234;me la d&#233;fense de la langue fran&#231;aise : tout cela et bien d'autres choses &#233;voquant les racines et les souches ont &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233;s suspects de contamination &#171; ethnique &#187;. Le concept de &#171; majorit&#233; francophone &#187; ? Infr&#233;quentable. &#171; Vous vous souvenez, dit Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, c'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; on assimila le nationalisme historique &#224; un nationalisme &quot;ethnique&quot; ferm&#233; sur les autres, auquel on a tout de suite oppos&#233; le nationalisme &quot;civique&quot;, seul compatible avec l'exigence d&#233;mocratique. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une &#233;poque &#8212; de 1996 &#224; 2003 &#8212; &#171; un peu folle &#187;, marqu&#233;e par ces querelles des anciens et des postmodernes que furent notamment l'affaire Michaud et la liquidation, par le Bloc qu&#233;b&#233;cois, de la notion des &#171; deux peuples fondateurs &#187;. Et ce n'est pas tout, poursuit l'inarr&#234;table Bock-C&#244;t&#233; : les intellectuels, au premier chef G&#233;rard Bouchard, ont tent&#233; depuis une d&#233;cennie &#171; d'implanter de force une nouvelle identit&#233; qu&#233;b&#233;coise fabriqu&#233;e par eux &#187;. Le seul et unique socle en &#233;tait les chartes des droits. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Cahiers du 27 juin&lt;/i&gt; (revue nomm&#233;e ainsi en r&#233;f&#233;rence au 27 juin 1975, date &#224; laquelle la Charte qu&#233;b&#233;coise des droits et libert&#233;s de la personne fut adopt&#233;e) sont une publication qu'aime bien critiquer Mathieu Bock-C&#244;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; l'&#232;re postr&#233;f&#233;rendaire, la nation devait au plus vite devenir une pure affaire de proc&#233;dures. Selon les plus z&#233;l&#233;s, c'est la nation, carr&#233;ment, qui devait dispara&#238;tre de notre vocabulaire. &#171; Pourquoi ne pas parler de soci&#233;t&#233; ? &#187;, a d&#233;j&#224; dit l'historien Jocelyn L&#233;tourneau, auquel Bock-C&#244;t&#233; consacre un chapitre critique de son essai. Le vieux monde, issu de la Grande Noirceur, suspect de &#171; fermeture, de x&#233;nophobie et de haine de l'autre &#187;, devait &#234;tre rejet&#233; au plus vite avant qu'il ne fasse d'autres dommages. Il fallait reprogrammer le patriotisme pour le rendre strictement constitutionnel, &#171; J&#252;rgen Habermas l'avait dit &#187;, raille Bock-C&#244;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les cercles intellectuels, ces mondes si perm&#233;ables aux modes et o&#249; la vertu se porte &#171; &#224; la boutonni&#232;re &#187;, ont rapidement fait consensus : &#171; Tous les intellectuels du Qu&#233;bec sont d'accord, le peuple qu&#233;b&#233;cois ne peut que se rallier &#187;, a m&#234;me lanc&#233; un jour sans rire un de ces philosophes de l'identit&#233;, se souvient Mathieu Bock-C&#244;t&#233; en rigolant. &#171; &#199;a me fait penser &#224; la phrase de Brecht : &quot;Ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d'en &#233;lire un autre ?&quot; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le tournant du 26 mars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, le 26 mars dernier, le peuple a refus&#233; d'&#234;tre r&#233;form&#233; ou dissous, se r&#233;jouit le sociologue. &#171; Il a refus&#233; le r&#244;le qu'on lui assignait dans le grand laboratoire cosmopolite &#224; ciel ouvert pour ing&#233;nieurs sociaux maladroits qu'&#233;tait devenu le Qu&#233;bec &#187;, dit Bock-C&#244;t&#233;. En propulsant l'ADQ au rang d'opposition officielle, ce peuple a rappel&#233; qu'il ne voulait pas n&#233;cessairement de la nouvelle identit&#233; qu&#233;b&#233;coise abstraite et d&#233;sincarn&#233;e, nettoy&#233;e civiquement par les &#171; &#233;lites pluralistes &#187;. &#171; Une identit&#233;, ce n'est pas le r&#233;sultat d'une s&#233;rie de colloques mais le fruit d'une exp&#233;rience historique ! &#187;, tonne-t-il.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ADQ, &#224; la faveur du d&#233;bat sur les accommodements raisonnables, &#171; s'&#233;tait r&#233;appropri&#233; le th&#232;me de la d&#233;fense de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise &#187;. &#192; partir de ce moment, le Parti qu&#233;b&#233;cois a d&#251; prendre conscience qu'en &#171; dissociant le projet souverainiste de la d&#233;fense de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise &#187;, il est pass&#233; bien pr&#232;s de la disparition. Ses r&#233;flexes h&#233;rit&#233;s de la &#171; mauvaise conscience &#187; de 1995 &#233;taient si bien int&#233;gr&#233;s, dit le sociologue, que tout ce que son &#171; chef d&#233;nationalis&#233; &#187; Andr&#233; Boisclair a r&#233;ussi &#224; dire pendant la controverse sur les accommodements raisonnables, c'est ceci : &#171; Confiance, nous avons des chartes. &#187; Selon Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, depuis des ann&#233;es, le PQ se refusait de voir les signaux d'alarme : la controverse sur le kirpan, celle sur le programme d'histoire. &#171; Ce parti ne semblait pas vouloir de l'&#233;lectorat qu'il avait. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mathieu Bock-C&#244;t&#233; &#8212; qui revendique l'&#233;tiquette de &#171; conservateur &#187; et aime pester contre le &#171; progressisme &#187;&#8212; remercie l'ADQ d'avoir &#171; fait sauter le loquet qui interdisait le d&#233;bat public &#187; sur la question de l'identit&#233;. Il loue Mario Dumont d'avoir fait le choix d'un &#171; nationalisme majoritaire plut&#244;t conservateur &#187; qui rejoignait le peuple, &#171; d&#233;poss&#233;d&#233; sur le plan identitaire &#187; depuis 1995. Notamment lorsqu'il a &#233;crit que les Qu&#233;b&#233;cois &#171; se sont battus avec trop d'acharnement &#224; porter [leur] langue et [leur] identit&#233; &#224; travers les si&#232;cles sur ce continent pour que tout cela s'estompe b&#234;tement au fil d'un d&#233;clin d&#233;mographique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;II y a un hic, toutefois : l'ADQ a beau &#171; avoir de bons instincts &#187;, note Bock-C&#244;t&#233;, elle ne semble pas &#234;tre capable de les traduire &#171; en vision &#224; moyen et &#224; long terme &#187;. Cet admirateur de Charles de Gaulle per&#231;oit en ce parti une &#171; petitesse provinciale d&#233;plorable &#187;. S'il est prompt &#224; condamner le souverainisme sans identit&#233; du PQ de l'&#233;poque Boisclair et du Bloc de Duceppe (o&#249; il a d&#233;j&#224; milit&#233;), il souligne que &#171; l'identit&#233; sans la souverainet&#233; &#187;, comme &#224; l'ADQ, produit une forme de &#171; r&#233;gionalisme incapable de penser le Qu&#233;bec dans ses aspects institutionnels &#187;. Les laudateurs exalt&#233;s de &#171; Montr&#233;al-pluri-multi-centre-du-monde &#187; l'&#233;nervent. Mais ce nouveau et atypique r&#233;sidant du Plateau &#8212; fier natif du 450, plus pr&#233;cis&#233;ment de Lorraine &#8212; d&#233;plore la tentation ad&#233;quiste de ne pas &#171; vraiment penser l'int&#233;gration des immigrants &#187; en se disant, selon une &#171; mentalit&#233; de bourgade &#187;, que &#171; la vraie identit&#233; qu&#233;b&#233;coise se trouve &#224; Saint-Hyacinthe et pas &#224; Montr&#233;al &#187;. Le risque, c'est &#171; d'abandonner la m&#233;tropole &#224; son sort &#187; en ne cherchant m&#234;me plus &#224; la &#171; r&#233;int&#233;grer dans l'espace national &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, qui a d&#233;j&#224; travaill&#233; dans l'entourage de Bernard Landry, a bien appr&#233;ci&#233; le grand retour du &#171; nous &#187; chez Pauline Marois. &#171; Elle met le doigt sur la bonne chose. Mais va-t-elle le dire, le redire, l'assumer et l'incarner ? &#187; En plus, ce changement de discours correspond &#224; l'int&#233;r&#234;t &#233;lectoral du PQ, dont la t&#226;che, apr&#232;s des ann&#233;es de d&#233;nationalisation, consiste &#224; convaincre de nouveau les Qu&#233;b&#233;cois qu'il veut d&#233;fendre leur identit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Deux questions, enfin. La majorit&#233; a des droits, certes, mais ne peut-elle pas devenir tyrannique, comme Tocqueville nous en avait avertis ? &#171; Il fut un temps o&#249; on pouvait parler ainsi de mani&#232;re sens&#233;e, mais j'ai l'impression aujourd'hui qu'il y a une esp&#232;ce d'hyperbole autour de cette question &#187;, r&#233;pond le doctorant. Cela nous porterait &#224; oublier que les &#171; minorit&#233;s peuvent l'&#234;tre aussi [tyranniques] &#187;, ajoute-t-il. &#171; On donne spontan&#233;ment tort &#224; la majorit&#233; de nos jours, il suffit de lire les textes de la commission Bouchard-Taylor. Il y a un soup&#231;on qui tra&#238;ne toujours autour des majorit&#233;s. On veut les d&#233;construire, les d&#233;manteler, les d&#233;senclaver. On veut se mettre &#224; l'abri de la souverainet&#233; populaire &#187;, fulmine-t-il.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et le racisme ? L'antiracisme est sans doute excessif parfois, mais cela signifie-t-il que le racisme ait disparu ? Certes, &#171; il y en a dans les marges &#187;, reconna&#238;t Bock-C&#244;t&#233;. &#171; Mais est-ce qu'on est pour autant une soci&#233;t&#233; ayant un probl&#232;me majeur de racisme ? Non. Je refuse cette vision qui consiste &#224; cat&#233;goriser sous le signe du racisme toute forme de critique du multiculturalisme. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La D&#233;nationalisation tranquille&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;ditions du Bor&#233;al, 211 pages&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Jacques Parizeau</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Jacques Parizeau</dc:creator>
		


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		<description></description>

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	<item>
		<title>D&#233;mission Jacques Parizeau</title>
		<link>http://www.vigile.net/Demission-Jacques-Parizeau</link>
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		<dc:date>2007-03-04T23:32:43Z</dc:date>
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		<description>Discours de d&#233;mission de Jacques Parizeau le lendemain du r&#233;f&#233;rendum sur l'avenir du Qu&#233;bec en 1995.</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Discours de d&#233;mission de Jacques Parizeau le lendemain du r&#233;f&#233;rendum sur l'avenir du Qu&#233;bec en 1995.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;embed allowScriptAccess=&quot;never&quot; allowFullScreen=&quot;true&quot; src=&quot;http://grouper.com/mtg/mtgPlayer.swf?v=1.7&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;325&quot; quality=&quot;high&quot; scale=&quot;noScale&quot; FlashVars=&quot;ap=0&amp;mu=0&amp;rf=-1&amp;vfver=8&amp;extid=-1&amp;extsite=-1&amp;id=1788165&amp;ml=fi%3d%26fu%3d2104075&quot; wmode=&quot;window&quot; pluginspage=&quot;http://www.macromedia.com/shockwave/download/index.cgi?P1_Prod_Version=ShockwaveFlash&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Jacques Parizeau &#233;corche le Parti Qu&#233;b&#233;cois</title>
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		<dc:date>2006-03-26T03:50:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		
		


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		<description>(PC) - L'ancien premier ministre du Qu&#233;bec, Jacques Parizeau, semble en avoir marre des d&#233;bats entourant le leadership au sein du Parti qu&#233;b&#233;cois. En entrevue, au cours de l'&#233;mission Larocque-Auger, diffus&#233;e dimanche sur les ondes de TVA, M. Parizeau a estim&#233; que la situation (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;(PC) - L'ancien premier ministre du Qu&#233;bec, Jacques Parizeau, semble en avoir marre des d&#233;bats entourant le leadership au sein du Parti qu&#233;b&#233;cois. En entrevue, au cours de l'&#233;mission Larocque-Auger, diffus&#233;e dimanche sur les ondes de TVA, M. Parizeau a estim&#233; que la situation actuelle au sein du PQ &#171; emp&#234;che le parti de jouer son (...) - &lt;a href="http://www.vigile.net/Jacques-Parizeau-ecorche-le-Parti"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Vote de l'argent : Landry donne raison &#224; Parizeau</title>
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		<dc:date>2006-03-26T03:43:59Z</dc:date>
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		<description>Rollande Parent, PC Le Devoir vendredi 28 janvier 2005 &#192; la lumi&#232;re des r&#233;v&#233;lations de l'enqu&#234;te Gomery sur les commandites, Jacques Parizeau avait bien raison d'attribuer en partie au poids de l'argent la victoire du NON au r&#233;f&#233;rendum de 1995, a fait valoir hier le chef de (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Rollande Parent, PC Le Devoir vendredi 28 janvier 2005 &#192; la lumi&#232;re des r&#233;v&#233;lations de l'enqu&#234;te Gomery sur les commandites, Jacques Parizeau avait bien raison d'attribuer en partie au poids de l'argent la victoire du NON au r&#233;f&#233;rendum de 1995, a fait valoir hier le chef de l'opposition, Bernard Landry. &#171; On avait vu (...) - &lt;a href="http://www.vigile.net/Vote-de-l-argent-Landry-donne"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Je crois que nous devrions &#234;tre fiers d'avoir sauv&#233; le Canada</title>
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		<dc:date>1998-04-30T19:38:00Z</dc:date>
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		<description>Le Congr&#232;s juif canadien a d&#233;j&#224; dans le pass&#233; contribu&#233; &#224; faire mordre la poussi&#232;re aux souverainistes qu&#233;b&#233;cois et doit &#234;tre pr&#234;t &#224; recommencer pour d&#233;fendre l'unit&#233; du pays, a d&#233;clar&#233; lundi l'avocat montr&#233;alais Max Bernard, pr&#233;sent &#224; l'assembl&#233;e annuelle de (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Le Congr&#232;s juif canadien a d&#233;j&#224; dans le pass&#233; contribu&#233; &#224; faire mordre la poussi&#232;re aux souverainistes qu&#233;b&#233;cois et doit &#234;tre pr&#234;t &#224; recommencer pour d&#233;fendre l'unit&#233; du pays, a d&#233;clar&#233; lundi l'avocat montr&#233;alais Max Bernard, pr&#233;sent &#224; l'assembl&#233;e annuelle de l'organisme. (...) Il a soutenu que l'ex-premier (...) - &lt;a href="http://www.vigile.net/Je-crois-que-nous-devrions-etre"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

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