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	<title>Vigile.net - Cantin, Serge</title>
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	<description>Le portail ind&#233;pendantiste du Qu&#233;bec</description>
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		<title>Fernand Dumont : la m&#233;moire au fondement du politique</title>
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		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>Cet article est le quatri&#232;me d'une s&#233;rie se penchant sur l'&#233;tude du nationalisme au Qu&#233;bec. Ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es, les r&#233;flexions d'Hubert Guindon, de Pierre-Elliott Trudeau et d'Hubert Aquin. &#171; Quand on veut d&#233;truire &#224; la racine les prises qu'un groupe humain (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cet article est le quatri&#232;me d'une s&#233;rie se penchant sur l'&#233;tude du nationalisme au Qu&#233;bec. Ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es, les r&#233;flexions d'&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Sortir-de-l-impasse-Hubert-Guindon&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Hubert Guindon&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Les-intellectuels-quebecois-et-le&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Pierre-Elliott Trudeau&lt;/a&gt; et d'&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Hubert-Aquin-nationalisme-et&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Hubert Aquin&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand on veut d&#233;truire &#224; la racine les prises qu'un groupe humain peut avoir pour orienter son devenir, quand on veut continuer de le faire servir &#224; son confort, il faut diaboliser la 'nation', en la pr&#233;sentant comme ce grand ensemble anonyme, source de toutes les turpitudes et de toutes les atrocit&#233;s. &#187; - Lucien Cimon&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crois qu'il est possible d'affirmer que la vision politique de Fernand Dumont repr&#233;senterait en quelque sorte, et pour aujourd'hui, un conservatisme de gauche (bien qu'il r&#233;cuserait l'&#233;tiquette de &#171; conservateur &#187;). Ce qui peut d'abord para&#238;tre comme un oxymore est rendu possible sur un plan g&#233;n&#233;ral par le fait que la vie de Dumont s'&#233;tend sur deux p&#233;riodes politiques majeures. Sans doute, le point tournant se situe quelque part dans les ann&#233;es fastes de la contre-culture, &#224; savoir la d&#233;cennie 60-70, et se caract&#233;rise par la reconversion de la gauche (la nouvelle gauche) politique, l'abandon progressif de la classe ouvri&#232;re comme r&#233;f&#233;rent et le combat au nom du pluralisme identitaire, ce que Jacques Beauchemin nomme &#171; l'individu comme horizon &#233;thique &#187; de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; (&#8230;) La survie du lieu culturel dans lequel on travaille ; c'est une question de responsabilit&#233;, pour ne pas dire d'&#233;thique &#187;1. Comme c'est le cas pour Aristote qu'il cite &#224; de nombreuses reprises, Dumont consid&#232;re qu'&#233;thique et politique se rapporte au m&#234;me, &#224; savoir les rapports r&#233;ciproques oblig&#233;s entre individus et soci&#233;t&#233;. Le sociologue de l'Universit&#233; Laval se serait tenu &#224; l'&#233;cart de la politique si la situation ne l'avait pas exig&#233;. Mais quelles situations pr&#233;cis&#233;ment pourraient l'exiger ? Dumont distingue le combat syndical du combat politique. Il n'a jamais &#233;t&#233; marxiste, malgr&#233; la forte pression de s'y convertir &#224; une certaine &#233;poque. Plut&#244;t il d&#233;clare : &#171; (&#8230;) Ma t&#226;che &#224; moi rel&#232;ve de la culture, &#224; l'&#233;dification d'une culture &#187;2, or la politique lui appara&#238;t comme un outil n&#233;cessaire pour l'&#233;panouissement de cette culture qu'il d&#233;finit d'abord comme un horizon commun, une appartenance capable de transcender les valeurs, les opinions et les conjonctures particuli&#232;res. La culture, c'est aussi un lieu o&#249; coexister, o&#249; collaborer, un lieu qui se constitue au fil de l'histoire. C'est une m&#233;moire, &#171; des images de l'homme (&#8230;) &#224; la fois l&#233;gu&#233;es et remodel&#233;es en commun (&#8230;) &#187;3.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les valeurs, qui sont au fondement de la politique, puisent &#224; m&#234;me les cultures vivantes, &#224; savoir dans cette m&#233;moire intersubjective qui ne peut exister qu'&#224; l'int&#233;rieur de relations humaines particuli&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour qu'il y ait culture, et donc vie en commun, il faut qu'il y ait m&#233;moire. C'est le grand probl&#232;me de la culture contemporaine selon Dumont : Comment les hommes vont-ils conserver une m&#233;moire de l'humanit&#233; ? Comment vont-ils r&#233;ussir &#224; se donner une conscience historique ? Pour notre penseur, c'est le sacr&#233; qui a toujours rempli ce r&#244;le. Est-ce que les &#233;nonc&#233;s de principes, les chartes, la constitution et le formalisme d&#233;lib&#233;ratif peuvent faire na&#238;tre un fort sentiment d'appartenance, voire une culture, et ainsi palier &#224; la m&#233;moire comme centre gravitationnel de la politique ? Dumont confesse que &#171; dans toute orientation de nos vies il y a un &#8216;&#8216;romantisme'', une sorte d'attachement affectif qui renvoie aux exp&#233;riences premi&#232;res. Pour moi, cela se ram&#232;ne toujours au choix de solidarit&#233;s profondes &#187;4.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dumont, &#224; l'encontre d'une certaine philosophie politique se voulant progressiste, affirme que les &#171; valeurs nouvelles &#187;, &#231;a n'existe pas. Les valeurs correspondent &#224; des besoins fondamentaux de l'homme et ont donc exist&#233; aussi dans le pass&#233;. Le probl&#232;me se situe plut&#244;t, aujourd'hui, au niveau des &#171; figures collectives de valeurs &#187; auparavant assum&#233;es et assur&#233;es par les institutions. Donc, ce qui est en cause, ce ne sont pas les valeurs elles-m&#234;mes (la beaut&#233;, l'amour, la v&#233;rit&#233;, etc.), mais les institutions qui les incarnent, ou plut&#244;t les repr&#233;sentent. Ces derni&#232;res, indique Dumont, ont toujours une propension &#224; remplacer les valeurs et se vident ainsi de leur substance, de leur l&#233;gitimit&#233;. Cette situation dans laquelle les institutions sont frapp&#233;es d'un grand doute am&#232;ne le danger du pluralisme, entendu comme une vision du r&#244;le des institutions se limitant &#224; la garantie pour les individus de faire ce qu'ils veulent. Il est clair pour notre penseur que cette situation fait na&#238;tre un contexte dans lequel les valeurs elles-m&#234;mes sont en danger. Pour exister, les valeurs doivent &#234;tre partag&#233;es. Ainsi, Dumont d&#233;clare : &#171; Je suis persuad&#233; que vivre concr&#232;tement une valeur, c'est vivre une promesse &#187;5. Une promesse, &#231;a engage et sans engagement, on se retrouve dans une forme d'h&#233;donisme o&#249; les valeurs sont provisoires et ramen&#233;es au plaisir. Il lui semble que nos soci&#233;t&#233;s font l'apologie d'un tel h&#233;donisme, qu'elles incitent &#224; vivre dans l'instant. Or l'homme a un pass&#233; et il vieillit. Un tel id&#233;al ne l'aide pas &#224; affronter le vieillissement, non plus qu'il soit propice &#224; solidifier les valeurs, qui rel&#232;vent de l'engagement et du cheminement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il importerait donc que nos institutions se chargent &#224; nouveau de sens. Il n'est pas besoin de les renverser. Plut&#244;t, le sens doit muter, s'adapter, se r&#233;former au sein des institutions existantes. Par exemple, comment le mariage doit-il rendre compte de l'amour, le christianisme rendre compte de la foi, etc. Quand on propose des sens nouveaux, il est toujours question de gen&#232;se (comment cela est aujourd'hui, cheminement vers mon id&#233;e actuelle) et on recourt &#224; l'histoire pour expliquer nos choix, ou les comprendre. &#192; cet &#233;gard, les traditions marquent les diff&#233;rentes conqu&#234;tes des soci&#233;t&#233;s, l'&#233;volution des synth&#232;ses entre les collectivit&#233;s et leurs institutions. En faisant table rase des traditions, ou en les consid&#233;rant comme des vieilleries comme on le ferait trop aujourd'hui, nous nous d&#233;poss&#233;dons des conditions de possibilit&#233; du sens. La recherche de sens sera par cons&#233;quent un retour &#224; la tradition, &#233;tant donn&#233; que tout s'explique et se comprend par la gen&#232;se, comme l'enseignait Nietzsche du reste qui y voyait pour sa part un instrument de d&#233;construction. Dumont affirme qu'elle est positivement n&#233;cessaire &#224; la cr&#233;ation. Ainsi, le sens, c'est la pertinence des valeurs pour Dumont. Celles-ci, nous l'aurons compris, n'attendent pas qu'on les cueille dans les hauts sommets de l'abstraction, elles r&#233;sident dans l'intersubjectivit&#233;, dans le langage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sur l'engagement politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au sujet de l'engagement politique, Dumont affirme qu'il &#171; (&#8230;) ne proc&#232;de (&#8230;) pas d'une manie ou d'un go&#251;t particulier pour les grands palabres en public. Au contraire, ceux qui s'engagent le plus authentiquement sont justement ceux qui en auraient le moins envie, mais qui, en m&#234;me temps, sont convaincus que si les hommes ne se sentent pas responsables du destin de la cit&#233;, la cit&#233; va se faire sans eux &#187;6. Admettons-le, il s'ag&#238;t l&#224; d'une conception qui tranche radicalement avec l'habituel m&#233;pris dont sont l'objet les hommes politiques depuis un bon moment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, la politique n'est pas le territoire exclusif des experts, pas plus qu'il n'existe de &#171; syst&#232;me &#187;. Tout le monde peut d&#233;terminer l'avenir de la cit&#233;. Simplement, pour s'engager, il est n&#233;cessaire de croire en la puissance de la personne et des groupes. &#171; En ce sens-l&#224;, nous dit Dumont, ceux qui sont engag&#233;s dans la construction de la cit&#233; sont tous des fr&#232;res (&#8230;), ils partagent la m&#234;me foi en l'homme, une m&#234;me esp&#233;rance en l'homme et pour l'homme &#187;7. C'est la vie du militant. Il y a plus que l'&#233;laboration et la mise en pratique de strat&#233;gies, il y a &#171; la mise en &#339;uvre quotidienne de l'id&#233;al de l'homme qu'on s'est form&#233; un jour &#187;8. Une foi en l'homme, donc, qui est pour le militant le sens de sa vie, une conception qu'il met en &#339;uvre dans son engagement. Ainsi, remarque Dumont, il y a transcendance pour lui, une contemplation dans l'action sans quoi la politique ne serait qu'un simple jeu, une habitude. On peut constater une telle transcendance chez les chr&#233;tiens et les marxistes par exemple. Elle est &#224; la fois sentie et v&#233;cue dans le pr&#233;sent et &#224; la fois promesse d'un avenir plus radieux, elle assure la fraternit&#233; pour aujourd'hui et pour demain. Cette promesse et cet engagement t&#233;moignent d'une perspective sur un bien moral, &#171; un homme engag&#233;, ce n'est pas un activiste. C'est celui qui ne peut pas se heurter &#224; l'injustice sans se mettre en col&#232;re &#187;9.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sur la morale politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Dumont, on ne peut se soustraire &#224; la vie de la cit&#233;, car &#171; la politique, par mille canaux divers, nous rejoint tous dans notre vie quotidienne. Elle appara&#238;t au croisement des forces &#224; l'&#339;uvre dans une soci&#233;t&#233; &#187;10. La politique a pour but d'unifier, de refaire continuellement les consensus, par-del&#224; les forces en jeu et les tensions. Les partis politiques servent cette fin en r&#233;duisant les multiples tendances &#224; de grandes et peu nombreuses tendances de fond. De cette mani&#232;re, ils rassemblent des gens aux opinions vari&#233;es et offrent un lieu d'&#233;change et d'expression.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Selon notre penseur, la politique est une extension de la condition humaine, elle a aussi ses mis&#232;res : &#171; Quand on descend dans les profondeurs de l'homme, ce n'est pas toujours tr&#232;s beau &#187;11. Il y a des int&#233;r&#234;ts en jeu, des d&#233;sirs. C'est pour cette raison qu'une morale en politique est n&#233;cessaire, morale qui est d'abord un effort, parfois &#233;pisodique, pour surmonter les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats ou les int&#233;r&#234;ts partisans. Il importe d'&#234;tre franc et d'admettre la validit&#233; de l'opinion de l'autre, la morale politique, c'est aussi une question de politesse et de biens&#233;ance. Pour Dumont, cet effort d'&#233;l&#233;vation n'est pas contre-intuitif, &#171; contrairement &#224; ce qu'on dit souvent, ce ne sont pas d'abord les int&#233;r&#234;ts qui rassemblent les hommes. La supr&#234;me garantie de la r&#233;union d&#233;mocratique des citoyens, c'est la qualit&#233; des symboles collectifs et par cons&#233;quent du langage collectif &#187;12. Encore une fois cette horizon de sens qui transcende les conjonctures et les valeurs : La nation comme creuset de la d&#233;mocratie. Les symboles offrent une garantie morale, dans la mesure o&#249; ils conservent leur caract&#232;re sacr&#233;, transcendant, &#224; partir duquel on peut juger en retour de la l&#233;gitimit&#233; des gouvernants. Sans le recours &#224; ce complexe proprement humain, ces raisons communes, il ne reste que l'ironie et le cynisme. Autrement dit, &#171; si les citoyens ne partagent pas une foi commune dans les valeurs de leur soci&#233;t&#233;, s'ils ne forment pas une communaut&#233; politique, la vie politique est impossible &#187;13. Les citoyens doivent avoir le sentiment que quelque chose de profond les rassemble. Une fois que l'on admet ce fait, &#171; (&#8230;) le premier devoir de l'homme politique est d'en appeler &#224; ce qui rassemble les citoyens au-del&#224; des conflits, des haines et des dissensions &#187;14. L'alternative, c'est le totalitarisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Autour des raisons communes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, ce qui r&#233;unit les individus en communaut&#233; c'est le report &#224; un discours, &#224; un langage, ou en des termes plus sp&#233;cifiquement dumontiens, c'est la construction d'une r&#233;f&#233;rence (symboles, mythes, m&#233;moire). L'histoire, &#224; travers laquelle se construit cette r&#233;f&#233;rence, a donc un r&#244;le de premier plan pour constituer et maintenir la communaut&#233; en une solidarit&#233; r&#233;elle. Les historiens, mais aussi les romanciers et les po&#232;tes, donnent une substance, une unit&#233; aux divers &#233;v&#233;nements historiques qui &#233;mergent des profondeurs du pass&#233; pour cr&#233;er le sens et ainsi constituer la m&#233;moire collective, le langage de notre &#171; &#234;tre-en-commun &#187;. Aujourd'hui, cette conception est r&#233;cus&#233;e par un large secteur de la philosophie politique contemporaine, particuli&#232;rement au Canada anglais et, progressivement et notoirement depuis la d&#233;faite r&#233;f&#233;rendaire, au Qu&#233;bec. Dumont refuse l'id&#233;e selon laquelle nous pourrions d&#233;duire la v&#233;ritable dignit&#233; humaine de droits humains absolus, abstraits et formels. Il d&#233;clare : &#171; Je dirais que ce qu'il y a de plus tragique, c'est justement cette incapacit&#233; de nous cr&#233;er un langage qui convienne &#224; la situation o&#249; nous sommes. Par exemple, cette fa&#231;on de c&#233;der &#224; ce que j'appelle l'homme universel, c'est une fa&#231;on de s'en tirer par le haut, de s'&#233;vader par la toiture en quelque sorte &#187;15. Dumont nous invite &#224; penser la situation qu&#233;b&#233;coise &#224; l'aune de l'exp&#233;rience qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Raisons communes&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revenons bri&#232;vement &#224; cette crise des institutions dont il a &#233;t&#233; question pr&#233;c&#233;demment, afin de mieux en apercevoir les implications concr&#232;tes dans le cas du Qu&#233;bec. Lors de la R&#233;volution tranquille, indique Dumont, les projets et les mesures misent en place par les gouvernements b&#233;n&#233;ficiaient d'un large appui au sein de la population. Le contexte, ou le cadre socioculturel, qui soutenait ce consensus sur le plan institutionnel a chang&#233;. Nous faisons face &#224; de nouveaux probl&#232;mes (d&#233;mographie, langue, &#233;branlement de l'institution familiale, immigration, etc.). Le pluralisme des genres de vie entra&#238;ne un immobilisme des structures, l'obsession de la gestion dans la diversit&#233;. Les anciens r&#233;f&#233;rents identitaires (classe, nation) perdent leur pertinence au profit de multiples solidarit&#233;s nouvelles. La gestion est d'autant plus c&#233;l&#233;br&#233;e qu'elle repr&#233;sente, selon Dumont, un outil de prestige et d'avantages pour les classes moyennes face &#224; la bourgeoisie et &#224; la propri&#233;t&#233;. La gestion devient une id&#233;ologie. Celle-ci censurerait le renouvellement de la lecture des probl&#232;mes sociaux actuels qui demanderaient une reprise en main de nos institutions qui va par-del&#224; la gestion et la technique. L'id&#233;e n'est pas de refaire la R&#233;volution tranquille, mais de reprendre les questions qu'elle nous posait sur l'avenir et sur nous-m&#234;mes. Au-del&#224; de la diversit&#233;, il faut des valeurs et des projets communs et ceux-ci prennent racine dans la culture qui, comme l'affirme Dumont, &#171; (&#8230;) a une dimension politique parce que la qu&#234;te de soi n'est pas dissociable de la qu&#234;te commune &#187;16.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nation et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Abordons maintenant la section la plus instructive sur la philosophie &#233;thique et politique de Fernand Dumont, &#224; mon sens, celle des grandes d&#233;finitions du vocabulaire politique courant. Pour Dumont, &#171; la nation est d'abord la communaut&#233; d'un h&#233;ritage historique &#187;17. Plus sp&#233;cifiquement, elle est consentement au pr&#233;sent de ses membres sur la base d'un l&#232;gue collectif. Ce n'est pas le lien du sang qui la constitue, de l&#224; la distinction dumontienne entre ethnie et nation. De fa&#231;on concr&#232;te, ce n'est pas la g&#233;n&#233;tique gauloise qui qualifie l'appartenance fran&#231;aise, pas plus que ce n'est la g&#233;n&#233;tique fran&#231;aise qui qualifie l'appartenance canadienne-fran&#231;aise. L'histoire et les cultures sont en mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non plus que le sang, on ne peut ramener l'appartenance &#224; une liste explicite de coutumes (j'ajouterais de valeurs). L'essentiel est la m&#233;moire partag&#233;e. Pour Dumont, le souvenir fonde les all&#233;geances en plus de l&#233;gitimer l'affirmation de sa diff&#233;rence et de ses droits.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En plus de la distinction entre nation et ethnie, il y a celle entre la nation et l'&#201;tat. L'&#201;tat est d&#233;fini par la citoyennet&#233; et il a d'abord trait au droit et &#224; l'&#233;galit&#233; entre citoyens, il repr&#233;sente un tout autre mode de coh&#233;sion sociale que la nation. Ils ont n&#233;anmoins partie li&#233;e car &#171; s'il revient &#224; l'&#201;tat de promouvoir l'&#233;galit&#233; des citoyens et la justice distributive, cette responsabilit&#233; concerne en particulier le maintien et l'&#233;panouissement des communaut&#233;s nationales &#187;18. En retour, la culture alimente la communaut&#233; et la vie politique, comme nous venons de le voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, pour Fernand Dumont, la distinction entre nation politique et nation culturelle est pr&#233;sente d'une fa&#231;on particuli&#232;rement &#233;vidente dans l'exp&#233;rience et la m&#233;moire canadienne-fran&#231;aise. Certes, nous dit-il, les P&#232;res de la Conf&#233;d&#233;ration, tant anglophones que francophones, esp&#233;raient fonder une nation nouvelle, mais dans la population francophone, qui voyait cette conf&#233;d&#233;ration comme un pacte entre deux peuples fondateurs, &#171; on s'est mis &#224; insister sur le caract&#232;re culturel de la nation francophone : sur notre &#8216;'langue, nos institutions et nos lois'' selon la devise consacr&#233;e. Effectivement, les pouvoirs laiss&#233;s au Qu&#233;bec &#233;taient surtout de l'ordre de la culture (&#8230;) &#187;19. Les cultures, les nations entendues au sens culturel, sont des entit&#233;s concr&#232;tes, close et substantiel. On ne saurait les soumettre &#224; l'ing&#233;nierie. Par contre, la communaut&#233; politique peut &#234;tre d&#233;cr&#233;t&#233;e et regrouper plusieurs nations en son sein. Pour Dumont, il n'y a pas de myst&#232;re ou d'id&#233;e c&#233;leste qui d&#233;finissent le lien entre nation et communaut&#233; politique. La majorit&#233; nationale fa&#231;onne la communaut&#233; politique selon sa volont&#233; : &#171; inutile de le dissimuler sous quelques principes abstraits, apparemment plus honorable que l'instinct de survie &#187;20. Vu autrement, la communaut&#233; politique est l'assise d'un peuple sp&#233;cifique qui y d&#233;finit une culture de convergence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On comprend avec Dumont que le nationalisme culturel est un ph&#233;nom&#232;ne tout &#224; fait justifi&#233; qui est &#224; distinguer nettement de son mauvais double, le chauvinisme ethnique. Pour Dumont, &#171; ce qui fait l'originalit&#233; d'une culture, ce n'est pas son repli sur quelque distinction originaire, mais sa puissance d'int&#233;gration &#187;21. Pour int&#233;grer, il faut d'abord avoir le go&#251;t de perp&#233;tuer une culture, un style de civilisation, des id&#233;aux. Ces principes sont &#224; la base d'institutions fortes et efficaces. Il ne faudrait pas trop se h&#226;ter de juger de notre culture et de ses id&#233;aux, on devrait d'abord les comprendre par leur gen&#232;se. Ainsi, &#171; toutes les personnes font l'apprentissage des valeurs dans l'humilit&#233; des appartenances, de m&#234;me qu'elles s'&#233;l&#232;vent au langage &#224; partir des balbutiements. L'humaine condition nous est transmise dans une famille et dans une patrie. Et tout au long de notre vie, l'amour et l'amiti&#233; portent sur des &#234;tres concrets et non sur le concept de la femme ou de l'homme &#187;22. Encore une fois, Dumont souligne la probl&#233;matique qui oppose l'homme universel aux particularit&#233;s et pr&#233;jug&#233;s de culture. En fait, le p&#233;ril est constant, &#171; l'homme sans classe et sans patrie du marxisme, l'homme nouveau du nazisme &#233;taient des vari&#233;t&#233;s parmi d'autres de l'id&#233;al auquel r&#234;vent encore quelques constructeurs de l'homme universel &#187;23.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dumont ne croit pas au cr&#233;puscule du monde historique. La connaissance du pass&#233; fournit des instruments pour conna&#238;tre le pr&#233;sent et pr&#233;parer l'avenir. Il y a am&#233;nagement et reconfiguration continuelle de la m&#233;moire. Le patrimoine demeure le signe d'une culture partag&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;alit&#233; est cependant que nous vivons dans un monde qui exalte la gestion. Est-ce que cela traduit la recherche de la s&#233;curit&#233; dans un monde d&#233;senchant&#233; ? La rationalisation proc&#233;dant de l'incroyance ? Il importe pour Dumont d'en sortir, il en va du bien-&#234;tre de nos soci&#233;t&#233;s : &#171; Poursuivre la planification sans s'emp&#234;trer dans la bureaucratie suppose que l'&#201;tat trouve devant lui autre chose que l'inertie des administr&#233;s &#187;24. Il y a n&#233;cessit&#233; de la participation des citoyens &#224; la vie collective, participation qu'il d&#233;finit comme la transposition &#171; de quelque fa&#231;on dans un organisme d&#233;mocratique (de) ce qui est v&#233;cu autrement dans un milieu d&#233;termin&#233; &#187;25. Il doit s'op&#233;rer un renouvellement de la sociabilit&#233; &#224; l'&#233;chelle des communaut&#233;s. Pour ce faire, on doit pouvoir trouver la transcendance n&#233;cessaire, des symboles collectifs viables, qui permettent de r&#233;investir la sph&#232;re d&#233;mocratique. Avec le recul de la pratique religieuse, Dumont se demande si &#171; la nation ne pourrait (&#8230;) pas servir de substitut aux id&#233;aux collectifs que repr&#233;sentait autrefois la religion dominante &#187;26. Dumont ne croit pas que le formalisme d&#233;mocratique peut assumer ce r&#244;le crucial. Le r&#232;gne du droit lui semble garantir la s&#233;curit&#233; et la justice, mais, sur le plan &#233;thique, il appara&#238;t plus comme un moyen que comme un id&#233;al. &#192; l'image de ce qu'est la R&#233;publique pour les fran&#231;ais, la soci&#233;t&#233; n'est pas que la somme des int&#233;r&#234;ts individuels. Il y a un besoin d'horizon, un besoin de sens qui permettent de mettre notre existence en perspective. Tous tendent &#224; se r&#233;aliser dans la participation &#224; un projet commun, un complexe humain qui nous d&#233;passe. Pour Dumont, la nation pourrait bien &#234;tre ce contrepoids aux pouvoirs anonymes et technocratiques des experts et des entreprises et organisations transnationales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Citations&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3139 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:184px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.edhexagone.com/pagecat.asp?annee=2000&amp;codecat=cg&amp;no=7&amp;saison=Automne&amp;page=12&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_13-dumontf.jpg' width=&quot;184&quot; height=&quot;275&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;1- CANTIN, S. (2000). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fernand Dumont&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un t&#233;moin de l'homme&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, l'Hexagone, p.56
&lt;br&gt;2- p.59
&lt;br&gt;3- p.88
&lt;br&gt;4- p.124
&lt;br&gt;5- p.197
&lt;br&gt;6- p.208
&lt;br&gt;7- p.209
&lt;br&gt;8- ibid.
&lt;br&gt;9- p.216
&lt;br&gt;10- p.218
&lt;br&gt;11- p.221
&lt;br&gt;12- p.224
&lt;br&gt;13- p.226
&lt;br&gt;14- p.228
&lt;br&gt;15- p.304&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3140 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:151px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.panorama-quebec.com/cgi-cs/cs.waframe.content?topic=27088&amp;lang=1&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_13-dumont-raisons.jpg' width=&quot;151&quot; height=&quot;237&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;16- DUMONT, F. (1997). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Raisons communes&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Bor&#233;al, p.31
&lt;br&gt;17- p.53
&lt;br&gt;18- p.56-57
&lt;br&gt;19- p.58
&lt;br&gt;20- p.67
&lt;br&gt;21- p.83
&lt;br&gt;22- p.88
&lt;br&gt;23- p.113
&lt;br&gt;24- p.195
&lt;br&gt;25- p.206
&lt;br&gt;26- p.219&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>&#171; Un malheureux retour en arri&#232;re &#187;</title>
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