<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel>
	<title>Vigile.net - Mouvement national qu&#233;b&#233;cois</title>
	<link>http://www.vigile.net/+-Mouvement-souverainiste-quebecois-+</link>
	<description>Le portail ind&#233;pendantiste du Qu&#233;bec</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Vigile.net</title>
		<url>http://www.vigile.net/IMG/siteon0.jpg</url>
		<link>http://www.vigile.net/</link>
		<height>102</height>
		<width>250</width>
	</image>


	











	<item>
		<title>Quel mandat pour la Caisse ? </title>
		<link>http://www.vigile.net/Quel-mandat-pour-la-Caisse,18941</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Quel-mandat-pour-la-Caisse,18941</guid>
		<dc:date>2009-03-31T00:52:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator> Robert Chevalier de Beauchesne (pseudo) - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>Il faut se f&#233;liciter d'avoir encore en cette province des historiens tels qu'&#201;ric B&#233;dard. Il est un des rares &#224; conna&#238;tre, &#224; reconna&#238;tre surtout, la valeur de cette &#171; longue histoire de r&#233;sistance et de combats &#187; que fut celle des Canadiens-Fran&#231;ais. Malheureusement, comme chaque (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut se f&#233;liciter d'avoir encore en cette province des historiens tels qu'&#201;ric B&#233;dard. Il est un des rares &#224; conna&#238;tre, &#224; reconna&#238;tre surtout, la valeur de cette &#171; longue histoire de r&#233;sistance et de combats &#187; que fut celle des Canadiens-Fran&#231;ais. Malheureusement, comme chaque fois qu'il tente de juger les temps pr&#233;sents &#224; l'aune de cette histoire, qu'il esp&#232;re nous en faire tirer le&#231;on, son discours tombe &#224; plat : &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Quel-mandat-pour-la-Caisse&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&#201;ric B&#233;dard, le sp&#233;cialiste du conservatisme canadien-fran&#231;ais&lt;/a&gt;, n'arrive pas &#224; assumer les cons&#233;quences du changement identitaire survenu depuis la R&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car, &#171; les Canadiens fran&#231;ais devenus Qu&#233;b&#233;cois &#187; n'ont pas chang&#233; que leur nom, ils ont troqu&#233; leur identit&#233;. D'une nation ethnique, d&#233;finie par le sol, l'histoire et la culture, ils sont pass&#233;s &#224; une nation civique dont l'appartenance est d&#233;termin&#233;e administrativement par l'&#201;tat. D'une nation se consid&#233;rant titulaire d'une patrie (le Qu&#233;bec) et co-fondatrice d'un pays (le Canada), on a fait une nation dont la souverainet&#233; et la l&#233;gitimit&#233; reposent sur celles d'un simple &#201;tat provincial. Le d&#233;ficit identitaire est tel, que la filiation entre Qu&#233;b&#233;cois et Canadiens-Fran&#231;ais s'en est trouv&#233;e r&#233;duite quasi &#224; n&#233;ant. Et le peu qui reste r&#233;f&#232;re &#224; un pass&#233; devenant de plus en plus &#233;tranger, souvent m&#234;me consid&#233;r&#233; comme honteux. On peut bien le d&#233;plorer, ne pas &#234;tre d'accord, &#231;a ne change rien &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce contexte, l'historien a beau, pour mieux questionner l'actuelle gouvernance de la Caisse, rappeler &#224; grands traits la lib&#233;ration &#233;conomique des Canadiens-Fran&#231;ais et ses principaux h&#233;ros, le souvenir de cette lutte et de ces gens ne faisant plus &#233;cho &#224; notre r&#233;alit&#233; nationale, ce ne sont l&#224; que vaines paroles. Un constat certes troublant, car pour qui a l'honn&#234;tet&#233; de se souvenir, la R&#233;volution tranquille ne devait pas pr&#233;luder &#224; la naissance d'une nouvelle nation, mais bien plut&#244;t concourir au plein accomplissement des Canadiens-Fran&#231;ais. C'est pourquoi la Caisse fut fond&#233;e, c'est pourquoi elle devait favoriser le d&#233;veloppement du Qu&#233;bec et c'est pourquoi la Caisse se devait d'&#234;tre dirig&#233;e par un Canadien-Fran&#231;ais...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est &#233;videmment plus le cas aujourd'hui, mais apr&#232;s quarante ans de nationalisme qu&#233;b&#233;cois, qui donc oserait s'en &#233;tonner ? Michael Sabia est peut-&#234;tre &#171; &#233;tranger aux int&#233;r&#234;ts du Qu&#233;bec inc. &#187;, il est Qu&#233;b&#233;cois et le Gouvernement du Qu&#233;bec lui fait confiance. Que peut-on bien vouloir de plus ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que nos nationalistes, historiens ou pas, cessent de jouer au plus fin. Le devenir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt; de L&#233;vesque s'av&#232;re &#224; l'usage une &#171; d&#233;nationalisation &#187;, une rupture tout aussi d&#233;finitive que le devenir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Canadian&lt;/i&gt; de Trudeau. Il nous pousse all&#232;grement vers les bayous. Monsieur B&#233;dard, c'est bien plus de l'av&#232;nement du Qu&#233;b&#233;cois dont on pourrait parier &#171; que le cartel financier d'autrefois serait bien fier &#187;, car c'est lui et lui seul qui a permis la nomination de Michael Sabia...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si on n'a pas le courage de d&#233;noncer l'imposture, l'&#171; oeuvre de sape &#187; que repr&#233;sente le nationalisme qu&#233;b&#233;cois, si on n'a pas la force d'admettre qu'il a tu&#233; en nous toute r&#233;silience, qu'on cesse donc de se plaindre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car comme on fait son lit, on se couche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>De Londres &#224; Ottawa, le terrorisme d'&#201;tat dans l'histoire du Qu&#233;bec</title>
		<link>http://www.vigile.net/De-Londres-a-Ottawa-le-terrorisme</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/De-Londres-a-Ottawa-le-terrorisme</guid>
		<dc:date>2009-03-01T00:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Andr&#233;e Ferretti - L'Action nationale&lt;br&gt;www.action-nationale.qc.ca</dc:creator>
		


[()


		<description>Invit&#233;e &#224; t&#233;moigner de ses m&#233;faits sur plusieurs tribunes, &#224; l'occasion du trenti&#232;me anniversaire de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre, Andr&#233;e Ferretti, elle-m&#234;me arr&#234;t&#233;e et emprisonn&#233;e pendant 51 jours, pr&#233;f&#232;re livrer cette analyse de l'&#233;v&#233;nement et la donne &#224; (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Invit&#233;e &#224; t&#233;moigner de ses m&#233;faits sur plusieurs tribunes, &#224; l'occasion du trenti&#232;me anniversaire de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre, Andr&#233;e Ferretti, elle-m&#234;me arr&#234;t&#233;e et emprisonn&#233;e pendant 51 jours, pr&#233;f&#232;re livrer cette analyse de l'&#233;v&#233;nement et la donne &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Action nationale&lt;/i&gt; pour publication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 16 octobre 1970, &#224; quatre heures du matin, Pierre-Elliot Trudeau, premier ministre du Canada proclamait la Loi des mesures de guerre et avant m&#234;me le lever du jour, l'arm&#233;e canadienne qui la veille avait subrepticement commenc&#233; &#224; envahir le Qu&#233;bec, l'occupait officiellement en vertu de cette loi. &#192; la m&#234;me heure et en vertu de cette m&#234;me loi, 242 personnes dont plusieurs &#233;crivains et artistes, syndicalistes et candidats du PQ aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes &#233;taient arr&#234;t&#233;es et conduites en prison. La journ&#233;e n'&#233;tait pas termin&#233;e que des dizaines d'autres connaissaient le m&#234;me sort. En quelques jours, 465 personnes avaient &#233;t&#233; emprisonn&#233;es, leurs maisons fouill&#233;es et quelques fois saccag&#233;es, leur famille apeur&#233;e et dans certains cas, leurs enfants laiss&#233;s seuls. Elles furent presque toutes lib&#233;r&#233;es sans m&#234;me avoir &#233;t&#233; interrog&#233;es. Le 21e jour de cette manifestation de force, seules 32 personnes furent mises en accusation, d&#233;tenues encore pendant plusieurs semaines pour &#234;tre enfin lib&#233;r&#233;es sans avoir subi de proc&#232;s, la Cour d&#233;clarant qu'il n'y avait pas mati&#232;re &#224; proc&#233;der (nolle prosequi).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'op&#233;ration d&#233;clench&#233;e sous le pr&#233;texte de l'urgence &#224; contrer une mont&#233;e subite des actes ill&#233;gaux et de la violence politique du FLQ, alors que les membres des cellules du mouvement qui l'exer&#231;aient &#233;taient d&#233;j&#224; connus et fil&#233;s par la police et auraient pu &#234;tre arr&#234;t&#233;s aux seuls moyens des techniques polici&#232;res habituelles, ce qui est d'ailleurs arriv&#233; quelques semaines plus tard, s'av&#232;re &#224; l'&#233;vidence, avec le recul, une entreprise soigneusement planifi&#233;e. Elle avait pour v&#233;ritable but de terroriser le peuple qu&#233;b&#233;cois et d'&#233;craser par ricochet le mouvement ind&#233;pendantiste qui portait &#224; un niveau encore in&#233;gal&#233; sa conscience nationale et sa volont&#233; d'autod&#233;termination.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car il s'agit bien de cela. La promulgation et l'application simultan&#233;es de la Loi des mesures de guerre en octobre 1970 qui permit &#224; l'arm&#233;e canadienne d'envahir le Qu&#233;bec et aux effectifs de la Gendarmerie royale du Canada, de la S&#251;ret&#233; du Qu&#233;bec et des diff&#233;rents corps de police municipaux d'arr&#234;ter sans mandat et d'emprisonner sans accusations sp&#233;cifiques des centaines de partisans de l'Ind&#233;pendance du Qu&#233;bec n'est pas un accident de parcours, un acte exceptionnel qui aurait &#233;t&#233; provoqu&#233; par la violence politique du FLQ. Dans les dizaines de livres et les centaines d'articles publi&#233;s depuis trente ans, consacr&#233;s &#224; l'histoire et &#224; l'analyse de la Crise d'octobre (1), il est d&#233;montr&#233; de mani&#232;re irr&#233;futable que les membres des diverses cellules se r&#233;clamant de leur appartenance au FLQ &#233;taient tous, non seulement bien connus des autorit&#233;s politiques et polici&#232;res, mais qu'ils avaient depuis plusieurs mois et m&#234;me, dans certains cas, depuis quelques ann&#233;es, fait l'objet d'une constante filature et autres formes de surveillance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'o&#249; il ressort clairement que les actions ill&#233;gales du FLQ, en particulier les enl&#232;vements de James Cross, attach&#233; commercial &#224; Montr&#233;al du Haut-Commissariat de la Grande-Bretagne et de Pierre Laporte, ministre du travail et vice-premier ministre dans le gouvernement lib&#233;ral qu&#233;b&#233;cois de Robert Bourassa, n'ont &#233;t&#233; que l'occasion d&#233;sir&#233;e et attendue par le gouvernement canadien, alors sous la f&#233;rule de Pierre Elliot-Trudeau, de passer &#224; l'action afin de frapper, &#224; travers la pr&#233;tendue n&#233;cessit&#233; de combattre un pr&#233;tendu mouvement clandestin, toutes les forces ind&#233;pendantistes du Qu&#233;bec. Celles-ci venaient de manifester leur puissance d'attraction de mani&#232;re &#233;clatante, lors des &#233;lections du 29 avril pr&#233;c&#233;dent, en amenant 24 % des &#233;lecteurs &#224; accorder leur suffrage au Parti Qu&#233;b&#233;cois, malgr&#233; la campagne de peur men&#233;e par les establishments qui n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; recourir aux tactiques les plus malhonn&#234;tes, dont le c&#233;l&#232;bre &#171; coup de la Brinks &#187;, pour faire croire &#224; l'&#233;lectorat qu'une &#233;lection du PQ entra&#238;nerait une chute vertigineuse de son niveau de vie. Ren&#233; L&#233;vesque &#224; juste titre qualifia cette menace de &#171; terrorisme &#233;conomique &#187;. &#192; juste titre aussi, au soir de l'&#233;lection, il clama avec fiert&#233; devant des milliers de militants qui accueillirent ses propos avec enthousiasme : &#171; Cette d&#233;faite ressemble &#224; une victoire &#187;. Cette compr&#233;hension de l'&#233;v&#233;nement &#233;tait enti&#232;rement partag&#233;e par toute la classe politique et &#233;conomique du Canada et du Qu&#233;bec f&#233;d&#233;raliste. Quelques mois plus tard, elle en donna le signe en promulguant la Loi des mesures de guerre, passant du terrorisme &#233;conomique au terrorisme politique et militaire qui est une des constantes de la logique interne de l'histoire canadienne depuis la Conqu&#234;te anglaise. Ce terrorisme fait partie des nombreux processus de r&#233;pression de la nation conquise. L'&#201;tat y a recours chaque fois qu'il prend celle-ci en flagrant d&#233;lit de volont&#233; d'existence autonome et avant qu'elle ne devienne en mesure d'assumer sa souverainet&#233;, m&#234;me quand le rapport des forces en pr&#233;sence ne le justifie aucunement. Terrorisme qui, d&#233;j&#224;, signait le passage de l'arm&#233;e britannique sur la rives du Saint-Laurent, pendant la guerre de conqu&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Au commencement &#233;tait le terrorisme, peut-on dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout a en effet commenc&#233; d&#232;s la fin de l'&#233;t&#233; 1759, quand les troupes de Wolfe d&#233;barqu&#233;es sur la C&#244;te de Beaupr&#233; en incendi&#232;rent les villages sous les regards atterr&#233;s de leurs habitants sans armes, impuissants &#224; les d&#233;fendre. En face, sur la C&#244;te Sud, de Saint-Vallier &#224; L&#233;vis, d'autres soldats envahissaient ces villages derri&#232;re leur canons, placardaient sur les portes des &#233;glises la Proclamation d&#233;cr&#233;tant la chute de la Nouvelle-France et pendaient devant leur maison les quelques audacieux qui protestaient, tel, le capitaine Nadeau de Saint-Michel (2), &#171; pour avoir essay&#233; de soulever ses concitoyens contre nous &#187;, comme le rapporte dans son journal de campagne un d&#233;nomm&#233; Knox, capitaine d'escadron dans l'arm&#233;e de Sa Majest&#233; britannique qui menait ainsi dans les r&#232;gles habituelles au genre sa guerre de conqu&#234;te de la Nouvelle-France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Car il y a bel et bien eu guerre de conqu&#234;te. Toutes les d&#233;n&#233;gations &#224; la Jacques Godbout et autres colporteurs sur nos grands et petits &#233;crans d'une cession sans coup f&#233;rir du Canada par la France &#224; la Grande-Bretagne n'y changeront rien. Elle a eu lieu et a elle dur&#233; pr&#232;s de quatre ans. Elle a commenc&#233;e en 1757, avec l'arriv&#233;e au pouvoir &#224; Londres de William Pitt, francophobe avou&#233;. Cet homme d'&#201;tat, d&#233;termin&#233; &#224; &#233;tendre l'h&#233;g&#233;monie de l'Empire britannique, aussi bien en Am&#233;rique qu'en Asie, s'empressa de c&#233;der aux pressions des colonies anglo-am&#233;ricaines qui supportaient mal le voisinage d'un Canada fran&#231;ais et catholique et qui se montraient pr&#234;tes &#224; engager la lutte contre lui, consid&#233;r&#233; comme un important et importun concurrent sur les march&#233;s. Elle s'est poursuivie pendant plus de deux ans au cours de nombreux affrontements remport&#233;s de haute lutte par les forces fran&#231;aises et canadiennes pourtant consid&#233;rablement inf&#233;rieures en nombre, jusqu'&#224; ce que l'arm&#233;e britannique forte de 63 000 hommes prennent d&#233;finitivement le dessus &#224; la fin de l'&#233;t&#233; 1759 et leur fasse, apr&#232;s un long si&#232;ge, subir la d&#233;faite sur les Plaines d'Abraham. La guerre de conqu&#234;te ne s'est pourtant termin&#233;e qu'un an plus tard, en septembre 1760, avec la capitulation de Montr&#233;al et la reddition de tout le pays. Ce n'est que trois ans plus tard, le 10 f&#233;vrier 1763, que le trait&#233; de Paris ratifiera la situation de fait cr&#233;&#233;e par la d&#233;faite des soldats et miliciens de Montcalm et de Vaudreuil aux mains de l'envahisseur britannique).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La guerre de conqu&#234;te achev&#233;e et l'acte de cession ratifi&#233;e, les Parlements britannique, d'abord, puis canadien ne furent pas constamment dans la n&#233;cessit&#233; de d&#233;ployer leurs forces militaires et polici&#232;res contre la nation conquise puis annex&#233;e pour l'assujettir et l'ali&#233;ner. Ils leur suffirent le plus souvent d'avoir recours &#224; des mesures l&#233;gislatives et &#224; des politiques &#233;conomiques qui lui &#233;taient d&#233;favorables pour maintenir leur domination, de m&#234;me qu'&#224; des coups de force constitutionnels : l'Union des Haut et Bas-Canada, en 1840 ; le Rapatriement de la Constitution en 1982, par exemple. Pourtant, sous le r&#233;gime britannique, l'&#201;tat par deux fois au moins, en 1810 et en 1837-1838, r&#233;prima par la violence les tentatives des Canadiens - qui ne s'identifieront comme Canadiens fran&#231;ais qu'avec l'Union, oblig&#233;s d'ainsi se sp&#233;cifier, le conqu&#233;rant s'&#233;tant alors appropri&#233; jusqu'au nom du peuple conquis - d'exercer leurs droits et de prendre leur destin en main. Sous le r&#233;gime f&#233;d&#233;ral canadien, l'&#201;tat fera appel par trois fois, en 1870-1885, en 1918 et en 1970, &#224; l'arm&#233;e pour mater les mouvements rebelles &#224; ses politiques imp&#233;rialistes et centralisatrices.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1810. Bien qu'&#224; compter des ann&#233;es 1800, elle fut majoritaire &#224; l'Assembl&#233;e, la d&#233;putation canadienne demeurait impuissante &#224; vraiment exercer le pouvoir d&#233;tenu, en fait, par le Conseil ex&#233;cutif et le Conseil l&#233;gislatif, tous deux entre les mains du Parti anglais. Les d&#233;put&#233;s canadiens ne pouvaient que faire obstruction aux projets de loi d&#233;favorables aux int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233; du peuple. En 1810, les d&#233;put&#233;s du Parti canadien refus&#232;rent de voter le budget. Afin de contrer cette opposition, le gouverneur Craig dissout l'Assembl&#233;e l&#233;gislative pour la deuxi&#232;me ann&#233;e cons&#233;cutive. Sous la pouss&#233;e du Parti anglais, il fait saisir le journal Le Canadien, principal support de l'action parlementaire des d&#233;put&#233;s canadiens, fait arr&#234;ter et emprisonner ses r&#233;dacteurs. Il convoque de nouvelles &#233;lections et pour &#233;viter que la population renvoie les m&#234;mes &#233;lus &#224; l'Assembl&#233;e, il d&#233;ploie, les jours de votation, avec l'intention de la terroriser, des contingents de soldats dans les rue de Montr&#233;al et de Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1837/1838. Est-il besoin de rappeler comment, apr&#232;s avoir militairement &#233;cras&#233; les mouvements de r&#233;bellion actifs dans ses colonies du Haut et du Bas-Canada qui r&#233;clamaient un gouvernement responsable, l'&#201;tat mena sa guerre de r&#233;pression dans le seul Bas-Canada, en incendiant quelques villages dont ceux de Saint-Eustache et de Saint-Beno&#238;t, en pillant et incendiant, ailleurs, les fermes des habitants favorables au mouvement, en confisquant les biens des combattants, en violant de nombreuses femmes trouv&#233;es seules au foyer, sans oublier les exils, les d&#233;portations et les pendaisons. Est-il besoin de souligner la cause de cette diff&#233;rence du traitement appliqu&#233; aux rebelles des deux colonies. Qui ignore que les revendications politiques des patriotes anglo-saxons du Haut-Canada &#233;taient principalement fond&#233;es sur des griefs d'ordre &#233;conomique, tandis que celles, tant &#233;conomiques et sociales que politiques, des patriotes canadiens &#233;taient toutes d&#233;termin&#233;es par la question nationale. C'est parce que l'objectif majeure des patriotes canadiens &#233;tait l'ind&#233;pendance du Bas-Canada, consid&#233;r&#233;e comme seul moyen de lib&#233;rer leur nation de la domination politique et &#233;conomique des industriels, des marchands et des financiers anglais de la colonie soutenus par toutes les instances de l'&#201;tat colonial, que cet &#201;tat se livra &#224; des actes terroristes inutiles pour assurer sa victoire militaire, mais n&#233;cessaires pour briser chez le peuple conquis toute volont&#233; de continuer la lutte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Pourtant, bien que ces r&#233;bellions aient &#233;chou&#233; et que son mouvement bas-canadien ait &#233;t&#233; compl&#232;tement &#233;cras&#233;, la r&#233;volte des Canadiens n'en continuait pas moins d'apeurer les autorit&#233;s britanniques qui ordonn&#232;rent une vaste enqu&#234;te sur ses causes et d&#233;p&#234;ch&#232;rent Lord Durham sur les lieux pour la mener &#224; bien. Dans son rapport publi&#233; en janvier 1839, l'enqu&#234;teur non seulement reconna&#238;t l'existence de la nation canadienne fran&#231;aise, mais attribue &#224; sa conscience nationale et &#224; son d&#233;sir d'autod&#233;termination la responsabilit&#233; des troubles. Pour l'emp&#234;cher de nuire &#224; nouveau, il propose la mise en vigueur de politiques propres &#224; la rendre minoritaire et &#224; l'assimiler. Et c'est le coup de force : l'Union des Haut et Bas-Canada sanctionn&#233;e par la reine Victoria, le 23 juillet 1840. Inauguration du processus d'annexion et d'enfermement de la nation canadienne fran&#231;aise dans un engrenage constitutionnel, juridique, politique, d&#233;mographique et &#233;conomique qui la marginalise, la soumet &#224; des int&#233;r&#234;ts &#233;trangers et l'ali&#232;ne. Pr&#233;lude de l'union f&#233;d&#233;rative de 1867 qui, sous le nom de &#171; Conf&#233;d&#233;ration &#187; - d&#233;nomination abusive puisqu'elle n'a jamais eu pour but l'association de collectivit&#233;s politiquement souveraines -, pr&#233;side aux destin&#233;es de la nation canadienne fran&#231;aise qui, aujourd'hui, au Qu&#233;bec, constitue la majorit&#233; du peuple qu&#233;b&#233;cois, majorit&#233; qui aspire &#224; l'ind&#233;pendance et lutte pour son av&#232;nement.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1870-1885. L'histoire est longue qui conduit &#224; la r&#233;pression sanglante de la deuxi&#232;me r&#233;bellion des Blancs et des M&#233;tis du Nord-Ouest, et &#224; la pendaison de Louis Riel. Elle commence en 1868, quand le Canada ach&#232;te &#224; la compagnie de la Baie d'Hudson le vaste territoire qui comprend aujourd'hui les trois provinces de l'Ouest et les territoires du Nord-Ouest, pour en faire une colonie d'Ottawa. Les habitants qui n'avaient pas &#233;t&#233; consult&#233;s r&#233;agirent mal &#224; cette annexion. Les M&#233;tis et les Blancs, en majorit&#233; catholique et de langue fran&#231;aise, s'unirent pour revendiquer des lois et des pouvoirs qui leur garantiraient leurs droits territoriaux, linguistiques et religieux. Sous la direction de Louis Riel, ils &#233;tablirent &#224; Rivi&#232;re-Rouge un gouvernement provisoire, &#233;tablirent une &#171; liste des droits &#187;, exig&#232;rent l'ouverture de n&#233;gociations avec Ottawa. Cette premi&#232;re lutte mena, apr&#232;s bien des p&#233;rip&#233;ties violentes, &#224; la cr&#233;ation de la province du Manitoba, en juillet 1870. La population qu&#233;b&#233;coise avait soutenu le mouvement et avait exig&#233; du gouvernement d'Ottawa qu'il n&#233;gocie avec Riel des clauses qui inscriraient dans la liste des droits l'&#233;galit&#233; linguistique et scolaire du fran&#231;ais et de l'anglais. Les Britanniques de la r&#233;gion, appuy&#233; par les Ontariens ne l'entendirent pas de la m&#234;me mani&#232;re. Il n'&#233;tait pas question pour eux de laisser se d&#233;velopper une province francophone et catholique au coeur des Prairies et d'ouvrir ainsi la porte de l'Ouest &#224; l'&#233;migration canadienne fran&#231;aise du Qu&#233;bec. Ils s'opposent &#224; l'amnistie de Louis Riel qu'ils accusent de meurtre, mettent sa t&#234;te &#224; prix, apr&#232;s qu'il se fut exil&#233;. Ils s'attaquent sans r&#233;pit aux M&#233;tis qui, d&#233;poss&#233;d&#233;s de leur terre et sans chef, quittent le Manitoba pour s'&#233;tablir plus &#224; l'Ouest o&#249; ils sont victimes des m&#234;mes ennuis et pers&#233;cutions. En 1885, Ceux-ci rappellent Louis Riel et l'histoire se r&#233;p&#232;te. Mais face &#224; une arm&#233;e de 8000 hommes appuy&#233;s par des canons et des mitrailleuses, les troupes de Riel succomb&#232;rent rapidement, les villages et les fermes des M&#233;tis furent pill&#233;es et incendi&#233;es et les habitants refoul&#233;s encore plus &#224; l'Ouest. Riel se rendit, subit un proc&#232;s devant un jury anglais et protestant qui le trouva coupable de haute trahison et le condamna &#224; la pendaison. Toute l'op&#233;ration encore une fois, au del&#224; de ses causes imm&#233;diates, fut men&#233;e contre le Canada fran&#231;ais. Il s'agissait de faire comprendre &#224; la population du Qu&#233;bec que l'expansion vers l'Ouest devait &#234;tre le fait du Canada anglais et servir ses seuls int&#233;r&#234;ts de tous ordres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1918. Quand en 1917, de retour de Londres o&#249; il avait particip&#233; &#224; une s&#233;ance du Cabinet anglais de guerre, Robert Borden, alors premier ministre du gouvernement canadien, d&#233;cida d'imposer la Conscription, les Canadiens fran&#231;ais firent imm&#233;diatement conna&#238;tre leur farouche opposition &#224; l'adoption d'une telle mesure. Ils ne voyaient pas pourquoi ils serviraient de chair &#224; canon &#224; l'arm&#233;e de sa Majest&#233; britannique, certainement pas parce que le Canada anglais s'&#233;tait engag&#233; &#224; lui fournir des soldats, alors qu'ils venaient de perdre coup sur coup les batailles de l'enseignement du fran&#231;ais en Ontario et des &#233;coles s&#233;par&#233;es au Manitoba. Borden tenta alors de former un gouvernement d'Union nationale et d'y faire entrer Laurier. Celui-ci refusa. Le premier ministre r&#233;alisa n&#233;anmoins son projet et forma un cabinet compos&#233; de treize conservateurs et dix lib&#233;raux dont deux Canadien fran&#231;ais qui s'en retireront bient&#244;t, puis il d&#233;clencha des &#233;lections qui auront lieu le 17 d&#233;cembre. Deux semaines avant ce jour, Borden, inquiet de l'opposition grandissante &#224; la conscription, tant au Canada qu'au Qu&#233;bec, fit publier un d&#233;cret minist&#233;riel qui en exemptait les fils des agriculteurs. Manoeuvre qui lui permet de remporter une victoire &#233;clatante, mais non de faire taire l'opposition &#224; la conscription qui, au Qu&#233;bec, est presque unanime, tr&#232;s active et parfois violente. La situation atteignit son point culminant au printemps 1918. Suite &#224; l'arrestation dans la rue, le 29 mars, &#224; Qu&#233;bec, d'un homme qui ne pouvait pas fournir sur le champ son certificat d'exemption du service militaire, la r&#233;volte des t&#233;moins se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre et des &#233;meutes &#233;clat&#232;rent qui dur&#232;rent jusqu'au 2 avril. La police fit appel &#224; l'arm&#233;e, un bataillon canadien anglais bas&#233; &#224; Toronto fut d&#233;p&#234;ch&#233; &#224; Qu&#233;bec, la loi martiale appliqu&#233;e. Dans la soir&#233;e du premier avril, les soldats tir&#232;rent sur la foule d&#233;sarm&#233;e, firent cinq morts et des dizaines de bless&#233;s, en plus d'emprisonner sans mandat et sans cautionnement de tr&#232;s nombreux citoyens. L'&#201;tat, une fois de plus, tentait de mater par la force la r&#233;sistance du peuple conquis &#224; ses politiques imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1970. Les &#233;v&#233;nements imm&#233;diats et officiels qui ont d&#233;clench&#233; la Crise d'octobre remontent longuement mais directement &#224; la naissance, &#224; la fin des ann&#233;es 1950, du mouvement ind&#233;pendantiste contemporain. C'est un mouvement r&#233;volutionnaire qui, &#224; l'instar de mouvements similaires &#224; l'oeuvre partout dans le monde, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, appelle le peuple &#224; lutter contre toutes les formes d'assujettissement : domination politique, exploitation &#233;conomique, oppression sociale et culturelle. Les forces ind&#233;pendantistes qu&#233;b&#233;coises d'alors con&#231;oivent l'ind&#233;pendance non seulement comme une lutte politique ayant pour objectif essentiel la cr&#233;ation d'un &#201;tat souverain, mais aussi comme un projet de lib&#233;ration nationale, c'est-&#224;-dire une remise en question globale du syst&#232;me colonial canadien et une prise en main par le peuple de tous les instruments de son d&#233;veloppement collectif. La r&#233;alisation d'un tel projet n&#233;cessite la formation d'une v&#233;ritable conscience nationale, plut&#244;t que nationaliste, qui am&#232;ne la nation conquise puis annex&#233;e &#224; affirmer et &#224; d&#233;fendre tous les attributs de son identit&#233;, dont son droit inali&#233;nable &#224; l'autod&#233;termination, de m&#234;me qu'&#224; croire &#224; sa capacit&#233; de l'assumer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les enjeux du combat s'av&#232;rent ainsi colossaux. En effet, l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec en tant que pr&#233;alable indispensable &#224; une v&#233;ritable lib&#233;ration nationale menacent objectivement les int&#233;r&#234;ts capitalistes de la grande bourgeoisie canadienne dont l'&#201;tat canadien est non seulement le repr&#233;sentant mais, plus fondamentalement, le noyau institutionnel et le soutien inconditionnel (3). Il s'agit donc en premier lieu de fissurer ce noyau. Toutes les organisations qui composent le mouvement ind&#233;pendantiste, poursuivent cet objectif. Malgr&#233; la diversit&#233; des discours qu'elles tiennent et des strat&#233;gies qu'elles adoptent, inspir&#233;s par des id&#233;ologies et des int&#233;r&#234;ts sociaux plus ou moins diff&#233;rents, elles s'attaquent donc avec une m&#234;me d&#233;termination aux institutions, aux symboles et aux entreprises de cette classe dominante qui poss&#232;de alors la presque totalit&#233; des ressources naturelles, financi&#232;res et industrielles du Qu&#233;bec et en contr&#244;le ainsi le d&#233;veloppement &#233;conomique et l'organisation politique, en plus d'imposer &#224; la main d'oeuvre qu&#233;b&#233;coise sa langue et ses conditions de travail. Engag&#233;s dans une lutte &#224; finir avec le colonialisme et ses s&#233;quelles, les mouvements et partis engag&#233;s dans la lutte pour l'ind&#233;pendance basent leur action sur la n&#233;cessit&#233; de politiser et de mobiliser le peuple, conscients que sa d&#233;termination constitue la seule force susceptible de renverser les pouvoirs &#233;tablis. Tous sont anim&#233;s par ce m&#234;me souci d&#233;mocratique, y compris le FLQ. Seul, cependant, celui-ci agira dans la clandestinit&#233; et aura recours &#224; des actions violentes (si l'on excepte la dizaine de membres de l'ALQ et de l'ARQ dont l'existence sera de courte dur&#233;e et dont les actions d'&#233;clat seront confondues dans l'opinion publique avec celles du FLQ), tous les autres n'auront toujours recours qu'&#224; des moyens l&#233;gaux, bien que non conventionnels, pour convaincre les Qu&#233;b&#233;cois de la n&#233;cessit&#233; de l'ind&#233;pendance et de l'urgence de la r&#233;aliser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De plus, jamais, jusqu'&#224; la cr&#233;ation du Mouvement Souverainet&#233;-Association, ils ne tenteront d'occulter l'ampleur et la difficult&#233; de la t&#226;che &#224; accomplir, en diluant l'objectif de libert&#233; dans celui d'&#233;galit&#233;, en diluant la revendication d'une autod&#233;termination pleine et enti&#232;re &#224; celle d'un partage de la souverainet&#233; du Qu&#233;bec avec l'&#201;tat canadien dominant et ennemi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, en 1970, deux ans apr&#232;s la fondation du Parti qu&#233;b&#233;cois, issu du MSA, et l'ascendant h&#233;g&#233;monique qu'il exerce sur le mouvement ind&#233;pendantiste qu'il finira par r&#233;duire &#224; la marginalit&#233;, les bourgeoisies canadienne et qu&#233;b&#233;coise au pouvoir &#224; Ottawa et &#224; Qu&#233;bec et dont les int&#233;r&#234;ts sont int&#233;gr&#233;s, s'opposent aussi farouchement au compromis l&#233;v&#233;quiste de r&#233;am&#233;nagement de la Constitution qui accorderait &#224; l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois un pouvoir politique &#233;gal &#224; celui de l'&#201;tat canadien, qu'&#224; celui de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. Elles jugent irrecevable cette proposition de partage de leurs lieux de pouvoir et de d&#233;cision, m&#234;me si le projet ne remet aucunement en question les tenants et aboutissants du d&#233;veloppement global du capitalisme nord-am&#233;ricain. Et ces puissantes bourgeoisies ont peur. Malgr&#233; tous les moyens qu'elles ont mis en oeuvre pour manipuler l'&#233;lection du 29 avril, les r&#233;sultats se sont av&#233;r&#233;s plus importants que pr&#233;vus et lui font craindre que le Parti qu&#233;b&#233;cois puisse prendre le pouvoir d&#232;s l'&#233;lection suivante. Ainsi averties et affol&#233;es, elles somment leurs gouvernements et leurs m&#233;dias d'utiliser toutes leurs ressources pour emp&#234;cher cette &#233;ventualit&#233; de devenir r&#233;alit&#233;, leur enjoignant de ne reculer devant aucun moyen. Elles se sentent d'autant plus menac&#233;es que l'agitation ouvri&#232;re ne cesse de prendre de l'ampleur partout au Qu&#233;bec et qu'elle est soutenue par plusieurs groupes et groupuscules ind&#233;pendantistes et socialistes et par le FLQ, d'une part. D'autre part, un parti progressiste qui &#233;pouse la plupart des revendications populaires de tous ces mouvements voit le jour au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, &#224; Montr&#233;al. Le Front d'action politique (FRAP) a pour objectif de merer la lutte, lors des &#233;lections pr&#233;vues pour le 25 octobre, &#224; l'administration Drapeau-Saulnier qui les repr&#233;sente sur la sc&#232;ne municipale montr&#233;alaise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans ce contexte que les Partis au pouvoir, particuli&#232;rement le Parti lib&#233;ral du Canada par la voix de son chef, Pierre Elliot-Trudeau, ennemi jur&#233; du nationalisme qu&#233;b&#233;cois, a fortiori de l'ind&#233;pendantisme, opposant farouche &#224; toutes les revendications nationales du peuple qu&#233;b&#233;cois exigeant des pouvoirs accrus pour le Qu&#233;bec, entreprirent de discr&#233;diter le Parti qu&#233;b&#233;cois en associant souverainisme et terrorisme. Il s'agissait, comme les en a accus&#233; Ren&#233; L&#233;vesque &#171; de condamner le Qu&#233;bec &#224; l'impuissance &#187;. La mise en vigueur de la Loi des mesures de guerre en octobre 1970 n'avait pas d'autre but.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1970, comme aujourd'hui, comme jadis et nagu&#232;re, le Canada anglais refuse l'existence nationale du peuple qu&#233;b&#233;cois et, aujourd'hui comme autrefois, il est pr&#234;t &#224; utiliser tous les moyens pour le r&#233;duire &#224; n&#233;ant ou, tout au moins l'emp&#234;cher de nuire au d&#233;veloppement de ses int&#233;r&#234;ts nationaux. Il est le peuple conqu&#233;rant qui trouve justifi&#233;e sa domination sur le peuple conquis, qui trouve justifi&#233; de d&#233;ployer son arm&#233;e contre lui, chaque fois qu'il a l'impudence de s'affirmer. En 1970, pour pr&#233;server l'int&#233;grit&#233; de son pouvoir mal acquis et mal conserv&#233;, bien que le rapport des forces en pr&#233;sence ne l'exigeait pas, il a saut&#233; sur l'occasion que lui offrait le FLQ. pour &#233;craser la d&#233;marche &#233;minemment l&#233;gitime et d&#233;mocratique et l'action politique l&#233;gale du Parti qu&#233;b&#233;cois, repr&#233;sentant alors &#224; ses yeux la menace ind&#233;pendantiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car, il est important de le souligner, les moyens de la lutte employ&#233;s par les forces ind&#233;pendantistes importe peu &#224; l'&#201;tat canadien, seule compte &#224; ses yeux leur efficacit&#233; r&#233;elle ou appr&#233;hend&#233;e. Et le terrorisme fait partie des armes &#224; sa disposition pour la contrer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tant qu'en grande majorit&#233; nous n'aurons pas une conscience aig&#252;e que nous sommes en guerre et tant que nous ne serons pas vraiment d&#233;termin&#233;s &#224; vaincre l'ennemi, nous serons victimes de ses coups de force et de ses actes de terrorisme. Il faut esp&#233;rer que nous d&#233;velopperons ces qualit&#233;s avant qu'il ne soit trop tard pour que les luttes de nos parents et a&#239;eux pour la reconnaissance de nos droits et pour notre souverainet&#233; n'aient pas &#233;t&#233; men&#233;es en vain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Pour &#233;crire cet article, je me suis toutefois principalement r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; l'ouvrage de Louis Fournier : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;FLQ histoire d'un mouvement clandestin&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; en 1998 par Lanct&#244;t &#233;diteur, et, pour l'histoire g&#233;n&#233;rale, parus chez le m&#234;me &#233;diteur, en 1999, les 2 tomes de Robert Lahaise et No&#235;l Vallarand : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Nouvelle France&lt;/i&gt; (1524-1760) et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec sous le r&#233;gime anglais&lt;/i&gt; (1760-1867), de m&#234;me qu'&#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Canada pourquoi l'impasse&lt;/i&gt;, de &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/archives/auteurs/h/hollowayk.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Kaye Holloway&lt;/a&gt;, publi&#233; &#224; Montr&#233;al, en 1984 par les &#233;ditions Nouvelle-Optique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bulletin des Recherches Historiques&lt;/i&gt;, vol. III, p.64, cit&#233; dans une monographie consacr&#233;e &#224; l'histoire de Saint-Michel de Bellechasse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3. Voir &#224; ce sujet l'ouvrage de l'historien Stanley Br&#233;haut-Ryerson : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitalisme et Conf&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De Londres &#224; Ottawa, le terrorisme d'&#201;tat dans l'histoire du Qu&#233;bec. par Andr&#233;e Ferretti &lt;br&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Action nationale&lt;/i&gt;, vol. 90, no 8, octobre 2000, pp. 67-79.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Le printemps de l'Am&#233;rique fran&#231;aise</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-printemps-de-l-Amerique</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Le-printemps-de-l-Amerique</guid>
		<dc:date>2009-01-24T17:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Fran&#231;ois Deschamps - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>Pour le dire sans d&#233;tour, la r&#233;publique qu&#233;b&#233;coise sans les armes, sans services secrets, servie sur un plateau d'argent, est une belle chim&#232;re que nos souverainistes cultivent toujours, semble-t-il, avec une belle candeur.</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Louis-Georges Harvey, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le printemps de l'Am&#233;rique fran&#231;aise : am&#233;ricanit&#233;,
anticolonialisme et r&#233;publicanisme, 1805-1837&lt;/i&gt;, Bor&#233;al, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout naturellement est une question d'insistance, de perspective et&#8230; de
mise en march&#233;. Sous le titre attrayant de Le printemps de l'Am&#233;rique
fran&#231;aise, la relecture du pass&#233; qu&#233;b&#233;cois que propose Louis-Georges Harvey
d&#233;coule de sa dissidence par rapport au courant principal de
l'historiographique canadian issu en ligne droite de la vision &#171; lib&#233;rale &#187;
du vice-roi Durham. Textes &#224; l'appui, l'auteur vise &#224; restituer la
dimension progressiste, agricole, pluraliste, civique, vertueuse et
territoriale de l'id&#233;ologie du parti de la majorit&#233; bas-canadien. En
r&#233;sonance avec le titre m&#234;me de son ouvrage, il oppose plus pr&#233;cis&#233;ment au
&#171; grand mythe de la douceur de l'hiver colonial &#187; (10), l'effervescence du
discours d'&#233;mancipation patriote dont l'anticolonialisme constitue, &#224; son
avis, la souche principale &#224; laquelle se rattachent l'am&#233;ricanisme et le
r&#233;publicanisme [1]. Rien &#224; voir donc, de prime abord, avec un nationalisme
ethnique &#8211; le terme &#171; nation &#187; &#233;tant soigneusement censur&#233; au profit de
l'appellation plus neutre de &#171; collectivit&#233; &#187; [2] . Un certain flottement
dans la pens&#233;e est n&#233;anmoins perceptible. Se positionnant face &#224; &lt;a href=&quot;http://www.erudit.org/revue/haf/2005/v59/n1-2/012737ar.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;la th&#232;se
d&#233;fendue par Yvan Lamonde&lt;/a&gt;, Harvey cherche &#224; extraire le filon &#171; nationalitaire &#187; de &#171; la complexit&#233; des courants lib&#233;raux dans leur
incarnation &#171; radicale &#187; et &#171; r&#233;formiste &#187; (27). Ce faisant, Harvey
paradoxalement s'inscrit dans la lign&#233;e de ceux qui, &#224; l'instar de Fernand
Ouellet, remettent en question le lib&#233;ralisme du discours patriote, non pas
toutefois en vue de condamner sa dimension ethnique, qu'il retourne
d'ailleurs dans un mouvement iconoclaste contre Durham lui-m&#234;me (234)[3] ,
mais en valorisant sa port&#233;e civique, r&#233;publicaine et &#233;galitaire inspir&#233;e
par le mod&#232;le jacksonien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://archives.vigile.net/06-archives/6-8.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_2933 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:188px;'&gt;
&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_25-amer-fr.jpg' width=&quot;188&quot; height=&quot;331&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/span&gt;Un peu en porte-&#224;-faux quant au titre du livre, la th&#232;se du livre&lt;/a&gt;, &#224; mon
avis, porte surtout sur la lutte entre deux conceptions de la politique &#171; dans le contexte de l'in&#233;galit&#233; croissante des richesses et surtout devant
l'influence de l'argent &#187; (28) : d'un c&#244;t&#233;, on a la conception d'une &#171; d&#233;mocratie participative &#187; (18) ou d'un &#171; pouvoir populaire &#187; (21) d&#233;fendue
par le parti de la majorit&#233; cherchant tout au long des ann&#233;es 1820 et 1830
&#224; assurer &#171; le contr&#244;le du peuple sur ses institutions politiques &#187; (168),
ses ressources, son commerce (246) et le budget, puisqu'en derni&#232;re analyse
&#171; l'autorit&#233; politique devait d&#233;pendre du consentement des gouvern&#233;s &#187; (11)
[4] ; de l'autre, se regroupent sous l'&#233;pith&#232;te fourre-tout de &#171; constitutionnel &#187;, &#171; la classe des marchands alli&#233;e au pouvoir ex&#233;cutif &#187;
(56) cherchant &#224; exercer leur &#171; mainmise sur l'appareil gouvernemental &#187;
(18), ainsi que les Bureaucrates et les patriotes recycl&#233;s par Westminster
(Debartzch, B&#233;dard, D.-B. et J. Viger, etc).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Loin de nous pr&#233;senter une vue platement &#233;v&#233;nementielle, la p&#233;riode
couverte par lui pr&#233;sente des temporalit&#233;s diverses selon la th&#233;matique
abord&#233;e. Ainsi, en ce qui a trait &#224; l'am&#233;ricanit&#233;, une lecture attentive
fait ressortir le retournement qu'a subi ce th&#232;me dans le discours
bas-canadien apr&#232;s la guerre anglo-am&#233;ricaine de 1812. Lest&#233;e au d&#233;part
d'un coefficient n&#233;gatif, la perception du r&#233;publicanisme am&#233;ricain bascule
alors du tout au tout, fermente dans les ann&#233;es 1820 et s'&#233;panouit &#224; l'or&#233;e
de l'&#233;clatement de ce qu'il faut bien se r&#233;soudre &#224; d&#233;signer comme la
guerre civile canadienne (1832-1849). Sous un vernis quelque peu idyllique
se trouve ainsi valoris&#233; l'&#233;galitarisme des petits producteurs agricoles
qui, de Jefferson &#224; Jackson, formaient la base la plus solide sur laquelle
s'est &#233;tay&#233; le r&#233;gime r&#233;publicain &#171; &#233;tasunien &#187;. Pas un mot cependant sur
le mouvement antima&#231;onnique &#224; une rare &#233;poque de tripartisme (1828-1836).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les th&#232;mes qu'il aborde dans la section IV (R&#233;publique) sont r&#233;v&#233;lateurs :
anticatholicisme et &#233;meutes populaires (141-149), r&#233;forme du syst&#232;me
scolaire et carc&#233;ral, distribution des terres (150-156 + 162), esclavagisme
(156-160), ainsi que prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique et vertus r&#233;publicaines
(160-168) &#8211; on est au c&#339;ur ici de sa d&#233;monstration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien que Harvey ne s'arr&#234;te pas au probl&#232;me crucial de la &#171; transition
vers le capitalisme commercial &#187; (112), c'est-&#224;-dire en fait &#224; la rivalit&#233;
entre Montr&#233;al et New York en tant que pivot du commerce maritime
transcontinental [5], il a tendance &#224; opposer de mani&#232;re tranch&#233;e les
int&#233;r&#234;ts de nos braves &#171; habitans &#187; &#224; ceux des marchands et du club s&#233;lect
des entrepreneurs capitalistes. Autre rebondissement ou retour du refoul&#233; :
&#224; la faveur de la scission &#224; l'int&#233;rieur du bloc patriote &#171; sans faille &#187;
(22), le discours anti-am&#233;ricain refait surface en 1836 sous la plume du &#171; transfuge &#187; qu&#233;b&#233;cois &#201;tienne Parent, associ&#233; cette fois &#224; la pr&#233;carit&#233; de
la culture fran&#231;aise et aux vis&#233;es expansionnistes des Am&#233;ricains
revivifi&#233;es par l'annexion du Texas en 1836 par une bande de miliciens
pleins d'audace.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#232;me de l'anticolonialisme re&#231;oit quant &#224; lui un traitement diff&#233;rent.
On se trouve plut&#244;t en pr&#233;sence ici d'une marche progressive. La question
est de savoir si le programme politique des patriotes et &#171; la refonte des
institutions politiques du Bas-Canada par le moyen d'une convention &#233;lue
par le peuple &#187; (246) &#233;tait compatible avec l'id&#233;e de responsabilit&#233;
minist&#233;rielle ou si, pour y parvenir, la cassure avec la monarchie anglaise
constituait un passage oblig&#233;. L'auteur oscille entre deux types
concurrents d'explication : une logique du tout ou rien (par quoi le
mouvement d'&#233;mancipation de la &#171; collectivit&#233; nationale &#187; (16) appara&#238;t
incompatible &#224; l'int&#233;rieur du Rule of Law anglais) et une interpr&#233;tation
plus nuanc&#233;e o&#249; l'accent est mis sur la coexistence d'&#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes
(discours &#224; la fois anticolonial et loyaliste). L'affaire m&#233;riterait un
apart&#233; sur les fameuses ruses de la parole dans le discours et l'asym&#233;trie
du rapport action/discours. Si on ne fait pas tout ce que l'on dit, on dit
rarement tout ce qu'on fait. &#192; vrai dire, chaque m&#233;daille a son revers, et
il semble assez difficile de d&#233;m&#234;ler le passage d'un anticolonialisme
r&#233;formiste &#224; son expression la plus radicale des formes concurrentes et
convenues de loyalisme envers la Couronne britannique. Le n&#339;ud du probl&#232;me
en ce qui a trait &#224; l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise, c'est que le r&#233;f&#233;rent am&#233;ricain
s'intensifie justement en proportion de la &#171; radicalisation du mouvement
patriote &#187; (53), soit apr&#232;s seulement la publication des R&#233;solutions
Russell en avril 1837, alors qu'en Angleterre, au m&#234;me moment, les
patriotes bas-canadiens jouissaient des faveurs de la presse lib&#233;rale au
d&#233;triment des incendiaires tory accus&#233;s d'&#234;tre des &#171; bloodsucking
leviathans &#187; ! Une analyse plus serr&#233;e tendrait &#224; montrer que, loin de
cautionner &#171; l'immobilisme des autorit&#233;s imp&#233;riales &#187; (196), la politique
de conciliation pr&#233;conis&#233;e par Londres d&#232;s 1828 s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e m&#234;me sous
Gosford &#224; la plus grande consternation des tories.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;sum&#233; donc, le titre du livre encapsule parfaitement la th&#232;se de
l'auteur. Sa d&#233;monstration est grev&#233;e n&#233;anmoins par quelques d&#233;ficiences.
L'opposition entre r&#233;publicanisme et constitutionnalisme (39-43) dans le
discours patriote me semble trop cat&#233;gorique. Une analyse plus pointue
montrerait comment, en raison m&#234;me de la scission &#224; l'int&#233;rieur du parti
patriote entre r&#233;formistes et mod&#233;r&#233;s (conclusion &#224; laquelle arrivaient &#224;
la fin des ann&#233;es 1820 James Stuart et Jonathan Sewell), les principaux
leaders ont pu jouer sur les deux tableaux [6]. L'analyse b&#226;cl&#233;e de
l'&#233;volution interne du parlementarisme anglais dans les ann&#233;es 1830 exige
d'autre part d'&#234;tre reprise &#224; nouveaux frais. L'auteur sous-estime l'esprit
et l'arri&#232;re-fond insurrectionnel du Reform Bill de 1832. Avec le retour du
cabinet Melbourne aux commandes, ce sont tous les privil&#232;ges de la Couronne
qui sont rel&#233;gu&#233;s d&#233;sormais &#224; un r&#244;le purement d&#233;coratif [7]. On a plut&#244;t
l'impression qu'il surfe sur la probl&#233;matique essentielle quand il traite
de la responsabilit&#233; minist&#233;rielle (62-64 et 102 entre autres).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le paradoxe peut-&#234;tre le plus manifeste qui ressort dans le titre de
l'ouvrage porte sur la d&#233;signation m&#234;me de &#171; printemps &#187; que l'auteur croit
discerner et qui d&#233;bouche sur l' &#171; &#233;t&#233; meurtrier &#187; ou l' &#171; hiver de force &#187;
de la r&#233;pression militaire suivie de l'&#233;tablissement d'&#171; un gouvernement
consulaire &#187; (233). En mettant l'accent sur le caract&#232;re fran&#231;ais du
continent am&#233;ricain dans le titre du livre de Harvey, la pertinence de la
p&#233;riode &#224; l'int&#233;rieur de laquelle se d&#233;ploient ses analyses pourrait
d'autre part &#234;tre mise &#224; la question. L'&#233;tude de la milice &#171; canadienne &#187;,
par exemple, telle qu'elle appara&#238;t dans Eccles ou Macleod [8], d&#233;montre
clairement que les id&#233;es de jeunesse, de vigueur et de renouvellement
associ&#233;es habituellement au printemps ne cadrent pas du tout avec la
p&#233;riode couverte par Harvey. Il ne faut peut-&#234;tre pas se surprendre, dans
ces conditions, que la question du recours aux armes et de la violence ne
soit trait&#233;e que de mani&#232;re incidente dans les chapitres &#171; R&#233;volution &#187; et
&#171; R&#233;pression &#187; [9]. Elle me semble pourtant au c&#339;ur des repr&#233;sentations du
r&#233;publicanisme am&#233;ricain. Pour le dire sans d&#233;tour, la r&#233;publique
qu&#233;b&#233;coise sans les armes, sans services secrets, servie sur un plateau
d'argent, est une belle chim&#232;re que nos souverainistes cultivent toujours,
semble-t-il, avec une belle candeur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NOTES&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[1] La &#171; pouss&#233;e anticoloniale &#187; est le &#171; trait saillant de ce printemps
anticolonial du Qu&#233;bec &#187; (237).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[2] Une perspective diff&#233;rente se trouve au chapitre V de Gen&#232;se de la
soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise de Fernand Dumont, justement intitul&#233; &#171; La Nation &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[3] L' &#171; ethnocentrisme &#187; boutiquier de Durham est fond&#233; sur une vision
antiquaire des Old Charts anglaises comme le montre clairement sa lettre du
8 ao&#251;t 1838 (PAC, 1923). Ce qu'il conc&#232;de volontiers aux insurg&#233;s de 1776,
coupables de haute-trahison, il le r&#233;cuse aux Canadiens (197).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[4] Cette conception culmine par la victoire &#233;clatante de Papineau aux
&#233;lections de 1834 o&#249; le parti patriote re&#231;oit, selon le Daily Advertiser de
Chapman, l'appui majoritaire des anglophones. On peut consulter ce journal
radical bas-canadien &#224; la Rare Books Division de McGill.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[5] &#192; contre-courant de tout le tapage autour de la convergence
id&#233;ologique des r&#233;volutions fran&#231;aise et am&#233;ricaine, la th&#232;se magistrale de
Talleyrand (1797) sur les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs du commerce anglo-am&#233;ricain
garde toute sa fra&#238;cheur (48).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[6] Une bonne partie des analyses de Harvey s'appuie sur L'&#201;cho du Pays,
un journal constitutionnel pr&#233;conisant la formation militaire des paysans
de la vall&#233;e du Richelieu en cas d'attaque am&#233;ricaine !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[7]Voir &#171; La voie anglaise &#187;, dans Marcel Gauchet, La R&#233;volution des
pouvoirs. La souverainet&#233;, le peuple et la repr&#233;sentation, 1789-1799, 1995,
p. 259-266. La pierre angulaire de l'argumentation tory se trouvait du m&#234;me
coupe mise hors jeu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[8] W. J. Eccles, The French in North America, 1500-1783, 1998. Peter D.
Macleod, Northern Armageddon : the Battles of the Plains of Abraham, 2008.
[9] Ces chapitres sont, &#224; mon avis, les moins convaincants. L'auteur tombe
dans le m&#234;me panneau que Bernard et Laporte dans l'&#233;valuation du ph&#233;nom&#232;ne
de &#171; polarisation exceptionnelle &#187; par quoi est reconduite la fable &#171; d'une
intervention conjointe du gouvernement civil et de l'arm&#233;e &#187;. Cf.,
Assembl&#233;es publiques, r&#233;solutions et d&#233;clarations de 1837-1838, p. 15,
ainsi que Habits rouges et Patriotes, 1997, p. 7. Ce que la lecture du
Montreal Herald r&#233;v&#232;le est une r&#233;pression militaire planifi&#233;e de longue
date doubl&#233;e d'une mise en demeure de l'&#233;lite tory montr&#233;alais (&#171; la
minorit&#233; de la minorit&#233; &#187;, comme les d&#233;signent les lib&#233;raux du Morning
Courier) au Parlement imp&#233;rial en vue de renverser la constitution,
criminaliser tous les d&#233;put&#233;s patriotes (surtout et y compris les plus
mod&#233;r&#233;s) et casser la pr&#233;dominance de l'ex&#233;cr&#233; Parlement de Qu&#233;bec dans le
d&#233;veloppement de toutes les colonies britanniques d'Am&#233;rique du Nord &#8211; on a
ici le germe des institutions f&#233;d&#233;rales canadiennes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fran&#231;ois Deschamps&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>&quot;Vive le Qu&#233;bec libre !&quot;</title>
		<link>http://www.vigile.net/Vive-le-Quebec-libre,5317</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Vive-le-Quebec-libre,5317</guid>
		<dc:date>2008-09-21T20:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		
		


[()


		<description></description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;object width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/OHzMTSK1V4o&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.youtube.com/v/OHzMTSK1V4o&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; wmode=&quot;transparent&quot; width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Grandeurs et omissions de Claude Ryan, penseur du PLQ de Jean Charest</title>
		<link>http://www.ledevoir.com/2008/03/08/179461.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ledevoir.com/2008/03/08/179461.html</guid>
		<dc:date>2008-03-08T14:42:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>&#201;ric B&#233;dard - Le Devoir (opinions)</dc:creator>
		


[()


		<description>En adoptant sans en discuter les th&#232;ses de leur ancien chef, les militants lib&#233;raux ne risquent-ils pas d'accr&#233;diter un certain r&#233;visionnisme ? En effet, dans son petit livre, Claude Ryan, en centrant son histoire sur la lutte pour les droits individuels, fait l'impasse sur le fait (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;En adoptant sans en discuter les th&#232;ses de leur ancien chef, les militants lib&#233;raux ne risquent-ils pas d'accr&#233;diter un certain r&#233;visionnisme ? En effet, dans son petit livre, Claude Ryan, en centrant son histoire sur la lutte pour les droits individuels, fait l'impasse sur le fait que la question nationale a largement contribu&#233; (...) - &lt;a href="http://www.ledevoir.com/2008/03/08/179461.html"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Le Qu&#233;bec : une culture fran&#231;aise originale</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-Quebec-une-culture-francaise</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Le-Quebec-une-culture-francaise</guid>
		<dc:date>2008-02-19T16:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Hubert Aquin - Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>Hubert Aquin, 1977 - Entre les Dormeuses et la baie des Loups, entre le promontoire de Pontchartrain et Napierville, entre la baie S&#232;che et Coaticook, il y a un territoire immense qui constitue l'assise principale de la culture qu&#233;b&#233;coise. La premi&#232;re originalit&#233; du Qu&#233;bec, c'est (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Hubert Aquin, 1977 -&lt;/strong&gt; Entre les Dormeuses et la baie des Loups, entre le promontoire de Pontchartrain et Napierville, entre la baie S&#232;che et Coaticook, il y a un territoire immense qui constitue l'assise principale de la culture qu&#233;b&#233;coise. La premi&#232;re originalit&#233; du Qu&#233;bec, c'est d'exister territorialement, la deuxi&#232;me, c'est d'exister en fran&#231;ais et cela en d&#233;pit d'une situation historique qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e tr&#232;s ali&#233;nante, et cela en d&#233;pit d'un encerclement culturel anglophone ou plut&#244;t d'une immersion anglophone. Car, &#224; vrai dire, la presqu'&#238;le que forme le territoire du Qu&#233;bec est bien &#224; l'image de la culture qu&#233;b&#233;coise qui est entour&#233;e d'un &#233;l&#233;ment allog&#232;ne et parfois m&#234;me hostile, tout comme le territoire qui est sous nos pieds est entour&#233; d'eau dans sa grande partie, depuis la baie James jusqu'&#224; la baie d'Hudson, depuis le cap de la Nouvelle-France jusqu'au fjord Nachvak, depuis l'oc&#233;an Atlantique jusqu'au d&#233;troit de Belle-Isle, depuis le golfe du Saint-Laurent jusqu'au d&#233;troit d'Honguedo, depuis les collines de Mecatina jusqu'aux rives ondoyantes de l'Outaouais. Ce presqu'isolement culturel du Qu&#233;bec donne une juste id&#233;e de sa relation avec la culture francophone dans le monde et aussi avec la culture nord-am&#233;ricaine. Ce qui vient &#224; l'esprit passe par l'eau et le rattache au monde, ce qui vient du sol rappelle aux Qu&#233;b&#233;cois qu'ils vivent non pas sur une &#238;le mais sur une presqu'&#238;le.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au lendemain de la Conqu&#234;te, on pouvait parler d'une double all&#233;geance des Qu&#233;b&#233;cois qui, en les d&#233;chirant, leur conf&#233;rait un brin d'originalit&#233;. Plus nous nous sommes d&#233;gag&#233;s, et par bonds, de la Conqu&#234;te, plus cette notion de double all&#233;geance est devenue inad&#233;quate pour d&#233;finir l'identit&#233; nationale, car celle-ci, de plus en plus, se cherche une affirmation d'elle-m&#234;me parfois explosive, parfois l&#233;galiste, mais, dans tous les cas, toujours positive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec constitue d&#233;sormais et irr&#233;versiblement un pays enti&#232;rement ou presque enti&#232;rement reconquis ou plut&#244;t en voie de reconqu&#234;te et jusque dans les moindres d&#233;tails. Mot &#224; mot, centim&#232;tre par centim&#232;tre, le texte national s'&#233;crit de la m&#234;me fa&#231;on et en m&#234;me temps que le territoire se reconquiert. Le projet collectif se dessine au terme d'une lente et intense accumulation de projets personnels dont l'envergure est bris&#233;e par chaque mort individuelle, mais jamais vraiment bris&#233;e puisque au-del&#224; de la vie de chaque individu, le groupe reprend son souffle vital et continue de rena&#238;tre plus ou moins spectaculairement, plus ou moins puissamment. Le projet collectif ne meurt pas dans la mesure o&#249;, d'individu en individu, il se r&#233;p&#232;te, se multiplie, s'amplifie et instaure finalement une r&#233;alit&#233; qui n'est pas seulement individuelle mais qui a une dimension collective. Ceux qui ont v&#233;cu cette aventure frustrante et pourtant exaltante sont conscients que leur propre vie n'a eu de sens pendant un certain temps que dans la mesure o&#249; elle s'ins&#233;rait dans une survie nationale et on peut dire aussi que l'existence nationale a produit un effet multiplicateur sur chaque existence individuelle. Cette interaction entre le groupe et l'individu est bel et bien bi-lat&#233;rale, bi-vectorielle et cr&#233;atrice.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Nouvelle-France est disparue de la carte au XVIII i&#232;me si&#232;cle, le Bas-Canada au XIX i&#232;me si&#232;cle et le Canada fran&#231;ais au XX i&#232;me si&#232;cle pour faire place &#224; ce qui, maintenant, dans l'esprit de tous, une poign&#233;e de f&#233;d&#233;ralistes mis &#224; part, s'appelle le Qu&#233;bec. La synth&#232;se nationale est commenc&#233;e et dans la mesure o&#249; elle est vivante, ce sera une synth&#232;se sans fin. On conna&#238;t certaines composantes de la situation, mais l'agencement des composantes, leurs inter-relations et leurs relations &#224; l'&#233;tranger s'inventent de jour en jour, d'ann&#233;e en ann&#233;e, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, d'individu en individu, selon toute une gamme de variables qui sont par d&#233;finition impr&#233;visibles mais toujours agissantes. Le texte ne s'improvise pas, il se cr&#233;e continuellement d'une fa&#231;on surprenante presque sans essoufflement et avec une infinit&#233; de rebondissements, de surprises, d'ellipses et de figures qui feraient p&#226;lir le plus grand &#233;crivain du monde, et cela parce que, justement, c'est un texte collectif et non pas l'oeuvre &#233;crite d'une seule personne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au Qu&#233;bec, le texte est fran&#231;ais. M&#234;me si la presqu'&#238;le du Qu&#233;bec continue d'&#234;tre toujours rattach&#233;e au continent nord-am&#233;ricain et m&#234;me si les Qu&#233;b&#233;cois continuent de vivre &#224; l'am&#233;ricaine, le texte est d&#233;sormais fran&#231;ais, il est parl&#233; en fran&#231;ais, il est &#233;crit en fran&#231;ais et cela irr&#233;versiblement, de plus en plus, et de fa&#231;on toujours plus placide, confiante et harmonieuse. Il ne s'agit pas de s'isoler d'un continent auquel on est rattach&#233; mais de vivre notre vie collective qui ne peut &#234;tre la n&#244;tre que si elle est v&#233;cue en fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;crivain qu&#233;b&#233;cois qui parle maintenant de son pays &#233;prouve une grande confiance, ressent une certitude int&#233;rieure gratifiante et peut-&#234;tre m&#234;me, &#224; certains instants, exaltante. Il ne parle plus d'un pays dont on doute, d'un pays menac&#233;, d'un pays &#224; moiti&#233; mort, mais bel et bien de ce souffle de vie qui l'anime lui-m&#234;me et continue de faire &#233;crire des textes. C'est mon cas. La litt&#233;rature a d'abord une fonction nationale, et c'est l&#224; une v&#233;rit&#233; que chaque &#233;crivain qu&#233;b&#233;cois peut v&#233;rifier en lui-m&#234;me jusque dans ses tripes. &#201;crire le texte individuel comme on &#233;crit dans la retraite d'une chambre ou d'un bureau un roman ou des po&#232;mes dont le caract&#232;re d'individuation est incontestable. Il n'y a pas antinomie entre la dimension individuelle de l'entreprise litt&#233;raire et son ench&#226;ssement dans l'entreprise de tout un peuple. Cette ligature entre l'oeuvre personnelle et le grand projet est faite &#224; un tel niveau de subconscience que cela la rend imperceptible, indiscernable et par moments inavouable. Depuis tout &#224; l'heure, depuis le d&#233;but de ce texte, j'essaie d'avouer l'inavouable et de discerner en moi l'indiscernable cheminement de tout un peuple et, d&#232;s lors, je suis agi beaucoup plus que je n'agis ; ou plut&#244;t j'agis, mais le coefficient d'initiative qui m'est d&#233;volu est tellement faible que, du coup, je me sens porteur d'une inspiration nationale qui, selon toute vraisemblance, explique beaucoup plus qu'elle n'obscurcit la presque totalit&#233; des grandes oeuvres qu&#233;b&#233;coises.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mes r&#233;ticences &#224; faire des inventaires, &#224; inscrire des dates, &#224; vulgariser un cheminement collectif qui passe par moi, viennent du fait qu'intuitivement je crois que le temps des vulgarisations objectives est r&#233;volu. Le lecteur anonyme de ce texte devra demeurer sur sa frustration s'il en attendait des r&#233;f&#233;rences ou une masse quantitative d'informations qu'il aurait pu r&#233;duire &#224; loisir ou organiser selon les sch&#233;mas de son esprit. Toutefois, il se trouve devant un t&#233;moignage qui, malgr&#233; son rev&#234;tement discursif, sort tout droit de mes entrailles. Ce t&#233;moignage, d'autres que moi auraient pu le fournir et s'ils l'avaient fait, ils l'auraient fait bien diff&#233;remment de moi, mais j'ai la certitude qu'en fin de compte, leurs t&#233;moignages auraient &#233;t&#233; l'&#233;quivalent du mien ou que le mien est l'&#233;quivalent des leurs si bien que, finalement, ce qui comptait, c'&#233;tait cet aveu d&#233;sordonn&#233; de la toute-puissance inspiratrice et dynamique d'un projet collectif qui ne fait pas que nous abolir &#224; titre d'individu, mais qui nous permet aussi de nous construire, d'avancer, de faire des textes, de cr&#233;er. Pour mesurer la puissance du projet collectif, il serait d&#233;risoire de faire la somme de tous ces projets individuels qui sont fond&#233;s en r&#233;alit&#233; sur lui, car le projet collectif est finalement toujours plus grand que la perception qu'un individu ou des individus peuvent en avoir. L'important dans cette dialectique est beaucoup plus de mesurer &#224; travers un t&#233;moignage ou une quantit&#233; de t&#233;moignages cette surpr&#233;sence de la r&#233;alit&#233; qu&#233;b&#233;coise en chacun de nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'aventure culturelle fran&#231;aise du Qu&#233;bec est fond&#233;e sur une immense assise territoriale qui va de l'&#238;le du Canard en passant par le lac Mistassini et le lac Albanel jusqu'&#224; baie de Plaisance et, dans une autre direction, depuis Senneterre en passant par le r&#233;servoir Gouin et le lac Achouanipi jusqu'&#224; l'anse du Portage, mais ce qui compte le plus, c'est que cette aventure collective passe par chacun de nous, transforme nos vies individuelles et les transfigure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Texte tir&#233; de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;langes litt&#233;raires II Comprendre dangereusement&lt;/i&gt;, &#233;dition critique &#233;tablie par Jacynthe Martel et Claude Lamy, pp. 351-355, 1995 ; paru d'abord dans la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Forces&lt;/i&gt;, num&#233;ro 38, premier trimestre 1977, pp. 38-39.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Le &#171; Mai 68 &#187; qu&#233;b&#233;cois</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-Mai-68-quebecois</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Le-Mai-68-quebecois</guid>
		<dc:date>2008-01-21T13:58:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Jean-Philippe Warren - La Presse (OPINIONS)</dc:creator>
		


[()


		<description>(Photo Archives La Presse) Alors que l'on s'appr&#234;te &#224; f&#234;ter en grande pompe, en France, les 40 ans de Mai 68, il n'en faudrait pas oublier les nombreux sit-in et gr&#232;ves &#233;tudiantes qui perturb&#232;rent, au m&#234;me moment, la vie dans divers &#233;tablissements scolaires am&#233;ricains et (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton11293.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;292&quot; height=&quot;201&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;(Photo Archives La Presse) Alors que l'on s'appr&#234;te &#224; f&#234;ter en grande pompe, en France, les 40 ans de Mai 68, il n'en faudrait pas oublier les nombreux sit-in et gr&#232;ves &#233;tudiantes qui perturb&#232;rent, au m&#234;me moment, la vie dans divers &#233;tablissements scolaires am&#233;ricains et canadiens. La Sorbonne ou Berkeley ? La r&#233;volte (...) - &lt;a href="http://www.vigile.net/Le-Mai-68-quebecois"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Le Qu&#233;bec : une identit&#233; en p&#233;ril</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-Quebec-une-identite-en-peril</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Le-Quebec-une-identite-en-peril</guid>
		<dc:date>2008-01-12T13:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Catherine Bertho Lavenir - www.cerium.ca</dc:creator>
		


[()


		<description>&#192; d&#233;faut de croyances partag&#233;es pour les inscrire dans la dur&#233;e et de projet politique pour les projeter dans l'avenir, les dispositifs identitaires entrent en crise. Alors, les initiatives communautaires, culturelles ou artistiques de la soci&#233;t&#233; civile semblent se disperser, orphelines (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; d&#233;faut de croyances partag&#233;es pour les inscrire dans
la dur&#233;e et de projet politique pour les projeter dans
l'avenir, les dispositifs identitaires entrent en crise. Alors,
les initiatives communautaires, culturelles ou artistiques
de la soci&#233;t&#233; civile semblent se disperser, orphelines du
grand r&#233;cit qui leur donnerait du sens. L'exemple du
Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les groupes humains ont besoin d'un projet collectif pour se projeter
dans la dur&#233;e et assurer leur p&#233;rennit&#233;. Dans les soci&#233;t&#233;s occidentales,
l'&#201;tat, depuis l'&#233;poque moderne, prend en charge l'&#233;laboration symbolique
et la transmission de tout ce qui se rapporte au r&#233;cit d'un devenir commun.
Drapeaux, hymnes et c&#233;r&#233;monies, enseignement de l'histoire et &#233;rection de
statues, fabrication de monuments et organisation d'expositions, concourent
depuis des d&#233;cennies &#224; la cr&#233;ation d'un imaginaire collectif&#8230; Or, en ce d&#233;but
de XXIe si&#232;cle, ces dispositifs anciens sont en crise. Dans la vieille Europe
comme dans ses extensions du Nouveau Monde, passer de l'&#201;tat national &#224;
l'&#201;tat post-national met en tension les syst&#232;mes symboliques existants et
perturbe les outils de la transmission.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec, &#224; cet &#233;gard, est dans une position particuli&#232;rement d&#233;licate.
Malgr&#233; quarante ans de combat politique t&#234;tu, la &#171; belle province &#187; n'est
toujours pas un &#201;tat ind&#233;pendant, et rien n'indique qu'elle doive le devenir un
jour. L'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rendum sur l'autod&#233;termination est en train d'&#234;tre
abandonn&#233;e, et le gouvernement provincial est sur la d&#233;fensive dans les autres
domaines de la vie collective. Il peine, par exemple, &#224; d&#233;fendre le mod&#232;le
social-d&#233;mocrate qui caract&#233;risait le pays. L'expression d'un projet collectif
qui souderait ses habitants dans un &#171; d&#233;sir d'avenir &#187; commun est devenue
difficile. Crise des institutions, crise symbolique, il n'en faut pas plus pour
que le d&#233;sordre s'installe dans les lieux et formes du d&#233;bat public ainsi que
dans les c&#233;l&#233;brations et solennit&#233;s nationales. Et cela d'autant plus que l'&#201;tat
f&#233;d&#233;ral veille, habile &#224; profiter des failles pour imposer ses propres formes de
repr&#233;sentation et son propre agenda comm&#233;moratif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;UN DISPOSITIF DE COMBAT POUR UNE IDENTIT&#201; &#192; CONQU&#201;RIR&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, tout semblait bien parti. Pendant quarante ans, le Qu&#233;bec a
v&#233;cu un projet politique fort appuy&#233; sur un projet &#233;conomique et social clair :
construire une soci&#233;t&#233; francophone, la&#239;que, moderne, autonome, et lui donner
des bases &#233;conomiques inspir&#233;es par la social-d&#233;mocratie. Le projet politique,
l'ind&#233;pendance, &#233;tait intimement li&#233; &#224; un projet culturel. Imposer l'usage
de la langue fran&#231;aise comme vecteur d'une appartenance commune, c'&#233;tait
construire une litt&#233;rature, un cin&#233;ma, un th&#233;&#226;tre et une culture populaire
&#8211;- la chanson, la t&#233;l&#233;vision -&#8211; qui donneraient une forme contemporaine et
attrayante &#224; l'h&#233;ritage devenu d&#233;suet des Canadiens fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;th&#233;ocratique dans laquelle l'&#201;glise catholique contr&#244;lait les institutions,
la vie collective et les comportements priv&#233;s. Cette rupture fondatrice,
baptis&#233;e &#171; r&#233;volution tranquille &#187;, a donn&#233; naissance, en m&#234;me temps qu'elle
advenait, &#224; un grand r&#233;cit fondateur qui avait ses m&#233;diateurs -&#8211; les &#233;crivains,
les chanteurs, les dramaturges -&#8211; et ses milieux de transmission -&#8211; le th&#233;&#226;tre et
la chanson, le cin&#233;ma et les mus&#233;es&#8230; Le Qu&#233;bec francophone, &#233;merveill&#233; de sa
propre hardiesse, s'est ainsi inlassablement racont&#233; &#224; lui-m&#234;me, quarante ans
durant, la saga de son &#233;mancipation politique, avec ses &#233;v&#233;nements fondateurs
et ses h&#233;ros.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;V&#201;NEMENTS FONDATEURS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier &#233;v&#233;nement fondateur, l'Exposition universelle de Montr&#233;al
en 1967. Cette ann&#233;e-l&#224;, l'Expo fait entrer le Qu&#233;bec dans une modernit&#233;
technique re&#231;ue comme un cadeau. Les films d'archives ressortis &#224; l'occasion
du quaranti&#232;me anniversaire de l'&#233;v&#233;nement, tout comme les t&#233;moignage
des visiteurs d'hier, en t&#233;moignent : l'Expo fut v&#233;cue comme une f&#234;te. Les
Qu&#233;b&#233;cois d&#233;couvraient qu'ils existaient aux yeux du monde. Qu'ils &#233;taient
capables de r&#233;aliser quelque chose de grand. Que la modernit&#233; &#233;tait un plaisir,
un projet &#233;conomique et un projet de soci&#233;t&#233;, le tout dans un d&#233;cor de plastique
orange.Second &#233;v&#233;nement fondateur, le discours du g&#233;n&#233;ral de Gaulle au balcon
de l'h&#244;tel de ville de Montr&#233;al, le 24 juillet de la m&#234;me ann&#233;e. L'h&#244;tel de ville,
il faut l'avouer, n'est pas un bien grand &#233;difice. Et le G&#233;n&#233;ral, agac&#233; pour des
tas de raisons par ses alli&#233;s anglais, &#233;mu, aussi, par le cheminement triomphal
qui lui avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; tout au long du &#171; chemin du Roi &#187;, pavois&#233; en son
honneur entre Qu&#233;bec et Montr&#233;al, a un tantinet exag&#233;r&#233;. Mais quand m&#234;me !
&#171; Vive le Qu&#233;bec libre &#187;, &#224; l'heure des d&#233;colonisations, cela sonnait comme un
projet collectif mobilisateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#201;ROS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un projet qui avait d&#233;j&#224; ses h&#233;ros et ses h&#233;rauts. H&#233;ros que Ren&#233;
L&#233;vesque, qui nationalise l'&#233;lectricit&#233; &#224; la barbe des grandes compagnies, qui
la&#239;cise et rapatrie au Qu&#233;bec l'aide sociale et la protection m&#233;dicale. Premier
ministre du Qu&#233;bec de 1976 &#224; 1985, toute sa vie politique est un combat pour la
souverainet&#233;, tendu vers un point unique : le r&#233;f&#233;rendum pour l'ind&#233;pendance.
Rien ne manque &#224; sa figure de grand homme, pas m&#234;me la trahison sournoise
des Premiers ministres des provinces canadiennes, se r&#233;unissant &#224; son insu
pour comploter derri&#232;re son dos un accord fatal&#8230; C'est ainsi, en tout cas,
que se raconte l'histoire lorsqu'en 2006 la cha&#238;ne francophone de la t&#233;l&#233;vision
publique r&#233;alise un t&#233;l&#233;film intelligent et sensible &#224; sa gloire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des figures h&#233;ro&#239;ques plus famili&#232;res peuplent aussi la grande saga de la
modernisation du Qu&#233;bec. Celles, par exemple, des travailleurs qui ont construit,
le long des fleuves indompt&#233;s du Grand Nord, des barrages immenses. La
chanson en fait les h&#233;ritiers directs des b&#251;cherons durs &#224; la t&#226;che, partis, pour
la saison, travailler sur les &#171; chantiers &#187; et rapporter l'argent n&#233;cessaire &#224; la
survie de tous. Sous la plume de Georges Dor, chanteur et po&#232;te, le travailleur
de la manic' (le grand barrage de la Manicouagan) s'identifie ainsi &#224; la figure des
pionniers isol&#233;s loin des leurs et confront&#233;s &#224; l'hiver hostile. Les travailleurs
d'Hydro-Qu&#233;bec, la soci&#233;t&#233; nationale g&#233;ante et protectrice qui veille pendant
l'hiver sur la pr&#233;cieuse alimentation des grandes villes en &#233;lectricit&#233; sont
d'autres figures du m&#234;me h&#233;ro&#239;sme tranquille. Et lorsque, dans l'hiver 1998,
l'ensemble du r&#233;seau &#233;lectrique flanche brutalement sous un amas de verglas
et un blizzard terrible, c'est tout le Qu&#233;bec qui se sent vuln&#233;rable et solidaire.
Dans ce pays qui n'a pas connu de guerre et d'occupation depuis deux si&#232;cles,
&#171; la grande panne &#187; d'&#233;lectricit&#233; fait figure d'invasion, d'exode, de malheur
v&#233;cu et surmont&#233; en commun. Et la figure embl&#233;matique du combattant se
sacrifiant pour la survie de tous s'incarne dans la photographie, maintes fois
reproduite, d'un employ&#233; d'Hydro-Qu&#233;bec, dangereusement suspendu &#224; un
pyl&#244;ne au-dessus du fleuve glac&#233; pour r&#233;parer dans le blizzard et au p&#233;ril de
sa vie l'art&#232;re &#233;lectrique vitale qui alimente la capitale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#201;DIATEURS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#233;cit national et populaire de la marche vers la modernit&#233; et la
souverainet&#233; a ses m&#233;diateurs. Comme il s'agissait de rompre avec le mod&#232;le
cl&#233;rical ancien, ce n'est pas l'&#233;cole, longtemps contr&#244;l&#233;e par l'&#201;glise, qui est le
vecteur principal du r&#233;cit national, mais ceux qui cultivent la langue autrement :
&#233;crivains, dramaturges et surtout chanteurs populaires. Au premier rang
des dramaturges qui construisent l'identit&#233; nouvelle du Qu&#233;bec, on trouve
Michel Tremblay, dont la pi&#232;ce Les Belles-Soeurs est jou&#233;e pour la premi&#232;re
fois en 1968 &#224; Montr&#233;al. Par un renversement d&#233;lib&#233;r&#233; des conventions, ce
sont des femmes issues du petit peuple francophone de Montr&#233;al, d'habitude
doublement oubli&#233;es et m&#233;pris&#233;es, du fait de leur sexe et de leur appartenance,
qui deviennent, les h&#233;ro&#239;nes de la pi&#232;ce. Et leur langue, le joual, m&#233;lange
(d&#233;tonnant) de fran&#231;ais archa&#239;que et d'anglais prol&#233;taire, est brutalement
projet&#233;e dans l'espace de la culture cultiv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LA SC&#200;NE MUSICALE, MILIEU DE TRANSMISSION&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les chanteurs, en mettant en musique leur po&#233;sie, donnent &#224; leur langue
&#224; la fois des lettres de noblesse et un public populaire. Nulle part peut-&#234;tre
autant qu'au Qu&#233;bec la chanson, cousine de la po&#233;sie, n'est porteuse d'une
lancinante interrogation sur soi. Il y a bien s&#251;r, parmi les p&#232;res fondateurs,
F&#233;lix Leclerc, auquel un mus&#233;e est aujourd'hui consacr&#233; dans son &#238;le
d'Orl&#233;ans natale, quelque part au milieu du Saint-Laurent. Apr&#232;s lui vinrent
les chanteurs engag&#233;s des ann&#233;es 70, les Gilles Vigneault, Robert Charlebois,
que le combat pour l'ind&#233;pendance rassemble pour de grands concerts qui
sont des &#233;v&#233;nements &#224; la fois artistiques et politiques. Et puis les filles, les
Linda Lemay, Ariane Moffatt, Marie-Annick L&#233;pine, qui explorent les mille et
une contradictions du f&#233;minisme moderne. Et C&#233;line Dion elle-m&#234;me, ic&#244;ne
ambigu&#235; et r&#233;v&#233;r&#233;e. M&#234;me quand on est branch&#233;, altermondialiste, musicologue
ou bourgeois, on ne dit pas de mal de C&#233;line Dion parce que, millionnaire &#224;
Las Vegas, C&#233;line est rest&#233;e gentille et fid&#232;le au pays&#8230; et qu'il y a toujours un
Canadien fran&#231;ais humili&#233; qui sommeille dans un Qu&#233;b&#233;cois moderne. Mais la
chanson populaire, ce n'est pas seulement une brochette de chanteurs connus
de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. C'est une myriade de petits groupes financ&#233;s par
les retomb&#233;es de la politique publique de soutien &#224; la langue fran&#231;aise, par
exemple les quotas de diffusion. Ils ont pour noms Les Cow-Boys fringants
ou Les Chaudronniers de l'enfer et hantent les festivals et les f&#234;tes locales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;fendant aussi bien la country francophone (si ! si ! &#231;a existe) que le rock
garage, ils forment un r&#233;seau serr&#233; de producteurs, de tourn&#233;es, de festivals.
Tous ces chanteurs se citent, se chantent, reprennent des chansons anciennes,
rappellent la saga des concerts militants (au Qu&#233;bec, un concert peut &#234;tre,
sans abus de langage, qualifi&#233; d'&#171; historique &#187;). L'ensemble fonctionne comme
un milieu de transmission qui permet aux mille et une formes d'un r&#233;cit de soi
sans cesse recommenc&#233; de se propager.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LE SYST&#200;ME DES MUS&#201;ES&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le syst&#232;me des mus&#233;es aussi peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un milieu
de transmission qui a v&#233;hicul&#233; durant ces quarante derni&#232;res ann&#233;es la
bonne nouvelle du Qu&#233;bec nouveau. &#171; Mus&#233;es de civilisation &#187; ou &#171; Centre
d'interpr&#233;tation &#187;, ils sont forc&#233;ment beaux, bien pens&#233;s et bien con&#231;us, et leur
contenu n'est jamais anodin. National sans en avoir l'air, le grand mus&#233;e de la
Civilisation, dans la capitale provinciale, raconte ainsi la conqu&#234;te agricole du
territoire, la construction d'une soci&#233;t&#233; catholique et francophone, et se cl&#244;t
sur les grands moments de la r&#233;volution tranquille ; dans la p&#233;nombre d'une
salle, le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, sur un petit &#233;cran, c&#233;l&#232;bre en boucle le Qu&#233;bec
libre&#8230; D'autres mus&#233;es exaltent ce que Michel de Certeau appelait &#171; la beaut&#233;
du mort &#187;, enfermant une fois pour toutes dans leurs vitrines les signes d'un
monde disparu, celui-l&#224; m&#234;me que liquida la r&#233;volution tranquille. Et c'est au
mus&#233;e des Ursulines, &#224; Qu&#233;bec toujours, qu'est d&#233;volue la fonction de faire
&#233;l&#233;gamment le deuil de quatre cents ans de culture catholique. &#192; Montr&#233;al,
la d&#233;fense d'une identit&#233; francophone doit composer avec les r&#233;alit&#233;s d'une
vieille m&#233;tropole commerciale. Le multiculturel s'impose. Le mus&#233;e Pointe-&#224;-Calli&#232;re -&#8211; qui a adopt&#233; un nom g&#233;ographique, faute de savoir &#233;noncer son
projet exact -&#8211; c&#233;l&#232;bre ainsi la fa&#231;on dont on cohabite depuis quelques si&#232;cles
dans la vall&#233;e du Saint-Laurent, et insiste, dans ses derni&#232;res salles, sur
la beaut&#233; multiculturelle de la ville. Un peu plus loin, le Mus&#233;e municipal
illustre la saga des Irlandais et des &#201;cossais, des Italiens, des Juifs pieux et
des Ha&#239;tiens qui ont afflu&#233; dans la ville portuaire. Am&#233;rindiens et Inuits sont,
pour leur part mus&#233;ifi&#233;s &#224; Hull, sur les bords de la rivi&#232;re des Outaouais, dans
le plus beau &#171; mus&#233;e de civilisation &#187; du monde, sis, et ce n'est sans doute pas
un hasard, juste en face du Parlement f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;COMBAT POUR LA LANGUE&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais c'est bien s&#251;r le combat pour la langue qui a &#233;t&#233; au coeur de la
reconqu&#234;te d'une identit&#233; collective moderne. En quarante ans, Montr&#233;al, o&#249;
l'on parlait majoritairement anglais, dans le centre-ville du moins, est devenue
une ville francophone. &#192; la source de la transformation, il y a une loi qui
engage toute la puissance de l'&#201;tat derri&#232;re un projet culturel et politique.
Contraignante, la loi 101 n'est ni consensuelle ni aimablement culturelle. La
Charte de la langue fran&#231;aise &#8211; c'est son nom officiel &#8211; reprend un texte vot&#233;
en 1977, au temps du premier gouvernement L&#233;vesque, et fait obligation &#224;
tous, services publics et commer&#231;ants, d'offrir des services en fran&#231;ais dans la
ville. La moindre boutique a d&#251; obtemp&#233;rer. L'application aux &#233;coles est plus
drastique encore : l'enseignement doit &#234;tre donn&#233; en fran&#231;ais, et seuls peuvent
b&#233;n&#233;ficier d'un enseignement &#8211; public &#8211; en anglais ceux dont les parents ont
eux-m&#234;mes &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;s en anglais. Les immigrants ont donc d&#251; s'y plier :
leurs enfants &#233;tudient en fran&#231;ais. Pour couronner le tout, et fournir des cadres
&#224; la nation, de grandes universit&#233;s publiques francophones se sont mises en
place. Elles sont les h&#233;riti&#232;res directes des universit&#233;s cr&#233;&#233;es au d&#233;but du
si&#232;cle par les ordres religieux catholiques, qui savaient, eux, qu'une universit&#233;
assure la transmission d'une vision du monde. Aujourd'hui, l'universit&#233; Laval
&#224; Qu&#233;bec, l'universit&#233; de Montr&#233;al et l'universit&#233; de Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, mais
aussi l'universit&#233; Concordia, d&#233;livrent leurs cours en fran&#231;ais. Il y a des gens
qui avaient compris, il y a quarante ans, que l&#224; o&#249; il n'y a pas institution, il n'y
a pas transmission.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et pourtant, ce dispositif de combat est aujourd'hui en crise. Dans la
soci&#233;t&#233; postmoderne, ni le projet nationaliste ni le discours identitaire n'arrivent
plus &#224; s'&#233;noncer dans des formes recevables, et, en l'absence d'un &#201;tat fort, les
m&#233;diations anciennes n'arrivent plus &#224; proposer un futur collectif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;FLOTTEMENT DANS LA SOUVERAINET&#201;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier &#233;l&#233;ment de l'h&#233;ritage &#224; se d&#233;faire, l'ind&#233;pendance n'est plus
aujourd'hui un horizon politique cr&#233;dible. Un deuxi&#232;me r&#233;f&#233;rendum sur la
souverainet&#233;, perdu de justesse et dans des conditions contestables en 1995,
a sonn&#233; le glas de l'autonomie politique du Qu&#233;bec. Le Canada, d'ailleurs,
n'aurait sans doute pas tol&#233;r&#233; que l'une des provinces fondatrices quitte la
f&#233;d&#233;ration. Douze ans plus tard, sondages et r&#233;sultats &#233;lectoraux sont formels :
l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec n'est plus un projet politique d&#233;fendable &#224; court
terme. Son plus solide soutien, le Parti qu&#233;b&#233;cois, a d&#251;, apr&#232;s une cinglante
d&#233;faite &#233;lectorale, remettre l'organisation d'un troisi&#232;me r&#233;f&#233;rendum &#224; des
temps ult&#233;rieurs. C'est son challenger, la populiste Alliance d&#233;mocratique
du Qu&#233;bec, qui a repris le flambeau de la recherche d'une forme nationale
qu&#233;b&#233;coise en d&#233;fendant la notion ambigu&#235; d'association au Canada. Deuxi&#232;me
point de rupture : le mod&#232;le &#233;conomique social-d&#233;mocrate peine aujourd'hui,
dans le monde entier, &#224; imposer sa l&#233;gitimit&#233; dans le d&#233;bat public, face aux
th&#233;oriciens du lib&#233;ralisme classique. Or les souverainistes avaient fermement
associ&#233; un projet &#233;conomique social-d&#233;mocrate &#224; leur projet politique. Le
Qu&#233;bec occupe encore &#224; cet &#233;gard une position originale en Am&#233;rique du Nord.
Il prolonge une conception de l'&#201;tat providence paradoxalement h&#233;rit&#233;e de
l'Angleterre d'avant Mme Thatcher : l'enseignement sup&#233;rieur y est public et
presque gratuit, la sant&#233; est financ&#233;e collectivement, et certaines ressources,
comme l'hydro&#233;lectricit&#233;, sont nationalis&#233;es. Or ce mod&#232;le tout impr&#233;gn&#233;
d'interventionnisme est aujourd'hui symboliquement d&#233;valoris&#233; sur l'Ancien
comme sur le Nouveau Continent. Il appara&#238;t aujourd'hui comme un archa&#239;sme
de plus, qui serait associ&#233; &#224; l'archa&#239;sme du projet politique souverainiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MENACES SUR LA NATION&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Troisi&#232;me difficult&#233; : le souverainisme n'est plus ce qu'il &#233;tait. Ou
plut&#244;t, la nation telle que la concevaient Ren&#233; L&#233;vesque et Gilles Vigneault
il y a quarante ans a subi, elle aussi, une s&#233;rieuse d&#233;valuation symbolique.
Nationalistes et catholiques &#8211; tout au moins de culture &#8211;, les Qu&#233;b&#233;cois ne
s'inscrivent pas dans l'air du temps. Apr&#232;s les guerres des Balkans et celles
du Liban, &#234;tre nationaliste et de culture chr&#233;tienne, c'est se rapprocher
dangereusement dans l'imaginaire collectif des bandes de Milo&#353;evic ou des
milices chr&#233;tiennes du Liban. Mauvais calcul.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, la conception de la nation qui domine aujourd'hui
a chang&#233;. Lorsque Ren&#233; L&#233;vesque, en 1977, associait nation et &#201;tat, il
s'inscrivait, au-del&#224; de la r&#233;f&#233;rence coloniale, dans l'imaginaire de l'Europe des
&#201;tats-nations de 1848, revivifi&#233;e par les trait&#233;s de paix de 1918. Dans cette
perspective, chaque peuple, compris comme l'ensemble des citoyens partageant
une origine commune, une langue, une histoire et un projet, repr&#233;sent&#233; par
des &#233;lites d&#233;sireuses de prendre en charge le destin collectif, avait le droit de
se doter d'un &#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette conception de la nation est aujourd'hui en concurrence avec des
notions toute diff&#233;rentes, issues de la culture politique anglaise, et d&#233;fendues
par les f&#233;d&#233;ralistes d'Ottawa. Par exemple, lorsque le Premier ministre
canadien conservateur, Stephen Harper, demande &#224; son Parlement, comme il
l'a fait en 2007, de reconna&#238;tre la &#171; nation &#187; qu&#233;b&#233;coise, ce n'est pas l'image de
la nation de 1848 qu'il a en t&#234;te. C'est tout autre chose. La nation qu&#233;b&#233;coise
ainsi &#171; reconnues &#187; est du m&#234;me ordre que la nation iroquoise ou que la nation
huronne. Le mot d&#233;signe alors un groupe partageant une origine ethnique,
une langue, parfois une religion, un pan d'histoire, qui a vocation &#224; &#234;tre
respect&#233; dans ses sp&#233;cificit&#233;s et comme minorit&#233;, mais pas &#224; &#234;tre dot&#233; d'une
autonomie politique. Et les Qu&#233;b&#233;cois, qui ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment substitu&#233; le nom
de Qu&#233;b&#233;cois &#224; celui de Canadiens fran&#231;ais pour marquer leur d&#233;sir d'acc&#233;der
au statut de nation-&#201;tat, sont ici aux prises avec une contradiction centrale :
ils ne sont ni les premiers ni les seuls habitants du territoire qu'ils occupent
aujourd'hui. La minorit&#233; menac&#233;e, ce n'est pas ou ce n'est plus eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#171; Premi&#232;res Nations &#187; ont conquis, en effet, une place de plus en plus
importante dans l'&#233;conomie des repr&#233;sentations symboliques en Am&#233;rique
du Nord au cours des quatre derni&#232;res d&#233;cennies. Les Inuits ont obtenu du
Canada la reconnaissance d'un territoire transnational qui leur est propre, le
Nunavut, qui couvre une partie du Grand Nord qu&#233;b&#233;cois. Les diverses nations
am&#233;rindiennes, quoique encore tr&#232;s faibles num&#233;riquement et cantonn&#233;es dans
des territoires marginaux, commencent &#224; acqu&#233;rir une identit&#233; politique. Par
ailleurs, le Qu&#233;bec est, depuis le XVIIIe si&#232;cle, peupl&#233; de non-francophones de
toutes origines : colons anglais, bien s&#251;r, mais aussi loyalistes de la Nouvelle-
Angleterre fuyant la r&#233;volution am&#233;ricaine, ou encore Irlandais &#8211; papistes et
parfois antianglais &#8211;, &#201;cossais &#8211; ils contr&#244;laient la banque &#224; Montr&#233;al &#8211;, Juifs
r&#233;fugi&#233;s d'Europe centrale, Italiens et Grecs arriv&#233;s entre les deux guerres,
Ha&#239;tiens, Libanais et Maghr&#233;bins francophones, Vietnamiens... Il faudrait
m&#234;me y ajouter, aux bordures nord-est de la province et dans les &#238;les de la
Madeleine, une petite population acadienne francophone dont l'histoire est
diff&#233;rente de celle des Qu&#233;b&#233;cois. Bref, il y a des minorit&#233;s dans la minorit&#233;. Et
le mainstream politique pr&#244;ne aujourd'hui la d&#233;fense de la minorit&#233;. Lorsque
les Qu&#233;b&#233;cois s'&#233;crient, &#224; l'adresse d'Ottawa : &#171; Respectez-nous, nous sommes
la minorit&#233; ! &#187;, la capitale f&#233;d&#233;rale a beau de jeu de r&#233;pondre : &#171; Pas du tout !
C'est vous qui opprimez vos minorit&#233;s, par exemple en les obligeant &#224; parler
fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CATHOLICISME, LA&#207;CIT&#201;, ISLAM&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autres minorit&#233;s aujourd'hui respectables &#8211; et d&#233;cid&#233;es &#224; le faire
savoir &#8211; les minorit&#233;s religieuses posent un autre probl&#232;me aux Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le projet national port&#233; par la r&#233;volution tranquille &#233;tait clairement et de
fa&#231;on militante celui d'une soci&#233;t&#233; la&#239;que. Dans les ann&#233;es 70, le Qu&#233;bec
moderne a d&#233;confessionnalis&#233; en force et sans m&#233;nagements son syst&#232;me de
sant&#233; et d'assistance, de m&#234;me que son syst&#232;me scolaire. Dans son &#233;lan, il a
aussi fait dispara&#238;tre l'&#201;glise catholique. Les religieuses ont d&#251; quitter leur
voile, les religieux, abandonner leurs chaires d'enseignement. Les fid&#232;les ont
d&#233;sert&#233; les &#233;glises, et l'on a mis en vente les b&#226;timents eccl&#233;siastiques. Les
mouvements f&#233;ministes ont &#233;t&#233; au premier rang d'un mouvement v&#233;cu par
eux comme une &#233;mancipation. Le r&#233;sultat est net : le Qu&#233;bec est aujourd'hui
la contr&#233;e d'Am&#233;rique du Nord o&#249; il y a le nombre le plus &#233;lev&#233; de gens se
disant &#171; sans religion &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La m&#233;moire encore fra&#238;che de cette r&#233;volte contre la th&#233;ocratie
catholique rend particuli&#232;rement vifs les d&#233;bats autour des revendications
des communaut&#233;s religieuses d'aujourd'hui, musulmans et juifs orthodoxes de
la communaut&#233; Loubavitch. La situation est d'autant plus compliqu&#233;e que le
Qu&#233;bec doit respecter un texte fondamental du Canada dit Charte des droits
et des libert&#233;s de la personne. Inspir&#233;e par le droit anglais &#8211; donc am&#233;ricain
&#8211; et parfaitement en phase avec les sensibilit&#233;s contemporaines dominantes,
ce texte garantit &#224; tout citoyen canadien le libre exercice de sa pratique
religieuse. Lorsque ce libre exercice entre en conflit avec d'autres droits, l'on
doit chercher &#224; trouver ce que la langue qu&#233;b&#233;coise appelle officiellement
un &#171; accommodement raisonnable &#187;, compromis trouv&#233; pour chaque cas
particulier et qui ne vaut que pour celui-ci. Il est interdit, par exemple, de faire
entrer une arme dans un &#233;tablissement scolaire. Mais leur religion prescrit
aux jeunes sikhs de porter un poignard &#224; leur ceinture. L'accommodement
raisonnable autorisera le poignard mais demandera qu'il soit cousu dans un
&#233;tui&#8230; On imagine facilement la prolif&#233;ration des cas particuliers, les subtilit&#233;s
des argumentaires. Les controverses autour de la question du voile port&#233; par
les femmes de confession islamique ont ainsi occup&#233; une place importante dans
les m&#233;dias populaires lors de la campagne &#233;lectorale de 2007, provoquant un
travail de red&#233;finition de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise&#8230; et la mise au jour des failles
qui la traversent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#201;ROUXVILLE, NOUVEAU H&#201;RAUT DE LA NATION ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans une sorte de Bethl&#233;em qu&#233;b&#233;coise, l'improbable municipalit&#233;
d'H&#233;rouxville, situ&#233;e &#224; une centaine de kilom&#232;tres au nord de Montr&#233;al, que
s'est allum&#233; au printemps 2007 un d&#233;bat significatif des contradictions dans
lesquelles se sentent enferm&#233;s les Qu&#233;b&#233;cois &#171; de souche &#187; et de leur difficult&#233;
&#224; exprimer en des termes aujourd'hui acceptables ce qu'ils ressentent comme
leur identit&#233;. Le conseil municipal de ce gros bourg rural, connu jusqu'alors
pour le festival de musique country voisin, a adopt&#233; une d&#233;claration pr&#233;cisant,
&#224; l'intention d'immigr&#233;s potentiels et pour l'heure inexistants, les valeurs, us
et coutumes de la communaut&#233;. Le texte, fort bien r&#233;dig&#233; et que l'on trouve
sur Internet, &#233;tablit une liste d'usages associ&#233;s globalement &#224; l'islam (port
du voile, refus de la mixit&#233; dans les espaces publics, limitation du statut de
la femme, mais aussi lapidation&#8230;) dont il est dit explicitement qu'ils ne sont
pas acceptables &#224; H&#233;rouxville. Les usages et valeurs d&#233;finis au contraire
comme qu&#233;b&#233;cois sont ceux de la r&#233;volution tranquille &#8211; &#233;galit&#233; entre
hommes et femmes, mixit&#233; des activit&#233;s sportives et scolaires, la&#239;cisation de
la soci&#233;t&#233; &#8211;, mais donnent une place &#224; l'h&#233;ritage catholique dans sa version
patrimonialis&#233;e. Le conseil municipal d'H&#233;rouxville affirme en effet son droit
&#224; d&#233;penser l'argent public pour entretenir les croix de chemin et &#224; utiliser le
mot No&#235;l, contest&#233;s parce qu'il s'agirait l&#224; d'usages relatifs &#224; une communaut&#233;
religieuse particuli&#232;re (les catholiques) qui ne sauraient &#234;tre impos&#233;s &#224; tous. Sa
position se fonde cependant non pas sur une appartenance catholique mais sur
l'aspect patrimonial de ces vestiges. Les r&#233;dacteurs (locaux) du &#171; r&#232;glement &#187;
d'H&#233;rouxville ont rapidement obtenu ce qu'ils souhaitaient : l'attention
des m&#233;dias nationaux et le lancement d'un d&#233;bat public &#224; partir de leurs
positions. Bien s&#251;r, les gens branch&#233;s de Montr&#233;al ont stigmatis&#233; le populisme
r&#233;actionnaire des habitants d'H&#233;rouxville&#8230; et les habitants des r&#233;gions ont
stigmatis&#233; le multiculturalisme d&#233;cadent de Montr&#233;al, consacrant la coupure
imaginaire entre une capitale cosmopolite et son arri&#232;re-pays traditionaliste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est le plus significatif, dans cette affaire, n'est pas tant le
discours tenu que la fa&#231;on dont il est entr&#233; dans le d&#233;bat public. C'est d'un
point marginal g&#233;ographiquement et politiquement &#8211; une petite municipalit&#233;
perdue quelque part au nord de la rivi&#232;re Saint-Maurice &#8211; qu'est parti le conflit.
Ce dernier s'est ensuite d&#233;velopp&#233; essentiellement &#224; la t&#233;l&#233;vision autour
d'intervenants peu connus : le maire d'H&#233;rouxville, un conseiller municipal,
de jeunes musulmanes venues manifester sur place, bref, des &#171; vraies gens &#187;,
porteurs d'une parole v&#233;cue comme authentique et relay&#233;e directement par
les m&#233;dias populaires. Autre sympt&#244;me : le vieux parti de Ren&#233; L&#233;vesque,
traditionnellement porteur du discours identitaire, n'a pas su prendre position
dans ce d&#233;bat. Il a laiss&#233; son &#171; jeune &#187; rival, l'Alliance d&#233;mocratique du Qu&#233;bec,
capitaliser sur le d&#233;sir d'une partie des populations &#171; historiques &#187; du Canada
fran&#231;ais de trouver un parti capable de revendiquer un h&#233;ritage culturel, un
ancrage chr&#233;tien, une appartenance territoriale, et de d&#233;fendre une s&#233;curit&#233;
&#233;conomique sans que ces choix soient d&#233;valoris&#233;s symboliquement comme un
retour au discours r&#233;actionnaire ant&#233;rieur &#224; la r&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MES A&#207;EUX ET &#171; D&#201;G&#201;N&#201;RATION &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des discours incroyablement r&#233;actionnaires, au sens propre du terme,
apparaissent en effet l&#224; o&#249; on ne les attendrait a priori pas. Par exemple dans
la chanson populaire, dont on a vu plus haut qu'elle avait &#233;t&#233; l'un des vecteurs
majeurs du projet national qu&#233;b&#233;cois. En 2006, un groupe folk, Mes A&#239;eux,
comme il en existe des dizaines au Qu&#233;bec et form&#233; de jeunes gens de moins
de trente ans, a &#233;crit et enregistr&#233; une chanson appel&#233;e D&#233;g&#233;n&#233;ration. Le
propos, adress&#233; &#224; l'auditeur en usant du tutoiement usuel qui affirme d'embl&#233;e
la proximit&#233; et la connivence, est d&#233;capant. Il r&#233;habilite la terre comme
seule possession qui vaille, fait l'&#233;loge du d&#233;fricheur et du paysan, exprime la
nostalgie des grandes fratries, des m&#232;res nourrici&#232;res et des f&#234;tes de famille. Il
fait le proc&#232;s de la ville, de l'individualit&#233;, de la libert&#233; sexuelle, des conqu&#234;tes
du f&#233;minisme. Bref, c'est mot pour mot l'inverse du projet de la r&#233;volution
tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or cette chanson n'est pas demeur&#233;e marginale. La pression des
auditeurs l'a impos&#233;e aux stations de radio, qui, au d&#233;part, n'en voulaient pas,
puis elle s'est install&#233;e durablement en t&#234;te des ventes. Le groupe lui-m&#234;me
a fini par &#234;tre invit&#233; un dimanche soir dans la grande &#233;mission de soci&#233;t&#233;
de la t&#233;l&#233;vision publique, successeur impr&#233;vu des chanteurs historiques de la
r&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;F&#202;TE NATIONALE &#192; CAUSAPSCAL&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit br&#251;lot folk s'est m&#234;me immisc&#233; dans le rituel officiel de la f&#234;te
nationale. La chose est moins surprenante qu'il n'y para&#238;trait au premier abord.
La f&#234;te nationale, au Qu&#233;bec, n'est en effet pas exclusivement &#171; nationale &#187;
&#8211; et pour cause &#8211;, et les rituels politiques qui accompagnent usuellement
l'&#233;v&#233;nement dans les nations-&#201;tats anciennement constitu&#233;es sont ici r&#233;cents,
fragiles et controvers&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'usage d'organiser une manifestation civique &#224; l'intention des
Canadiens fran&#231;ais remonte au milieu du XIXe si&#232;cle, c'est en 1977 que le
gouvernement L&#233;vesque instaure la Saint-Jean-Baptiste comme f&#234;te nationale.
Cette derni&#232;re emprunte des formes multiples qui l'inscrivent dans les rituels
de la culture populaire urbaine. La manifestation centrale, par exemple, est
depuis les ann&#233;es 70 un concert, associ&#233; &#224; un discours, organis&#233; sur les plaines
d'Abraham, vaste esplanade situ&#233;e pr&#232;s du Parlement provincial de Qu&#233;bec et
qui vit la victoire d&#233;cisive des soldats du g&#233;n&#233;ral anglais Wolfe en 1759. Par
ailleurs, des f&#234;tes et concerts sont organis&#233;s dans les villages, o&#249; ils co&#239;ncident
avec les festivit&#233;s traditionnelles li&#233;es au solstice d'&#233;t&#233;. &#192; leur initiative, les
particuliers pavoisent avec le drapeau bleu aux fleurs de lys. L'arm&#233;e est
absente ou peu pr&#233;sente. La responsabilit&#233; de la f&#234;te, en effet, n'est pas confi&#233;e
&#224; l'&#201;tat mais prise en charge par des associations. Si en 1977 c'est la soci&#233;t&#233;
Saint-Jean-Baptiste, d&#233;positaire de l'h&#233;ritage du mouvement d'&#233;mancipation
des Canadiens fran&#231;ais, qui en avait la charge, depuis quelques ann&#233;es une
autre organisation, jug&#233;e plus repr&#233;sentative de l'ensemble des communaut&#233;s
culturelles du Qu&#233;bec, lui a &#233;t&#233; substitu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est donc une sorte de transplantation du domaine politique vers le
domaine culturel qui permet &#224; la f&#234;te d'exister. Ce d&#233;calage est visuellement
illustr&#233; par le fait que c'est autour d'une sc&#232;ne musicale que s'organise la
relation entre le discours, les drapeaux et la foule, les chanteurs occupant sur
la sc&#232;ne la place d&#233;volue dans les c&#233;r&#233;monies civiques aux repr&#233;sentants de
l'autorit&#233;. En 2006, par exemple, c'est &#224; un acteur qu'est attribu&#233;e la charge
d'&#233;crire et de lire le discours officiel. Le site de l'association responsable insiste
d'ailleurs sur la participation de la soci&#233;t&#233; civile aux c&#233;l&#233;brations. On n'attend
pas des b&#233;n&#233;voles qu'ils carburent uniquement &#224; l'enthousiasme national, et,
comme dans toute entreprise soucieuse de motiver ses troupes, un concours
et des cadeaux r&#233;compensent les plus efficaces producteurs de la symbolique
nationale. L'ensemble est parrain&#233; par une marque de bi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant alors &#224; ce que l'on observe dans les c&#233;l&#233;brations non
pas la rigueur et l'unit&#233; &#8211; dans le c&#233;r&#233;monial et les discours &#8211; qui caract&#233;risent
les f&#234;tes des &#201;tats anciennement centralis&#233;s, mais une adaptation aux formes
nouvelles de la vie collective. Ainsi, &#224; Causapscal, bourgade de Gasp&#233;sie situ&#233;e
&#224; plus de mille kilom&#232;tres de Montr&#233;al, le discours officiel de la f&#234;te &#233;tait-il,
en ce mois de juin 2007, compos&#233; &#224; la fois de propos tenus par des &#233;lus, en
l'occurrence le maire et la d&#233;put&#233;e &#8211; ce qui rel&#232;ve du mod&#232;le classique &#8211;, et
de deux chansons, ins&#233;r&#233;es entre les discours et le feux d'artifice, comme si
elles &#233;taient elles-m&#234;mes un discours. Et, de fait, elles en faisaient fonction.
La premi&#232;re &#233;tait D&#233;g&#233;n&#233;ration, du groupe Mes A&#239;eux, cit&#233;e plus haut, qui
quittait ainsi clairement le registre du spectacle pour entrer dans celui de la
repr&#233;sentation politique. Quant &#224; la seconde, intitul&#233;e Lettre &#224; Ren&#233; L&#233;vesque
et due au groupe de papys militants Les Cow-Boy fringants, elle portait, elle
aussi, un message explicitement politique : un appel aux jeunes g&#233;n&#233;rations
pour qu'elles rel&#232;vent l'h&#233;ritage de Ren&#233; L&#233;vesque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HEURTS ET MALHEURS DU 400E&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le conseil municipal d'H&#233;rouxville, Mes A&#239;eux et Les Cow-Boys
fringants&#8230; ces porteurs de discours apparemment marginaux n'occupent le
devant de la sc&#232;ne qu'autant que les vecteurs traditionnels de la transmission
d'une identit&#233; nationale peinent &#224; remplir leur r&#244;le. En t&#233;moignent les
difficult&#233;s dans l'organisation des c&#233;r&#233;monies du 400e anniversaire de Qu&#233;bec.
En 2008, cela fera quatre cents ans &#8211; ou &#224; peu pr&#232;s &#8211; que Samuel de Champlain
a abord&#233; le site de Qu&#233;bec. L'anniversaire appelle une c&#233;l&#233;bration, et depuis
quelques dizaines de mois on s'agite autour de la question, tant &#224; Qu&#233;bec
qu'&#224; Ottawa et Paris. Les anniversaires &#224; Qu&#233;bec sont choses complexes et
politiques. Le 300e anniversaire, en 1908 avait donn&#233; lieu &#224; un magistral
tour de passe-passe par lequel Ottawa avait r&#233;cup&#233;r&#233;, pour le plus grand
profit symbolique de l'empire, l'initiative, &#224; l'origine modeste, des bourgeois
francophones de Qu&#233;bec. Le programme de 2008 est, lui aussi, objet de
controverses et sujet &#224; volte-face et transformations. Ottawa a un projet clair
et astucieux : c&#233;l&#233;brer l'arriv&#233;e via le port de Qu&#233;bec des centaines de milliers
d'immigrants qui ont fait le Canada multiculturel d'aujourd'hui. La ville de
Qu&#233;bec, dans cette perspective, est ramen&#233;e exclusivement &#224; sa fonction de
port. Son r&#244;le de capitale administrative et religieuse d'un territoire rural,
agricole et essentiellement francophone dispara&#238;t purement et simplement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais peut-on tenir un autre discours sans r&#233;veiller les flammes
du souverainisme ou encourir le reproche de nationalisme ethnique et
religieux ? La question donne des cauchemars au gouvernement provincial
lib&#233;ral de Jean Charrest, qui entend contenir toute vell&#233;it&#233; souverainiste et
qui cherche une voie moyenne entre l'enthousiasme multiculturel d'Ottawa
et l'inopportune c&#233;l&#233;bration d'un h&#233;ritage embarrassant. Comment c&#233;l&#233;brer
les Canadiens fran&#231;ais sans en parler tout en en parlant ? Ainsi, la grande
exposition sur l'Am&#233;rique fran&#231;aise pr&#233;vue &#224; l'origine ne se fera pas, ou plus
tard, ou autrement. &#192; la place, la France pr&#234;tera une exposition du mus&#233;e
du quai Branly, zappant les Canadiens fran&#231;ais au profit d'une c&#233;l&#233;bration
plus au go&#251;t du jour des cultures autochtones. Quant au Qu&#233;bec proprement
dit, son discours national s'engloutit dans les initiatives spectaculaires ou
sympathiques mais, au sens propre, insignifiantes. Le Cirque du Soleil, grande
entreprise du show-business, qu&#233;b&#233;coise et mondialis&#233;e, assurera l'essentiel
du spectacle, et, si ses managers le veulent bien, on aura C&#233;line Dion, autre
ic&#244;ne du succ&#232;s plan&#233;taire. Des chorales franco-qu&#233;b&#233;coises renoueront dans
la bonne humeur le lien social transatlantique. Quant &#224; la Saint-Jean-Baptiste
sur les plaines d'Abraham, elle repr&#233;sente un vrai probl&#232;me. Trop charg&#233;
de souvenirs, cet endroit ! Et s'il venait &#224; l'id&#233;e de quelques jeunes zozos de
se prendre pour F&#233;lix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois et de
rejouer la Superfrancof&#234;te de 1974 ? On a vu ce que &#231;a donnait lorsqu'on
laissait des chanteurs parler politique. Mieux vaut rester raisonnable et confier
aux f&#233;d&#233;rations de g&#233;n&#233;alogistes une exposition sur les &#171; familles-souches &#187;
(celles qui se sont install&#233;es au Qu&#233;bec au XVIIe si&#232;cle) et les &#171; familles-racines &#187;
(celles qui sont rest&#233;es en France, toujours au XVIIe si&#232;cle). Id&#233;e charmante,
certes, et sans danger politique imm&#233;diat, mais qui t&#233;moigne d'un repli frileux&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;sur la tradition. Crise symbolique, crise des institutions, avons-nous dit.
Pour la regarder sous un angle nouveau, on peut consid&#233;rer ce que dit de la
question des institutions Denis Moni&#232;re, politiste et partisan historique du
projet souverainiste. Le Qu&#233;bec, dit-il, a un &#201;tat faible, et &#231;a n'est pas bon.
Dans le cas particulier du Qu&#233;bec, un &#201;tat fort, paradoxalement, lib&#233;rerait les
individus. Certes, le projet souverainiste aujourd'hui ne consiste plus &#224; suivre
le mod&#232;le des d&#233;colonisations des ann&#233;es 70. Mais, si les Canadiens fran&#231;ais ont
surv&#233;cu comme groupe, c'est au prix d'une discipline individuelle et collective
s&#233;v&#232;re, encadr&#233;e par l'&#201;glise. C'est parce que les femmes avaient quatorze
enfants que le groupe a perdur&#233;. C'est parce que les familles parlaient fran&#231;ais
&#224; leurs enfants m&#234;me si cela avait un prix en termes de promotion sociale et
&#233;conomique que la langue, elle aussi, s'est maintenue dans un environnement
pourtant d&#233;favorable. Aujourd'hui, il n'est bien s&#251;r plus question de demander
aux familles d'assurer la survie du groupe, et le r&#244;le r&#233;gulateur de l'&#201;glise
s'est &#233;vanoui. Et si la langue subsiste, face &#224; la pression renouvel&#233;e de l'anglais,
c'est seulement gr&#226;ce &#224; la protection des pouvoirs publics exprim&#233;e par la loi
101 et aux politiques publiques de soutien &#224; la culture.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un &#201;tat souverain d&#233;livrerait, dit Denis Moni&#232;re, les individus de la
charge d'assurer la d&#233;fense de la langue et la p&#233;rennit&#233; du groupe en assumant
les fonctions symboliques et en veillant &#224; la transmission. On peut &#234;tre d'accord
ou non avec cette opinion, exprim&#233;e ici de fa&#231;on peut-&#234;tre trop sommaire. Il
n'en demeure pas moins qu'il y a l&#224; une cl&#233; pour comprendre la confusion
id&#233;ologique dans laquelle se d&#233;bat le Qu&#233;bec aujourd'hui. Confier la charge
de la production symbolique au th&#233;&#226;treux et aux chanteurs, c'est s'assurer,
en p&#233;riode de hautes eaux id&#233;ologiques, un fort potentiel de cr&#233;ativit&#233; et un
&#233;cho maximal dans la soci&#233;t&#233;. Mais, en p&#233;riode de reflux, c'est s'exposer &#224;
des d&#233;rives bizarres, &#224; la fragmentation des repr&#233;sentations, aux distorsions
des appartenances. Bref, il n'est pas anodin de ne pas r&#233;ussir &#224; organiser un
grand anniversaire, une f&#234;te nationale ou un grand mus&#233;e. C'est plut&#244;t un
sujet d'inqui&#233;tude.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CATHERINE BERTHO-LAVENIR est professeur d'histoire contemporaine &#224; l'universit&#233;
Paris III-Sorbonne nouvelle. Elle s'est occup&#233;e, en 2006, de la chaire &#171; &#201;tude de la
France contemporaine &#187; &#224; l'universit&#233; de Montr&#233;al. Son dernier livre : Histoire des
m&#233;dias, de Diderot &#224; Internet, avec Fr&#233;d&#233;ric Barbier, Armand Colin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://www.cerium.ca/IMG/pdf/Quebec_Medium1.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, Trust am&#233;ricain et &#201;glise catholique : une lutte &#224; trois sur fond de culture, d'affaires et de nationalisme</title>
		<link>http://www.vigile.net/Theatre-canadien-francais-Trust</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Theatre-canadien-francais-Trust</guid>
		<dc:date>2007-12-04T15:42:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Roy - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>L'art et le nationalisme canadiens-fran&#231;ais ont toujours &#233;t&#233; intimement li&#233;s. Au Qu&#233;bec, la musique, la peinture, le th&#233;&#226;tre, le cin&#233;ma s'assurent, depuis fort longtemps, d'&#234;tre un v&#233;hicule efficace pour les id&#233;es porteuses de grands changements. Ce travail s'int&#233;resse &#224; (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'art et le nationalisme canadiens-fran&#231;ais ont toujours &#233;t&#233; intimement li&#233;s. Au Qu&#233;bec, la musique, la peinture, le th&#233;&#226;tre, le cin&#233;ma s'assurent, depuis fort longtemps, d'&#234;tre un v&#233;hicule efficace pour les id&#233;es porteuses de grands changements. Ce travail s'int&#233;resse &#224; la situation du th&#233;&#226;tre et du nationalisme canadiens-fran&#231;ais au lendemain de l'Acte d'Union jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des premiers cr&#233;ateurs canadiens-fran&#231;ais populaires. Cette p&#233;riode est une intense lutte &#224; trois pour la domination culturelle et commerciale du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec. L'&#201;glise catholique, depuis toujours, veut conserver ses valeurs bien en place pour assurer son emprise sur le peuple, mais diff&#233;rents &#233;v&#233;nements la forceront &#224; changer son fusil d'&#233;paule. Le Trust, venu en terre qu&#233;b&#233;coise pour incorporer Montr&#233;al et Qu&#233;bec &#224; son r&#233;seau, semble s'en prendre &#224; un public gagn&#233; d'avance, mais son ing&#233;rence et son indiff&#233;rence face aux besoins des Canadiens fran&#231;ais causeront sa perte. Et le nationalisme canadien-fran&#231;ais, lui, rena&#238;t de ses cendres suite &#224; l'&#233;veil du peuple quant &#224; sa capacit&#233; de faire son propre th&#233;&#226;tre, dans lequel il se reconna&#238;t mieux que dans le th&#233;&#226;tre europ&#233;en ou am&#233;ricain qu'on lui enfonce dans la gorge depuis trop longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1338 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:97px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.puq.ca/fr/repertoire_fiche.asp?titre=discipline&amp;titre2=090&amp;noProduit=S1231&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_4-theatre.jpg' width=&quot;97&quot; height=&quot;144&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;	Ce sujet, avec son contexte et ses acteurs captivants, soul&#232;ve une grande question : &#171; Comment l'influence de l'&#201;glise et le monopole du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec d&#233;tenu par le Trust am&#233;ricain entre 1890 et 1903 causent une renaissance du th&#233;&#226;tre et une remont&#233;e du nationalisme canadiens-fran&#231;ais ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plusieurs auteurs se sont pench&#233;s sur la question du th&#233;&#226;tre et du nationalisme canadiens-fran&#231;ais &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, mais toujours en les s&#233;parant l'un de l'autre. La plupart des ouvrages offrent une analyse compl&#232;te sur la renaissance du th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, en se contentant de seulement effleurer au passage le nationalisme qui en ressurgit. Bref, les liens entre la renaissance du th&#233;&#226;tre et la remont&#233;e du nationalisme ne demandent qu'&#224; &#234;tre faits, les questions qu'&#224; &#234;tre soulev&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semble que l'&#233;veil du peuple canadien-fran&#231;ais quant &#224; sa capacit&#233; de faire lui-m&#234;me son th&#233;&#226;tre provienne &#224; la fois d'un ras-le-bol face &#224; l'oppression que lui fait subir l'&#201;glise quant &#224; ce qui est acceptable ou non, ce qui est bien ou mal, et d'un &#233;c&#339;urement face au th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway qui, au d&#233;part, comble un vide, mais qui, rapidement, prend trop de place et ne se pr&#233;occupe pas suffisamment des exigences du peuple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour d&#233;montrer l'hypoth&#232;se propos&#233;e, ce travail est divis&#233; en trois grandes parties. Premi&#232;rement, la dualit&#233; entre l'&#201;glise catholique et le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais est expos&#233;e et analys&#233;e. Cette premi&#232;re partie d&#233;montre comment une situation perp&#233;tuelle de dominant-domin&#233; m&#232;ne &#224; un ras-le-bol du domin&#233; face au dominant. La deuxi&#232;me partie &#233;nonce l'arriv&#233;e du Trust am&#233;ricain et ses m&#233;thodes pour acqu&#233;rir et maintenir son monopole. On voit dans cette partie que le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, fra&#238;chement &#171; libre &#187; de l'influence eccl&#233;siastique se retrouve &#224; nouveau sous l'emprise d'une entit&#233; sup&#233;rieure. Une seconde dualit&#233; na&#238;t de ce ph&#233;nom&#232;ne et conduit au sujet de la troisi&#232;me et derni&#232;re partie : le changement de position de l'&#201;glise catholique, la renaissance du th&#233;&#226;tre et la remont&#233;e du nationalisme canadiens-fran&#231;ais. Ces th&#232;mes seront &#233;galement mis en relation avec le th&#232;me int&#233;grateur : &#171; l'impact de la modernisation sur les institutions culturelles traditionnelles &#187;, en d'autres mots, ce travail tente de d&#233;montrer comment le Trust am&#233;ricain, porteur d'une modernit&#233; autant culturelle que technologique, cause un changement de position chez l'&#201;glise et un &#233;veil du peuple canadien-fran&#231;ais face &#224; la prise en main de leur culture et de leurs affaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La dualit&#233; entre le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais et l'&#201;glise catholique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au d&#233;but de la p&#233;riode qui nous int&#233;resse, le th&#233;&#226;tre professionnel et commercial francophone n'existe pas. En fait, le th&#233;&#226;tre francophone au Qu&#233;bec se limite &#224; des adaptations de pi&#232;ces fran&#231;aises, anglaises et am&#233;ricaines. En d'autres mots : &#171; l'institution th&#233;&#226;trale [&#8230;] en fut une d'importation &#187;(1) et, en ce sens, les premi&#232;res tourn&#233;es &#224; venir visiter le Qu&#233;bec sont europ&#233;ennes, surtout anglaises. &#192; par l'exp&#233;rience que poss&#232;dent ces troupes, elles pr&#233;sentent tous les d&#233;savantages possibles : elles co&#251;tent tr&#232;s cher, elles sont souvent &#233;puis&#233;es par leurs longues tourn&#233;es et, surtout, elles sont form&#233;es de com&#233;diens dont l'accent agace l'oreille canadienne-fran&#231;aise. C'est en r&#233;action &#224; ces troupes &#233;trang&#232;res qu'apparaissent, vers 1860, &#224; Montr&#233;al et &#224; Qu&#233;bec, les premi&#232;res troupes locales. Les troupes, elles, n'ont pas trop de difficult&#233; &#224; jouer les adaptations europ&#233;ennes, mais le principal probl&#232;me est que, jusqu'en 1900, au Qu&#233;bec, &#171; il n'existe pas d'&#233;diteur ni m&#234;me de collection sp&#233;cialis&#233;e dans l'&#233;dition du texte dramatique &#187;(2). Les rares auteurs dramatiques canadiens-fran&#231;ais doivent donc financer eux-m&#234;mes leur &#233;dition et leur publication, ce qui est bien au-dessus des moyens de la plupart d'entre eux. Alors comment les auteurs dramatiques canadiens-fran&#231;ais s'y prennent-ils pour rendre leurs &#339;uvres accessibles au public ? Ils vont voir ceux qui les m&#233;prisent et les censurent depuis plus d'un si&#232;cle : l'&#201;glise catholique. Et pourquoi l'&#201;glise changerait-elle sa position face au th&#233;&#226;tre qu'elle per&#231;oit depuis toujours comme immoral, trop l&#233;ger et r&#233;pandant les mauvaises valeurs ? Dans ce cas-ci, l'on peut dire que la vieille expression &#171; l'ennemi de mon ennemi est mon ami &#187; s'applique. Devant l'importance grandissante de la pr&#233;sence europ&#233;enne et, bient&#244;t, am&#233;ricaine, l'&#201;glise catholique ne peut que constater qu'un important morceau de la culture qu&#233;b&#233;coise est en danger et n'a d'autre choix que de permettre la diffusion, dans ses revues et dans ses circulaires, d'&#339;uvres d'auteurs canadiens-fran&#231;ais comme Louis-Honor&#233; Fr&#233;chette (Papineau), Anne-Marie Gleason-Huguenin (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'adieu au po&#232;te&lt;/i&gt;), ou encore Rodolphe Girard (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; la conqu&#234;te d'un baiser&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1339 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:120px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://books.google.ca/books?id=xbXMf07jfr8C&amp;dq=L%E2%80%99%C3%89glise+et+le+Th%C3%A9%C3%A2tre+au+Qu%C3%A9bec&amp;hl=fr&amp;pgis=1&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_4-tourangeau.jpg' width=&quot;120&quot; height=&quot;184&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Mais il ne faut pas croire que l'&#201;glise supporte le th&#233;&#226;tre. Elle daigne diffuser les auteurs d'ici, mais elle s'assure de les garder &#224; un bas niveau : amateur et m&#234;me scolaire, de pr&#233;f&#233;rence. Le fait est que l'&#201;glise approuverait bien le th&#233;&#226;tre s'il voulait parler de patriotisme et de vertu, mais comme les pi&#232;ces viennent majoritairement d'Angleterre et de France, m&#234;me si elles sont quelques fois jou&#233;es par des Canadiens fran&#231;ais, elles ne sont pas adapt&#233;es au contexte Qu&#233;b&#233;cois de l'apr&#232;s-Acte d'Union. Comme le d&#233;crivent Laflamme et Tourangeau : &#171; Elle [l'&#201;glise] ne lui accorde pas sa b&#233;n&#233;diction [au th&#233;&#226;tre], mais elle lui laisse tout de m&#234;me une paix relative &#187; (3). Cependant, Montr&#233;al fait exception &#224; cette r&#232;gle cl&#233;ricale. De 1836 &#224; 1876, Monseigneur Bourget, &#233;v&#234;que du dioc&#232;se de Montr&#233;al, paralyse presque compl&#232;tement le th&#233;&#226;tre et toutes autres formes de manifestations artistiques dans sa &#171; politique du juste milieu &#187; (4). Cette politique, bien plus rigide que son nom l'indique, stipule qu'&#171; on ne peut, sous peine de p&#233;ch&#233; mortel, concourir &#224; aucune repr&#233;sentation notablement ind&#233;cente [&#8230;], ni par abonnement ou souscription, ni par applaudissement &#187; (5). Ainsi, d'un c&#244;t&#233;, il limite grandement le d&#233;veloppement du th&#233;&#226;tre francophone &#224; Montr&#233;al et, d'un autre c&#244;t&#233;, il pousse la jeunesse franco-canadienne vers le th&#233;&#226;tre montr&#233;alais anglophone. Puisque ce th&#233;&#226;tre est r&#233;git par les protestants plut&#244;t que par les catholiques, il offre des pi&#232;ces &#171; d'une morale g&#233;n&#233;ralement beaucoup plus rel&#226;ch&#233;e que celle du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais &#187; (6), c'est-&#224;-dire des pi&#232;ces dans lesquelles apparaissent notamment des femmes. Bref, cette censure par l'&#201;glise catholique fait pratiquement mourir le peu de th&#233;&#226;tre francophone qui se fait au Qu&#233;bec &#224; la fin du XIXe si&#232;cle au profit du th&#233;&#226;tre anglophone et europ&#233;en.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s plus de trente-six ans &#224; la t&#234;te du dioc&#232;se de Montr&#233;al, Monseigneur Bourget se retire et nomme Monseigneur Fabre pour le remplacer. Cependant, Monseigneur Bourget laisse un h&#233;ritage tr&#232;s lourd et son spectre semble toujours &#234;tre omnipr&#233;sent autour des relations entre l'&#201;glise et le th&#233;&#226;tre. En cons&#233;quence, m&#234;me si l'on croyait que le d&#233;part de Monseigneur Bourget allait aider les choses, jusqu'en 1893, les journaux des trois grandes villes qu&#233;b&#233;coises, presque tous sous contr&#244;le eccl&#233;siastique, mart&#232;lent les th&#233;&#226;tres francophones et &#233;trangers pour leur manque de moralit&#233;, leur caract&#232;re trop l&#233;ger, et y vont de s&#233;v&#232;res mises en garde &#224; l'intention de ceux qui voudraient s'y adonner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La dualit&#233; entre le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais et le Trust am&#233;ricain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme mentionn&#233; dans la partie pr&#233;c&#233;dente, la substitution des troupes de tourn&#233;es pour des troupes locales permet au moins &#224; quelques Canadiens fran&#231;ais de vivre du th&#233;&#226;tre. Par contre, l'arriv&#233;e des troupes locales entra&#238;ne un ph&#233;nom&#232;ne qui se r&#233;v&#232;lera plus tard comme regrettable : les troupes europ&#233;ennes, forc&#233;es de limiter leurs pr&#233;sences en sol qu&#233;b&#233;cois, laissent la porte grande ouverte &#224; l'h&#233;g&#233;monie New-Yorkaise qui ne prend que quelques ann&#233;es &#224; incorporer le Qu&#233;bec dans son r&#233;seau. Le Trust am&#233;ricain, ce monstre &#233;conomique et, par la bande, culturel, fait son entr&#233;e au Qu&#233;bec vers 1890. Puisque le peuple canadien-fran&#231;ais a soif de nouveaut&#233; mais est encore incapable de palier lui-m&#234;me &#224; ses propres besoins, l'ouverture est b&#233;ante pour un envahissement d&#233;guis&#233; en sauvetage. Le plus grand monopole de l'industrie du loisir et de la culture au monde semble invincible parce qu'il est &#171; une association tactique entre quelques puissants producteurs new-yorkais et divers directeurs de petites cha&#238;nes r&#233;gionales exasp&#233;r&#233;s par la situation th&#233;&#226;trale &#187; (7). Parmi les producteurs, on retrouve Marcus Klaw et A.L. Erlanger qui poss&#232;dent la majorit&#233; des salles de th&#233;&#226;tre du sud des &#201;tats-Unis ; les millionnaires et g&#233;ants de la production Al Hayman et Charles Frohman ; ainsi que Samuel F. Nixon et Fred Zimmerman, deux importants producteurs new-yorkais. En moins de sept ans, &#171; tous les &#233;tablissements montr&#233;alais et qu&#233;b&#233;cois de quelque importance pass&#232;rent progressivement sous le contr&#244;le du groupe new-yorkais &#187; (8). Au d&#233;part, l'arriv&#233;e d'un groupe aussi puissant ne peut que servir la cause du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : le Trust assure la r&#233;gularit&#233; des spectacles et, surtout, met enfin Montr&#233;al sur le circuit des grandes tourn&#233;es. Cette grande vague de modernisation qui souffle sur l'industrie du th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec fait en sorte que Montr&#233;al n'accuse plus aucun retard sur les autres grandes villes mondiales quant &#224; la pr&#233;sentation des grands succ&#232;s de Broadway et &#224; l'utilisation des nouvelles techniques et technologies.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais pourquoi les Canadiens fran&#231;ais, lass&#233;s du th&#233;&#226;tre &#224; l'europ&#233;enne tombent-ils litt&#233;ralement en amour avec le th&#233;&#226;tre &#224; l'am&#233;ricaine ? Legris l'explique tr&#232;s simplement dans &#171; Le th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : 1825-1980 &#187; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant de partir en tourn&#233;e, un spectacle devait d'abord passer le test new-yorkais. Alors, aur&#233;ol&#233;e du prestige de la r&#233;ussite, la production menait, parfois pendant des ann&#233;es, de grandes tourn&#233;es continentales. Quand le succ&#232;s obtenu sur Broadway &#233;tait plus triomphal encore, on pouvait envoyer en tourn&#233;e jusqu'&#224; cinq ou six troupes affubl&#233;es du m&#234;me nom et des m&#234;mes &#233;pith&#232;tes ronflantes que l'originale. Des centaines de milliers de spectateurs eurent ainsi la conviction de voir dans les th&#233;&#226;tres les plus recul&#233;s du continent les grands triomphes de New York tels que les avaient acclam&#233;s la foule et la critique new-yorkaises. Le subterfuge dura (9).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ainsi, avec le reste du continent, que les Canadiens fran&#231;ais sont entra&#238;n&#233;s dans un mouvement grandiose et prestigieux comme seuls les Am&#233;ricains sont capables de cr&#233;er. Ce nouveau monopole d&#233;tenu par le Trust p&#232;se tr&#232;s lourd sur le dos des auteurs et des troupes d'expression francophone. Les auteurs sont maintenant condamn&#233;s &#224; demeurer mineurs et amateurs parce que les Am&#233;ricains &#233;crivent leurs propres pi&#232;ces, et les troupes, si elles veulent jouer plus que du religieux ou du scolaire, doivent parvenir &#224; se faire engager par le Trust am&#233;ricain pour jouer des pi&#232;ces new-yorkaises. Et la domination du Trust n'a pas d'effets n&#233;gatifs que sur les auteurs et les troupes locales : elle accro&#238;t &#233;galement &#171; la centralisation des affaires th&#233;&#226;trales dans la m&#233;tropole am&#233;ricaine et ne [tient] aucun compte des disparit&#233;s r&#233;gionales &#187; (10). Donc, d'un c&#244;t&#233;, la haute bourgeoisie anglaise est m&#233;contente parce qu'elle d&#233;teste voir Montr&#233;al perdre de son pouvoir &#233;conomique aux mains de New York, et d'un autre c&#244;t&#233;, les francophones ne tardent pas &#224; s'apercevoir qu'ils se reconnaissent encore moins dans le th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway que dans le th&#233;&#226;tre europ&#233;en qu'ils ont mis &#224; la porte. Sans compter que le Trust se soucie encore moins que ses pr&#233;d&#233;cesseurs de savoir si l'accent, l'apparence ou m&#234;me l'histoire racont&#233;e conviennent ou non au public qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Renaissance du th&#233;&#226;tre et remont&#233;e du nationalisme canadiens-fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, malgr&#233; l'admiration que le public canadien-fran&#231;ais a, au d&#233;part, pour le th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway, la volont&#233; d'avoir enfin un th&#233;&#226;tre bien &#224; lui se fait sentir plus que jamais. Devant la situation &#233;conomique et culturelle alarmante du th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais, l'&#201;glise permet progressivement aux auteurs canadiens-fran&#231;ais de diffuser un peu plus librement et largement leurs &#339;uvres dans les revues et dans les circulaires des diff&#233;rentes paroisses. Ainsi, tout aussi progressivement, les troupes locales commencent &#224; avoir des pi&#232;ces canadiennes-fran&#231;aises sous la main et les jouent dans les &#233;glises et dans les &#233;coles. Bref, il ne leur manque qu'une sc&#232;ne majeure sur laquelle jouer parce qu'il est &#233;videment que le Trust am&#233;ricain ne les laisseront jamais jouer sur les siennes. Et c'est &#224; partir de ce moment que le th&#233;&#226;tre qui ne faisait que survivre et que le nationalisme pr&#233;sent mais domin&#233; se fondent l'un dans l'autre : &#171; il suffit, pour s'en convaincre, de relire les multiples appels &#224; la cr&#233;ation d'un th&#233;&#226;tre national qui jalonnent notre histoire th&#233;&#226;trale &#187; (11). Toutefois, le Th&#233;&#226;tre National ne sera inaugur&#233; que dans un quart de si&#232;cle et c'est maintenant que le th&#233;&#226;tre et le nationalisme canadiens-fran&#231;ais demandent &#224; &#233;clore.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant la grogne grandissante du public qu&#233;b&#233;cois, le 30 septembre 1898, Elz&#233;ar Roy et la Soci&#233;t&#233; Saint-Jean-Baptiste mettent sur pied les &#171; Soir&#233;es de famille &#187;. Avec l'approbation et m&#234;me l'aide du clerg&#233;, ce qui ne devait &#234;tre qu'un m&#233;lange d'exercice th&#233;&#226;tral et de cours d'&#233;locution devient rapidement une troupe r&#233;guli&#232;re. Les trois ann&#233;es d'efforts mises par Elz&#233;ar Roy sont, au bout du compte, &#171; &#224; la fois une r&#233;compense pour les &#233;l&#232;ves [des deux sexes] et une aubaine pour les spectateurs pour suivre avec int&#233;r&#234;t le succ&#232;s des jeunes acteurs et jouir d'un bon spectacle fran&#231;ais &#187; (12). Toutefois, il ne faut pas se leurrer ; les Soir&#233;es de famille ne sont pas l'&#233;v&#233;nement ni l'av&#232;nement que les Canadiens fran&#231;ais attendent. En effet, des soixante-quatorze pi&#232;ces jou&#233;es par la troupe, aucune n'est qu&#233;b&#233;coise ; &#224; l'exception de Juliette B&#233;liveau, aucun membre de la troupe ne poursuit une carri&#232;re professionnelle apr&#232;s la fermeture de 1901 ; les Soir&#233;es deviennent rapidement officieusement exclusives &#224; la petite bourgeoisie canadienne-fran&#231;ais et le peuple la boude. Bref, les Soir&#233;es ne sont pas aussi rayonnantes qu'esp&#233;r&#233;, mais au moins, le mouvement est lanc&#233;. Comme le d&#233;crit clairement Ren&#233;e Legris : &#171; Tout le monde, &#224; l'&#233;poque, comprit bien l'esprit qui les animait [les Soir&#233;es] et le sens profond du consensus historique qui pr&#233;sida &#224; leur cr&#233;ation. Le &#171; mal &#187;, c'&#233;tait l'assimilation et tout ce qui pouvait la ralentir &#233;tait &#171; bon &#187; ou acceptable &#187; (13). Devant cet &#233;veil de conscience, certains membres de la petite bourgeoisie canadienne-fran&#231;ais rejoigne le mouvement. Par exemple, le 21 novembre 1898, Godeau, un ing&#233;nieur, fonde le Th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s qui donnera naissance un peu plus tard au Th&#233;&#226;tre de la Renaissance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Arrive ensuite la p&#233;riode des caf&#233;s-concerts ; une formule directement import&#233;e de Paris. Les caf&#233;s-concerts sont de petites salles fr&#233;quent&#233;es autant par le peuple que par la petite bourgeoisie o&#249; l'on pr&#233;sente des pi&#232;ces francophones et, surtout, o&#249; l'on peut consommer de l'alcool. Le concept conna&#238;t un succ&#232;s sans pr&#233;c&#233;dant chez le petit peuple canadien-fran&#231;ais parce que, pour une rare fois, il s'y reconna&#238;t parfaitement, comme en t&#233;moigne la premi&#232;re revue locale d'Alfred Durantel, pr&#233;sent&#233;e le 31 mars 1899 au caf&#233;-concert l'El-Dorado :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au lieu d'entendre parler constamment d'un vicomte millionnaire ou d'un baron d&#233;cav&#233;, nous sommes en pr&#233;sence de T&#233;lesphore Pigeonneau, un dur &#224; cuire qu'a [sic] du poil aux pattes, de la gaiet&#233; au c&#339;ur et du courage au ventre. Au lieu de parcourir les grands boulevards parisiens, il est question de la C&#244;te-Saint-Lambert ou de la Place Jacques-Cartier ; au lieu d'entendre crier Br&#233;bant, ou Bignon, ou le caf&#233; des Vari&#233;t&#233;s de Paris, on entend parler de Jos Riendeau, et cela sonne bien &#224; nos oreilles attentives (14).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Maintenant que la petite bourgeoisie et le peuple canadiens-fran&#231;ais sont sur la m&#234;me longueur d'onde, le mouvement nationaliste peut poursuivre sa pouss&#233;e dans le milieu th&#233;&#226;tral. Les deux derni&#232;res ann&#233;es du XIXe si&#232;cle sont les plus importantes de l'histoire th&#233;&#226;trale du Qu&#233;bec : elles marquent la naissance et l'aboutissement du projet de Julien Daoust de cr&#233;er le Th&#233;&#226;tre National. Encore une fois, Ren&#233;e Legris d&#233;crit parfaitement l'effet qu'a le National sur toute l'industrie : &#171; Ce que ne r&#233;ussissent pas &#224; faire ni les &#171; Soir&#233;es de famille &#187;, ni les autres &#233;tablissements &#233;ph&#233;m&#232;res de l'&#233;poque, le Th&#233;&#226;tre National le r&#233;alisa avec &#233;clat et fulgurance. Il parvint &#224; puiser dans la client&#232;le francophone des th&#233;&#226;tres anglais et sut se l'attacher. Son succ&#232;s prit de court le Trust qui, jusqu'&#224; ce moment, n'avait gu&#232;re &#224; s'inqui&#233;ter des entrepreneurs locaux, et pour cause &#187; (15).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Paul Cazeneuve, &#224; la t&#234;te du Th&#233;&#226;tre National, sait tr&#232;s bien comment continuer et achever le changement d&#233;sir&#233; par le public canadien-fran&#231;ais. &#192; ses d&#233;buts, il se contente de poursuivre la tradition &#224; laquelle le public s'est habitu&#233; : pr&#233;senter des versions traduites en fran&#231;ais de pi&#232;ces am&#233;ricaines ou anglaises. Cependant, les m&#233;thodes de Cazeneuve r&#233;volutionnent la cr&#233;ation th&#233;&#226;trale canadienne-fran&#231;aise : pour la pr&#233;paration des spectacles, il fait appel &#224; des talents locaux pour traduire et adapter les textes. De cette fa&#231;on, il met de nombreux jeunes auteurs en contact intime avec des &#339;uvres &#224; succ&#232;s. Gr&#226;ce &#224; ce geste en apparence anodin, d&#232;s 1903, plusieurs jeunes auteurs canadiens-fran&#231;ais &#233;crivent et voient leurs pi&#232;ces &#234;tre jou&#233;es sur les planches du Th&#233;&#226;tre National. Cazeneuve, peut-&#234;tre malgr&#233; lui, lance ainsi la premi&#232;re vague d'auteurs canadiens-fran&#231;ais populaires. Les Canadiens fran&#231;ais r&#233;alisent enfin qu'ils savent &#233;crire, produire et jouer un th&#233;&#226;tre dans lequel ils se retrouvent, et ce, mieux que les Europ&#233;ens ou les Am&#233;ricains. Finalement, comme le d&#233;crit Larrue : &#171; la derni&#232;re d&#233;cennie tranche nettement avec l'&#233;volution tranquille et prudente qui avait caract&#233;ris&#233; le XIXe si&#232;cle dramatique &#187; (16).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En conclusion, la pression et l'oppression constante que subissent le th&#233;&#226;tre et le public canadiens-fran&#231;ais aux mains de l'&#201;glise catholique causent un v&#233;ritable ras-le-bol face &#224; cette institution que plusieurs surnomment &#171; le dernier bastion de la culture canadienne-fran&#231;aise &#187;. Devant son besoin grandissant d'autonomie, le th&#233;&#226;tre d'ici parvient &#224; se lib&#233;rer partiellement de l'h&#233;g&#233;monie cl&#233;ricale qui r&#233;git pratiquement toute la culture canadienne-fran&#231;aise, mais tout cela simplement pour retomber sous l'influence d'une nouvelle institution qui, elle, repr&#233;sente la modernit&#233; et la modernisation. Devant cette nouvelle menace &#224; la culture canadienne-fran&#231;ais, l'&#201;glise catholique et le th&#233;&#226;tre doivent mettre leurs vieilles querelles de c&#244;t&#233;s pour &#233;viter l'assimilation du milieu th&#233;&#226;tral, du moins. Gr&#226;ce &#224; l'initiative de certains membres de la petite bourgeoisie, du milieu artistique, du peuple et &#224; la coop&#233;ration des &#233;v&#234;ques et autres membres du clerg&#233;, le th&#233;&#226;tre d'ici peut &#233;voluer parall&#232;lement au th&#233;&#226;tre am&#233;ricain. Finalement, en 1903, avec la mise en marche du Th&#233;&#226;tre National et l'arriv&#233;e des premiers auteurs canadiens-fran&#231;ais populaires, le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais prouve au grand public qu'il peut tr&#232;s bien, m&#234;me mieux que le th&#233;&#226;tre &#224; la Broadway, combler le vide caus&#233; par l'&#233;vincement presque total des productions et des troupes europ&#233;ennes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Malheureusement, l'histoire ne demeure pas aussi brillante pour le reste du XXe si&#232;cle. Maintenant que le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais n'est plus en danger, l'&#201;glise revient sur ses positions d'apr&#232;s-Acte d'Union : l'industrie du th&#233;&#226;tre est &#224; nouveau mal vue et d&#233;nigr&#233;e par le clerg&#233;. Cependant, puisque le th&#233;&#226;tre canadien-fran&#231;ais devient plus qu'un simple divertissement, mais &#233;galement un v&#233;hicule pour la culture et l'identit&#233; canadienne-fran&#231;aise, l'&#201;glise ne r&#233;ussira jamais &#224; contenir et &#224; limiter son rayonnement comme elle le faisait il y a quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 Christian Beaucage, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Qu&#233;bec au d&#233;but du XXe si&#232;cle : Une &#233;poque flamboyante&lt;/i&gt;, 1996, p. 55&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2 H&#233;l&#232;ne Beauchamp et al., &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Th&#233;&#226;tres qu&#233;b&#233;cois et canadiens-fran&#231;ais au XXe si&#232;cle : Trajectoires et territoires&lt;/i&gt;, 2003, p. 90&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3 Jean Laflamme et R&#233;mi Tourangeau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#201;glise et le Th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, 1979, p. 128&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 Jean Laflamme et R&#233;mi Tourangeau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 127&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5 &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;loc. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6 Jean Laflamme et R&#233;mi Tourangeau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 131&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7 Ren&#233;e Legris et al., &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : 1825-1980&lt;/i&gt;, 1988, p. 41&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit&lt;/i&gt;., p. 42&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 29&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 43&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;11 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 30&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;12 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit&lt;/i&gt;., p. 49&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;13 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 50&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;14 Sylvio, &#171; chronique de la quinzaine &#187;, 1899, p.66.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15 Ren&#233;e Legris et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al., op. cit.,&lt;/i&gt; p.53&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;16 Jean-Marc Larrue, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Montr&#233;al &#224; la fin du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, 1981, p. 12&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beaucage, Christian (1996). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Qu&#233;bec au d&#233;but du XXe si&#232;cle : Une &#233;poque flamboyante&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Nuit blanche &#233;diteur, 302 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beauchamp, H&#233;l&#232;ne et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al&lt;/i&gt;. (2003). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Th&#233;&#226;tres qu&#233;b&#233;cois et canadiens-fran&#231;ais au XXe si&#232;cle : Trajectoires et territoires&lt;/i&gt;, Sainte-Foy, Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, 436 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Laflamme, Jean et R&#233;mi Tourangeau (1979). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#201;glise et le Th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Fides, 355 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Larrue, Jean-Marc (1981). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre &#224; Montr&#233;al &#224; la fin du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Fides, 141 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Legris, Ren&#233;e et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al&lt;/i&gt;. (1988). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le th&#233;&#226;tre au Qu&#233;bec : 1825-1980&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, VLB &#233;diteur, 205 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sylvio, &#171; chronique de la quinzaine &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Passe-Temps&lt;/i&gt;, vol. 5, no 105, 1er avril 1899, p.66.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Plus que jamais</title>
		<link>http://www.vigile.net/Plus-que-jamais-1</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Plus-que-jamais-1</guid>
		<dc:date>2007-10-18T12:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		
		


[()


		<description></description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;object width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/UGwtAU_cfjc&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.youtube.com/v/UGwtAU_cfjc&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; wmode=&quot;transparent&quot; width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;object width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/gSIbdy_5n28&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.youtube.com/v/gSIbdy_5n28&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; wmode=&quot;transparent&quot; width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Le &#171; nous &#187;, c'est lui</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-nous-c-est-lui</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Le-nous-c-est-lui</guid>
		<dc:date>2007-09-24T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Antoine Robitaille - Le Devoir</dc:creator>
		


[()


		<description>Pour r&#233;activer le &#171; nous &#187; francophone majoritaire, Pauline Marois s'est grandement appuy&#233;e sur le sociologue Jacques Beauchemin. Ce dernier semble du reste engag&#233; dans tout ce qu'il y a de plus chaud au Qu&#233;bec ces temps-ci : non content de diriger son d&#233;partement, il si&#232;ge au (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour r&#233;activer le &#171; nous &#187; francophone majoritaire, Pauline Marois s'est grandement appuy&#233;e sur le sociologue Jacques Beauchemin. Ce dernier semble du reste engag&#233; dans tout ce qu'il y a de plus chaud au Qu&#233;bec ces temps-ci : non content de diriger son d&#233;partement, il si&#232;ge au conseil d'administration de l'UQAM-la-tourmente et fait partie du comit&#233;-expert de la commission Bouchard-Taylor. Si &#231;a continue, Jacques Beauchemin devra bient&#244;t parler de lui au &#171; nous &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_1016 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:222px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/archives/auteurs/b/beaucheminj.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/png/24-beauchemin-jacques.png' width=&quot;222&quot; height=&quot;195&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;Dans le retour au &#171; nous &#187; de la majorit&#233; francophone de Pauline Marois, d&#233;but septembre, il y avait beaucoup de Jacques Beauchemin. En entrevue, le sociologue de l'UQAM confirme sans trop s'&#233;tendre sur le sujet : la chef p&#233;quiste, qui conna&#238;tra ce soir le d&#233;nouement de la bataille de Charlevoix &#8212; selon les sondages, elle devrait l'emporter facilement &#8212;, l'a consult&#233; cet &#233;t&#233; et le consulte encore.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le retour au &#171; nous &#187;, Pauline Marois le voyait, raconte-t-on dans son entourage, comme un v&#233;ritable &#171; d&#233;sormais &#187;. Apr&#232;s la mort de Duplessis, Paul Sauv&#233;, lorsqu'il prend la place du &#171; cheuf &#187;, prononce ce mot c&#233;l&#232;bre, marquant le d&#233;but de la R&#233;volution tranquille. C'est aussi &#224; une rupture que la nouvelle chef p&#233;quiste voulait convier les nationalistes, le 29 ao&#251;t, lors de son discours d'assembl&#233;e de nomination.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un discours qu'elle consid&#233;rait comme crucial et qu'elle a fi&#232;rement fait distribuer &#224; tous les journalistes, le jour o&#249; elle l'a prononc&#233;. En constatant que les Qu&#233;b&#233;cois ne se reconnaissaient plus dans son projet, elle s'y faisait tr&#232;s critique du PQ de l'apr&#232;s-1995. Dans les derni&#232;res ann&#233;es, les Qu&#233;b&#233;cois ont eu l'impression que le PQ, qui &#171; a tant fait dans le pass&#233; pour affirmer et d&#233;fendre l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise, n'avait plus rien &#224; dire sur ce sujet &#187;, a-t-elle d&#233;plor&#233;. Mario Dumont n'a eu qu'&#224; r&#233;agir &#224; quelques crises pour se &#171; pr&#233;senter comme le d&#233;fenseur de cette identit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certains passages du discours de Pauline Marois sortaient manifestement du clavier de Beauchemin : &#171; Depuis une dizaine d'ann&#233;es, nous avons &#233;t&#233; saisis d'une esp&#232;ce de mauvaise conscience qui nous a emp&#234;ch&#233;s de dire &#8220;nous&#8221;. Comme si le &#8220;nous&#8221; &#233;tait un mot tabou. Comme si le prononcer ou poser des gestes pour d&#233;fendre NOTRE identit&#233; &#233;tait synonyme de racisme et d'intol&#233;rance. Comme si le d&#233;sir d'exister et de vivre dans la langue et la culture qui sont les n&#244;tres &#233;tait un projet ethnique ou folklorique. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les id&#233;es font du chemin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le sociologue est ravi de voir que ses id&#233;es ont fait du chemin jusqu'&#224; la t&#234;te du Parti qu&#233;b&#233;cois. Il sent qu'en reparlant du &#171; nous &#187;, Marois renoue &#171; avec le bon vieux parti de Ren&#233; L&#233;vesque &#187;. En 2002, Jacques Beauchemin faisait para&#238;tre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Histoire en trop, la mauvaise conscience des souverainistes qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt; (VLB), qui comprenait un chapitre intitul&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dire nous au Qu&#233;bec&lt;/i&gt;. &#192; l'&#233;poque, le livre avait &#233;t&#233; re&#231;u assez discr&#232;tement. La fatigue nationale &#233;tait &#224; la mode. Louis Cornellier, pourtant nationaliste, &#233;crivit, en annon&#231;ant la publication, que Beauchemin abordait l&#224; un sujet &#171; n&#233;cessaire, mais us&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;cente tourmente identitaire des accommodements raisonnables et la d&#233;faite du PQ du 26 mars a (sic) toutefois ramen&#233; &#224; l'avant-plan la r&#233;flexion du sociologue. Plusieurs se sont mis &#224; croire comme lui qu'apr&#232;s la d&#233;claration de Jacques Parizeau du 30 octobre, les p&#233;quistes avaient paniqu&#233; et tellement donn&#233; dans le &#171; civique &#187;, le &#171; pluralisme &#187;, qu'ils en ont d&#233;velopp&#233; un &#171; refus de soi &#187;. S'agit-il maintenant de refuser le pluralisme, le nationalisme civique ? Aucunement, proteste le sociologue, &#171; l'inclusion &#187; est un acquis. &#171; Il est inutile de dire que le &#8220;nous&#8221; est inclusif, cela va de soi. Le Qu&#233;bec est une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#187;, lance Beauchemin. Ce qu'il faut rappeler, c'est que ce &#171; nous &#187; a un c&#339;ur, un noyau, h&#233;rit&#233; de quatre si&#232;cles d'histoire en Am&#233;rique. Sans ce c&#339;ur, &#171; le projet souverainiste n'a plus de sens &#187;, croit-il.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Histoire en trop&lt;/i&gt;, Jacques Beauchemin confiait que sur ce &#171; sentier &#187; de &#171; l'appartenance &#224; l'histoire &#187; et &#171; des m&#233;rites de la singularit&#233; culturelle &#187;, il marche &#171; sur les traces d'un devancier &#187; : Fernand Dumont (aucun lien de parent&#233; avec Mario), d&#233;c&#233;d&#233; en 1997. Jacques Beauchemin signe d'ailleurs l'introduction du tome 1 des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#338;uvres compl&#232;tes de Fernand Dumont&lt;/i&gt;, qui para&#238;tront cet automne (sous la direction de Serge Cantin). L'actualit&#233; du sociologue de l'Universit&#233; Laval est grande, croit Beauchemin. Dumont aurait le m&#233;rite de nous rappeler que la soci&#233;t&#233; est &#171; un fait de culture &#187;, ce n'est pas qu'un assemblage d'individus ou d'identit&#233;s. &#171; La m&#233;canique de la citoyennet&#233; est n&#233;cessaire, bien s&#251;r, mais une soci&#233;t&#233; ne pourra jamais n'&#234;tre que &#231;a &#187;, note Beauchemin. Fernand Dumont, en un sens, permet de contrebalancer les th&#232;ses du &#171; patriotisme constitutionnel &#187; issu de la pens&#233;e d'Habermas. Dans son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Histoire en trop&lt;/i&gt;, Beauchemin critique d'ailleurs l'anthropologue Claude Bariteau, le souverainiste habermassien de l'Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Vita activa&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fernand Dumont inspire aussi &#224; Beauchemin une forte critique de la fragmentation des soci&#233;t&#233;s actuelles en identit&#233;s. Son dernier livre, dont une version augment&#233;e para&#238;t d'ailleurs ces jours-ci chez Athena, s'intitule &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Soci&#233;t&#233; des identit&#233;s&lt;/i&gt;. Dans l'attention accrue port&#233;e aux identit&#233;s (homosexuelles, femmes, noires, etc.), il y a ind&#233;niablement une &#171; bonne nouvelle &#187;, dit Beauchemin, car il y avait des oppressions &#224; combattre. La mauvaise nouvelle, cependant, est qu'on &#171; assiste &#224; une esp&#232;ce de course aux droits &#187;. Pour caricaturer, disons que pour se faire entendre aujourd'hui, il suffit de s'inventer une identit&#233; : Fathers-4-Justice, par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Difficile, dans ce contexte, d'identifier des &#171; raisons communes &#187;, pour reprendre un terme de Fernand Dumont cher &#224; Beauchemin. Et c'est ici qu'un sens du parcours historique, d'une aventure commune, bref un certain nationalisme substantiel, peut venir en aide aux soci&#233;t&#233;s contemporaines, croit Beauchemin. Il peut conduire &#224; &#171; r&#233;concilier le sujet politique &#187; &#233;clat&#233;. Aider &#224; rallier une bonne partie du social autour d'un projet commun. L'id&#233;e fait ricaner bien des philosophes des identit&#233;s. Beauchemin le sait, mais approfondit ses th&#232;ses avec la confiance digne de cette phrase d'Ernest Renan : &#171; Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, &#224; certaines heures, de savoir se r&#233;signer &#224; &#234;tre d&#233;mod&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette perspective, Jacques Beauchemin l'apporte &#224; la commission Bouchard-Taylor, puisqu'il participe en effet aux travaux du comit&#233;-conseil. Comme tenant d'un nationalisme culturel inspir&#233; de Dumont, il est plut&#244;t isol&#233; parmi les 15 membres et les deux copr&#233;sidents. Une sorte de chef de l'opposition sensible aux voix de la majorit&#233;, au &#171; nous &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au fait, heureusement que Jacques Beauchemin s'est dot&#233; d'un t&#233;l&#233;phone cellulaire r&#233;cemment. Non content d'&#234;tre directeur du d&#233;partement de sociologie, directeur de recherche d'une Chaire en mondialisation, citoyennet&#233; et d&#233;mocratie, d'&#234;tre consult&#233; par la chef p&#233;quiste, (il participe &#224; des rencontres avec le cercle dont s'est entour&#233; la chef, avec les Joseph Facal, Louise Beaudoin et Jean-Fran&#231;ois Lis&#233;e), Jacques Beauchemin si&#232;ge au conseil d'administration de l'UQAM, o&#249; il repr&#233;sente les professeurs. Le sort de l'institution o&#249; il enseigne depuis le milieu des ann&#233;es 90 &#8212; et dont les finances ont &#233;t&#233; plomb&#233;es par des projets immobiliers mal ficel&#233;s &#8212; l'inqui&#232;te au plus haut point. &#171; &#199;a prend des gens ces temps-ci pour d&#233;fendre l'UQAM &#187;, dit-il.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec tous ces engagements, on doit conclure que Jacques Beauchemin est un intellectuel &#171; engag&#233; &#187;. Tellement, en fait, qu'il s'est senti l'obligation de d&#233;missionner fin ao&#251;t de sa chronique &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ouvert le samedi&lt;/i&gt;, &#233;mission de la Premi&#232;re Cha&#238;ne de Radio-Canada anim&#233;e par Michel Lacombe o&#249; on l'entendait depuis deux ans. &#171; On se repr&#233;sente toujours l'intellectuel comme quelqu'un qui est libre de sa parole &#187;, a-t-il expliqu&#233; en ondes. Mais quand on s'engage ainsi, les &#171; devoirs de r&#233;serve &#187; s'additionnent et on perd la possibilit&#233; de s'exprimer librement sur une foule de sujets. Comment tenir une chronique politico-intellectuelle ces temps-ci sans parler ni des accommodements, ni du monde politique qu&#233;b&#233;cois, ni de l'UQAM ? Malgr&#233; tout, il trouve la situation stimulante et pr&#233;f&#233;rable pour l'instant &#224; celle que plusieurs pr&#233;f&#232;rent, soit de rester pur et de critiquer &#224; tout venant. &#171; Je peux gagner une autre sorte de libert&#233; sur d'autres plans &#187;, conclut-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Qu&#233;bec 101</title>
		<link>http://www.vigile.net/Quebec-101</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Quebec-101</guid>
		<dc:date>2007-07-23T08:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		
		


[()


		<description></description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;object width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/oPEEm3K4qGw&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.youtube.com/v/oPEEm3K4qGw&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; wmode=&quot;transparent&quot; width=&quot;425&quot; height=&quot;350&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Jacques Parizeau</title>
		<link>http://www.vigile.net/Jacques-Parizeau</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Jacques-Parizeau</guid>
		<dc:date>2007-05-22T22:14:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Jacques Parizeau</dc:creator>
		


[()


		<description></description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton6827.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;103&quot; height=&quot;96&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		
		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Raisons et d&#233;raisons de l'Histoire</title>
		<link>http://www.vigile.net/Raisons-et-deraisons-de-l-Histoire</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Raisons-et-deraisons-de-l-Histoire</guid>
		<dc:date>2007-04-13T12:29:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Pierre Nepveu - Le Devoir</dc:creator>
		


[()


		<description>D&#232;s lors, je pose ici une hypoth&#232;se : la cause la plus profonde des difficult&#233;s, pour ne pas dire de l'impasse, dans lesquelles se d&#233;bat aujourd'hui l'option du Parti qu&#233;b&#233;cois tient &#224; ce mod&#232;le historique qui soutient le mouvement ind&#233;pendantiste depuis les ann&#233;es 60. (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis toujours &#233;tonn&#233; que les ind&#233;pendantistes et les souverainistes d'aujourd'hui fassent si peu de cas de la fin des grandes id&#233;ologies modernes, de la mort de ces &#171; grands r&#233;cits &#187; proclam&#233;e par plusieurs penseurs d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 80, soit il y a plus de 25 ans ! Ces penseurs, tel Jean-Fran&#231;ois Lyotard (d'ailleurs inspir&#233; par une invitation qu&#233;b&#233;coise), ne se sont pourtant pas tromp&#233;s. &#192; preuve, l'effondrement des r&#233;gimes marxistes et les succ&#232;s pour le moins mitig&#233;s de la d&#233;colonisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ind&#233;pendance s'est &#224; l'origine formul&#233;e selon le sch&#233;ma de ces &#171; grands r&#233;cits &#187; modernes, de ces id&#233;ologies toutes nourries par une l&#233;gitime indignation. L'ind&#233;pendantisme reposait alors sur une analyse lucide de la situation des Canadiens fran&#231;ais dans le cadre canadien et sur une clarification des enjeux. L'id&#233;e g&#233;n&#233;reuse d'une fin des in&#233;galit&#233;s et des injustices &#224; l'&#233;gard des classes exploit&#233;es et des peuples colonis&#233;s &#233;tait un juste cri du coeur, qui &#233;tait aussi une foi. Les hommes ne sont pas de simples f&#233;tus de paille pouss&#233;s par le vent ou entra&#238;n&#233;s par le courant : ils peuvent &#234;tre des sujets actifs. La d&#233;pendance et l'ali&#233;nation d'un grand nombre peuvent conna&#238;tre un d&#233;nouement heureux. L'Histoire, avec une majuscule, avait d&#232;s lors une rationalit&#233;, un sens qui devait s'actualiser au grand soir de la r&#233;volution lib&#233;ratrice. Une logique implacable et la simplicit&#233; lumineuse de la solution propos&#233;e apparaissaient clairement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jusqu'en 1980, l'Histoire qu&#233;b&#233;coise a eu, selon ce sch&#233;ma, un sens irr&#233;versible, parfaitement rationnel. Le r&#233;cit &#233;tait pour ainsi dire d&#233;termin&#233; d'avance. Mais depuis un quart de si&#232;cle au moins, il devient de plus en plus difficile de penser l'Histoire dans les termes qui ont &#233;t&#233; ceux des ann&#233;es 1950-60 et qui venaient souvent, pour l'essentiel, de Karl Marx et de Jean-Paul Sartre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gaston Miron lui-m&#234;me, qui fut non seulement un grand po&#232;te mais aussi un des porte-flambeaux les plus lucides et les plus g&#233;n&#233;reux de la cause ind&#233;pendantiste, saluait dans les ann&#233;es 80 les &#171; nouveaux po&#232;tes &#187; qui lui parlaient des &#171; narratifs du monde enchev&#234;tr&#233;s &#187;. Lui qui s'&#233;tait r&#233;clam&#233;, vers 1965, de Marx et de Sartre pressentait que le monde contemporain, comme le Qu&#233;bec lui-m&#234;me, ne pouvait plus se raconter au singulier, qu'une complexit&#233;, inextricable peut-&#234;tre, posait de nouveaux d&#233;fis &#224; notre mani&#232;re de concevoir l'Histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Du r&#234;ve au r&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#232;s lors, je pose ici une hypoth&#232;se : la cause la plus profonde des difficult&#233;s, pour ne pas dire de l'impasse, dans lesquelles se d&#233;bat aujourd'hui l'option du Parti qu&#233;b&#233;cois tient &#224; ce mod&#232;le historique qui soutient le mouvement ind&#233;pendantiste depuis les ann&#233;es 60. C'est ce mod&#232;le de l'Histoire con&#231;ue comme un r&#233;cit rationnel, une suite logique qui va de l'oppression &#224; la prise de conscience puis &#224; la lib&#233;ration permettant un recommencement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La proposition r&#233;cente, faite par Louis Bernard, de r&#233;duire le programme du Parti qu&#233;b&#233;cois &#224; un seul article, un seul projet, celui de faire la souverainet&#233;, constitue &#224; cet &#233;gard une illustration dramatique de cette vision rationaliste des choses : rien de plus logique, en effet, que cette r&#233;duction &#224; l'essentiel, rien de plus clair que la ligne droite, mais rien aussi qui fasse mieux appara&#238;tre l'&#233;cart entre le d&#233;sir de rationalit&#233; historique et la complexit&#233; du r&#233;el.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ironiquement, en adoptant la loi 101 en 1977, essentielle pour l'avenir du Qu&#233;bec fran&#231;ais, le Parti qu&#233;b&#233;cois a lui-m&#234;me ouvert la porte &#224; une autre mani&#232;re de raconter et d'envisager l'histoire du Qu&#233;bec, une histoire moins lin&#233;aire, davantage plurielle et &#171; accommodante &#187;. C'est ainsi qu'en 2008, tous les enfants et les adolescents du Qu&#233;bec apprendront les rudiments non seulement du christianisme mais aussi du juda&#239;sme, de l'islam et du bouddhisme. Si on juge que le terme &#171; multiculturalisme &#187; est empoisonn&#233;, trouvons alors un autre terme pour dire que le Qu&#233;bec de 2007 entre bien mal dans le cadre du grand r&#233;cit de la lib&#233;ration, dans une logique lin&#233;aire de l'Histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut s'inqui&#233;ter, face &#224; cela, que la tentation de la r&#233;gression se manifeste, que certains crient &#224; l'&#233;chec du nationalisme civique, r&#233;clament une red&#233;finition identitaire (entendez un durcissement) du projet ind&#233;pendantiste. On ne s'&#233;tonne pas non plus d'entendre les &#233;chos d'un discours dans lequel l'Autre (&#233;tranger, immigrant, allophone, etc.) est toujours l'antagoniste : logique binaire, sch&#233;ma de l'affrontement. Cela arrange dr&#244;lement ce mod&#232;le que de privil&#233;gier la figure du fondamentaliste, comme si celui-ci incarnait par excellence la figure de l'&#233;tranger. L'Autre peut alors toujours &#234;tre vu comme celui qui exige, qui revendique, qui impose, qui menace, qui envahit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, regardez un tant soit peu la culture qu&#233;b&#233;coise actuelle, qui doit bien traduire quelque part une exp&#233;rience de notre r&#233;alit&#233; contemporaine : voyez notre litt&#233;rature, notre th&#233;&#226;tre, notre cin&#233;ma, notre chanson. Si vous avez cru que les artistes &#233;taient des proph&#232;tes, alors les nouvelles ne sont pas trop bonnes pour la rationalit&#233; de l'Histoire : &#231;a &#233;clate de partout, &#231;a explose dramatiquement ou joyeusement, mais chose certaine, &#231;a ne semble gu&#232;re pointer vers le grand soir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Nepveu, &#201;crivain et professeur de litt&#233;rature &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Crise d'octobre 1970</title>
		<link>http://www.vigile.net/Crise-d-octobre-1970</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Crise-d-octobre-1970</guid>
		<dc:date>2007-01-11T13:14:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		
		


[()


		<description></description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/IMG/arton3624.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;212&quot; height=&quot;233&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		
		</content:encoded>
]

		

	</item>




</channel>

</rss>
