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	<title>Vigile.net - Vigile Plus (Histoire)</title>
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	<description>Le portail ind&#233;pendantiste du Qu&#233;bec</description>
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		<title>De Londres &#224; Ottawa, le terrorisme d'&#201;tat dans l'histoire du Qu&#233;bec</title>
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		<dc:creator>Andr&#233;e Ferretti - L'Action nationale&lt;br&gt;www.action-nationale.qc.ca</dc:creator>
		


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		<description>Invit&#233;e &#224; t&#233;moigner de ses m&#233;faits sur plusieurs tribunes, &#224; l'occasion du trenti&#232;me anniversaire de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre, Andr&#233;e Ferretti, elle-m&#234;me arr&#234;t&#233;e et emprisonn&#233;e pendant 51 jours, pr&#233;f&#232;re livrer cette analyse de l'&#233;v&#233;nement et la donne &#224; (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Invit&#233;e &#224; t&#233;moigner de ses m&#233;faits sur plusieurs tribunes, &#224; l'occasion du trenti&#232;me anniversaire de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre, Andr&#233;e Ferretti, elle-m&#234;me arr&#234;t&#233;e et emprisonn&#233;e pendant 51 jours, pr&#233;f&#232;re livrer cette analyse de l'&#233;v&#233;nement et la donne &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Action nationale&lt;/i&gt; pour publication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 16 octobre 1970, &#224; quatre heures du matin, Pierre-Elliot Trudeau, premier ministre du Canada proclamait la Loi des mesures de guerre et avant m&#234;me le lever du jour, l'arm&#233;e canadienne qui la veille avait subrepticement commenc&#233; &#224; envahir le Qu&#233;bec, l'occupait officiellement en vertu de cette loi. &#192; la m&#234;me heure et en vertu de cette m&#234;me loi, 242 personnes dont plusieurs &#233;crivains et artistes, syndicalistes et candidats du PQ aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes &#233;taient arr&#234;t&#233;es et conduites en prison. La journ&#233;e n'&#233;tait pas termin&#233;e que des dizaines d'autres connaissaient le m&#234;me sort. En quelques jours, 465 personnes avaient &#233;t&#233; emprisonn&#233;es, leurs maisons fouill&#233;es et quelques fois saccag&#233;es, leur famille apeur&#233;e et dans certains cas, leurs enfants laiss&#233;s seuls. Elles furent presque toutes lib&#233;r&#233;es sans m&#234;me avoir &#233;t&#233; interrog&#233;es. Le 21e jour de cette manifestation de force, seules 32 personnes furent mises en accusation, d&#233;tenues encore pendant plusieurs semaines pour &#234;tre enfin lib&#233;r&#233;es sans avoir subi de proc&#232;s, la Cour d&#233;clarant qu'il n'y avait pas mati&#232;re &#224; proc&#233;der (nolle prosequi).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'op&#233;ration d&#233;clench&#233;e sous le pr&#233;texte de l'urgence &#224; contrer une mont&#233;e subite des actes ill&#233;gaux et de la violence politique du FLQ, alors que les membres des cellules du mouvement qui l'exer&#231;aient &#233;taient d&#233;j&#224; connus et fil&#233;s par la police et auraient pu &#234;tre arr&#234;t&#233;s aux seuls moyens des techniques polici&#232;res habituelles, ce qui est d'ailleurs arriv&#233; quelques semaines plus tard, s'av&#232;re &#224; l'&#233;vidence, avec le recul, une entreprise soigneusement planifi&#233;e. Elle avait pour v&#233;ritable but de terroriser le peuple qu&#233;b&#233;cois et d'&#233;craser par ricochet le mouvement ind&#233;pendantiste qui portait &#224; un niveau encore in&#233;gal&#233; sa conscience nationale et sa volont&#233; d'autod&#233;termination.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car il s'agit bien de cela. La promulgation et l'application simultan&#233;es de la Loi des mesures de guerre en octobre 1970 qui permit &#224; l'arm&#233;e canadienne d'envahir le Qu&#233;bec et aux effectifs de la Gendarmerie royale du Canada, de la S&#251;ret&#233; du Qu&#233;bec et des diff&#233;rents corps de police municipaux d'arr&#234;ter sans mandat et d'emprisonner sans accusations sp&#233;cifiques des centaines de partisans de l'Ind&#233;pendance du Qu&#233;bec n'est pas un accident de parcours, un acte exceptionnel qui aurait &#233;t&#233; provoqu&#233; par la violence politique du FLQ. Dans les dizaines de livres et les centaines d'articles publi&#233;s depuis trente ans, consacr&#233;s &#224; l'histoire et &#224; l'analyse de la Crise d'octobre (1), il est d&#233;montr&#233; de mani&#232;re irr&#233;futable que les membres des diverses cellules se r&#233;clamant de leur appartenance au FLQ &#233;taient tous, non seulement bien connus des autorit&#233;s politiques et polici&#232;res, mais qu'ils avaient depuis plusieurs mois et m&#234;me, dans certains cas, depuis quelques ann&#233;es, fait l'objet d'une constante filature et autres formes de surveillance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'o&#249; il ressort clairement que les actions ill&#233;gales du FLQ, en particulier les enl&#232;vements de James Cross, attach&#233; commercial &#224; Montr&#233;al du Haut-Commissariat de la Grande-Bretagne et de Pierre Laporte, ministre du travail et vice-premier ministre dans le gouvernement lib&#233;ral qu&#233;b&#233;cois de Robert Bourassa, n'ont &#233;t&#233; que l'occasion d&#233;sir&#233;e et attendue par le gouvernement canadien, alors sous la f&#233;rule de Pierre Elliot-Trudeau, de passer &#224; l'action afin de frapper, &#224; travers la pr&#233;tendue n&#233;cessit&#233; de combattre un pr&#233;tendu mouvement clandestin, toutes les forces ind&#233;pendantistes du Qu&#233;bec. Celles-ci venaient de manifester leur puissance d'attraction de mani&#232;re &#233;clatante, lors des &#233;lections du 29 avril pr&#233;c&#233;dent, en amenant 24 % des &#233;lecteurs &#224; accorder leur suffrage au Parti Qu&#233;b&#233;cois, malgr&#233; la campagne de peur men&#233;e par les establishments qui n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; recourir aux tactiques les plus malhonn&#234;tes, dont le c&#233;l&#232;bre &#171; coup de la Brinks &#187;, pour faire croire &#224; l'&#233;lectorat qu'une &#233;lection du PQ entra&#238;nerait une chute vertigineuse de son niveau de vie. Ren&#233; L&#233;vesque &#224; juste titre qualifia cette menace de &#171; terrorisme &#233;conomique &#187;. &#192; juste titre aussi, au soir de l'&#233;lection, il clama avec fiert&#233; devant des milliers de militants qui accueillirent ses propos avec enthousiasme : &#171; Cette d&#233;faite ressemble &#224; une victoire &#187;. Cette compr&#233;hension de l'&#233;v&#233;nement &#233;tait enti&#232;rement partag&#233;e par toute la classe politique et &#233;conomique du Canada et du Qu&#233;bec f&#233;d&#233;raliste. Quelques mois plus tard, elle en donna le signe en promulguant la Loi des mesures de guerre, passant du terrorisme &#233;conomique au terrorisme politique et militaire qui est une des constantes de la logique interne de l'histoire canadienne depuis la Conqu&#234;te anglaise. Ce terrorisme fait partie des nombreux processus de r&#233;pression de la nation conquise. L'&#201;tat y a recours chaque fois qu'il prend celle-ci en flagrant d&#233;lit de volont&#233; d'existence autonome et avant qu'elle ne devienne en mesure d'assumer sa souverainet&#233;, m&#234;me quand le rapport des forces en pr&#233;sence ne le justifie aucunement. Terrorisme qui, d&#233;j&#224;, signait le passage de l'arm&#233;e britannique sur la rives du Saint-Laurent, pendant la guerre de conqu&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Au commencement &#233;tait le terrorisme, peut-on dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout a en effet commenc&#233; d&#232;s la fin de l'&#233;t&#233; 1759, quand les troupes de Wolfe d&#233;barqu&#233;es sur la C&#244;te de Beaupr&#233; en incendi&#232;rent les villages sous les regards atterr&#233;s de leurs habitants sans armes, impuissants &#224; les d&#233;fendre. En face, sur la C&#244;te Sud, de Saint-Vallier &#224; L&#233;vis, d'autres soldats envahissaient ces villages derri&#232;re leur canons, placardaient sur les portes des &#233;glises la Proclamation d&#233;cr&#233;tant la chute de la Nouvelle-France et pendaient devant leur maison les quelques audacieux qui protestaient, tel, le capitaine Nadeau de Saint-Michel (2), &#171; pour avoir essay&#233; de soulever ses concitoyens contre nous &#187;, comme le rapporte dans son journal de campagne un d&#233;nomm&#233; Knox, capitaine d'escadron dans l'arm&#233;e de Sa Majest&#233; britannique qui menait ainsi dans les r&#232;gles habituelles au genre sa guerre de conqu&#234;te de la Nouvelle-France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Car il y a bel et bien eu guerre de conqu&#234;te. Toutes les d&#233;n&#233;gations &#224; la Jacques Godbout et autres colporteurs sur nos grands et petits &#233;crans d'une cession sans coup f&#233;rir du Canada par la France &#224; la Grande-Bretagne n'y changeront rien. Elle a eu lieu et a elle dur&#233; pr&#232;s de quatre ans. Elle a commenc&#233;e en 1757, avec l'arriv&#233;e au pouvoir &#224; Londres de William Pitt, francophobe avou&#233;. Cet homme d'&#201;tat, d&#233;termin&#233; &#224; &#233;tendre l'h&#233;g&#233;monie de l'Empire britannique, aussi bien en Am&#233;rique qu'en Asie, s'empressa de c&#233;der aux pressions des colonies anglo-am&#233;ricaines qui supportaient mal le voisinage d'un Canada fran&#231;ais et catholique et qui se montraient pr&#234;tes &#224; engager la lutte contre lui, consid&#233;r&#233; comme un important et importun concurrent sur les march&#233;s. Elle s'est poursuivie pendant plus de deux ans au cours de nombreux affrontements remport&#233;s de haute lutte par les forces fran&#231;aises et canadiennes pourtant consid&#233;rablement inf&#233;rieures en nombre, jusqu'&#224; ce que l'arm&#233;e britannique forte de 63 000 hommes prennent d&#233;finitivement le dessus &#224; la fin de l'&#233;t&#233; 1759 et leur fasse, apr&#232;s un long si&#232;ge, subir la d&#233;faite sur les Plaines d'Abraham. La guerre de conqu&#234;te ne s'est pourtant termin&#233;e qu'un an plus tard, en septembre 1760, avec la capitulation de Montr&#233;al et la reddition de tout le pays. Ce n'est que trois ans plus tard, le 10 f&#233;vrier 1763, que le trait&#233; de Paris ratifiera la situation de fait cr&#233;&#233;e par la d&#233;faite des soldats et miliciens de Montcalm et de Vaudreuil aux mains de l'envahisseur britannique).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La guerre de conqu&#234;te achev&#233;e et l'acte de cession ratifi&#233;e, les Parlements britannique, d'abord, puis canadien ne furent pas constamment dans la n&#233;cessit&#233; de d&#233;ployer leurs forces militaires et polici&#232;res contre la nation conquise puis annex&#233;e pour l'assujettir et l'ali&#233;ner. Ils leur suffirent le plus souvent d'avoir recours &#224; des mesures l&#233;gislatives et &#224; des politiques &#233;conomiques qui lui &#233;taient d&#233;favorables pour maintenir leur domination, de m&#234;me qu'&#224; des coups de force constitutionnels : l'Union des Haut et Bas-Canada, en 1840 ; le Rapatriement de la Constitution en 1982, par exemple. Pourtant, sous le r&#233;gime britannique, l'&#201;tat par deux fois au moins, en 1810 et en 1837-1838, r&#233;prima par la violence les tentatives des Canadiens - qui ne s'identifieront comme Canadiens fran&#231;ais qu'avec l'Union, oblig&#233;s d'ainsi se sp&#233;cifier, le conqu&#233;rant s'&#233;tant alors appropri&#233; jusqu'au nom du peuple conquis - d'exercer leurs droits et de prendre leur destin en main. Sous le r&#233;gime f&#233;d&#233;ral canadien, l'&#201;tat fera appel par trois fois, en 1870-1885, en 1918 et en 1970, &#224; l'arm&#233;e pour mater les mouvements rebelles &#224; ses politiques imp&#233;rialistes et centralisatrices.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1810. Bien qu'&#224; compter des ann&#233;es 1800, elle fut majoritaire &#224; l'Assembl&#233;e, la d&#233;putation canadienne demeurait impuissante &#224; vraiment exercer le pouvoir d&#233;tenu, en fait, par le Conseil ex&#233;cutif et le Conseil l&#233;gislatif, tous deux entre les mains du Parti anglais. Les d&#233;put&#233;s canadiens ne pouvaient que faire obstruction aux projets de loi d&#233;favorables aux int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233; du peuple. En 1810, les d&#233;put&#233;s du Parti canadien refus&#232;rent de voter le budget. Afin de contrer cette opposition, le gouverneur Craig dissout l'Assembl&#233;e l&#233;gislative pour la deuxi&#232;me ann&#233;e cons&#233;cutive. Sous la pouss&#233;e du Parti anglais, il fait saisir le journal Le Canadien, principal support de l'action parlementaire des d&#233;put&#233;s canadiens, fait arr&#234;ter et emprisonner ses r&#233;dacteurs. Il convoque de nouvelles &#233;lections et pour &#233;viter que la population renvoie les m&#234;mes &#233;lus &#224; l'Assembl&#233;e, il d&#233;ploie, les jours de votation, avec l'intention de la terroriser, des contingents de soldats dans les rue de Montr&#233;al et de Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1837/1838. Est-il besoin de rappeler comment, apr&#232;s avoir militairement &#233;cras&#233; les mouvements de r&#233;bellion actifs dans ses colonies du Haut et du Bas-Canada qui r&#233;clamaient un gouvernement responsable, l'&#201;tat mena sa guerre de r&#233;pression dans le seul Bas-Canada, en incendiant quelques villages dont ceux de Saint-Eustache et de Saint-Beno&#238;t, en pillant et incendiant, ailleurs, les fermes des habitants favorables au mouvement, en confisquant les biens des combattants, en violant de nombreuses femmes trouv&#233;es seules au foyer, sans oublier les exils, les d&#233;portations et les pendaisons. Est-il besoin de souligner la cause de cette diff&#233;rence du traitement appliqu&#233; aux rebelles des deux colonies. Qui ignore que les revendications politiques des patriotes anglo-saxons du Haut-Canada &#233;taient principalement fond&#233;es sur des griefs d'ordre &#233;conomique, tandis que celles, tant &#233;conomiques et sociales que politiques, des patriotes canadiens &#233;taient toutes d&#233;termin&#233;es par la question nationale. C'est parce que l'objectif majeure des patriotes canadiens &#233;tait l'ind&#233;pendance du Bas-Canada, consid&#233;r&#233;e comme seul moyen de lib&#233;rer leur nation de la domination politique et &#233;conomique des industriels, des marchands et des financiers anglais de la colonie soutenus par toutes les instances de l'&#201;tat colonial, que cet &#201;tat se livra &#224; des actes terroristes inutiles pour assurer sa victoire militaire, mais n&#233;cessaires pour briser chez le peuple conquis toute volont&#233; de continuer la lutte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Pourtant, bien que ces r&#233;bellions aient &#233;chou&#233; et que son mouvement bas-canadien ait &#233;t&#233; compl&#232;tement &#233;cras&#233;, la r&#233;volte des Canadiens n'en continuait pas moins d'apeurer les autorit&#233;s britanniques qui ordonn&#232;rent une vaste enqu&#234;te sur ses causes et d&#233;p&#234;ch&#232;rent Lord Durham sur les lieux pour la mener &#224; bien. Dans son rapport publi&#233; en janvier 1839, l'enqu&#234;teur non seulement reconna&#238;t l'existence de la nation canadienne fran&#231;aise, mais attribue &#224; sa conscience nationale et &#224; son d&#233;sir d'autod&#233;termination la responsabilit&#233; des troubles. Pour l'emp&#234;cher de nuire &#224; nouveau, il propose la mise en vigueur de politiques propres &#224; la rendre minoritaire et &#224; l'assimiler. Et c'est le coup de force : l'Union des Haut et Bas-Canada sanctionn&#233;e par la reine Victoria, le 23 juillet 1840. Inauguration du processus d'annexion et d'enfermement de la nation canadienne fran&#231;aise dans un engrenage constitutionnel, juridique, politique, d&#233;mographique et &#233;conomique qui la marginalise, la soumet &#224; des int&#233;r&#234;ts &#233;trangers et l'ali&#232;ne. Pr&#233;lude de l'union f&#233;d&#233;rative de 1867 qui, sous le nom de &#171; Conf&#233;d&#233;ration &#187; - d&#233;nomination abusive puisqu'elle n'a jamais eu pour but l'association de collectivit&#233;s politiquement souveraines -, pr&#233;side aux destin&#233;es de la nation canadienne fran&#231;aise qui, aujourd'hui, au Qu&#233;bec, constitue la majorit&#233; du peuple qu&#233;b&#233;cois, majorit&#233; qui aspire &#224; l'ind&#233;pendance et lutte pour son av&#232;nement.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1870-1885. L'histoire est longue qui conduit &#224; la r&#233;pression sanglante de la deuxi&#232;me r&#233;bellion des Blancs et des M&#233;tis du Nord-Ouest, et &#224; la pendaison de Louis Riel. Elle commence en 1868, quand le Canada ach&#232;te &#224; la compagnie de la Baie d'Hudson le vaste territoire qui comprend aujourd'hui les trois provinces de l'Ouest et les territoires du Nord-Ouest, pour en faire une colonie d'Ottawa. Les habitants qui n'avaient pas &#233;t&#233; consult&#233;s r&#233;agirent mal &#224; cette annexion. Les M&#233;tis et les Blancs, en majorit&#233; catholique et de langue fran&#231;aise, s'unirent pour revendiquer des lois et des pouvoirs qui leur garantiraient leurs droits territoriaux, linguistiques et religieux. Sous la direction de Louis Riel, ils &#233;tablirent &#224; Rivi&#232;re-Rouge un gouvernement provisoire, &#233;tablirent une &#171; liste des droits &#187;, exig&#232;rent l'ouverture de n&#233;gociations avec Ottawa. Cette premi&#232;re lutte mena, apr&#232;s bien des p&#233;rip&#233;ties violentes, &#224; la cr&#233;ation de la province du Manitoba, en juillet 1870. La population qu&#233;b&#233;coise avait soutenu le mouvement et avait exig&#233; du gouvernement d'Ottawa qu'il n&#233;gocie avec Riel des clauses qui inscriraient dans la liste des droits l'&#233;galit&#233; linguistique et scolaire du fran&#231;ais et de l'anglais. Les Britanniques de la r&#233;gion, appuy&#233; par les Ontariens ne l'entendirent pas de la m&#234;me mani&#232;re. Il n'&#233;tait pas question pour eux de laisser se d&#233;velopper une province francophone et catholique au coeur des Prairies et d'ouvrir ainsi la porte de l'Ouest &#224; l'&#233;migration canadienne fran&#231;aise du Qu&#233;bec. Ils s'opposent &#224; l'amnistie de Louis Riel qu'ils accusent de meurtre, mettent sa t&#234;te &#224; prix, apr&#232;s qu'il se fut exil&#233;. Ils s'attaquent sans r&#233;pit aux M&#233;tis qui, d&#233;poss&#233;d&#233;s de leur terre et sans chef, quittent le Manitoba pour s'&#233;tablir plus &#224; l'Ouest o&#249; ils sont victimes des m&#234;mes ennuis et pers&#233;cutions. En 1885, Ceux-ci rappellent Louis Riel et l'histoire se r&#233;p&#232;te. Mais face &#224; une arm&#233;e de 8000 hommes appuy&#233;s par des canons et des mitrailleuses, les troupes de Riel succomb&#232;rent rapidement, les villages et les fermes des M&#233;tis furent pill&#233;es et incendi&#233;es et les habitants refoul&#233;s encore plus &#224; l'Ouest. Riel se rendit, subit un proc&#232;s devant un jury anglais et protestant qui le trouva coupable de haute trahison et le condamna &#224; la pendaison. Toute l'op&#233;ration encore une fois, au del&#224; de ses causes imm&#233;diates, fut men&#233;e contre le Canada fran&#231;ais. Il s'agissait de faire comprendre &#224; la population du Qu&#233;bec que l'expansion vers l'Ouest devait &#234;tre le fait du Canada anglais et servir ses seuls int&#233;r&#234;ts de tous ordres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1918. Quand en 1917, de retour de Londres o&#249; il avait particip&#233; &#224; une s&#233;ance du Cabinet anglais de guerre, Robert Borden, alors premier ministre du gouvernement canadien, d&#233;cida d'imposer la Conscription, les Canadiens fran&#231;ais firent imm&#233;diatement conna&#238;tre leur farouche opposition &#224; l'adoption d'une telle mesure. Ils ne voyaient pas pourquoi ils serviraient de chair &#224; canon &#224; l'arm&#233;e de sa Majest&#233; britannique, certainement pas parce que le Canada anglais s'&#233;tait engag&#233; &#224; lui fournir des soldats, alors qu'ils venaient de perdre coup sur coup les batailles de l'enseignement du fran&#231;ais en Ontario et des &#233;coles s&#233;par&#233;es au Manitoba. Borden tenta alors de former un gouvernement d'Union nationale et d'y faire entrer Laurier. Celui-ci refusa. Le premier ministre r&#233;alisa n&#233;anmoins son projet et forma un cabinet compos&#233; de treize conservateurs et dix lib&#233;raux dont deux Canadien fran&#231;ais qui s'en retireront bient&#244;t, puis il d&#233;clencha des &#233;lections qui auront lieu le 17 d&#233;cembre. Deux semaines avant ce jour, Borden, inquiet de l'opposition grandissante &#224; la conscription, tant au Canada qu'au Qu&#233;bec, fit publier un d&#233;cret minist&#233;riel qui en exemptait les fils des agriculteurs. Manoeuvre qui lui permet de remporter une victoire &#233;clatante, mais non de faire taire l'opposition &#224; la conscription qui, au Qu&#233;bec, est presque unanime, tr&#232;s active et parfois violente. La situation atteignit son point culminant au printemps 1918. Suite &#224; l'arrestation dans la rue, le 29 mars, &#224; Qu&#233;bec, d'un homme qui ne pouvait pas fournir sur le champ son certificat d'exemption du service militaire, la r&#233;volte des t&#233;moins se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre et des &#233;meutes &#233;clat&#232;rent qui dur&#232;rent jusqu'au 2 avril. La police fit appel &#224; l'arm&#233;e, un bataillon canadien anglais bas&#233; &#224; Toronto fut d&#233;p&#234;ch&#233; &#224; Qu&#233;bec, la loi martiale appliqu&#233;e. Dans la soir&#233;e du premier avril, les soldats tir&#232;rent sur la foule d&#233;sarm&#233;e, firent cinq morts et des dizaines de bless&#233;s, en plus d'emprisonner sans mandat et sans cautionnement de tr&#232;s nombreux citoyens. L'&#201;tat, une fois de plus, tentait de mater par la force la r&#233;sistance du peuple conquis &#224; ses politiques imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1970. Les &#233;v&#233;nements imm&#233;diats et officiels qui ont d&#233;clench&#233; la Crise d'octobre remontent longuement mais directement &#224; la naissance, &#224; la fin des ann&#233;es 1950, du mouvement ind&#233;pendantiste contemporain. C'est un mouvement r&#233;volutionnaire qui, &#224; l'instar de mouvements similaires &#224; l'oeuvre partout dans le monde, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, appelle le peuple &#224; lutter contre toutes les formes d'assujettissement : domination politique, exploitation &#233;conomique, oppression sociale et culturelle. Les forces ind&#233;pendantistes qu&#233;b&#233;coises d'alors con&#231;oivent l'ind&#233;pendance non seulement comme une lutte politique ayant pour objectif essentiel la cr&#233;ation d'un &#201;tat souverain, mais aussi comme un projet de lib&#233;ration nationale, c'est-&#224;-dire une remise en question globale du syst&#232;me colonial canadien et une prise en main par le peuple de tous les instruments de son d&#233;veloppement collectif. La r&#233;alisation d'un tel projet n&#233;cessite la formation d'une v&#233;ritable conscience nationale, plut&#244;t que nationaliste, qui am&#232;ne la nation conquise puis annex&#233;e &#224; affirmer et &#224; d&#233;fendre tous les attributs de son identit&#233;, dont son droit inali&#233;nable &#224; l'autod&#233;termination, de m&#234;me qu'&#224; croire &#224; sa capacit&#233; de l'assumer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les enjeux du combat s'av&#232;rent ainsi colossaux. En effet, l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec en tant que pr&#233;alable indispensable &#224; une v&#233;ritable lib&#233;ration nationale menacent objectivement les int&#233;r&#234;ts capitalistes de la grande bourgeoisie canadienne dont l'&#201;tat canadien est non seulement le repr&#233;sentant mais, plus fondamentalement, le noyau institutionnel et le soutien inconditionnel (3). Il s'agit donc en premier lieu de fissurer ce noyau. Toutes les organisations qui composent le mouvement ind&#233;pendantiste, poursuivent cet objectif. Malgr&#233; la diversit&#233; des discours qu'elles tiennent et des strat&#233;gies qu'elles adoptent, inspir&#233;s par des id&#233;ologies et des int&#233;r&#234;ts sociaux plus ou moins diff&#233;rents, elles s'attaquent donc avec une m&#234;me d&#233;termination aux institutions, aux symboles et aux entreprises de cette classe dominante qui poss&#232;de alors la presque totalit&#233; des ressources naturelles, financi&#232;res et industrielles du Qu&#233;bec et en contr&#244;le ainsi le d&#233;veloppement &#233;conomique et l'organisation politique, en plus d'imposer &#224; la main d'oeuvre qu&#233;b&#233;coise sa langue et ses conditions de travail. Engag&#233;s dans une lutte &#224; finir avec le colonialisme et ses s&#233;quelles, les mouvements et partis engag&#233;s dans la lutte pour l'ind&#233;pendance basent leur action sur la n&#233;cessit&#233; de politiser et de mobiliser le peuple, conscients que sa d&#233;termination constitue la seule force susceptible de renverser les pouvoirs &#233;tablis. Tous sont anim&#233;s par ce m&#234;me souci d&#233;mocratique, y compris le FLQ. Seul, cependant, celui-ci agira dans la clandestinit&#233; et aura recours &#224; des actions violentes (si l'on excepte la dizaine de membres de l'ALQ et de l'ARQ dont l'existence sera de courte dur&#233;e et dont les actions d'&#233;clat seront confondues dans l'opinion publique avec celles du FLQ), tous les autres n'auront toujours recours qu'&#224; des moyens l&#233;gaux, bien que non conventionnels, pour convaincre les Qu&#233;b&#233;cois de la n&#233;cessit&#233; de l'ind&#233;pendance et de l'urgence de la r&#233;aliser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De plus, jamais, jusqu'&#224; la cr&#233;ation du Mouvement Souverainet&#233;-Association, ils ne tenteront d'occulter l'ampleur et la difficult&#233; de la t&#226;che &#224; accomplir, en diluant l'objectif de libert&#233; dans celui d'&#233;galit&#233;, en diluant la revendication d'une autod&#233;termination pleine et enti&#232;re &#224; celle d'un partage de la souverainet&#233; du Qu&#233;bec avec l'&#201;tat canadien dominant et ennemi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, en 1970, deux ans apr&#232;s la fondation du Parti qu&#233;b&#233;cois, issu du MSA, et l'ascendant h&#233;g&#233;monique qu'il exerce sur le mouvement ind&#233;pendantiste qu'il finira par r&#233;duire &#224; la marginalit&#233;, les bourgeoisies canadienne et qu&#233;b&#233;coise au pouvoir &#224; Ottawa et &#224; Qu&#233;bec et dont les int&#233;r&#234;ts sont int&#233;gr&#233;s, s'opposent aussi farouchement au compromis l&#233;v&#233;quiste de r&#233;am&#233;nagement de la Constitution qui accorderait &#224; l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois un pouvoir politique &#233;gal &#224; celui de l'&#201;tat canadien, qu'&#224; celui de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. Elles jugent irrecevable cette proposition de partage de leurs lieux de pouvoir et de d&#233;cision, m&#234;me si le projet ne remet aucunement en question les tenants et aboutissants du d&#233;veloppement global du capitalisme nord-am&#233;ricain. Et ces puissantes bourgeoisies ont peur. Malgr&#233; tous les moyens qu'elles ont mis en oeuvre pour manipuler l'&#233;lection du 29 avril, les r&#233;sultats se sont av&#233;r&#233;s plus importants que pr&#233;vus et lui font craindre que le Parti qu&#233;b&#233;cois puisse prendre le pouvoir d&#232;s l'&#233;lection suivante. Ainsi averties et affol&#233;es, elles somment leurs gouvernements et leurs m&#233;dias d'utiliser toutes leurs ressources pour emp&#234;cher cette &#233;ventualit&#233; de devenir r&#233;alit&#233;, leur enjoignant de ne reculer devant aucun moyen. Elles se sentent d'autant plus menac&#233;es que l'agitation ouvri&#232;re ne cesse de prendre de l'ampleur partout au Qu&#233;bec et qu'elle est soutenue par plusieurs groupes et groupuscules ind&#233;pendantistes et socialistes et par le FLQ, d'une part. D'autre part, un parti progressiste qui &#233;pouse la plupart des revendications populaires de tous ces mouvements voit le jour au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, &#224; Montr&#233;al. Le Front d'action politique (FRAP) a pour objectif de merer la lutte, lors des &#233;lections pr&#233;vues pour le 25 octobre, &#224; l'administration Drapeau-Saulnier qui les repr&#233;sente sur la sc&#232;ne municipale montr&#233;alaise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans ce contexte que les Partis au pouvoir, particuli&#232;rement le Parti lib&#233;ral du Canada par la voix de son chef, Pierre Elliot-Trudeau, ennemi jur&#233; du nationalisme qu&#233;b&#233;cois, a fortiori de l'ind&#233;pendantisme, opposant farouche &#224; toutes les revendications nationales du peuple qu&#233;b&#233;cois exigeant des pouvoirs accrus pour le Qu&#233;bec, entreprirent de discr&#233;diter le Parti qu&#233;b&#233;cois en associant souverainisme et terrorisme. Il s'agissait, comme les en a accus&#233; Ren&#233; L&#233;vesque &#171; de condamner le Qu&#233;bec &#224; l'impuissance &#187;. La mise en vigueur de la Loi des mesures de guerre en octobre 1970 n'avait pas d'autre but.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1970, comme aujourd'hui, comme jadis et nagu&#232;re, le Canada anglais refuse l'existence nationale du peuple qu&#233;b&#233;cois et, aujourd'hui comme autrefois, il est pr&#234;t &#224; utiliser tous les moyens pour le r&#233;duire &#224; n&#233;ant ou, tout au moins l'emp&#234;cher de nuire au d&#233;veloppement de ses int&#233;r&#234;ts nationaux. Il est le peuple conqu&#233;rant qui trouve justifi&#233;e sa domination sur le peuple conquis, qui trouve justifi&#233; de d&#233;ployer son arm&#233;e contre lui, chaque fois qu'il a l'impudence de s'affirmer. En 1970, pour pr&#233;server l'int&#233;grit&#233; de son pouvoir mal acquis et mal conserv&#233;, bien que le rapport des forces en pr&#233;sence ne l'exigeait pas, il a saut&#233; sur l'occasion que lui offrait le FLQ. pour &#233;craser la d&#233;marche &#233;minemment l&#233;gitime et d&#233;mocratique et l'action politique l&#233;gale du Parti qu&#233;b&#233;cois, repr&#233;sentant alors &#224; ses yeux la menace ind&#233;pendantiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car, il est important de le souligner, les moyens de la lutte employ&#233;s par les forces ind&#233;pendantistes importe peu &#224; l'&#201;tat canadien, seule compte &#224; ses yeux leur efficacit&#233; r&#233;elle ou appr&#233;hend&#233;e. Et le terrorisme fait partie des armes &#224; sa disposition pour la contrer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tant qu'en grande majorit&#233; nous n'aurons pas une conscience aig&#252;e que nous sommes en guerre et tant que nous ne serons pas vraiment d&#233;termin&#233;s &#224; vaincre l'ennemi, nous serons victimes de ses coups de force et de ses actes de terrorisme. Il faut esp&#233;rer que nous d&#233;velopperons ces qualit&#233;s avant qu'il ne soit trop tard pour que les luttes de nos parents et a&#239;eux pour la reconnaissance de nos droits et pour notre souverainet&#233; n'aient pas &#233;t&#233; men&#233;es en vain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Pour &#233;crire cet article, je me suis toutefois principalement r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; l'ouvrage de Louis Fournier : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;FLQ histoire d'un mouvement clandestin&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; en 1998 par Lanct&#244;t &#233;diteur, et, pour l'histoire g&#233;n&#233;rale, parus chez le m&#234;me &#233;diteur, en 1999, les 2 tomes de Robert Lahaise et No&#235;l Vallarand : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Nouvelle France&lt;/i&gt; (1524-1760) et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec sous le r&#233;gime anglais&lt;/i&gt; (1760-1867), de m&#234;me qu'&#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada pourquoi l'impasse&lt;/i&gt;, de &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/archives/auteurs/h/hollowayk.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Kaye Holloway&lt;/a&gt;, publi&#233; &#224; Montr&#233;al, en 1984 par les &#233;ditions Nouvelle-Optique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bulletin des Recherches Historiques&lt;/i&gt;, vol. III, p.64, cit&#233; dans une monographie consacr&#233;e &#224; l'histoire de Saint-Michel de Bellechasse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3. Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de l'historien Stanley Br&#233;haut-Ryerson : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitalisme et Conf&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De Londres &#224; Ottawa, le terrorisme d'&#201;tat dans l'histoire du Qu&#233;bec. par Andr&#233;e Ferretti &lt;br&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Action nationale&lt;/i&gt;, vol. 90, no 8, octobre 2000, pp. 67-79.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Obama et nous</title>
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		<dc:creator>Joseph Facal - www.josephfacal.org</dc:creator>
		


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		<description>Ensuite, toutes les dates qui nous servent de rep&#232;res historiques sont, sans exception, des moments douloureux dans la conscience des Qu&#233;b&#233;cois francophones : 1760, 1837, 1840, Louis Riel, la Conscription, 1980, 1982 et 1995.</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La victoire de Barack Obama a amen&#233; son lot de comparaisons cruelles avec la morosit&#233; de la politique chez nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette comparaison est injuste, mais pour des raisons qui n'apparaissent pas &#224; premi&#232;re vue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le charisme d'Obama est ind&#233;niable. Mais le charisme n'op&#232;re jamais dans le vide. Il est la capacit&#233; d'un homme exceptionnel &#224; r&#233;activer des sentiments qui sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents dans le peuple. Le charisme ne cr&#233;e rien. Il ram&#232;ne &#224; la surface ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'id&#233;alisme am&#233;ricain, qui n'&#233;tait jamais disparu, n'attendait que l'allumette qui l'embraserait de nouveau. Or, cet id&#233;alisme trouve sa source dans les valeurs fondatrices des &#201;tats-Unis et dans sa riche histoire depuis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au fond, que disait Obama ? Que le r&#234;ve des P&#232;res fondateurs am&#233;ricains &#233;tait encore possible si le peuple acceptait de le suivre. Sa force fut de trouver les mots et le ton pour rendre convaincant cet appel. Mais il y avait, aux &#201;tats-Unis, un puissant r&#233;servoir historique de h&#233;ros, d'&#233;pisodes glorieux, de symboles largement partag&#233;s dans lesquels Obama pouvait puiser pour inspirer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; la diff&#233;rence essentielle entre les &#201;tats-Unis et nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada fut fond&#233; par des gens qui s'enfuirent des colonies am&#233;ricaines parce qu'ils rejetaient cet id&#233;alisme fondateur et voulaient demeurer fid&#232;les &#224; la Couronne britannique. Eux-m&#234;mes voyaient leur Canada essentiellement comme un arrangement pratique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comparez nos textes fondateurs. La Constitution am&#233;ricaine exalte &#171; la vie, la libert&#233; et la poursuite du bonheur &#187;. Celle du Canada valorise &#171; la paix, l'ordre et le bon gouvernement &#187; : de bonnes choses, certes, mais qui n'ont pas la m&#234;me capacit&#233; &#224; inspirer. Or, les conditions de naissance des soci&#233;t&#233;s les accompagnent ensuite pendant des si&#232;cles, m&#234;me quand l'ignorance de l'histoire fait qu'on ne s'en rend plus compte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Obama peut aussi &#233;voquer des figures historiques immenses : Washington, Lincoln, Roosevelt. Rien de tel au Canada : un McDonald ou un Laurier n'ont pas un dixi&#232;me de cette puissance d'inspiration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le cas du Qu&#233;bec, lui, est encore plus frappant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'acte fondateur de notre conscience historique, pour ce qu'il nous en reste, est une d&#233;faite : 1760. Notre naissance fut un traumatisme qui nous marque encore.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ensuite, toutes les dates qui nous servent de rep&#232;res historiques sont, sans exception, des moments douloureux dans la conscience des Qu&#233;b&#233;cois francophones : 1760, 1837, 1840, Louis Riel, la Conscription, 1980, 1982 et 1995.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Logiquement, on pr&#233;f&#232;re donc oublier le pass&#233; plut&#244;t que le c&#233;l&#233;brer. On d&#233;guise alors cette amn&#233;sie volontaire en &#171; regard-tourn&#233;-vers-l'avenir &#187;, en faisant passer ceux qui nous la rappellent pour des masochistes ou des nostalgiques. Ou alors on r&#233;&#233;crit l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nos grandes figures ont toutes une dimension tragique. Ultimement, Ren&#233; L&#233;vesque perdit son combat. Maurice Richard ne comprit jamais qu'il &#233;tait plus qu'un joueur de hockey. Trudeau frappa &#224; coups redoubl&#233;s sur son propre peuple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, un leader charismatique, chez nous, aurait beaucoup de peine &#224; connecter notre peuple sur une mythologie fondatrice v&#233;ritablement inspirante, car il y en a si peu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les Qu&#233;b&#233;cois fuient &#224; ce point les &#171; chicanes &#187;, c'est qu'elles se sont toujours sold&#233;es par des d&#233;faites. Alors nous int&#233;riorisons la fuite en la d&#233;guisant en gros bon sens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>&quot;Le capitalisme touche &#224; sa fin&quot;</title>
		<link>http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/11/le-capitalisme-touche-a-sa-fin_1105714_1101386.htmlhttp://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/11/le-capitalisme-touche-a-sa-fin_1105714_1101386.html</link>
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		<dc:date>2008-10-14T15:56:00Z</dc:date>
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		<description>Immanuel Wallerstein, chercheur au d&#233;partement de sociologie de l'universit&#233; de Yale, ex-pr&#233;sident de l'Association internationale de sociologie Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre (&quot;Douze propositions pour un autre monde possible&quot;), en 2005, vous &#234;tes (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Immanuel Wallerstein, chercheur au d&#233;partement de sociologie de l'universit&#233; de Yale, ex-pr&#233;sident de l'Association internationale de sociologie&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre (&quot;Douze propositions pour un autre monde possible&quot;), en 2005, vous &#234;tes consid&#233;r&#233; comme l'un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fond&#233; et dirig&#233; le Centre Fernand-Braudel pour l'&#233;tude de l'&#233;conomie des syst&#232;mes historiques et des civilisations de l'universit&#233; de l'Etat de New York, &#224; Binghamton. Comment replacez-vous la crise &#233;conomique et financi&#232;re actuelle dans le &quot;temps long&quot; de l'histoire du capitalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;SUR LE M&#202;ME SUJET&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-1101386,49-1105904@51-1105890,0.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;D&#233;bat Faut-il repenser le syst&#232;me Bretton Woods ?&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
Eclairage &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/12/quatre-croyances-ebranlees-par-la-crise_1105705_1101386.html#ens_id=1105890&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Quatre croyances &#233;branl&#233;es par la crise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Immanuel Wallerstein&lt;/strong&gt; : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la &quot;longue dur&#233;e&quot;, qui voit se succ&#233;der dans l'histoire humaine des syst&#232;mes r&#233;gissant les rapports de l'homme &#224; son environnement mat&#233;riel, et, &#224; l'int&#233;rieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, d&#233;crits par des &#233;conomistes comme Nicolas Kondratieff (1882-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd'hui clairement dans une phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commenc&#233; il y a trente &#224; trente-cinq ans, apr&#232;s une phase A qui a &#233;t&#233; la plus longue (de 1945 &#224; 1975) des cinq cents ans d'histoire du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans une phase A, le profit est g&#233;n&#233;r&#233; par la production mat&#233;rielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer &#224; g&#233;n&#233;rer du profit, se financiariser et se r&#233;fugier dans la sp&#233;culation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les m&#233;nages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la derni&#232;re partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le d&#233;clin virtuel devient r&#233;el, et que les bulles explosent les unes apr&#232;s les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le ch&#244;mage progresse, et l'&#233;conomie conna&#238;t une situation de d&#233;flation r&#233;elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, aujourd'hui, ce moment du cycle conjoncturel co&#239;ncide avec, et par cons&#233;quent aggrave, une p&#233;riode de transition entre deux syst&#232;mes de longue dur&#233;e. Je pense en effet que nous sommes entr&#233;s depuis trente ans dans la phase terminale du syst&#232;me capitaliste. Ce qui diff&#233;rencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels ant&#233;rieurs, c'est que le capitalisme ne parvient plus &#224; &quot;faire syst&#232;me&quot;, au sens o&#249; l'entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un syst&#232;me, biologique, chimique ou social, d&#233;vie trop et trop souvent de sa situation de stabilit&#233;, il ne parvient plus &#224; retrouver l'&#233;quilibre, et l'on assiste alors &#224; une bifurcation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La situation devient chaotique, incontr&#244;lable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors, et l'on voit &#233;merger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du syst&#232;me, mais entre tous les acteurs pour d&#233;terminer ce qui va le remplacer. Je r&#233;serve l'usage du mot &quot;crise&quot; &#224; ce type de p&#233;riode. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche &#224; sa fin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi ne s'agirait-il pas plut&#244;t d'une nouvelle mutation du capitalisme, qui a d&#233;j&#224; connu, apr&#232;s tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le capitalisme est omnivore, il capte le profit l&#224; o&#249; il est le plus important &#224; un moment donn&#233; ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essay&#233; de le faire derni&#232;rement dans les biotechnologies et les technologies de l'information. Mais je pense que les possibilit&#233;s d'accumulation r&#233;elle du syst&#232;me ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moiti&#233; du XVIe si&#232;cle, se nourrit du diff&#233;rentiel de richesse entre un centre, o&#249; convergent les profits, et des p&#233;riph&#233;ries (pas forc&#233;ment g&#233;ographiques) de plus en plus appauvries.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A cet &#233;gard, le rattrapage &#233;conomique de l'Asie de l'Est, de l'Inde, de l'Am&#233;rique latine, constitue un d&#233;fi insurmontable pour &quot;l'&#233;conomie-monde&quot; cr&#233;&#233;e par l'Occident, qui ne parvient plus &#224; contr&#244;ler les co&#251;ts de l'accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d'oeuvre, des mati&#232;res premi&#232;res et des imp&#244;ts sont partout en forte hausse depuis des d&#233;cennies. La courte p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale qui est en train de s'achever n'a invers&#233; que provisoirement la tendance : &#224; la fin des ann&#233;es 1990, ces co&#251;ts &#233;taient certes moins &#233;lev&#233;s qu'en 1970, mais ils &#233;taient bien plus importants qu'en 1945. En fait, la derni&#232;re p&#233;riode d'accumulation r&#233;elle - les &quot;trente glorieuses&quot; - n'a &#233;t&#233; possible que parce que les Etats keyn&#233;siens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, l&#224; encore, la limite a &#233;t&#233; atteinte !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Y a-t-il des pr&#233;c&#233;dents &#224; la phase actuelle, telle que vous la d&#233;crivez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y en a eu beaucoup dans l'histoire de l'humanit&#233;, contrairement &#224; ce que renvoie la repr&#233;sentation, forg&#233;e au milieu du XIXe si&#232;cle, d'un progr&#232;s continu et in&#233;vitable, y compris dans sa version marxiste. Je pr&#233;f&#232;re me cantonner &#224; la th&#232;se de la possibilit&#233; du progr&#232;s, et non &#224; son in&#233;luctabilit&#233;. Certes, le capitalisme est le syst&#232;me qui a su produire, de fa&#231;on extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes - pour l'environnement, pour les soci&#233;t&#233;s - qu'il a engendr&#233;es. Le seul bien, c'est celui qui permet d'obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela dit, la crise la plus r&#233;cente similaire &#224; celle d'aujourd'hui est l'effondrement du syst&#232;me f&#233;odal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe si&#232;cle, et son remplacement par le syst&#232;me capitaliste. Cette p&#233;riode, qui culmine avec les guerres de religion, voit s'effondrer l'emprise des autorit&#233;s royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communaut&#233;s paysannes et sur les villes. C'est l&#224; que se construisent, par t&#226;tonnements successifs et de fa&#231;on inconsciente, des solutions inattendues dont le succ&#232;s finira par &quot;faire syst&#232;me&quot; en s'&#233;tendant peu &#224; peu, sous la forme du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Combien de temps la transition actuelle devrait-elle durer, et sur quoi pourrait-elle d&#233;boucher ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La p&#233;riode de destruction de valeur qui cl&#244;t la phase B d'un cycle Kondratieff dure g&#233;n&#233;ralement de deux &#224; cinq ans avant que les conditions d'entr&#233;e dans une phase A, lorsqu'un profit r&#233;el peut de nouveau &#234;tre tir&#233; de nouvelles productions mat&#233;rielles d&#233;crites par Schumpeter, sont r&#233;unies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement &#224; une crise de syst&#232;me nous a fait entrer dans une p&#233;riode de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, &#224; la t&#234;te des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu'il est techniquement possible pour retrouver l'&#233;quilibre, mais il est fort probable qu'ils n'y parviendront pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les plus intelligents, eux, ont d&#233;j&#224; compris qu'il fallait mettre en place quelque chose d'enti&#232;rement nouveau. Mais de multiples acteurs agissent d&#233;j&#224;, de fa&#231;on d&#233;sordonn&#233;e et inconsciente, pour faire &#233;merger de nouvelles solutions, sans que l'on sache encore quel syst&#232;me sortira de ces t&#226;tonnements.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes dans une p&#233;riode, assez rare, o&#249; la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd'hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilit&#233; d'influencer l'avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de pr&#233;voir quel mod&#232;le s'imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-&#234;tre plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau syst&#232;me aura &#233;merg&#233;. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un syst&#232;me d'exploitation h&#233;las encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un mod&#232;le plus &#233;galitaire et redistributif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les mutations ant&#233;rieures du capitalisme ont souvent d&#233;bouch&#233; sur un d&#233;placement du centre de &quot;l'&#233;conomie-monde&quot;, par exemple depuis le Bassin m&#233;diterran&#233;en vers la c&#244;te Atlantique de l'Europe, puis vers celle des Etats-Unis ? Le syst&#232;me &#224; venir sera-t-il centr&#233; sur la Chine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La crise que nous vivons correspond aussi &#224; la fin d'un cycle politique, celui de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, entam&#233;e &#233;galement dans les ann&#233;es 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconqu&#233;rir leur position dominante face &#224; la multiplication des centres de pouvoir, avec l'Europe occidentale, la Chine, le Br&#233;sil, l'Inde. Un nouveau pouvoir h&#233;g&#233;monique, si l'on s'en r&#233;f&#232;re au temps long braud&#233;lien, peut mettre encore cinquante ans pour s'imposer. Mais j'ignore lequel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En attendant, les cons&#233;quences politiques de la crise actuelle seront &#233;normes, dans la mesure o&#249; les ma&#238;tres du syst&#232;me vont tenter de trouver des boucs &#233;missaires &#224; l'effondrement de leur h&#233;g&#233;monie. Je pense que la moiti&#233; du peuple am&#233;ricain n'acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s'exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n'oubliez pas que nous, les Am&#233;ricains, nous sommes tous arm&#233;s...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Propos recueillis par Antoine Reverchon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>L'histoire &#224; l'&#232;re posthistorique</title>
		<link>http://www.ledevoir.com/2008/07/10/197111.html</link>
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		<dc:date>2008-07-10T20:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Jocelyn L&#233;tourneau - Le Devoir (opinions)</dc:creator>
		


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		<description>Chose certaine, il faudra bien produire une histoire qui cr&#233;e de l'appartenance et du sens commun, &#224; d&#233;faut de quoi le pr&#233;sent sans ancrage s'incurvera devant toutes les temp&#234;tes identitaires qui s'annoncent. Quelle histoire du pass&#233; pour permettre au pr&#233;sent de (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On dit des gens qu'ils ne connaissent pas l'histoire ou s'y int&#233;ressent peu, voire que le probl&#232;me est criant chez les jeunes. Repris r&#233;cemment par la presse &#224; l'occasion des f&#234;tes du 24 juin et du 1er juillet, ce bilan, qui renvoie &#224; l'id&#233;e selon laquelle on serait entr&#233; dans une &#232;re posthistorique o&#249; le pr&#233;sent et l'avenir &#233;clipseraient le pass&#233;, sonne juste et faux tout &#224; la fois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plusieurs enqu&#234;tes r&#233;alis&#233;es au Canada ou dans d'autres pays r&#233;v&#232;lent en effet que le pass&#233; ou l'histoire &#8212; peu importe le terme utilis&#233; pour d&#233;signer l'ayant-&#233;t&#233; &#8212; touche une majorit&#233; d'individus et que ceux-ci t&#233;moignent de leur int&#233;r&#234;t pour l'histoire en se livrant &#224; une pl&#233;iade d'activit&#233;s reli&#233;es au pass&#233;. Ces enqu&#234;tes indiquent &#233;galement que le pass&#233; n'est pas une dimension accessoire &#224; l'identit&#233; des gens ou un aspect secondaire de leur existence, mais un &#233;l&#233;ment qui d&#233;finit leur personne et une composante essentielle &#224; leur monde v&#233;cu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On tirera de ces informations un constat : ne pas reconna&#238;tre la signification d'un &#233;v&#233;nement historique ou mal situer un personnage sur la ligne du temps, deux d&#233;fauts souvent observ&#233;s chez les gens sond&#233;s, ne signifie pas que ces derniers ne sont pas attir&#233;s par le pass&#233;. Il faut &#233;viter d'associer m&#233;connaissance de l'histoire et indiff&#233;rence au pass&#233;. Certes, on peut d&#233;plorer le faible niveau de culture historique d'une population dans son ensemble. On peut aussi d&#233;noncer l'apathie d'un gouvernement &#224; corriger la situation. Cela dit, il semble que les lacunes observ&#233;es au chapitre des connaissances historiques des gens aient peu &#224; voir avec leur int&#233;r&#234;t envers l'histoire ou avec la place que tient la r&#233;f&#233;rence au pass&#233; dans leur vie quotidienne. Pour la majorit&#233; des adultes, cet int&#233;r&#234;t et cette r&#233;f&#233;rence sont importants plut&#244;t qu'anecdotiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle histoire aime-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais comment et pourquoi les gens sont-ils int&#233;ress&#233;s par l'histoire et le pass&#233; ? Au Canada, comme aux &#201;tats-Unis et en Australie, il appert que le pass&#233; auquel on porte le plus d'int&#233;r&#234;t et que l'on consid&#232;re comme &#233;tant le plus important est celui qui touche &#224; sa famille. Cela ne veut pas dire que le pass&#233; de sa nation, de sa r&#233;gion, de sa province, de son groupe culturel ou religieux n'a pas de valeur aux yeux de la masse. Mais ces pass&#233;s sont loin derri&#232;re le pass&#233; de la famille comme centre de pr&#233;occupation et source de motivation pour en apprendre davantage sur ce qui fut.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il appert &#233;galement que les Canadiens fr&#233;quentent l'histoire ou le pass&#233; parce qu'ils sont sensibles &#224; l'id&#233;e de transmettre quelque chose qui est important ou significatif pour eux et qui concerne l'ayant-&#233;t&#233;. De m&#234;me, les Canadiens se livrent &#224; des activit&#233;s reli&#233;es au pass&#233; parce que ces activit&#233;s, qui prennent souvent la forme de passe-temps &#171; anodins &#187;, leur permettent de comprendre le pass&#233;, de comprendre qui ils sont et d'&#234;tre reli&#233;s de mani&#232;re plus ou moins intense au pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces affirmations m&#232;nent &#224; ce que nous poserons comme une hypoth&#232;se de travail : la majorit&#233; des Canadiens s'int&#233;ressent au pass&#233; &#224; partir d'une perspective individuelle pour se situer singuli&#232;rement dans un contexte historique, pour donner du sens &#224; leur vie propre ou pour en apprendre davantage sur leurs ant&#233;c&#233;dents familiaux &#8212; et ainsi se raccrocher &#224; une histoire familiale qui leur permet de s'inscrire personnellement dans une dur&#233;e sp&#233;cifique et ma&#238;trisable. &#192; l'origine de l'int&#233;r&#234;t pour le pass&#233; chez une majorit&#233; de gens, il y aurait donc le d&#233;sir individuel de se d&#233;finir par l'histoire en vue de se mieux comprendre &#224; une &#233;chelle microsociale et par rapport &#224; une continuit&#233; qui aurait du sens au pr&#233;sent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette constatation intrigue. Trouverions-nous dans cette attitude une manifestation de la condition postmoderne, laquelle ne soutiendrait aucun d&#233;sir de d&#233;racinement chez les gens, mais exprimerait leur volont&#233; ferme d'enracinement &#8212; dans un g&#233;n&#233;alogie familiale plut&#244;t que nationale toutefois ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Une nation d'individualit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plusieurs enqu&#234;tes (dont la n&#244;tre : &lt;a href=&quot;http://www.lescanadiensetleurspasses.ca&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;www.lescanadiensetleurspasses.ca&lt;/a&gt;) montrent en effet que les Canadiens &#233;tablissent des connexions entre leur histoire personnelle et l'histoire de leur groupe d'appartenance, en particulier l'histoire du pays o&#249; ils r&#233;sident ou celle de la nation &#224; laquelle ils s'identifient. C'est ainsi que bon nombre de Canadiens int&#232;grent des &#233;l&#233;ments de l'histoire nationale &#224; l'histoire de leur famille, mani&#232;re de projeter leur pass&#233; intime dans une temporalit&#233; plus large qui ajoute du sens &#224; leur vie personnelle, laquelle rejoint d&#232;s lors un espace commun d'histoire ou de m&#233;moire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'autres font co&#239;ncider certains &#233;pisodes de leur histoire priv&#233;e avec des moments forts ou particuliers de l'histoire collective qu'ils ram&#232;nent &#224; l'&#233;chelle de leur vie personnelle, ce qui leur permet d'inscrire leur v&#233;cu dans deux trames narratives reli&#233;es, l'une individuelle ou priv&#233;e et l'autre collective ou publique. D'autres encore, qui pratiquent la g&#233;n&#233;alogie, passent par l'interm&#233;diaire de l'histoire collective (ou nationale) pour b&#226;tir ou r&#233;tablir un lien avec leurs anc&#234;tres particuliers, ce qui leur permet de situer leur vie (familiale) sur deux trames historiques ou temporalit&#233;s, l'une collective (ou nationale) et l'autre priv&#233;e. Dans tous les cas, il y a la volont&#233;, chez bien des gens, d'inscrire leur individualit&#233; dans une mouvance historique qui les d&#233;passe, sans pour autant ali&#233;ner leur histoire sp&#233;cifique au profit d'un pass&#233; collectif qui les absorberait dans l'ordre de ses significations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est donc faux de pr&#233;tendre que les gens ont cess&#233; de se rapporter &#224; des lieux d'histoire ou de m&#233;moire larges &#8212; nationaux, religieux, culturels. Il semble toutefois y avoir un renversement du rapport habituel liant l'individu aux ensembles que constituent la nation, la religion ou le groupe ethnique ou culturel. Ainsi, on vit la nation sur un mode individuel et singulier. On se rapporte moins &#224; la nation qu'on ne la rapporte &#224; soi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne veut plus &#234;tre &#233;cras&#233; par la m&#233;moire, l'histoire et l'horizon de la nation ; c'est davantage dans la diversit&#233; et la multiplicit&#233; de ses pratiques quotidiennes que, le cas &#233;ch&#233;ant, on rejoint la nation pour s'y inscrire plus ou moins continuellement et enti&#232;rement &#224; titre de sujet singulier &#8212; sujet ne renon&#231;ant toutefois pas &#224; son individualit&#233; ou &#224; sa sp&#233;cificit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle histoire collective ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait donc penser que le contexte de r&#233;ception des histoires collectives n'est plus ce qu'il &#233;tait. Non seulement les r&#233;f&#233;rents collectifs sont souvent subordonn&#233;s aux r&#233;f&#233;rents individuels, mais l'importance attach&#233;e aux lieux d'histoire et de m&#233;moire collectifs a diminu&#233; au profit des lieux d'histoire et de m&#233;moire priv&#233;s, ceux de la famille notamment. Il en r&#233;sulte pour l'&#201;tat et les groupes dominants une difficult&#233; d'imposer leurs narrations englobantes et univoques &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que faire devant l'&#233;tiolement apparent du sentiment d'histoire nationale chez les gens ? Pour plusieurs, la r&#233;ponse est claire : il s'agit d'ajouter &#224; l'offre d'histoire nationale en occupant tous les fronts possibles de production et de diffusion de cette histoire, de mani&#232;re &#224; rejoindre les plus larges publics ; ainsi, la r&#233;f&#233;rence historique de la nation reprendra sa place de pr&#233;dilection et surd&#233;terminera toutes les autres r&#233;f&#233;rences &#224; partir desquelles l'individu donne du sens &#224; sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vraiment ? Renationaliser les gens par un r&#233;cit fort du pass&#233;, r&#233;cit &#224; vell&#233;it&#233;s patriotiques, est-il une solution pour contrer l'atrophie relative de leur sentiment d'histoire nationale ? Est-ce seulement souhaitable que la r&#233;f&#233;rence nationale redevienne cardinale dans l'identit&#233; et la conscience historique des individus ? On ne saurait le dire sans conteste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Chose certaine, il faudra bien produire une histoire qui cr&#233;e de l'appartenance et du sens commun, &#224; d&#233;faut de quoi le pr&#233;sent sans ancrage s'incurvera devant toutes les temp&#234;tes identitaires qui s'annoncent. Quelle histoire du pass&#233; pour permettre au pr&#233;sent de s'enraciner et &#224; l'avenir d'&#233;clore en &#233;vitant de se retrouver orphelin d'une pr&#233;sence ant&#233;rieure ? Telle est l'une des questions pressantes qui se posent &#224; l'or&#233;e du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jocelyn L&#233;tourneau, Professeur d'histoire &#224; l'universit&#233; Laval, laur&#233;at de la Fondation Trudeau (2006) et directeur du projet &lt;i&gt;Les Canadiens et leurs pass&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>P&#233;guy et la fausse r&#233;publique du Qu&#233;bec</title>
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		<dc:date>2008-04-20T16:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Gilles Labelle - Le Devoir (opinions)</dc:creator>
		


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		<description>Il y a deux ans maintenant, Le Devoir a lanc&#233; un d&#233;fi non seulement aux professeurs de philosophie mais aussi &#224; d'autres auteurs passionn&#233;s d'id&#233;es, d'histoire des id&#233;es, de d&#233;crypter une question d'actualit&#233; &#224; partir des th&#232;ses d'un penseur. Le Qu&#233;bec serait-il (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a deux ans maintenant, Le Devoir a lanc&#233; un d&#233;fi non seulement aux professeurs de philosophie mais aussi &#224; d'autres auteurs passionn&#233;s d'id&#233;es, d'histoire des id&#233;es, de d&#233;crypter une question d'actualit&#233; &#224; partir des th&#232;ses d'un penseur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec serait-il pass&#233; de la mystique &#224; la politique ? En d'autres mots, se serait-il install&#233; dans une sorte de r&#233;publique imaginaire essentiellement fond&#233;e sur la critique du r&#233;gime pr&#233;c&#233;dant la R&#233;volution tranquille, &#224; d&#233;faut d'avoir v&#233;cu un authentique moment fondateur r&#233;publicain ? C'est la question que l'oeuvre de Charles P&#233;guy (1873-1914) devrait amener ses lecteurs aussi int&#233;ress&#233;s &#224; comprendre la situation du Qu&#233;bec depuis 1960.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;P&#233;guy a &#233;t&#233; beaucoup lu avant la R&#233;volution tranquille. On le sait gr&#226;ce &#224; des travaux r&#233;cents (Meunier et Warren), plusieurs des acteurs et des penseurs les plus importants de cette r&#233;volution se r&#233;clamaient du personnalisme chr&#233;tien dont P&#233;guy peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une des sources. Cela &#233;tant, la lecture de P&#233;guy ne peut manquer de d&#233;sar&#231;onner les modernes que nous sommes : en effet, ne condamne-t-il pas sans &#233;quivoque le &#171; monde moderne &#187;, le monde que &#171; nous avons nomm&#233;, que nous ne cesserons pas de nommer, insiste-t-il, le monde moderne &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus encore, ne vante-t-il pas, alors m&#234;me que s'annonce la guerre (il y mourra en septembre 1914), les vertus de la &#171; race fran&#231;aise &#187; ? P&#233;guy, pass&#233; du socialisme au nationalisme puis au catholicisme, ne serait-il pas un pr&#233;curseur du &#171; fascisme &#224; la fran&#231;aise &#187; (dixit Bernard-Henri L&#233;vy) ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;P&#233;guy, en somme, sent le soufre ; le Qu&#233;bec moderne est prompt &#224; traquer les nostalgies de l'&#171; ancien r&#233;gime &#187;, &#224; d&#233;busquer encore et toujours l'inf&#226;me. Si on ajoute &#224; cela que la prose de P&#233;guy est sinueuse, qu'il multipliait les parenth&#232;ses et les digressions, toutes les raisons paraissent bonnes pour fuir ses &#233;crits, que ses critiques jugeront moins &#171; exigeants &#187; que simplement &#171; encombr&#233;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette prose devrait pourtant nous alerter. P&#233;guy prenait un soin maniaque non seulement de son &#233;criture mais, lui-m&#234;me &#233;diteur des fameux Cahiers de la quinzaine, de la mise en pages et de l'impression. En quelques mots : impossible de &#171; parcourir &#187; ses &#233;crits, de les lire &#171; en diagonale &#187;, comme la prolif&#233;ration des publications nous y invite de plus en plus. Ou on lit P&#233;guy lentement, attentivement, ou on ne le lit pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et si on accepte de le lire, de plonger dans cette oeuvre immense (compos&#233;e en moins de 20 ans), on y d&#233;couvre bien autre chose que ce qu'en dit la rumeur des lecteurs press&#233;s (ce qui n'emp&#234;che nullement de discerner ce qui nous en &#233;loigne). Entre autres, nous y trouvons de quoi r&#233;fl&#233;chir &#224; la condition du Qu&#233;bec contemporain, en particulier son rapport au r&#233;publicanisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je l'ai relev&#233; : P&#233;guy pourfend le &#171; monde moderne &#187;. Encore faudrait-il prendre le temps de se demander ce qu'il veut dire par l&#224;. Posons un jalon : P&#233;guy juge le monde moderne du point de vue du &#171; cr&#233;dit &#187; (il dit parfois : de la &#171; croyance &#187;, de la &#171; cr&#233;ance &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un c&#244;t&#233;, le monde moderne est un monde qui refuse d'accorder du cr&#233;dit, un monde qui &#171; discr&#233;dite &#187; syst&#233;matiquement ; le monde moderne, &#233;crit P&#233;guy, c'est un &#171; monde qui fait le malin &#187;, c'est le monde &#171; de ceux &#224; qui on n'en remontre pas, de ceux &#224; qui on n'en fait pas accroire &#187;, le monde &#171; de ceux qui ne croient &#224; rien &#187; (citations tir&#233;es de Notre jeunesse, un ouvrage de 1910).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lisant P&#233;guy, on comprend que sa critique ne concerne pas d'abord le doute m&#233;thodique de Descartes ; son id&#233;e est plut&#244;t que le monde moderne est essentiellement dress&#233; contre ce qui n'est pas lui, plus encore, n'est rien d'autre que la critique de ce qui n'est pas lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le monde moderne, en ce sens, est parasitaire, il vit aux d&#233;pens d'une r&#233;alit&#233; qu'il n'a pas faite et dont la critique est cens&#233;e suffire &#224; l'instituer. C'&#233;tait l&#224; le sens de la f&#233;roce opposition de P&#233;guy au &#171; combisme &#187;, c'est-&#224;-dire au gouvernement d'&#201;mile Combes soutenu par le socialiste Jaur&#232;s, qui substitue selon P&#233;guy &#224; l'oeuvre de &#171; restauration &#187; (je reviendrai sur ce mot) de la r&#233;publique la critique d&#233;magogique de l'&#201;glise catholique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme si cette critique suffisait &#224; fonder la r&#233;publique, comme si celle-ci pouvait s'instituer simplement en faisant reculer son adversaire (qu'elle devra d'ailleurs m&#233;nager ou pr&#233;senter comme plus fort qu'il ne l'est r&#233;ellement, car que fera-t-elle apr&#232;s sa disparition ?).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Coup d'&#201;tat de Mgr Ouellet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est d'ailleurs l&#224; une id&#233;e-force d'un ouvrage injustement oubli&#233; d'un penseur de la R&#233;volution tranquille, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Journal d'un inquisiteur&lt;/i&gt; de Gilles Leclerc. Foudroyante intuition de Leclerc, avant m&#234;me que ne s'amorce la R&#233;volution tranquille (paru en 1960, son livre fut &#233;crit &#224; la fin des ann&#233;es 50) : le probl&#232;me du Qu&#233;bec est qu'il se d&#233;finira d&#233;sormais essentiellement par l'&#171; incr&#233;dulit&#233; &#187; &#224; l'&#233;gard du pr&#233;c&#233;dent &#171; r&#233;gime ethno-th&#233;ologico-politique &#187;, se r&#233;v&#233;lant incapable de d&#233;finir positivement une soci&#233;t&#233; nouvelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui sera mis en partage, en d'autres mots, sera le discr&#233;dit des anciennes autorit&#233;s ; cela seul nous tiendra lieu de fondation. Pr&#232;s de 50 ans apr&#232;s Gilles Leclerc, ne sommes-nous pas &#224; m&#234;me de mesurer &#224; la fois la pr&#233;gnance et les effets induits par une telle attitude &#171; moderne &#187; (au sens de P&#233;guy) ? &#192; quoi tient l'acharnement de l'opinion, des m&#233;dias, des intellectuels contre l'&#201;glise catholique, alors qu'il y a longtemps qu'elle ne repr&#233;sente plus rien, d'un point de vue politique et culturel, dans notre soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On dira : mais n'avez-vous pas vu, au moment des audiences de la commission Bouchard-Taylor, &#224; quel point les catholiques sont puissants ? Comme si on &#233;tait incessamment menac&#233;s d'un retour avant 1960, comme si la Grande Noirceur mena&#231;ait de nous engloutir de nouveau demain matin, comme si Mgr Ouellet planifiait un coup d'&#201;tat... Cela, alors m&#234;me que les conservateurs de la revue &#201;gards soutiennent que l'heure est venue pour les traditionalistes et les catholiques de passer &#224; la &#171; r&#233;sistance conservatrice &#187;, si ce n'est aux catacombes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hors circuit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, l'&#201;glise catholique est tellement hors circuit qu'il a fallu trouver un autre adversaire et avoir ainsi l'impression de fonder un moment r&#233;publicain dont la v&#233;rit&#233; est simplement qu'il n'a jamais eu lieu dans le Qu&#233;bec d'apr&#232;s 1960 : comme l'illustre au mieux l'&#233;tat pitoyable de notre syst&#232;me d'&#233;ducation, c'est aux institutions indissociables, d'une r&#233;f&#233;rence forte &#224; l'id&#233;e d'autorit&#233;, que nos r&#233;volutionnaires parasitaires et notre r&#233;publique manqu&#233;e s'en sont pris avec un acharnement qui ne cesse pas (c'est le sens de notre d&#233;lire p&#233;dagogique, dont la r&#233;cente &#171; r&#233;forme &#187; n'est que le dernier avatar), m&#234;me si tout est en ruine depuis longtemps. Vieillotte, la prose de P&#233;guy ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pas au point de ne pas nous interpeller sur les histoires que nous nous racontons &#224; propos de l'&#171; &#201;tat du Qu&#233;bec &#187;. Comme si on pouvait instituer un &#201;tat, une r&#233;publique sans douleur, sans moment fondateur, simplement en s'opposant au &#171; principe d'institution &#187; ou &#224; ce qu'il y avait avant, &#171; en faisant le malin &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais revenons &#224; P&#233;guy et &#224; son analyse du monde moderne. Celui-ci n'est pas fond&#233; seulement sur le discr&#233;dit, qui ne suffira jamais, m&#234;me pour seulement donner l'apparence d'une fondation r&#233;publicaine. Le monde moderne est parasitaire en un deuxi&#232;me sens pour l'auteur de Notre jeunesse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Paradoxalement, les modernes marient ais&#233;ment discr&#233;dit et cr&#233;dit : tout en ricanant de tout &#8212; question en apart&#233;, &#224; la P&#233;guy : s'est-on d&#233;j&#224; demand&#233; pourquoi les Qu&#233;b&#233;cois ont fait du rire une industrie ? &#8212;, ils sont englu&#233;s dans le dogme ; ils ont, &#233;crit P&#233;guy, une &#171; m&#233;taphysique inavou&#233;e &#187; (on dirait aujourd'hui une id&#233;ologie). Ce qu'ils opposent &#224; l'&#201;glise, en effet, c'est la r&#233;publique, dont ils ne cessent de c&#233;l&#233;brer les accomplissements.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au fond, le paradoxe n'est qu'apparent : il faut bien, puisqu'on ne fonde rien de positif en se contentant de s'en prendre &#224; l'adversaire, se faire croire pourtant que l'entreprise est un succ&#232;s. Moins on fonde, plus on proclamera que tout est d'ores et d&#233;j&#224; fond&#233;, accompli, et qu'on peut en &#234;tre satisfait : la IIIe R&#233;publique que critique P&#233;guy n'arr&#234;tait pas de vanter son &#171; &#233;quilibre &#187;, &#233;difi&#233; sur ces &#171; classes nouvelles &#187; qui, situ&#233;es &#171; au milieu &#187;, en garantissaient la dur&#233;e, la stabilit&#233; (dixit L&#233;on Gambetta). &#171; On ne peut pas fonder toujours &#187;, dit le pseudo-r&#233;publicain, &#171; &#231;a fatiguerait &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parasitisme de second degr&#233;, insiste P&#233;guy : non seulement le monde moderne &#233;vite de se fonder positivement en se contentant de la critique, il vampirise aussi ce qu'il appelle la &#171; mystique r&#233;publicaine &#187; pour lui retirer toutes ses ar&#234;tes, pour en faire une &#171; politique &#187;. &#171; Tout commence en mystique et finit en politique &#187; : il n'est pas facile de faire entendre en peu de mots ce que P&#233;guy veut dire par l&#224; ; disons, pour faire vite, que la r&#233;publique est pour lui un principe &#171; spirituel &#187;, un &#171; esprit &#187; qu'on peut opposer aux &#171; autorit&#233;s temporelles &#187; en l'invoquant, en le &#171; restaurant &#187; inlassablement contre celles-ci.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mystique r&#233;publicaine, selon lui, &#233;tait elle-m&#234;me une restauration de la mystique juive (la Loi mosa&#239;que, qui prescrit le Juste et le Bien) et de la mystique chr&#233;tienne (la charit&#233;) ; dans De Jean Coste, P&#233;guy expliquait que la r&#233;publique, qu'il concevait socialiste, devait s'entendre comme un ouvrage perp&#233;tuel contre la mis&#232;re afin qu'il n'y ait aucun laiss&#233;-pour-compte, aucun &#171; damn&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;T&#226;che infinie puisqu'il suffit d'une seule exception, d'une seule injustice, pour que la r&#233;publique soit consid&#233;r&#233;e inachev&#233;e, &#224; restaurer ou &#224; refonder. Pour P&#233;guy, la r&#233;publique ne peut jamais &#234;tre tenue pour accomplie, c'est l&#224; le contresens absolu, un &#171; crime &#187; m&#234;me, puisqu'elle est ainsi vid&#233;e de son sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un Canada en mieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici encore, le parall&#232;le avec le Qu&#233;bec s'impose. Certes, personne n'oserait dire que tout est accompli dans la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise. Mais quel est donc le sens du discours du Parti qu&#233;b&#233;cois depuis maintenant plusieurs ann&#233;es &#8212; on vient de l'entendre encore r&#233;cemment &#8212;, qui se concentre essentiellement sur le comment plut&#244;t que sur le pourquoi de l'ind&#233;pendance : faut-il ou pas un r&#233;f&#233;rendum, un scrutin, une &#171; conversation nationale &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout se passe ici comme si le Qu&#233;bec &#233;tait d'ores et d&#233;j&#224; une soci&#233;t&#233; globale, toute faite, de telle sorte que la seule question &#224; poser serait celle de son passage &#224; l'existence (en somme, la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise a toutes les qualit&#233;s, sauf celle d'exister compl&#232;tement).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus encore, et on a pu le constater &#233;galement au moment des audiences de la commission Bouchard-Taylor, pour certains, le Qu&#233;bec serait m&#234;me rien de moins qu'une sorte de &#171; soci&#233;t&#233; mod&#232;le &#187;, &#171; ouverte &#224; l'autre &#187;, &#171; tol&#233;rante &#187;, &#171; accueillante &#187;, &#171; solidaire &#187;, etc. &#8212; une sorte de Canada en mieux, remarquons-le, qui ne cesse de proclamer sa valeur, voire sa sup&#233;riorit&#233; morale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans tous ces discours, une constante : la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise para&#238;t d'embl&#233;e &#171; faite &#187; &#8212; elle est seulement emp&#234;ch&#233;e d'&#234;tre &#8212; plut&#244;t qu'&#224; faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais cela ne revient-il pas &#224; se r&#233;fugier dans une sorte de r&#233;publique imaginaire con&#231;ue tout &#224; l'inverse d'une r&#233;publique &#224; faire, con&#231;ue comme un chantier, comme une oeuvre de fondation et de refondation continue ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tourment&#233; par un combat qu'il estimait inachevable contre l'injustice, de plus en plus isol&#233;, P&#233;guy finit par sombrer dans ce qu'il d&#233;non&#231;ait. M&#234;me ses lecteurs les plus sympathiques l'admettent : pour lui aussi, &#171; tout commence en mystique et finit en politique &#187;. Comme les pseudo-r&#233;publicains satisfaits qu'il pourfendait, lui-m&#234;me a cru voir dans la r&#233;publique en guerre de 1914 &#8212; qui restaurait celle de 1792, croyait-il &#8212; la mystique enfin ! incarn&#233;e. L'esprit &#233;tait devenu pr&#233;sence r&#233;elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'o&#249; des propos outrageux, injustes (par rapport &#224; Jaur&#232;s, entre autres). D'o&#249; son enthousiasme pour la guerre. D'o&#249; sa c&#233;l&#233;bration de la &#171; race fran&#231;aise &#187; (mais qui n'a rien de &#171; biologique &#187; cependant) associ&#233;e &#224; l'&#171; h&#233;ro&#239;sme &#187; et &#224; la &#171; saintet&#233; &#187;. Et d'o&#249; la rumeur que P&#233;guy, c'est le &#171; fascisme &#224; la fran&#231;aise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'o&#249;, aussi, l'effort qu'il faut pour le red&#233;couvrir, derri&#232;re ce fatras, pour red&#233;couvrir que c'est &#224; nous qu'il parle si on estime que la fatigue ne l'a pas emport&#233;, que &#171; fonder, &#231;a ne fatigue pas toujours &#187;, que la r&#233;publique du Qu&#233;bec est &#224; faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gilles Labelle, Professeur de pens&#233;e et de philosophie politique &#224; la facult&#233; de science politique de l'Universit&#233; d'Ottawa&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous &#234;tes d'accord, ou non ? Vous avez des suggestions, un commentaire ? &#201;crivez &#224; Antoine Robitaille : arobitaille@ledevoir.comm&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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	</item>



	<item>
		<title>Feuilles et racines&#8230;</title>
		<link>http://www.vigile.net/Feuilles-et-racines</link>
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		<dc:date>2008-03-03T15:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Fernand Couturier - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description></description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vigile a reproduit &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/L-homme-livre&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&#8220;L'homme-livre&#8221;, texte d'Odile Tremblay publi&#233; dans Le
Devoir du samedi 1er mars&lt;/a&gt;. J'accroche au passage suivant de ce texte : &#171; Si
jamais l'ind&#233;pendance s'accomplissait (mais on est loin du compte), elle
devrait s'arrimer aux piliers d'une population jeune, ouverte sur le monde,
bilingue et multiculturelle. Nous voici &#224; l'&#232;re des feuilles plut&#244;t qu'&#224;
celle des racines. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tr&#232;s &#233;videmment l'ind&#233;pendance ne peut se faire d&#233;mocratiquement qu'avec
l'implication de toutes les g&#233;n&#233;rations, y compris celle des jeunes. Tr&#232;s
&#233;videmment aussi, ces jeunes doivent-ils, autant que faire se peut, parler
une, deux ou trois langues autres que le fran&#231;ais, langue commune ; et
doivent-ils aussi s'ouvrir aux cultures pr&#233;sentes dans le monde. Mais, il
faut le redire, ces capacit&#233;s n'impliquent en rien l'institutionnalisation
du bilinguisme et du multiculturalisme &#224; la canadienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis il faut remarquer, encore, qu'on peut tr&#232;s bien &#234;tre ouvert sur le
monde m&#234;me si on ne conna&#238;t qu'une seule langue. C'est tout simplement une
donn&#233;e d'exp&#233;rience. &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/En-passant-par-Bruxelles&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Christian Rioux a publi&#233; dans le m&#234;me journal, il y a
quelques jours, une chronique bien document&#233;e&lt;/a&gt; qui abondait en ce sens. De
quoi nous faire r&#233;fl&#233;chir sur notre compr&#233;hension commune et imm&#233;diate du
bilinguisme. Pour le Qu&#233;b&#233;cois en g&#233;n&#233;ral, &#234;tre bilingue, c'est parler aussi
l'anglais. M&#234;me s'il ne sait pas l'&#233;crire. C'est pour lui une promotion
extraordinaire : celle de pouvoir se situer au rang du colonisateur. Ne
sautez pas trop haut tout de suite, je m'explique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'exp&#233;rience du coin de
pays o&#249; j'ai pass&#233; mon enfance me rappelle encore tr&#232;s bien les visages
remplis de fiert&#233; des quelques-uns qui pouvaient s'adresser aux Anglais
d'Edmundston et &#224; ceux du Maine, l'autre c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re St-John.
Imaginez, pouvoir par la magie de quelques phrases se hisser au rang de
ceux qui avaient l'argent et exer&#231;aient le pouvoir ! Et d'autre part, mon
&#226;ge avanc&#233; m'a permis, au cours des 60 ans et plus pass&#233;s au Qu&#233;bec &#224;
&#233;tudier, &#224; enseigner et &#224; c&#244;toyer les gens de diff&#233;rentes conditions et
r&#233;gions, m'a permis de rassembler des exp&#233;riences et souvenirs de
rencontres, de faits, d'&#233;pisodes o&#249; des Qu&#233;b&#233;cois parlent de la
connaissance de l'anglais comme signe par excellence de l'&#233;mancipation
fondamentale. J'exag&#232;re &#224; peine. Il y a encore et toujours, &#224; mon avis, des
relents d'un sentiment de colonis&#233; dans l'emphase que l'on met chez nous
sur le bilinguisme fran&#231;ais-anglais. Ceci devrait sans doute &#234;tre analys&#233;
plus longuement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce sur quoi je veux surtout revenir, c'est la formule jolie : &#8220;Nous
voici &#224; l'&#232;re des feuilles plut&#244;t qu'&#224; celle des racines.&#8221; Nonobstant sa
joliesse, l'expression est &#171; misleading &#187;, dirait l'anglais. Elle rate la
bonne direction. Elle est &#171; irref&#252;hrend &#187;, reprendrait l'allemand. Elle m&#232;ne
dans l'errance ou m&#234;me l'erreur. Et le fran&#231;ais dit tout simplement qu'elle
&#171; fourvoie &#187;. Elle ne met pas sur la bonne piste. Elle manque la voie du vrai
et juste dire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car elle laisse entendre que les feuilles peuvent se passer des racines.
L'auteure veut ici parler du temps, du pr&#233;sent et du pass&#233;. Les jeunes
d'aujourd'hui seraient comme ces feuilles rutilantes, l&#233;g&#232;res et
palpitantes dans la brise et la lumi&#232;re du vaste ciel ; ils seraient libres
de leur pass&#233; comme ces feuilles sont apparemment ind&#233;pendantes des
secr&#232;tes et sombres racines. Mais peut-on imaginer une ram&#233;e sans les
racines de l'arbre ? C'est pourtant ce que l'on fait, sans doute
inconsciemment, quand on repr&#233;sente un pr&#233;sent sans l'apport et le support
du pass&#233;. Le pr&#233;sent retranch&#233; du pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais l'image des feuilles et des racines, &#224; bien y penser, peut dire le
temps autrement que ne le fait le passage cit&#233;. Comme la feuill&#233;e jaunie de
l'automne retourne &#224; la terre pour ajouter &#224; l'humus nourricier des racines
qui enverront en son temps la s&#232;ve vivifiante pour l'apparition d'un autre
feuillage, ainsi tout pr&#233;sent est toujours &#224; l'&#226;ge de glisser dans le pass&#233;
o&#249; il se joint aux legs qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, enrichissant et renfor&#231;ant le
fondement d'o&#249; surgissent d'autres pr&#233;sents pour des avenirs projet&#233;s, dans
l'ouverture d'avenirs projet&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y va pas ici d'un simple exercice litt&#233;raire pour dilettantes
d&#233;sint&#233;ress&#233;s. Au contraire, c'est un enjeu d'une importance vitale dans le
contexte qu&#233;b&#233;cois actuel. Il y va, en effet, de la compr&#233;hension de la
temporalit&#233; concr&#232;te, existentielle. Temporalit&#233; impliquant les rapports de
l'avenir, du pass&#233; et du pr&#233;sent dans un cycle incontournable. Celui
pr&#233;cis&#233;ment que laisse appara&#238;tre le ph&#233;nom&#232;ne de l'existence humaine comme
ensemble d'all&#233;es et de venues dans le monde concret de tous les jours.
C'est de cette mani&#232;re qu'il y a de l'histoire. Et c'est parce qu'il en est
ainsi, par exemple, que l'enseignement de notre pass&#233; dans les institutions
scolaires rev&#234;t une importance majeure. Bien s&#251;r, la conception
contemporaine courante de l'histoire confine celle-ci dans le seul pass&#233;.
Mais c'est une abstraction scientifique, un proc&#233;d&#233; de la science de
l'histoire, qui a sa propre l&#233;gitimit&#233;. Mais le savoir scientifique de
l'histoire n'&#233;puise pas la connaissance du pass&#233;. Celle-ci doit aussi
comprendre les rapports du pass&#233; au pr&#233;sent et &#224; l'avenir. Il faut
comprendre que le pass&#233; n'est pas fig&#233;, qu'il s'&#233;paissit, s'enrichit, se
nourrit de tous les pr&#233;sents qui glissent sans cesse vers lui ; qu'il les
conserve et les garde disponibles pour d'autres pr&#233;sents qui, de leur c&#244;t&#233;,
surgissent toujours, selon le fonctionnement m&#234;me de notre existence
concr&#232;te, dans des projets d'avenir explicitement ou non express&#233;ment
planifi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cette perspective, il y a lieu de continuer nos discussions sur
l'enseignement de l'histoire. Parce qu'alors on peut voir comment la
connaissance du pass&#233; importe &#224; l'avenir et au pr&#233;sent. Parce qu'alors
aussi apparaissent bien myopes et manchots les politiques et leurs slogans
qui ne visent que l'imm&#233;diat en se targuant d'&#234;tre ainsi de leur temps. Et
il en va de m&#234;me pour ces politiques et leurs leitmotivs qui, soi-disant
pour manifester de la vision, pour ne pas &#234;tre accus&#233;s de pass&#233;isme, disent
tourner le dos au pass&#233; et l&#233;gif&#233;rer pour le futur, &#8220;celui de nos enfants&#8221;,
pour employer la formule courante des politiciens. Abandonnant ainsi ce
pass&#233; dit r&#233;volu aux complaintes des esprits chagrins et m&#233;lancoliques.
Cependant, en r&#233;alit&#233;, ce pass&#233; n'est jamais r&#233;volu. Il l'est seulement
pour la feinte de ceux qui pr&#233;tendent pouvoir l'ignorer. Ce pass&#233; n'en
reste pas moins toujours &#224; l'&#339;uvre dans tous nos projets personnels et
collectifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ignorer cet &#233;tat de choses, c'est laisser des forces gigantesques agir &#224;
notre insu. Source des pr&#233;jug&#233;s non reconnus. Le conna&#238;tre et l'assumer,
c'est composer avec ces puissances en les interpr&#233;tant, c'est-&#224;-dire en les
mettant &#224; contribution selon leurs aptitudes dans les incessants
r&#233;arrangements de notre existence commune.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fernand Couturier&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
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	</item>



	<item>
		<title>La profondeur de la blessure</title>
		<link>http://www.vigile.net/La-profondeur-de-la-blessure</link>
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		<dc:date>2008-02-29T20:17:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Pascal Chevrette - Collaboration sp&#233;ciale</dc:creator>, <dc:creator>Dominic Desroches - Collaboration sp&#233;ciale</dc:creator>
		


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		<description>Ce qui est moins un jeu en derni&#232;re analyse, c'est que le Qu&#233;bec, peu importe la voie d'avenir qu'il choisira, ou bien demeurera au sein du Canada&#8230; ou bien deviendra un pays souverain, s&#233;par&#233; du Canada, capable de se choisir lui-m&#234;me afin de gu&#233;rir de la blessure (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le Qu&#233;bec, qu'on le prenne de tous bords, tous c&#244;t&#233;s,&lt;br&gt;
c'est une difficult&#233; intellectuelle, une entit&#233; qu'on ne trouve pas &lt;br&gt;
dans les livres des d&#233;finitions &#187;&lt;br&gt;
Jacques FERRON&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans d&#233;tour : cet article veut faire comprendre une fois pour toutes la
blessure qui caract&#233;rise le peuple qu&#233;b&#233;cois puisque cette blessure seule,
pensons-nous, peut expliquer ce que certains se plaisent &#224; appeler son &#171; ambivalence &#187; politique. Il prend le pari suivant : celui qui parvient &#224;
saisir la profondeur de la blessure &#233;vitera de tout ramener &#224; un sch&#233;ma
simple, car l'histoire des Qu&#233;b&#233;cois suit une logique qui ne se laisse pas
expliquer dans les entrefilets qui meublent nos grands quotidiens. En clair : toute politique prometteuse doit comprendre et respecter la profondeur de
la blessure, dans le meilleur des cas peut-&#234;tre, s'appuyer sur sa lente
gu&#233;rison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notre th&#232;se dit qu'une majorit&#233; de Qu&#233;b&#233;cois est hant&#233;e par des
duplicit&#233;s. Celles-ci conduisent le peuple dans une s&#233;rie logique de &#171; double bind &#187;, c'est-&#224;-dire qu'une suite d'injonctions paradoxales emp&#234;che
le peuple de se choisir une voie politique nette. Les grandes duplicit&#233;s
qui nous font souffrir depuis longtemps, au moins clairement depuis les
ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre, sont la duplicit&#233; du r&#233;cit historique, celle des
&#233;poques et des lieux, celle de la langue, celle des institutions politiques
et celle du choix de l'avenir. Notre texte s'attachera &#224; montrer comment la
r&#233;alit&#233; qu&#233;b&#233;coise s'interpr&#232;te d'une double mani&#232;re, ce qui peut
angoisser, rendre h&#233;sitant, sinon faire d&#233;crocher le citoyen inlassablement
confront&#233; &#224; une s&#233;rie de faux dilemmes opposant les histoires du Qu&#233;bec et
du Canada.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;	La duplicit&#233; du r&#233;cit historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Qu&#233;b&#233;cois, on ne le dit pas assez, peuvent se comprendre et se
r&#233;clamer d'un double r&#233;cit historique. En effet, il existe un premier r&#233;cit
qui rattache les francophones du Qu&#233;bec &#224; la d&#233;couverte et au d&#233;veloppement
de la Nouvelle-France et du Canada. Selon ce premier r&#233;cit fondateur, les
Fran&#231;ais ont colonis&#233; le territoire de l'Am&#233;rique du Nord ; ils ont suivi
le Saint-Laurent, d&#233;couvert les Grands Lacs, le Mississipi, l'Ohio et se
sont presque rendus aux limites ouest du territoire canadien. Ils ont donc,
avec d'autres peuples, particip&#233; &#224; la construction du Canada actuel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le
d&#233;membrement de la Nouvelle-France s'inscrit ainsi dans un r&#233;cit
d'exploration et d'enracinement sur un trop vaste territoire. L'Acadie, la
vall&#233;e du Saint-Laurent et le bassin des Grands Lacs &#233;tant habit&#233;s par des
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Canadiens&lt;/i&gt; (il faut comprendre le mot dans le sens qu'il avait &#224; la fin du
r&#233;gime fran&#231;ais) demeuraient des compatriotes &#224; d&#233;fendre. On le sait bien :
ce r&#233;cit est surtout utilis&#233; par les f&#233;d&#233;ralistes qui tiennent &#224; voir le
Qu&#233;bec &#224; l'int&#233;rieur du Canada et qui ne veulent pas renoncer aux
orgueilleuses ambitions de nos anc&#234;tres explorateurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, depuis la Conqu&#234;te, puis la r&#233;volte des Patriotes en 1837-1838, s'est
d&#233;velopp&#233;e une autre interpr&#233;tation de notre r&#233;cit historique. Cette seconde
mani&#232;re de reconna&#238;tre les faits visait &#224; comprendre autrement l'enjeu du
d&#233;membrement de la Nouvelle-France, c'est-&#224;-dire l'anglicisation du
continent. Selon cette nouvelle lecture, il fallait en quelque sorte
accepter les nouvelles fronti&#232;res d&#233;finies par l'empire britannique, celle
de la &#171; Province of Quebec &#187;. En mettant l'accent sur les r&#233;sultats de la
Conqu&#234;te, le soul&#232;vement des patriotes (qui &#233;taient Canadiens&#8230;), la
formation du Haut et le Bas Canada, ce r&#233;cit s'int&#233;resse &#224; ce qui reste du
territoire qu&#233;b&#233;cois afin d'en faire le lieu unique d'un &#201;tat moderne et
fran&#231;ais en Am&#233;rique. Or l'ironie, c'est que construit &#224; m&#234;me le premier,
ce r&#233;cit valorise la langue et la culture fran&#231;aises et pr&#244;ne une plus
grande autonomie, sinon l'ind&#233;pendance future de l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois. En des
temps plus agit&#233;s, en effet, cette mani&#232;re moderne de reconna&#238;tre les faits
historiques peut prendre la forme d'une aspiration l&#233;gitime &#224;
l'ind&#233;pendance, tandis qu'en des temps plus moroses, elle se limite &#224; une
volont&#233; d'autoconservation. Ce second r&#233;cit, en voulant tirer les le&#231;ons de
l'histoire, fait la promotion des valeurs du Qu&#233;bec moderne et renonce, par
principe, au Canada &#171; coast to coast &#187; r&#234;v&#233; par les anc&#234;tres. Ce r&#233;cit de
maturit&#233; correspond au r&#233;cit des ind&#233;pendantistes et des souverainistes
int&#233;ress&#233;s par l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, si les deux r&#233;cits pr&#233;sent&#233;s ici sont d&#233;fendables, les Qu&#233;b&#233;cois,
quand vient le temps de se rappeler leur pass&#233; historique, oscillent entre
ces deux versions d'une seule et m&#234;me histoire. Cela peut d'une certaine
mani&#232;re les attrister, car la duplicit&#233; des rep&#232;res et la r&#233;cup&#233;ration &#171; partisane &#187; &#224; laquelle elle donne lieu peuvent blesser le travailleur honn&#234;te
se cherchant une place dans le monde. Aux &#233;lections provinciales, f&#233;d&#233;rales
ou lors des r&#233;f&#233;rendums, il ne peut qu'h&#233;siter entre le r&#233;cit de ses a&#239;eux,
des explorateurs et des d&#233;fricheurs, et celui de sa propre exp&#233;rience du
Qu&#233;bec contemporain. Il veut donc choisir sans perdre ce qu'ils voulaient
fonder, r&#234;vant de reconqu&#233;rir le territoire perdu ou s'&#233;prenant de
nostalgie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;	La duplicit&#233; d'&#233;poques et de lieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une seconde duplicit&#233; appara&#238;t au moment o&#249; les Qu&#233;b&#233;cois cherchent leur
temps et leur place dans le monde. Par exemple : ils peuvent se demander
s'ils forment est un peuple jeune ou vieux ? Ou encore se demander si le
territoire du Qu&#233;bec est petit ou immense, beau ou froid ? Autour de ces
questions normales pour tout citoyen s'est d&#233;velopp&#233;e une autre forme de
duplicit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celle-ci se construit sans surprise &#224; partir de la d&#233;faite militaire,
pr&#233;cis&#233;ment lorsque deux attitudes engendreront deux fa&#231;ons de reconna&#238;tre
le territoire habit&#233; et &#224; habiter. Dans une Nouvelle-France d&#233;coup&#233;e
subsistent les colonies sur un territoire dont l'histoire est une &#171; &#233;pop&#233;e &#187;, un territoire impr&#233;gn&#233; par le souvenir d' &#171; une grande aventure &#187;
d'exploration et d'&#233;vang&#233;lisation. Selon un premier r&#233;cit bien r&#233;pandu, le
Qu&#233;bec fait partie int&#233;grante du Canada depuis 1534. Ce Canada id&#233;alis&#233;,
qui n'aurait pas vraiment chang&#233;, est multiculturel, m&#233;tiss&#233;, ouvert sur le
monde et s'impose comme l'un des &#171; meilleurs &#187; pays du monde. En ce sens,
le Qu&#233;bec est et demeurera une &#171; province &#187; canadienne, jadis le Bas Canada
face au Haut Canada. Aujourd'hui, le Qu&#233;bec est devenu une &#171; nation &#187; dans
le territoire canadien o&#249; poussent des &#233;rables et vivent des gens
bilingues.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette lecture canadienne est si d&#233;cisive qu'elle s'incruste jusque dans
l'histoire du sport professionnel nord-am&#233;ricain. Par exemple, l'&#233;quipe de
hockey des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Canadiens de Montr&#233;al&lt;/i&gt; &#233;tait &#224; l'origine canadienne fran&#231;aise. Si
elle est toujours la fiert&#233; des Montr&#233;alais, son histoire est aussi&#8230;
anglo-montr&#233;alaise et anglo-canadienne ! Il faudrait en effet relire
l'histoire de l'&#233;quipe, qui date de 1909, pour se souvenir des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Flying
Frenchmen&lt;/i&gt; et des exploits de Plante, Joliat, Geoffrion, Lafleur et les
autres. On oublie souvent aussi que le vieux Forum, construit dans l'ouest
de la ville, a longtemps &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre sacr&#233; o&#249; l'on encourageait Maurice
Richard &#224; grand renfort de &#171; Rocket &#187; et de &#171; Go Habs go ! &#187;, c'est-&#224;-dire
en anglais, la langue de l'Am&#233;rique. Aujourd'hui encore, l'&#233;quipe poss&#232;de
des fans dans les deux langues et les journaux anglophones et francophones
continuent de se disputer sur la signification politique de cette &#233;quipe.
On le voit bien : les duplicit&#233;s sont bien ancr&#233;es dans la vie quotidienne
et expriment toute la r&#233;alit&#233;, y compris sportive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le Qu&#233;bec est en m&#234;me temps un lieu
tr&#232;s diff&#233;rent des autres &#171; provinces &#187; et &#171; territoires &#187; du Canada. On
peut chercher &#224; comprendre les &#233;poques et les lieux &#224; partir du Qu&#233;bec
lui-m&#234;me. Cela signifie qu'il y eut une autre mani&#232;re de reconna&#238;tre la
Conqu&#234;te et de comprendre, par exemple, que la propri&#233;t&#233;. &#224; un certain
moment, n'&#233;tait plus garantie, sauf sous les traits du maintien d'un vieux
r&#233;gime seigneurial. La population &#233;tant dispers&#233;e, il fallait convaincre
les Canadiens fran&#231;ais de se cramponner au sol et d'&#233;tablir un pouvoir l&#224;
ou se concentrait la masse critique des Canadiens fran&#231;ais. Puis, avec
l'arriv&#233;e des Loyalistes anglais, deux formes de d&#233;coupages des terres
s'oppos&#232;rent : le canton et la seigneurie. Au XIXe si&#232;cle, les Canadiens
fran&#231;ais r&#233;pondront &#224; cette seconde conqu&#234;te par une colonisation de
l'int&#233;rieur, fondant paroisses et familles, d&#233;frichant et labourant, occupant
les basses-terres de la vall&#233;e du Saint-Laurent, tentant d'&#233;tablir leur
pr&#233;sence dans les r&#233;gions du Nord.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec, dans cette nouvelle histoire,
peut se voir comme le petit lopin de terre qui reste aux francophones
d'Am&#233;rique, une terre dont l'&#233;tendue initiale de la Nouvelle-France n'a
cess&#233; de rapetisser au fil du temps. Cette terre, dit le second r&#233;cit, doit
&#234;tre prot&#233;g&#233;e pour elle-m&#234;me, non pas contre les autres, mais pour la
survie de la culture fran&#231;aise en Am&#233;rique. Ainsi vu, le Qu&#233;bec actuel est
le r&#233;sultat des politiques f&#233;d&#233;rales appliqu&#233;es dans le temps. S'il veut se
d&#233;velopper, il doit acc&#233;der &#224; son ind&#233;pendance, laquelle garantirait
l'unit&#233; politique de l'espace et du temps. Entres les provinces anglaises
du ROC (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rest of Canada&lt;/i&gt;), l'Ontario au centre et les provinces anglophones
de l'est, le Qu&#233;bec pourrait vivre sa modernit&#233;, tout en gardant des liens
&#233;conomiques avec ses voisins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La duplicit&#233; de langage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, les Qu&#233;b&#233;cois connaissent aussi la duplicit&#233; des langues. S'ils
parlent un fran&#231;ais l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent des locuteurs europ&#233;ens, les
Canadiens fran&#231;ais ont connu l'anglais par la Conqu&#234;te britannique. S'ils
parlent fran&#231;ais, leur vocabulaire est truff&#233; d'anglicismes et de tournures
bien &#224; lui. Ce fran&#231;ais bien &#171; qu&#233;b&#233;cois &#187; en est un de r&#233;sistance,
c'est-&#224;-dire de r&#233;sistance aux nombreuses tentatives d'assimilation
britanniques et canadiennes anglaises. Historiquement, les Qu&#233;b&#233;cois
resteront en partie &#171; prisonniers &#187; de l'influence anglaise sur leur
langue. Cette fa&#231;on de voir s'est transpos&#233;e dans la mode du bilinguisme
qui fait du Canada un pays avec deux langues officielles. Si l'intention de
reconna&#238;tre des langues est assez louable, l'application des Chartes peut
entra&#238;ner des effets dangereux pour les minorit&#233;s. Dans le grand Canada, il
n'y a qu'une seule province r&#233;ellement bilingue ; l'anglais progresse sans
cesse et le fran&#231;ais recule partout. Cela &#233;tant, il n'en demeure pas moins
que, par leur r&#233;cit fondateur, les &#171; Anciens &#187; Canadiens se doivent
d'apprendre l'anglais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certains r&#233;pliqueront que les langues sont libres de leur &#233;volution et
que nous exag&#233;rons en rappelant la question de la dualit&#233; linguistique.
Nous aimerions en profiter pour rappeler que les premiers arrivants
europ&#233;ens &#233;taient des Fran&#231;ais qui ont fond&#233; la Nouvelle-France et qui,
pour se distinguer des Europ&#233;ens arriv&#233;s plus tard sur le territoire,
avaient pris le nom de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Canadiens&lt;/i&gt;. Or, apr&#232;s la Conqu&#234;te de 1759, les
Anglais ont aussi voulu prendre le nom de Canadiens et ont impos&#233;
l'expression &#171; French canadians &#187; aux francophones descendant des anc&#234;tres
fran&#231;ais. Apr&#232;s s'&#234;tre rappel&#233; la r&#233;volte des patriotes et connu un lent
mouvement d'&#233;mancipation nationale en 1950, les Canadiens fran&#231;ais, qui ne
se reconnaissaient plus dans cette expression recycl&#233;e par les conqu&#233;rants
britanniques, ont choisi de se dire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire habitants du
territoire du Qu&#233;bec, afin de se distinguer des &#171; nouveaux &#187; Canadiens,
massivement anglophones.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela ne saurait surprendre les penseurs de la
duplicit&#233;, d'autant que le nom &#171; Province of Quebec &#187; est aussi une
expression impos&#233;e par les Britanniques aux francophones du Qu&#233;bec. On se
souviendra sans surprise que dans ce contexte et vu du Qu&#233;bec, la mode du
bilinguisme f&#233;d&#233;ral ressemble &#224; une nouvelle entreprise d'assimilation de
la culture francophone. Cela signifie que lorsqu'on se rappelle l'histoire
des noms et qu'on l'associe aux politiques du f&#233;d&#233;ral, l'on r&#233;alise toute
la difficult&#233; que la duplicit&#233; du langage peut poser aux Qu&#233;b&#233;cois. S'ils
sont moiti&#233; fran&#231;ais &#224; l'origine et moiti&#233; colonis&#233;s par l'anglais, la
langue est et restera un sujet extr&#234;mement sensible pour la majorit&#233;
d'entre eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La duplicit&#233; des structures du pouvoir politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, quand on r&#233;alise que tout est d&#233;doubl&#233; au Qu&#233;bec et au Canada,
l'on est &#224; m&#234;me de reconna&#238;tre la polarit&#233; des structures politiques. De
quelque c&#244;t&#233; que l'on se place, en effet, il est assez remarquable de voir
&#224; quel point les Canadiens, puis les Canadiens fran&#231;ais, puis les Qu&#233;b&#233;cois
se sont attach&#233;s &#224; des institutions garantissant leur survie. Ce n'est donc
pas un hasard si les Qu&#233;b&#233;cois ont appris &#224; reconna&#238;tre le pouvoir partag&#233;
&#224; Ottawa de celui qui se partage &#224; Qu&#233;bec, devenu aussi le lieu d'une &#171; capitale nationale &#187;. L'&#233;lecteur qu&#233;b&#233;cois, et il n'est pas le seul dans le
monde &#224; tenter de comprendre la multiplication des lieux d&#233;cisionnels, vote
au f&#233;d&#233;ral et au provincial, donc il est appel&#233; &#224; choisir un gouvernement
canadien et un gouvernement qu&#233;b&#233;cois. Il sera l&#233;gitime, dans cette logique
conf&#233;d&#233;rale pour ainsi dire, de proposer des politiques qui engloberont
celles du Qu&#233;bec, car le Qu&#233;bec est et demeure une province du Canada.
Comme par hasard, on soulignera qu'il y a toujours eu des politiciens
Lib&#233;raux et des politiciens Conservateurs au Qu&#233;bec comme au Canada&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; Ottawa si&#232;gent des politiciens provinciaux dans une chambre construite
sur le mod&#232;le britannique. Le Parlement canadien, c'est-&#224;-dire la Chambre
des communes, traduit le pouvoir partag&#233; dans la f&#233;d&#233;ration par les
provinces et les territoires. &#192; Qu&#233;bec, &#224; l'Assembl&#233;e nationale, se
prennent les d&#233;cisions qui concernent l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois. Cette Assembl&#233;e,
travaillant comme un &#201;tat dans un autre &#201;tat, poss&#232;de ses lois et ses
champs de comp&#233;tences. Quand on doit se r&#233;f&#233;rer constamment &#224; deux
structures de pouvoir qui se chevauchent, deux structures qui r&#233;clament des
comp&#233;tences en propre, n'est-il pas normal de se disputer ? Comment faire
pour servir deux ma&#238;tres &#224; la fois ? Ce d&#233;veloppement et ces questions
d&#233;cisives nous m&#232;nent &#224; la duplicit&#233; ultime, &#224; savoir celle qui concerne
les visions de l'avenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La duplicit&#233; des visions de l'avenir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Face &#224; l'avenir, le malaise ne veut pas &#234;tre vu de face, car il g&#233;n&#232;re
deux interpr&#233;tations diam&#233;tralement oppos&#233;es de la fa&#231;on de survivre en
fran&#231;ais, en Am&#233;rique du Nord. Cela conduit les Qu&#233;b&#233;cois &#224; se d&#233;battre
avec des options et &#224; retenir souvent la solution la plus pratique, celle
qui recouvre la blessure. Sans toujours trop sans rendre compte, les
Qu&#233;b&#233;cois font avancer de front deux syst&#232;mes, deux histoires qui
produisent une profonde blessure psychologique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re vision de l'avenir s'appelle le statu quo. Elle inclut par
principe le Qu&#233;bec (devenu subtilement une nation) dans une f&#233;d&#233;ration
canadienne. &#192; titre d'&#201;tat multinational, le Canada voit dans le Qu&#233;bec une
province de laquelle il est responsable. Les d&#233;cisions derni&#232;res sont
prises &#224; Ottawa et les politiciens issus du Qu&#233;bec continuent de travailler
&#224; l'&#233;dification du Canada, notamment en oeuvrant au Conseil de la
F&#233;d&#233;ration ou tout autre organise politique visant &#224; l&#233;gitimer le Canada au
Qu&#233;bec. Si la population du Qu&#233;bec chute et s'anglicise toujours plus,
alors elle deviendra une minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du Canada. Dans cette
interpr&#233;tation de l'avenir, le Bloc qu&#233;b&#233;cois pourrait toujours avoir son
r&#244;le &#224; Ottawa : il d&#233;fend &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ad vitam aeternam&lt;/i&gt;, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la
f&#233;d&#233;ration, les int&#233;r&#234;ts du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Selon une tout autre vision de l'avenir, le Qu&#233;bec poss&#232;de d&#233;j&#224; tous les
outils pour devenir un pays et s'occuper de ses affaires. Il ne se comprend
plus comme une minorit&#233; dans la f&#233;d&#233;ration canadienne, mais un pays normal
dans le monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On notera, en passant, qu'un certain nombre de citoyens qu&#233;b&#233;cois se sont
montr&#233;s sensibles &#224; l'id&#233;e de d&#233;passer la polarit&#233; historique. Ils pensent
que la voie ind&#233;pendantiste, s'opposant depuis plus de quarante ans &#224; la
voie f&#233;d&#233;raliste, doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e dans une troisi&#232;me voie, une voie
nouvelle qui, plus &#171; autonomiste &#187;, tenterait de sortir des impasses des
deux premi&#232;res. En accord parfait avec l'histoire des duplicit&#233;s, certains
diront que cette strat&#233;gie est un retour en arri&#232;re, alors que d'autres y
verront un progr&#232;s, bien que cette position, qui propose un repliement,
maintienne le Qu&#233;bec dans la structure canadienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela dit, on revient toujours &#224; ce que certains appellent l'ambivalence
des Qu&#233;b&#233;cois : s'ils s'entendent grosso modo pour garantir des conditions
assurant le maintien de leur culture et le rayonnement de leur identit&#233;
nationale, les modalit&#233;s et les moyens divergent sans cesse. C'est
peut-&#234;tre, si nous suivons notre ligne, plus un probl&#232;me de duplicit&#233;s que
de solitudes ou d'ambivalence. On y reconna&#238;t un jeu, celui bien connu du
souque &#224; la corde : deux groupes, chacun tirant sur la m&#234;me corde cherche &#224;
faire tr&#233;bucher l'autre dans une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mare&#8230; usque ad mare&lt;/i&gt; ! Chaque groupe tire
de son c&#244;t&#233; et, surtout, profite de toute opportunit&#233; afin de s'arroger
l'avantage du jeu. Vu de l'int&#233;rieur, c'est-&#224;-dire vu de la corde
elle-m&#234;me, ce jeu est sans fin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est moins un jeu en derni&#232;re analyse, c'est que le Qu&#233;bec, peu
importe la voie d'avenir qu'il choisira, ou bien demeurera au sein du
Canada&#8230; ou bien deviendra un pays souverain, s&#233;par&#233; du Canada, capable de
se choisir lui-m&#234;me afin de gu&#233;rir de la blessure produite par son double
r&#233;cit historique. Et quoi qu'il choisira pour lui-m&#234;me, il devra affronter
une fois pour toutes l'histoire de ses duplicit&#233;s. C'est cela le prix de la
politique...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dominic DESROCHES&lt;br&gt; Professeur de de philosophie / Coll&#232;ge Ahuntsic&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pascal CHEVRETTE&lt;br&gt; Professeur de fran&#231;ais et de litt&#233;rature au coll&#233;gial&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Le Qu&#233;bec : une identit&#233; en p&#233;ril</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-Quebec-une-identite-en-peril</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Le-Quebec-une-identite-en-peril</guid>
		<dc:date>2008-01-12T13:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Catherine Bertho Lavenir - www.cerium.ca</dc:creator>
		


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		<description>&#192; d&#233;faut de croyances partag&#233;es pour les inscrire dans la dur&#233;e et de projet politique pour les projeter dans l'avenir, les dispositifs identitaires entrent en crise. Alors, les initiatives communautaires, culturelles ou artistiques de la soci&#233;t&#233; civile semblent se disperser, orphelines (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; d&#233;faut de croyances partag&#233;es pour les inscrire dans
la dur&#233;e et de projet politique pour les projeter dans
l'avenir, les dispositifs identitaires entrent en crise. Alors,
les initiatives communautaires, culturelles ou artistiques
de la soci&#233;t&#233; civile semblent se disperser, orphelines du
grand r&#233;cit qui leur donnerait du sens. L'exemple du
Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les groupes humains ont besoin d'un projet collectif pour se projeter
dans la dur&#233;e et assurer leur p&#233;rennit&#233;. Dans les soci&#233;t&#233;s occidentales,
l'&#201;tat, depuis l'&#233;poque moderne, prend en charge l'&#233;laboration symbolique
et la transmission de tout ce qui se rapporte au r&#233;cit d'un devenir commun.
Drapeaux, hymnes et c&#233;r&#233;monies, enseignement de l'histoire et &#233;rection de
statues, fabrication de monuments et organisation d'expositions, concourent
depuis des d&#233;cennies &#224; la cr&#233;ation d'un imaginaire collectif&#8230; Or, en ce d&#233;but
de XXIe si&#232;cle, ces dispositifs anciens sont en crise. Dans la vieille Europe
comme dans ses extensions du Nouveau Monde, passer de l'&#201;tat national &#224;
l'&#201;tat post-national met en tension les syst&#232;mes symboliques existants et
perturbe les outils de la transmission.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec, &#224; cet &#233;gard, est dans une position particuli&#232;rement d&#233;licate.
Malgr&#233; quarante ans de combat politique t&#234;tu, la &#171; belle province &#187; n'est
toujours pas un &#201;tat ind&#233;pendant, et rien n'indique qu'elle doive le devenir un
jour. L'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rendum sur l'autod&#233;termination est en train d'&#234;tre
abandonn&#233;e, et le gouvernement provincial est sur la d&#233;fensive dans les autres
domaines de la vie collective. Il peine, par exemple, &#224; d&#233;fendre le mod&#232;le
social-d&#233;mocrate qui caract&#233;risait le pays. L'expression d'un projet collectif
qui souderait ses habitants dans un &#171; d&#233;sir d'avenir &#187; commun est devenue
difficile. Crise des institutions, crise symbolique, il n'en faut pas plus pour
que le d&#233;sordre s'installe dans les lieux et formes du d&#233;bat public ainsi que
dans les c&#233;l&#233;brations et solennit&#233;s nationales. Et cela d'autant plus que l'&#201;tat
f&#233;d&#233;ral veille, habile &#224; profiter des failles pour imposer ses propres formes de
repr&#233;sentation et son propre agenda comm&#233;moratif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;UN DISPOSITIF DE COMBAT POUR UNE IDENTIT&#201; &#192; CONQU&#201;RIR&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, tout semblait bien parti. Pendant quarante ans, le Qu&#233;bec a
v&#233;cu un projet politique fort appuy&#233; sur un projet &#233;conomique et social clair :
construire une soci&#233;t&#233; francophone, la&#239;que, moderne, autonome, et lui donner
des bases &#233;conomiques inspir&#233;es par la social-d&#233;mocratie. Le projet politique,
l'ind&#233;pendance, &#233;tait intimement li&#233; &#224; un projet culturel. Imposer l'usage
de la langue fran&#231;aise comme vecteur d'une appartenance commune, c'&#233;tait
construire une litt&#233;rature, un cin&#233;ma, un th&#233;&#226;tre et une culture populaire
&#8211;- la chanson, la t&#233;l&#233;vision -&#8211; qui donneraient une forme contemporaine et
attrayante &#224; l'h&#233;ritage devenu d&#233;suet des Canadiens fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;th&#233;ocratique dans laquelle l'&#201;glise catholique contr&#244;lait les institutions,
la vie collective et les comportements priv&#233;s. Cette rupture fondatrice,
baptis&#233;e &#171; r&#233;volution tranquille &#187;, a donn&#233; naissance, en m&#234;me temps qu'elle
advenait, &#224; un grand r&#233;cit fondateur qui avait ses m&#233;diateurs -&#8211; les &#233;crivains,
les chanteurs, les dramaturges -&#8211; et ses milieux de transmission -&#8211; le th&#233;&#226;tre et
la chanson, le cin&#233;ma et les mus&#233;es&#8230; Le Qu&#233;bec francophone, &#233;merveill&#233; de sa
propre hardiesse, s'est ainsi inlassablement racont&#233; &#224; lui-m&#234;me, quarante ans
durant, la saga de son &#233;mancipation politique, avec ses &#233;v&#233;nements fondateurs
et ses h&#233;ros.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;V&#201;NEMENTS FONDATEURS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier &#233;v&#233;nement fondateur, l'Exposition universelle de Montr&#233;al
en 1967. Cette ann&#233;e-l&#224;, l'Expo fait entrer le Qu&#233;bec dans une modernit&#233;
technique re&#231;ue comme un cadeau. Les films d'archives ressortis &#224; l'occasion
du quaranti&#232;me anniversaire de l'&#233;v&#233;nement, tout comme les t&#233;moignage
des visiteurs d'hier, en t&#233;moignent : l'Expo fut v&#233;cue comme une f&#234;te. Les
Qu&#233;b&#233;cois d&#233;couvraient qu'ils existaient aux yeux du monde. Qu'ils &#233;taient
capables de r&#233;aliser quelque chose de grand. Que la modernit&#233; &#233;tait un plaisir,
un projet &#233;conomique et un projet de soci&#233;t&#233;, le tout dans un d&#233;cor de plastique
orange.Second &#233;v&#233;nement fondateur, le discours du g&#233;n&#233;ral de Gaulle au balcon
de l'h&#244;tel de ville de Montr&#233;al, le 24 juillet de la m&#234;me ann&#233;e. L'h&#244;tel de ville,
il faut l'avouer, n'est pas un bien grand &#233;difice. Et le G&#233;n&#233;ral, agac&#233; pour des
tas de raisons par ses alli&#233;s anglais, &#233;mu, aussi, par le cheminement triomphal
qui lui avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; tout au long du &#171; chemin du Roi &#187;, pavois&#233; en son
honneur entre Qu&#233;bec et Montr&#233;al, a un tantinet exag&#233;r&#233;. Mais quand m&#234;me !
&#171; Vive le Qu&#233;bec libre &#187;, &#224; l'heure des d&#233;colonisations, cela sonnait comme un
projet collectif mobilisateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#201;ROS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un projet qui avait d&#233;j&#224; ses h&#233;ros et ses h&#233;rauts. H&#233;ros que Ren&#233;
L&#233;vesque, qui nationalise l'&#233;lectricit&#233; &#224; la barbe des grandes compagnies, qui
la&#239;cise et rapatrie au Qu&#233;bec l'aide sociale et la protection m&#233;dicale. Premier
ministre du Qu&#233;bec de 1976 &#224; 1985, toute sa vie politique est un combat pour la
souverainet&#233;, tendu vers un point unique : le r&#233;f&#233;rendum pour l'ind&#233;pendance.
Rien ne manque &#224; sa figure de grand homme, pas m&#234;me la trahison sournoise
des Premiers ministres des provinces canadiennes, se r&#233;unissant &#224; son insu
pour comploter derri&#232;re son dos un accord fatal&#8230; C'est ainsi, en tout cas,
que se raconte l'histoire lorsqu'en 2006 la cha&#238;ne francophone de la t&#233;l&#233;vision
publique r&#233;alise un t&#233;l&#233;film intelligent et sensible &#224; sa gloire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des figures h&#233;ro&#239;ques plus famili&#232;res peuplent aussi la grande saga de la
modernisation du Qu&#233;bec. Celles, par exemple, des travailleurs qui ont construit,
le long des fleuves indompt&#233;s du Grand Nord, des barrages immenses. La
chanson en fait les h&#233;ritiers directs des b&#251;cherons durs &#224; la t&#226;che, partis, pour
la saison, travailler sur les &#171; chantiers &#187; et rapporter l'argent n&#233;cessaire &#224; la
survie de tous. Sous la plume de Georges Dor, chanteur et po&#232;te, le travailleur
de la manic' (le grand barrage de la Manicouagan) s'identifie ainsi &#224; la figure des
pionniers isol&#233;s loin des leurs et confront&#233;s &#224; l'hiver hostile. Les travailleurs
d'Hydro-Qu&#233;bec, la soci&#233;t&#233; nationale g&#233;ante et protectrice qui veille pendant
l'hiver sur la pr&#233;cieuse alimentation des grandes villes en &#233;lectricit&#233; sont
d'autres figures du m&#234;me h&#233;ro&#239;sme tranquille. Et lorsque, dans l'hiver 1998,
l'ensemble du r&#233;seau &#233;lectrique flanche brutalement sous un amas de verglas
et un blizzard terrible, c'est tout le Qu&#233;bec qui se sent vuln&#233;rable et solidaire.
Dans ce pays qui n'a pas connu de guerre et d'occupation depuis deux si&#232;cles,
&#171; la grande panne &#187; d'&#233;lectricit&#233; fait figure d'invasion, d'exode, de malheur
v&#233;cu et surmont&#233; en commun. Et la figure embl&#233;matique du combattant se
sacrifiant pour la survie de tous s'incarne dans la photographie, maintes fois
reproduite, d'un employ&#233; d'Hydro-Qu&#233;bec, dangereusement suspendu &#224; un
pyl&#244;ne au-dessus du fleuve glac&#233; pour r&#233;parer dans le blizzard et au p&#233;ril de
sa vie l'art&#232;re &#233;lectrique vitale qui alimente la capitale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#201;DIATEURS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#233;cit national et populaire de la marche vers la modernit&#233; et la
souverainet&#233; a ses m&#233;diateurs. Comme il s'agissait de rompre avec le mod&#232;le
cl&#233;rical ancien, ce n'est pas l'&#233;cole, longtemps contr&#244;l&#233;e par l'&#201;glise, qui est le
vecteur principal du r&#233;cit national, mais ceux qui cultivent la langue autrement :
&#233;crivains, dramaturges et surtout chanteurs populaires. Au premier rang
des dramaturges qui construisent l'identit&#233; nouvelle du Qu&#233;bec, on trouve
Michel Tremblay, dont la pi&#232;ce Les Belles-Soeurs est jou&#233;e pour la premi&#232;re
fois en 1968 &#224; Montr&#233;al. Par un renversement d&#233;lib&#233;r&#233; des conventions, ce
sont des femmes issues du petit peuple francophone de Montr&#233;al, d'habitude
doublement oubli&#233;es et m&#233;pris&#233;es, du fait de leur sexe et de leur appartenance,
qui deviennent, les h&#233;ro&#239;nes de la pi&#232;ce. Et leur langue, le joual, m&#233;lange
(d&#233;tonnant) de fran&#231;ais archa&#239;que et d'anglais prol&#233;taire, est brutalement
projet&#233;e dans l'espace de la culture cultiv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LA SC&#200;NE MUSICALE, MILIEU DE TRANSMISSION&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les chanteurs, en mettant en musique leur po&#233;sie, donnent &#224; leur langue
&#224; la fois des lettres de noblesse et un public populaire. Nulle part peut-&#234;tre
autant qu'au Qu&#233;bec la chanson, cousine de la po&#233;sie, n'est porteuse d'une
lancinante interrogation sur soi. Il y a bien s&#251;r, parmi les p&#232;res fondateurs,
F&#233;lix Leclerc, auquel un mus&#233;e est aujourd'hui consacr&#233; dans son &#238;le
d'Orl&#233;ans natale, quelque part au milieu du Saint-Laurent. Apr&#232;s lui vinrent
les chanteurs engag&#233;s des ann&#233;es 70, les Gilles Vigneault, Robert Charlebois,
que le combat pour l'ind&#233;pendance rassemble pour de grands concerts qui
sont des &#233;v&#233;nements &#224; la fois artistiques et politiques. Et puis les filles, les
Linda Lemay, Ariane Moffatt, Marie-Annick L&#233;pine, qui explorent les mille et
une contradictions du f&#233;minisme moderne. Et C&#233;line Dion elle-m&#234;me, ic&#244;ne
ambigu&#235; et r&#233;v&#233;r&#233;e. M&#234;me quand on est branch&#233;, altermondialiste, musicologue
ou bourgeois, on ne dit pas de mal de C&#233;line Dion parce que, millionnaire &#224;
Las Vegas, C&#233;line est rest&#233;e gentille et fid&#232;le au pays&#8230; et qu'il y a toujours un
Canadien fran&#231;ais humili&#233; qui sommeille dans un Qu&#233;b&#233;cois moderne. Mais la
chanson populaire, ce n'est pas seulement une brochette de chanteurs connus
de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. C'est une myriade de petits groupes financ&#233;s par
les retomb&#233;es de la politique publique de soutien &#224; la langue fran&#231;aise, par
exemple les quotas de diffusion. Ils ont pour noms Les Cow-Boys fringants
ou Les Chaudronniers de l'enfer et hantent les festivals et les f&#234;tes locales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;fendant aussi bien la country francophone (si ! si ! &#231;a existe) que le rock
garage, ils forment un r&#233;seau serr&#233; de producteurs, de tourn&#233;es, de festivals.
Tous ces chanteurs se citent, se chantent, reprennent des chansons anciennes,
rappellent la saga des concerts militants (au Qu&#233;bec, un concert peut &#234;tre,
sans abus de langage, qualifi&#233; d'&#171; historique &#187;). L'ensemble fonctionne comme
un milieu de transmission qui permet aux mille et une formes d'un r&#233;cit de soi
sans cesse recommenc&#233; de se propager.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LE SYST&#200;ME DES MUS&#201;ES&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le syst&#232;me des mus&#233;es aussi peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un milieu
de transmission qui a v&#233;hicul&#233; durant ces quarante derni&#232;res ann&#233;es la
bonne nouvelle du Qu&#233;bec nouveau. &#171; Mus&#233;es de civilisation &#187; ou &#171; Centre
d'interpr&#233;tation &#187;, ils sont forc&#233;ment beaux, bien pens&#233;s et bien con&#231;us, et leur
contenu n'est jamais anodin. National sans en avoir l'air, le grand mus&#233;e de la
Civilisation, dans la capitale provinciale, raconte ainsi la conqu&#234;te agricole du
territoire, la construction d'une soci&#233;t&#233; catholique et francophone, et se cl&#244;t
sur les grands moments de la r&#233;volution tranquille ; dans la p&#233;nombre d'une
salle, le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, sur un petit &#233;cran, c&#233;l&#232;bre en boucle le Qu&#233;bec
libre&#8230; D'autres mus&#233;es exaltent ce que Michel de Certeau appelait &#171; la beaut&#233;
du mort &#187;, enfermant une fois pour toutes dans leurs vitrines les signes d'un
monde disparu, celui-l&#224; m&#234;me que liquida la r&#233;volution tranquille. Et c'est au
mus&#233;e des Ursulines, &#224; Qu&#233;bec toujours, qu'est d&#233;volue la fonction de faire
&#233;l&#233;gamment le deuil de quatre cents ans de culture catholique. &#192; Montr&#233;al,
la d&#233;fense d'une identit&#233; francophone doit composer avec les r&#233;alit&#233;s d'une
vieille m&#233;tropole commerciale. Le multiculturel s'impose. Le mus&#233;e Pointe-&#224;-Calli&#232;re -&#8211; qui a adopt&#233; un nom g&#233;ographique, faute de savoir &#233;noncer son
projet exact -&#8211; c&#233;l&#232;bre ainsi la fa&#231;on dont on cohabite depuis quelques si&#232;cles
dans la vall&#233;e du Saint-Laurent, et insiste, dans ses derni&#232;res salles, sur
la beaut&#233; multiculturelle de la ville. Un peu plus loin, le Mus&#233;e municipal
illustre la saga des Irlandais et des &#201;cossais, des Italiens, des Juifs pieux et
des Ha&#239;tiens qui ont afflu&#233; dans la ville portuaire. Am&#233;rindiens et Inuits sont,
pour leur part mus&#233;ifi&#233;s &#224; Hull, sur les bords de la rivi&#232;re des Outaouais, dans
le plus beau &#171; mus&#233;e de civilisation &#187; du monde, sis, et ce n'est sans doute pas
un hasard, juste en face du Parlement f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;COMBAT POUR LA LANGUE&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais c'est bien s&#251;r le combat pour la langue qui a &#233;t&#233; au coeur de la
reconqu&#234;te d'une identit&#233; collective moderne. En quarante ans, Montr&#233;al, o&#249;
l'on parlait majoritairement anglais, dans le centre-ville du moins, est devenue
une ville francophone. &#192; la source de la transformation, il y a une loi qui
engage toute la puissance de l'&#201;tat derri&#232;re un projet culturel et politique.
Contraignante, la loi 101 n'est ni consensuelle ni aimablement culturelle. La
Charte de la langue fran&#231;aise &#8211; c'est son nom officiel &#8211; reprend un texte vot&#233;
en 1977, au temps du premier gouvernement L&#233;vesque, et fait obligation &#224;
tous, services publics et commer&#231;ants, d'offrir des services en fran&#231;ais dans la
ville. La moindre boutique a d&#251; obtemp&#233;rer. L'application aux &#233;coles est plus
drastique encore : l'enseignement doit &#234;tre donn&#233; en fran&#231;ais, et seuls peuvent
b&#233;n&#233;ficier d'un enseignement &#8211; public &#8211; en anglais ceux dont les parents ont
eux-m&#234;mes &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;s en anglais. Les immigrants ont donc d&#251; s'y plier :
leurs enfants &#233;tudient en fran&#231;ais. Pour couronner le tout, et fournir des cadres
&#224; la nation, de grandes universit&#233;s publiques francophones se sont mises en
place. Elles sont les h&#233;riti&#232;res directes des universit&#233;s cr&#233;&#233;es au d&#233;but du
si&#232;cle par les ordres religieux catholiques, qui savaient, eux, qu'une universit&#233;
assure la transmission d'une vision du monde. Aujourd'hui, l'universit&#233; Laval
&#224; Qu&#233;bec, l'universit&#233; de Montr&#233;al et l'universit&#233; de Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, mais
aussi l'universit&#233; Concordia, d&#233;livrent leurs cours en fran&#231;ais. Il y a des gens
qui avaient compris, il y a quarante ans, que l&#224; o&#249; il n'y a pas institution, il n'y
a pas transmission.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et pourtant, ce dispositif de combat est aujourd'hui en crise. Dans la
soci&#233;t&#233; postmoderne, ni le projet nationaliste ni le discours identitaire n'arrivent
plus &#224; s'&#233;noncer dans des formes recevables, et, en l'absence d'un &#201;tat fort, les
m&#233;diations anciennes n'arrivent plus &#224; proposer un futur collectif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;FLOTTEMENT DANS LA SOUVERAINET&#201;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier &#233;l&#233;ment de l'h&#233;ritage &#224; se d&#233;faire, l'ind&#233;pendance n'est plus
aujourd'hui un horizon politique cr&#233;dible. Un deuxi&#232;me r&#233;f&#233;rendum sur la
souverainet&#233;, perdu de justesse et dans des conditions contestables en 1995,
a sonn&#233; le glas de l'autonomie politique du Qu&#233;bec. Le Canada, d'ailleurs,
n'aurait sans doute pas tol&#233;r&#233; que l'une des provinces fondatrices quitte la
f&#233;d&#233;ration. Douze ans plus tard, sondages et r&#233;sultats &#233;lectoraux sont formels :
l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec n'est plus un projet politique d&#233;fendable &#224; court
terme. Son plus solide soutien, le Parti qu&#233;b&#233;cois, a d&#251;, apr&#232;s une cinglante
d&#233;faite &#233;lectorale, remettre l'organisation d'un troisi&#232;me r&#233;f&#233;rendum &#224; des
temps ult&#233;rieurs. C'est son challenger, la populiste Alliance d&#233;mocratique
du Qu&#233;bec, qui a repris le flambeau de la recherche d'une forme nationale
qu&#233;b&#233;coise en d&#233;fendant la notion ambigu&#235; d'association au Canada. Deuxi&#232;me
point de rupture : le mod&#232;le &#233;conomique social-d&#233;mocrate peine aujourd'hui,
dans le monde entier, &#224; imposer sa l&#233;gitimit&#233; dans le d&#233;bat public, face aux
th&#233;oriciens du lib&#233;ralisme classique. Or les souverainistes avaient fermement
associ&#233; un projet &#233;conomique social-d&#233;mocrate &#224; leur projet politique. Le
Qu&#233;bec occupe encore &#224; cet &#233;gard une position originale en Am&#233;rique du Nord.
Il prolonge une conception de l'&#201;tat providence paradoxalement h&#233;rit&#233;e de
l'Angleterre d'avant Mme Thatcher : l'enseignement sup&#233;rieur y est public et
presque gratuit, la sant&#233; est financ&#233;e collectivement, et certaines ressources,
comme l'hydro&#233;lectricit&#233;, sont nationalis&#233;es. Or ce mod&#232;le tout impr&#233;gn&#233;
d'interventionnisme est aujourd'hui symboliquement d&#233;valoris&#233; sur l'Ancien
comme sur le Nouveau Continent. Il appara&#238;t aujourd'hui comme un archa&#239;sme
de plus, qui serait associ&#233; &#224; l'archa&#239;sme du projet politique souverainiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MENACES SUR LA NATION&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Troisi&#232;me difficult&#233; : le souverainisme n'est plus ce qu'il &#233;tait. Ou
plut&#244;t, la nation telle que la concevaient Ren&#233; L&#233;vesque et Gilles Vigneault
il y a quarante ans a subi, elle aussi, une s&#233;rieuse d&#233;valuation symbolique.
Nationalistes et catholiques &#8211; tout au moins de culture &#8211;, les Qu&#233;b&#233;cois ne
s'inscrivent pas dans l'air du temps. Apr&#232;s les guerres des Balkans et celles
du Liban, &#234;tre nationaliste et de culture chr&#233;tienne, c'est se rapprocher
dangereusement dans l'imaginaire collectif des bandes de Milo&#353;evic ou des
milices chr&#233;tiennes du Liban. Mauvais calcul.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, la conception de la nation qui domine aujourd'hui
a chang&#233;. Lorsque Ren&#233; L&#233;vesque, en 1977, associait nation et &#201;tat, il
s'inscrivait, au-del&#224; de la r&#233;f&#233;rence coloniale, dans l'imaginaire de l'Europe des
&#201;tats-nations de 1848, revivifi&#233;e par les trait&#233;s de paix de 1918. Dans cette
perspective, chaque peuple, compris comme l'ensemble des citoyens partageant
une origine commune, une langue, une histoire et un projet, repr&#233;sent&#233; par
des &#233;lites d&#233;sireuses de prendre en charge le destin collectif, avait le droit de
se doter d'un &#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette conception de la nation est aujourd'hui en concurrence avec des
notions toute diff&#233;rentes, issues de la culture politique anglaise, et d&#233;fendues
par les f&#233;d&#233;ralistes d'Ottawa. Par exemple, lorsque le Premier ministre
canadien conservateur, Stephen Harper, demande &#224; son Parlement, comme il
l'a fait en 2007, de reconna&#238;tre la &#171; nation &#187; qu&#233;b&#233;coise, ce n'est pas l'image de
la nation de 1848 qu'il a en t&#234;te. C'est tout autre chose. La nation qu&#233;b&#233;coise
ainsi &#171; reconnues &#187; est du m&#234;me ordre que la nation iroquoise ou que la nation
huronne. Le mot d&#233;signe alors un groupe partageant une origine ethnique,
une langue, parfois une religion, un pan d'histoire, qui a vocation &#224; &#234;tre
respect&#233; dans ses sp&#233;cificit&#233;s et comme minorit&#233;, mais pas &#224; &#234;tre dot&#233; d'une
autonomie politique. Et les Qu&#233;b&#233;cois, qui ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment substitu&#233; le nom
de Qu&#233;b&#233;cois &#224; celui de Canadiens fran&#231;ais pour marquer leur d&#233;sir d'acc&#233;der
au statut de nation-&#201;tat, sont ici aux prises avec une contradiction centrale :
ils ne sont ni les premiers ni les seuls habitants du territoire qu'ils occupent
aujourd'hui. La minorit&#233; menac&#233;e, ce n'est pas ou ce n'est plus eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#171; Premi&#232;res Nations &#187; ont conquis, en effet, une place de plus en plus
importante dans l'&#233;conomie des repr&#233;sentations symboliques en Am&#233;rique
du Nord au cours des quatre derni&#232;res d&#233;cennies. Les Inuits ont obtenu du
Canada la reconnaissance d'un territoire transnational qui leur est propre, le
Nunavut, qui couvre une partie du Grand Nord qu&#233;b&#233;cois. Les diverses nations
am&#233;rindiennes, quoique encore tr&#232;s faibles num&#233;riquement et cantonn&#233;es dans
des territoires marginaux, commencent &#224; acqu&#233;rir une identit&#233; politique. Par
ailleurs, le Qu&#233;bec est, depuis le XVIIIe si&#232;cle, peupl&#233; de non-francophones de
toutes origines : colons anglais, bien s&#251;r, mais aussi loyalistes de la Nouvelle-
Angleterre fuyant la r&#233;volution am&#233;ricaine, ou encore Irlandais &#8211; papistes et
parfois antianglais &#8211;, &#201;cossais &#8211; ils contr&#244;laient la banque &#224; Montr&#233;al &#8211;, Juifs
r&#233;fugi&#233;s d'Europe centrale, Italiens et Grecs arriv&#233;s entre les deux guerres,
Ha&#239;tiens, Libanais et Maghr&#233;bins francophones, Vietnamiens... Il faudrait
m&#234;me y ajouter, aux bordures nord-est de la province et dans les &#238;les de la
Madeleine, une petite population acadienne francophone dont l'histoire est
diff&#233;rente de celle des Qu&#233;b&#233;cois. Bref, il y a des minorit&#233;s dans la minorit&#233;. Et
le mainstream politique pr&#244;ne aujourd'hui la d&#233;fense de la minorit&#233;. Lorsque
les Qu&#233;b&#233;cois s'&#233;crient, &#224; l'adresse d'Ottawa : &#171; Respectez-nous, nous sommes
la minorit&#233; ! &#187;, la capitale f&#233;d&#233;rale a beau de jeu de r&#233;pondre : &#171; Pas du tout !
C'est vous qui opprimez vos minorit&#233;s, par exemple en les obligeant &#224; parler
fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CATHOLICISME, LA&#207;CIT&#201;, ISLAM&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autres minorit&#233;s aujourd'hui respectables &#8211; et d&#233;cid&#233;es &#224; le faire
savoir &#8211; les minorit&#233;s religieuses posent un autre probl&#232;me aux Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le projet national port&#233; par la r&#233;volution tranquille &#233;tait clairement et de
fa&#231;on militante celui d'une soci&#233;t&#233; la&#239;que. Dans les ann&#233;es 70, le Qu&#233;bec
moderne a d&#233;confessionnalis&#233; en force et sans m&#233;nagements son syst&#232;me de
sant&#233; et d'assistance, de m&#234;me que son syst&#232;me scolaire. Dans son &#233;lan, il a
aussi fait dispara&#238;tre l'&#201;glise catholique. Les religieuses ont d&#251; quitter leur
voile, les religieux, abandonner leurs chaires d'enseignement. Les fid&#232;les ont
d&#233;sert&#233; les &#233;glises, et l'on a mis en vente les b&#226;timents eccl&#233;siastiques. Les
mouvements f&#233;ministes ont &#233;t&#233; au premier rang d'un mouvement v&#233;cu par
eux comme une &#233;mancipation. Le r&#233;sultat est net : le Qu&#233;bec est aujourd'hui
la contr&#233;e d'Am&#233;rique du Nord o&#249; il y a le nombre le plus &#233;lev&#233; de gens se
disant &#171; sans religion &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La m&#233;moire encore fra&#238;che de cette r&#233;volte contre la th&#233;ocratie
catholique rend particuli&#232;rement vifs les d&#233;bats autour des revendications
des communaut&#233;s religieuses d'aujourd'hui, musulmans et juifs orthodoxes de
la communaut&#233; Loubavitch. La situation est d'autant plus compliqu&#233;e que le
Qu&#233;bec doit respecter un texte fondamental du Canada dit Charte des droits
et des libert&#233;s de la personne. Inspir&#233;e par le droit anglais &#8211; donc am&#233;ricain
&#8211; et parfaitement en phase avec les sensibilit&#233;s contemporaines dominantes,
ce texte garantit &#224; tout citoyen canadien le libre exercice de sa pratique
religieuse. Lorsque ce libre exercice entre en conflit avec d'autres droits, l'on
doit chercher &#224; trouver ce que la langue qu&#233;b&#233;coise appelle officiellement
un &#171; accommodement raisonnable &#187;, compromis trouv&#233; pour chaque cas
particulier et qui ne vaut que pour celui-ci. Il est interdit, par exemple, de faire
entrer une arme dans un &#233;tablissement scolaire. Mais leur religion prescrit
aux jeunes sikhs de porter un poignard &#224; leur ceinture. L'accommodement
raisonnable autorisera le poignard mais demandera qu'il soit cousu dans un
&#233;tui&#8230; On imagine facilement la prolif&#233;ration des cas particuliers, les subtilit&#233;s
des argumentaires. Les controverses autour de la question du voile port&#233; par
les femmes de confession islamique ont ainsi occup&#233; une place importante dans
les m&#233;dias populaires lors de la campagne &#233;lectorale de 2007, provoquant un
travail de red&#233;finition de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise&#8230; et la mise au jour des failles
qui la traversent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#201;ROUXVILLE, NOUVEAU H&#201;RAUT DE LA NATION ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans une sorte de Bethl&#233;em qu&#233;b&#233;coise, l'improbable municipalit&#233;
d'H&#233;rouxville, situ&#233;e &#224; une centaine de kilom&#232;tres au nord de Montr&#233;al, que
s'est allum&#233; au printemps 2007 un d&#233;bat significatif des contradictions dans
lesquelles se sentent enferm&#233;s les Qu&#233;b&#233;cois &#171; de souche &#187; et de leur difficult&#233;
&#224; exprimer en des termes aujourd'hui acceptables ce qu'ils ressentent comme
leur identit&#233;. Le conseil municipal de ce gros bourg rural, connu jusqu'alors
pour le festival de musique country voisin, a adopt&#233; une d&#233;claration pr&#233;cisant,
&#224; l'intention d'immigr&#233;s potentiels et pour l'heure inexistants, les valeurs, us
et coutumes de la communaut&#233;. Le texte, fort bien r&#233;dig&#233; et que l'on trouve
sur Internet, &#233;tablit une liste d'usages associ&#233;s globalement &#224; l'islam (port
du voile, refus de la mixit&#233; dans les espaces publics, limitation du statut de
la femme, mais aussi lapidation&#8230;) dont il est dit explicitement qu'ils ne sont
pas acceptables &#224; H&#233;rouxville. Les usages et valeurs d&#233;finis au contraire
comme qu&#233;b&#233;cois sont ceux de la r&#233;volution tranquille &#8211; &#233;galit&#233; entre
hommes et femmes, mixit&#233; des activit&#233;s sportives et scolaires, la&#239;cisation de
la soci&#233;t&#233; &#8211;, mais donnent une place &#224; l'h&#233;ritage catholique dans sa version
patrimonialis&#233;e. Le conseil municipal d'H&#233;rouxville affirme en effet son droit
&#224; d&#233;penser l'argent public pour entretenir les croix de chemin et &#224; utiliser le
mot No&#235;l, contest&#233;s parce qu'il s'agirait l&#224; d'usages relatifs &#224; une communaut&#233;
religieuse particuli&#232;re (les catholiques) qui ne sauraient &#234;tre impos&#233;s &#224; tous. Sa
position se fonde cependant non pas sur une appartenance catholique mais sur
l'aspect patrimonial de ces vestiges. Les r&#233;dacteurs (locaux) du &#171; r&#232;glement &#187;
d'H&#233;rouxville ont rapidement obtenu ce qu'ils souhaitaient : l'attention
des m&#233;dias nationaux et le lancement d'un d&#233;bat public &#224; partir de leurs
positions. Bien s&#251;r, les gens branch&#233;s de Montr&#233;al ont stigmatis&#233; le populisme
r&#233;actionnaire des habitants d'H&#233;rouxville&#8230; et les habitants des r&#233;gions ont
stigmatis&#233; le multiculturalisme d&#233;cadent de Montr&#233;al, consacrant la coupure
imaginaire entre une capitale cosmopolite et son arri&#232;re-pays traditionaliste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est le plus significatif, dans cette affaire, n'est pas tant le
discours tenu que la fa&#231;on dont il est entr&#233; dans le d&#233;bat public. C'est d'un
point marginal g&#233;ographiquement et politiquement &#8211; une petite municipalit&#233;
perdue quelque part au nord de la rivi&#232;re Saint-Maurice &#8211; qu'est parti le conflit.
Ce dernier s'est ensuite d&#233;velopp&#233; essentiellement &#224; la t&#233;l&#233;vision autour
d'intervenants peu connus : le maire d'H&#233;rouxville, un conseiller municipal,
de jeunes musulmanes venues manifester sur place, bref, des &#171; vraies gens &#187;,
porteurs d'une parole v&#233;cue comme authentique et relay&#233;e directement par
les m&#233;dias populaires. Autre sympt&#244;me : le vieux parti de Ren&#233; L&#233;vesque,
traditionnellement porteur du discours identitaire, n'a pas su prendre position
dans ce d&#233;bat. Il a laiss&#233; son &#171; jeune &#187; rival, l'Alliance d&#233;mocratique du Qu&#233;bec,
capitaliser sur le d&#233;sir d'une partie des populations &#171; historiques &#187; du Canada
fran&#231;ais de trouver un parti capable de revendiquer un h&#233;ritage culturel, un
ancrage chr&#233;tien, une appartenance territoriale, et de d&#233;fendre une s&#233;curit&#233;
&#233;conomique sans que ces choix soient d&#233;valoris&#233;s symboliquement comme un
retour au discours r&#233;actionnaire ant&#233;rieur &#224; la r&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MES A&#207;EUX ET &#171; D&#201;G&#201;N&#201;RATION &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des discours incroyablement r&#233;actionnaires, au sens propre du terme,
apparaissent en effet l&#224; o&#249; on ne les attendrait a priori pas. Par exemple dans
la chanson populaire, dont on a vu plus haut qu'elle avait &#233;t&#233; l'un des vecteurs
majeurs du projet national qu&#233;b&#233;cois. En 2006, un groupe folk, Mes A&#239;eux,
comme il en existe des dizaines au Qu&#233;bec et form&#233; de jeunes gens de moins
de trente ans, a &#233;crit et enregistr&#233; une chanson appel&#233;e D&#233;g&#233;n&#233;ration. Le
propos, adress&#233; &#224; l'auditeur en usant du tutoiement usuel qui affirme d'embl&#233;e
la proximit&#233; et la connivence, est d&#233;capant. Il r&#233;habilite la terre comme
seule possession qui vaille, fait l'&#233;loge du d&#233;fricheur et du paysan, exprime la
nostalgie des grandes fratries, des m&#232;res nourrici&#232;res et des f&#234;tes de famille. Il
fait le proc&#232;s de la ville, de l'individualit&#233;, de la libert&#233; sexuelle, des conqu&#234;tes
du f&#233;minisme. Bref, c'est mot pour mot l'inverse du projet de la r&#233;volution
tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or cette chanson n'est pas demeur&#233;e marginale. La pression des
auditeurs l'a impos&#233;e aux stations de radio, qui, au d&#233;part, n'en voulaient pas,
puis elle s'est install&#233;e durablement en t&#234;te des ventes. Le groupe lui-m&#234;me
a fini par &#234;tre invit&#233; un dimanche soir dans la grande &#233;mission de soci&#233;t&#233;
de la t&#233;l&#233;vision publique, successeur impr&#233;vu des chanteurs historiques de la
r&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;F&#202;TE NATIONALE &#192; CAUSAPSCAL&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit br&#251;lot folk s'est m&#234;me immisc&#233; dans le rituel officiel de la f&#234;te
nationale. La chose est moins surprenante qu'il n'y para&#238;trait au premier abord.
La f&#234;te nationale, au Qu&#233;bec, n'est en effet pas exclusivement &#171; nationale &#187;
&#8211; et pour cause &#8211;, et les rituels politiques qui accompagnent usuellement
l'&#233;v&#233;nement dans les nations-&#201;tats anciennement constitu&#233;es sont ici r&#233;cents,
fragiles et controvers&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'usage d'organiser une manifestation civique &#224; l'intention des
Canadiens fran&#231;ais remonte au milieu du XIXe si&#232;cle, c'est en 1977 que le
gouvernement L&#233;vesque instaure la Saint-Jean-Baptiste comme f&#234;te nationale.
Cette derni&#232;re emprunte des formes multiples qui l'inscrivent dans les rituels
de la culture populaire urbaine. La manifestation centrale, par exemple, est
depuis les ann&#233;es 70 un concert, associ&#233; &#224; un discours, organis&#233; sur les plaines
d'Abraham, vaste esplanade situ&#233;e pr&#232;s du Parlement provincial de Qu&#233;bec et
qui vit la victoire d&#233;cisive des soldats du g&#233;n&#233;ral anglais Wolfe en 1759. Par
ailleurs, des f&#234;tes et concerts sont organis&#233;s dans les villages, o&#249; ils co&#239;ncident
avec les festivit&#233;s traditionnelles li&#233;es au solstice d'&#233;t&#233;. &#192; leur initiative, les
particuliers pavoisent avec le drapeau bleu aux fleurs de lys. L'arm&#233;e est
absente ou peu pr&#233;sente. La responsabilit&#233; de la f&#234;te, en effet, n'est pas confi&#233;e
&#224; l'&#201;tat mais prise en charge par des associations. Si en 1977 c'est la soci&#233;t&#233;
Saint-Jean-Baptiste, d&#233;positaire de l'h&#233;ritage du mouvement d'&#233;mancipation
des Canadiens fran&#231;ais, qui en avait la charge, depuis quelques ann&#233;es une
autre organisation, jug&#233;e plus repr&#233;sentative de l'ensemble des communaut&#233;s
culturelles du Qu&#233;bec, lui a &#233;t&#233; substitu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est donc une sorte de transplantation du domaine politique vers le
domaine culturel qui permet &#224; la f&#234;te d'exister. Ce d&#233;calage est visuellement
illustr&#233; par le fait que c'est autour d'une sc&#232;ne musicale que s'organise la
relation entre le discours, les drapeaux et la foule, les chanteurs occupant sur
la sc&#232;ne la place d&#233;volue dans les c&#233;r&#233;monies civiques aux repr&#233;sentants de
l'autorit&#233;. En 2006, par exemple, c'est &#224; un acteur qu'est attribu&#233;e la charge
d'&#233;crire et de lire le discours officiel. Le site de l'association responsable insiste
d'ailleurs sur la participation de la soci&#233;t&#233; civile aux c&#233;l&#233;brations. On n'attend
pas des b&#233;n&#233;voles qu'ils carburent uniquement &#224; l'enthousiasme national, et,
comme dans toute entreprise soucieuse de motiver ses troupes, un concours
et des cadeaux r&#233;compensent les plus efficaces producteurs de la symbolique
nationale. L'ensemble est parrain&#233; par une marque de bi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant alors &#224; ce que l'on observe dans les c&#233;l&#233;brations non
pas la rigueur et l'unit&#233; &#8211; dans le c&#233;r&#233;monial et les discours &#8211; qui caract&#233;risent
les f&#234;tes des &#201;tats anciennement centralis&#233;s, mais une adaptation aux formes
nouvelles de la vie collective. Ainsi, &#224; Causapscal, bourgade de Gasp&#233;sie situ&#233;e
&#224; plus de mille kilom&#232;tres de Montr&#233;al, le discours officiel de la f&#234;te &#233;tait-il,
en ce mois de juin 2007, compos&#233; &#224; la fois de propos tenus par des &#233;lus, en
l'occurrence le maire et la d&#233;put&#233;e &#8211; ce qui rel&#232;ve du mod&#232;le classique &#8211;, et
de deux chansons, ins&#233;r&#233;es entre les discours et le feux d'artifice, comme si
elles &#233;taient elles-m&#234;mes un discours. Et, de fait, elles en faisaient fonction.
La premi&#232;re &#233;tait D&#233;g&#233;n&#233;ration, du groupe Mes A&#239;eux, cit&#233;e plus haut, qui
quittait ainsi clairement le registre du spectacle pour entrer dans celui de la
repr&#233;sentation politique. Quant &#224; la seconde, intitul&#233;e Lettre &#224; Ren&#233; L&#233;vesque
et due au groupe de papys militants Les Cow-Boy fringants, elle portait, elle
aussi, un message explicitement politique : un appel aux jeunes g&#233;n&#233;rations
pour qu'elles rel&#232;vent l'h&#233;ritage de Ren&#233; L&#233;vesque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HEURTS ET MALHEURS DU 400E&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le conseil municipal d'H&#233;rouxville, Mes A&#239;eux et Les Cow-Boys
fringants&#8230; ces porteurs de discours apparemment marginaux n'occupent le
devant de la sc&#232;ne qu'autant que les vecteurs traditionnels de la transmission
d'une identit&#233; nationale peinent &#224; remplir leur r&#244;le. En t&#233;moignent les
difficult&#233;s dans l'organisation des c&#233;r&#233;monies du 400e anniversaire de Qu&#233;bec.
En 2008, cela fera quatre cents ans &#8211; ou &#224; peu pr&#232;s &#8211; que Samuel de Champlain
a abord&#233; le site de Qu&#233;bec. L'anniversaire appelle une c&#233;l&#233;bration, et depuis
quelques dizaines de mois on s'agite autour de la question, tant &#224; Qu&#233;bec
qu'&#224; Ottawa et Paris. Les anniversaires &#224; Qu&#233;bec sont choses complexes et
politiques. Le 300e anniversaire, en 1908 avait donn&#233; lieu &#224; un magistral
tour de passe-passe par lequel Ottawa avait r&#233;cup&#233;r&#233;, pour le plus grand
profit symbolique de l'empire, l'initiative, &#224; l'origine modeste, des bourgeois
francophones de Qu&#233;bec. Le programme de 2008 est, lui aussi, objet de
controverses et sujet &#224; volte-face et transformations. Ottawa a un projet clair
et astucieux : c&#233;l&#233;brer l'arriv&#233;e via le port de Qu&#233;bec des centaines de milliers
d'immigrants qui ont fait le Canada multiculturel d'aujourd'hui. La ville de
Qu&#233;bec, dans cette perspective, est ramen&#233;e exclusivement &#224; sa fonction de
port. Son r&#244;le de capitale administrative et religieuse d'un territoire rural,
agricole et essentiellement francophone dispara&#238;t purement et simplement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais peut-on tenir un autre discours sans r&#233;veiller les flammes
du souverainisme ou encourir le reproche de nationalisme ethnique et
religieux ? La question donne des cauchemars au gouvernement provincial
lib&#233;ral de Jean Charrest, qui entend contenir toute vell&#233;it&#233; souverainiste et
qui cherche une voie moyenne entre l'enthousiasme multiculturel d'Ottawa
et l'inopportune c&#233;l&#233;bration d'un h&#233;ritage embarrassant. Comment c&#233;l&#233;brer
les Canadiens fran&#231;ais sans en parler tout en en parlant ? Ainsi, la grande
exposition sur l'Am&#233;rique fran&#231;aise pr&#233;vue &#224; l'origine ne se fera pas, ou plus
tard, ou autrement. &#192; la place, la France pr&#234;tera une exposition du mus&#233;e
du quai Branly, zappant les Canadiens fran&#231;ais au profit d'une c&#233;l&#233;bration
plus au go&#251;t du jour des cultures autochtones. Quant au Qu&#233;bec proprement
dit, son discours national s'engloutit dans les initiatives spectaculaires ou
sympathiques mais, au sens propre, insignifiantes. Le Cirque du Soleil, grande
entreprise du show-business, qu&#233;b&#233;coise et mondialis&#233;e, assurera l'essentiel
du spectacle, et, si ses managers le veulent bien, on aura C&#233;line Dion, autre
ic&#244;ne du succ&#232;s plan&#233;taire. Des chorales franco-qu&#233;b&#233;coises renoueront dans
la bonne humeur le lien social transatlantique. Quant &#224; la Saint-Jean-Baptiste
sur les plaines d'Abraham, elle repr&#233;sente un vrai probl&#232;me. Trop charg&#233;
de souvenirs, cet endroit ! Et s'il venait &#224; l'id&#233;e de quelques jeunes zozos de
se prendre pour F&#233;lix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois et de
rejouer la Superfrancof&#234;te de 1974 ? On a vu ce que &#231;a donnait lorsqu'on
laissait des chanteurs parler politique. Mieux vaut rester raisonnable et confier
aux f&#233;d&#233;rations de g&#233;n&#233;alogistes une exposition sur les &#171; familles-souches &#187;
(celles qui se sont install&#233;es au Qu&#233;bec au XVIIe si&#232;cle) et les &#171; familles-racines &#187;
(celles qui sont rest&#233;es en France, toujours au XVIIe si&#232;cle). Id&#233;e charmante,
certes, et sans danger politique imm&#233;diat, mais qui t&#233;moigne d'un repli frileux&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;sur la tradition. Crise symbolique, crise des institutions, avons-nous dit.
Pour la regarder sous un angle nouveau, on peut consid&#233;rer ce que dit de la
question des institutions Denis Moni&#232;re, politiste et partisan historique du
projet souverainiste. Le Qu&#233;bec, dit-il, a un &#201;tat faible, et &#231;a n'est pas bon.
Dans le cas particulier du Qu&#233;bec, un &#201;tat fort, paradoxalement, lib&#233;rerait les
individus. Certes, le projet souverainiste aujourd'hui ne consiste plus &#224; suivre
le mod&#232;le des d&#233;colonisations des ann&#233;es 70. Mais, si les Canadiens fran&#231;ais ont
surv&#233;cu comme groupe, c'est au prix d'une discipline individuelle et collective
s&#233;v&#232;re, encadr&#233;e par l'&#201;glise. C'est parce que les femmes avaient quatorze
enfants que le groupe a perdur&#233;. C'est parce que les familles parlaient fran&#231;ais
&#224; leurs enfants m&#234;me si cela avait un prix en termes de promotion sociale et
&#233;conomique que la langue, elle aussi, s'est maintenue dans un environnement
pourtant d&#233;favorable. Aujourd'hui, il n'est bien s&#251;r plus question de demander
aux familles d'assurer la survie du groupe, et le r&#244;le r&#233;gulateur de l'&#201;glise
s'est &#233;vanoui. Et si la langue subsiste, face &#224; la pression renouvel&#233;e de l'anglais,
c'est seulement gr&#226;ce &#224; la protection des pouvoirs publics exprim&#233;e par la loi
101 et aux politiques publiques de soutien &#224; la culture.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un &#201;tat souverain d&#233;livrerait, dit Denis Moni&#232;re, les individus de la
charge d'assurer la d&#233;fense de la langue et la p&#233;rennit&#233; du groupe en assumant
les fonctions symboliques et en veillant &#224; la transmission. On peut &#234;tre d'accord
ou non avec cette opinion, exprim&#233;e ici de fa&#231;on peut-&#234;tre trop sommaire. Il
n'en demeure pas moins qu'il y a l&#224; une cl&#233; pour comprendre la confusion
id&#233;ologique dans laquelle se d&#233;bat le Qu&#233;bec aujourd'hui. Confier la charge
de la production symbolique au th&#233;&#226;treux et aux chanteurs, c'est s'assurer,
en p&#233;riode de hautes eaux id&#233;ologiques, un fort potentiel de cr&#233;ativit&#233; et un
&#233;cho maximal dans la soci&#233;t&#233;. Mais, en p&#233;riode de reflux, c'est s'exposer &#224;
des d&#233;rives bizarres, &#224; la fragmentation des repr&#233;sentations, aux distorsions
des appartenances. Bref, il n'est pas anodin de ne pas r&#233;ussir &#224; organiser un
grand anniversaire, une f&#234;te nationale ou un grand mus&#233;e. C'est plut&#244;t un
sujet d'inqui&#233;tude.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CATHERINE BERTHO-LAVENIR est professeur d'histoire contemporaine &#224; l'universit&#233;
Paris III-Sorbonne nouvelle. Elle s'est occup&#233;e, en 2006, de la chaire &#171; &#201;tude de la
France contemporaine &#187; &#224; l'universit&#233; de Montr&#233;al. Son dernier livre : Histoire des
m&#233;dias, de Diderot &#224; Internet, avec Fr&#233;d&#233;ric Barbier, Armand Colin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://www.cerium.ca/IMG/pdf/Quebec_Medium1.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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	<item>
		<title>Le Qu&#233;bec : une soci&#233;t&#233; distincte &#224; reconna&#238;tre et une identit&#233; collective &#224; consolider</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-Quebec-une-societe-distincte-a</link>
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		<dc:date>2008-01-05T21:01:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Langlois - L'Action nationale&lt;br&gt;www.action-nationale.qc.ca</dc:creator>
		


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		<description>L'Action nationale Vol. LXXXI, no 4, avril 1991 R&#233;sum&#233; Le partage actuel des pouvoirs entre le gouvernement f&#233;d&#233;ral et le gouvernement provincial n'est plus adapt&#233; pour r&#233;pondre aux besoins sociaux nouveaux, n&#233;s des mutations et des changements observables dans la soci&#233;t&#233;. Il y a (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'Action nationale
&lt;br&gt;Vol. LXXXI, no 4, avril 1991&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le partage actuel des pouvoirs entre le gouvernement f&#233;d&#233;ral et le gouvernement provincial n'est plus adapt&#233; pour r&#233;pondre aux besoins sociaux nouveaux, n&#233;s des mutations et des changements observables dans la soci&#233;t&#233;. Il y a un hiatus grandissant entre la constitution et la soci&#233;t&#233;. Il faut, de plus, reconna&#238;tre que le Qu&#233;bec a des caract&#233;ristiques et des aspirations distinctes qui exigent aussi des changements majeurs en mati&#232;re constitutionnelle. Il est n&#233;cessaire de tirer une cons&#233;quence claire et sans &#233;quivoque de la situation actuelle de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise : seule la souverainet&#233; compl&#232;te permettra de fixer un cadre nouveau et appropri&#233; dans lequel pourront &#234;tre effectu&#233;s des choix politiques neufs, mieux articul&#233;s pour r&#233;pondre aux besoins d&#233;j&#224; existants ou en &#233;mergence et aussi mieux ajust&#233;s aux aspirations des qu&#233;b&#233;cois. Il faudra ensuite proposer au Canada anglais non pas une association (terme p&#233;joratif associ&#233; &#224; la police d'assurance), mais plut&#244;t une alliance entre pays souverains et &#233;troitement unis, une alliance profitable &#224; tous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le foss&#233; entre la constitution et la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La constitution d'un pays sanctionne une r&#233;alit&#233; sociologique. Si l'&#233;cart entre les deux s'agrandit, c'est le fondement m&#234;me de la soci&#233;t&#233; civile qui vacille. On observe au Canada un divorce croissant, un foss&#233; grandissant entre le pays r&#233;el et la constitution qui r&#233;partit et am&#233;nage les pouvoirs des niveaux respectifs de gouvernement. Le partage actuel des pouvoirs et des responsabilit&#233;s entre les niveaux de gouvernement f&#233;d&#233;ral et provincial n'est plus adapt&#233; pour r&#233;pondre aux attentes sp&#233;cifiques du Qu&#233;bec, c'est un fait connu. Le Qu&#233;bec est devenu et s'affirme maintenant comme une soci&#233;t&#233; distincte avec des besoins propres et des aspirations sp&#233;cifiques, et une majorit&#233; grandissante de Qu&#233;b&#233;cois a peine &#224; se reconna&#238;tre symboliquement dans le Canada tel qu'il s'est lui-m&#234;me transform&#233;. Mais ce qui a moins attir&#233; l'attention, c'est le fait que les pouvoir du f&#233;d&#233;ral et des provinces, tels qu'ils sont actuellement partag&#233;s, ne correspondent plus aux besoins nouveaux qui sont n&#233;s des changements et des mutations sociales observables dans la soci&#233;t&#233; contemporaine.
(...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tous ces changements n&#233;cessitent un nouveau partage des pouvoirs, soit, mais aussi un nouveau cadre juridique et constitutionnel qui permettra au Qu&#233;bec de se r&#233;aliser comme soci&#233;t&#233; globale. Ce cadre nouveau devra &#234;tre &#233;labor&#233; d'abord pour corriger le hiatus entre constitution et soci&#233;t&#233; signal&#233; plus haut, mais aussi pour rendre possible l'affirmation de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1. La soci&#233;t&#233; distincte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les deux creusets&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Canadiens anglais ont probablement raison de reprocher aux Qu&#233;b&#233;cois de ne pas percevoir clairement les transformations r&#233;centes et les mutations qu'a connues le Canada sans le Qu&#233;bec et d'avoir encore une perception trop globale des Canadiens. En dehors du Qu&#233;bec, l'origine ethnique des Canadiens est tr&#232;s diversifi&#233;e. Les descendants des Britanniques sont minoritaires (43,2%) et on y observe une forte proportion de personnes d'origine multiple, &#224; la suite de mariages interethniques (pr&#232;s du quart de la population). Le quart des Canadiens ont une origine ethnique unique autre que fran&#231;aise ou britannique. La situation est fort diff&#233;rente au Qu&#233;bec. Le caract&#232;re ethnique du Qu&#233;bec est beaucoup moins prononc&#233; qu'il ne l'est au Canada et l'origine ethnique multiple, beaucoup moins fr&#233;quente. La minorit&#233; ayant une origine unique autre que fran&#231;aise ou britannique est aussi beaucoup plus faible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le contraste est encore plus frappant, lorsqu'on examine les langues. Rappelons - pour m&#233;moire - des faits connus. La langue maternelle est majoritairement l'anglais (80%) au Canada sans le Qu&#233;bec et majoritairement le fran&#231;ais (82,8%) au Qu&#233;bec. La langue d'usage est encore plus fortement l'anglais au Canada sans le Qu&#233;bec (88,7%) et la proportion des individus ayant comme langue d'usage une langue autre que le fran&#231;ais ou l'anglais est m&#234;me le double de celle des individus d&#233;clarant le fran&#231;ais (7,7% contre 3,6%). Enfin, moins de 10% des Canadiens se disent bilingues en dehors du Qu&#233;bec (et cela comprend les Acadiens ... ) contre 34,5% au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada des deux nations s'estompe. La notion des deux peuples fondateurs ne tient plus, puisque le Canada est devenu un ensemble multiethnique (avec une proportion grandissante de minorit&#233;s visibles), dont les citoyens ont adopt&#233; massivement l'anglais. Ce creuset est tellement fort qu'il entra&#238;ne m&#234;me une partie des francophones hors Qu&#233;bec &#224; adopter l'anglais. Le Qu&#233;bec s'est aussi, plus tardivement, engag&#233; sur la voie du creuset. L'immigration y a &#233;t&#233; moins importante, mais les Qu&#233;b&#233;cois tentent maintenant d'imposer le fran&#231;ais comme langue d'enseignement et langue d'usage sur le territoire, avec un succ&#232;s encore incertain. Les dix prochaines ann&#233;es seront, de ce point de vue, d&#233;terminantes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada des deux nations r&#234;v&#233; par Henri Bourassa ou Georges Grant n'est plus. La dualit&#233; linguistique qui a servi de point d'ancrage aux politiques de Pierre Trudeau est aussi en voie de dispara&#238;tre. Consid&#233;rons l'origine ethnique fran&#231;aise (y inclus l'origine multiple dont une des composantes est fran&#231;aise), la langue maternelle et la langue d'usage : le fait fran&#231;ais r&#233;gresse comme une peau de chagrin en dehors du Qu&#233;bec. En lieu et place des deux nations et de la dualit&#233; linguistique canadienne, on retrouve maintenant deux soci&#233;t&#233;s, l'une d&#233;j&#224; fortement multiethnique et l'autre, qui tend aussi &#224; l'&#234;tre, mais surtout deux soci&#233;t&#233;s s&#233;gr&#233;g&#233;es qui ont choisi ou d&#233;cid&#233; de vivre dans une langue majoritaire diff&#233;rente. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'identit&#233; canadienne-fran&#231;aise, ou ce qui en reste, se fonde sur des liens de descendance, de filiation, de consanguinit&#233;. L'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise n'est pas avant tout ethnique et elle le sera de moins en moins. Pour les Qu&#233;b&#233;cois, la langue fran&#231;aise est le moyen privil&#233;gi&#233; permettant l'int&#233;gration de personnes de diverses origines &#224; un m&#234;me ensemble. Le fran&#231;ais joue ici le m&#234;me r&#244;le que l'anglais au &#201;tats-Unis ou au Canada. La langue ne marque pas l'appartenance &#224; un groupe ethnique pr&#233;cis ; elle est le moyen de marquer l' appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; globale. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Une soci&#233;t&#233; globale sp&#233;cifique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, on a trop restreint la sp&#233;cificit&#233; du Qu&#233;bec &#224; des questions de langue et d'ethnicit&#233;. Or, le Qu&#233;bec est aussi devenu peu &#224; peu une soci&#233;t&#233; globale, pour reprendre un concept de la sociologie, avec un ensemble d'institutions sp&#233;cifiques, une organisation sociale propre, une culture propre et un genre de vie sp&#233;cifique, des objectifs nationaux et politiques diff&#233;rents, qui en ont fait bien davantage un pays qu'une province, qui en ont fait bien davantage une soci&#233;t&#233; civile qu'un groupe ethnique. C'est cette sp&#233;cificit&#233; qu&#233;b&#233;coise qu'il faut reconna&#238;tre dans le d&#233;bat constitutionnel actuel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Canadiens per&#231;oivent encore les francophones comme une minorit&#233; ; les Qu&#233;b&#233;cois se per&#231;oivent comme une majorit&#233;. La sp&#233;cificit&#233; qu&#233;b&#233;coise s'est affirm&#233;e au fil des ans, alors que s'&#233;moussait l'identit&#233; canadienne-fran&#231;aise, parce qu'elle a su s'appuyer sur un ensemble d'institutions fortes et sur l'existence d'un &#201;tat qui a assur&#233; la promotion collective de ses citoyens, mais aussi des institutions pour reconna&#238;tre et donner tous les services &#224; sa minorit&#233; historique anglophone, pour affirmer le visage fran&#231;ais de la soci&#233;t&#233; civile qu&#233;b&#233;coise, des institutions pour atteindre des objectifs sociaux donn&#233;s (services sociaux, etc.) et des institutions pour accueillir et int&#233;grer les immigrants &#224; la majorit&#233; francophone. Comme tous les &#201;tats du monde, le Qu&#233;bec a &#233;tabli des r&#232;gles du jeu pour constituer une soci&#233;t&#233; civile originale et sp&#233;cifique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un d&#233;calage politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a toujours eu un d&#233;calage politique entre le Qu&#233;bec et le Canada, comme si les deux soci&#233;t&#233;s n'&#233;voluaient pas sur la m&#234;me longueur d'ondes, n'&#233;voluaient pas au m&#234;me rythme. Au d&#233;but du si&#232;cle, Henri Bourassa plaidait la th&#232;se des deux nations, luttait pour la reconnaissance du fait fran&#231;ais dans les institutions du pays. Lorsque l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral a enfin accept&#233; de reconna&#238;tre vraiment la composante fran&#231;aise du Canada, il &#233;tait trop tard : l'&#201;tat du Qu&#233;bec s'&#233;tait d&#233;j&#224; constitu&#233; comme le principal appareil politique des francophones de ce pays. Les Canadiens fran&#231;ais ont beaucoup lutt&#233; pour le bilinguisme ; quand ce dernier est arriv&#233; au Canada, le Qu&#233;bec &#233;tait d&#233;j&#224; bien engag&#233; dans la promotion du fait fran&#231;ais, en allant m&#234;me jusqu'&#224; tasser quelque peu l'anglais et en proclamant le Qu&#233;bec province unilingue fran&#231;aise. Les Canadiens fran&#231;ais ont &#233;t&#233; les premiers &#224; revendiquer la s&#233;paration d'avec l'Angleterre ; le rapatriement de la constitution est venu tardivement (sans encore briser les liens symboliques avec cette derni&#232;re). M&#234;me chose avec les symboles nationaux. Les Canadiens fran&#231;ais ont longtemps propos&#233; au Canada l'adoption d'un hymne national et d'un drapeau canadiens. Ce dernier est arriv&#233; plus de vingt ans apr&#232;s l'adoption du fleur-de-lys&#233;, devenu entre-temps symbole de ralliement au Qu&#233;bec. Quand le Canada anglais s'est mis &#224; envoyer ses enfants dans les &#233;coles d'immersion fran&#231;aise, le plus souvent avec la r&#233;elle conviction de servir l'unit&#233; nationale et dans un geste d'ouverture envers le fran&#231;ais, le Qu&#233;bec fermait l'acc&#232;s de ses &#233;coles anglaises aux francophones et aux nouveaux arrivants. La liste des exemples &#224; l'appui de ce d&#233;calage pourrait se multiplier longuement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les propositions du Qu&#233;bec ou du Canada fran&#231;ais ont souvent heurt&#233; le reste du Canada. Quand ce dernier a fini par s'y rallier tardivement, le Qu&#233;bec &#233;tait pass&#233; &#224; autre chose. Le dernier exemple, peut-&#234;tre le plus important, est le refus de reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; distincte qu&#233;b&#233;coise dans la Constitution. A notre avis, c'est ce d&#233;calage qui est la source de l'&#233;chec du lac Meech. Or, ce d&#233;calage dans les perceptions et les actions augure mal pour de futures n&#233;gociations avec le Canada dans le cadre actuel. Quand on n&#233;gocie avec un partenaire, il faut &#234;tre sur la m&#234;me longueur d'onde, ne serait-ce que pour s'entendre sur la nature du conflit, que pour identifier les enjeux et les points de d&#233;saccord. Or, ce n'est pas le cas entre le Qu&#233;bec et le reste du Canada actuellement. Certains, au Qu&#233;bec, avancent l'id&#233;e d'une n&#233;gociation &#224; deux, apr&#232;s l'&#233;chec de la n&#233;gociation &#224; onze. Le reste du Canada, et notamment les neuf autres provinces, a refus&#233; ce cadre de n&#233;gociation, du moins pouvons-nous le pr&#233;voir, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de ce d&#233;calage dans les repr&#233;sentations collectives dont nous venons de faire l'hypoth&#232;se.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a d&#233;j&#224; longtemps que l'on d&#233;crit le Qu&#233;bec comme une soci&#233;t&#233; distincte, depuis le Rapport pr&#233;liminaire, de la Commission royale d'enqu&#234;te sur le bilinguisme et le biculturalisme (1965), dont le paragraphe 104 est justement intitul&#233; &#171; la soci&#233;t&#233; distincte &#187;, jusqu'au texte de l'Accord du Lac Meech. Mais on n'a pas encore r&#233;ussi &#224; en tirer les implications et les cons&#233;quences sur le plan constitutionnel, notamment parce que cette perception du Qu&#233;bec comme soci&#233;t&#233; distincte globale, comme nouveau creuset, est tr&#232;s floue dans le reste du Canada. On y per&#231;oit le fran&#231;ais comme une langue ethnique, &#224; prot&#233;ger pour des raisons historiques, alors que le Qu&#233;bec revendique plus de pouvoirs pour consolider son identit&#233;. Voil&#224; le noeud du probl&#232;me actuel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;II. Balises pour un choix politique et constitutionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une forte majorit&#233; de Qu&#233;b&#233;cois s'entendent pour apporter des changements majeurs - sinon radicaux - &#224; la Constitution actuelle. Les discussions en la mati&#232;re tournent vite &#224; l'examen des m&#233;rites et des inconv&#233;nients des diverses options constitutionnelles, mais on parle moins des orientations fondamentales qu'il ne faudrait pas manquer aussi d'examiner. Quel type de soci&#233;t&#233; voulons-nous b&#226;tir ? Pour quel type de soci&#233;t&#233; voulons-nous une nouvelle constitution ? Ce sont l&#224; des questions pr&#233;alables qui appelleront des r&#233;ponses au moment de fixer le statut constitutionnel du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le lien froid de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plusieurs observateurs ont critiqu&#233; le biais &#233;conomiste ou affairiste du d&#233;bat sur l'avenir du Qu&#233;bec. Marx est mort (de m&#234;me que meurent sous nos yeux bien des r&#233;gimes qui s'en sont r&#233;clam&#233;s), mais le &#171; lien froid de l'argent &#187; dont il parlait est bien vivant. Il est m&#234;me en train de devenir fort important dans les pays de l'Est qui se tournent vers l'&#233;conomie de march&#233;. Il n'en va pas autrement dans les d&#233;bats sur l'avenir du Qu&#233;bec. Le R&#233;f&#233;rendum de 1980 a &#233;t&#233; marqu&#233; par les discussions comptables sur le bilan des &#233;changes, la rentabilit&#233; du f&#233;d&#233;ralisme ou le co&#251;t de l'ind&#233;pendance. Dix ans plus tard, on a r&#233;solument plac&#233; les travaux de la Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du Qu&#233;bec sur le terrain de l'&#233;conomie, des affaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut ramener cette perspective &#224; sa juste dimension et ne pas enfermer le d&#233;bat sur l'avenir du Qu&#233;bec dans cette seule approche. Elle est importante, certes, mais elle n'est pas la seule. Le spectre du dollar &#224; 70 cents a fait peur &#224; bien des gens en 1980. Pourtant, lorsque le dollar a atteint un creux de 69,8 cents am&#233;ricains quelques ann&#233;es plus tard, sous un r&#233;gime f&#233;d&#233;raliste est-il besoin de le souligner, on a pr&#233;tendu que c'&#233;tait bon pour l'&#233;conomie exportatrice et cette ann&#233;e-l&#224;, des centaines de milliers de Qu&#233;b&#233;cois ont de nouveau pass&#233; leurs vacances d'hiver et d'&#233;t&#233; aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut mettre le d&#233;bat sur un autre terrain. Quand on discute de l'avenir d'un pays, il faut savoir compter, c'est s&#251;r, mais il faut aussi &#234;tre capable d'esp&#233;rer. Il faut savoir ouvrir des voies nouvelles et s'engager dans leur consolidation ou dans leur construction si n&#233;cessaire. Il faut savoir compter aussi sur la capacit&#233; d'ajustement, sur la comp&#233;tence &#224; faire face &#224; l'inconnu et au nouveau. D'autres pays nous offrent en ce moment des exemples &#224; suivre, des exemples de situations qui impliquent des changements radicaux : r&#233;unification de l'Allemagne de l'Est &#224; l'Allemagne de l'Ouest, l'adh&#233;sion de la Gr&#232;ce ou du Portugal au march&#233; commun, le passage de la Pologne &#224; l'&#233;conomie de march&#233;. Il n'en va pas diff&#233;remment du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Plus de nationalit&#233;, moins de nationalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le nationalisme a fait beaucoup de d&#233;g&#226;t, au XXe si&#232;cle, et il continue d'en faire dans certains coins du monde. Les &#233;trangers qui nous visitent lorsque notre pays conna&#238;t certaines pouss&#233;es de fi&#232;vre nationalistes ne sont pas sans ressentir quelques malaises devant la mar&#233;e des drapeaux qu&#233;b&#233;cois qui envahit nos rues. Ils ne peuvent faire autrement que d'associer ces d&#233;bordements &#224; d'autres qui ont d&#233;rap&#233; ailleurs, s'appuyant au hasard sur une pancarte malheureuse qui donne parfois le ton &#224; leur perception. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a dans le nationalisme une autre face, celle de l'affirmation de soi : &#171; Volont&#233; de puissance chez les grands peuples, le nationalisme, chez les petits, est une volont&#233; d'&#234;tre. &#187; (Jean Bouthillette, Le Canadien fran&#231;ais et son double, Montr&#233;al, L'Hexagone, 1972, 2e &#233;dition, 1989, p. 54.). Le nationalisme qu&#233;b&#233;cois a souvent &#233;t&#233; caricatur&#233; par ses adversaires qui l'ont associ&#233; &#224; cette volont&#233; de puissance, alors qu'en r&#233;alit&#233; il entend d'abord exprimer une volont&#233; d'&#234;tre. Peut-&#234;tre vaudrait-il mieux, &#224; la suite de Raymond Aron, appeler &#171; nationalit&#233; &#187; le sentiment d'appartenance &#224; une communaut&#233; culturelle, pour le distinguer du nationalisme, ce mot trop charg&#233; de connotations p&#233;joratives ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le mouvement nationalitaire qu&#233;b&#233;cois est une puissante force de rassemblement. Il doit aussi accueillir et faire une place aux nouveaux Qu&#233;b&#233;cois qui choisissent et choisiront encore le Qu&#233;bec, dans le respect et l'acceptation des institutions et des r&#232;gles du jeu du pays d'accueil, tout comme il doit continuer de reconna&#238;tre et de respecter sa minorit&#233; anglophone qui est l&#224; pour rester.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Plus de culture, moins de multiculture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada est un pays sans identit&#233; propre. Il a, pendant quelque temps, appuy&#233; son identit&#233; sur son caract&#232;re biculturel et bilingue. Cette voie est de moins en moins privil&#233;gi&#233;e pour les raisons &#233;voqu&#233;es plus haut : une majorit&#233; croissante de Canadiens ne se reconnaissent pas dans l'id&#233;ologie des deux peuples fondateurs, le fait fran&#231;ais se concentre de plus en plus au Qu&#233;bec, sans parler du d&#233;veloppement d'institutions parall&#232;les. Le bilinguisme des institutions d'un oc&#233;an &#224; l'autre impos&#233; par Trudeau n'a pas r&#233;ussi &#224; souder une nouvelle identit&#233; canadienne. Sans identit&#233; propre, le Canada s'est engag&#233; &#224; fond dans le multiculturalisme au point d'en faire un absolu incontournable. Le Canada a &#233;rig&#233; en politique officielle non seulement le respect, mais aussi la promotion des diff&#233;rences, parce qu'il &#233;tait lui-m&#234;me incapable d'offrir une culture originale susceptible de servir de mod&#232;le int&#233;grateur. Les Canadiens, d'ailleurs, commencent &#224; se demander si on n'a pas trop mis l'accent sur les diff&#233;rences et le respect des diverses cultures au Canada, au d&#233;triment de la construction d'une identit&#233; commune canadienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec a choisi une voie diff&#233;rente de la voie canadienne pour affirmer son rapport avec ses immigrants, une voie qui s'apparente davantage &#224; ce qui se fait aux &#201;tats-Unis ou en France. Il doit poursuivre dans cette direction, en proposant aux nouveaux arriv&#233;s l'int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233; d'accueil. Celle-ci leur sera ouverte, et en retour ces derniers l'enrichiront de leur apport. Il ne s'agit pas ici de nier la sp&#233;cificit&#233; culturelle des immigrants, mais plut&#244;t de leur faire une place. Int&#233;gration ne signifie pas assimilation pure et simple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La culture exprime d'abord l'id&#233;e de partage, l'id&#233;e d'un vouloir-vivre en commun. Elle s'appuie sur un h&#233;ritage, mais elle le transforme et le remod&#232;le sans cesse. C'est ce qui diff&#233;rencie une culture vivante d'une culture morte. La culture n'a pas de fronti&#232;re, mais elle a des racines. Elle s'alimente de partout, elle s'impr&#232;gne du monde, mais elle le retraduit &#224; partir d'un ici concret et non dans l'abstrait. Cette culture-l&#224;, qui d&#233;bouche sur l'universel et qui s'y alimente, le Qu&#233;bec a mis du temps &#224; la construire. Ses artisans ont beaucoup puis&#233; &#224; l'ext&#233;rieur, principalement en France, en Angleterre et aux &#201;tats-Unis, destinations privil&#233;gi&#233;es pour les &#233;tudes, les voyages, les visites de ressourcement. Ont aussi particip&#233; &#224; l'&#233;laboration de cette culture qu&#233;b&#233;coise tous ceux qui se sont joints &#224; nous en cours de route, cette fois d'horizons plus divers. Sait-on qu'une partie importante de nos artistes, de nos &#233;crivains et de nos intellectuels sont de souche r&#233;cente ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Qu&#233;b&#233;cois francophones de vieille souche ont longtemps v&#233;cu dans une soci&#233;t&#233; tricot&#233;e serr&#233;e, selon l'expression de Marcel Rioux. Ce sera de moins en moins le cas, dans un Qu&#233;bec d&#233;j&#224; plus ouvert sur le monde. Il leur faudra, dans ce contexte nouveau, refuser l'id&#233;alisation du &#171; pass&#233;-antiquaire &#187; dont parlait Nietzsche. Le Qu&#233;bec de demain va se construire aussi avec ceux qui &#233;taient jusque-l&#224; &#233;trangers &#224; la majorit&#233; francophone. Par ailleurs, les nouveaux immigrants devront reconna&#238;tre qu'ils s'&#233;tablissent dans un pays de langue fran&#231;aise, dans une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente du Canada ou des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un projet pour tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Hubert Guindon a bien montr&#233; comment les classes moyennes avaient profit&#233; de la modernisation du Qu&#233;bec et de l'intervention accrue de l'&#201;tat. La garde montante et les gens d'affaires ont aussi profit&#233; de l'appui de l'&#201;tat. N'en soyons pas surpris : chaque pays, y compris les Etats-Unis, a ses fa&#231;ons propres d'appuyer le d&#233;veloppement de ses entreprises et de son appareil de production. Le r&#233;am&#233;nagement des pouvoirs doit aussi se faire, non seulement pour assurer une meilleure formation de la main-d'oeuvre au moyen de politiques int&#233;gr&#233;es, non seulement pour assurer des instruments et des politiques de d&#233;veloppement de nos entreprises, il doit se faire aussi pour assurer une meilleure redistribution des revenus, une plus grande justice sociale et &#233;conomique. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;III. Le statut politique du Qu&#233;bec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada est un pays incapable de modifier sa constitution, un pays qui s'est av&#233;r&#233; incapable de l'amender pour y apporter les corrections que n&#233;cessitent l'&#233;volution sociale ou un nouvel environnement. Les discussions constitutionnelles y ont &#233;t&#233; pourtant nombreuses. La premi&#232;re eut lieu en 1897 et depuis 1927, pas moins de 35 conf&#233;rences constitutionnelles ont &#233;t&#233; convoqu&#233;es. Les diagnostics sur la crise canadienne se sont succ&#233;d&#233; au fil des enqu&#234;tes royales et des commissions d'enqu&#234;te (...).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut tirer une le&#231;on de toutes ces tentatives rat&#233;es, de tous ces rendez-vous manqu&#233;s, de tous ces &#233;checs en mati&#232;re constitutionnelle. Le partage actuel des comp&#233;tences n'est plus fonctionnel pour faire face aux d&#233;fis nouveaux pos&#233;s par les changements sociaux profonds observ&#233;s durant les derni&#232;res d&#233;cennies. Il ne correspond pas non plus aux aspirations qui se sont d&#233;velopp&#233;es de part et d'autre, et notamment aux aspirations des Qu&#233;b&#233;cois. Ces deux constats doivent guider la recherche de solutions et l'&#233;laboration de nouvelles propositions sur le statut politique du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'option de la souverainet&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec et le Canada ont &#233;volu&#233; dans des directions diff&#233;rentes, qui exigent maintenant plus que du bricolage ou du rafistolage constitutionnels ad hoc. Nous voil&#224; en pr&#233;sence de soci&#233;t&#233;s qui sont &#224; la fois proches l'une de l'autre, mais fort diff&#233;rentes, un peu comme les fr&#232;res et soeurs qui se retrouvent, &#224; l'&#226;ge de cinquante ans, &#224; la fois li&#233;s pour l'enfance v&#233;cue en commun, mais &#233;trangers les uns aux autres &#224; la suite des d&#233;cisions qu'ils ont prises tout au long de leur vie. Or, nous sommes en pr&#233;sence de soci&#233;t&#233;s dans lesquelles les diff&#233;rences sont en voie d'escamoter les liens communs, liens qui sont cependant toujours &#233;voqu&#233;s avec une certaine nostalgie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'agissant du statut du Qu&#233;bec, le regard doit se tourner r&#233;solument vers le futur. Ce futur doit &#234;tre pens&#233; en fonction du pr&#233;sent tel qu'il est ou tel qu'il est devenu au fil des ans et des choix que l'on veut renforcer. La souverainet&#233; du Qu&#233;bec appara&#238;t comme un choix logique qui d&#233;coule de l'analyse propos&#233;e plus haut et comme un choix politique et strat&#233;gique pour sortir de l'impasse canadienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les opposants &#224; l'option souverainiste du Qu&#233;bec critiquent ce choix en soutenant qu'il va &#224; contre-courant de l'histoire. Certains vont m&#234;me jusqu'&#224; traiter cette option de retour &#224; la grande noirceur et de recul au XIXe si&#232;cle, ou encore la consid&#232;rent comme une id&#233;e r&#233;trograde et obscurantiste, &#224; l'heure o&#249; se construit la communaut&#233; europ&#233;enne, r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e de ces commentateurs critiques. Ces critiques sont non fond&#233;es et abusives.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;fl&#233;chissons un peu sur l'exp&#233;rience europ&#233;enne. Se reconnaissant une identit&#233; commune, les Europ&#233;ens affirment en m&#234;me temps leurs particularismes locaux et r&#233;gionaux. Les r&#233;gions profiteront du march&#233; commun vraiment ouvert pour affirmer leur particularit&#233;, leur identit&#233; propre. Voil&#224; un paradoxe apparent sur lequel on n'a pas assez r&#233;fl&#233;chi : l'ouverture &#224; un ensemble plus large redonne aux citoyens le go&#251;t, et les moyens, de reconstruire et de renforcer des identit&#233;s particuli&#232;res, plus locales. L'identit&#233; europ&#233;enne qui s'affirme avec plus de force n'efface pas ni ne remplace les identit&#233;s nationales. Les Fran&#231;ais et les Allemands vont rester fran&#231;ais et allemands, mais en partageant plus de choses, en acceptant de se faire concurrence encore plus que par le pass&#233;, notamment en ouvrant leurs march&#233;s du travail respectifs. Sur bien des plans, ils iront m&#234;me plus loin que le Canada actuel qui a &#233;rig&#233; de nombreuses fronti&#232;res entre ses provinces. L'engagement dans une communaut&#233; supranationale suppose d'abord que chaque pays dispose de moyens pour affirmer sa sp&#233;cificit&#233;, &#224; partir de laquelle ils peuvent s'ouvrir sur l'ext&#233;rieur. Il en va de m&#234;me pour le Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;De l'association &#224; l'alliance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beaucoup de Canadiens per&#231;oivent l'association avec le Canada propos&#233;e par les souverainistes qu&#233;b&#233;cois comme une fa&#231;on commode de minimiser les risques de la souverainet&#233; tout en retirant les avantages. Bien des Qu&#233;b&#233;cois pensent aussi de m&#234;me : r&#234;vant de souverainet&#233;, mais craintifs devant les risques qu'elle comporte, ils se donnent comme police d'assurance l'association avec le reste du Canada.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut revoir cette perception, de part et d'autre. Le Qu&#233;bec ne pourra pas chercher &#224; obtenir &#224; la fois les avantages de l'appartenance &#224; la f&#233;d&#233;ration canadienne et ceux de la souverainet&#233;. Le nouveau lien avec le Canada doit &#234;tre une alliance avec un voisin qui profitera &#224; tous, et non une police d'assurance. Le mot association est en ce moment tr&#232;s p&#233;joratif au Canada anglais ; c'est un terme charg&#233; de connotations qui le rapprochent de la police d'assurance car la perception que le Qu&#233;bec tire profit du Canada y est largement r&#233;pandue. Le mot association doit &#234;tre abandonn&#233;, &#224; notre avis, pour d&#233;crire le nouveau lien du Qu&#233;bec avec le Canada. Appelons un chat, un chat, et la souverainet&#233;, la souverainet&#233;. Ceci dit, la position du Qu&#233;bec aura l'avantage de la clart&#233;, ce qui facilitera les discussions avec le reste du Canada. Plut&#244;t que de proposer l'association le Qu&#233;bec devrait proposer au reste du Canada une nouvelle alliance entre partenaires souverains, ce qui est diff&#233;rent. Des partenaires qui feront des affaires ensemble, qui partageront des politiques, qui rechercheront en commun l'atteinte de certains objectifs. Il y aura un grand travail &#224; faire pour changer la perception et les repr&#233;sentations sociales au Canada anglais, peu enclin en ce moment &#224; envisager les relations avec le Qu&#233;bec sur cette nouvelle base.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La souverainet&#233;, un cadre constitutionnel plus appropri&#233; pour des choix politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La souverainet&#233; seule permet de faire des choix, de proposer des alliances. Elle se distingue de la recherche d'une plus grande autonomie parce que cette derni&#232;re ne donne pas le contr&#244;le sur la prise de d&#233;cision. La souverainet&#233; n'est pas une fin en soi. Elle n'est pas non plus importante seulement sur le plan symbolique, pour permettre aux diplomates et politiciens du Qu&#233;bec de se promener l'&#233;tranger &#171; avec le flag qu&#233;b&#233;cois sur le hood de leur char &#187; pour reprendre les mots de Jean Chr&#233;tien. Elle est plut&#244;t un cadre privil&#233;gi&#233; pour des choix politiques. &#201;vitons, au passage, la r&#233;f&#233;rence au concept flou de &#171; choix de soci&#233;t&#233; &#187;. Une soci&#233;t&#233; ne choisit pas d'&#234;tre ; elle existe, marqu&#233;e par des conflits et des oppositions, avec une histoire et dans un environnement qui lui imposent leurs contraintes ; elle existe comme le r&#233;sultat des actions libres et contraintes de ses citoyens. On peut faire des choix politiques, certes, mais on ne peut pas vraiment choisir ce que sera une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quels sont ces choix politiques ? Il faut d'abord &#233;viter de dresser une liste d'&#233;picerie remplie de bonnes intentions et de g&#233;n&#233;reuses mesures pour tous, liste qui ne nous m&#232;nera pas tr&#232;s loin. Le Qu&#233;bec a besoin de plus de pouvoirs pour trouver ici des solutions aux probl&#232;mes qui se posent et pour atteindre des objectifs, d&#233;cisifs pour son avenir en Am&#233;rique. Donnons quelques exemples pour illustrer ce point de vue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tous les &#201;tats g&#232;rent leur population. Certains ferment leurs fronti&#232;res aux &#233;trangers (le Japon), d'autres ne reconnaissent pas la nationalit&#233; aux enfants des &#171; travailleurs invit&#233;s &#187; pourtant n&#233;s dans le pays (l'Allemagne), plusieurs &#201;tats cherchent &#224; limiter la f&#233;condit&#233; pendant que d'autres ont des politiques natalistes (la France, par exemple). Le Qu&#233;bec et le Canada ont effectu&#233; des choix politiques diff&#233;rents, tr&#232;s diff&#233;rents m&#234;me, en ce domaine. Le Canada pr&#233;f&#232;re ouvrir plus largement ses portes &#224; l'immigration dans le but d'augmenter sa population, alors que le Qu&#233;bec a une strat&#233;gie mixte, ax&#233;e sur la mise en place d'une politique nataliste (en fait, un embryon de politique, compar&#233;e &#224; ce qui se fait en France, par exemple) et sur le maintien de l'immigration. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est peut-&#234;tre sur les plans culturel et linguistique que le Qu&#233;bec a effectu&#233; des choix politiques qui le distinguent le plus du reste du Canada. Le Qu&#233;bec fran&#231;ais a r&#233;ussi l&#224; o&#249; le Canada fran&#231;ais a &#233;chou&#233;, parce qu'il disposait de pouvoirs propres. Ce n'est pas l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral qui a assur&#233; le d&#233;veloppement d'institutions vivantes, fonctionnant en fran&#231;ais. Ce dernier a fait des efforts louables pour dispenser des services dans leur langue aux francophones, c'est certain, mais c'est d'abord l'existence d'un pouvoir politique provincial important qui a permis au fran&#231;ais d'&#234;tre plus qu'une langue de minoritaire parl&#233;e avant tout dans la famille. L'exp&#233;rience pass&#233;e montre que le Qu&#233;bec doit conserver et obtenir le plus de pouvoirs possibles pour adopter des politiques de d&#233;veloppement culturel appropri&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ne pas oublier les cousins canadiens-fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La minorit&#233; anglophone du Qu&#233;bec pourra compter sur l'appui de tout l'environnement nord-am&#233;ricain pour assurer son d&#233;veloppement. Il en va diff&#233;remment de la minorit&#233; canadienne-fran&#231;aise. Celle-ci ne devra pas &#234;tre laiss&#233;e &#224; l'abandon par le Qu&#233;bec, qui aura &#224; son &#233;gard un r&#244;le historique &#224; jouer. Devant un Qu&#233;bec souverain, le Canada va red&#233;finir radicalement ses politiques officielles de bilinguisme. Dans ce contexte, le Qu&#233;bec devra apporter un soutien accru aux communaut&#233;s francophones, notamment en mati&#232;re d'enseignement, de culture et de communication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'une des principales difficult&#233;s qui surgira dans l'&#233;tablissement de nouveaux rapports avec les Canadiens fran&#231;ais sera sans doute la mont&#233;e des identit&#233;s francophones r&#233;gionales, d&#233;crites et analys&#233;es plus haut. Les francophones des autres provinces ne sont pas des Qu&#233;b&#233;cois en exil et les Qu&#233;b&#233;cois se sentent de moins en moins Canadiens-fran&#231;ais. A la recherche d'un nouveau statut constitutionnel pour eux-m&#234;mes, les Qu&#233;b&#233;cois devront aussi pr&#234;ter attention aux cons&#233;quences qu'il impliquera pour leurs cousins francophones qui ne manqueront pas d'&#234;tre affect&#233;s, quelle que soit la solution retenue, comme on l'a vu au moment des discussions sur l'Accord du Lac Meech.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Simon LANGLOIS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Professeur. D&#233;partement de sociologie.&lt;br&gt;
Universit&#233; Laval&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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	<item>
		<title>Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran</title>
		<link>http://www.vigile.net/Discours-de-Nicolas-Sarkozy-au</link>
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		<dc:date>2007-12-21T02:09:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Nicolas Sarkozy</dc:creator>
		


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		<description>Cela &#233;tant, la la&#239;cit&#233; ne saurait &#234;tre la n&#233;gation du pass&#233;. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chr&#233;tiennes. Elle a tent&#233; de le faire. Elle n'aurait pas d&#251;. Comme Beno&#238;t XVI, je consid&#232;re qu'une nation qui ignore l'h&#233;ritage &#233;thique, spirituel, (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton10932.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;192&quot; height=&quot;183&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Pr&#233;sident Sarkozy en visite chez Beno&#238;t XVI, discours au Latran&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici le discours que le pr&#233;sident Sarkozy a adress&#233; dans la basilique Saint Jean de Latran, juste apr&#232;s l'allocution du cardinal Ruini.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rome, Palais du Latran, jeudi 20 d&#233;cembre 2007&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Messieurs les cardinaux,&lt;br&gt;
Mesdames et Messieurs,&lt;br&gt;
Chers amis,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Permettez-moi d'adresser mes premi&#232;res paroles au cardinal Ruini, pour le remercier tr&#232;s chaleureusement de la c&#233;r&#233;monie qu'il vient de pr&#233;sider. J'ai &#233;t&#233; sensible aux pri&#232;res qu'il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier &#233;galement pour l'accueil qu'il m'a r&#233;serv&#233; dans cette cath&#233;drale de Rome, au sein de son chapitre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous serais &#233;galement reconnaissant, &#201;minence, de bien vouloir transmettre &#224; sa Saintet&#233; Beno&#238;t XVI mes sinc&#232;res remerciements pour l'ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L'audience que le Saint P&#232;re m'a accord&#233;e ce matin a &#233;t&#233; pour moi un moment d'&#233;motion et de tr&#232;s grand int&#233;r&#234;t. Je renouvelle au Saint P&#232;re l'attachement que je porte &#224; son projet de d&#233;placement en France au deuxi&#232;me semestre de l'ann&#233;e 2008. En tant que Pr&#233;sident de tous les Fran&#231;ais, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux dioc&#232;ses. Quelles que soient les &#233;tapes de son s&#233;jour, Beno&#238;t XVI sera le bienvenu en France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; En me rendant ce soir &#224; Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d'honneur de cette basilique, qui fut conf&#233;r&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; Henri IV et qui s'est transmis depuis lors &#224; presque tous les chefs d'&#201;tat fran&#231;ais, j'assume pleinement le pass&#233; de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation &#224; l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est par le bapt&#234;me de Clovis que la France est devenue Fille a&#238;n&#233;e de l&#8216;&#201;glise. Les faits sont l&#224;. En faisant de Clovis le premier souverain chr&#233;tien, cet &#233;v&#233;nement a eu des cons&#233;quences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains fran&#231;ais ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement qui les liait &#224; l'Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conqu&#234;te par P&#233;pin le Bref des premiers &#201;tats pontificaux ou de la cr&#233;ation aupr&#232;s du Pape de notre plus ancienne repr&#233;sentation diplomatique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au-del&#224; de ces faits historiques, c'est surtout parce que la foi chr&#233;tienne a p&#233;n&#233;tr&#233; en profondeur la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, sa culture, ses paysages, sa fa&#231;on de vivre, son architecture, sa litt&#233;rature, que la France entretient avec le si&#232;ge apostolique une relation si particuli&#232;re. Les racines de la France sont essentiellement chr&#233;tiennes. Et la France a apport&#233; au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de port&#233;e universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Th&#233;r&#232;se de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Fr&#233;d&#233;ric Ozanam, Charles de Foucauld&#8230; Contribution litt&#233;raire et artistique : de Couperin &#224; P&#233;guy, de Claudel &#224; Bernanos, Vierne, Poulenc, Durufl&#233;, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si ch&#232;re &#224; Beno&#238;t XVI, Blaise Pascal, Jacques B&#233;nigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, Ren&#233; Girard&#8230; Qu'il me soit permis de mentionner &#233;galement l'apport d&#233;terminant de la France &#224; l'arch&#233;ologie biblique et eccl&#233;siale, ici &#224; Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu'&#224; l'ex&#233;g&#232;se biblique, avec en particulier l'Ecole biblique et arch&#233;ologique fran&#231;aise de J&#233;rusalem.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je veux aussi &#233;voquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quitt&#233;s cet &#233;t&#233;. Son rayonnement et son influence ont eux aussi tr&#232;s largement d&#233;pass&#233; les fronti&#232;res de la France. J'ai tenu &#224; participer &#224; ses obs&#232;ques car aucun Fran&#231;ais n'est rest&#233; indiff&#233;rent au t&#233;moignage de sa vie, &#224; la force de ses &#233;crits, au myst&#232;re de sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a repr&#233;sent&#233; une grande peine. Debout &#224; c&#244;t&#233; de son cercueil, j'ai vu d&#233;filer ses fr&#232;res dans l'&#233;piscopat et les nombreux pr&#234;tres de son dioc&#232;se, et j'ai &#233;t&#233; touch&#233; par l'&#233;motion qui se lisait sur le visage de chacun.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Cette profondeur de l'inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici &#224; Rome par la pr&#233;sence jamais interrompue de Fran&#231;ais au sein de la Curie, aux responsabilit&#233;s les plus &#233;minentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l'action honore la France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les racines chr&#233;tiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux &#233;tablissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-P&#233;tronille. Et puis il y a bien s&#251;r cette tradition qui fait du Pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise le chanoine d'honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n'est pas rien. C'est la cath&#233;drale du Pape, c'est la &#171; t&#234;te et la m&#232;re de toutes les &#233;glises de Rome et du monde &#187;, c'est une &#233;glise ch&#232;re au c&#339;ur des Romains. Que la France soit li&#233;e &#224; l'Eglise catholique par ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune o&#249; le christianisme a beaucoup compt&#233; pour la France et la France beaucoup compt&#233; pour le christianisme. Et c'est donc tout naturellement, comme le G&#233;n&#233;ral de Gaulle, comme Val&#233;ry Giscard d'Estaing, et plus r&#233;cemment Jacques Chirac, que je suis venu m'inscrire avec bonheur dans cette tradition.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Tout autant que le bapt&#234;me de Clovis, la la&#239;cit&#233; est &#233;galement un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en &#339;uvre a provoqu&#233;es en France chez les catholiques, chez les pr&#234;tres, dans les congr&#233;gations, avant comme apr&#232;s 1905. Je sais que l'interpr&#233;tation de la loi de 1905 comme un texte de libert&#233;, de tol&#233;rance, de neutralit&#233; est en partie une reconstruction r&#233;trospective du pass&#233;. C'est surtout par leur sacrifice dans les tranch&#233;es de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les pr&#234;tres et les religieux de France ont d&#233;sarm&#233; l'anticl&#233;ricalisme ; et c'est leur intelligence commune qui a permis &#224; la France et au Saint-Si&#232;ge de d&#233;passer leurs querelles et de r&#233;tablir leurs relations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour autant, il n'est plus contest&#233; par personne que le r&#233;gime fran&#231;ais de la la&#239;cit&#233; est aujourd'hui une libert&#233; : libert&#233; de croire ou de ne pas croire, libert&#233; de pratiquer une religion et libert&#233; d'en changer, libert&#233; de ne pas &#234;tre heurt&#233; dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, libert&#233; pour les parents de faire donner &#224; leurs enfants une &#233;ducation conforme &#224; leurs convictions, libert&#233; de ne pas &#234;tre discrimin&#233; par l'administration en fonction de sa croyance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La France a beaucoup chang&#233;. Les Fran&#231;ais ont des convictions plus diverses qu'autrefois. D&#232;s lors la la&#239;cit&#233; s'affirme comme une n&#233;cessit&#233; et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple fran&#231;ais a &#233;t&#233; aussi ardent pour d&#233;fendre la libert&#233; scolaire que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela &#233;tant, la la&#239;cit&#233; ne saurait &#234;tre la n&#233;gation du pass&#233;. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chr&#233;tiennes. Elle a tent&#233; de le faire. Elle n'aurait pas d&#251;. Comme Beno&#238;t XVI, je consid&#232;re qu'une nation qui ignore l'h&#233;ritage &#233;thique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce m&#233;lange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui impr&#232;gne si profond&#233;ment notre mani&#232;re de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identit&#233; nationale, et dess&#233;cher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de m&#233;moire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la cha&#238;ne : assumer les racines chr&#233;tiennes de la France, et m&#234;me les valoriser, tout en d&#233;fendant la la&#239;cit&#233; enfin parvenue &#224; maturit&#233;. Voil&#224; le sens de la d&#233;marche que j'ai voulu accomplir ce soir &#224; Saint-Jean de Latran.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Le temps est d&#233;sormais venu que, dans un m&#234;me esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures du pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je partage l'avis du pape quand il consid&#232;re, dans sa derni&#232;re encyclique, que l'esp&#233;rance est l'une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le si&#232;cle des Lumi&#232;res, l'Europe a exp&#233;riment&#233; beaucoup d'id&#233;ologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l'&#233;mancipation des individus, dans la d&#233;mocratie, dans le progr&#232;s technique, dans l'am&#233;lioration des conditions &#233;conomiques et sociales, dans la morale la&#239;que. Elle s'est fourvoy&#233;e gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces diff&#233;rentes perspectives &#8211; que je ne mets &#233;videmment pas sur le m&#234;me plan - n'a &#233;t&#233; en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens &#224; l'existence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien s&#251;r, fonder une famille, contribuer &#224; la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des id&#233;es, en particulier si ce sont celles de la dignit&#233; humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens &#224; une vie. Ce sont ces petites et ces grandes esp&#233;rances &#171; qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin &#187; pour reprendre les termes m&#234;me de l'encyclique du Saint P&#232;re . Mais elles ne r&#233;pondent pas pour autant aux questions fondamentales de l'&#234;tre humain sur le sens de la vie et sur le myst&#232;re de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe apr&#232;s la mort.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les &#233;poques. Et ces questions essentielles n'ont rien perdu de leur pertinence. Bien au contraire. Les facilit&#233;s mat&#233;rielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays d&#233;velopp&#233;s, la fr&#233;n&#233;sie de consommation, l'accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde des femmes et des hommes &#224; une dimension qui les d&#233;passe, car moins que jamais elles ne la comblent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand les esp&#233;rances se r&#233;alisent, poursuit Beno&#238;t XVI, il appara&#238;t clairement qu'en r&#233;alit&#233;, ce n'est pas la totalit&#233;. Il para&#238;t &#233;vident que l'homme a besoin d'une esp&#233;rance qui va au-del&#224;. Il para&#238;t &#233;vident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours ce qu'il ne peut jamais atteindre. [&#8230;] Si nous ne pouvons esp&#233;rer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu'on peut esp&#233;rer des autorit&#233;s politiques et &#233;conomiques, notre vie se r&#233;duit &#224; &#234;tre priv&#233;e d'esp&#233;rance &#187;. Ou encore, comme l'&#233;crivit H&#233;raclite, &#171; Si l'on n'esp&#232;re pas l'inesp&#233;rable, on ne le reconna&#238;tra pas &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce livre d'entretiens que j'ai publi&#233; sur la R&#233;publique, les religions et l'esp&#233;rance, c'est que la fronti&#232;re entre la foi et la non-croyance n'est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse en v&#233;rit&#233; chacun de nous. M&#234;me celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en m&#234;me temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance naturelle de tous les hommes &#224; rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la r&#233;ponse des religions &#224; cette aspiration fondamentale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, longtemps la R&#233;publique la&#239;que a sous-estim&#233; l'importance de l'aspiration spirituelle. M&#234;me apr&#232;s le r&#233;tablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Si&#232;ge, elle s'est montr&#233;e plus m&#233;fiante que bienveillante &#224; l'&#233;gard des cultes. Chaque fois qu'elle a fait un pas vers les religions, qu'il s'agisse de la reconnaissance des associations dioc&#233;saines, de la question scolaire, des congr&#233;gations, elle a donn&#233; le sentiment qu'elle agissait parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n'est qu'en 2002 qu'elle a accept&#233; le principe d'un dialogue institutionnel r&#233;gulier avec l'Eglise catholique. Qu'il me soit &#233;galement permis de rappeler les critiques virulentes dont j'ai &#233;t&#233; l'objet au moment de la cr&#233;ation du Conseil fran&#231;ais du culte musulman. Aujourd'hui encore, la R&#233;publique maintient les congr&#233;gations sous une forme de tutelle, refuse de reconna&#238;tre un caract&#232;re cultuel &#224; l'action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, r&#233;pugne &#224; reconna&#238;tre la valeur des dipl&#244;mes d&#233;livr&#233;s dans les &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur catholique alors que la Convention de Bologne le pr&#233;voit, n'accorde aucune valeur aux dipl&#244;mes de th&#233;ologie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien s&#251;r, ceux qui ne croient pas doivent &#234;tre prot&#233;g&#233;s de toute forme d'intol&#233;rance et de pros&#233;lytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui esp&#232;re. Et l'int&#233;r&#234;t de la R&#233;publique, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui esp&#232;rent. La d&#233;saffection progressive des paroisses rurales, le d&#233;sert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la p&#233;nurie de pr&#234;tres, n'ont pas rendu les Fran&#231;ais plus heureux. C'est une &#233;vidence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et puis je veux dire &#233;galement que, s'il existe incontestablement une morale humaine ind&#233;pendante de la morale religieuse, la R&#233;publique a int&#233;r&#234;t &#224; ce qu'il existe aussi une r&#233;flexion morale inspir&#233;e de convictions religieuses. D'abord parce que la morale la&#239;que risque toujours de s'&#233;puiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adoss&#233;e &#224; une esp&#233;rance qui comble l'aspiration &#224; l'infini. Ensuite parce qu'une morale d&#233;pourvue de liens avec la transcendance est davantage expos&#233;e aux contingences historiques et finalement &#224; la facilit&#233;. Comme l'&#233;crivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l&#8216;Europe, &#171; le principe qui a cours maintenant est que la capacit&#233; de l'homme soit la mesure de son action. Ce que l'on sait faire, on peut &#233;galement le faire &#187;. A terme, le danger est que le crit&#232;re de l'&#233;thique ne soit plus d'essayer de faire ce que l'on doit faire, mais de faire ce que l'on peut faire. C'est une tr&#232;s grande question.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la R&#233;publique la&#239;que, l'homme politique que je suis n'a pas &#224; d&#233;cider en fonction de consid&#233;rations religieuses. Mais il importe que sa r&#233;flexion et sa conscience soient &#233;clair&#233;es notamment par des avis qui font r&#233;f&#233;rence &#224; des normes et &#224; des convictions libres des contingences imm&#233;diates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualit&#233;s qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos diff&#233;rentes traditions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi j'appelle de mes v&#339;ux l'av&#232;nement d'une la&#239;cit&#233; positive, c'est-&#224;-dire une la&#239;cit&#233; qui, tout en veillant &#224; la libert&#233; de penser, &#224; celle de croire et de ne pas croire, ne consid&#232;re pas que les religions sont un danger, mais plut&#244;t un atout. Il ne s'agit pas de modifier les grands &#233;quilibres de la loi de 1905. Les Fran&#231;ais ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plut&#244;t que de chercher &#224; la leur compliquer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et &#224; quelques jours de cette f&#234;te de No&#235;l qui est toujours un moment o&#249; l'on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d'entre vous qui sont engag&#233;s dans les congr&#233;gations, aupr&#232;s de la Curie, dans le sacerdoce et l'&#233;piscopat ou qui suivent actuellement leur formation de s&#233;minariste. Je voudrais vous dire tr&#232;s simplement les sentiments que m'inspirent vos choix de vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je mesure les sacrifices que repr&#233;sente une vie toute enti&#232;re consacr&#233;e au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois travers&#233; par le d&#233;couragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualit&#233; de votre formation, le soutien de vos communaut&#233;s, la fid&#233;lit&#233; aux sacrements, la lecture de la Bible et la pri&#232;re, vous permettent de surmonter ces &#233;preuves.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c'est la vocation. On n'est pas pr&#234;tre &#224; moiti&#233;, on l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on n'est pas non plus Pr&#233;sident de la R&#233;publique &#224; moiti&#233;. Je comprends que vous vous soyez sentis appel&#233;s par une force irr&#233;pressible qui venait de l'int&#233;rieur, parce que moi-m&#234;me je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour r&#233;pondre &#224; votre vocation parce que moi-m&#234;me je sais ceux que j'ai faits pour r&#233;aliser la mienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Pr&#233;sident de la R&#233;publique, c'est l'importance que j'attache &#224; ce que vous faites et &#224; ce que vous &#234;tes. Votre contribution &#224; l'action caritative, &#224; la d&#233;fense des droits de l'homme et de la dignit&#233; humaine, au dialogue inter-religieux, &#224; la formation des intelligences et des c&#339;urs, &#224; la r&#233;flexion &#233;thique et philosophique, est majeure. Elle est enracin&#233;e dans la profondeur de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, dans une diversit&#233; souvent insoup&#231;onn&#233;e, tout comme elle se d&#233;ploie &#224; travers le monde. Je veux saluer notamment nos congr&#233;gations, les P&#232;res du Saint-Esprit, les P&#232;res Blancs et les S&#339;urs Blanches, les fils et filles de la charit&#233;, les franciscains missionnaires, les j&#233;suites, les dominicains, la Communaut&#233; de Sant'Egidio qui a une branche en France, toutes ces communaut&#233;s, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la d&#233;tresse morale ou mat&#233;rielle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En donnant en France et dans le monde le t&#233;moignage d'une vie donn&#233;e aux autres et combl&#233;e par l'exp&#233;rience de Dieu, vous cr&#233;ez de l'esp&#233;rance et vous faites grandir des sentiments nobles. C'est une chance pour notre pays, et le Pr&#233;sident que je suis le consid&#232;re avec beaucoup d'attention. Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la diff&#233;rence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le cur&#233;, m&#234;me s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalit&#233; du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement port&#233; par l'esp&#233;rance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je veux &#233;voquer la m&#233;moire des moines de Tibh&#233;rine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j'en suis convaincu. L'Europe a trop tourn&#233; le dos &#224; la M&#233;diterran&#233;e alors m&#234;me qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux du monde contemporain. J'ai voulu que la France prenne l'initiative d'une Union de la M&#233;diterran&#233;e. Sa situation g&#233;ographique tout comme son pass&#233; et sa culture l'y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde o&#249; les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, o&#249; le choc des civilisations peut rester &#224; l'&#233;tat de fantasme ou basculer dans la r&#233;alit&#233; la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prosp&#233;rit&#233;. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l'int&#233;r&#234;t du Saint-Si&#232;ge.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce que j'ai le plus &#224; c&#339;ur de vous dire, c'est que dans ce monde paradoxal, obs&#233;d&#233; par le confort mat&#233;riel, tout en &#233;tant chaque jour de plus en plus en qu&#234;te de sens et d'identit&#233;, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne &#233;lectorale de 2007 a montr&#233; que les Fran&#231;ais avaient envie de politique pour peu qu'on leur propose des id&#233;es, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu'ils sont aussi en attente de spiritualit&#233;, de valeurs, d'esp&#233;rance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Henri de Lubac, ce grand ami de Beno&#238;t XVI, a dit &#171; La vie attire, comme la joie &#187;. C'est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui t&#233;moignent de leur esp&#233;rance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis toujours, la France rayonne &#224; travers le monde par la g&#233;n&#233;rosit&#233; et l'intelligence. C'est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chr&#233;tiens, et de chr&#233;tiens pleinement actifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La France a besoin de croire &#224; nouveau qu'elle n'a pas &#224; subir l'avenir, parce qu'elle a &#224; le construire. C'est pourquoi elle a besoin du t&#233;moignage de ceux qui, port&#233;s par une esp&#233;rance qui les d&#233;passe, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus g&#233;n&#233;reux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai offert ce matin au Saint P&#232;re deux &#233;ditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : &#171; L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait [&#8230;] L'optimisme est une fausse esp&#233;rance &#224; l'usage des l&#226;ches [&#8230;]. L'esp&#233;rance est une vertu, une d&#233;termination h&#233;ro&#239;que de l'&#226;me. La plus haute forme de l'esp&#233;rance, c'est le d&#233;sespoir surmont&#233; &#187;. Comme je comprends l'attachement du pape &#224; ce grand &#233;crivain qu'est Bernanos !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partout o&#249; vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, aupr&#232;s des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universit&#233;s, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre g&#233;n&#233;rosit&#233;, de votre courage, de votre esp&#233;rance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous remercie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=2012074_sarkozy&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://francecatholique.info/Discours-de-Nicolas-Sarkozy-au.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Retranscription de l'interview de Nicolas Sarkozy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;20 d&#233;cembre 2007&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Interview de Nicolas Sarkozy donn&#233;e conjointement &#224; Radio Vatican (RV), &#224; l'Osservatore Romano (OR) et au CTV.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS : Nicolas Sarkozy / RF : Romilda Ferrauto (RV) / JMC : Jean-Michel Coulet (OR)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF :&lt;br&gt;
Monsieur le Pr&#233;sident, bonjour.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Bonjour&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Et merci d'accorder cet entretien aux m&#233;dias du Vatican, r&#233;unis pour la premi&#232;re fois : le CTV, l'Osservatore Romano et R.V.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
C'est un honneur que vous me faites en m'invitant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Merci M. le pr&#233;sident.&lt;br&gt;
Vous avez &#233;t&#233; re&#231;u par Beno&#238;t XVI ce matin. Il y a une semaine le porte-parole de l'Elys&#233;e, en annon&#231;ant cette visite, avait affirm&#233; qu'elle &#233;tait extr&#234;mement importante. Alors nous aimerions avoir votre sentiment sur cette visite et si possible, sans indiscr&#233;tion, quelques d&#233;tails sur la teneur de votre entretien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS :&lt;br&gt;
Elle est importante parce que le Pape est un chef d'&#201;tat, le Pape est un chef religieux et je me sens catholique de tradition et de c&#339;ur. C'est une autorit&#233; mondiale, spirituelle, et pour moi c'&#233;tait une rencontre diff&#233;rente des rencontres avec d'autres chefs d'&#201;tat. Il y a une dimension spirituelle, il incarne un message de paix, d'espoir et de r&#233;conciliation qui est utile dans le monde d'aujourd'hui qui est tout entier tourn&#233; vers la division, les affrontements, les incompr&#233;hensions. Et puis l'entretien que j'ai eu avec le Pape &#233;tait extr&#234;mement chaleureux. C'est un homme de grande culture, un homme intelligent, c'est un homme qui aime &#233;couter, qui a une grande exp&#233;rience, &#224; qui on peut parler franchement et nous avons eu cette conversation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF :&lt;br&gt;
Est-ce que vous pourriez nous donner quelques pr&#233;cisions sur l'&#233;change que vous avez eu avec lui ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Nous avons parl&#233; en d&#233;tail de la situation au Liban, je lui ai dit combien j'&#233;tais attach&#233; &#224; la notion de diversit&#233; dans les pays de l'Orient et du Moyen-Orient. Je lui ai dit l'importance pour moi des valeurs chr&#233;tiennes dans l'histoire de France. Je lui ai dit combien j'attachais d'importance &#224; la d&#233;fense, &#224; l'incarnation d'une identit&#233; europ&#233;enne dans un monde qui ne devait pas s'aplatir devant une seule culture, et c'&#233;tait un &#233;change extr&#234;mement libre. Mais je lui ai &#233;galement dit combien je serais heureux que nous le recevions en France - ind&#233;pendamment de la visite &#224; Lourdes, bien s&#251;r - et combien je serais heureux qu'il vienne &#224; Paris.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
Il y a de nombreuses convergences dans la diplomatie et la politique &#233;trang&#232;re de la France et du Saint-Si&#232;ge. Le Liban, vous l'avez dit, est une priorit&#233;. Avez-vous une proposition concr&#232;te pour sortir le Liban de l'impasse actuelle, est-ce que &#231;a a &#233;t&#233; un sujet de conversation, est-ce que vous avez approfondi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
J'ai dit au Saint P&#232;re la nature des &#233;changes que j'avais eus avec les interlocuteurs de la sc&#232;ne libanaise et m&#234;me avec le Pr&#233;sident syrien. Je lui ai dit &#233;galement ma pr&#233;occupation, le souci qui &#233;tait celui de la France que le Liban sorte de cette p&#233;riode d'incertitude pour se rassembler derri&#232;re un Pr&#233;sident de consensus. Et je lui ai dit que la France jusqu'&#224; la derni&#232;re minute, jusqu'&#224; la derni&#232;re seconde, ferait tous ses efforts pour pr&#233;server ce miracle de la diversit&#233; qu'est le Liban.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
Y a-t-il, selon vous, une possibilit&#233; d'action conjointe entre la diplomatie du Saint-Si&#232;ge et l'&#201;glise maronite ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
D'une certaine fa&#231;on, il y en a eu, puisque le patriarche a jou&#233; un r&#244;le extr&#234;mement important en prenant ses responsabilit&#233;s pour tenter de r&#233;concilier la communaut&#233; chr&#233;tienne libanaise. Et par ailleurs la voix du pape est entendue dans le monde entier, et sp&#233;cialement au Liban, o&#249; il compte de nombreux fid&#232;les.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Le Liban mais aussi le conflit isra&#233;lo-palestinien. On sait que la France est tr&#232;s engag&#233;e dans ce domaine, on l'a vu encore lundi dernier &#224; la conf&#233;rence de Paris. L&#224; aussi y a-t-il convergence et de quels moyens la France dispose-t-elle pour agir dans ce dossier ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
&#192; la Conf&#233;rence de Paris, nous avions invit&#233; le nonce apostolique, Mgr Baldelli, qui t&#233;moignait de la pr&#233;sence de l'&#201;glise dans une enceinte o&#249; il y avait tant de repr&#233;sentants de diplomaties d'autres pays. Le Vatican comme la France nous voulons la paix, nous pensons que c'est le moment de faire la paix autour de deux &#201;tats, un &#201;tat palestinien moderne, d&#233;mocratique, viable et un &#201;tat isra&#233;lien garanti dans sa s&#233;curit&#233;. Et j'ai dit au Pape combien je pensais que c'&#233;tait maintenant qu'il fallait faire tous les efforts pour aboutir au r&#233;sultat de la paix et il m'a sembl&#233; qu'il partageait mon analyse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Vous n'avez pas eu l'occasion de discuter avec lui des moyens par lesquels passe la paix aujourd'hui dans cette r&#233;gion ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Le pape m'a dit combien il avait &#233;t&#233; satisfait des r&#233;sultats de la Conf&#233;rence de Paris : 7 milliards 300 millions pour aider &#224; la reconstruction d'un &#201;tat palestinien moderne. Parce que la mis&#232;re fait le lit et le terreau du terrorisme. Par contre ces moyens qui ont &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;s &#224; la Conf&#233;rence de Paris, &#231;a compte. Nous avons &#233;galement parl&#233; des suites de cette Conf&#233;rence de Paris. Le pape s'inqui&#233;tait de savoir s'il y aurait d'autres conf&#233;rences. Je lui ai confirm&#233; qu'il y en aurait d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
Si vous voulez, on va passer &#224; la politique int&#233;rieure, la France et la la&#239;cit&#233; notamment. En 2004 vous pensiez &#224; une modification de la loi de 1905. &#192; la veille de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, il semblerait que vous ayiez renonc&#233;... c'&#233;tait dans un entretien &#224; La Croix.... que vous renonciez &#224; cette modification. Qu'en est-il aujourd'hui, parce que t&#244;t ou tard, il faudra affronter cette question. Qu'en est-il ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Vous savez, je suis passionn&#233; par la question spirituelle depuis bien longtemps, je ne suis pas le seul : la vie a-t-elle un sens ? Qu'est-ce qui se passe apr&#232;s la mort ? Ce sont quand m&#234;me des questions essentielles, la question spirituelle se pose depuis que l'homme a conscience de sa destin&#233; singuli&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La place des religions, la la&#239;cit&#233; positive, c'est-&#224;-dire une la&#239;cit&#233; qui reconna&#238;t &#224; chacun le droit de vivre sa foi et de la transmettre &#224; ses enfants. Les besoins immenses qui sont ceux des religions r&#233;v&#233;l&#233;es pour s'adapter &#224; la nouvelle r&#233;alit&#233; fran&#231;aise. La France profonde, c'&#233;tait la France des campagnes il y a 50 ans. Aujourd'hui, la France profonde c'est la France des banlieues. Or les lieux de culte sont dans les campagnes o&#249; il y a moins de monde et les banlieues sont devenues des d&#233;serts cultuels. Ce n'est pas positif et donc j'avais imagin&#233; des adaptations n&#233;cessaires pour la Loi de 1905. Mais j'ai dit : on peut ne faire ces adaptations que dans le cadre d'un consensus et c'est autour de ce consensus que l'on pourra construire d'&#233;ventuelles &#233;volutions. Partant du principe &#233;galement que je ne souhaite pas un islam en France mais un islam de France. C'est donc la question d'un islam europ&#233;anis&#233;, compatible avec les valeurs de la civilisation europ&#233;enne et donc c'est pour &#231;a que j'ai cr&#233;&#233; le C.F.C.M. : voil&#224; les d&#233;bats que je souhaite voir prosp&#233;rer en France. Et nous verrons ensuite s'il y a lieu de faire telle ou telle modification.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
Le pape, vous ne l'ignorez pas, appelle les la&#239;cs &#224; une visibilit&#233;, il demande d'avoir le courage de la diff&#233;rence aux catholiques d'aujourd'hui. Quelles sont vos convictions profondes sur ce point ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Le message du Christ, c'est un message tr&#232;s audacieux puisqu'il annonce un Dieu fait de pardon et une vie apr&#232;s la mort. Je ne pense pas que ce message d'audace extr&#234;me et d'esp&#233;rance totale puisse &#234;tre port&#233; de fa&#231;on mitig&#233;e. Il n&#233;cessite une grande affirmation, une grande confiance et je suis de ceux qui pensent que dans les d&#233;bats d'aujourd'hui, les grandes voix spirituelles doivent s'exprimer plus fortement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
M. le Pr&#233;sident vous avez souvent qualifi&#233; de d&#233;terminante la place du christianisme dans la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise et, au d&#233;but de cet entretien, vous l'avez rappel&#233;. Vous savez que l'&#201;glise de France a &#233;mis quelques r&#233;serves sur certains points de la politique fran&#231;aise comme la ma&#238;trise de l'immigration ou encore sur certains points concernant la famille et la bio&#233;thique. Il y a quelques craintes concernant l'euthanasie. Alors quelle place pensez-vous pouvoir accorder dans une R&#233;publique la&#239;que &#224; ces voix de l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
La la&#239;cit&#233;, c'est le droit &#224; chacun de vivre sa religion, ses croyances, et d'esp&#233;rer. Donc, justement dans la r&#233;publique la&#239;que, des voix religieuses doivent s'exprimer. Justement parce qu'elle ne sont pas l'&#201;tat, qu'elles sont s&#233;par&#233;es de l'&#201;tat. C'est justement pour &#231;a qu'elles doivent s'exprimer. Parce que si elles &#233;taient l'&#201;tat, elles n'auraient pas besoin d'&#234;tre garanties dans leur droit d'expression. C'est justement parce que l'&#201;tat est la&#239;c, qu'il est ind&#233;pendant des religions, que le temporel et le spirituel sont s&#233;par&#233;s, qu'il est important que, dans le d&#233;bat, des voix ind&#233;pendantes, spirituelles s'expriment. Moi, je suis pour qu'elles s'expriment mais je ne suis pas pour qu'elles s'expriment pour dire qu'elles sont d'accord avec ce que je pense. Que l'&#201;glise ait un message particulier sur les plus pauvres, sur ceux qui n'ont rien, sur les immigr&#233;s&#8230; mais si l'&#201;glise ne l'avait pas qui l'aurait ? Je reconnais le droit &#224; la diff&#233;rence, moi, mais je pense que c'est positif qu'on s'exprime. Et je souhaite que les grandes religions, y compris la religion de l'Islam de France, puissent avoir des voix qui s'expriment tranquillement, avec un message d'amour, un message de paix. Et &#231;a compte pour moi qu'ils puissent s'exprimer. &#199;a manque les intellectuels chr&#233;tiens, &#231;a manque les grandes voix qui portent dans les d&#233;bats pour faire avancer une soci&#233;t&#233; et lui donner du sens et montrer que la vie n'est pas un bien de consommation comme les autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Et vous pensez que les d&#233;cideurs politiques devraient &#234;tre &#224; l'&#233;coute de ces voix diff&#233;rentes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
En tous cas je pense qu'on ne doit pas avoir peur d'aller au contact. Quand le cardinal Vingt-Trois a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; cardinal, j'ai &#233;t&#233; moi-m&#234;me, en tant que pr&#233;sident de la R&#233;publique, lui pr&#233;senter mes f&#233;licitations et lui dire combien c'&#233;tait positif. Il ne faut pas avoir peur des religions : personne n'imagine que les religions vont mettre l'&#201;tat fran&#231;ais sous le boisseau, sous tutelle. Il faut simplement voir les grands courants religieux comme des t&#233;moignages d'esp&#233;rance. Qu'est-ce qu'un homme qui croit si ce n'est un homme qui esp&#232;re ? Et je ne vois pas au nom de quoi l'esp&#233;rance serait contraire &#224; l'id&#233;al r&#233;publicain. D'ailleurs j'ai vu avec plaisir que le Pape dans son encyclique prenait le th&#232;me de l'esp&#233;rance comme th&#232;me premier. Je m'&#233;tais laiss&#233; aller &#224; &#233;crire un livre, en 2004, qui s'appelait &#171; La R&#233;publique, les religions et l'esp&#233;rance &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
Nous voulons y venir. Si vous voulez, je vais vous amener en Europe, on va sortir de France. Vous rencontrerez ce soir M. Prodi et M. Zapatero pour discuter de votre projet d'union m&#233;diterran&#233;enne. Est-ce que vous voulez nous dire quelles seraient les limites de cette union et est-ce que cette union ne risque pas d'affaiblir l'Union Europ&#233;enne ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Non. Il y a 60 ans, cette Europe recluse de souffrances, d'affrontements, de guerres fratricides, a d&#233;cid&#233; de s'unir. La question est pos&#233;e : est-ce que la rive Sud et la rive Nord de la M&#233;diterran&#233;e ne doivent pas s'unir ? Est-ce qu'il n'est pas temps d'arr&#234;ter les souffrances et les oppositions ? Est-ce qu'il n'est pas temps de construire autour de cette mer M&#233;diterran&#233;e qui est notre mer &#8211; et je le dis en Italie &#8211; une zone de paix, de faire de la M&#233;diterran&#233;e la mer la plus propre au monde ? De cr&#233;er des sources d'&#233;nergie commune entre le Nord et le Sud, notamment avec le nucl&#233;aire ? De cr&#233;er une zone de d&#233;veloppement, d'assurer la paix et la s&#233;curit&#233; ? De r&#233;unir ces peuples qui de toute mani&#232;re ne changeront pas d'adresse ? Et c'est la grande id&#233;e, la grande vision que j'ai de cette Union de la M&#233;diterran&#233;e : rassembler pour faire la paix. L'Europe s'est rassembl&#233;e sur l'acier et sur le charbon dont on avait besoin pour reconstruire apr&#232;s la guerre. Et bien la M&#233;diterran&#233;e doit se rassembler autour de projets concrets : la paix, le d&#233;veloppement, l'&#233;cologie, la s&#233;curit&#233;, la ma&#238;trise de l'immigration, le dialogue des cultures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Et bien entendu cette union concernerait tous les pays du pourtour m&#233;diterran&#233;en ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Bien s&#251;r, on est m&#233;diterran&#233;en ou on ne l'est pas... et je ne vois pas comment on peut porter un message de rassemblement et de paix en excluant tel ou tel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Vous n'ignorez pas, M. le Pr&#233;sident, que certains analystes estiment que ce projet a aussi pour but d'&#233;carter d&#233;finitivement la candidature de la Turquie &#224; l'Union europ&#233;enne ou de lui donner une autre forme. Est-ce que vous avez l'occasion de parler de votre point de vue concernant la Turquie et l'Union europ&#233;enne au Vatican et est-ce que vous pensez que votre point de vue rejoint celui du Saint-Si&#232;ge ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
Je ne suis pas le porte-parole du Saint-Si&#232;ge mais j'en ai parl&#233; bien s&#251;r avec le Saint-Si&#232;ge. La Turquie n'est pas en Europe, c'est une r&#233;alit&#233; g&#233;ographique. La Turquie est en Asie mineure. Donc il faut des liens tr&#232;s &#233;troits entre la Turquie et l'Europe. La Turquie c'est une grande civilisation, c'est un grand &#201;tat, c'est un grand peuple mais qui n'est pas en Europe. Nous avons encore en Europe les Balkans : c'est l'Europe ; et par ailleurs la Turquie est m&#233;diterran&#233;enne. Je veux un accord de partenariat entre la Turquie et l'Europe, le plus intense possible, qui n'est pas une adh&#233;sion. Et bien s&#251;r la Turquie, dans le cadre de l'union de la M&#233;diterran&#233;e, a toute sa place : c'est une grande puissance m&#233;diterran&#233;enne, du moins &#224; ma connaissance. Mais cela ne veut pas dire que parce qu'elle est dans l'union de la M&#233;diterran&#233;e, elle ne doit pas &#234;tre en Europe : elle ne doit pas &#234;tre en Europe, de mon point de vue, parce qu'elle n'est pas europ&#233;enne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
Vous parliez tout &#224; l'heure de l'esp&#233;rance. Vous avez &#233;crit en 2004 ce livre : &#171; La R&#233;publique, les religions, l'esp&#233;rance &#187;. Le Saint-P&#232;re vient de publier sa deuxi&#232;me Encyclique justement sur le th&#232;me de l'esp&#233;rance. C'est une belle co&#239;ncidence, mais qu'en dites-vous ? Ce terme d'esp&#233;rance....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
... Ah ! je ne pr&#233;tends pas qu'il se soit inspir&#233; de moi... J'en dis qu'il est plus facile d'esp&#233;rer que d'&#234;tre condamn&#233; au d&#233;sespoir. Et que dans le doute, il vaut mieux trouver des raisons d'esp&#233;rer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
J'aurais une derni&#232;re question, peut-&#234;tre plus personnelle, mais dans le cadre diplomatique. La presse quotidienne italienne ou internationale se fait l'&#233;cho quotidiennement de votre diplomatie. Il semble que vous innoviez, en dehors de la diplomatie bilat&#233;rale et multilat&#233;rale, et que vous utilisiez une diplomatie qu'ils appellent &#171; de l'&#233;motion &#187;. Au Vatican, du temps de Jean-Paul II, on appelait cela &#171; la diplomatie du c&#339;ur &#187;. Je pense aux infirmi&#232;res bulgares, mais je pense &#224; Ingrid Betancourt : en lisant aujourd'hui le communiqu&#233; de presse, je sais que vous avez parl&#233; des otages avec le Saint P&#232;re. Est-ce que vous pensez que cette d&#233;fense des droits de l'homme n'a pas de prix et que tout est possible ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
La diplomatie du c&#339;ur, c'est une belle expression, mais ce n'est pas parce que c'est de la diplomatie qu'il faut n'y mettre ni sentiment ni c&#339;ur. C'est peut-&#234;tre pour cela que la diplomatie a si souvent &#233;chou&#233;. Et si tout d'un coup on y mettait du c&#339;ur et du sentiment...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Moi je suis comme je suis et j'essaie d'&#234;tre authentique, sinc&#232;re, honn&#234;te, vrai. Et partant, je ne vois pas comment on fait de la diplomatie en faisant abstraction de toute forme de sentiment. J'ai remerci&#233; le Saint-P&#232;re pour ses pri&#232;res et son message pour que Ingrid Betancourt sorte de l'enfer o&#249; elle se trouve. Et en ce qui me concerne, je mettrai tous mes efforts, jusqu'&#224; la derni&#232;re seconde, pour qu'elle en sorte. Comme j'ai mis tous mes efforts pour que les infirmi&#232;res en sortent. Alors appeler cela de l'&#233;motion... je plains beaucoup ceux qui n'en ont pas. Parce que sans &#233;motion, on ne fait rien du pouvoir que le peuple vous a confi&#233;. Moi, je veux faire quelque chose du pouvoir qu'on m'a confi&#233; : ce quelque chose, c'est d'&#234;tre utile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RF&lt;br&gt;
Nous avons une derni&#232;re question. L'avenir de l'Europe est un th&#232;me qui tient &#224; c&#339;ur au Pape Beno&#238;t XVI et vous me disiez que vous en avez parl&#233;. Est-ce que vous pourriez nous en dire plus sur cet &#233;change ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NS&lt;br&gt;
L'Europe a franchi une grande &#233;tape avec le Trait&#233; simplifi&#233; et l'Europe s'est dot&#233; d'un groupe des sages. L'Europe doit maintenant mettre du concret. La France assurera la pr&#233;sidence de l'Europe apr&#232;s nos amis Slov&#232;nes, au 1er juillet 2008. Et la France essaiera de porter l'id&#233;e d'une Europe de l'immigration, d'une Europe de la d&#233;fense et d'une Europe de l'environnement, c'est-&#224;-dire d'une Europe qui ait de grandes ambitions en mati&#232;re de d&#233;veloppement durable. Pour montrer le chemin au monde, il faut que le monde arr&#234;te de danser sur un volcan.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JMC&lt;br&gt;
Merci Monsieur le Pr&#233;sident&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://www.oecumene.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp?c=175307&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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	</item>



	<item>
		<title>Le probl&#232;me du Qu&#233;bec - Une crise d'adolescence qui se prolonge</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-probleme-du-Quebec-Une-crise-d</link>
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		<dc:date>2007-12-15T20:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Paul-&#201;mile Roy - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>Le temps n'est pas &#224; la fiert&#233; mais il devrait &#234;tre &#224; la lucidit&#233; et &#224; la fermet&#233;. Ne me parlez pas de fiert&#233;, mais de d&#233;termination, de volont&#233; d'ind&#233;pendance, de d&#233;fis &#224; relever. C'est lorsque nous nous serons pris en main que nous aurons raison d'&#234;tre fiers. (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;8 - Le probl&#232;me du Qu&#233;bec - Une crise d'adolescence qui se prolonge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vigile&lt;/i&gt; a publi&#233; r&#233;cemment quelques textes de moi sur le Qu&#233;bec dans le contexte du d&#233;bat encadr&#233; par la Commission Bouchard-Taylor. L'accueil sympathique accord&#233; &#224; ces textes ainsi que l'encouragement de quelques amis m'ont d&#233;cid&#233; &#224; publier les pages suivantes qui forment le huiti&#232;me chapitre d'un livre sur la chr&#233;tient&#233; et l'av&#232;nement de la modernit&#233; que j'esp&#232;re publier dans les mois qui viennent. La conviction qui m'habite, c'est qu'il n'est pas suffisant d'effleurer les questions qui se posent &#224; notre esprit. Il faut d&#233;passer le d&#233;foulement, les impressions vagues et la censure que nous impose une rectitude politique asphyxiante, et replacer les questions et les probl&#232;mes dans un contexte plus large. Je remercie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vigile&lt;/i&gt; de son hospitalit&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les nations sont un peu comme les individus. Elles naissent, elles ont leur enfance, leur adolescence, leur maturit&#233;, leur mort. Il est bien des nations de l'Antiquit&#233; qui sont disparues &#224; jamais. D'autres, comme la nation fran&#231;aise ou la nation am&#233;ricaine, pour n'en nommer que deux, sont &#224; leur apog&#233;e. Tiendront-elles le coup devant l'&#233;veil des grandes puissances asiatiques ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec, que m&#234;me le F&#233;d&#233;ral reconna&#238;t comme nation, s'appelait d'abord la Nouvelle-France, puis le Canada, puis enfin, le Qu&#233;bec, dont &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/spip.php?page=archives&amp;u=/archives/pol/culture/riouxquebecois1.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Marcel Rioux a bien fix&#233; les traits dans son beau petit livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, paru dans les ann&#233;es soixante. Mais ce peuple, malheureusement, contrairement aux autres peuples d'Am&#233;rique, n'arrive pas &#224; se prendre en main. Les &#201;tats-Unis se sont &#233;mancip&#233;s de la m&#233;tropole anglaise, &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. Les colonies espagnoles et portugaises de l'Am&#233;rique ont pris leur envol, mais le Qu&#233;bec, qui &#233;tait une colonie fran&#231;aise, est tomb&#233; sous la coupe de l'Angleterre d'abord, et ensuite du Canada qui n'est que le prolongement de l'Empire britannique. Cela fait un dr&#244;le d'amalgame, cr&#233;e une ambigu&#239;t&#233; qu'il est difficile de dissiper. Le grand &#233;crivain fran&#231;ais Alexis de Tocqueville, qui vint en Am&#233;rique au XIXe si&#232;cle, se rendit &#224; Qu&#233;bec, en 1831, o&#249; il visita un tribunal civil. Le spectacle auquel il assista lui fit &#233;crire : &#171; L'ensemble du tableau a quelque chose de bizarre, d'incoh&#233;rent, de burlesque m&#234;me. Le fond de l'impression qu'il faisait na&#238;tre &#233;tait cependant triste. Je n'ai jamais &#233;t&#233; plus convaincu qu'en sortant de l&#224; que &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/au_bas_canada/au_bas_canada_Vallee.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;le plus grand et plus irr&#233;m&#233;diable malheur pour un peuple c'est celui d'&#234;tre conquis&lt;/a&gt; &#187;1.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si Tocqueville revenait aujourd'hui, que dirait-il ? Que penserait-il de la situation qui nous est faite par le rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution, par l'&#233;chec de deux r&#233;f&#233;rendums ? Que penserait-il du manque de fermet&#233; de nos hommes politiques ? De la perplexit&#233; qui caract&#233;rise notre vie politique, sociale et culturelle ? Le Qu&#233;bec semble avoir perdu le go&#251;t de vivre, il se dissipe dans mille activit&#233;s futiles, vulgaires, bruyantes. Nous avons au Qu&#233;bec le plus haut taux de suicides au monde chez les jeunes. Le taux de natalit&#233; est un des plus bas au monde lui aussi. Nous d&#233;tenons des records dans plusieurs domaines. Le d&#233;crochage scolaire est une plaie. Et l'on pourrait allonger la liste de nos d&#233;boires...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que se passe-t-il au Qu&#233;bec ? Qu'arrive-t-il des descendants de ces gens qui autrefois ont explor&#233; l'Am&#233;rique du Nord en tous sens, des descendants de ces b&#226;tisseurs qui ont d&#233;frich&#233; la for&#234;t et b&#226;ti le pays sur les rives du Saint-Laurent ? Ce qui pour moi d&#233;crit le mieux le malaise dans lequel nous nous retrouvons actuellement, c'est la notion de crise d'adolescence. Le Qu&#233;bec conna&#238;t une crise d'adolescence dont il ne r&#233;ussit pas &#224; se sortir. On sait que beaucoup d'adolescents sont malheureux, perplexes, ind&#233;cis, vivent en r&#233;action contre leurs parents mais ne r&#233;ussissent pas &#224; s'en s&#233;parer, pensent au suicide et souvent se suicident.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La R&#233;volution tranquille avait toutes les caract&#233;ristiques de l'adolescent qui prend conscience qu'il existe, qui croit que rien n'a exist&#233; avant lui, qui s'imagine que le monde va changer avec lui. La R&#233;volution tranquille a &#233;clat&#233; dans l'enthousiasme pour se transformer peu &#224; peu en une capitulation tranquille, &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/_Bock-Cote-Mathieu_&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;une &#171; d&#233;nationalisation tranquille &#187;, dit Mathieu-Bock C&#244;t&#233;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vers 1960, on pouvait penser que l'adolescent allait s'affranchir, qu'il allait quitter la maison paternelle, ou plut&#244;t la maison de la belle-m&#232;re. On lui signifia m&#234;me, en 1982, qu'il n'&#233;tait pas le bienvenu, on le mit &#224; la porte, mais il persista dans son ent&#234;tement &#224; rester &#224; la maison. Lors des deux r&#233;f&#233;rendums de 1980 et 1995, lors de Meech, on lui expliqua qu'il s'&#233;tait fait avoir mais il s'empressa d'oublier ces escroqueries. Cela l'excusait de rester au foyer, de ne pas se prendre en main.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sombrons toujours un peu plus dans l'informe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La situation du Qu&#233;bec dans le Canada est &#233;trange. Le Canada fait tout pour que le Qu&#233;bec le quitte et en m&#234;me temps, il ne veut pas le laisser partir. C'est qu'il croit qu'il finira par l'assimiler, le fondre dans le tout canadien. Il faut comprendre que le Qu&#233;bec pourrait bien se passer du Canada mais pas le Canada du Qu&#233;bec. Ne serait-ce qu'au point de vue purement g&#233;ographique, un Canada coup&#233; en deux par le Qu&#233;bec, comme le reconna&#238;t un anglophone, Thomas Sloan, ne serait pas viable. Advenant l'ind&#233;pendance compl&#232;te du Qu&#233;bec, il arriverait au Canada ce qui est arriv&#233; au Pakistan qui s'est rapidement disloqu&#233;, apr&#232;s la partition de l'Inde, pour former deux pays distincts, le Pakistan et le Bengladesh. On voit ainsi que le Qu&#233;bec est vou&#233; &#224; maintenir le Canada qui veut l'avaler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qu'il faut comprendre, c'est que le Canada est fondamentalement construit sur l'hypoth&#232;se de l'assimilation &#224; longue dur&#233;e du Qu&#233;bec par le Canada. En 1867, l'int&#233;gration du Qu&#233;bec au Canada ne s'est pas faite de fa&#231;on d&#233;mocratique, par voie de r&#233;f&#233;rendum, par exemple. Cette int&#233;gration a &#233;t&#233; faite par le moyen de l'action politique et se perp&#233;tuera comme un rouage bien huil&#233; par le moyen de la petite loterie qu'a si bien d&#233;crite St&#233;phane Kelly dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://archives.vigile.net/auteurs/k/kellys.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La Petite loterie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, ou par ce que Andr&#233; Laurendeau avait appel&#233; le recours au &#171; roi n&#232;gre &#187;. Les Trudeau, les Chr&#233;tien et compagnie ne manqueront jamais. Jamais un Canadien anglais n'aurait pu traiter le Qu&#233;bec comme l'ont fait Trudeau et Chr&#233;tien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'en r&#233;alit&#233;, la Conf&#233;d&#233;ration a priv&#233; le Qu&#233;bec de tout pouvoir politique v&#233;ritable, de tout pouvoir politique national. Les d&#233;cisions politiques canadiennes se prennent &#224; Ottawa. Nous y sommes en minorit&#233;. C'est ainsi, comme le montre tr&#232;s bien Pierre Vadeboncoeur, dans son excellent petit livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&amp;Params=F1ARTF0002237&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La Derni&#232;re heure et la premi&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, que nous avons &#233;t&#233; mis en marge de l'histoire. On comprend que le Qu&#233;bec soit mal &#224; l'aise dans le Canada, qu'il s'y sente menac&#233;, et qu'il entretienne des vell&#233;it&#233;s de s'&#233;manciper. Lester B. Pearson avait compris la situation, me semble-t-il, et il avait jug&#233; qu'apr&#232;s cent ans, il fallait remanier le pacte conf&#233;d&#233;ratif. Si, &#224; ce moment-l&#224;, on avait corrig&#233; l'Acte de l'Am&#233;rique du Nord Britannique de 1867, pour faire du Canada une vraie f&#233;d&#233;ration, disons &#224; l'europ&#233;enne, la situation du Qu&#233;bec aurait &#233;t&#233; tout &#224; fait diff&#233;rente, mais on sait ce qui est arriv&#233;. C'est le petit roi n&#232;gre Trudeau qui prit le pouvoir et s'empressa d'imposer les vues imp&#233;rialistes de la m&#233;tropole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La grande majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois d'aujourd'hui semblent oublier que le rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution par Trudeau en 1982, a &#233;t&#233; rejet&#233; par l'Assembl&#233;e nationale &#224; l'unanimit&#233;, que d'une certaine fa&#231;on, le Qu&#233;bec n'est pas dans le Canada, tout en y &#233;tant. Ajoutez &#224; cela le scandale des commandites, le vol du r&#233;f&#233;rendum de 1995. J'&#233;cris ceci en octobre 2007. Je lis dans les journaux que Jean Charest se maintient au pouvoir gr&#226;ce au vote des Anglos et des n&#233;o-Qu&#233;b&#233;cois. Il n'a besoin que de 15 &#224; 20% des Canadiens fran&#231;ais qui forment la tr&#232;s grande majorit&#233; du peuple qu&#233;b&#233;cois pour se maintenir au pouvoir. C'est une situation frustrante pour ceux qui ont fait ce pays mais on n'en a pas trop conscience, cela est confus, on s'accommode d'une non-existence d&#233;bilitante. Ce &#224; quoi nous assistons au Qu&#233;bec, c'est &#224; la d&#233;liquescence d'un long acquis historique, d'une culture, d'une conviction, d'une volont&#233; d'&#234;tre et de durer. Nous sombrons toujours un peu plus dans l'informe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Et on voudrait que les Qu&#233;b&#233;cois soient fiers d'&#234;tre Qu&#233;b&#233;cois !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et qu'arrive-t-il de nos hommes politiques dans ce contexte ? Ils regardent passer la procession. Ils assistent au spectacle. On nous impose une Constitution que nous ne voulons pas ? Il n'y a rien l&#224;. La vie continue. On nous vole un r&#233;f&#233;rendum. Chut ! Pas de vagues s'il vous pla&#238;t ! Etc., etc. D&#233;j&#224; Lionel Groulx, autrefois, affirmait que nos hommes politiques, qui acceptaient les ententes comprises dans le pacte conf&#233;d&#233;ratif ne savaient pas en tirer tous les avantages qu'ils auraient pu. Quand j'observe la conduite de nos hommes politiques ces derni&#232;res d&#233;cennies, je me dis que nous n'avons pas tellement &#233;volu&#233; depuis le temps de Duplessis. Quand j'&#233;coute nos hommes politiques , je me dis que nous sommes encore au nationalisme du temps de Duplessis que Pierre Vadeboncoeur a si bien d&#233;crit : &#171; Le nationalisme, chez nous, est une faible &#233;bauche de mouvement vers le pouvoir. Il ne convoite cependant pas le pouvoir ; il existe comme un pouvoir abstrait et m&#233;ditatif en marge du pouvoir r&#233;el et actif, et chacune de ses recrudescences repr&#233;sente un mouvement instinctif, mais aveugle et tout &#224; fait irr&#233;solu vers le pouvoir &#187;. Ce texte est de 1952, il est cit&#233; par Yvan Lamonde2, qui cite de nouveau Vadeboncoeur &#224; la page suivante : &#171; Vaincus, trop incertains de notre destin&#233;e, minorit&#233;, nous avons contract&#233; le pli de ne pas aller au bout de notre volont&#233;. &#187; C'est d&#233;j&#224; le Parti qu&#233;b&#233;cois dans toute sa v&#233;rit&#233; ! Plus loin, apr&#232;s avoir affirm&#233; qu'il faut rompre, Vadeboncoeur affirme : &#171; Mais rompre est un acte violent, au-del&#224; duquel il y a risque de ne pas retrouver d'assiette &#187;3. Ce qui est bien le probl&#232;me du Qu&#233;bec depuis les bouleversements de la R&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec actuel offre tous les signes de la crise d'adolescence. Il voudrait s'affranchir mais n'ose pas. Il s'affirme et se nie en m&#234;me temps. Le Qu&#233;bec se sent &#233;tranger dans son propre pays comme l'adolescent dans la maison de sa belle-m&#232;re. Il est insatisfait mais ne sait ce qu'il veut. Il est aussi mal &#224; l'aise envers son pass&#233; qu'envers son avenir. C'est qu'il ne sait pas qui il est finalement, il n'a pas de statut stable. Il fait des lois et d'autres les tripotent &#224; leur aise. Pensez &#224; la loi 101. On lui impose dans le continent un statut qu'il n'a jamais accept&#233;. Et on voudrait que les Qu&#233;b&#233;cois soient fiers d'&#234;tre Qu&#233;b&#233;cois !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne comprends pas le sens d'un certain discours nationaliste ax&#233; sur la fiert&#233;. Je pense &#224; cet &#233;tudiant qui ne voulait pas &#233;tudier l'histoire du Qu&#233;bec parce qu'elle &#233;tait constitu&#233;e d'une s&#233;rie d'&#233;checs. Il pr&#233;f&#233;rait l'ignorer, et en un sens, je le comprends car notre histoire, depuis 1760, n'est pas de nature &#224; susciter de la fiert&#233;. Je ne dis pas qu'il ne faille pas l'&#233;tudier, bien au contraire, mais pas par fiert&#233;, pour comprendre ce qui se passe actuellement. De quoi les Qu&#233;b&#233;cois seraient-ils fiers ? De l'&#233;chec de deux r&#233;f&#233;rendums ? Des commandites ? Du rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution contre la volont&#233; unanime de l'Assembl&#233;e nationale ? De d&#233;mant&#232;lement de Mirabel ? De la pi&#232;tre performance de notre syst&#232;me de sant&#233; ? De la crise qui secoue le syst&#232;me d'&#233;ducation ? Du d&#233;labrement de la langue fran&#231;aise au Qu&#233;bec ? Du saccage de la Loi 101 par la Cour supr&#234;me du Canada ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et si nous remontons plus loin encore, pouvons-nous &#234;tre fiers de l'&#233;crasement des Patriotes par des gouverneurs et des militaires sanguinaires ? Je pense aux Patriotes. C'est presque &#234;tre sadiques que d'&#234;tre fiers de gens qui se font tuer pour avoir combattu pour le respect des droits d&#233;mocratiques. J'ai beaucoup de compassion pour eux, leur &#233;chec est le mien et ce n'est que lorsque le combat qu'ils ont entrepris arrivera &#224; son terme que nous pourrons &#234;tre fiers de ce qu'ils ont entrepris. Est-ce que je peux &#234;tre fier de l'imposition de l'Acte d'Union qui nous for&#231;ait &#224; acquitter les dettes de l'Ontario, qui nous imposait le m&#234;me nombre de d&#233;put&#233;s que l'Ontario alors que nous &#233;tions plus nombreux qu'eux ? De la Conf&#233;d&#233;ration qui nous a &#233;t&#233; impos&#233;e sans r&#233;f&#233;rendum, sans consultation populaire ? Et l'on pourrait continuer longtemps. Le temps n'est pas &#224; la fiert&#233; mais il devrait &#234;tre &#224; la lucidit&#233; et &#224; la fermet&#233;. Ne me parlez pas de fiert&#233;, mais de d&#233;termination, de volont&#233; d'ind&#233;pendance, de d&#233;fis &#224; relever. C'est lorsque nous nous serons pris en main que nous aurons raison d'&#234;tre fiers. C'est alors que nous sortirons de la crise de l'adolescence. &#171; Si nous voulons devenir souverains, comme l'explique Louis Bernard, &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Pourquoi-le-Quebec-libre&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;c'est d'abord pour nous-m&#234;mes&lt;/a&gt;. Non pour nous lib&#233;rer des autres, mais pour &#234;tre libres de nos choix &#187;4.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notre R&#233;volution tranquille est complexe parce qu'elle a deux dimensions qui s'influencent. Elle a &#233;t&#233; pour nous le passage de la soci&#233;t&#233; traditionnelle &#224; la soci&#233;t&#233; industrielle et postmoderne, et en m&#234;me temps une d&#233;marche vers l'autonomie politique ou vers l'ind&#233;pendance. Elle &#233;tait une r&#233;volution nationale, l'aboutissement d'un long effort historique. Elle devait marquer la fin de la domination du Canada sur le Qu&#233;bec. Elle &#233;tait le moment que l'histoire offrait au Qu&#233;bec de se prendre en main. Le Canada anglais a aussi fait son passage de la soci&#233;t&#233; traditionnelle &#224; la soci&#233;t&#233; postmoderne, mais il n'avait pas besoin de mener le m&#234;me combat politique que nous. Notre situation &#233;tait donc beaucoup plus difficile que celle du reste du Canada, et elle continue &#224; &#234;tre extr&#234;mement probl&#233;matique. En 1960, le moment &#233;tait venu de corriger le d&#233;sastre de 1760. L'op&#233;ration a &#233;chou&#233; &#224; cause du manque de d&#233;termination de nos hommes politiques. La tentative timide de se prendre en main s'est transform&#233;e en refus de soi, en refus de son identit&#233;, et sp&#233;cialement de son identit&#233; profonde, son identit&#233; religieuse. Les cons&#233;quences d'une telle d&#233;mission sont d&#233;sastreuses. Un peuple n'existe pas, s'il n'a pas une certaine conscience de son identit&#233;. Et comme dit Jacques Grandmaison, &#171; &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/grandmaison_jacques/questions_interdites/questions_interdites.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;on ne se cr&#233;e pas une nouvelle identit&#233; &#224; partir de z&#233;ro&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je m'arr&#234;te ici quelque peu &#224; cette perte de son identit&#233; religieuse qui affecte le Qu&#233;bec dans le sillage de la R&#233;volution tranquille. Je note d'abord que je suis mal &#224; l'aise dans ce Qu&#233;bec qui refuse son identit&#233; chr&#233;tienne, qui en a fait une esp&#232;ce d'interdit. Dans notre Qu&#233;bec &#171; &#233;volu&#233; &#187;, &#171; lib&#233;r&#233; &#187;, il faut faire comme si nous n'&#233;tions pas de culture chr&#233;tienne, il ne faut pas parler de cela. On peut parler de l'islam, du zen, du bouddhisme, mais pas du christianisme, et surtout pas du catholicisme. Cela fait ringard, r&#233;actionnaire, de &#171; droite &#187;, conservateur. Dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, des &#233;crivains, des gens des m&#233;dias se sont occup&#233;s &#224; d&#233;molir la culture chr&#233;tienne, &#224; ridiculiser la pr&#233;sence de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; et dans l'histoire, et nous subissons actuellement les cons&#233;quences d&#233;sastreuses de cette entreprise de d&#233;molition.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je comprends que des gens n'aient pas la foi et je respecte tout &#224; fait les options spirituelles de chacun. Mais je parle ici de culture. Les Qu&#233;b&#233;cois, les Canadiens fran&#231;ais du Qu&#233;bec, qu'ils le veuillent ou non , qu'ils l'admettent ou non, qu'ils aient la foi ou qu'ils ne l'aient pas, sont de culture chr&#233;tienne. Ils ne sont pas de culture indouiste ou bouddhiste ou musulmane, ils sont de culture chr&#233;tienne ou ils ne sont rien au point de vue culturel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Encore une fois, je ne parle pas ici de la foi, je parle de la culture dans le sens o&#249; je l'ai consid&#233;r&#233;e au chapitre cinq. La culture n'est pas que jeu d'esprit ou raffinement. Elle assume et consacre la relation de l'homme au monde, la relation de l'individu aux autres individus, &#224; la collectivit&#233;, la relation de l'homme &#224; l'Univers, &#224; la transcendance. La culture comporte un aspect religieux, tout comme la nation, parce qu'elle implique l'homme et son destin. Je ne parle pas de foi chr&#233;tienne ou autre. Je parle de principes, de valeurs, de convictions, de croyances qui sont le produit d'une longue exp&#233;rience de la foi chr&#233;tienne. La culture, on pourrait prendre ici le mot au sens de civilisation, est toujours pour une part un h&#233;ritage. M&#234;me si l'h&#233;ritier renie ses parents, il ne reste pas moins qu'il dispose d'un bien dont il a h&#233;rit&#233;. Mais s'il refuse cet h&#233;ritage, il est d&#233;muni. La culture qu&#233;b&#233;coise est le produit d'une longue exp&#233;rience chr&#233;tienne et la n&#233;gation de cette donn&#233;e est assimilable &#224; une forme de suicide.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La culture implique l'id&#233;e de cr&#233;ation de sens, d'int&#233;gration de l'homme &#224; l'univers, d'une certaine mani&#232;re pour les hommes de vivre ensemble. Or une nation, c'est un groupement humain qui a une histoire commune, des valeurs communes, une certaine culture commune. C'est pourquoi la nation comporte une dimension religieuse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui s'est pass&#233; au Qu&#233;bec dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, c'est ce qui s'est pass&#233; en Occident, dans la chr&#233;tient&#233; occidentale, au m&#234;me moment, mais cette mutation s'est conjugu&#233;e chez nous &#224; une d&#233;marche d'affranchissement nationale, ce qui compliquait &#233;norm&#233;ment le processus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Prenons l'exemple d'un pays musulman, disons le Maroc, qui est un de la soixantaine de pays qui ont fait leur ind&#233;pendance dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle. L'islam ne conna&#238;t pas &#224; ce moment la profonde mutation que conna&#238;t la chr&#233;tient&#233;. Le Maroc s'affranchit de la domination d'une puissance &#233;trang&#232;re pour se prendre en main, pour retrouver son autonomie. Cette d&#233;marche est en m&#234;me temps qu'une d&#233;marche de lib&#233;ration, une affirmation, une consolidation de son identit&#233; religieuse. Je ne dis pas que toutes les lib&#233;rations nationales qui se sont produites au vingti&#232;me si&#232;cle sont des r&#233;ussites, mais je suis d'avis que le mouvement de lib&#233;ration du Qu&#233;bec avait une caract&#233;ristique particuli&#232;re qui devait rendre le processus confus, ambigu, et qui explique que la d&#233;marche de lib&#233;ration se soit transform&#233;e en une d&#233;marche de refus, de n&#233;gation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai essay&#233; de d&#233;crire dans mon sixi&#232;me chapitre &#171; Feu la chr&#233;tient&#233; &#187;, la transformation qui a affect&#233; la chr&#233;tient&#233; occidentale au seuil de la modernit&#233;. C'&#233;tait une transformation radicale qui devait affecter la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise car non seulement nous faisions partie de la chr&#233;tient&#233;, mais la religion chr&#233;tienne &#233;tait pour nous le ch&#226;teau fort de la r&#233;sistance. En 1760, la colonie canadienne est d&#233;capit&#233;e. Les cadres, la bourgeoisie, l'arm&#233;e retournent en France. Ils sont remplac&#233;s par le conqu&#233;rant qui s'empresse d'exclure les Canadiens de la vie publique en imposant le Serment du Test. Le pouvoir nous &#233;chappe. L'&#201;glise d&#232;s lors appara&#238;t comme la gardienne du peuple canadien qui s'organisera en marge du pouvoir politique. Un Canadien anglais, Thomas Sloan, affirme que le contexte de la Conqu&#234;te fera de l'&#201;glise canadienne une &#201;glise &#171; authentiquement nationale &#187;. Que l'&#201;glise sera &#171; le facteur d&#233;cisif d'une r&#233;elle survivance de la culture fran&#231;aise en Am&#233;rique du Nord &#187;. Il explique que &#171; le monolithisme dont le Canada fran&#231;ais catholique a fait preuve au xxe si&#232;cle exprime la r&#233;action imm&#233;diate d'un peuple menac&#233; face aux dangers de l'assimilation et de l'extinction. L'&#201;glise, dit-il, et la nationalit&#233; se rapproch&#232;rent l'une de l'autre dans un but de protection mutuelle &#187;5.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le sens de la R&#233;volution tranquille c'est de mettre fin &#224; cette p&#233;riode historique pendant laquelle l'&#201;glise a en quelque sorte jou&#233; un r&#244;le de suppl&#233;ance. Les gens du Qu&#233;bec s'appellent maintenant les Qu&#233;b&#233;cois. Ils ont conscience de former un peuple, une nation, ce que le F&#233;d&#233;ral refuse d'abord mais finit par accepter, ne pouvant faire autrement. L'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois prend le pouvoir. L'&#201;glise se d&#233;met de ses fonctions de suppl&#233;ance dans le monde de l'&#233;ducation et de la sant&#233;. C'est une nouvelle &#233;poque qui commence et qui devrait d&#233;boucher sur l'ind&#233;pendance. Cette &#233;ch&#233;ance tarde &#224; se r&#233;aliser et ce retard explique la perplexit&#233; dans laquelle se retrouvent les Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce que je veux consid&#233;rer ici, c'est la crise religieuse ou spirituelle qui affecte les Qu&#233;b&#233;cois dans cette d&#233;marche d'affirmation et d'&#233;mancipation. Il faut rappeler que l'&#201;glise n'&#233;tait pas oppos&#233;e &#224; la d&#233;marche de fond de la R&#233;volution tranquille. Elle en &#233;tait plut&#244;t un agent inspirateur actif. Comment expliquer d&#232;s lors que la R&#233;volution tranquille a entra&#238;n&#233; une profonde d&#233;saffection de la religion catholique, une d&#233;saffection profonde du Qu&#233;bec &#224; l'&#233;gard de son h&#233;ritage spirituel ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vois deux causes &#224; cette d&#233;saffection qui prend l'allure d'une d&#233;bandade. La premi&#232;re est ce que j'ai appel&#233; pr&#233;c&#233;demment le refus de soi du colonis&#233;, le refus de son identit&#233;. C'est ce qui explique pour une part que le Qu&#233;b&#233;cois ne s'int&#233;resse pas &#224; son histoire, qu'il se soucie tr&#232;s peu de respecter la langue fran&#231;aise. Le colonis&#233; se m&#233;prise lui-m&#234;me comme l'ont expliqu&#233; si &#233;loquemment les penseurs comme Jacques Berque, Jean-Paul Sartre, Frantz Fanon et tant d'autres, et il ne peut &#233;chapper &#224; cette ali&#233;nation qu'en acc&#233;dant &#224; l'autonomie, &#224; l'ind&#233;pendance. Ce qui est assez &#233;trange, c'est que le Parti qu&#233;b&#233;cois qui voulait faire l'ind&#233;pendance ne se soit pas souci&#233; d'am&#233;liorer l'enseignement de l'histoire et de la langue fran&#231;aise qui constituent pourtant des facettes importantes de notre identit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La deuxi&#232;me cause est li&#233;e &#224; la conjoncture occidentale. Au moment o&#249; le Qu&#233;bec connaissait sa r&#233;volution historique, la chr&#233;tient&#233; occidentale, dont fait partie le Qu&#233;bec, connaissait elle aussi une profonde mutation. Nous &#233;tions au Qu&#233;bec en pleine chr&#233;tient&#233;. Or voici qu'en Europe, la chr&#233;tient&#233; se remet en question, se d&#233;sagr&#232;ge. La crise est en quelque sorte reconnue et accr&#233;dit&#233;e par le Concile Vatican II qui reconna&#238;t que la vie chr&#233;tienne doit se moderniser. Vatican II reconna&#238;t en quelque sorte que la chr&#233;tient&#233;, au sens o&#249; je l'ai d&#233;crite pr&#233;c&#233;demment, est p&#233;rim&#233;e, que la vie chr&#233;tienne doit se donner une nouvelle expression. Le Qu&#233;bec s'ins&#232;re dans ce mouvement et on peut dire que chez nous, la R&#233;volution tranquille, tout en &#233;tant un effort de nous prendre en main est aussi une tentative de nous d&#233;faire d'une certaine image de nous-m&#234;mes. Reprenons cette consid&#233;ration de fa&#231;on plus explicite. Le colonis&#233; musulman ou indou se lib&#232;re du colonisateur pour retrouver son identit&#233;. La r&#233;volution se fait contre l'autre. Au Qu&#233;bec, la R&#233;volution tranquille se fait contre le colonisateur et en m&#234;me temps contre une image de nous-m&#234;mes, ce qui chez plusieurs se transforme en un rejet de notre identit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On comprend que cette d&#233;marche pouvait se pr&#234;ter &#224; beaucoup de confusion, et de fait, elle s'est envelopp&#233;e de confusion.. Les esprits chagrins et but&#233;s avaient beau jeu de tabler sur un malaise qui n' &#233;tait que trop &#233;vident, d'aviver des frustrations persistantes, de proposer les interpr&#233;tations les plus fantaisistes. Dans cette op&#233;ration, la lucidit&#233; n'a pas &#233;t&#233; au rendez-vous. Certes il fallait faire la critique de la soci&#233;t&#233; traditionnelle mais il fallait &#233;viter de provoquer chez le Qu&#233;b&#233;cois le rejet de son identit&#233;, le rejet de lui-m&#234;me. Il fallait rejeter un v&#234;tement, on a rejet&#233; une identit&#233;. &#192; l'&#232;re des &#171; lib&#233;rations &#187;, il fallait se &#171; lib&#233;rer &#187; de tout et de n'importe quoi !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait consid&#233;rer l'op&#233;ration sous l'angle du proc&#232;s. D'ailleurs, dans le contexte de la modernit&#233;, la &#171; mentalit&#233; de proc&#232;s &#187;, comme l'appelle Milan Kundera, sied tr&#232;s bien aux grandes mutations de soci&#233;t&#233;. C'est tout naturellement que le d&#233;bat public prit la forme d'un proc&#232;s de la soci&#233;t&#233; traditionnelle qu'on se plaisait &#224; accuser sans consid&#233;rer les nuances et les pr&#233;cisions qu'un v&#233;ritable esprit critique aurait pu produire. Dans un contexte historique comme celui qui est le n&#244;tre, les simplifications grossi&#232;res passent souvent pour des oracles et les grossi&#232;ret&#233;s pour des gestes courageux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut aussi consid&#233;rer l'op&#233;ration sous l'angle du d&#233;roulement de l'histoire. &#171; Celui qui est libre du pass&#233; est lib&#233;r&#233; &#187;, &#233;crit Andr&#233; Comte-Sponville6 . Il me semble que la plupart de nos nouveaux clercs seraient d'accord avec une telle affirmation. Pourtant, s'il est vrai qu'on ne peut tra&#238;ner avec soi les frasques du pass&#233;, il n'en reste pas moins qu'on ne peut se d&#233;barrasser du pass&#233; comme on le voudrait. Le pass&#233; n'est pas une fiction, il est en nous, il fait partie de nous, nous sommes son oeuvre pour une part. Nous ne sommes pas encore dans l'&#233;ternit&#233;. C'est le temps qui donne &#224; notre &#234;tre sa consistance. Rejeter son pass&#233;, c'est se refuser soi-m&#234;me et ce refus peut &#234;tre catastrophique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La relation des Qu&#233;b&#233;cois &#224; leur pass&#233; est lourde de malentendus, de frustrations et de souffrances. Leur m&#233;moire, comme celle de tous les peuples colonis&#233;s, est une m&#233;moire malade. Elle consid&#232;re l'histoire pour essayer d'expliquer le malheur qui lui est arriv&#233;, elle excuse les uns, accuse les autres. Autant tout oublier, ou essayer d'oublier. Je suis toujours &#233;tonn&#233; de voir avec quelle facilit&#233;, quelle rapidit&#233; les Qu&#233;b&#233;cois se sont accommod&#233;s du rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution, du refus des Accords du Lac Meech, des Commandites, du vol du r&#233;f&#233;rendum de 1995, et je ne remonte pas &#224; l'Union qui nous a &#233;t&#233; impos&#233;e dans le m&#233;pris, de m&#234;me que la Conf&#233;d&#233;ration. Les Qu&#233;b&#233;cois gardent le silence sur leur pass&#233;, ce qui ne veut pas dire qu'ils l'oublient mais qu'ils ne peuvent supporter le regard sur leur pass&#233;. Ils ont conscience qu'il s'est pass&#233; quelque chose d'injuste. Ils ne savent pas trop quoi. Mieux vaut oublier. Mais ce n'est pas possible. On n'oublie pas une blessure, m&#234;me si on ne sait trop comment elle s'est produite. Elle est toujours l&#224;, et elle rend la vie inconfortable, elle compromet le bonheur. Le Qu&#233;b&#233;cois ne peut oublier son pass&#233;, et il le porte comme une blessure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;labrement profond de l'armature spirituelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La R&#233;volution tranquille, cela est bien &#233;vident, &#233;tait n&#233;cessaire. Le Qu&#233;bec devait sortir de ce que j'appelle l'&#233;poque de la survivance qui &#233;tait &#233;tay&#233;e par l'&#201;glise. Mais c'&#233;tait une op&#233;ration d&#233;licate. Il fallait &#233;viter, dans cette op&#233;ration de correction, de tout bazarder. Or elle s'est faite de fa&#231;on aveugle, anarchique, en m&#234;me temps que se produisait la r&#233;volution technologique, l'av&#232;nement de la postmodernit&#233;, et la grande mue de la chr&#233;tient&#233;. Tout ce qui existait devenait caduc. Il fallait s'accrocher &#224; du nouveau, quel qu'il soit, se r&#233;inventer &#224; partir de rien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celui qui a le mieux d&#233;crit la nature et les implications de cette mutation me semble bien &#234;tre Pierre Vadeboncoeur dans son livre magistral &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Pierre_Vadeboncoeur&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les Deux royaumes&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Il est clair pour moi qu'il touchait au coeur m&#234;me du probl&#232;me, et si son ouvrage fut accueilli si s&#233;v&#232;rement par certains, c'est parce qu'il mettait le doigt sur des fourvoiements qui n'&#233;taient que trop &#233;vidents.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vadeboncoeur &#233;crit par exemple : &#171; &#202;tre moderne, aujourd'hui, ce n'est pas &#234;tre quelque chose, c'est n'&#234;tre rien, pr&#233;alablement. C'est &#234;tre avant ce qui sera ... C'est le no man's land de l'histoire, de la philosophie, de la politique, de la morale, de la culture, et aussi de l'humain... &#187; Et plus loin : &#171; Mais en r&#233;alit&#233;, non seulement a-t-on d&#233;truit le pass&#233;, mais ce faisant, on a d&#233;truit aussi quantit&#233;s de passages vers l'avenir &#187;7. La soci&#233;t&#233; s'est en quelque sorte vid&#233;e de son &#226;me. Elle n'offre plus de &#171; justification de la beaut&#233; &#187;, ni de l'amour, ni de la vertu, ni de l'esprit8. Vadeboncoeur met cette d&#233;perdition en relation avec l'apparition du scepticisme qui est un produit du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, ce qui me semble tr&#232;s juste, et du ph&#233;nom&#232;ne concomitant qui est la dissolution de la chr&#233;tient&#233;. Avec la chr&#233;tient&#233; se sont &#233;vanouis les &#171; dogmes &#187; qui avaient &#233;t&#233; &#171; une forme de m&#233;moire, un moyen de conservation et de transmission des symboles les plus &#233;lev&#233;s &#187;. Ce sont eux qui &#171; soutenaient la vo&#251;te du ciel de l'homme &#187;9. C'est la chr&#233;tient&#233; qui, en Occident et dans le monde, la chr&#233;tient&#233; comme institution culturelle, historique qui portait les raisons supr&#234;mes, les &#171; dogmes &#187;. En s'&#233;vanouissant, en quelque sorte, la chr&#233;tient&#233; a emport&#233; avec elle les &#171; dogmes &#187;, les valeurs, je dirais m&#234;me les &#171; raisons &#187; qu'elle portait. On ne remplace pas du jour au lendemain cette armature spirituelle, cette structure culturelle. J'&#233;cris ceci en novembre 2007. Les m&#233;dias d&#233;crivent jusqu'&#224; sati&#233;t&#233; la perplexit&#233; de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, le d&#233;labrement du syst&#232;me d'&#233;ducation. Ces fl&#233;trissures sont le signe d'un d&#233;labrement profond de l'armature spirituelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment, la chr&#233;tient&#233; disparaissant, assurer la pr&#233;sence des &#171; dogmes &#187; &#224; la conscience des humains ? Une soci&#233;t&#233; sans &#171; dogmes &#187; est comme un bateau non lest&#233;. Le monde o&#249; s'&#233;tait d&#233;ploy&#233;e la &#171; chr&#233;tient&#233; &#187; se trouve, au moment o&#249; celle-ci d&#233;p&#233;rit, dans la m&#234;me situation que celle o&#249; se trouvaient les premiers chr&#233;tiens. Il a &#224; inventer une nouvelle culture qui sera produite par l'exp&#233;rience du monde nouveau, exp&#233;rience inspir&#233;e et transfigur&#233;e par la foi. Ce processus est d&#233;j&#224; en marche et se perp&#233;tuera jusqu'&#224; la fin des temps. D&#233;j&#224; les signes de la post-chr&#233;tient&#233; se manifestent. L'&#201;glise se renouvelle lentement mais s&#251;rement. Ce que les discussions de la Commission Bouchard-Taylor nous ont peut-&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; de plus pr&#233;cieux, c'est que le Qu&#233;bec populaire n'est pas ce que l'on imaginait. Les m&#233;dias nous avaient habitu&#233;s &#224; penser que le peuple qu&#233;b&#233;cois avait compl&#232;tement rompu avec son pass&#233;, avait reni&#233; son identit&#233; chr&#233;tienne. Or ce qui est apparu plusieurs fois au cours des discussions publiques, c'est que le vieux fond catholique qu&#233;b&#233;cois ne s'est pas &#233;vanoui. C'est ce que confirment les auteurs Raymond Lemieux et Jean-Paul Montminy : &#171; ... le catholicisme qu&#233;b&#233;cois, &#224; l'instar des autres confessions chr&#233;tiennes dans l'Occident s&#233;cularis&#233;, est loin d'&#234;tre moribond. Ses v&#233;rit&#233;s, paradoxales, restent dans l'ombre, contrairement aux oeuvres encadrant la culture autrefois. Elles n'en demeurent pas moins actives et profond&#233;ment ancr&#233;es dans les terreaux humains &#171; 10.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&#8216;est ma conviction que la foi chr&#233;tienne ne peut mourir. Elle reste vivante dans les cendres m&#234;mes de la chr&#233;tient&#233; et inspirera une nouvelle culture. Il ne s'agit pas de rafistoler des structures anciennes, de coudre des pi&#232;ces nouvelles dans de vieux v&#234;tements, de mettre le vin nouveau dans de vieilles outres. Dans l'ordre de la foi, l'histoire n'ob&#233;it pas aux r&#232;gles du progr&#232;s continu mais &#224; celles de la mort et de la r&#233;surrection.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15 d&#233;cembre 2007 Paul-&#201;mile Roy&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 - Cit&#233; par Marcel Rioux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un peuple dans le si&#232;cle&lt;/i&gt;, Bor&#233;al, 1990, p. 276-277.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2 - Yvan Lamonde, &#171; Est-on quitte envers le pass&#233; ? Borduas, Vadeboncoeur et le d&#233;nouement de &#171; Notre ma&#238;tre le pass&#233; &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Cahiers des dix&lt;/i&gt;, No 60, 2006, p. 221.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3 - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 225.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 - Louis Bernard, &#171; Pourquoi le Qu&#233;bec libre &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;, 21 ao&#251;t, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5 - Thomas Sloan, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une r&#233;volution tranquille ?&lt;/i&gt; Traduit par Michel van Schendel, Montr&#233;al, HMH, 1965, p. 48, 49, 47.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6 - Andr&#233; Comte-Sponville, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Esprit de l'ath&#233;isme&lt;/i&gt;, Albin Michel, 2006, p. 197&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7 - Pierre Vadeboncoeur, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les deux royaumes&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, L'Hexagone, 1978, p. 183.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8 - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 192.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9 - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 48.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10 - Raymond Lemieux, Jean-Paul Montminy, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Catholicisme qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Les &#201;ditions de l'IQRC, 2000, p. 122.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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	</item>



	<item>
		<title>Th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, Trust am&#233;ricain et &#201;glise catholique : une lutte &#224; trois sur fond de culture, d'affaires et de nationalisme</title>
		<link>http://www.vigile.net/Theatre-canadien-francais-Trust</link>
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		<dc:date>2007-12-04T15:42:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Roy - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>L'art et le nationalisme canadiens-fran&#231;ais ont toujours &#233;t&#233; intimement li&#233;s. Au Qu&#233;bec, la musique, la peinture, le th&#233;&#226;tre, le cin&#233;ma s'assurent, depuis fort longtemps, d'&#234;tre un v&#233;hicule efficace pour les id&#233;es porteuses de grands changements. Ce travail s'int&#233;resse &#224; (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'art et le nationalisme canadiens-fran&#231;ais ont toujours &#233;t&#233; intimement li&#233;s. Au Qu&#233;bec, la musique, la peinture, le th&#233;&#226;tre, le cin&#233;ma s'assurent, depuis fort longtemps, d'&#234;tre un v&#233;hicule efficace pour les id&#233;es porteuses de grands changements. Ce travail s'int&#233;resse &#224; la situation du th&#233;&#226;tre et du nationalisme canadiens-fran&#231;ais au lendemain de l'Acte d'Union jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des premiers cr&#233;ateurs canadiens-fran&#231;ais populaires. Cette p&#233;riode est une intense lutte &#224; trois pour la domination culturelle et commerciale du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec. L'&#201;glise catholique, depuis toujours, veut conserver ses valeurs bien en place pour assurer son emprise sur le peuple, mais diff&#233;rents &#233;v&#233;nements la forceront &#224; changer son fusil d'&#233;paule. Le Trust, venu en terre qu&#233;b&#233;coise pour incorporer Montr&#233;al et Qu&#233;bec &#224; son r&#233;seau, semble s'en prendre &#224; un public gagn&#233; d'avance, mais son ing&#233;rence et son indiff&#233;rence face aux besoins des Canadiens fran&#231;ais causeront sa perte. Et le nationalisme canadien-fran&#231;ais, lui, rena&#238;t de ses cendres suite &#224; l'&#233;veil du peuple quant &#224; sa capacit&#233; de faire son propre th&#233;&#226;tre, dans lequel il se reconna&#238;t mieux que dans le th&#233;&#226;tre europ&#233;en ou am&#233;ricain qu'on lui enfonce dans la gorge depuis trop longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1338 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:97px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.puq.ca/fr/repertoire_fiche.asp?titre=discipline&amp;titre2=090&amp;noProduit=S1231&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_4-theatre.jpg' width=&quot;97&quot; height=&quot;144&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;	Ce sujet, avec son contexte et ses acteurs captivants, soul&#232;ve une grande question : &#171; Comment l'influence de l'&#201;glise et le monopole du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec d&#233;tenu par le Trust am&#233;ricain entre 1890 et 1903 causent une renaissance du th&#233;&#226;tre et une remont&#233;e du nationalisme canadiens-fran&#231;ais ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plusieurs auteurs se sont pench&#233;s sur la question du th&#233;&#226;tre et du nationalisme canadiens-fran&#231;ais &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, mais toujours en les s&#233;parant l'un de l'autre. La plupart des ouvrages offrent une analyse compl&#232;te sur la renaissance du th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, en se contentant de seulement effleurer au passage le nationalisme qui en ressurgit. Bref, les liens entre la renaissance du th&#233;&#226;tre et la remont&#233;e du nationalisme ne demandent qu'&#224; &#234;tre faits, les questions qu'&#224; &#234;tre soulev&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semble que l'&#233;veil du peuple canadien-fran&#231;ais quant &#224; sa capacit&#233; de faire lui-m&#234;me son th&#233;&#226;tre provienne &#224; la fois d'un ras-le-bol face &#224; l'oppression que lui fait subir l'&#201;glise quant &#224; ce qui est acceptable ou non, ce qui est bien ou mal, et d'un &#233;c&#339;urement face au th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway qui, au d&#233;part, comble un vide, mais qui, rapidement, prend trop de place et ne se pr&#233;occupe pas suffisamment des exigences du peuple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour d&#233;montrer l'hypoth&#232;se propos&#233;e, ce travail est divis&#233; en trois grandes parties. Premi&#232;rement, la dualit&#233; entre l'&#201;glise catholique et le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais est expos&#233;e et analys&#233;e. Cette premi&#232;re partie d&#233;montre comment une situation perp&#233;tuelle de dominant-domin&#233; m&#232;ne &#224; un ras-le-bol du domin&#233; face au dominant. La deuxi&#232;me partie &#233;nonce l'arriv&#233;e du Trust am&#233;ricain et ses m&#233;thodes pour acqu&#233;rir et maintenir son monopole. On voit dans cette partie que le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, fra&#238;chement &#171; libre &#187; de l'influence eccl&#233;siastique se retrouve &#224; nouveau sous l'emprise d'une entit&#233; sup&#233;rieure. Une seconde dualit&#233; na&#238;t de ce ph&#233;nom&#232;ne et conduit au sujet de la troisi&#232;me et derni&#232;re partie : le changement de position de l'&#201;glise catholique, la renaissance du th&#233;&#226;tre et la remont&#233;e du nationalisme canadiens-fran&#231;ais. Ces th&#232;mes seront &#233;galement mis en relation avec le th&#232;me int&#233;grateur : &#171; l'impact de la modernisation sur les institutions culturelles traditionnelles &#187;, en d'autres mots, ce travail tente de d&#233;montrer comment le Trust am&#233;ricain, porteur d'une modernit&#233; autant culturelle que technologique, cause un changement de position chez l'&#201;glise et un &#233;veil du peuple canadien-fran&#231;ais face &#224; la prise en main de leur culture et de leurs affaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La dualit&#233; entre le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais et l'&#201;glise catholique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au d&#233;but de la p&#233;riode qui nous int&#233;resse, le th&#233;&#226;tre professionnel et commercial francophone n'existe pas. En fait, le th&#233;&#226;tre francophone au Qu&#233;bec se limite &#224; des adaptations de pi&#232;ces fran&#231;aises, anglaises et am&#233;ricaines. En d'autres mots : &#171; l'institution th&#233;&#226;trale [&#8230;] en fut une d'importation &#187;(1) et, en ce sens, les premi&#232;res tourn&#233;es &#224; venir visiter le Qu&#233;bec sont europ&#233;ennes, surtout anglaises. &#192; par l'exp&#233;rience que poss&#232;dent ces troupes, elles pr&#233;sentent tous les d&#233;savantages possibles : elles co&#251;tent tr&#232;s cher, elles sont souvent &#233;puis&#233;es par leurs longues tourn&#233;es et, surtout, elles sont form&#233;es de com&#233;diens dont l'accent agace l'oreille canadienne-fran&#231;aise. C'est en r&#233;action &#224; ces troupes &#233;trang&#232;res qu'apparaissent, vers 1860, &#224; Montr&#233;al et &#224; Qu&#233;bec, les premi&#232;res troupes locales. Les troupes, elles, n'ont pas trop de difficult&#233; &#224; jouer les adaptations europ&#233;ennes, mais le principal probl&#232;me est que, jusqu'en 1900, au Qu&#233;bec, &#171; il n'existe pas d'&#233;diteur ni m&#234;me de collection sp&#233;cialis&#233;e dans l'&#233;dition du texte dramatique &#187;(2). Les rares auteurs dramatiques canadiens-fran&#231;ais doivent donc financer eux-m&#234;mes leur &#233;dition et leur publication, ce qui est bien au-dessus des moyens de la plupart d'entre eux. Alors comment les auteurs dramatiques canadiens-fran&#231;ais s'y prennent-ils pour rendre leurs &#339;uvres accessibles au public ? Ils vont voir ceux qui les m&#233;prisent et les censurent depuis plus d'un si&#232;cle : l'&#201;glise catholique. Et pourquoi l'&#201;glise changerait-elle sa position face au th&#233;&#226;tre qu'elle per&#231;oit depuis toujours comme immoral, trop l&#233;ger et r&#233;pandant les mauvaises valeurs ? Dans ce cas-ci, l'on peut dire que la vieille expression &#171; l'ennemi de mon ennemi est mon ami &#187; s'applique. Devant l'importance grandissante de la pr&#233;sence europ&#233;enne et, bient&#244;t, am&#233;ricaine, l'&#201;glise catholique ne peut que constater qu'un important morceau de la culture qu&#233;b&#233;coise est en danger et n'a d'autre choix que de permettre la diffusion, dans ses revues et dans ses circulaires, d'&#339;uvres d'auteurs canadiens-fran&#231;ais comme Louis-Honor&#233; Fr&#233;chette (Papineau), Anne-Marie Gleason-Huguenin (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'adieu au po&#232;te&lt;/i&gt;), ou encore Rodolphe Girard (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; la conqu&#234;te d'un baiser&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1339 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:120px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://books.google.ca/books?id=xbXMf07jfr8C&amp;dq=L%E2%80%99%C3%89glise+et+le+Th%C3%A9%C3%A2tre+au+Qu%C3%A9bec&amp;hl=fr&amp;pgis=1&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_4-tourangeau.jpg' width=&quot;120&quot; height=&quot;184&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Mais il ne faut pas croire que l'&#201;glise supporte le th&#233;&#226;tre. Elle daigne diffuser les auteurs d'ici, mais elle s'assure de les garder &#224; un bas niveau : amateur et m&#234;me scolaire, de pr&#233;f&#233;rence. Le fait est que l'&#201;glise approuverait bien le th&#233;&#226;tre s'il voulait parler de patriotisme et de vertu, mais comme les pi&#232;ces viennent majoritairement d'Angleterre et de France, m&#234;me si elles sont quelques fois jou&#233;es par des Canadiens fran&#231;ais, elles ne sont pas adapt&#233;es au contexte Qu&#233;b&#233;cois de l'apr&#232;s-Acte d'Union. Comme le d&#233;crivent Laflamme et Tourangeau : &#171; Elle [l'&#201;glise] ne lui accorde pas sa b&#233;n&#233;diction [au th&#233;&#226;tre], mais elle lui laisse tout de m&#234;me une paix relative &#187; (3). Cependant, Montr&#233;al fait exception &#224; cette r&#232;gle cl&#233;ricale. De 1836 &#224; 1876, Monseigneur Bourget, &#233;v&#234;que du dioc&#232;se de Montr&#233;al, paralyse presque compl&#232;tement le th&#233;&#226;tre et toutes autres formes de manifestations artistiques dans sa &#171; politique du juste milieu &#187; (4). Cette politique, bien plus rigide que son nom l'indique, stipule qu'&#171; on ne peut, sous peine de p&#233;ch&#233; mortel, concourir &#224; aucune repr&#233;sentation notablement ind&#233;cente [&#8230;], ni par abonnement ou souscription, ni par applaudissement &#187; (5). Ainsi, d'un c&#244;t&#233;, il limite grandement le d&#233;veloppement du th&#233;&#226;tre francophone &#224; Montr&#233;al et, d'un autre c&#244;t&#233;, il pousse la jeunesse franco-canadienne vers le th&#233;&#226;tre montr&#233;alais anglophone. Puisque ce th&#233;&#226;tre est r&#233;git par les protestants plut&#244;t que par les catholiques, il offre des pi&#232;ces &#171; d'une morale g&#233;n&#233;ralement beaucoup plus rel&#226;ch&#233;e que celle du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais &#187; (6), c'est-&#224;-dire des pi&#232;ces dans lesquelles apparaissent notamment des femmes. Bref, cette censure par l'&#201;glise catholique fait pratiquement mourir le peu de th&#233;&#226;tre francophone qui se fait au Qu&#233;bec &#224; la fin du XIXe si&#232;cle au profit du th&#233;&#226;tre anglophone et europ&#233;en.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s plus de trente-six ans &#224; la t&#234;te du dioc&#232;se de Montr&#233;al, Monseigneur Bourget se retire et nomme Monseigneur Fabre pour le remplacer. Cependant, Monseigneur Bourget laisse un h&#233;ritage tr&#232;s lourd et son spectre semble toujours &#234;tre omnipr&#233;sent autour des relations entre l'&#201;glise et le th&#233;&#226;tre. En cons&#233;quence, m&#234;me si l'on croyait que le d&#233;part de Monseigneur Bourget allait aider les choses, jusqu'en 1893, les journaux des trois grandes villes qu&#233;b&#233;coises, presque tous sous contr&#244;le eccl&#233;siastique, mart&#232;lent les th&#233;&#226;tres francophones et &#233;trangers pour leur manque de moralit&#233;, leur caract&#232;re trop l&#233;ger, et y vont de s&#233;v&#232;res mises en garde &#224; l'intention de ceux qui voudraient s'y adonner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La dualit&#233; entre le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais et le Trust am&#233;ricain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme mentionn&#233; dans la partie pr&#233;c&#233;dente, la substitution des troupes de tourn&#233;es pour des troupes locales permet au moins &#224; quelques Canadiens fran&#231;ais de vivre du th&#233;&#226;tre. Par contre, l'arriv&#233;e des troupes locales entra&#238;ne un ph&#233;nom&#232;ne qui se r&#233;v&#232;lera plus tard comme regrettable : les troupes europ&#233;ennes, forc&#233;es de limiter leurs pr&#233;sences en sol qu&#233;b&#233;cois, laissent la porte grande ouverte &#224; l'h&#233;g&#233;monie New-Yorkaise qui ne prend que quelques ann&#233;es &#224; incorporer le Qu&#233;bec dans son r&#233;seau. Le Trust am&#233;ricain, ce monstre &#233;conomique et, par la bande, culturel, fait son entr&#233;e au Qu&#233;bec vers 1890. Puisque le peuple canadien-fran&#231;ais a soif de nouveaut&#233; mais est encore incapable de palier lui-m&#234;me &#224; ses propres besoins, l'ouverture est b&#233;ante pour un envahissement d&#233;guis&#233; en sauvetage. Le plus grand monopole de l'industrie du loisir et de la culture au monde semble invincible parce qu'il est &#171; une association tactique entre quelques puissants producteurs new-yorkais et divers directeurs de petites cha&#238;nes r&#233;gionales exasp&#233;r&#233;s par la situation th&#233;&#226;trale &#187; (7). Parmi les producteurs, on retrouve Marcus Klaw et A.L. Erlanger qui poss&#232;dent la majorit&#233; des salles de th&#233;&#226;tre du sud des &#201;tats-Unis ; les millionnaires et g&#233;ants de la production Al Hayman et Charles Frohman ; ainsi que Samuel F. Nixon et Fred Zimmerman, deux importants producteurs new-yorkais. En moins de sept ans, &#171; tous les &#233;tablissements montr&#233;alais et qu&#233;b&#233;cois de quelque importance pass&#232;rent progressivement sous le contr&#244;le du groupe new-yorkais &#187; (8). Au d&#233;part, l'arriv&#233;e d'un groupe aussi puissant ne peut que servir la cause du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : le Trust assure la r&#233;gularit&#233; des spectacles et, surtout, met enfin Montr&#233;al sur le circuit des grandes tourn&#233;es. Cette grande vague de modernisation qui souffle sur l'industrie du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec fait en sorte que Montr&#233;al n'accuse plus aucun retard sur les autres grandes villes mondiales quant &#224; la pr&#233;sentation des grands succ&#232;s de Broadway et &#224; l'utilisation des nouvelles techniques et technologies.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais pourquoi les Canadiens fran&#231;ais, lass&#233;s du th&#233;&#226;tre &#224; l'europ&#233;enne tombent-ils litt&#233;ralement en amour avec le th&#233;&#226;tre &#224; l'am&#233;ricaine ? Legris l'explique tr&#232;s simplement dans &#171; Le th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : 1825-1980 &#187; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant de partir en tourn&#233;e, un spectacle devait d'abord passer le test new-yorkais. Alors, aur&#233;ol&#233;e du prestige de la r&#233;ussite, la production menait, parfois pendant des ann&#233;es, de grandes tourn&#233;es continentales. Quand le succ&#232;s obtenu sur Broadway &#233;tait plus triomphal encore, on pouvait envoyer en tourn&#233;e jusqu'&#224; cinq ou six troupes affubl&#233;es du m&#234;me nom et des m&#234;mes &#233;pith&#232;tes ronflantes que l'originale. Des centaines de milliers de spectateurs eurent ainsi la conviction de voir dans les th&#233;&#226;tres les plus recul&#233;s du continent les grands triomphes de New York tels que les avaient acclam&#233;s la foule et la critique new-yorkaises. Le subterfuge dura (9).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ainsi, avec le reste du continent, que les Canadiens fran&#231;ais sont entra&#238;n&#233;s dans un mouvement grandiose et prestigieux comme seuls les Am&#233;ricains sont capables de cr&#233;er. Ce nouveau monopole d&#233;tenu par le Trust p&#232;se tr&#232;s lourd sur le dos des auteurs et des troupes d'expression francophone. Les auteurs sont maintenant condamn&#233;s &#224; demeurer mineurs et amateurs parce que les Am&#233;ricains &#233;crivent leurs propres pi&#232;ces, et les troupes, si elles veulent jouer plus que du religieux ou du scolaire, doivent parvenir &#224; se faire engager par le Trust am&#233;ricain pour jouer des pi&#232;ces new-yorkaises. Et la domination du Trust n'a pas d'effets n&#233;gatifs que sur les auteurs et les troupes locales : elle accro&#238;t &#233;galement &#171; la centralisation des affaires th&#233;&#226;trales dans la m&#233;tropole am&#233;ricaine et ne [tient] aucun compte des disparit&#233;s r&#233;gionales &#187; (10). Donc, d'un c&#244;t&#233;, la haute bourgeoisie anglaise est m&#233;contente parce qu'elle d&#233;teste voir Montr&#233;al perdre de son pouvoir &#233;conomique aux mains de New York, et d'un autre c&#244;t&#233;, les francophones ne tardent pas &#224; s'apercevoir qu'ils se reconnaissent encore moins dans le th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway que dans le th&#233;&#226;tre europ&#233;en qu'ils ont mis &#224; la porte. Sans compter que le Trust se soucie encore moins que ses pr&#233;d&#233;cesseurs de savoir si l'accent, l'apparence ou m&#234;me l'histoire racont&#233;e conviennent ou non au public qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Renaissance du th&#233;&#226;tre et remont&#233;e du nationalisme canadiens-fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, malgr&#233; l'admiration que le public canadien-fran&#231;ais a, au d&#233;part, pour le th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway, la volont&#233; d'avoir enfin un th&#233;&#226;tre bien &#224; lui se fait sentir plus que jamais. Devant la situation &#233;conomique et culturelle alarmante du th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, l'&#201;glise permet progressivement aux auteurs canadiens-fran&#231;ais de diffuser un peu plus librement et largement leurs &#339;uvres dans les revues et dans les circulaires des diff&#233;rentes paroisses. Ainsi, tout aussi progressivement, les troupes locales commencent &#224; avoir des pi&#232;ces canadiennes-fran&#231;aises sous la main et les jouent dans les &#233;glises et dans les &#233;coles. Bref, il ne leur manque qu'une sc&#232;ne majeure sur laquelle jouer parce qu'il est &#233;videment que le Trust am&#233;ricain ne les laisseront jamais jouer sur les siennes. Et c'est &#224; partir de ce moment que le th&#233;&#226;tre qui ne faisait que survivre et que le nationalisme pr&#233;sent mais domin&#233; se fondent l'un dans l'autre : &#171; il suffit, pour s'en convaincre, de relire les multiples appels &#224; la cr&#233;ation d'un th&#233;&#226;tre national qui jalonnent notre histoire th&#233;&#226;trale &#187; (11). Toutefois, le Th&#233;&#226;tre National ne sera inaugur&#233; que dans un quart de si&#232;cle et c'est maintenant que le th&#233;&#226;tre et le nationalisme canadiens-fran&#231;ais demandent &#224; &#233;clore.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant la grogne grandissante du public qu&#233;b&#233;cois, le 30 septembre 1898, Elz&#233;ar Roy et la Soci&#233;t&#233; Saint-Jean-Baptiste mettent sur pied les &#171; Soir&#233;es de famille &#187;. Avec l'approbation et m&#234;me l'aide du clerg&#233;, ce qui ne devait &#234;tre qu'un m&#233;lange d'exercice th&#233;&#226;tral et de cours d'&#233;locution devient rapidement une troupe r&#233;guli&#232;re. Les trois ann&#233;es d'efforts mises par Elz&#233;ar Roy sont, au bout du compte, &#171; &#224; la fois une r&#233;compense pour les &#233;l&#232;ves [des deux sexes] et une aubaine pour les spectateurs pour suivre avec int&#233;r&#234;t le succ&#232;s des jeunes acteurs et jouir d'un bon spectacle fran&#231;ais &#187; (12). Toutefois, il ne faut pas se leurrer ; les Soir&#233;es de famille ne sont pas l'&#233;v&#233;nement ni l'av&#232;nement que les Canadiens fran&#231;ais attendent. En effet, des soixante-quatorze pi&#232;ces jou&#233;es par la troupe, aucune n'est qu&#233;b&#233;coise ; &#224; l'exception de Juliette B&#233;liveau, aucun membre de la troupe ne poursuit une carri&#232;re professionnelle apr&#232;s la fermeture de 1901 ; les Soir&#233;es deviennent rapidement officieusement exclusives &#224; la petite bourgeoisie canadienne-fran&#231;ais et le peuple la boude. Bref, les Soir&#233;es ne sont pas aussi rayonnantes qu'esp&#233;r&#233;, mais au moins, le mouvement est lanc&#233;. Comme le d&#233;crit clairement Ren&#233;e Legris : &#171; Tout le monde, &#224; l'&#233;poque, comprit bien l'esprit qui les animait [les Soir&#233;es] et le sens profond du consensus historique qui pr&#233;sida &#224; leur cr&#233;ation. Le &#171; mal &#187;, c'&#233;tait l'assimilation et tout ce qui pouvait la ralentir &#233;tait &#171; bon &#187; ou acceptable &#187; (13). Devant cet &#233;veil de conscience, certains membres de la petite bourgeoisie canadienne-fran&#231;ais rejoigne le mouvement. Par exemple, le 21 novembre 1898, Godeau, un ing&#233;nieur, fonde le Th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s qui donnera naissance un peu plus tard au Th&#233;&#226;tre de la Renaissance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Arrive ensuite la p&#233;riode des caf&#233;s-concerts ; une formule directement import&#233;e de Paris. Les caf&#233;s-concerts sont de petites salles fr&#233;quent&#233;es autant par le peuple que par la petite bourgeoisie o&#249; l'on pr&#233;sente des pi&#232;ces francophones et, surtout, o&#249; l'on peut consommer de l'alcool. Le concept conna&#238;t un succ&#232;s sans pr&#233;c&#233;dant chez le petit peuple canadien-fran&#231;ais parce que, pour une rare fois, il s'y reconna&#238;t parfaitement, comme en t&#233;moigne la premi&#232;re revue locale d'Alfred Durantel, pr&#233;sent&#233;e le 31 mars 1899 au caf&#233;-concert l'El-Dorado :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au lieu d'entendre parler constamment d'un vicomte millionnaire ou d'un baron d&#233;cav&#233;, nous sommes en pr&#233;sence de T&#233;lesphore Pigeonneau, un dur &#224; cuire qu'a [sic] du poil aux pattes, de la gaiet&#233; au c&#339;ur et du courage au ventre. Au lieu de parcourir les grands boulevards parisiens, il est question de la C&#244;te-Saint-Lambert ou de la Place Jacques-Cartier ; au lieu d'entendre crier Br&#233;bant, ou Bignon, ou le caf&#233; des Vari&#233;t&#233;s de Paris, on entend parler de Jos Riendeau, et cela sonne bien &#224; nos oreilles attentives (14).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Maintenant que la petite bourgeoisie et le peuple canadiens-fran&#231;ais sont sur la m&#234;me longueur d'onde, le mouvement nationaliste peut poursuivre sa pouss&#233;e dans le milieu th&#233;&#226;tral. Les deux derni&#232;res ann&#233;es du XIXe si&#232;cle sont les plus importantes de l'histoire th&#233;&#226;trale du Qu&#233;bec : elles marquent la naissance et l'aboutissement du projet de Julien Daoust de cr&#233;er le Th&#233;&#226;tre National. Encore une fois, Ren&#233;e Legris d&#233;crit parfaitement l'effet qu'a le National sur toute l'industrie : &#171; Ce que ne r&#233;ussissent pas &#224; faire ni les &#171; Soir&#233;es de famille &#187;, ni les autres &#233;tablissements &#233;ph&#233;m&#232;res de l'&#233;poque, le Th&#233;&#226;tre National le r&#233;alisa avec &#233;clat et fulgurance. Il parvint &#224; puiser dans la client&#232;le francophone des th&#233;&#226;tres anglais et sut se l'attacher. Son succ&#232;s prit de court le Trust qui, jusqu'&#224; ce moment, n'avait gu&#232;re &#224; s'inqui&#233;ter des entrepreneurs locaux, et pour cause &#187; (15).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Paul Cazeneuve, &#224; la t&#234;te du Th&#233;&#226;tre National, sait tr&#232;s bien comment continuer et achever le changement d&#233;sir&#233; par le public canadien-fran&#231;ais. &#192; ses d&#233;buts, il se contente de poursuivre la tradition &#224; laquelle le public s'est habitu&#233; : pr&#233;senter des versions traduites en fran&#231;ais de pi&#232;ces am&#233;ricaines ou anglaises. Cependant, les m&#233;thodes de Cazeneuve r&#233;volutionnent la cr&#233;ation th&#233;&#226;trale canadienne-fran&#231;aise : pour la pr&#233;paration des spectacles, il fait appel &#224; des talents locaux pour traduire et adapter les textes. De cette fa&#231;on, il met de nombreux jeunes auteurs en contact intime avec des &#339;uvres &#224; succ&#232;s. Gr&#226;ce &#224; ce geste en apparence anodin, d&#232;s 1903, plusieurs jeunes auteurs canadiens-fran&#231;ais &#233;crivent et voient leurs pi&#232;ces &#234;tre jou&#233;es sur les planches du Th&#233;&#226;tre National. Cazeneuve, peut-&#234;tre malgr&#233; lui, lance ainsi la premi&#232;re vague d'auteurs canadiens-fran&#231;ais populaires. Les Canadiens fran&#231;ais r&#233;alisent enfin qu'ils savent &#233;crire, produire et jouer un th&#233;&#226;tre dans lequel ils se retrouvent, et ce, mieux que les Europ&#233;ens ou les Am&#233;ricains. Finalement, comme le d&#233;crit Larrue : &#171; la derni&#232;re d&#233;cennie tranche nettement avec l'&#233;volution tranquille et prudente qui avait caract&#233;ris&#233; le XIXe si&#232;cle dramatique &#187; (16).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En conclusion, la pression et l'oppression constante que subissent le th&#233;&#226;tre et le public canadiens-fran&#231;ais aux mains de l'&#201;glise catholique causent un v&#233;ritable ras-le-bol face &#224; cette institution que plusieurs surnomment &#171; le dernier bastion de la culture canadienne-fran&#231;aise &#187;. Devant son besoin grandissant d'autonomie, le th&#233;&#226;tre d'ici parvient &#224; se lib&#233;rer partiellement de l'h&#233;g&#233;monie cl&#233;ricale qui r&#233;git pratiquement toute la culture canadienne-fran&#231;aise, mais tout cela simplement pour retomber sous l'influence d'une nouvelle institution qui, elle, repr&#233;sente la modernit&#233; et la modernisation. Devant cette nouvelle menace &#224; la culture canadienne-fran&#231;ais, l'&#201;glise catholique et le th&#233;&#226;tre doivent mettre leurs vieilles querelles de c&#244;t&#233;s pour &#233;viter l'assimilation du milieu th&#233;&#226;tral, du moins. Gr&#226;ce &#224; l'initiative de certains membres de la petite bourgeoisie, du milieu artistique, du peuple et &#224; la coop&#233;ration des &#233;v&#234;ques et autres membres du clerg&#233;, le th&#233;&#226;tre d'ici peut &#233;voluer parall&#232;lement au th&#233;&#226;tre am&#233;ricain. Finalement, en 1903, avec la mise en marche du Th&#233;&#226;tre National et l'arriv&#233;e des premiers auteurs canadiens-fran&#231;ais populaires, le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais prouve au grand public qu'il peut tr&#232;s bien, m&#234;me mieux que le th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway, combler le vide caus&#233; par l'&#233;vincement presque total des productions et des troupes europ&#233;ennes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Malheureusement, l'histoire ne demeure pas aussi brillante pour le reste du XXe si&#232;cle. Maintenant que le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais n'est plus en danger, l'&#201;glise revient sur ses positions d'apr&#232;s-Acte d'Union : l'industrie du th&#233;&#226;tre est &#224; nouveau mal vue et d&#233;nigr&#233;e par le clerg&#233;. Cependant, puisque le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais devient plus qu'un simple divertissement, mais &#233;galement un v&#233;hicule pour la culture et l'identit&#233; canadienne-fran&#231;aise, l'&#201;glise ne r&#233;ussira jamais &#224; contenir et &#224; limiter son rayonnement comme elle le faisait il y a quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 Christian Beaucage, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Qu&#233;bec au d&#233;but du XXe si&#232;cle : Une &#233;poque flamboyante&lt;/i&gt;, 1996, p. 55&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2 H&#233;l&#232;ne Beauchamp et al., &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Th&#233;&#226;tres qu&#233;b&#233;cois et canadiens-fran&#231;ais au XXe si&#232;cle : Trajectoires et territoires&lt;/i&gt;, 2003, p. 90&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3 Jean Laflamme et R&#233;mi Tourangeau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#201;glise et le Th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, 1979, p. 128&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 Jean Laflamme et R&#233;mi Tourangeau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 127&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5 &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;loc. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6 Jean Laflamme et R&#233;mi Tourangeau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 131&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7 Ren&#233;e Legris et al., &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : 1825-1980&lt;/i&gt;, 1988, p. 41&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit&lt;/i&gt;., p. 42&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 29&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 43&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;11 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 30&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;12 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit&lt;/i&gt;., p. 49&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;13 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 50&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;14 Sylvio, &#171; chronique de la quinzaine &#187;, 1899, p.66.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.,&lt;/i&gt; p.53&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;16 Jean-Marc Larrue, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Montr&#233;al &#224; la fin du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, 1981, p. 12&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beaucage, Christian (1996). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Qu&#233;bec au d&#233;but du XXe si&#232;cle : Une &#233;poque flamboyante&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Nuit blanche &#233;diteur, 302 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beauchamp, H&#233;l&#232;ne et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al&lt;/i&gt;. (2003). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Th&#233;&#226;tres qu&#233;b&#233;cois et canadiens-fran&#231;ais au XXe si&#232;cle : Trajectoires et territoires&lt;/i&gt;, Sainte-Foy, Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, 436 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Laflamme, Jean et R&#233;mi Tourangeau (1979). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#201;glise et le Th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Fides, 355 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Larrue, Jean-Marc (1981). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Montr&#233;al &#224; la fin du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Fides, 141 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Legris, Ren&#233;e et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al&lt;/i&gt;. (1988). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : 1825-1980&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, VLB &#233;diteur, 205 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sylvio, &#171; chronique de la quinzaine &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Passe-Temps&lt;/i&gt;, vol. 5, no 105, 1er avril 1899, p.66.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Les QU&#201;B&#201;COIS, entre leur pass&#233; et leur avenir</title>
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		<dc:creator>Paul-&#201;mile Roy - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>Dans nos d&#233;bats politiques et religieux, il faut essayer de d&#233;passer nos frustrations et nos d&#233;missions, et essayer d'identifier les v&#233;ritables responsables de notre infortune. Quand j'entends les Qu&#233;b&#233;cois se lamenter sur l'&#201;glise, sur leur pass&#233;, je me dis qu'ils (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton10630.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;140&quot; height=&quot;137&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/_Roy-Paul-Emile_&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;deux petits textes que j'ai publi&#233;s dans la Tribune libre de Vigile sur le Qu&#233;bec d'hier et d'aujourd'hui&lt;/a&gt; ont provoqu&#233; beaucoup de r&#233;actions et c'est tant mieux. Il faut pr&#233;f&#233;rer un d&#233;bat civilis&#233; au silence, au refoulement. Et dans un d&#233;bat, il est tout &#224; fait normal que les points de vue soient diff&#233;rents. Je dirais m&#234;me que sans cette diversit&#233;, il n'y aurait pas de d&#233;bat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je veux dialoguer ici avec &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Le-Quebec-d-hier-et-M-Paul-Emile&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Raymond Poulin&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Les-nouveaux-flagellants&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Jean-Pierre Bouchard&lt;/a&gt; dont on retrouve les commentaires sur mes deux textes dans la Tribune libre de Vigile du 16 novembre dernier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je tiens d'abord &#224; pr&#233;ciser mes positions par rapport &#224; l'&#201;glise. Je suis croyant, je suis attach&#233; &#224; l'&#201;glise catholique, mais je me sens tr&#232;s &#224; l'aise pour porter sur elle et sur son r&#244;le dans l'histoire et dans la soci&#233;t&#233; un regard critique, comme l'a fait le Christ lui-m&#234;me sur les Pharisiens et les Publicains, comme l'a fait saint Paul par rapport &#224; saint Pierre &#224; qui il reprochait de vouloir imposer la circoncision aux Gentils, comme l'ont fait tout au cours de l'histoire les saints et les simples fid&#232;les. L'&#201;glise s'est toujours reconnue comme une communaut&#233; de croyants, elle a toujours profess&#233; que Dieu &#233;tait pr&#233;sent en elle, mais elle s'est toujours pr&#233;sent&#233;e aussi comme une communaut&#233; de p&#233;cheurs. Qu'un &#233;v&#234;que reconnaisse les fautes de l'&#201;glise, rien n'est plus normal. La c&#233;l&#233;bration de la messe depuis toujours commence par l'aveu des fautes et l'imploration de la mis&#233;ricorde de Dieu : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Seigneur, prends piti&#233;&lt;/i&gt;, mais on c&#233;l&#232;bre ensuite l'Action de gr&#226;ce, l'Eucharistie. Beaucoup de gens malheureusement, ne voient que l'&#201;glise p&#233;cheresse, et non l'&#8216;&#201;glise qui prie, qui rend gr&#226;ces pour la vie, le salut...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour ma part, je suis tr&#232;s conscient des fautes et des imperfections des hommes d'&#201;glise et des fid&#232;les, mais je me r&#233;vulse quand on s'obstine &#224; ne tenir compte que des faiblesses de l'&#201;glise. Ce qui est au fond de l'attitude de ces gens qui sont d&#233;&#231;us de l'&#201;glise, c'est peut-&#234;tre qu'ils l'id&#233;alisent, qu'ils s'imaginent qu'elle devrait &#234;tre parfaite, qu'elle ne devrait pas &#234;tre humaine. Pour ma part, je me dis que l'&#201;glise, toute imparfaite qu'elle soit, a &#233;t&#233; fid&#232;le &#224; sa mission qui &#233;tait de nous transmettre le Message &#233;vang&#233;lique. Je reconnais ses faiblesses, ses d&#233;fauts, comme ceux de mon p&#232;re et de ma m&#232;re, qui restent quand m&#234;me mes parents.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceci &#233;tant dit, il est normal, il me semble, que l'on discute certaines actions de l'&#201;glise, certains de ses enseignements. Je l'ai fait plus que bien d'autres et je le ferai encore. Je souhaite, par exemple, que l'&#201;glise se d&#233;centralise, qu'elle soit fid&#232;le &#224; l'esprit de Vatican II, qu'elle ne lie pas le sacerdoce au c&#233;libat, qu'elle accueille la femme dans les fonctions sacerdotales comme le font les Protestants, etc. Il est clair aussi que l'&#201;glise doit r&#233;viser son enseignement sur la sexualit&#233;, la f&#233;condit&#233;. Ces questions sont complexes. Il ne faut pas confondre contr&#244;le des naissances et avortement. La gestion de ces probl&#232;mes par l'&#201;glise &#233;tait discutable. La gestion de ces m&#234;mes probl&#232;mes par la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e l'est encore davantage. Dans certains pays, l'avortement est con&#231;u comme une forme de contraception, ce qui est une aberration barbare. Dans la grande trag&#233;die du sida, la soci&#233;t&#233; s'est bien moqu&#233;e des r&#233;ticences de l'&#201;glise, mais le sida est devenu un fl&#233;au mondial et on ne parle presque pas de pr&#233;vention, de prudence, de discipline. La gestion de ces probl&#232;mes est extr&#234;mement complexe, et il n'est pas certain, loin de l&#224;, que la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e les g&#232;re de fa&#231;on plus humaine, plus intelligente que l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce n'est pas surtout sur ces questions que je veux insister. Cela demanderait des pages et des pages. Je veux m'arr&#234;ter quelque peu sur la lecture que les Qu&#233;b&#233;cois font de leur histoire, et sur la fa&#231;on dont ils interpr&#232;tent le malaise que le Qu&#233;bec conna&#238;t actuellement. Je r&#233;p&#232;te ce que j'ai d&#233;j&#224; affirm&#233;, que je ne peux admettre l'attitude de ceux qui sont toujours &#224; se plaindre, &#224; ne consid&#233;rer que les erreurs que l'&#201;glise a pu faire, les v&#234;tements dont elle s'est affubl&#233;e, et qui ne voient pas les c&#244;t&#233;s positifs non seulement de l'&#201;glise, mais du peuple qu&#233;b&#233;cois d'autrefois. Disons que je n'admets pas l'&#233;pith&#232;te de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Grande Noirceur&lt;/i&gt; pour d&#233;signer le Qu&#233;bec d'hier. Il y avait &#224; l'&#233;poque de la &#171; Grande Noirceur &#187; des qualit&#233;s humaines et culturelles qui sont perdues, une culture populaire d'une grande qualit&#233;. Il faudrait un livre pour d&#233;crire tout cela, et je suis s&#251;r que ce sera fait un jour. On verra que notre actuel d&#233;veloppement technologique, qui est extraordinaire, et magnifique, cache un vide culturel et spirituel indescriptible. D'ailleurs les signes de la d&#233;gradation sont d&#233;j&#224; partout sensibles dans les m&#233;dias. Je n'insiste pas. Je ne sais trop comment on qualifiera l'&#233;poque qui a suivi celle qu'on a appel&#233;e la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Grande Noirceur&lt;/i&gt;. Je ne serais pas surpris qu'on l'appelle celle du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vide Tintamarrant&lt;/i&gt;. Mais ce n'est pas de cela que je veux parler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon id&#233;e sur le malaise et la perplexit&#233; qui sont pr&#233;sents dans la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise actuelle est celle-ci. Tout d'abord, je refuse de faire de l'&#201;glise et de la religion le bouc &#233;missaire de tous nos maux, comme le font trop de nos intellectuels qui m&#234;me s'ils ne sont pas les interpr&#232;tes d'une longue tradition et ne parlent qu'en leur nom personnel, port&#233;s cependant par une rectitude politique intransigeante, sont beaucoup plus dogmatiques que le pape lui-m&#234;me. Mais surtout, ce qui me semble &#233;vident, c'est que pendant deux si&#232;cles, c'est l'&#201;glise qui a assur&#233; la survie du peuple &#171; canadien &#187; puis &#171; canadien fran&#231;ais &#187; au Qu&#233;bec. Au lendemain de 1760, le pouvoir politique nous &#233;tait refus&#233;, il s'agissait de durer, de &#171; survivre &#187;, en attendant de pouvoir faire plus. Cette op&#233;ration fut assum&#233;e par l'&#201;glise. Elle amena le peuple &#171; canadien &#187; &#224; se replier sur la famille, la paroisse, la religion. Elle assuma les rudes t&#226;ches de l'&#233;ducation, de la sant&#233;, et m&#234;me de la colonisation. Et on peut dire que l'&#201;glise a r&#233;ussi dans son entreprise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au milieu du vingti&#232;me si&#232;cle, le temps &#233;tait venu de passer de la survivance &#224; l'&#233;mancipation. Une nouvelle sensibilit&#233;, une nouvelle conscience politique faisait son apparition. Les Canadiens fran&#231;ais du Qu&#233;bec devenaient des Qu&#233;b&#233;cois. Ils ne se pensaient plus comme Canadiens fran&#231;ais du Qu&#233;bec, mais comme Qu&#233;b&#233;cois, ce qui appelait une d&#233;marche politique nouvelle. L'&#201;glise renon&#231;a graduellement aux r&#244;les de suppl&#233;ance qu'elle avait assum&#233;s pendant deux si&#232;cles. Elle se retira graduellement des soins de la sant&#233;, de l'&#233;ducation. C'est sans r&#233;sistance qu'elle remit le sort du Qu&#233;bec entre les mains des hommes politiques. Le temps &#233;tait venu, pour eux, d'entrer en sc&#232;ne, et de sortir le Qu&#233;bec du cul-de-sac dans lequel l'histoire nous avait enferm&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or cinquante ans apr&#232;s l'av&#232;nement de la R&#233;volution tranquille, nous sommes encore dans le m&#234;me cul-de-sac. Les responsables de cet &#233;chec, ce n'est pas l'&#201;glise, ce sont nos hommes politiques qui ont manqu&#233; de vision et d'audace. &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Paul-Emile-Roy-Il-faut-achever-la&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Ce sont les Trudeau, les Pelletier et les Chr&#233;tien qui ont d&#233;tourn&#233; l'impulsion de la R&#233;volution tranquille vers le Canada&lt;/a&gt;. Chez nous, un Robert Bourassa, que &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/_Lisee-Jean-Francois_&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Jean-Fran&#231;ois Lis&#233;e&lt;/a&gt; appelle &#171; le plus grand fourbe de l'histoire &#187;, a tromp&#233; les Qu&#233;b&#233;cois en leur promettant que si les Accords du Lac Meech ne passaient pas, il tiendrait un r&#233;f&#233;rendum sur l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec, mais il n'en fit rien. Il faut lire les deux livres de Jean-Fran&#231;ois Lis&#233;e sur Bourassa, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Naufrageur&lt;/i&gt;, pour voir jusqu'o&#249; peut aller la couardise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il faut y regarder de plus pr&#232;s. M&#234;me ceux qui disaient vouloir sortir le Qu&#233;bec de l'impasse, ont manqu&#233; de d&#233;termination, n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de la situation. Nos hommes politiques ont pli&#233; devant le machiav&#233;lisme de Trudeau, nos premiers ministres ont d&#233;missionn&#233; quand il aurait fallu engager la bataille, ils n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur des t&#226;ches que l'histoire leur imposait. D'une certaine fa&#231;on, ils n'ont pas compris qu'il fallait passer de l'&#232;re de la survivance &#224; celle de l'ind&#233;pendance. &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/_Vadeboncoeur-Pierre_&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Pierre Vadeboncoeur &#233;crivait en 1952&lt;/a&gt; : &#171; Le nationalisme, chez nous, est une faible &#233;bauche de mouvement vers le pouvoir ; il existe comme un pouvoir abstrait et m&#233;ditatif en marge du pouvoir r&#233;el et actif, et chacune de ses recrudescences repr&#233;sente un mouvement instinctif, mais aveugle et tout &#224; fait irr&#233;solu vers le pouvoir... Vaincus, trop incertains de notre destin&#233;e, nous avons contract&#233; le pli de ne pas aller au bout de notre volont&#233; &#187;. On dirait que ce que Vadeboncoeur &#233;crivait en 1952 a &#233;t&#233; &#233;crit hier. Comme si nous &#233;tions encore, au plan politique, &#224; l'&#233;poque de Duplessis ! Ce &#171; mouvement instinctif mais aveugle et tout &#224; fait irr&#233;solu vers le pouvoir &#187;, c'est le Parti qu&#233;b&#233;cois dans toute sa v&#233;rit&#233;. Un parti &#224; la remorque de notre perplexit&#233; et de nos h&#233;sitations. Et je ne parle m&#234;me pas des autres Partis politiques...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans nos d&#233;bats politiques et religieux, il faut essayer de d&#233;passer nos frustrations et nos d&#233;missions, et essayer d'identifier les v&#233;ritables responsables de notre infortune. Quand j'entends les Qu&#233;b&#233;cois se lamenter sur l'&#201;glise, sur leur pass&#233;, je me dis qu'ils cherchent des excuses &#224; leur ind&#233;termination, &#224; leur manque d'audace et de r&#233;solution. Ce n'est pas une mani&#232;re tr&#232;s recommandable d'assumer le pr&#233;sent et d'envisager l'avenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Paul-&#201;mile Roy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Rapport Durham, toujours en vigueur</title>
		<link>http://www.vigile.net/Rapport-Durham-toujours-en-vigueur</link>
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		<description>RAPPORT DURHAM, TOUJOURS EN VIGUEUR Ce n'est qu'une question de temps et de mode ; il ne s'agit que de d&#233;cider si le petit nombre de Fran&#231;ais qui habitent pr&#233;sentement le Bas-Canada seront anglicis&#233;s sous un Gouvernement qui peut les prot&#233;ger ; ou si l'op&#233;ration sera (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;RAPPORT DURHAM, TOUJOURS EN VIGUEUR&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est qu'une question de temps et de mode ; il ne s'agit que de d&#233;cider si le petit nombre de Fran&#231;ais qui habitent pr&#233;sentement le Bas-Canada seront anglicis&#233;s sous un Gouvernement qui peut les prot&#233;ger ; ou si l'op&#233;ration sera retard&#233;e jusqu'&#224; ce qu'un plus grand nombre ait &#224; subir, sous la violence de ses rivaux sans frein, l'extinction d'une nationalit&#233; renforc&#233;e et aigrie par une existence prolong&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un esprit d'exclusion a interdit l'acc&#232;s des professions les plus &#233;lev&#233;es aux classes instruites chez les Canadiens fran&#231;ais, plus peut-&#234;tre qu'il n'&#233;tait absolument n&#233;cessaire ; mais il est impossible, avec la plus grande lib&#233;ralit&#233; de la part du Gouvernement britannique, de donner une position &#233;gale, dans la concurrence g&#233;n&#233;rale de son immense population, &#224; ceux qui parlent une langue &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il doit s'&#233;couler, comme de raison, beaucoup de temps avant que le changement de langue puisse s'&#233;tendre &#224; tout un peuple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lord Durham&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au moment o&#249; la gouvernement du Canada, la Commission de la capitale f&#233;d&#233;rale, son pr&#233;sident unilingue anglais Russell Mills et son ministre responsable, Lawrence Cannon, rendent hommage &#224; Lord Durham, &#224; l'occasion d'une exposition c&#233;l&#233;brant le 150e anniversaire de la capitale du Canada, il convient de reprendre contact avec les recommandations du Rapport Durham, qui avaient comme objectif le g&#233;nocide du peuple fran&#231;ais en Am&#233;rique, pour constater que la plupart d'entre elles sont toujours en vigueur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous vous invitons &#224; relire le Rapport Durham, ci-dessous : vous constaterez que depuis sa publication, tous les gouvernements centraux et ceux des provinces &#224; majorit&#233; anglaise ont bien compris le Rapport et oeuvrent &#224; sa r&#233;alisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'histoire r&#233;cente n'est d'aucun r&#233;confort : m&#234;me depuis la Commission Laurendeau-Dunton, qui a document&#233; les causes et les risques de l'in&#233;galit&#233; des deux peuples fondateurs du Canada, et recommand&#233; des mesures importantes en vue de r&#233;tablir l'&#233;quilibre, malgr&#233; la reconnaissance constitutionnelle de l'&#233;galit&#233; des deux langues au Canada dans la Constitution de 1982, et malgr&#233; la reconnaissance du droit &#224; l'&#233;ducation en fran&#231;ais au Canada, la portion francophone au Canada devient de plus en plus congrue, comme les statistiques suivantes en t&#233;moignent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De l'histoire r&#233;cente, je ne peux occulter la lutte d'une g&#233;n&#233;ration de francophones qui, devant les tribunaux de toutes les provinces canadiennes-anglaises, a perdu pour une g&#233;n&#233;ration et ses descendants, le droit &#224; l'&#233;ducation en fran&#231;ais, pourtant reconnu dans la Constitution canadienne. Ces provinces ont su mettre en &#339;uvre les recommandations de Lord Durham.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus r&#233;cemment, le Plan Dion sur les langues officielles, parce qu'il &#233;vite de se doter de mesures d'&#233;valuation concr&#232;tes, ne constitue pas une solution aux pertes encourues par les francophones du Canada. Pour contrer le d&#233;clin du fran&#231;ais au Canada, il convient que tant le gouvernement f&#233;d&#233;ral que le gouvernement du Qu&#233;bec se dotent d'objectifs concrets et de moyens importants pour accro&#238;tre, dans les faits, la part de langue fran&#231;aise au Canada et au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici les donn&#233;es statistiques qui confirment que l'objectif de Lord Durham est en voie de r&#233;alisation :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A. Langue maternelle&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; au Canada, entre 1951 et 2001, la proportion de Canadiens de langue maternelle fran&#231;aise est pass&#233;e de 29 &#224; 23 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &#224; l'ext&#233;rieur du Qu&#233;bec, entre 1951 et 2001, la proportion de Canadiens de langue maternelle fran&#231;aise a d&#233;cru, passant de 7,3 % en 1951 &#224; 4,4 % en 2001 ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;B. Langue d'usage&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; au Canada, entre 1971 et 2001, la proportion de Canadiens - incluant le Qu&#233;bec - parlant le fran&#231;ais le plus souvent &#224; la maison est pass&#233; de 25,7 % en 1971 &#224; 22 % en 2001 ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; hors Qu&#233;bec, entre 1971 et 2001, le pourcentage de Canadiens qui ont le fran&#231;ais comme principale langue d'usage &#224; la maison est pass&#233; de 4,3 % en 1971 &#224; 2,7 %, trente ans apr&#232;s l'adoption de la Loi sur les langues officielles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C. Connaissance des langues&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; En 1951, 31,9 % de la population canadienne avait une connaissance du fran&#231;ais. Cette proportion est aujourd'hui de 31 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; En contrepartie, la connaissance de l'anglais, pour la m&#234;me p&#233;riode est pass&#233;e de 79,3 % &#224; 86 %.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D. Transferts linguistiques (assimilation)&lt;br&gt;
Au Qu&#233;bec, si le fran&#231;ais &#233;tait en bonne sant&#233;, il attirerait 83,1% des nouveaux locuteurs et l'anglais 10,5 % si on prend les statistiques de la langue d'usage. Or, en 2001, l'anglais avait attir&#233; 55 % des locuteurs qui ont l'adopt&#233; comme nouvelle langue d'usage contre 45 % pour le fran&#231;ais. Dans la r&#233;gion de Montr&#233;al, la situation est encore plus dramatique : l'anglais y a attir&#233; 65 % des locuteurs qui ont adopt&#233; une nouvelle langue d'usage et le fran&#231;ais 35 %.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;E. Fonction publique f&#233;d&#233;rale (machine assimilatrice)&lt;br&gt;
Au Qu&#233;bec, l'anglais est surrepr&#233;sent&#233; dans la fonction publique f&#233;d&#233;rale. C'est ainsi que le gouvernement f&#233;d&#233;ral y a d&#233;sign&#233; 60 % de ses postes bilingues pour desservir 10 % de la population qu&#233;b&#233;coise qui est anglophone ; de plus, le si&#232;ge social du gouvernement f&#233;d&#233;ral est tellement anglophone, que les fonctionnaires f&#233;d&#233;raux du Qu&#233;bec doivent correspondre en anglais avec Ottawa, selon une autre &#233;tude du Commissariat aux langues officielles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Paul Perreault&lt;br&gt;
Pr&#233;sident&lt;br&gt;
Imp&#233;ratif fran&#231;ais&lt;br&gt;
Recherche et communications&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Adresses utiles :&lt;br&gt;
Le ministre responsable de la Commission de la capitale f&#233;d&#233;rale, M. Lawrence Cannon, ainsi que la Commission elle-m&#234;me appr&#233;cieraient grandement recevoir vos commentaires aux adresses suivantes :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lawrence Cannon&lt;br&gt;
Ministre responsable de la Commission de la capitale f&#233;d&#233;rale&lt;br&gt;
Cannon.L@parl.gc.ca&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Commission de la capitale f&#233;d&#233;rale&lt;br&gt;
info@ncc-ccn.ca&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;**************&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rapport sur la situation des Fran&#231;ais au Canada&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
par Lord Durham &#224; sa Majest&#233; de l'Angleterre&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Janvier 1839&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Avertissement au lecteur : Certains propos tenus par Lord Durham peuvent &#234;tre choquants. La lecture de ce texte devrait &#234;tre r&#233;serv&#233; &#224; un public averti.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le rapport Durham&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1232 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:228px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/Rbritannique_Durham.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/13-durham.png' width=&quot;228&quot; height=&quot;322&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Charg&#233; par le gouvernement de Londres d'enqu&#234;ter sur la situation au pays &#224; la suite des troubles de 1837, Lord Durham arriva &#224; Qu&#233;bec en mai 1838. Il repartit pour l'Angleterre en novembre de la m&#234;me ann&#233;e. Et en janvier 1839, il remit son rapport au gouvernement britannique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un an plus tard, ce m&#234;me gouvernement donnait suite aux recommandations explicites du rapport Durham par l'adoption de l'Acte d'Union des deux Canada (le Haut et le Bas). En 1867, cette Union &#233;tait &#233;largie par l'adoption par Londres de l'Acte de l'Am&#233;rique du nord britannique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour qui veut comprendre la raison des tiraillements qui troublent notre vie collective au Qu&#233;bec, la lecture du rapport Durham est indispensable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La traduction fran&#231;aise qui suit est l'oeuvre d'une &#233;quipe dirig&#233;e par M. S&#233;guin (r&#233;f. : &quot;CANADA-QU&#201;BEC : synth&#232;se historique&quot;, publi&#233; aux &#233;ditions du renouveau p&#233;dagogique en 1970).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les sous-titres et les caract&#232;res gras sont de L'ACTION NATIONALE.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un peuple ignorant, inactif et stationnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les institutions de la France durant la p&#233;riode de colonisation du Canada &#233;taient, peut-&#234;tre plus que celles d'aucune autre nation europ&#233;enne, propres &#224; r&#233;primer l'intelligence et la libert&#233; de la grande masse du peuple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces institutions suivirent le colon canadien au-del&#224; de l'Atlantique. Le m&#234;me despotisme central, mal organis&#233;, stationnaire et r&#233;pressif l'opprima.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non seulement on ne lui accorda aucune voix dans le Gouvernement de sa province ou dans le choix de ses gouvernants, mais il ne lui &#233;tait m&#234;me pas permis de s'associer &#224; ses voisins pour la r&#233;gie de ces affaires municipales que l'autorit&#233; centrale n&#233;gligeait sous pr&#233;texte de les diriger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il obtenait ses terres d'apr&#232;s une tenure remarquablement calcul&#233;e pour augmenter son bien-&#234;tre imm&#233;diat et pour entraver son d&#233;sir d'am&#233;liorer sa condition ; il fut plac&#233; &#224; la fois dans une vie de travail constant et uniforme, d'un grand confort mat&#233;riel, et de d&#233;pendance f&#233;odale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'autorit&#233; eccl&#233;siastique &#224; laquelle il avait &#233;t&#233; habitu&#233; &#233;tablit ses institutions chez lui ; et le pr&#234;tre continua &#224; exercer sur lui son ancienne influence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucune disposition g&#233;n&#233;rale ne fut prise en faveur de l'instruction ; et comme la n&#233;cessit&#233; n'en &#233;tait pas appr&#233;ci&#233;e, le colon ne fit aucun effort pour r&#233;parer la n&#233;gligence de son Gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela ne doit pas nous surprendre que, dans de telles circonstances, une race d'hommes habitu&#233;s aux travaux incessants d'une rude et rudimentaire agriculture, et habituellement enclins aux r&#233;jouissances de la soci&#233;t&#233;, rassembl&#233;s dans des communaut&#233;s rurales, occupant des portions d'un sol enti&#232;rement disponible et suffisant pour pourvoir chaque famille de biens mat&#233;riels bien au-del&#224; de leur anciens moyens, ou presque de leurs conceptions qu'ils n'avanc&#232;rent gu&#232;re au-del&#224; des premiers progr&#232;s d'une aisance forc&#233;ment impos&#233;e par la fertilit&#233; du sol, - qu'ils demeur&#232;rent, sous les m&#234;mes institutions, le m&#234;me peuple ignorant, inactif et stationnaire. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils s'attach&#232;rent aux anciens pr&#233;jug&#233;s, aux anciennes coutumes et aux anciennes lois, non pas &#224; cause d'un fort sentiment de leurs effets avantageux mais avec la t&#233;nacit&#233; irraisonn&#233;e d'un peuple ignare et stationnaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La conqu&#234;te les a tr&#232;s peu chang&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils n'&#233;taient pas non plus d&#233;pourvus des vertus d'une vie simple et industrieuse, ni de celles que, d'un commun accord, on attribue &#224; la nation dont ils sont issus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les tentations qui dans les autres &#233;tats de soci&#233;t&#233; conduisent aux d&#233;lits contre la propri&#233;t&#233; et les passions qui incitent &#224; la violence &#233;taient peu connues parmi eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils sont doux et bienveillants, frugaux, industrieux et honn&#234;tes, tr&#232;s sociables, gais et hospitaliers et se distinguent par une courtoisie et une vraie politesse qui p&#233;n&#232;trent toutes les classes de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La conqu&#234;te les a tr&#232;s peu chang&#233;s. Les classes plus &#233;lev&#233;es et les habitants des villes ont adopt&#233; quelques coutumes et quelques sentiments anglais : mais la n&#233;gligence constante du Gouvernement britannique laissa la masse du peuple sans aucune des institutions qui l'auraient &#233;lev&#233;e &#224; la libert&#233; et &#224; la civilisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il les a laiss&#233;s sans l'instruction et sans les institutions de self-government local qui (...) auraient assimil&#233; leur caract&#232;re et leurs habitudes, de la mani&#232;re la plus facile et la meilleure, &#224; ceux de l'empire dont ils devinrent partie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils demeurent une soci&#233;t&#233; vieillie et stationnaire dans un monde nouveau et progressif. Essentiellement, ils sont encore fran&#231;ais, mais des Fran&#231;ais diff&#233;rents sous tous aspects de ceux de la France actuelle. Ils ressemblent plut&#244;t aux Fran&#231;ais des provinces sous l'ancien r&#233;gime. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce fut peu de temps apr&#232;s la conqu&#234;te qu'un autre classe plus nombreuse de colons anglais commen&#231;a &#224; p&#233;n&#233;trer dans la Province.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les richesses du pays attirent le capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le capital anglais &#233;tait attir&#233; au Canada par la vaste quantit&#233; et la nature pr&#233;cieuse des produits d'exportation du pays et les grandes facilit&#233;s de commerce que procurent les moyens naturels de communications int&#233;rieures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ancien commerce du pays fut conduit sur une &#233;chelle plus grande et plus profitable et de nouvelles sources d'industries furent exploit&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les habitudes r&#233;guli&#232;res et actives des capitalistes anglais &#233;limin&#232;rent de toutes les branches les plus profitables de l'industrie leurs concurrents inertes et insouciants de race fran&#231;aise ; mais en ce qui concerne la plus grande partie (presque la totalit&#233;) du commerce et des manufactures du pays, on ne peut pas dire que les Anglais aient empi&#233;t&#233; sur les Fran&#231;ais ; car en fait, ils ont cr&#233;&#233; des emplois et des profits qui n'avaient jamais exist&#233; auparavant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques-uns de l'ancienne race ont souffert de la perte occasionn&#233;e par le succ&#232;s de la concurrence anglaise ; mais tous ont ressenti encore plus vivement l'accroissement d'une classe d'&#233;trangers entre les mains desquels la richesse du pays paraissait se concentrer et dont le faste et l'influence &#233;clipsaient ceux de la classe qui avait auparavant occup&#233; le premier rang du pays.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'intrusion des Anglais ne s'est pas limit&#233;e, non plus, aux entreprises commerciales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Petit &#224; petit, ils ont occup&#233; de grandes &#233;tendues de terre ; ils ne se sont pas born&#233;s &#224; la r&#233;gion inculte et &#233;loign&#233;e des townships.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le riche capitaliste a investi son argent dans l'achat de propri&#233;t&#233;s seigneuriales ; et l'on estime aujourd'hui qu'une bonne moiti&#233; des meilleures seigneuries appartiennent actuellement &#224; des propri&#233;taires anglais. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils ont d&#233;velopp&#233; les ressources du pays ; ils ont construit ou am&#233;lior&#233; les moyens de communication, ils ont cr&#233;&#233; le commerce int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout le commerce en gros et une grande partie du commerce de d&#233;tail de la Province, ainsi que les fermes les plus profitables et les plus florissantes, sont maintenant dans les mains de cette minorit&#233; num&#233;rique de la population. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; l'emploi des capitalistes anglais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La grande masse de la population ouvri&#232;re est fran&#231;aise &#224; l'emploi des capitalistes anglais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La classe la plus exp&#233;riment&#233;e d'artisans se compose g&#233;n&#233;ralement d'Anglais ; mais au sein des occupations les plus p&#233;nibles, les Canadiens fran&#231;ais d&#233;fendent bien leur terrain contre la rivalit&#233; anglaise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;migration qui a eu lieu, il y a quelques ann&#233;es, a introduit une classe qui est entr&#233;e en concurrence plus directe avec les Fran&#231;ais quand &#224; quelques-unes des occupations dans les villes ; mais les individus qui ont souffert de cette concurrence ne furent pas tr&#232;s nombreux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne crois pas que l'animosit&#233; qui existe entre les classes ouvri&#232;res des deux origines soit la cons&#233;quence n&#233;cessaire d'une opposition d'int&#233;r&#234;ts ou d'une jalousie qu'excite le succ&#232;s sup&#233;rieur de la main-d'oeuvre anglaise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais les pr&#233;jug&#233;s nationaux exercent naturellement la plus grande influence sur les illettr&#233;s ; la diff&#233;rence de langue est moins facilement surmont&#233;e ; les diff&#233;rences de mani&#232;res de d'usages, moins facilement accept&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les ouvriers que l'&#233;migration a introduits comptaient un nombre de personnes tr&#232;s ignorantes, turbulentes et d&#233;moralis&#233;es, dont la conduite ainsi que les mani&#232;res r&#233;voltaient les natifs de la m&#234;me classe, plus disciplin&#233;s et plus courtois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les ouvriers se rang&#232;rent naturellement du c&#244;t&#233; des hommes instruits et riches parmi leurs propres compatriotes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une fois engag&#233;s dans le conflit, leurs passions &#233;taient moins contenues par l'instruction et par la prudence ; et maintenant l'hostilit&#233; nationale de d&#233;cha&#238;ne plus f&#233;rocement entre ceux que les int&#233;r&#234;ts, en r&#233;alit&#233;, mettent le moins en conflit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les deux races, ainsi distinctes, ont &#233;t&#233; amen&#233;es &#224; former la m&#234;me soci&#233;t&#233; dans des circonstances qui in&#233;vitablement faisaient de leurs contacts une occasion d'affrontement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La diff&#233;rence de langue d'abord les tenait s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Deux nations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est nulle part une vertu de la race anglaise de tol&#233;rer toutes mani&#232;res, coutumes ou lois qui lui apparaissent &#233;trang&#232;res ; accoutum&#233;s &#224; se former une haute opinion de leur propre sup&#233;riorit&#233;, les Anglais ne prennent pas la peine de cacher aux autres leur m&#233;pris et leur aversion pour leurs usages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils ont trouv&#233; chez les Canadiens fran&#231;ais une somme &#233;gale de fiert&#233; nationale ; fiert&#233; ombrageuse mais inactive qui porte ce peuple non pas &#224; s'offenser des insultes, mais plut&#244;t &#224; se garder &#224; l'&#233;cart de ceux qui voudraient le tenir dans l'abaissement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Fran&#231;ais ne pouvaient que reconna&#238;tre la sup&#233;riorit&#233; de l'esprit d'entreprise des Anglais ; ils ne pouvaient ignorer les succ&#232;s remport&#233;s par les Anglais dans toutes les entreprises qu'ils touchaient ni la constante sup&#233;riorit&#233; qu'ils acqu&#233;raient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils regard&#232;rent leurs rivaux avec alarme, jalousie et enfin avec haine. Les Anglais le leur rendirent par une morgue qui bient&#244;t aussi rev&#234;tit la m&#234;me forme de haine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Fran&#231;ais se plaignaient de l'arrogance et de l'injustice des Anglais ; les Anglais reprochaient aux Fran&#231;ais les vices d'un peuple faible et conquis et les accusaient de bassesse et de perfidie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'enti&#232;re d&#233;fiance que les deux races ont ainsi appris &#224; concevoir des intentions de l'autre les amena &#224; donner la pire interpr&#233;tation &#224; la d&#233;marche la plus innocente, &#224; juger chaque mot, chaque action et chaque intention injustement &#224; attribuer les plus odieux desseins et &#224; rejeter toute avance de g&#233;n&#233;rosit&#233; ou d'impartialit&#233; comme dissimulant des desseins secrets de perfidie et de malignit&#233;. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Deux mentalit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucune instruction commune n'a servi &#224; supprimer et &#224; affaiblir les disparit&#233;s d'origine et de langue. Les associations de jeunesse, les jeux de l'enfance et les &#233;tudes qui modifient le caract&#232;re de l'&#226;ge m&#251;r sont distincts et totalement diff&#233;rents.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; Montr&#233;al et &#224; Qu&#233;bec il y a des &#233;coles anglaises et des &#233;coles fran&#231;aises ; les enfants de ces &#233;coles sont habitu&#233;s &#224; se battre nation contre nation, et les querelles de rue entre gar&#231;ons pr&#233;sentent souvent une division entre Anglais d'un c&#244;t&#233; et Fran&#231;ais de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils sont instruits s&#233;par&#233;ment, et leurs &#233;tudes sont distinctes. La litt&#233;rature famili&#232;re aux uns et aux autres est celle de leur langue respective ; et toutes les id&#233;es que les hommes puisent dans les livres leur viennent de sources totalement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La diff&#233;rence de langue produit &#224; cet &#233;gard d'autres effets que ceux qu'elle a dans le simple rapport des deux races. Ceux qui ont r&#233;fl&#233;chi sur la puissante influence de la langue sur la pens&#233;e s'apercevront combien des hommes qui parlent une langue diff&#233;rente sont enclins &#224; penser diff&#233;remment ; et ceux qui sont familiers avec la litt&#233;rature fran&#231;aise savent que la m&#234;me opinion sera exprim&#233;e par un auteur anglais et un auteur fran&#231;ais contemporain non seulement dans des termes dissemblables mais dans un style tellement diff&#233;rent qu'il indiquera des habitudes de penser totalement &#233;trang&#232;res. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les funestes dissensions d'origine, qui sont la cause des maux les plus importants, seraient aggrav&#233;es au moment pr&#233;sent par tout changement qui donnerait &#224; la majorit&#233; plus de pouvoir qu'elle n'en a jusqu'ici poss&#233;d&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La solution : une seule nation !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le plan par lequel on se proposerait d'assurer la tranquillit&#233; du gouvernement du Bas-Canada doit renfermer en lui-m&#234;me les moyens de mettre fin &#224; l'agitation des querelles nationales &#224; la l&#233;gislature, en d&#233;terminant une fois pour toutes le caract&#232;re national de la Province.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'entretiens aucun doute au sujet de ce caract&#232;re national qui doit &#234;tre donn&#233; au Bas-Canada : ce doit &#234;tre celui de l'Empire britannique ; celui de la majorit&#233; de la population de l'Am&#233;rique britannique, celui de la grande race qui doit, dans un laps de temps de courte dur&#233;e, &#234;tre pr&#233;dominante sur tout le continent nord-am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans op&#233;rer le changement ni trop rapidement ni trop rudement pour ne pas froisser les sentiments et ne pas sacrifier le bien-&#234;tre de la g&#233;n&#233;ration actuelle, ce doit &#234;tre d&#233;sormais la premi&#232;re et ferme intention du Gouvernement britannique d'&#233;tablir une population anglaise, avec les lois et la langue anglaises, dans cette Province, et de ne confier son gouvernement qu'&#224; une L&#233;gislature d&#233;cid&#233;ment anglaise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;ponse aux coeurs faibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut dire que c'est une mesure s&#233;v&#232;re pour un peuple conquis ; que les Fran&#231;ais &#233;taient originairement la totalit&#233; et sont encore la masse de la population du Bas-Canada ; et que les Anglais sont de nouveaux venus qui n'ont pas le droit de r&#233;clamer la disparition de la nationalit&#233; d'un peuple au milieu duquel les a attir&#233;s leur esprit d'entreprise commerciale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut dire que si les Fran&#231;ais ne sont pas une race aussi civilis&#233;e, aussi &#233;nergique, aussi avide de gain financier que celle qui les environne, ils sont un peuple aimable, vertueux et satisfait, poss&#233;dant tout l'essentiel du confort mat&#233;riel et qu'ils ne doivent pas &#234;tre m&#233;pris&#233;s ou maltrait&#233;s parce qu'ils cherchent &#224; jouir de ce qu'ils ont sans imiter l'esprit d'accumulation qui influence leurs voisins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Leur nationalit&#233; est, apr&#232;s tout, un h&#233;ritage ; et ils ne doivent pas &#234;tre trop s&#233;v&#232;rement punis parce qu'ils ont r&#234;v&#233; de maintenir sur les rives lointaines du Saint-Laurent et de transmettre &#224; leur post&#233;rit&#233; la langue, les usages et les institutions de cette grande nation qui pendant deux si&#232;cles donna le ton de la pens&#233;e au continent europ&#233;en.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les querelles des deux races sont irr&#233;conciliables, on peut r&#233;torquer que la justice exige que la minorit&#233; soit forc&#233;e de reconna&#238;tre la supr&#233;matie des anciens et plus nombreux occupants de la Province, et qu'elle ne pr&#233;tende pas imposer ses propres institutions et coutumes &#224; la majorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais avant de d&#233;cider laquelle des deux nations doit maintenant &#234;tre plac&#233;e en &#233;tat de supr&#233;matie, il n'est que prudent de se demander laquelle des deux doit en fin de compte pr&#233;valoir ; car il n'est pas sage d'&#233;tablir aujourd'hui ce qui, apr&#232;s une dure lutte, doit &#234;tre renvers&#233; demain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les pr&#233;tentions des Canadiens fran&#231;ais &#224; la possession exclusive du Bas-Canada priveraient la population anglaise d&#233;j&#224; plus nombreuse du Haut-Canada et des Townships de l'acc&#232;s par le plus grand canal naturel &#224; ce commerce qu'eux seuls ont cr&#233;&#233; et maintenant poursuivent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La possession de l'embouchure du Saint-Laurent ne concerne pas seulement ceux qui accidentellement se sont &#233;tablis sur l'&#233;troite bande qui le borne, mais tous ceux qui maintenant habitent ou qui &#224; l'avenir habiteront dans le grand bassin de ce fleuve.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car nous ne devons pas regarder seulement le pr&#233;sent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question est de savoir par quelle race il est vraisemblable que la zone sauvage qui couvre maintenant les riches et vastes r&#233;gions entourant les districts comparativement petits et resserr&#233;s o&#249; sont &#233;tablis les Canadiens fran&#231;ais soit par la suite convertie en un pays peupl&#233; et florissant ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si cela doit se faire dans les possessions britanniques, comme dans le reste de l'Am&#233;rique du Nord, par quelque proc&#233;d&#233; plus rapide que la croissance naturelle de la population, ce doit &#234;tre par l'immigration venant des &#206;les anglaises ou des &#201;tats-Unis, les pays qui fournissent les seuls colons qui sont entr&#233;s ou qui entreront en grand nombre dans les Canadas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne peut pas interdire &#224; cette &#233;migration de passer &#224; travers le Bas-Canada, ni m&#234;me lui d&#233;fendre de s'&#233;tablir dans cette province.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout l'int&#233;rieur des possessions britanniques doit avant longtemps se remplir d'une population anglaise qui, chaque ann&#233;e, augmentera rapidement sa sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique sur les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-il juste que la prosp&#233;rit&#233; de cette grande majorit&#233; et de cette vaste &#233;tendue de pays soit pour toujours, ou m&#234;me pour un temps, entrav&#233;e par l'obstacle artificiel que les lois et la civilisation arri&#233;r&#233;es d'une partie, et d'une partie seulement, du Bas-Canada &#233;l&#232;veraient entre elles et l'oc&#233;an ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peut-on supposer qu'une telle population anglaise se soumette jamais &#224; un pareil sacrifice de ses int&#233;r&#234;ts ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne dois pas cependant pr&#233;sumer qu'il est possible que le Gouvernement anglais adopte la politique de placer ou tol&#233;rer un frein quelconque &#224; l'affluence des immigrants anglais dans le Bas-Canada, ou un obstacle quelconque &#224; l'emploi profitable des capitaux anglais qui y sont d&#233;j&#224; investis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Anglais d&#233;tiennent d&#233;j&#224; la majorit&#233; des plus grandes propri&#233;t&#233;s du pays ; ils ont pour eux une incontestable sup&#233;riorit&#233; d'intelligence ; ils ont la certitude que la colonisation doit augmenter leur nombre jusqu'&#224; devenir une majorit&#233; ; et ils appartiennent &#224; la race qui d&#233;tient le Gouvernement imp&#233;rial et qui domine sur le continent am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si nous les laissons maintenant en minorit&#233;, ils n'abandonneront jamais l'assurance de devenir une majorit&#233; par la suite et ne cesseront jamais de poursuivre le conflit actuel avec toute la fureur avec laquelle il fait rage en ce moment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un pareil conflit, ils compteront sur la sympathie de leurs compatriotes d'Angleterre ; et si elle leur est refus&#233;e, ils sont tr&#232;s confiants d'&#234;tre capables d'&#233;veiller celle de leurs voisins de m&#234;me origine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils ont conscience que si le Gouvernement britannique entend maintenir son emprise sur les Canadas, il ne peut compter que sur la seule population anglaise ; que s'il abandonne ses possessions coloniales, ils devront devenir une partie de la grande Union qui lancera promptement ses essaims de colons et qui, par la force du nombre et de l'activit&#233;, ma&#238;trisera rapidement toute autre race.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Canadiens fran&#231;ais, d'autre part, ne sont que les restes d'une ancienne colonisation, et sont et devront toujours &#234;tre isol&#233;s au milieu d'un monde anglo-saxon.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quoi qu'il puisse arriver, que le gouvernement qui sera &#233;tabli au-dessus d'eux soit britannique ou am&#233;ricain, ils ne peuvent entrevoir aucune esp&#233;rance pour leur nationalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils peuvent se s&#233;parer de l'Empire britannique ou attendre que quelque cause commune de m&#233;contentement les en d&#233;tache ainsi que les colonies voisines pour former une conf&#233;d&#233;ration anglaise : ou bien, s'ils en sont capables, effectuer seuls la s&#233;paration pour ainsi se fondre dans l'Union am&#233;ricaine ou maintenir pendant quelques ann&#233;es un mis&#233;rable semblant de m&#233;diocre ind&#233;pendance, ce qui les exposerait plus que jamais &#224; l'intrusion de la population environnante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Loin de moi le d&#233;sir d'encourager aveugl&#233;ment ces pr&#233;tentions &#224; la sup&#233;riorit&#233; chez aucune race en particulier ; mais tant que la plus grande partie de chaque r&#233;gion du continent am&#233;ricain sera encore ind&#233;frich&#233;e et inoccup&#233;e et tant que les Anglais montreront une activit&#233; si constante et si marqu&#233;e pour la colonisation, il sera vain de s'imaginer qu'il existe une partie quelconque de ce continent o&#249; cette race ne p&#233;n&#233;trera pas et o&#249;, quand elle y aura p&#233;n&#233;tr&#233;, elle ne pr&#233;dominera pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est qu'une question de temps et de mode ; il ne s'agit que de d&#233;cider si le petit nombre de Fran&#231;ais qui habitent pr&#233;sentement le Bas-Canada seront anglicis&#233;s sous un Gouvernement qui peut les prot&#233;ger ; ou si l'op&#233;ration sera retard&#233;e jusqu'&#224; ce qu'un plus grand nombre ait &#224; subir, sous la violence de ses rivaux sans frein, l'extinction d'une nationalit&#233; renforc&#233;e et aigrie par une existence prolong&#233;e.
L'assimilation&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et cette nationalit&#233; canadienne-fran&#231;aise, en est-elle une que, pour le simple avantage de ce peuple, nous devrions chercher &#224; perp&#233;tuer, m&#234;me si c'&#233;tait possible ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne connais pas de distinction nationale marquant et continuant une inf&#233;riorit&#233; plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La langue, les lois et le caract&#232;re du continent nord-am&#233;ricain sont anglais ; et toute autre race que la race anglaise (j'applique ce mot &#224; tous ceux qui parlent la langue anglaise) y appara&#238;t dans un &#233;tat d'inf&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pour les tirer de cette inf&#233;riorit&#233; que je d&#233;sire donner aux Canadiens notre caract&#232;re anglais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je le d&#233;sire dans l'int&#233;r&#234;t des classes instruites que les distinctions de langue et de mani&#232;res tiennent s&#233;par&#233;es du grand Empire auquel elles appartiennent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au mieux, le sort du colon instruit et ambitieux pr&#233;sente actuellement peu d'espoir et peu de champ d'activit&#233; ; mais le Canadien fran&#231;ais est rejet&#233; encore plus loin dans l'ombre par une langue et des habitudes &#233;trang&#232;res &#224; celles du Gouvernement imp&#233;rial.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un esprit d'exclusion a interdit l'acc&#232;s des professions les plus &#233;lev&#233;es aux classes instruites chez les Canadiens fran&#231;ais, plus peut-&#234;tre qu'il n'&#233;tait absolument n&#233;cessaire ; mais il est impossible, avec la plus grande lib&#233;ralit&#233; de la part du Gouvernement britannique, de donner une position &#233;gale, dans la concurrence g&#233;n&#233;rale de son immense population, &#224; ceux qui parlent une langue &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je d&#233;sire la fusion encore plus dans l'int&#233;r&#234;t des classes inf&#233;rieures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Leur situation actuelle dans une aisance rudimentaire et &#233;gale se d&#233;t&#233;riore rapidement sous la pouss&#233;e de la population &#224; l'int&#233;rieur des &#233;troites limites dans lesquelles ces classes sont confin&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si ces gens essaient d'am&#233;liorer leur condition, en s'&#233;tendant sur le pays environnant, ils se trouveront n&#233;cessairement de plus en plus m&#234;l&#233;s &#224; une population anglaise ; s'ils pr&#233;f&#232;rent rester sur place, la plupart d'entre eux deviendront des manoeuvres &#224; l'emploi des capitalistes anglais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'un ou l'autre cas, il semblerait que la grande masse des Canadiens fran&#231;ais soit condamn&#233;e, jusqu'&#224; un certain point, &#224; occuper une position inf&#233;rieure et &#224; d&#233;pendre des Anglais pour l'emploi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les maux de la pauvret&#233; et de la d&#233;pendance seraient tout bonnement aggrav&#233;s ou d&#233;cupl&#233;s par les sentiments d'une nationalit&#233; jalouse et rancuni&#232;re qui s&#233;pareraient la classe ouvri&#232;re de la soci&#233;t&#233; des possesseurs de la richesse et des employeurs de main-d'oeuvre. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un peuple sans histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne peut gu&#232;re concevoir de nationalit&#233; plus d&#233;pourvue de tout ce qui peut vivifier et &#233;lever un peuple que celle que pr&#233;sentent les descendants des Fran&#231;ais dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont conserv&#233; leur langue et leurs coutumes particuli&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils sont un peuple sans histoire et sans litt&#233;rature.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La litt&#233;rature d'Angleterre est &#233;crite dans une langue qui n'est pas la leur ; et la seule litt&#233;rature que leur langue leur rend famili&#232;re est celle d'une nation dont ils ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s par quatre-vingt ans de domination &#233;trang&#232;re et encore plus par ces changements que la R&#233;volution fran&#231;aise et ses cons&#233;quences ont op&#233;r&#233;s dans tout l'&#233;tat politique, moral et social de la France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant c'est d'un peuple, dont les s&#233;parent si compl&#232;tement l'histoire r&#233;cente, les moeurs et mani&#232;res de penser, que les Canadiens fran&#231;ais d&#233;pendent compl&#232;tement en ce qui concerne presque toute l'instruction et toutes les distractions procur&#233;es par les livres ; c'est de cette litt&#233;rature essentiellement &#233;trang&#232;re, qui traite d'&#233;v&#233;nements, d'id&#233;es et d'habitudes de vie qui leur sont tout &#224; fait &#233;trangers et inintelligibles, qu'ils sont contraints de d&#233;pendre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, leur nationalit&#233; a pour effet de les priver des plaisirs et de l'influence civilisatrice des arts.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien que descendante du peuple qui en g&#233;n&#233;ral aime le plus au monde l'art dramatique et qui l'a cultiv&#233; avec le plus de succ&#232;s et quoiqu'elle vive sur un continent o&#249; presque chaque ville, grande ou petite, a un th&#233;&#226;tre anglais, la population fran&#231;aise du Bas-Canada, isol&#233;e de tout peuple qui parle sa langue, ne peut faire vivre un th&#233;&#226;tre national.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les plus r&#233;fl&#233;chis comprendront !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces circonstances, je serais en v&#233;rit&#233; surpris si les plus r&#233;fl&#233;chis d'entre les Canadiens fran&#231;ais entretenaient &#224; pr&#233;sent l'espoir de continuer &#224; pr&#233;server leur nationalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'elle que soit leur lutte contre (ce ph&#233;nom&#232;ne), il est &#233;vident que le processus de l'assimilation aux habitudes anglaises est d&#233;j&#224; commenc&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La langue anglaise gagne du terrain comme le fera naturellement la langue des riches et des employeurs de main-d'oeuvre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il apparut par quelques-unes des rares r&#233;ponses que re&#231;ut le commissaire de l'enqu&#234;te sur l'&#233;tat de l'&#233;ducation, qu'il y a environ dix fois autant d'enfants fran&#231;ais &#224; Qu&#233;bec qui apprennent l'anglais que d'enfants anglais qui apprennent le fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il doit s'&#233;couler, comme de raison, beaucoup de temps avant que le changement de langue puisse s'&#233;tendre &#224; tout un peuple ; et la justice comme la saine politique demandent &#233;galement que, tant que le peuple continuera &#224; faire usage de la langue fran&#231;aise, son Gouvernement ne prenne pas, pour lui imposer la langue anglaise, des moyens qui, de fait, priveraient la grande masse de la soci&#233;t&#233; de la protection des lois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'union d&#232;s maintenant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, je r&#233;p&#232;te que le changement du caract&#232;re de la Province doit &#234;tre imm&#233;diatement entrepris et poursuivi avec fermet&#233; quoique avec m&#233;nagement ; que dans tout plan susceptible d'&#234;tre adopt&#233; pour l'administration future du Bas-Canada le premier objectif doit &#234;tre d'en faire une Province anglaise ; et que, avec cette fin en vue, l'influence dominante ne soit jamais de nouveau plac&#233;e en d'autres mains que celles d'une population anglaise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En v&#233;rit&#233;, &#224; l'heure actuelle, c'est &#233;videmment n&#233;cessaire : dans l'&#233;tat d'esprit o&#249; j'ai d&#233;crit la population canadienne-fran&#231;aise non seulement comme il existe maintenant mais comme il doit vraisemblablement rester longtemps, lui confier une autorit&#233; enti&#232;re sur cette Province ne serait de fait que faciliter la r&#233;bellion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Bas-Canada doit &#234;tre gouvern&#233; maintenant, comme il doit l'&#234;tre &#224; l'avenir, par une population anglaise ; et ainsi la politique que les exigences du moment nous imposent est conforme &#224; celle que sugg&#232;re une vue d'ensemble du progr&#232;s &#233;ventuel et durable de la Province. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crois qu'on ne peut r&#233;tablir la tranquillit&#233; qu'en assujettissant la Province &#224; la domination vigoureuse d'une majorit&#233; anglaise et que le seul gouvernement efficace serait celui qui serait form&#233; par une union l&#233;gislative.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;En minorit&#233;, ils perdront tout espoir...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la population du Haut-Canada est justement estim&#233;e &#224; 400 000, les habitants anglais du Bas-Canada &#224; 150 000 et les Fran&#231;ais &#224; 450 000, l'union des deux Provinces ne donnerait pas seulement une majorit&#233; anglaise absolue mais une majorit&#233; qui s'accro&#238;trait chaque ann&#233;e sous l'influence de l'&#233;migration anglaise ; et je ne doute gu&#232;re que les Fran&#231;ais, une fois plac&#233;s en minorit&#233; par le cours l&#233;gitime des &#233;v&#233;nements et par le fonctionnement de causes naturelles, abandonneraient leurs vaines esp&#233;rances de nationalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne veux pas dire qu'ils renonceraient imm&#233;diatement &#224; leurs animosit&#233;s actuelles et abandonneraient tout de suite l'espoir d'atteindre leur fin par des moyens violents.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais l'exp&#233;rience des deux Unions dans les &#206;les britanniques peut nous enseigner avec quelle efficacit&#233; le bras puissant d'une l&#233;gislature &#8220;populaire&#8221; peut contraindre &#224; la soumission une population r&#233;calcitrante ; et la perte irr&#233;m&#233;diable de tout espoir de succ&#232;s att&#233;nuerait peu &#224; peu les haines actuelles et porterait graduellement les Canadiens fran&#231;ais &#224; accepter leur nouvelle existence politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'aimerais certainement pas assujettir les Canadiens fran&#231;ais &#224; la domination de la m&#234;me minorit&#233; anglaise contre laquelle ils ont lutt&#233; depuis si longtemps ; mais de la part d'une majorit&#233; &#233;manant d'une source tellement plus &#233;tendue, je ne crois pas qu'ils aient aucune oppression ou injustice &#224; redouter ; et dans ce cas, la tr&#232;s grande partie de la majorit&#233;, n'ayant jamais &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e dans un conflit ant&#233;rieur avec eux, ne les regarderait pas avec une haine susceptible de pervertir son sens naturel de la justice. (...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Source :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Paul Perreault&lt;br&gt;
Pr&#233;sident&lt;br&gt;
Imp&#233;ratif fran&#231;ais&lt;br&gt;
Recherche et communications&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C.P. 449, succ. Aylmer&lt;br&gt;
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		<title>Quand la nation fait l'histoire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Louis Cornellier - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>Dans Historica et compagnie. L'enseignement de l'histoire au service de l'unit&#233; canadienne 1867-2007, l'historien Alexandre Lanoix revient sur cette question en analysant le s&#233;culaire projet d'un manuel d'histoire unique pour tout le (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; quoi sert l'histoire ? Si on r&#233;pond qu'elle sert &#224; bien conna&#238;tre le pass&#233; pour mieux &#233;valuer le pr&#233;sent et pr&#233;parer l'avenir, on n'a pas tort, mais il faut savoir que le d&#233;bat ne fait que commencer. De quel pass&#233;, en effet, parle-t-on ? Qui le raconte et &#224; partir de quelles sources ? Comment le raconte-t-il ? Au Canada et au Qu&#233;bec, ces questions, et les d&#233;bats qui s'ensuivent, animent la communaut&#233; historienne depuis une centaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans &lt;a href=&quot;http://www.recitus.qc.ca/associations/sphq/spip.php?article618&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Historica et compagnie. L'enseignement de l'histoire au service de l'unit&#233; canadienne 1867-2007&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, l'historien Alexandre Lanoix revient sur cette question en analysant le s&#233;culaire projet d'un manuel d'histoire unique pour tout le Canada.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans intention pol&#233;mique, il montre que cette entreprise, vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, repose sur une conception de l'histoire traditionnelle et r&#233;trograde qu'il importe de refuser. &#171; L'enseignement de l'histoire, &#233;crit-il, ne devrait pas viser la formation de porteurs de drapeau, mais celle de citoyens &#233;clair&#233;s. Ces citoyens auront, c'est in&#233;vitable, un attachement &#224; leur peuple, leur nation (quelle qu'elle soit), mais ce devrait &#234;tre un attachement r&#233;fl&#233;chi. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur cette base, on comprendra que Lanoix n'a pas accueilli avec enthousiasme le r&#233;cent &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/archives/plan/2006-parlons.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Parlons de souverainet&#233; &#224; l'&#233;cole&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, lanc&#233; par le Conseil de la souverainet&#233;. Selon lui, en effet, un tel projet ne vaut gu&#232;re mieux que ses &#233;quivalents prof&#233;d&#233;ralistes qui ont &#233;merg&#233; au Canada depuis cent ans et dont il fait l'histoire dans cet ouvrage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Une histoire politique et traditionnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Chaque fois, explique-t-il, que l'unit&#233; canadienne fut menac&#233;e, et cela s'est produit &#224; de multiples reprises depuis 1867, de petits groupes disposant de moyens consid&#233;rables ont r&#233;solu de mettre l'histoire et son enseignement au service de la sauvegarde du pays. Ils ont opt&#233;, dans cette mission plus politique que p&#233;dagogique, pour une histoire &#171; narrative et m&#233;morielle, proche de ce que nous avons d&#233;crit comme l'histoire traditionnelle &#187;. Il s'agissait moins, pr&#233;cise Lanoix, de favoriser &#171; la compr&#233;hension de l'histoire chez l'&#233;l&#232;ve &#187; que de &#171; cr&#233;er un sentiment d'attachement &#224; la nation &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, d&#232;s 1897 para&#238;t un manuel sign&#233; W. H. P. Clement et intitul&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The History of the Dominion of Canada&lt;/i&gt;, qui pr&#233;sente la Conqu&#234;te &#171; comme un &#233;v&#233;nement fondateur du Canada &#187; et qui insiste sur la collaboration &#171; entre les Canadiens et les dirigeants britanniques &#187; qui aurait marqu&#233; les ann&#233;es subs&#233;quentes. L'historien Arthur Maheux, en 1943, ira dans le m&#234;me sens en souhaitant &#171; que l'&#233;cole soit mise au service de la bonne entente entre francophones et anglophones &#187;. Lionel Groulx, au nom de la v&#233;rit&#233;, accueillera cette proposition avec une vol&#233;e de bois vert.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1944, le s&#233;nateur Athanase David relancera le d&#233;bat en se pronon&#231;ant en faveur d'un enseignement de l'histoire pancanadien &#224; m&#234;me de cr&#233;er une &#171; belle fraternit&#233; &#187;, sans volont&#233; d'uniformisation. La mode, &#224; l'&#233;poque, est &#224; la &#171; compr&#233;hension nationale &#187; plut&#244;t qu'&#224; la rigide &#171; unit&#233; nationale &#187;. L'id&#233;e d'un manuel unique, toutefois, continuera d'&#234;tre rejet&#233;e, tant par les historiens qu&#233;b&#233;cois que par plusieurs de leurs coll&#232;gues canadiens-anglais, qui en contestent la faisabilit&#233; et la pertinence. Publi&#233; en 1967-68, le manuel &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Canada. Unit&#233; et diversit&#233;&lt;/i&gt;, des historiens Cornell, Hamelin, Ouellet et Trudel, obtiendra une certaine reconnaissance, mais qui sera &#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une constante, au Canada et au Qu&#233;bec, s'impose tout au long de la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e. Il s'agit du discours selon lequel l'enseignement de l'histoire est mauvais, &#171; ennuyeux et terne &#187;, selon Bruch&#233;si, et ne parvient pas, ajoutent les nationalistes de part et d'autre, &#224; susciter un solide sentiment national. Rien de nouveau sous le soleil, donc. Au Canada anglais, dans les ann&#233;es 1990, les historiens Bliss et Granatstein d&#233;fendent ce point de vue et proposent une histoire vraiment nationale, politique et &#224; saveur h&#233;ro&#239;que. Des organismes comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Canada's National History Society&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dominion Institute&lt;/i&gt;, financ&#233;s par de riches entreprises priv&#233;es, tenteront d'appliquer ce programme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Lanoix, les grands projets comme les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Minutes du patrimoine&lt;/i&gt;, financ&#233;es par la Fondation Historica, qui est elle-m&#234;me financ&#233;e par la Fondation Charles-Bronfman, et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada, une histoire populaire&lt;/i&gt;, de la Soci&#233;t&#233; Radio-Canada, s'inscrivent dans la tradition d'une histoire &#224; vis&#233;e politique qui passe par un manuel unique. Le support, maintenant audiovisuel, a chang&#233;, mais l'objectif &#8212; la formation d'une identit&#233; nationale canadienne gr&#226;ce &#224; l'enseignement de l'histoire &#8212; reste le m&#234;me et demeure toujours aussi critiquable. Dans un contexte o&#249; l'histoire &#224; caract&#232;re nationaliste est abondamment diffus&#233;e dans la soci&#233;t&#233; par les mus&#233;es, les films, la t&#233;l&#233;vision et les romans, &#171; un retour &#224; l'enseignement traditionnel d'une histoire &#224; caract&#232;re nationalo-patrimonial appara&#238;t comme un recul d&#233;finitif pour le projet de d&#233;velopper un esprit critique par l'enseignement de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un d&#233;bat complexe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette conclusion, qui peut sembler inattaquable, soul&#232;ve n&#233;anmoins quelques questions. Un des d&#233;fis du professeur d'histoire, en effet, est de susciter l'int&#233;r&#234;t de ses &#233;l&#232;ves. Or un des moyens &#233;prouv&#233;s d'atteindre ce but &#8212; tout praticien de l'enseignement le sait &#8212; est justement la mise en narration, souvent traditionnelle, des faits historiques (ou autres). Veiller &#224; ce que cette mise en narration soit ouverte, et non dogmatique, est certainement n&#233;cessaire, mais rejeter cette approche au profit du d&#233;veloppement d'une pens&#233;e historique centr&#233;e sur les m&#233;thodes n'est pas n&#233;cessairement souhaitable. Il faut, me semble-t-il, d'abord donner le go&#251;t de l'histoire aux &#233;l&#232;ves, avant de leur apprendre &#224; analyser ses m&#233;thodes, et cela ne saurait se faire sans passer par un r&#233;cit &#224; teneur au moins partiellement identitaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce d&#233;bat est tr&#232;s complexe. La r&#233;cente controverse au sujet de la r&#233;forme du programme d'histoire nationale du secondaire au Qu&#233;bec le montre encore une fois. En 2006, le programme a &#233;t&#233; critiqu&#233; par plusieurs qui l'accusaient d'&#233;vacuer la r&#233;f&#233;rence nationale qu&#233;b&#233;coise au profit de la seule r&#233;f&#233;rence d&#233;mocratique et d'abandonner les connaissances au profit des comp&#233;tences.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un texte pol&#233;mique publi&#233; dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Revue d'histoire de l'Am&#233;rique fran&#231;aise&lt;/i&gt; (printemps 2007) et intitul&#233; &#171; Le naufrage du projet de programme d'histoire &quot;nationale&quot; &#187;, Mich&#232;le Dagenais et Christian Laville accusent les d&#233;tracteurs du nouveau programme (particuli&#232;rement Robert Comeau et Josiane Lavall&#233;e) de vouloir mobiliser les consciences en faveur du nationalisme et de pr&#244;ner un retour &#224; l'approche narrative &#224; fondement identitaire, au d&#233;triment du d&#233;veloppement des &#171; savoir-faire n&#233;cessaires pour participer &#224; la vie collective &#187;. L&#224; o&#249; Lanoix, dont le livre est publi&#233; dans une collection dirig&#233;e par Comeau, critique une histoire f&#233;d&#233;raliste, ils critiquent, au nom des m&#234;mes principes, une histoire nationaliste qu&#233;b&#233;coise. Quoique Lanoix semble avoir louvoy&#233; dans ce dossier, puisque Dagenais et Laville le rangent dans le camp des opposants au nouveau programme, il faut conclure que l'histoire, pour ces trois intervenants, doit &#234;tre citoyenne. On veut bien, mais un citoyen priv&#233; du r&#233;cit de son identit&#233; et de sa nation peut-il encore avoir une histoire ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;louisco@sympatico.ca&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:157px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.luxediteur.com/lux/histoirepolitique/historicacompagnie/index.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/10-lanoix-historica.png' width=&quot;157&quot; height=&quot;247&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Historica &amp; compagnie. L'enseignement de l'histoire au service de l'unit&#233; canadienne 1867-2007&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alexandre Lanoix, Lux, Montr&#233;al, 2007, 144 pages&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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	</item>



	<item>
		<title>Montr&#233;al, lieu-cl&#233; de 1837-38</title>
		<link>http://www.vigile.net/Montreal-lieu-cle-de-1837-38</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Isabelle Par&#233; - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>&#201;mergence autour du canal Lachine d'une nouvelle &#233;conomie et d'une richesse d&#233;tenue massivement par les Britanniques et arriv&#233;e massive sur les quais d'immigrants entra&#238;nant une concurrence pour les terres. M&#234;me si le Parlement &#233;tait &#224; Qu&#233;bec, Montr&#233;al restera toujours le (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Novembre 1837. Saint-Denis, Saint-Charles, Saint-Eustache, Saint-Beno&#238;t : autant de lieux embl&#233;matiques associ&#233;s aux Patriotes qui r&#233;sonnent du fond du pass&#233; des Qu&#233;b&#233;cois. Cent soixante-dix ans plus tard, le &lt;a href=&quot;http://www.pacmusee.qc.ca/index.aspx&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;mus&#233;e Pointe-&#224;-Calli&#232;re&lt;/a&gt; replonge dans ce pass&#233; trouble, en levant le voile sur des dizaines d'artefacts in&#233;dits qui offrent une nouvelle mise en perspective de ce qui demeure l'une des pages les plus fascinantes de l'histoire du Canada.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Terrain glissant que celui des r&#233;bellions de 1837-38. Pr&#232;s de deux cents ans apr&#232;s ce soul&#232;vement, les historiens d&#233;chirent encore leur chemise sur la pertinence d'utiliser le terme r&#233;bellion, que certains voudraient plut&#244;t voir associer &#224; un mouvement l&#233;gitime d'&#233;mancipation. Pour sa part, le mus&#233;e Pointe-&#224;-Calli&#232;re a choisi de faire fi des querelles et de sauter &#224; pieds joints dans ce sujet explosif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1193 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:208px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.pacmusee.qc.ca/index.aspx&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/6-1837-ld.png' width=&quot;208&quot; height=&quot;303&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;En pr&#233;sentant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;bellions : Patriotes vs Loyaux&lt;/i&gt;, le Mus&#233;e d'arch&#233;ologie et d'histoire de Montr&#233;al fait le pari de brosser un tableau plus large, en braquant son objectif autant sur les oppresseurs que sur les oppress&#233;s, et surtout en ramenant Montr&#233;al au centre de l'&#233;chiquier politique, social et &#233;conomique qui a men&#233; &#224; la naissance lente de ce conflit historique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On se souvient surtout des combats qui ont eu lieu &#224; l'ext&#233;rieur de Montr&#233;al, or la m&#233;tropole n'a pas souvent la place qui lui revient dans le rappel de ces &#233;v&#233;nements. Or, c'est ici, &#224; deux pas de Pointe-&#224;-Calli&#232;re que se sont jou&#233;s plusieurs des &#233;v&#233;nements-cl&#233;s de cette p&#233;riode &#187;, souligne Mme Francine Leli&#232;vre, directrice g&#233;n&#233;rale du mus&#233;e Pointe-&#224;-Calli&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me si la m&#233;moire collective a souvent r&#233;duit les r&#233;bellions de 1837-38 &#224; un strict conflit ethnique entre Anglais et Fran&#231;ais, Mme Leli&#232;vre estime que les recherches des derni&#232;res ann&#233;es concluent &#224; une r&#233;alit&#233; bien plus complexe, nourrie par d'autres facteurs, dont les famines, les probl&#232;mes &#233;conomiques et l'&#233;mergence, au m&#234;me moment, d'autres mouvements r&#233;volutionnaires anti-imp&#233;rialistes un peu partout sur la plan&#232;te. Plus d'une douzaine d'historiens ont &#233;t&#233; mis &#224; contribution pour rendre compte de la plus grande diversit&#233; des points de vue et des connaissances.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au-del&#224; des explications historiques, tout l'int&#233;r&#234;t de l'exposition tient dans la pr&#233;sentation de pr&#232;s d'une centaine d'artefacts in&#233;dits, retrouv&#233;s aupr&#232;s de collectionneurs priv&#233;s, qui charrient une force &#233;motive unique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut ainsi se pencher pour la premi&#232;re fois sur des albums de dessins et des textes de Patriotes &#233;crits pendant leur d&#233;tention &#224; la prison neuve, r&#233;dig&#233;s pour des amies de coeur et sign&#233;s avec des noms de code. Parmi ces objets exceptionnels qui valent bien cent cours d'histoire, une courtepointe fabriqu&#233;e &#224; m&#234;me les habits rouges et tach&#233;s de sang des soldats d'Argenteuil qui se sont battus lors des r&#233;bellions. Provenant d'une collection priv&#233;e, on note aussi le journal de Caroline Debartzch, fille du seigneur de Saint-Charles, qui relate avec finesse les premiers affrontements survenus dans la vall&#233;e du Richelieu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parmi ces autres objets coup-de-poing, la lettre originale &#233;crite par le Chevalier de Lorimier &#224; Guillaume L&#233;vesque quelques heures avant sa pendaison, ainsi que le registre manuscrit des ex&#233;cutions des Patriotes effectu&#233;es &#224; la Prison du Pied-du-Courant. Du nombre de ces objets rarement vus, le fusil d'un Patriote ayant servi durant le soul&#232;vement, un tambour rescap&#233; de la bataille d'Odelltown ainsi que toute une s&#233;rie d'objets personnels ayant appartenu &#224; Louis-Joseph Papineau.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous avons r&#233;ussi &#224; mettre la main sur des pi&#232;ces dont on ignorait m&#234;me l'existence. Environ 40 % des artefacts pr&#233;sent&#233;s le sont pour la premi&#232;re fois, et plus de 45 pr&#234;teurs ont &#233;t&#233; contact&#233;s pour &#233;laborer cette exposition &#187;, pr&#233;cise Mme Leli&#232;vre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le parall&#232;le entre les r&#233;bellions du Bas et du Haut-Canada est aussi &#233;voqu&#233;, appuy&#233; par la pr&#233;sentation de correspondances entre Louis-Joseph Papineau et William Lyon Mackenzie, leader des R&#233;formistes du Haut-Canada, peu de temps apr&#232;s l'exil forc&#233; des chefs r&#233;volutionnaires en Australie et aux Bermudes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des documents d'&#233;poque, dont des &#233;crits sur Voltaire et un livre de Thomas Payne sur la r&#233;volution fran&#231;aise, annot&#233;s par Papineau, permettent d'ailleurs de bien comprendre le terreau philosophique auquel s'abreuvaient les principaux acteurs de ces mouvements autonomistes de l'&#233;poque. Ailleurs dans le monde, apr&#232;s la France, les m&#234;mes &#233;crits nourrissaient des soul&#232;vements en Irlande, en Afrique du Sud, au Mexique, en Am&#233;rique du Sud...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Souvent rel&#233;gu&#233;s dans l'ombre, les insurg&#233;s du Bas-Canada, dont 18 furent aussi pendus haut et court, trouvent aussi leur place dans cette exposition, qui tente en parall&#232;le de tracer le profil des principales figures de proue des Loyaux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Chose certaine, qu'il s'agisse de Patriotes ou de Loyaux, ce parcours au coeur des r&#233;bellions nous rappelle que des pans entiers de l'histoire se sont jou&#233;s dans le coeur historique du Vieux-Montr&#233;al, &#224; deux pas de la Pointe-&#224;-Calli&#232;re. &#201;mergence autour du canal Lachine d'une nouvelle &#233;conomie et d'une richesse d&#233;tenue massivement par les Britanniques et arriv&#233;e massive sur les quais d'immigrants entra&#238;nant une concurrence pour les terres. M&#234;me si le Parlement &#233;tait &#224; Qu&#233;bec, Montr&#233;al restera toujours le quartier g&#233;n&#233;ral des Loyaux et des Patriotes, et c'est rue Saint-Jacques qu'auront lieu les premiers actes sanglants entre &#171; Fran&#231;ais et Anglais &#187;. &#192; deux pas de l&#224;, un certain 6 novembre 1837, &#233;clateront les premi&#232;res &#233;chauffour&#233;es entre le Doric Club et les Fils de la libert&#233;. L'histoire ne faisait que commencer...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1837-38, R&#233;bellions : Patriotes vs Loyaux&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mus&#233;e de la Pointe-&#224;-Calli&#232;re&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du 6 novembre 2007 au 27 avril 2008&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ledevoir.com/2007/11/06/163294.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>On ne change pas l'histoire par d&#233;cret</title>
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		<dc:creator>Mohamed El Boutakmanti</dc:creator>
		


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		<description>Un comit&#233; du Congr&#232;s am&#233;ricain a vot&#233; un projet de loi reconnaissant le g&#233;nocide arm&#233;nien ce qui a provoqu&#233; un m&#233;contentement des Turcs et une crise diplomatique &#8212; esp&#233;rant qu'elle soit passag&#232;re &#8212; entre les deux pays alli&#233;s. On se demande quels chemins sinueux (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un comit&#233; du Congr&#232;s am&#233;ricain a vot&#233; un projet de loi reconnaissant le g&#233;nocide arm&#233;nien ce qui a provoqu&#233; un m&#233;contentement des Turcs et une crise diplomatique &#8212; esp&#233;rant qu'elle soit passag&#232;re &#8212; entre les deux pays alli&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On se demande quels chemins sinueux l'histoire avait emprunt&#233;s pour tomber entre les mains des non-sp&#233;cialistes. Et l'on est, en cons&#233;quence, surpris du fait que l'histoire, autrefois une responsabilit&#233; des historiens, est aujourd'hui une affaire politique dont les parlementaires discutent le sens et l'essence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les politiciens, qui ont assez d'orgueil pour d&#233;cider de ce que doit &#234;tre l'histoire, s'octroient, de nos jours, le droit de d&#233;cider de ce qu'elle &#233;tait ou de ce qu'elle devait &#234;tre. Les d&#233;cideurs, comme par miracle, sont devenus des narrateurs. La division du travail est partout une loi sacr&#233;e, immuable ou presque, sauf pour les puissants qui pi&#233;tinent sur ce qui doit &#234;tre de la comp&#233;tence des intellectuels et des scientifiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;G&#233;rer la m&#233;moire des autres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La v&#233;rit&#233; est, ainsi, politis&#233;e. La v&#233;rit&#233; historique n'est plus, de la sorte, dans les faits et les &#233;v&#232;nements qui la racontent. Elle est tributaire de la d&#233;cision politique. L'&#201;tat, cette institution qui doit gouverner les hommes, gouverne aussi leur m&#233;moire. Et quand on est une puissance nucl&#233;aire, &#233;conomique et diplomatique, on g&#232;re aussi la m&#233;moire des autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'ensuit que l'historiographie, qui est une narration bien d&#233;finie dans sa m&#233;thode et ses outils, est inutile parce que l'investigation documentaire, l'archivage et m&#234;me les t&#233;moignages oraux ne sont d'aucune valeur sans une homologation politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Faire le travail des autres sans &#234;tre pouss&#233; par une morale altruiste, c'est faire des ch&#244;meurs. Et sans verser dans trop de pessimisme, l'avenir s'annonce noir pour les historiographes. Les politiciens qui se font historiens condamnent ces derniers au d&#233;soeuvrement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'historien qui avait jadis l'autorit&#233; de la v&#233;rit&#233; puis&#233;e dans les faits, se voit aujourd'hui d&#233;sarm&#233;. Souvenons-nous de ce que disait ce grand j&#233;suite, R. P. Louis Castel (1688-1757) dans son Optique des couleurs : &#171; La m&#233;thode des faits, pleine d'autorit&#233; et d'empire, s'arroge un air de divinit&#233; qui tyrannise notre cr&#233;ance, et impose &#224; notre raison. Un homme qui raisonne, qui d&#233;montre m&#234;me, me prend pour un homme : je raisonne avec lui ; il me laisse la libert&#233; du jugement ; et ne me force que par ma propre raison. Celui qui crie voil&#224; un fait, me prend pour un esclave. &#187; C'est ainsi que les historiens, autrefois ma&#238;tres par cette m&#234;me autorit&#233; des faits, se voient r&#233;duit &#224; l'&#233;tat d'esclavage &#224; cause des politiciens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; quoi sert de raconter une v&#233;rit&#233; historique, dont la v&#233;racit&#233; est susceptible d'une ratification administrative ? Quelle est la valeur d'un r&#233;cit qui, au lieu de traduire fid&#232;lement des &#233;v&#233;nements historiques, n'exprime qu'une d&#233;cision parlementaire ? On ne change pas la m&#233;moire d'une nation par d&#233;cret. La r&#233;alit&#233; objective du pass&#233; ne doit pas &#234;tre l'objet des jugements subjectifs des d&#233;cideurs politiques, mais le terrain d'une investigation scientifique d&#233;pouill&#233;e de toute sensibilit&#233; partisane. Autrement, on risque d'avoir une histoire de gauche et une telle autre de droite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hypertrophie du pouvoir politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce projet de loi vot&#233; par ce comit&#233; du Congr&#232;s n'est qu'un exemple illustrant cette hypertrophie du pouvoir politique. Et on n'a nullement l'intention de prendre parti dans cette controverse qui, r&#233;p&#233;tons-le, est de la comp&#233;tence des historiens. Mais l'on veut s'inscrire, par l&#224;, dans la m&#234;me perspective des &#233;pist&#233;mologues qui aspirent &#224; lib&#233;rer la science, ainsi que tout autre savoir, de l'id&#233;ologie, des convictions religieuses et politiques ; qui militent pour une science scientifique, &#233;pur&#233;e de toute adh&#233;sion morale ou sentimentale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'on ne peut enfin qu'exprimer le v&#339;u que la m&#233;decine, la physique, la chimie &#233;chappent au malheureux destin de l'historiographie ; sinon, un jour, les postulats math&#233;matiques ne puiseront leur validit&#233; que dans la volont&#233; capricieuse de nos politiciens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mohamed El Boutakmanti&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Doctorant en philosophie&lt;br&gt;
Universit&#233; Laval&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://www.cyberpresse.ca/article/20071101/CPSOLEIL/71030124/6732/CPOPINIONS&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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	<item>
		<title>Lettre ouverte aux nouveaux Qu&#233;b&#233;cois</title>
		<link>http://www.vigile.net/Lettre-ouverte-aux-nouveaux</link>
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		<dc:date>2007-10-19T15:15:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Paul-&#201;mile Roy - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>Quand le pays sera un pays ind&#233;pendant, la situation des immigrants sera beaucoup plus facile, beaucoup plus claire, mais en attendant, s'ils veulent se faire accepter, ils doivent &#233;viter de contrecarrer la volont&#233; politique de la majorit&#233; des (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le d&#233;bat qui se produit ces temps-ci au Qu&#233;bec autour des &#171; accommodements raisonnables &#187;, je comprends que la situation des n&#233;o-Qu&#233;b&#233;cois n'est pas toujours tr&#232;s confortable, mais je souhaiterais qu'ils essaient de comprendre que celle des Canadiens fran&#231;ais du Qu&#233;bec, soit celle de la majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois, ne l'est pas elle non plus, et qu'ils doivent intervenir dans cette affaire avec beaucoup de prudence et de discernement. Je dirais m&#234;me : attendez donc avant de prendre parti, avant de vous prononcer. Commencez par regarder ce qui se passe. Essayez de comprendre le contexte historique dans lequel se situe le Qu&#233;bec actuel, quelles sont les forces en pr&#233;sence, quel est le malaise qui habite les Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous ne le savez sans doute pas, vous qui venez d'arriver, mais les Qu&#233;b&#233;cois n'ont jamais accept&#233; le rapatriement unilat&#233;ral de la Constitution de 1982, un acte politique qui a &#233;t&#233; rejet&#233; par l'Assembl&#233;e nationale du Qu&#233;bec &#224; l'unanimit&#233;. Vous ne savez sans doute pas non plus qu'en 1995, un r&#233;f&#233;rendum a &#233;t&#233; tenu sur la question de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec et que ce r&#233;f&#233;rendum a &#233;t&#233; vol&#233;, ou du moins c'est ce que croient beaucoup de Qu&#233;b&#233;cois, et m&#234;me s'il s'av&#233;rait qu'ils se trompent, il faudrait tenir compte du malaise que leur scepticisme affiche, mais personne n'a jusqu'ici r&#233;fut&#233; les arguments de ceux qui soutiennent que le r&#233;f&#233;rendum a &#233;t&#233; vol&#233;. Et il y en a eu un premier en 1980. Et l&#224; non plus les r&#233;sultats n'&#233;taient pas tout &#224; fait patents. Et il y a eu l'affaire du Lac Meech. Vous ne savez pas de quoi il s'agit. Instruisez-vous et vous verrez que les Qu&#233;b&#233;cois l&#224; encore ont &#233;t&#233; bafou&#233;s par le reste du Canada et par le Premier ministre du Qu&#233;bec lui-m&#234;me qui avait promis que si le Canada n'acceptait pas les recommandations de Meech, il tiendrait un r&#233;f&#233;rendum sur notre lien au Canada, ce qu'il s'est empress&#233; d'oublier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que vous devez comprendre, c'est que la relation du Qu&#233;bec avec le Canada se vit dans un malaise qui dure depuis deux si&#232;cles et demi. Vous vous dites, c'est du pass&#233;, il faut oublier. Pour vous, cela rel&#232;ve de l'histoire, pour nous, cela fait partie de notre &#234;tre. Vous ne le savez pas, mais le Canada a combattu le fran&#231;ais partout, au Manitoba, en Ontario, au Nouveau-Brunswick, au Qu&#233;bec m&#234;me. Savez-vous ce que la Cour Supr&#234;me du Canada a fait de la Loi 101 qui a &#233;t&#233; promulgu&#233;e par l'Assembl&#233;e nationale du Qu&#233;bec ? Vous devez comprendre ceci : Quand vous arrivez au Qu&#233;bec, si vous vous identifiez au Canada anglais, vous &#234;tes per&#231;us comme une menace pour nous. Ne soyez pas surpris si la majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois ne sont pas tr&#232;s contents.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ajoute que vous ne devez pas prendre &#224; la l&#233;g&#232;re l'h&#233;ritage historique des Canadiens fran&#231;ais. Vous ne pouvez pas prendre &#224; la l&#233;g&#232;re les blessures que l'histoire a inflig&#233;es &#224; la majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois, car cela fait partie de leur &#234;tre, de leur identit&#233;. Les Qu&#233;b&#233;cois qui sont ici depuis quatre si&#232;cles, se rappellent confus&#233;ment, mais fermement, &#8211;- cela fait partie de leur &#234;tre &#8211;-, qu'ils ont &#233;t&#233; exclus des affaires publiques pendant une d&#233;cennie, au d&#233;but de l'occupation anglaise, &#224; cause de leur identit&#233; religieuse, ce qui a permis aux envahisseurs d'occuper les places dont il ne serait pas facile de les d&#233;loger par la suite. Ils se rappellent confus&#233;ment que lorsqu'ils ont combattu pour le respect des r&#232;gles d&#233;mocratiques, dans la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, ils ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s violemment, de fa&#231;on barbare, par l'arm&#233;e du conqu&#233;rant et qu'on a ex&#233;cut&#233; plusieur Patriotes dont le seul crime &#233;tait de d&#233;fendre les libert&#233;s d&#233;mocratiques. Ils se rappellent qu'on leur a impos&#233; dans le m&#233;pris le plus ignoble l'Union des deux Canadas en 1840, qu'on les a int&#233;gr&#233;s &#224; la Conf&#233;d&#233;ration canadienne en 1967 sans les consulter parce qu'on savait tr&#232;s bien qu'ils n'auraient pas accept&#233; le statut qu'on leur imposait. Ne nous dites pas que tout cela est du pass&#233;. Ce sont ces actes d'hier qui commandent la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui, et tout cela cr&#233;e un malaise dont les Qu&#233;b&#233;cois ne pourront se d&#233;barrasser que si un jour ils r&#233;ussissent &#224; se prendre en main.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Tous des immigrants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'aime pas non plus entendre dire par des n&#233;o-Qu&#233;b&#233;cois que nous sommes tous des immigrants. Encore une fois, de telles all&#233;gations constituent une n&#233;gation de l'histoire, de l'identit&#233; du peuple qu&#233;b&#233;cois. Une insulte &#224; l'endroit de deux qui ont construit ce pays. Je dis aux nouveaux arrivants : nous ne sommes pas arriv&#233;s au pays hier. Mes parents sont au pays depuis quatre si&#232;cles. Et on ne peut m&#234;me pas dire qu'ils &#233;taient des immigrants. Ils &#233;taient au d&#233;but des colons. Ils s'installaient dans des r&#233;gions &#224; peu pr&#232;s inoccup&#233;es, &#8211;- les auteurs de l'&#233;poque parlent de &#171; d&#233;sert &#187;. Puis certains s'adonn&#232;rent au commerce dans tout l'int&#233;rieur du continent et d'autres devinrent des &#171; habitants &#187; . C'est ainsi qu'ils construisirent un pays nouveau parmi les Premi&#232;res Nations qui &#233;taient dispers&#233;es dans ce qui s'appelle maintenant l'Am&#233;rique. Quand vous affirmez l&#233;g&#232;rement, comme cela, qu'apr&#232;s tout, nous sommes tous des immigrants, je rage int&#233;rieurement, j'y vois du m&#233;pris pour les miens et tous ceux qui ont fait ce pays que nous habitons. Vous ne le savez pas, mais ces vastes plaines qui longent le Saint-Laurent &#233;taient autrefois des for&#234;ts. Ce sont mes anc&#234;tres qui les ont d&#233;frich&#233;es, cultiv&#233;es au prix d'efforts incroyables et innombrables. Ils n'&#233;taient pas des immigrants mais des constructeurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S'ouvrir aux autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais puisque je suis parti &#224; exprimer le malaise des Qu&#233;b&#233;cois et le mien en particulier, je vous dirais encore ceci : je me h&#233;risse quand j'entends dire que les Qu&#233;b&#233;cois doivent s'ouvrir aux autres, qu'ils doivent cesser de se replier sur eux-m&#234;mes, comme s'ils avaient &#233;t&#233; confin&#233;s &#224; leurs terres et &#224; leurs paroisses. Je sais que beaucoup de Qu&#233;b&#233;cois ent&#233;rinent ces jugements car ils sont habitu&#233;s &#224; subir leur sort, &#224; encaisser tout ce qui se dit &#224; leur sujet, mais je rappelle que les Canadiens fran&#231;ais et leurs anc&#234;tres les Fran&#231;ais ont &#233;t&#233; les d&#233;couvreurs de l'int&#233;rieur de l'Am&#233;rique du Nord. Ce sont eux qui ont explor&#233; le continent de Qu&#233;bec &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans, des Grands Lacs aux Rocheuses. Et un peu plus tard, jusqu'&#224; tout r&#233;cemment, ce sont eux qui ont envoy&#233; des missionnaires partout dans le monde, pour pr&#234;cher l'&#201;vangile, certes, pour rencontrer d'autres peuples et les aider. C'est ainsi que les Canadiens fran&#231;ais ont construit des &#233;coles, des coll&#232;ges et m&#234;me des universit&#233;s, et des dispensaires dans tous les pays du monde. Et on nous pr&#233;sente les Qu&#233;b&#233;cois comme des &#234;tres antisociaux et repli&#233;s sur eux-m&#234;mes. S'il y a en Am&#233;rique un peuple chauvin et repli&#233; sur lui-m&#234;me qui ignore tout de ce qui se passe dans le monde, c'est bien notre voisin du sud...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Beaucoup de Qu&#233;b&#233;cois en ont assez&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je serais donc heureux si les immigrants essayaient de comprendre les Qu&#233;b&#233;cois. Je sais d'ailleurs que certains le font, mais malheureusement, ceux qui parlent le plus fort, ce ne sont pas n&#233;cessairement ceux qui comprennent et aiment le Qu&#233;bec. Et il se trouve chez nous des intellectuels frustr&#233;s qui pr&#233;tendent qu'il faut oublier qui nous sommes, qui recommandent de &#171; br&#251;ler les souches &#187;. Tout cela explique que la relation des Qu&#233;b&#233;cois avec les arrivants est parfois p&#233;nible, comme l'ont laiss&#233; entendre certains intervenants au cours des sessions de la Commission Bouchard-Taylor.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beaucoup de Qu&#233;b&#233;cois en ont assez de toutes les vexations qu'ils ont subies depuis deux si&#232;cles et demi. Ils ne sont pas du tout contents quand, par exemple, &#224; la veille d'un r&#233;f&#233;rendum portant sur l'avenir du pays, des milliers d'immigrants qui viennent d'arriver obtiennent en toute h&#226;te la citoyennet&#233; &#171; canadienne &#187; et se prononcent sur l'avenir du pays qu'ils ne connaissent pas encore. C'est ma conviction que les arrivants devraient attendre quelques d&#233;cennies avant de prendre parti dans les querelles politiques entre le Qu&#233;bec et le Canada. Ils devraient s'int&#233;grer lentement &#224; la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, regarder, apprendre l'histoire, prendre conscience du probl&#232;me politique qui alimente un profond malaise chez les Qu&#233;b&#233;cois. S'&#8216;ils ne saisissent pas que les Qu&#233;b&#233;cois forment un peuple, qu'ils ne sont pas une minorit&#233; mais un peuple dans ce qui devrait &#234;tre une f&#233;d&#233;ration, s'ils prennent parti pour le Canada, ils nient la nation qu&#233;b&#233;coise et ils contribuent &#224; empoisonner le climat politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand le pays sera un pays ind&#233;pendant, la situation des immigrants sera beaucoup plus facile, beaucoup plus claire, mais en attendant, s'ils veulent se faire accepter, ils doivent &#233;viter de contrecarrer la volont&#233; politique de la majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>L'&#339;uvre de Jean Chr&#233;tien : une Guerre de neuf ans</title>
		<link>http://www.vigile.net/L-oeuvre-de-Jean-Chretien-une</link>
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		<dc:date>2007-10-18T19:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Claude Bariteau - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>Dans cette perspective, les travaux de la commission Gomery s'apparentent &#224; un acte de contrition avan&#231;ant que le Canada, lorsqu'il fait une guerre humanitaire, doit agir proprement. Aussi, le juge Gomery, qui eut le mandat de nettoyer les bavures, devait s'indigner et pointer (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peu apr&#232;s la recension du livre d'Edouard Cloutier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Pour-ne-pas-oublier-les&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Commandites et corruption canadienne&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, par Louis Cornellier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Devoir&lt;/i&gt; publia deux textes sans auteur rep&#233;rable sign&#233;s Presse Canadienne. Faisant la promotion du juge Gomery, ils contraient indirectement les id&#233;es de Cloutier. J'ai relu son livre. Un point pr&#233;cis attira mon attention : l'absence, dans le rapport du juge, d'un &#233;cho aux motifs du d&#233;ploiement des commandites &#224; la demande du premier ministre du Canada, qui &#233;tait alors sur le pied de guerre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1084 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:177px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Le-rire-de-Jean-Chretien&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/18-chretien.png' width=&quot;177&quot; height=&quot;223&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Comme le r&#233;v&#232;le Cloutier, le commissaire s'est pench&#233; uniquement sur la m&#233;thode employ&#233;e. Si les r&#232;gles administratives eussent &#233;t&#233; respect&#233;es, ce d&#233;ploiement n'aurait pas fait probl&#232;me. La preuve : dans son rapport, seules des d&#233;ficiences administratives sont not&#233;es. Or, pour Cloutier, ce sont l&#224; des d&#233;tails, les commandites ayant plut&#244;t contribu&#233; au d&#233;tournement politique du r&#233;f&#233;rendum de 1995 et, ult&#233;rieurement, &#224; la promotion du Canada au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; mon avis, il y eut beaucoup plus. St&#233;phane Dion, qui pr&#233;sida le Conseil priv&#233; de sa Majest&#233; durant presque toute la dur&#233;e des commandites, l'a dit aux audiences de cette commission : les commandites &#233;taient secondaires par rapport aux investissements par le Canada dans ses champs de comp&#233;tence et dans ceux partag&#233;s avec les provinces pour lier notamment le Qu&#233;bec au Canada.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1085 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:256px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.bilan.usherb.ca/bilan/pages/collaborations/2208.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/18-pet-crime.png' width=&quot;256&quot; height=&quot;432&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Pour bien comprendre cette affirmation, il faut se rappeler qu'en 1980 Pierre Elliott Trudeau d&#233;clara que vouloir sortir du Canada est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un crime contre l'humanit&#233;&lt;/i&gt;. Pour emp&#234;cher que ce crime ne s'accomplisse, il soutint qu'un non serait un oui &#224; des changements sans en r&#233;v&#233;ler la teneur, rapatria la constitution et la modifia, ind&#233;pendamment de l'Assembl&#233;e nationale, en y ins&#233;rant des r&#232;gles qui renforcent les pouvoirs du Canada et bloquent toutes modifications futures majeures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comble de malheur, quinze ans plus tard, les Qu&#233;b&#233;cois toutes origines confondues sont invit&#233;s &#224; commettre une deuxi&#232;me fois &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un crime contre l'humanit&#233;&lt;/i&gt;. Il fallait les en dissuader. D'o&#249; les contournements de la loi qu&#233;b&#233;coise sur la consultation populaire, des naturalisations &#224; toute vitesse et d'autres gestes analogues. Puis, pour &#233;viter d'avoir &#224; le refaire une troisi&#232;me fois, des mesures &#224; profusion pour miner les terrains l&#224; o&#249; le peuple qu&#233;b&#233;cois consolide son &#171; vivre-ensemble &#187;, embraser le cerveau de ses membres avec des leurres enrob&#233;s d'unifoli&#233;s et, en prime, une loi soumettant tout recours &#224; un r&#233;f&#233;rendum aux diktats de la Chambre des communes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1995, le Canada &#233;tait effectivement en guerre contre le peuple qu&#233;b&#233;cois. Durant neuf ans, une charge fut d&#233;ploy&#233;e &#224; fond de train pour stopper sa marche. &#192; l'occasion de cette guerre, les gouvernements de Parizeau, de Bouchard et de Landry furent menott&#233;s, le peuple qu&#233;b&#233;cois d&#233;rout&#233; et Jean Charest, le vice-pr&#233;sident du camp du non, install&#233; &#224; la t&#234;te du Qu&#233;bec pour &#233;crouer ce peuple dans la prison qu'est la province de Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cette perspective, les travaux de la commission Gomery s'apparentent &#224; un acte de contrition avan&#231;ant que le Canada, lorsqu'il fait une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;guerre humanitaire&lt;/i&gt;, doit agir proprement. Aussi, le juge Gomery, qui eut le mandat de nettoyer les bavures, devait s'indigner et pointer la racaille. Quant &#224; la guerre planifi&#233;e en haut lieu, nenni. Et pour cause : pour le Canada, elle visait &#224; prot&#233;ger une peuplade d'une d&#233;rive historique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1087 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:142px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/De-Londres-a-Ottawa-le-terrorisme&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/18-oppression.png' width=&quot;142&quot; height=&quot;198&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;
Voil&#224; o&#249; m'a conduit une relecture de Cloutier. Je me suis alors demand&#233; s'il en fut ainsi depuis la conqu&#234;te de la Nouvelle-France. Non pas des actes de contrition. Plut&#244;t des moyens utilis&#233;s pour emp&#234;cher l'expression des gens habitant le Qu&#233;bec. Voici la r&#233;ponse : tous les changements marquants de l'histoire politique du Qu&#233;bec se sont r&#233;alis&#233;s ind&#233;pendamment de leurs choix.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1763, le Roi de la Grande Bretagne d&#233;finit unilat&#233;ralement le mode de gestion dans sa nouvelle colonie. En 1774, ce roi red&#233;finit le territoire et le pouvoir local. Craignant les r&#233;actions du peuple, il inscrit, dans l'Acte de Qu&#233;bec, des ouvertures en r&#233;ponse aux attentes du clerg&#233;, des seigneurs et des marchands anglais, esp&#233;rant qu'ils emp&#234;chent ce peuple de se liguer aux Patriots am&#233;ricains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1791, &#224; la demande de Loyalistes venant des &#201;tats-Unis, un Acte constitutionnel, qui mit fin &#224; l'existence de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Province of Quebec,&lt;/i&gt; cr&#233;e deux entit&#233;s : le Bas-Canada et le Haut-Canada. Chacune dispose d'une Assembl&#233;e l&#233;gislative de membres &#233;lus mais les lois qu'ils votent peuvent &#234;tre rejet&#233;es par le gouverneur ou par les membres du Conseil l&#233;gislatif que ce dernier a nomm&#233;s &#224; vie. L'Assembl&#233;e l&#233;gislative n'a donc de pouvoir r&#233;el que celui de refuser le budget, ce que font ses &#233;lus en 1836.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce geste conduit aux affrontements de 1837 et de 1838 aux termes desquels les Conseils ex&#233;cutifs des Bas et Haut-Canada cr&#233;ent, &#224; la demande du parlement britannique, le Canada-Uni, entit&#233; qui abolit, en les fusionnant, les pr&#233;c&#233;dentes mais en conserve le cadre. Il en d&#233;coule la disparition d'un parlement o&#249; s'exprimait une population majoritairement de langue fran&#231;aise. Pour &#233;viter qu'elle se retrouve majoritaire dans la nouvelle entit&#233;, il est d&#233;cr&#233;t&#233; que soit &#233;lu un nombre &#233;gal de d&#233;put&#233;s en provenance des entit&#233;s ant&#233;rieures bien que celle du Bas-Canada regroupe pr&#232;s de 60 % de l'ensemble.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1848, ce Canada-Uni obtint la responsabilit&#233; minist&#233;rielle sur les affaires locales. Mais, peu apr&#232;s le constat que les Canadiens anglais sont majoritaires, donc sous-repr&#233;sent&#233;s, il conna&#238;t des difficult&#233;s. Divers projets sont &#233;labor&#233;s pour revoir cette entit&#233;. Antoine-Aim&#233; Dorion demande que la population de l'ex-Bas-Canada soit consult&#233;e. Les &#233;lus du Canada-Uni refusent. Quant aux autorit&#233;s britanniques, il leur suffit qu'une majorit&#233; d'&#233;lus canadiens-fran&#231;ais consentent sans mandat. Ainsi est n&#233; le Canada.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1088 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:241px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/archives/hist/biographie/indextrudeau.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/18-pet-levesque.png' width=&quot;241&quot; height=&quot;198&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;
Ainsi se refait-il en 1982 apr&#232;s le refus des premiers ministres provinciaux de tenir un r&#233;f&#233;rendum &#224; la suggestion de Ren&#233; L&#233;vesque. Une fois de plus, les autorit&#233;s britanniques acceptent que le Canada soit revu sans consultation des populations concern&#233;es. C'est ainsi que les Qu&#233;b&#233;cois ne purent exprimer leur point de vue. Il en fut de m&#234;me pour leurs &#233;lus de l'Assembl&#233;e nationale. Ni les autorit&#233;s britanniques, ni la Cour supr&#234;me n'y port&#232;rent attention.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1086 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:216px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.ledevoir.com/2005/11/02/94042.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/18-gomery.png' width=&quot;216&quot; height=&quot;276&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;
De tous ces changements, il ressort que les &#233;lus du peuple qu&#233;b&#233;cois n'ont de l&#233;gitimit&#233; que s'ils d&#233;cident selon les attentes des dirigeants britanniques ou canadiens. Quant au peuple, il importe &#224; ces m&#234;mes dirigeants qu'il ne puisse exprimer son choix, car il pourrait perp&#233;trer d&#233;mocratiquement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un crime contre l'humanit&#233;&lt;/i&gt;. Quelle horreur ! Tels &#233;taient les objectifs de la Guerre de neuf ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peu apr&#232;s le d&#233;p&#244;t du rapport Gomery, Jean Chr&#233;tien, qui c&#244;toya les Mandela, Poutine et Clinton de ce monde, fut re&#231;u par sa Majest&#233;, car il a rempli le mandat que lui assigna le Gouverneur g&#233;n&#233;ral : d&#233;fendre le Canada contre vents et mar&#233;es, quitte, s'il le faut, &#224; contraindre l'&#233;lan de libert&#233; du peuple qu&#233;b&#233;cois. Il sera s&#251;rement anobli, de son vivant ou &#224; titre posthume.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Claude Bariteau, anthropologue&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Quelques le&#231;ons de la crise d'octobre </title>
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		<dc:date>2007-10-17T21:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Ren&#233; Marcel Sauv&#233; - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


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		<description>Le peuple qu&#233;b&#233;cois n'a pas encore franchi la derni&#232;re &#233;tape de son histoire : celle de l'&#201;tat. Il n'a pas encore d&#233;cid&#233; de se gouverner lui-m&#234;me et de se d&#233;faire d'Ottawa, dont il n'a nul besoin pour &#234;tre bien gouvern&#233;. Une question d'&#201;tat d'une telle (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'&#233;tais officier dans l'arm&#233;e canadienne pendant la crise d'octobre 70, cantonn&#233; &#224; la base militaire de Saint Jean sur Richelieu. Officier du Royal 22e R&#233;giment mais n'&#233;tant pas en service avec un des trois bataillons d'infanterie r&#233;guli&#232;re, je n'ai pas &#233;t&#233; appel&#233; &#224; servir &#224; Montr&#233;al et appuyer les corps de police dans leurs recherches des suppos&#233;s dangereux terroristes du Front de Lib&#233;ration du Qu&#233;bec. Les coll&#232;gues qui y sont all&#233;s m'ont tenu au courant de ce qui s'est pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premi&#232;re source d'emb&#234;tement : une proportion &#233;lev&#233;e de soldats, sous-officiers et officiers subalternes du R&#233;giment &#233;taient souverainistes depuis plusieurs ann&#233;es, ce qui ne nuisait nullement &#224; leur service. En effet, les Qu&#233;b&#233;cois, qu'ils soient souverainistes ou non, paient leurs contributions au gouvernement unitaire d'Ottawa et en cons&#233;quence, ont le droit et m&#234;me le devoir de se pr&#233;valoir des biens et services offerts par le syst&#232;me f&#233;d&#233;ral canadien. Pendant longtemps, au cours de mes 28 ann&#233;es de service, nous &#233;tions inform&#233;s que Qu&#233;b&#233;cois et Canadiens fran&#231;ais contribuaient &#224; raison de 34% du budget de la d&#233;fense du Canada mais que notre repr&#233;sentation ne s'&#233;levait qu'&#224; 8% des effectifs, militaires et civils. De plus, nous savions que les gros contrats octroy&#233;s par le Minist&#232;re de la D&#233;fense Nationale &#224; Ottawa &#233;chouaient rarement aux entreprises qu&#233;b&#233;coises.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, il aurait &#233;t&#233; juste et &#233;quitable que Qu&#233;b&#233;cois et Canadiens fran&#231;ais soient quatre fois plus nombreux dans les Forces Arm&#233;es Canadiennes, sans compter les contrats. Souvent, les militaires Qu&#233;b&#233;cois ont tent&#233; de faire comprendre aux Qu&#233;b&#233;cois que, compte tenu de leur participation financi&#232;re aux services de la d&#233;fense canadienne, ils ne devraient pas h&#233;siter &#224; servir plus nombreux dans l'arm&#233;e, l'aviation, la marine et les services de recherches en mati&#232;re de d&#233;fense. Que les Qu&#233;b&#233;cois soient massivement contre l'arm&#233;e, traumatis&#233;s comme ils l'ont &#233;t&#233; par l'arm&#233;e britannique qui a envahi le territoire du Qu&#233;bec et l'a r&#233;guli&#232;rement investi par la force, suivie de la Canadian Army qui en fait autant, cela est compr&#233;hensible. Ce qui l'est moins, c'est l'incapacit&#233; qu&#233;b&#233;coise de sortir de ses traumatismes et d'envisager la situation actuelle avec une certaine objectivit&#233;. Un peuple colonis&#233; ne peut se lib&#233;rer sans avoir appris &#224; se d&#233;fendre au point de dissuader la puissance occupante de le retenir par la force. Il n'y a nulle honte &#224; s'instruire chez la puissance dominante, quitte ensuite &#224; se retourner contre elle. C'est une loi de la nature. Ce n'est pas de la morale &#224; l'eau de rose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'ils avaient &#233;t&#233; quatre fois plus nombreux dans les Forces Arm&#233;es Canadiennes comme il se doit, personne n'aurait os&#233; proclamer la Loi des mesures de guerre contre le Qu&#233;bec et contre le Qu&#233;bec exclusivement en octobre 1970, et personne n'aurait os&#233; faire appel &#224; des unit&#233;s de langue anglaise pour venir aider la police qui n'avait nul besoin d'aide.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1077 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:200px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www3.sympatico.ca/historia/octobre.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/17-octobre70.png' width=&quot;200&quot; height=&quot;190&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Le Front de Lib&#233;ration du Qu&#233;bec ne se composait que d'une trentaine de jeunes gens sans d&#233;fense, sans moyens et qui manquaient de toutes les connaissances n&#233;cessaires pour organiser une insurrection, une r&#233;bellion majeure ou un coup d'&#201;tat. Le FLQ ne soutient aucune comparaison avec les Hell's Angels, autrement plus nombreux, mieux organis&#233;s et disposant de vastes moyens pour intervenir par la force et se d&#233;fendre en cas de besoin. Pourtant, jamais le gouvernement d'Ottawa n'est intervenu pour proclamer la Loi des mesures de guerre contre les Hell's Angels. Une escouade de police a suffi pour faire le travail.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alors pourquoi la Loi des mesures de guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'arm&#233;e, les listes qui nous arrivaient concernant les personnes &#224; trouver et arr&#234;ter nous laissaient perplexes. Des syndicalistes, des membres du Parti Qu&#233;b&#233;cois, nouvellement organis&#233;, des militants inoffensifs, des intellectuels suppos&#233;ment de gauche. Aucune concentration de l'effort sur les membres du FLQ proprement dit. C'&#233;tait ridicule. Beaucoup de soldats du Royal 22e R&#233;giment ont r&#233;agi &#224; leur mani&#232;re contre ce qui leur apparaissait comme une criante injustice. Ils ont pass&#233; tout droit devant les maisons, ou sont all&#233;s avertir les personnes d&#233;sign&#233;es qu'ils avaient eu l'ordre de les arr&#234;ter mais ne le feraient pas. Dans plusieurs cas, dont celui de Pierre Bourgault, les soldats ont offert de le conduire vers un lieu s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucun soldat ne peut agir contre sa conscience au nom du serment port&#233; &#224; la Reine. Les proc&#232;s de N&#252;remberg sont les pr&#233;c&#233;dents des temps actuels dans la d&#233;termination de la conduite des militaires arm&#233;s et en uniforme. Aux proc&#232;s qui ont suivi la seconde Guerre mondiale en Allemagne, officiers et soldats allemands ont tent&#233; de justifier leurs crimes de guerre au nom de l'ob&#233;issance aux ordres. Ils ont &#233;t&#233; condamn&#233;s au nom de la conscience morale qui doit les guider en toutes circonstances, comprenant le refus d'ob&#233;ir &#224; des ordres immoraux ou criminels, m&#234;me au risque d'y perdre leur vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1078 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:202px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.cvm.qc.ca/glaporte/metho/a01/a145.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/17-pet.png' width=&quot;202&quot; height=&quot;228&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Une insurrection est un soul&#232;vement, arm&#233; ou non, contre l'autorit&#233; en place, qui implique plus de la moiti&#233; d'une population donn&#233;e. Tel &#233;tait loin d'&#234;tre le cas au Qu&#233;bec en octobre 70. Le FLQ &#233;tait seul et m&#234;me s'il s'&#233;tait attir&#233; la sympathie d'une partie de la population, cette sympathie ne s'&#233;tait pas traduite en acte. Comment les dirigeants de l'&#233;poque pouvaient-ils &#234;tre ignorants au point de ne pas discerner entre sympathie et participation active ? Un peuple inf&#233;od&#233; et habitu&#233; &#224; la soumission servile comme les Qu&#233;b&#233;cois s'agite mais n'agit pas. Un peuple souverain et exasp&#233;r&#233; agit, descend dans la rue et se d&#233;barrasse des autorit&#233;s en place jug&#233;es inaptes ou trop malhonn&#234;tes pour gouverner. Ce n'est pas le cas du peuple qu&#233;b&#233;cois qui ne sait pas ce que veut dire se gouverner lui-m&#234;me et en cons&#233;quence n'en conna&#238;t pas les principes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Qu&#233;b&#233;cois ont toujours &#233;t&#233; gouvern&#233;s par les autres. Comme les Norv&#233;giens, les Su&#233;dois et les Finlandais avant leur ind&#233;pendance. Appliqu&#233; au Qu&#233;bec et au Canada, l'expression &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;insurrection appr&#233;hend&#233;e&lt;/i&gt; est fonci&#232;rement vicieuse et ne peut &#233;maner que d'autorit&#233;s coloniales ou post-coloniales d&#233;termin&#233;es &#224; prot&#233;ger l'oligarchie en place, quelle que soit l'injustice qui s'abattra sur la t&#234;te d'un peuple d&#233;pourvu et sans d&#233;fense. Ce comportement proc&#232;de d'une indescriptible mesquinerie, de la l&#226;chet&#233; et d'une ignorance crasse des principes qui gouvernent toute strat&#233;gie d'&#201;tat. C'est de la bassesse, de la petitesse, de la m&#233;chancet&#233;, de la malice, de l'outrecuidance et de l'esprit chagrin. Quelle honte que d'&#234;tre gouvern&#233;s par des gens de cette sorte !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1076 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/+-Crise-d-octobre-70-+&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/16-oct70.png' width=&quot;515&quot; height=&quot;143&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y avait aucun danger de coup d'&#201;tat non plus contre les gouvernements en place de l'&#233;poque. Un coup d'&#201;tat est simple et consiste &#224; saisir les communications de l'&#201;tat dominant pour leur substituer un autre message. C'est ce qu'a compris L&#233;on Trotsky dans la Russie de 1917, alors qu'il a fait pr&#233;c&#233;der son coup d'&#201;tat par une insurrection g&#233;n&#233;rale qui vit le peuple entier descendre dans la rue contre le r&#233;gime tsariste, inefficace et corrompu jusqu'&#224; la mo&#235;lle. Un renversement d'une telle ampleur n'&#233;tait possible que dans la g&#233;ographie et l'histoire russe. Il n'aurait probablement pas &#233;t&#233; possible ailleurs, sauf en France, en Allemagne et aux &#201;tats Unis. Mais nous avons affaire &#224; des peuples qui se gouvernent eux-m&#234;mes depuis des si&#232;cles, non des peuples inf&#233;od&#233;s et habitu&#233;s &#224; la soumission servile comme dans des colonies. Compte tenu des communications telles qu'elles &#233;taient en 1917, il &#233;tait possible de les saisir. Rien de semblable ne pouvait se produire, ni au Qu&#233;bec ni au Canada, en 1970.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le peuple qu&#233;b&#233;cois n'a pas encore franchi la derni&#232;re &#233;tape de son histoire : celle de l'&#201;tat. Il n'a pas encore d&#233;cid&#233; de se gouverner lui-m&#234;me et de se d&#233;faire d'Ottawa, dont il n'a nul besoin pour &#234;tre bien gouvern&#233;. Une question d'&#201;tat d'une telle envergure n'a rien &#224; avoir avec une insurrection, une r&#233;bellion, un coup d'&#201;tat, du s&#233;paratisme ou autre chose du genre. C'est une question de maturit&#233; et de volont&#233; collective. Qu'arrivera-t-il lorsque cette Volont&#233; qu&#233;b&#233;coise de se prendre en charge se traduira en acte, et qui a le courage et la lucidit&#233; d'oser r&#233;pondre &#224; cette question qui ne s'adresse qu'&#224; un peuple adulte ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ren&#233; Marcel Sauv&#233;, Capitaine d'infanterie (retrait&#233;), g&#233;ographe et auteur de
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;G&#233;opolitique et avenir du Qu&#233;bec&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Quelle histoire !</title>
		<link>http://www.vigile.net/Quelle-histoire,9484</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Quelle-histoire,9484</guid>
		<dc:date>2007-10-09T13:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Lis&#233;e - L'actualit&#233; www2.lactualite.com</dc:creator>
		


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		<description>Dans le dernier livre publi&#233; avant son d&#233;c&#232;s, Quand l'&#201;tat se m&#234;le de l'histoire, l'&#233;minent historien fran&#231;ais Ren&#233; R&#233;mond r&#233;clame le retrait de toutes les lois de ce genre, y compris celle sur l'Holocauste. L'avertissement est salutaire, au moment o&#249; les lobbys (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Savez-vous pourquoi les habitants de Hongkong ne peuvent &#233;lire leurs gouvernants au suffrage universel ? C'est, selon Ma Link, chef du parti prochinois, parce que &#171; beaucoup d'entre eux pensent encore qu'il y a eu un massacre sur la place Tian'anmen, en 1989 &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela vous choque que l'&#201;tat chinois se m&#234;le de d&#233;cider de la bonne version de l'histoire ? C'est que vous &#234;tes en d&#233;saccord avec lui. S'il avait d&#233;cid&#233; au contraire qu'il fallait croire qu'il y a eu un g&#233;nocide arm&#233;nien, ou rwandais, ou affirm&#233; cette v&#233;rit&#233; que l'Holocauste a bel et bien eu lieu, vous seriez moins r&#233;ticent. L'&#201;tat a trois r&#244;les &#224; jouer en ce qui concerne l'histoire. La faire, d'abord, ce qui n'est pas rien. L'enseigner, ensuite, sur la foi du consensus &#233;labor&#233; par les historiens. Laisser, enfin, la libert&#233; de la d&#233;couvrir &#8212; en publiant rapidement ses documents internes &#8212; et de la d&#233;battre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous voici &#224; une &#233;poque o&#249; l'&#201;tat se m&#234;le de fixer l'histoire et, ce faisant, de limiter notre libert&#233; d'expression. La pente est savonneuse. En France, pays des Lumi&#232;res, les parlementaires ont soif de clart&#233; historique. En 1992, une premi&#232;re loi a affirm&#233; que c'&#233;tait un d&#233;lit de contester l'existence de l'Holocauste (le Canada a une loi semblable). Puis, on a d&#233;cr&#233;t&#233; la reconnaissance du g&#233;nocide arm&#233;nien. Jusque-l&#224;, en dehors des n&#233;onazis et des Turcs, peu d'opposants. Ensuite, le Parlement a jug&#233; &#171; positive &#187; l'exp&#233;rience coloniale fran&#231;aise en Afrique. Toll&#233;, et retrait de la loi. Enfin, une loi a affirm&#233; qu'il fallait croire que la traite des Noirs et l'esclavage avaient &#233;t&#233; un &#171; crime contre l'humanit&#233; &#187;. Un livre contestant cette d&#233;finition fut l'objet d'une poursuite, abandonn&#233;e depuis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sauf pour l'exp&#233;rience coloniale, le consensus des historiens soutient les affirmations des &#233;lus. Je suis moi-m&#234;me d'avis que la d&#233;portation des Acadiens satisfait aux crit&#232;res actuels du crime contre l'humanit&#233;. Et je ne vois pas de difficult&#233; &#224; ce qu'un premier ministre, un ministre ou n'importe quel &#233;lu affirme ces choses dans le cadre de ses fonctions. Il peut m&#234;me, comme l'a fait Jacques Chirac, assumer a posteriori la responsabilit&#233; de son &#201;tat dans un &#233;v&#233;nement historique &#8212; comme les rafles de citoyens juifs en France pendant la guerre &#8212; et s'en excuser. Mais que l'&#201;tat, par la loi, fixe une interpr&#233;tation de l'histoire, ce n'est pas son r&#244;le, encore moins lorsqu'il interdit qu'on la conteste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le dernier livre publi&#233; avant son d&#233;c&#232;s, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand l'&#201;tat se m&#234;le de l'histoire&lt;/i&gt;, l'&#233;minent historien fran&#231;ais Ren&#233; R&#233;mond r&#233;clame le retrait de toutes les lois de ce genre, y compris celle sur l'Holocauste. L'avertissement est salutaire, au moment o&#249; les lobbys multiplient les pressions pour faire reconna&#238;tre leurs versions, surtout leurs versions de victimes (qui ne manquent pas, dans l'histoire). Qu'on oblige le Royaume-Uni &#224; pr&#233;senter des excuses &#8212; ou m&#234;me &#224; offrir r&#233;paration &#8212; pour la d&#233;portation des Acadiens, j'embarque. Car c'est son affaire. De m&#234;me, il faudra bien un jour qu'un premier ministre qu&#233;b&#233;cois lib&#233;ral demande pardon pour l'emprisonnement, par Robert Bourassa, en octobre 1970, de 500 citoyens, dont cinq po&#232;tes, pour d&#233;lit d'opinion. Mais que Londres ou Qu&#233;bec ne se m&#234;lent pas d'imposer leur interpr&#233;tation comme la seule v&#233;ridique et d'interdire la publication de propos la contredisant. Et je ne suivrais pas les Acadiens s'ils voulaient, comme le font les Arm&#233;niens, aller de Parlement en Parlement autour du monde pour faire reconna&#238;tre leur version de l'histoire, si juste soit-elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons eu r&#233;cemment trois affaires, chez nous, qui nous tirent vers ce marais de l'&#201;tat-qui-pense-pour-vous. D'abord, l'Assembl&#233;e nationale a vot&#233; d'un bloc pour condamner le journaliste Andr&#233; Pratte, qui avait eu le tort d'accuser les politiciens d'&#234;tre des &#171; menteurs &#187;. (C'est Daniel Johnson qui avait d&#233;pos&#233; la motion, lui qui venait pourtant de traiter Jacques Parizeau de &#171; menteur &#187;.) Ensuite, sur proposition de Jean Charest, l'Assembl&#233;e a bl&#226;m&#233; Yves Michaud pour des propos certes condamnables, mais non pendables. Enfin, cela vous a peut-&#234;tre &#233;chapp&#233;, mais sur proposition du lib&#233;ral Denis Coderre, la Chambre des communes a d&#233;nonc&#233; &#224; l'unanimit&#233; l'article d&#233;bile de Jan Wong affirmant, dans le Globe and Mail, que la fusillade de Dawson &#233;tait un effet de la loi 101. Encore une fois, nos &#233;lus ont le droit de s'insurger, dans le cadre de leurs fonctions et individuellement, contre tout ce qu'ils veulent, mais pas d'engager l'&#201;tat, l'Assembl&#233;e, la Chambre dans une tentative de censure (ou, dans ces cas-ci, d'intimidation) envers des particuliers ou des journalistes qui expriment une opinion, si fausse, stupide ou offensante soit-elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au Canada, on interdit l'appel &#224; la haine. Haine raciale. Haine envers les homosexuels. Cela part d'un bon sentiment, le souci de d&#233;fendre les victimes. C'est sans doute ma formation de journaliste qui me guide dans une qu&#234;te de libert&#233; d'expression un peu d&#233;tonnante en ces heures o&#249; prime la protection des victimes. Je crois pourtant que toute entrave &#224; la libert&#233; d'expression, en cr&#233;ant un &#171; p&#233;ch&#233; &#187;, rend ce p&#233;ch&#233; plus attrayant et plus fort. C'est le consensus social qui doit marginaliser et neutraliser les appels &#224; la haine, pas la loi et les sanctions de l'&#201;tat. &#192; mon avis, sauf dans les cas de libelle ou ceux touchant les enfants, seul l'appel direct &#224; la violence &#8212; &#224; toute violence &#8212; devrait &#234;tre prohib&#233;. Mais l&#224;-dessus, j'interdis formellement qu'on me contredise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LE SAVIEZ-VOUS ? Au Nicaragua, le dictateur Somoza censurait all&#233;grement. Le quotidien La Prensa rempla&#231;ait chaque article censur&#233; &#8212; parfois en premi&#232;re page &#8212; par une photo d'Ava Gardner. Quand les vendeurs criaient &#171; Ava Gardner, Ava Gardner &#187;, les gens savaient que quelque chose d'important leur &#233;tait cach&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>L&#233;vesque devait-il &#233;carter Bourgault ?</title>
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		<dc:date>2007-09-01T17:35:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Nadeau - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>Photo : Annik MH De Carufel C'est le livre-&#233;v&#233;nement de l'automne. Bourgault, de Jean-Fran&#231;ois Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir et historien, ne peut qu'attirer l'attention. Parce que la vie de Bourgault &#233;pouse la formidable &#233;volution du Qu&#233;bec. Parce (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton8592.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;211&quot; height=&quot;147&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Photo : Annik MH De Carufel&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est le livre-&#233;v&#233;nement de l'automne. Bourgault, de Jean-Fran&#231;ois Nadeau, directeur des pages culturelles du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Devoir&lt;/i&gt; et historien, ne peut qu'attirer l'attention. Parce que la vie de Bourgault &#233;pouse la formidable &#233;volution du Qu&#233;bec. Parce que Bourgault a plong&#233; dans la politique, fait la f&#234;te avec les artistes, provoqu&#233;, dans sa vie tant publique que priv&#233;e, et su s&#233;duire les foules. Parce que l'homme est complexe, entier, fascinant et d&#233;testable. Parce que son parcours est un roman et que notre coll&#232;gue le raconte avec talent. En attendant le lancement de l'ouvrage, jeudi, voici, dans des textes r&#233;dig&#233;s en exclusivit&#233; pour Le Devoir, deux facettes du personnage que fut Pierre Bourgault.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans une lettre dat&#233;e du 4 novembre 1968, le pr&#233;sident du Rassemblement pour l'ind&#233;pendance nationale &#233;crit une derni&#232;re fois &#224; ses militants. Le RIN a &#233;t&#233; sacrifi&#233;, explique Pierre Bourgault, pour faire l'unit&#233; des ind&#233;pendantistes au sein du Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_779 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:177px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Une-premiere-biographie-de-Pierre&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/15-bourgault-lp.png' width=&quot;177&quot; height=&quot;231&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;La nouvelle du sabordage du RIN rend tout d'abord Ren&#233; L&#233;vesque fou de rage. L'ancien ministre de Jean Lesage ne veut pas des gens du RIN au sein du PQ. Ni collectivement, ni individuellement. Il n'en a jamais voulu. Malgr&#233; tout, plusieurs militants souhaitent que Bourgault prenne la parole lors d'assembl&#233;es. L&#233;vesque demande &#224; Camille Laurin de rappeler &#224; l'ancien pr&#233;sident du RIN que &#171; les seuls porte-parole du PQ sont ceux mandat&#233;s par l'ex&#233;cutif &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bourgault se voit donc forc&#233; de se tailler une place co&#251;te que co&#251;te &#224; l'ex&#233;cutif du parti, &#224; d&#233;faut de quoi il devra accepter d'&#234;tre rel&#233;gu&#233; aux oubliettes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En juin 1969, Bourgault annonce aux m&#233;dias qu'il pr&#233;sente sa candidature &#224; la pr&#233;sidence du PQ dans le comt&#233; de Taillon, en banlieue de Montr&#233;al. Ville Jacques-Cartier, coeur &#233;lectoral du comt&#233;, n'est pas un lieu de tout repos. Comme l'&#233;crit Jacques Ferron, qui appuie Bourgault, les chiens y remplacent la police, les &#171; b&#233;cosses &#187; l'&#233;gout, les puits l'aqueduc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 23 juin, au sous-sol de l'&#233;glise, Bourgault ne tarde pas, comme ses partisans, &#224; se sentir dans le p&#233;trin jusqu'au cou. Environ 400 personnes sont pr&#233;sentes, mais le climat tient plus d'une r&#233;union mafieuse que d'un exercice d&#233;mocratique. Avant m&#234;me le d&#233;but du scrutin, Bourgault se sent &#224; ce point menac&#233; physiquement qu'il quitte la salle avec les siens. La police doit intervenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#233;vesque condamne cette assembl&#233;e et exige qu'elle soit reprise selon les r&#232;gles. &#171; Il y avait un certain nombre de fiers-&#224;-bras assez connus, dit-il, qui ont fait peser un climat tr&#232;s mauvais sur l'assembl&#233;e, et il y avait aussi, dans un autre sens, des &quot;pr&#233;sences&quot; compl&#232;tement ext&#233;rieures au comt&#233; de Taillon qui ne pouvaient pas faire autrement que d'agir comme des agents provocateurs. &#187; En somme, aussi bien dire que L&#233;vesque condamne tout autant Bourgault que les gros bras !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bourgault ne se pr&#233;sente pas &#224; la nouvelle assembl&#233;e. Il a d'abord demand&#233; &#224; rencontrer L&#233;vesque, qui &#171; a refus&#233; &#187;, raconte Bourgault. &#171; Mais, apr&#232;s avoir insist&#233;, il a d&#233;cid&#233; d'accepter. [...] D&#232;s le d&#233;but de notre conversation, &#231;'a &#233;t&#233; effrayant. Jamais je n'avais &#233;t&#233; m&#233;pris&#233; comme &#231;a de toute ma vie. [...] Il ne voulait pas de moi dans le parti. &#192; ce moment-l&#224;, il m'avait dit que tous les bons comt&#233;s de Montr&#233;al m'&#233;taient ferm&#233;s. Je ne savais plus o&#249; aller pour les &#233;lections de 1970. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#233;vesque le rudoie et le broie litt&#233;ralement : &#171; Vous &#234;tes dangereux parce que vous provoquez le fanatisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[...] Si l'ind&#233;pendance vous tient vraiment &#224; coeur, M. Bourgault, faites donc comme Fran&#231;ois Aquin et rentrez chez vous ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Accul&#233; au pied du mur, Bourgault re&#231;oit alors une proposition surprenante : un ancien du RIN lui demande d'engager la lutte &#233;lectorale dans le comt&#233; de Mercier contre Robert Bourassa, premier ministre d&#233;sign&#233; du Parti lib&#233;ral !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'embl&#233;e, Bourgault r&#233;agit : &#171; Je lui ai r&#233;pondu qu'il &#233;tait fou et que c'&#233;tait un suicide. Mais, apr&#232;s y avoir quelque peu r&#233;fl&#233;chi, j'ai trouv&#233; l'id&#233;e pas b&#234;te. Je me suis dit que les dirigeants du parti n'oseraient pas m'en emp&#234;cher et qu'ils vont &#234;tre contents que j'aille ainsi &#224; la boucherie. J'&#233;tais convaincu de r&#233;ussir une lutte int&#233;ressante et je voulais leur prouver que j'&#233;tais encore rentable &#233;lectoralement. Tout le monde disait : &quot;Bourgault est masochiste.&quot; Ce n'&#233;tait pas du masochisme, je n'avais pas le choix. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors de l'assembl&#233;e d'investiture, L&#233;vesque brille par son absence. Jeune &#233;tudiante, Nicole Stafford joue le r&#244;le d'attach&#233;e de presse de Bourgault. Pas facile de faire campagne avec lui, se souvient-elle. Le conflit entre Bourgault et L&#233;vesque est &#224; ce point profond qu'il est m&#234;me impossible pour la jeune attach&#233;e de presse d'obtenir une photo montrant le candidat Bourgault en compagnie du chef du Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous avons r&#233;alis&#233; une fausse photo !, explique Nicole Stafford. On avait pris Bourgault alors qu'il serrait la main d'un homme ayant l'allure de Ren&#233; L&#233;vesque. Et on avait remplac&#233; la t&#234;te de cet homme par celle de L&#233;vesque ! C'est donc cette photo truqu&#233;e, imprim&#233;e dans un journal de campagne, que les &#233;lecteurs ont re&#231;ue &#224; leur porte ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le soir du 29 avril 1970, dans Mercier, Bourgault termine deuxi&#232;me avec 12 276 voix en sa faveur, contre 15 337 pour Robert Bourassa. &#192; la permanence locale du PQ, tous les militants ont cru jusqu'&#224; la fin, comme Bourgault, &#224; la victoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Contre vents et mar&#233;es, Bourgault esp&#232;re toujours faire son nid au sein du PQ. En f&#233;vrier 1971, il se pr&#233;sente pour une deuxi&#232;me fois &#224; l'&#233;lection de l'ex&#233;cutif du parti. Mais L&#233;vesque m&#232;ne une cabale contre lui jusqu'au dimanche soir. Ce jour-l&#224;, l'ancien pr&#233;sident du RIN confie &#224; Jacques Parizeau qu'il songe tout simplement &#224; se retirer. L'&#233;conomiste l'encourage au contraire &#224; tenir jusqu'au bout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bourgault profite du temps de parole accord&#233; aux candidats pour exprimer ses positions. Ce discours est aujourd'hui visible en ligne, sur YouTube : on y voit L&#233;vesque, assis &#224; c&#244;t&#233; de Gilles Gr&#233;goire, qui l'&#233;coute en se tenant parfois la t&#234;te dans les mains...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dot&#233; d'un flegme tr&#232;s britannique, Jacques Parizeau trouve alors pour le moins infantile l'attitude de son chef. Il applique, dit-il, un simple principe de &#171; r&#233;alisme &#187; politique contre l'attitude de L&#233;vesque : &#171; Quand vous &#234;tes menac&#233;s par les pouvoirs publics et que vos gens sont mis en prison, on ne crache pas sur ses alli&#233;s... M&#234;me si on consid&#232;re que ce sont de petits imb&#233;ciles ou des p&#233;d&#233;s... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au moment de l'&#233;lection, Parizeau pr&#233;vient l'assembl&#233;e que les candidats sont &#233;gaux et que, &#224; titre de pr&#233;sident de l'ex&#233;cutif national, il ne voit aucune raison de tol&#233;rer des manigances d'exclusion pr&#233;alable d'un candidat... L&#233;vesque joue &#224; sa fa&#231;on ses cartes contre Bourgault. Et il perd. Les 2000 partisans r&#233;unis en congr&#232;s exultent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Contestation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceux qui croyaient que l'arriv&#233;e de Bourgault au coeur du PQ provoquerait une arythmie politique au sein du parti ont vite fait de constater leur erreur. Toujours ponctuel, il est &#171; rigoureux, bon soldat, discutant ferme jusqu'&#224; ce qu'une d&#233;cision soit prise. On appr&#233;hendait le chaos des &#233;motions, on d&#233;couvrit un esprit constructif pour qui le r&#234;ve pouvait d&#233;boucher sur l'action &#187;, commente Jacques Parizeau. Cet avis est partag&#233; par Pierre Renaud, Guy Joron, Serge Gu&#233;rin et Pierre Marois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au sein de l'ex&#233;cutif, Bourgault n'entreprend rien qui pourrait porter atteinte &#224; L&#233;vesque. Les rapports entre les deux hommes, bien que meilleurs qu'auparavant, n'en demeurent pas moins tendus. L&#233;vesque se m&#233;fie toujours de Bourgault. Selon l'ancien ministre Guy Joron, Bourgault &#171; r&#233;sistait mal &#224; l'envie de dire quelque chose pour choquer. Devant un penchant pareil, j'avais un peu les m&#234;mes craintes que L&#233;vesque &#224; son endroit, m&#234;me si je le comprenais mieux et que j'&#233;tais son ami &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bourgault se d&#233;m&#232;ne. Il participe &#224; l'&#171; anti-campagne &#187; du PQ pour les &#233;lections f&#233;d&#233;rales de 1972. Il prend la parole avec Parizeau pour la premi&#232;re de ces assembl&#233;es devant quelque 450 personnes. Le Montr&#233;al-Matin rapporte alors que Bourgault &#171; n'a rien perdu de ses talents de magn&#233;tiseur des foules &#187;, en plus de &#171; faire preuve d'un humour pouss&#233; &#187;. Toutefois, compl&#232;tement &#233;puis&#233; par la lutte politique ainsi que par ses m&#233;saventures financi&#232;res et amoureuses, Bourgault envisage de plus en plus de se retirer de la vie publique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La retraite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peu de temps avant No&#235;l 1972, Bourgault confie &#224; Guy Joron qu'il a pris la d&#233;cision de se retirer. Il finit par l'annoncer au comit&#233; ex&#233;cutif. Personne ne conteste son choix, mais L&#233;vesque exprime la volont&#233;, aussi &#233;tonnante que soudaine, de le retenir comme candidat potentiel pour la prochaine campagne ! Politesse ou moquerie ? Bourgault ne bronche pas. Sobrement, il affirme qu'il entend d&#233;sormais se consacrer &#224; se &#171; refaire intellectuellement, moralement et financi&#232;rement &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#233;vesque, qui assiste &#224; la conf&#233;rence de presse, d&#233;clare que l'ex&#233;cutif du PQ &#171; regrette unanimement et sans ambigu&#239;t&#233; la d&#233;cision de M. Bourgault &#187;. Il insiste m&#234;me pour souligner la loyaut&#233; ind&#233;fectible de Bourgault depuis deux ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant de partir, Bourgault se permet de rappeler les diff&#233;rends qui subsistent entre lui et L&#233;vesque. Premi&#232;rement, la politique linguistique, encore et toujours : Bourgault favorise l'unilinguisme fran&#231;ais au Qu&#233;bec. Deuxi&#232;mement, Bourgault reproche au PQ une attitude qu'il juge trop timide &#224; l'endroit des jeunes, ce qui a pour effet de les d&#233;mobiliser. Troisi&#232;mement, il regrette que la politique de gauche inscrite au programme soit si peu d&#233;fendue en pratique. En entrevue, Bourgault fait en d&#233;finitive grief au PQ de pr&#233;senter une image trop conservatrice alors que ses v&#233;ritables vis&#233;es sont proprement r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le retour du b&#233;lier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La retraite politique de Bourgault ne dure pas deux ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En janvier 1975, la Soci&#233;t&#233; nationale des Qu&#233;b&#233;cois l'invite &#224; prendre la parole. Malgr&#233; une temp&#234;te de neige, les militants se d&#233;placent pour l'entendre. Bourgault explose, plus br&#251;lant que jamais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que fait-il sauter, cette fois-ci, avec ses mots ? Rien de moins que le Parti qu&#233;b&#233;cois. Ce gros parti, avec ses 100 000 membres et son statut d'opposition officielle, existe &#224; peine, explique-t-il. Il lui manque de l'&#226;me !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce soir-l&#224;, c'est nul autre que Jacques Parizeau qui prend d'abord la parole pour chauffer la salle. La pr&#233;sence d'un des bonzes du PQ ent&#233;rine en quelque sorte officiellement &#224; la fois le retour de Bourgault et son discours lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand je fais une assembl&#233;e avec Jacques Parizeau, c'est une bonne assembl&#233;e, parce qu'on se compl&#232;te, parce qu'on touche des gens diff&#233;rents &#187;, explique Bourgault la semaine suivante. Parizeau et Bourgault repr&#233;sentent au fond des p&#244;les forts d'une m&#234;me tendance historique au sein du Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je trouve le parti un peu &quot;plate&quot;, un peu ennuyeux ; il n'est pas enthousiasmant, explique alors Bourgault. Au d&#233;but, le parti avait une image un peu &quot;hot&quot; ; puis, peut-&#234;tre avec raison, on s'est acharn&#233; &#224; d&#233;velopper l'image du &quot;low profile&quot;. [...] Je nous trouve tr&#232;s peu pr&#233;sents &#224; la t&#233;l&#233;vision, &#224; la radio, dans les assembl&#233;es publiques. [...] Id&#233;alement, si L&#233;vesque et quelques autres t&#234;tes d'affiche pouvaient se d&#233;tacher un peu plus des t&#226;ches d'administration quotidienne, ce serait utile. [...] Moi, je veux bien me mettre dans cette position actuellement, et c'est pour cela que je suis revenu. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces propos, L&#233;vesque les qualifie de &#171; sparages &#187; et, avec d&#233;rision, dit trouver &#171; touchant l'enthousiasme emballant avec lequel M. Bourgault veut relancer le parti &#187;. Coup de massue final : L&#233;vesque juge pr&#233;matur&#233;e l'id&#233;e de lui confier &#224; nouveau un comt&#233; pour les prochaines &#233;lections. En somme, L&#233;vesque ferme carr&#233;ment la porte au retour de Bourgault. Le d&#233;bat acrimonieux entre les deux hommes reprend de plus belle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Furieux, vex&#233;, Bourgault tonne : &#171; Quand je dis, comme cette semaine, que je veux aller dans les c&#233;geps, L&#233;vesque r&#233;pond que [Claude] Charron fait bien &#231;a et qu'il conna&#238;t mieux que moi le dossier de l'&#233;ducation. [...] On ne va pas dans les c&#233;geps pour parler seulement d'&#233;ducation, on devrait y aller pour parler d'ind&#233;pendance ! &#187; N'en d&#233;plaise &#224; L&#233;vesque, Bourgault est reparti. Et il n'a pas l'intention de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aux &#233;tudiants du coll&#232;ge Dawson, Bourgault explique qu'il ne milite au PQ que pour r&#233;gler la question nationale. Ce qui l'int&#233;resse, fondamentalement, c'est la mise en place d'un syst&#232;me social mieux adapt&#233; aux besoins de chacun. Mais un tel syst&#232;me, social-d&#233;mocrate, ne peut &#234;tre vraiment instaur&#233; qu'une fois tranch&#233;e cette question nationale, ce qui permettrait alors aussi, entre autres, de sortir du syst&#232;me britannique bipartite qui limite l'expression des diff&#233;rentes opinions au parlement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui est qu&#233;b&#233;cois pour Bourgault ? Sa d&#233;finition est alors pr&#233;cise et ne changera presque pas jusqu'&#224; la fin de sa vie. &#171; Il d&#233;finit un Qu&#233;b&#233;cois comme quelqu'un qui a accept&#233; de vivre, de travailler au Qu&#233;bec, quelle que soit son origine, rapporte une journaliste du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Soleil&lt;/i&gt;. Comme quelqu'un, aussi, qui veut prendre toutes ses responsabilit&#233;s, sans les laisser &#224; des &#233;trangers qui empochent les profits. &#187; Ne cherchez pas chez lui la communaut&#233; ethnique, le sang et le folklore national. Le pays de Bourgault n'est pas un f&#233;tiche mais une id&#233;e appel&#233;e &#224; grandir, &#224; se modifier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tr&#232;s vite, Bourgault tire de nouveau le diable par la queue... &#171; Si je ne travaille pas, je vais me retrouver dans le trou comme avant et je devrai abandonner encore une fois &#187;, explique-t-il &#224; Sept-&#206;les. Pas d'emploi pour lui au PQ. Faute de pouvoir compter sur L&#233;vesque, il cogne &#224; la porte de Robert Bourassa, qui lui trouve du travail par l'entremise de Jean-Paul L'Allier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#233;lections&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le soir du 15 novembre 1976, l'&#233;quipe de Ren&#233; L&#233;vesque est &#233;lue. La surprise est consid&#233;rable. &#171; Malgr&#233; toutes mes objections, malgr&#233; l'analyse dramatique que je faisais de la situation, malgr&#233; mes appr&#233;hensions devant la prise du pouvoir trop rapide du PQ et devant la mise en veilleuse de l'id&#233;e d'ind&#233;pendance, malgr&#233; mon opposition &#224; la strat&#233;gie du r&#233;f&#233;rendum, j'aurais voulu c&#233;l&#233;brer ce soir-l&#224; avec tout le monde &#187;, &#233;crit Bourgault.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce soir-l&#224;, Bourgault ne participe pas &#224; la f&#234;te, ni au sens propre, ni au sens figur&#233;. Il commente tout bonnement les r&#233;sultats &#233;lectoraux &#224; la radio en compagnie de Solange Chaput-Rolland, qui vient de recevoir l'Ordre du Canada, et de Pierre Desmarais, pr&#233;sident du Conseil du patronat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La victoire du PQ a rendu Bourgault &#171; respectable &#187; comme par enchantement, m&#234;me s'il critique toujours s&#233;v&#232;rement les positions linguistiques de L&#233;vesque et l'&#233;tapisme ass&#233;chant du technocrate &#224; la pipe qu'est Claude Morin. Les offres qu'on lui fait pour des entrevues, des conf&#233;rences, des colloques et des articles se multiplient tout &#224; coup. Lui qui est toujours &#224; sec peut m&#234;me d&#233;sormais encaisser un ch&#232;que n'importe o&#249; ! Pourtant, Bourgault n'est li&#233; d'aucune fa&#231;on au nouveau gouvernement. Beaucoup de gens s'imaginent tout de m&#234;me qu'il est une source d'inspiration pour les politiques qui se dessinent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une fois de plus, Bourgault consid&#232;re tout naturellement que les circonstances doivent en effet le conduire &#224; reprendre du service en politique, d'une fa&#231;on ou d'une autre. Mais en f&#233;vrier 1977, par un arr&#234;t&#233; en conseil, c'est plut&#244;t au mus&#233;e qu'on appelle Pierre Bourgault : il est en effet nomm&#233; membre du conseil d'administration du Mus&#233;e des beaux-arts ! S'il accepte cette fonction, il n'en juge pas moins que L&#233;vesque, de la sorte, a voulu se moquer de lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me si elle est post&#233;rieure &#224; ces &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes, la perspective de Martine Tremblay, directrice de cabinet de L&#233;vesque, m&#233;rite d'&#234;tre relat&#233;e ici, tant elle r&#233;sume bien le rapport entre les deux hommes &#224; l'&#233;poque : &#171; La relation la plus ouvertement tendue de Ren&#233; L&#233;vesque, en tout cas sur le terrain politique, a certes &#233;t&#233; avec Pierre Bourgault, &#224; qui il n'a jamais pardonn&#233; d'avoir dissous le RIN en 1968 pour venir grossir les rangs du PQ avec ses quelques milliers de militants. En r&#233;alit&#233;, Pierre Bourgault est le prototype de ce que L&#233;vesque d&#233;testait le plus, combinant une enflure verbale et un radicalisme de pens&#233;e et de strat&#233;gie qu'il trouvait &#233;minemment nuisibles &#224; la cause qu'il d&#233;fendait. &#187; Un franc-tireur nuisible au Parti qu&#233;b&#233;cois ? Chose certaine, ce ne fut pas l'avis de Jacques Parizeau...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;jfnadeau@ledevoir.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Chimie et magie de Marcel Chaput</title>
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		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Nadeau - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>La th&#232;se et l'argumentaire de Pourquoi je suis s&#233;paratiste sont simples comme deux et deux font quatre. Selon un plan pyramidal un peu simpliste, Chaput affirme que le pr&#233;tendu &#171; pacte entre deux nations &#187; sur lequel repose le Canada de 1867 est mort. &#192; l'&#232;re de la fin des empires, (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 18 septembre 1961, au Cercle universitaire de Montr&#233;al, Marcel Chaput, chimiste rondouillard au langage incisif, lance &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi je suis s&#233;paratiste&lt;/i&gt;. Le livre soul&#232;ve les passions. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi je suis s&#233;paratiste&lt;/i&gt; est vite traduit en anglais, puis lanc&#233; &#224; Toronto, &#224; titre de curiosit&#233; politique. Pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle plus tard, cet ouvrage vient de repara&#238;tre en format de poche, coiff&#233; d'une pr&#233;sentation de Michel Venne, directeur de l'Institut du Nouveau Monde. Dans son court texte, Venne affirme que &#171; relire Marcel Chaput, pr&#232;s de 50 ans apr&#232;s la parution de ce livre court mais clair, c'est revenir &#224; l'essentiel &#187;. Est-ce donc dire qu'il s'agit d'un livre que les ind&#233;pendantistes devraient m&#233;diter davantage que le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Option Qu&#233;bec&lt;/i&gt; de Ren&#233; L&#233;vesque ou que les plaquettes incendiaires de Pierre Bourgault ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_492 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:257px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Pourquoi-relire-Chaput-aujourd-hui&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_7-chaput.jpg' width=&quot;257&quot; height=&quot;418&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; En fran&#231;ais, plusieurs milliers d'exemplaires de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi je suis s&#233;paratiste&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; vendus lors de sa parution. Son &#233;diteur, Jacques H&#233;bert, parle de plus de 40 000 ventes. Il est cependant sage de se m&#233;fier quelque peu de pareils chiffres. Aujourd'hui comme hier, les &#233;diteurs, qui sont aussi des marchands, gonflent volontiers leurs tirages, histoire de laisser entendre &#224; un vaste public que tout le monde en redemande et que ceux qui n'ont pas lu le fameux ouvrage feraient mieux de s'y mettre au plus vite pour ne pas &#234;tre socialement marginalis&#233;s... Disons que, chose certaine, le livre de Chaput conna&#238;t &#224; tout le moins un succ&#232;s &#233;clatant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233; en 1918, Chaput travaille au minist&#232;re de la D&#233;fense pour le compte du gouvernement f&#233;d&#233;ral. La participation inattendue de ce fonctionnaire &#224; plusieurs activit&#233;s ind&#233;pendantistes et la publication de son livre attirent sur lui toutefois tr&#232;s vite l'attention des m&#233;dias et de certains politiciens. Tr&#232;s peu de gens envisagent alors la r&#233;alit&#233; du pays autrement qu'&#224; travers le prisme d'un f&#233;d&#233;ralisme imp&#233;rial plus ou moins revu et corrig&#233;. Et Chaput, lui, va pourtant jusqu'&#224; &#233;voquer ni plus ni moins que la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;barrasser de la reine et de tout le syst&#232;me qu'elle repr&#233;sente ! En septembre 1960, au moment o&#249; il fonde, avec l'intellectuel Andr&#233; d'Allemagne, le Rassemblement pour l'ind&#233;pendance nationale (RIN), les militants ind&#233;pendantistes qu&#233;b&#233;cois ne sont qu'une vingtaine &#224; se r&#233;unir autour d'une table dans une auberge des Laurentides. Le mouvement en est alors &#224; ses balbutiements.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tr&#232;s rapidement, l'employeur de Chaput s'inqui&#232;te beaucoup de pareilles activit&#233;s militantes. Le cas du fonctionnaire est &#233;voqu&#233; bruyamment jusqu'aux Communes. Mais rien n'y fait : Chaput persiste dans ses convictions. Ses joutes oratoires autant que l'expos&#233; franc et net de ses positions sur la place publique suscitent de plus en plus l'attention. Excellent &#233;diteur, Jacques H&#233;bert, alors aux commandes des &#201;ditions du Jour, a flair&#233; comme &#224; son habitude le bon coup en constatant l'emprise qu'exerce alors Chaput au petit rayon politique de l'ind&#233;pendantisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ami de Pierre Elliott Trudeau, l'ardent f&#233;d&#233;raliste qu'est H&#233;bert ne partage pas du tout les positions du chimiste pol&#233;miste. Mais il con&#231;oit tout de m&#234;me, comme nombre d'&#233;diteurs, qu'un bon livre doit &#234;tre publi&#233; co&#251;te que co&#251;te, c'est-&#224;-dire m&#234;me si cela va &#224; l'encontre de ses propres convictions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tandis que Raymond Barbeau publie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai choisi l'ind&#233;pendance&lt;/i&gt; aux &#201;ditions de l'Homme, maison que Jacques H&#233;bert vient de quitter &#224; la suite d'une brouille avec le propri&#233;taire, Marcel Chaput s'est vu pouss&#233; &#224; &#233;crire, pendant ses vacances, en six semaines et sous la supervision de son &#233;diteur, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi je suis s&#233;paratiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La th&#232;se et l'argumentaire de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi je suis s&#233;paratiste&lt;/i&gt; sont simples comme deux et deux font quatre. Selon un plan pyramidal un peu simpliste, Chaput affirme que le pr&#233;tendu &#171; pacte entre deux nations &#187; sur lequel repose le Canada de 1867 est mort. &#192; l'&#232;re de la fin des empires, il affirme surtout que le Qu&#233;bec n'a que la voie de l'ind&#233;pendance &#224; suivre s'il veut appartenir aux nations libres et modernes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1961, le RIN n'est encore qu'un simple groupe de pression aux moyens tr&#232;s limit&#233;s. Apr&#232;s la parution de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi je suis s&#233;paratiste&lt;/i&gt;, l'emprise politique de Chaput sur le petit mouvement se pr&#233;cipite comme un solut&#233; dans une &#233;prouvette. Si Andr&#233; d'Allemagne appara&#238;t incontestablement comme un fort pilier intellectuel du RIN, le groupe acquiert son souffle de vie beaucoup gr&#226;ce &#224; la renomm&#233;e grandissante de Marcel Chaput, invit&#233; partout &#224; prendre la parole, &#224; s'expliquer, &#224; d&#233;battre. On parle de lui dans les journaux &#233;trangers, autant en Europe qu'en Am&#233;rique du Sud. Il donne alors plus que quiconque de la cr&#233;dibilit&#233; &#224; la cause ind&#233;pendantiste. Marcel Chaput, du moins pendant quelques mois, est la tr&#232;s grande vedette des ind&#233;pendantistes. On l'a oubli&#233; depuis, au profit de discours plus &#233;quilibr&#233;s peut-&#234;tre, mais tellement moins enthousiastes !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le lundi 4 d&#233;cembre 1961, &#224; la suite d'une suspension que lui inflige son employeur, Chaput d&#233;missionne de son poste et d&#233;cide de se consacrer tout entier &#224; la cause politique qui l'anime. Il part &#224; Montr&#233;al, en train. En renon&#231;ant &#224; son emploi pour ses id&#233;es, Marcel Chaput a gagn&#233; un cran sup&#233;rieur sur l'&#233;chelle de la renomm&#233;e m&#233;diatique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Famille et religion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Contrairement &#224; ce qu'affirme la r&#233;&#233;dition de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi je suis s&#233;paratiste&lt;/i&gt;, il n'est pas certain du tout que Chaput ait &#233;t&#233; ind&#233;pendantiste d&#232;s les ann&#233;es 1930. Avoir soutenu un th&#232;me s&#233;paratiste dans une joute oratoire de l'entre-deux-guerres, lors d'une activit&#233; d'une association catholique pour la jeunesse, ne fait de lui ni un penseur, ni un partisan de cette option avant son &#233;closion r&#233;elle au d&#233;but des ann&#233;es 1960. C'est plut&#244;t, vraisemblablement, alors qu'il est membre de l'Ordre secret de Jacques-Cartier, &#224; la fin des ann&#233;es 1950, et au contact de l'Alliance laurentienne de Raymond Barbeau, que Chaput penche d&#233;finitivement du c&#244;t&#233; de l'option ind&#233;pendantiste, dans une perspective d'ailleurs marqu&#233;e &#224; droite, au sceau de la famille et de la religion. Pour Chaput en effet, l'ind&#233;pendance politique seule suffit et il n'y a pas &#224; transformer radicalement la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise pour y arriver.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les 28 et 29 octobre 1961, lors du congr&#232;s du RIN tenu &#224; Montr&#233;al, Chaput est &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence du groupe. Le pr&#233;sident sortant, Andr&#233; d'Allemagne, dresse alors le bilan de la premi&#232;re ann&#233;e d'existence du groupe de pression. Il constate que les rinistes ont bien plus en commun &#171; que la simple id&#233;e de l'ind&#233;pendance mais aussi tout un &#233;tat d'esprit. Il existe maintenant une forme de s&#233;paratisme qui est particuli&#232;re au RIN et qui est en fait un nationalisme humaniste, int&#233;gral et d&#233;mocratique. Humaniste, parce que pour nous l'ind&#233;pendance n'est pas une fin mais un moyen &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le RIN regroupe plusieurs tendances ind&#233;pendantistes parfois fortement antinomiques. Andr&#233; d'Allemagne consid&#232;re que se d&#233;gage tout de m&#234;me de cet amalgame fragile une ligne de force particuli&#232;re qui irrigue tout le RIN et lui donne ainsi son &#233;quilibre. Avec ses compagnons Pierre Bourgault, Rodrigue Guit&#233; et Massue Belleau, d'Allemagne pense en effet qu'il appartient &#224; l'aile gauche du parti, aussi appel&#233;e &#171; les intellectuels de Montr&#233;al &#187;. Pour ce groupe, explique-t-il, &#171; l'id&#233;e de l'ind&#233;pendance est li&#233;e &#224; celle d'une transformation de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mal &#224; l'aise avec les conceptions ath&#233;es et r&#233;volutionnaires de ses jeunes camarades ind&#233;pendantistes, press&#233; de lancer une v&#233;ritable formation politique plut&#244;t que de soutenir &#224; bout de bras un simple groupe de militants, Chaput lance bient&#244;t le Parti r&#233;publicain, avec l'appui de Raymond Barbeau et des &#233;l&#233;ments les plus &#224; droite qui oeuvrent au RIN. Pour soutenir son parti et sa cause, Chaput ira jusqu'&#224; je&#251;ner deux fois, au p&#233;ril de sa sant&#233;. Chez ses plus ardents partisans, on le voit tel une sorte de Gandhi. Conservateur au sens propre, sorte d'aventurier un peu mystique, Chaput n'en &#233;tait pas moins r&#233;volutionnaire dans une certaine mesure. C'est peut-&#234;tre pour cela que m&#234;me un Pierre Bourgault conservera en grande estime, jusqu'&#224; la fin de sa vie, cet homme si diff&#233;rent de lui. Mais le lit-on encore ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;jfnadeau@ledevoir.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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		<title>Raisons et d&#233;raisons de l'Histoire</title>
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		<dc:date>2007-04-13T12:29:19Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Nepveu - Le Devoir</dc:creator>
		


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		<description>D&#232;s lors, je pose ici une hypoth&#232;se : la cause la plus profonde des difficult&#233;s, pour ne pas dire de l'impasse, dans lesquelles se d&#233;bat aujourd'hui l'option du Parti qu&#233;b&#233;cois tient &#224; ce mod&#232;le historique qui soutient le mouvement ind&#233;pendantiste depuis les ann&#233;es 60. (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis toujours &#233;tonn&#233; que les ind&#233;pendantistes et les souverainistes d'aujourd'hui fassent si peu de cas de la fin des grandes id&#233;ologies modernes, de la mort de ces &#171; grands r&#233;cits &#187; proclam&#233;e par plusieurs penseurs d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 80, soit il y a plus de 25 ans ! Ces penseurs, tel Jean-Fran&#231;ois Lyotard (d'ailleurs inspir&#233; par une invitation qu&#233;b&#233;coise), ne se sont pourtant pas tromp&#233;s. &#192; preuve, l'effondrement des r&#233;gimes marxistes et les succ&#232;s pour le moins mitig&#233;s de la d&#233;colonisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ind&#233;pendance s'est &#224; l'origine formul&#233;e selon le sch&#233;ma de ces &#171; grands r&#233;cits &#187; modernes, de ces id&#233;ologies toutes nourries par une l&#233;gitime indignation. L'ind&#233;pendantisme reposait alors sur une analyse lucide de la situation des Canadiens fran&#231;ais dans le cadre canadien et sur une clarification des enjeux. L'id&#233;e g&#233;n&#233;reuse d'une fin des in&#233;galit&#233;s et des injustices &#224; l'&#233;gard des classes exploit&#233;es et des peuples colonis&#233;s &#233;tait un juste cri du coeur, qui &#233;tait aussi une foi. Les hommes ne sont pas de simples f&#233;tus de paille pouss&#233;s par le vent ou entra&#238;n&#233;s par le courant : ils peuvent &#234;tre des sujets actifs. La d&#233;pendance et l'ali&#233;nation d'un grand nombre peuvent conna&#238;tre un d&#233;nouement heureux. L'Histoire, avec une majuscule, avait d&#232;s lors une rationalit&#233;, un sens qui devait s'actualiser au grand soir de la r&#233;volution lib&#233;ratrice. Une logique implacable et la simplicit&#233; lumineuse de la solution propos&#233;e apparaissaient clairement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jusqu'en 1980, l'Histoire qu&#233;b&#233;coise a eu, selon ce sch&#233;ma, un sens irr&#233;versible, parfaitement rationnel. Le r&#233;cit &#233;tait pour ainsi dire d&#233;termin&#233; d'avance. Mais depuis un quart de si&#232;cle au moins, il devient de plus en plus difficile de penser l'Histoire dans les termes qui ont &#233;t&#233; ceux des ann&#233;es 1950-60 et qui venaient souvent, pour l'essentiel, de Karl Marx et de Jean-Paul Sartre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gaston Miron lui-m&#234;me, qui fut non seulement un grand po&#232;te mais aussi un des porte-flambeaux les plus lucides et les plus g&#233;n&#233;reux de la cause ind&#233;pendantiste, saluait dans les ann&#233;es 80 les &#171; nouveaux po&#232;tes &#187; qui lui parlaient des &#171; narratifs du monde enchev&#234;tr&#233;s &#187;. Lui qui s'&#233;tait r&#233;clam&#233;, vers 1965, de Marx et de Sartre pressentait que le monde contemporain, comme le Qu&#233;bec lui-m&#234;me, ne pouvait plus se raconter au singulier, qu'une complexit&#233;, inextricable peut-&#234;tre, posait de nouveaux d&#233;fis &#224; notre mani&#232;re de concevoir l'Histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Du r&#234;ve au r&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#232;s lors, je pose ici une hypoth&#232;se : la cause la plus profonde des difficult&#233;s, pour ne pas dire de l'impasse, dans lesquelles se d&#233;bat aujourd'hui l'option du Parti qu&#233;b&#233;cois tient &#224; ce mod&#232;le historique qui soutient le mouvement ind&#233;pendantiste depuis les ann&#233;es 60. C'est ce mod&#232;le de l'Histoire con&#231;ue comme un r&#233;cit rationnel, une suite logique qui va de l'oppression &#224; la prise de conscience puis &#224; la lib&#233;ration permettant un recommencement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La proposition r&#233;cente, faite par Louis Bernard, de r&#233;duire le programme du Parti qu&#233;b&#233;cois &#224; un seul article, un seul projet, celui de faire la souverainet&#233;, constitue &#224; cet &#233;gard une illustration dramatique de cette vision rationaliste des choses : rien de plus logique, en effet, que cette r&#233;duction &#224; l'essentiel, rien de plus clair que la ligne droite, mais rien aussi qui fasse mieux appara&#238;tre l'&#233;cart entre le d&#233;sir de rationalit&#233; historique et la complexit&#233; du r&#233;el.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ironiquement, en adoptant la loi 101 en 1977, essentielle pour l'avenir du Qu&#233;bec fran&#231;ais, le Parti qu&#233;b&#233;cois a lui-m&#234;me ouvert la porte &#224; une autre mani&#232;re de raconter et d'envisager l'histoire du Qu&#233;bec, une histoire moins lin&#233;aire, davantage plurielle et &#171; accommodante &#187;. C'est ainsi qu'en 2008, tous les enfants et les adolescents du Qu&#233;bec apprendront les rudiments non seulement du christianisme mais aussi du juda&#239;sme, de l'islam et du bouddhisme. Si on juge que le terme &#171; multiculturalisme &#187; est empoisonn&#233;, trouvons alors un autre terme pour dire que le Qu&#233;bec de 2007 entre bien mal dans le cadre du grand r&#233;cit de la lib&#233;ration, dans une logique lin&#233;aire de l'Histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut s'inqui&#233;ter, face &#224; cela, que la tentation de la r&#233;gression se manifeste, que certains crient &#224; l'&#233;chec du nationalisme civique, r&#233;clament une red&#233;finition identitaire (entendez un durcissement) du projet ind&#233;pendantiste. On ne s'&#233;tonne pas non plus d'entendre les &#233;chos d'un discours dans lequel l'Autre (&#233;tranger, immigrant, allophone, etc.) est toujours l'antagoniste : logique binaire, sch&#233;ma de l'affrontement. Cela arrange dr&#244;lement ce mod&#232;le que de privil&#233;gier la figure du fondamentaliste, comme si celui-ci incarnait par excellence la figure de l'&#233;tranger. L'Autre peut alors toujours &#234;tre vu comme celui qui exige, qui revendique, qui impose, qui menace, qui envahit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, regardez un tant soit peu la culture qu&#233;b&#233;coise actuelle, qui doit bien traduire quelque part une exp&#233;rience de notre r&#233;alit&#233; contemporaine : voyez notre litt&#233;rature, notre th&#233;&#226;tre, notre cin&#233;ma, notre chanson. Si vous avez cru que les artistes &#233;taient des proph&#232;tes, alors les nouvelles ne sont pas trop bonnes pour la rationalit&#233; de l'Histoire : &#231;a &#233;clate de partout, &#231;a explose dramatiquement ou joyeusement, mais chose certaine, &#231;a ne semble gu&#232;re pointer vers le grand soir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Nepveu, &#201;crivain et professeur de litt&#233;rature &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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