<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel>
	<title>Vigile.net - Simon Couillard</title>
	<link>http://www.vigile.net/spip.php?page=mot&amp;id_mot=</link>
	<description>Le portail ind&#233;pendantiste du Qu&#233;bec</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Vigile.net</title>
		<url>http://www.vigile.net/IMG/siteon0.jpg</url>
		<link>http://www.vigile.net/</link>
		<height>102</height>
		<width>250</width>
	</image>


	




	<item>
		<title>Prol&#233;gom&#232;nes &#224; l'autonomie provinciale : les le&#231;ons de Duplessis</title>
		<link>http://www.vigile.net/Prolegomenes-a-l-autonomie</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Prolegomenes-a-l-autonomie</guid>
		<dc:date>2009-08-02T16:48:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>En bref, l'autonomie provinciale consiste aujourd'hui &#224; mener un combat similaire &#224; celui de Duplessis, avec des armes inf&#233;rieures et&#8230; sans Duplessis ! Si l'on refuse l'&#233;ventualit&#233; de l'ind&#233;pendance, nous nous trouvons encore moins pourvus. Le premier (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un sondage r&#233;v&#233;lait r&#233;cemment qu'une majorit&#233; de Qu&#233;b&#233;cois souhaitent une forme d'autonomie politique pour le Qu&#233;bec sans toutefois vouloir l'ind&#233;pendance. &#192; quoi pourrait bien ressembler, dans la r&#233;alit&#233; politique qui est la n&#244;tre, cette position moyenne ? L'autonomie provinciale n'est pas une id&#233;e nouvelle et peut-&#234;tre serait-il opportun de consid&#233;rer ce qui caract&#233;risait cette politique dans le pass&#233; pour mieux comprendre ce qu'il pourrait en &#234;tre aujourd'hui et demain. Pour comprendre l'autonomisme, il importe d'&#233;tudier la pens&#233;e du premier-ministre qui lui a donn&#233; sa forme la plus achev&#233;e : Maurice L. Duplessis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Consid&#233;rons d'abord les trois piliers fondamentaux de l'autonomie provinciale sous Duplessis : le judiciaire-constitutionnel, le national et le philosophique. Enfin, nous pourrons r&#233;fl&#233;chir sur ses conditions actuelles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;JUDICIAIRE-CONSTITUTIONNEL&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur le plan strat&#233;gique, il existe deux conditions fondamentales &#224; l'autonomie provinciale telle que la d&#233;fendait le premier-ministre Duplessis. D'une part, les droits constitutionnels conf&#233;r&#233;s par l'AANB, et plus particuli&#232;rement la section VI sur la distribution des pouvoirs (articles 91 et 92), et, d'autre part, l'alliance entre les provinces.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re condition offre la possibilit&#233; de d&#233;fendre &#224; bon droit l'application int&#233;grale de la constitution et le respect des pouvoirs exclusifs des l&#233;gislatures provinciales. Le principal atout de l'autonomie provinciale est de jouer le gouvernement f&#233;d&#233;ral contre lui-m&#234;me. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il s'agit de s'opposer aux volont&#233;s politiques du gouvernement f&#233;d&#233;ral par l'entremise du droit public canadien. Trudeau r&#233;ussira plus tard, gr&#226;ce &#224; la loi constitutionnelle de 1982, par la Charte des droits et libert&#233;s et le principe du multiculturalisme, &#224; retourner l'arme contre le gouvernement qu&#233;b&#233;cois en s'attaquant aux racines m&#234;mes de l'autonomie provinciale : le principe de souverainet&#233; parlementaire et le caract&#232;re biculturel de la f&#233;d&#233;ration (Cf. Chevrier, MRI, Le f&#233;d&#233;ralisme canadien et l'autonomie du Qu&#233;bec, 1996).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour l'essentiel, il s'agit d'en appeler &#224; revenir au texte de l'Acte de l'Am&#233;rique du Nord Britannique &#224; l'int&#233;rieur duquel sont contenus les champs respectifs de l'exercice l&#233;gislatif des deux paliers de gouvernement, et ce, au nom de la loyaut&#233; &#224; la couronne britannique, de la paix, de l'ordre et du bon gouvernement. C'est un domaine de juriste, mais pour comprendre, prenons un exemple : l'article 92 alin&#233;a 3 stipule que la province a un droit exclusif d'emprunt sur son propre cr&#233;dit. Ainsi, quand le gouvernement f&#233;d&#233;ral a institu&#233; la Commission du contr&#244;le du change &#233;tranger qui devenait, pour les municipalit&#233;s et les gouvernements provinciaux, un recours obligatoire pour les emprunts &#224; l'&#233;tranger, Duplessis d&#233;clara : &#171; Toutes tentatives, d'o&#249; qu'elles viennent, dont l'effet et les cons&#233;quences sont de priver les provinces des revenus dont elles ont besoin, et qui leur appartiennent en justice, et en vertu de la constitution, afin d'assurer le plein exercice de leurs droits et pour r&#233;pondre aux besoins de leur population, constituent un attentat des plus r&#233;pr&#233;hensibles contre les pr&#233;rogatives provinciales. (&#8230;) Qu&#233;bec entend conserver sa pleine autonomie et exiger de l'autorit&#233; f&#233;d&#233;rale, quelle qu'elle soit, le respect int&#233;gral des droits qui lui sont garantis par la constitution (&#8230;) &#187; (Rumilly, 1948 : 117-118). Advenant m&#233;sentente, le cas est r&#233;f&#233;r&#233; au Conseil priv&#233; (AANB, article 11), qui tranche g&#233;n&#233;ralement en faveur des provinces.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour maintenir l'esprit et la lettre du pacte conf&#233;d&#233;ral et contenir les vell&#233;it&#233;s du gouvernement f&#233;d&#233;ral, le Qu&#233;bec devait recourir aux alliances. On trouvait au Canada anglais, pour des raisons diff&#233;rentes et principalement &#233;conomiques, des d&#233;fenseurs de l'autonomie provinciale. On a c&#233;l&#233;br&#233; l'alliance entre Maurice Duplessis et Mitchell Hepburn, premier ministre ontarien, et son efficacit&#233; dans la lutte contre la centralisation. Essentiellement, le tandem Duplessis-Hepburn a r&#233;ussi adroitement &#224; garder le gouvernement f&#233;d&#233;ral &#224; l'int&#233;rieur des limites fix&#233;es par la constitution. Il s'agissait d'une entente entre personnalit&#233;s, plut&#244;t qu'un axe Qu&#233;bec-Ontario, entente qui a montr&#233; ses limites lors de l'arriv&#233;e au pouvoir d'Ad&#233;lard Godbout, dont la victoire a &#233;t&#233; largement attribuable aux lib&#233;raux f&#233;d&#233;raux. Durant le passage de ce dernier &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat, la centralisation a connu son heure de gloire : perte de l'autonomie fiscale, perte de l'assurance-emploi, cession du port de Montr&#233;al&#8230; &#192; cette &#233;poque, Hepburn se retrouva seul et d&#251; chercher ses alli&#233;s en Alberta, au Nouveau-Brunswick et ailleurs. Le Qu&#233;bec combattait l'autonomie provinciale ! Fran&#231;ois-Albert Angers &#233;crira : &#171; On a pu dire que ce fut un malheur pour le Qu&#233;bec de n'avoir pas eu alors &#224; sa t&#234;te, pour une rare fois, un premier ministre avocat dot&#233; de ce sens aigu des perspectives juridiques si fondamentales dans un pays comme le Canada &#187; (in Gagnon, Sarra-Bournet, 1997 : 232). L'Union Nationale est revenue au pouvoir, les alliances s'&#233;taient modifi&#233;es, les premier-ministres venaient et passaient, Hepburn n'&#233;tait plus l&#224;. Somme toute, on peut dire que la strat&#233;gie d'alliance &#233;tait al&#233;atoire et conjoncturelle, ce qui constituait un handicap certain devant l'opini&#226;tret&#233; du gouvernement central.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, la strat&#233;gie juridique-constitutionnelle visait la conservation d'acquis menac&#233;s par les politiques, mais garantis par le droit. Par le recours au pouvoir f&#233;d&#233;ral de d&#233;penser et aux programmes &#224; frais partag&#233;s, le gouvernement central tentera &#224; r&#233;p&#233;tition d'empi&#233;ter sur les pr&#233;rogatives des provinces. Le Conseil priv&#233; l'en aura emp&#234;ch&#233; pendant un temps, mais la disparition de cette instance en 1931 compliquera la doctrine autonomiste. Les tensions f&#233;d&#233;rales-provinciales n&#233;cessitaient une attention constante et souvent r&#233;active de la part du Qu&#233;bec. Les r&#233;sultats n'&#233;taient pas toujours au rendez-vous. Duplessis a tout de m&#234;me utilis&#233; efficacement les pouvoirs de la province pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts dits sup&#233;rieurs de la nation canadienne-fran&#231;aise : imp&#244;t provincial (malgr&#233; les obstacles pos&#233;s par le gouvernement lib&#233;ral de Louis St-Laurent), cr&#233;ation de Radio-Qu&#233;bec, programme d'allocations familiales provincial, adoption du drapeau,&#8230; mais cela impliquait moins de &#171; coop&#233;ration &#187;. Dans le cadre de la dynamique canadienne, l'autonomie provinciale &#233;tait un combat d'arri&#232;re-garde (pensons aux fonds f&#233;d&#233;raux destin&#233;s aux universit&#233;s plac&#233;s en fiducie), un combat de survivance&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NATIONAL&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Duplessis, comme d'ailleurs tous les premiers-ministres de la province &#224; l'exception de Godbout, consid&#233;rait le Qu&#233;bec comme le foyer national du Canada fran&#231;ais. Il &#233;voque bien des conditions de l'unit&#233; nationale du Canada, mais le mot n'a pas la m&#234;me signification qu'aujourd'hui. Si l'on traduit, il n'existe pas pour Duplessis de nation canadienne. La conf&#233;d&#233;ration est un pacte entre les Canadien-fran&#231;ais et les anglophones du Canada, les &#171; deux grandes races canadiennes &#187; - mot honnis &#224; raison, mais qui ne contenait aucune arri&#232;re-pens&#233;e &#224; l'&#233;poque &#8211; Ainsi, &#171; La province de Qu&#233;bec respectera toutes les clauses du pacte, elle en assumera loyalement toutes les obligations, mais elle entend d&#233;fendre jalousement toutes les pr&#233;rogatives qui lui appartiennent et lui furent reconnues par la constitution canadienne &#187;. (Duplessis, 1946 : 12)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a donc une all&#233;geance double, l'une est sacr&#233;, l'autre circonstancielle et conditionnelle, mais qui repose sur un seul principe : la sauvegarde et le progr&#232;s de la nation canadienne-fran&#231;aise dont l'ultime instrument, de fa&#231;on r&#233;aliste, est la l&#233;gislature qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Duplessis, les R&#233;solutions de Qu&#233;bec de 1864, les 72 r&#233;solutions &#224; la base de l'entente conf&#233;d&#233;rale, reconnaissent le Bas-Canada comme l'incarnation politique du Canada fran&#231;ais. Ainsi, l'union l&#233;gislative est un ferment de discorde et il en va du progr&#232;s, de l'unit&#233;, donc, au Canada et de la protection des minorit&#233;s d'assurer l'autonomie provinciale : &#171; Les R&#233;solutions de Qu&#233;bec avaient implicitement stipul&#233; que chacune des provinces du Haut et du Bas-Canada redeviendrait une entit&#233; distincte et autonome, consacrant une fois de plus la n&#233;cessit&#233; d'une f&#233;d&#233;ration &#224; l'encontre d'une union l&#233;gislative &#187; (Duplessis, 1946 : 6)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le gouvernement central est, de ce point de vue, la cr&#233;ature des provinces. Il ne lui appartient pas de modifier le pacte f&#233;d&#233;ratif, ni a lui, ni aux provinces de fa&#231;on unilat&#233;rale. Tout changement devra n&#233;cessiter le consentement unanime des provinces, &#224; d&#233;faut de quoi, il y aurait atteinte au contrat : fa&#231;on comme une autre d'affirmer le droit de veto du Qu&#233;bec. Autrement dit, le Canada f&#233;d&#233;ral n'est qu'un instrument devant servir au plein &#233;panouissement de la nation canadienne-fran&#231;aise, &#224; d&#233;faut de quoi ce &#171; pacte d'honneur &#187; librement consenti n'en est plus un. Dans une d&#233;claration &#224; la presse, Duplessis indique : &#171; (&#8230;) L'Union Nationale consid&#232;re que l'autonomie provinciale, garantie par le pacte conf&#233;d&#233;ratif, est essentielle aux meilleurs int&#233;r&#234;ts de la province, conform&#233;ment &#224; ses traditions, &#224; ses droits et &#224; ses pr&#233;rogatives essentielles. (&#8230;) Elle constitue, au point de vue humain, le rempart le plus solide de nos institutions, de nos traditions les plus ch&#232;res et de nos droits fondamentaux. &#187; (Rumilly, 1948 :116-117)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au nom des la nation canadienne-fran&#231;aise, de ses institutions et de ses traditions, il faut lutter contre la centralisation et son terme pr&#233;visible, l'assimilation. Duplessis d&#233;clare solennellement : &#171; (&#8230;) Le pacte conf&#233;d&#233;ratif nous a assur&#233; certains privil&#232;ges, mais depuis quelques temps, le pouvoir central essaie de pratiquer l'assimilation, la fusion et la confusion. Je dis que jamais, au grand jamais, tant que je serai premier ministre de cette province et que les &#233;lecteurs me renouvelleront leur confiance, je ne laisserai assimiler la province de Qu&#233;bec. La coop&#233;ration, toujours ; l'assimilation, jamais ! &#187; (Rumilly, 1948 : 119)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce difficile arrimage de la collaboration et de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts bien compris du Canada fran&#231;ais repr&#233;sentait un v&#233;ritable casse-t&#234;te. Que pouvait penser le premier-ministre ? Que pouvait-il dire sans effaroucher les partenaires provinciaux ? Que pouvait-il faire, vu le contexte politique, &#233;conomique et d&#233;mographique ? Quoi d'autre qu'une lutte colossale, un plaidoyer exigeant une fine connaissance de l'histoire politique et juridique du Canada, ce qui &#233;tait, rendons-lui, un des points forts de Duplessis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;PHILOSOPHIQUE&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Duplessis &#233;tait un conservateur. Aujourd'hui, ce courant de philosophie politique est difficilement saisissable, d'autant plus qu'est apparu au sein de cette mouvance, une doctrine passablement &#233;trang&#232;re &#224; la tradition conservatrice que les anglophones nomment &#171; neoconservatism &#187;, mais que les francophones nomment, plus justement il me semble, le &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. La doctrine duplessiste n'est pas n&#233;olib&#233;rale. Certains ont tent&#233; de d&#233;finir, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le conservatisme comme une philosophie politique &#171; qui consiste soit &#224; perp&#233;tuer des valeurs ou des pratiques conformes &#224; la tradition, soit, quand il faut innover, &#224; le faire avec prudence en &#233;vitant de rompre ouvertement avec le pass&#233; &#187; (LINTEAU, DUROCHER, ROBERT, RICARD, 1989 : 362). C'est bien, mais, dans le cas qui nous concerne, insuffisant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le cas de Duplessis, Jacques Beauchemin &#233;voque un &#171; lib&#233;ralisme conservateur &#187;, suivant la formule de L&#233;on Dion, dont le discours est &#171; (&#8230;) intimement li&#233; aux n&#233;cessit&#233;s de la reproduction sociale dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale &#187; (in Gagnon, Sarra-Bournet, 1997 : 49). Autrement dit, le conservatisme de Duplessis serait la r&#233;sultante d'une tendance typique lors des grands bouleversements sociaux de la modernit&#233;. Dans un contexte o&#249; le discours &#233;thique traditionnel se d&#233;sagr&#232;ge &#224; cause de son incapacit&#233; &#224; s'ins&#233;rer dans le nouveau mod&#232;le lib&#233;ral, l'on verrait appara&#238;tre des &#233;thiques dont la rigueur n'a d'&#233;gal que l'urgence de maintenir la stabilit&#233; sociale. Il s'agit encore l&#224; d'une th&#232;se int&#233;ressante, mais s'y limiter serait passer sous silence les convictions profondes, et d&#233;terminantes, de l'homme. Convenons avec Beauchemin que le type de conservatisme pratiqu&#233; par Duplessis propose de lire les r&#233;alit&#233;s nouvelles en composant avec les institutions et les coutumes &#233;tablies d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e. Il ne s'agirait donc pas de traditionalisme b&#234;te, mais d'une foi au progr&#232;s circonscrit par la prudence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'on y regarde de pr&#232;s, et si l'on s'en tient au domaine strictement th&#233;orique, le conservatisme de Duplessis tire sa source dans le r&#233;publicanisme classique, un r&#233;publicanisme communautaire qu'il consid&#232;re comme la forme la plus achev&#233;e de la d&#233;mocratie. Pour Duplessis, la d&#233;centralisation est non seulement un moyen pratique de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts de la nation canadienne-fran&#231;aise, c'est une conviction id&#233;ologique. Ainsi, les horreurs commises par Hitler et Mussolini (nous sommes au lendemain de la guerre) sont pour lui une preuve des dangers d'une trop grande centralisation des pouvoirs. Cette vision implique une conception minimale du r&#244;le de l'&#201;tat (si l'on cherche &#224; comprendre ses positions sur l'instruction publique&#8230;). La centralisation au niveau f&#233;d&#233;rale est doublement suspecte, mais elle n'est pas pour autant acceptable au niveau provincial : le gouvernement provincial est plus pr&#232;s, dans tous les sens, du peuple canadien-fran&#231;ais, mais il importe qu'il laisse le champ libre &#224; la soci&#233;t&#233; civile. Cette conception d&#233;centralisatrice a &#233;t&#233; &#224; contre-courant de l'histoire, il serait n&#233;anmoins faux d'affirmer qu'elle constituait une curiosit&#233; anachronique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet, cette tradition &#233;tait aussi pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis o&#249; elle s'est constitu&#233;e quelques ann&#233;es apr&#232;s la guerre d'ind&#233;pendance, &#224; partir des ann&#233;es 1787-1788 lors des d&#233;bats qui oppos&#232;rent les f&#233;d&#233;ralistes aux anti-f&#233;d&#233;ralistes. Patrick Henry (&#171; Give me liberty or give me death ! &#187;), lors de la convention de ratification de la Virignie, s'oppose en derni&#232;re instance en ces termes &#224; James Madison et aux autres partisans de la centralisation f&#233;d&#233;rale : &#171; I have the highest veneration for those gentlemen ; but sir, give me leave to demand, What right had they to say, We, the people ? My political curiosity, exclusive of my anxious solicitude for the public welfare, leads me to ask : Who authorized them to speak the language of, We, the people, instead of, We, the states ? States are the characteristics and the soul of confederation &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce courant conf&#233;d&#233;ral attach&#233; au gouvernement local, &#224; la participation publique et &#224; la libert&#233; r&#233;publicaine n'est pas mort le 4 mars 1789. On retrouve d'ailleurs un de ces d&#233;fenseurs (Hatton W. Sumners, repr&#233;sentant d&#233;mocrate du Texas) cit&#233; dans le m&#233;moire qu&#233;b&#233;cois pr&#233;sent&#233; &#224; la conf&#233;rence interprovinciale de 1945 par le gouvernement Duplessis : &#171; (&#8230;) Governement is exercised best in local community. There the problems are perceived with greater clarity because they are close to the people and on the scale within their grasp (&#8230;) &#187; (Duplessis, 1946 : 26). Ces id&#233;es ne sont pas exclusives &#224; l'Am&#233;rique, on les trouve telles quelles chez Montesquieu (Cf. De l'esprit des lois, seconde partie, livre IX).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certainement, des gens souligneront que la pratique ne correspondait pas tout &#224; fait &#224; la th&#233;orie chez Duplessis. Mais est-ce seulement possible en politique ? On peut tout de m&#234;me pr&#233;sumer que dans le d&#233;senchantement d'une vie politicienne, il reste toujours une parcelle d'id&#233;alisme&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;DE DUPLESSIS &#192; AUJOURD'HUI&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'autonomie est-elle toujours possible ? Il importe, avant de r&#233;pondre, de consid&#233;rer certains probl&#232;mes &#224; la lumi&#232;re de ce qui pr&#233;c&#232;de :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premi&#232;rement le Qu&#233;bec et le Canada ne partagent plus un m&#234;me texte constitutionnel. L'instrument du Qu&#233;bec se r&#233;sume &#224; sa propre l&#233;gislature (et &#224; la l&#233;gitimit&#233; de son refus de la Loi constitutionnelle de 1982). Ce n'est pas rien, mais il faut appr&#233;hender des confrontations plus drastiques. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral s'est jusqu'ici tir&#233; d'affaire en plaidant simplement la fatigue de la population. &#192; terme, le Qu&#233;bec devra se doter d'un cadre constitutionnel, ou int&#233;grer le canadien (ce qui semble pratiquement impossible en vertu des formules de modification, du nombre l&#233;gitim&#233; des participants, des demandes minimalement acceptables pour le Qu&#233;bec et des lourdes tendances politique et d&#233;mographique (Cf. Taillon, IRQ, 2007)), pour normaliser sa situation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Deuxi&#232;mement, et en vertu de ce premier constat, pour l'essentiel, l'alliance entre le Qu&#233;bec et un nombre suffisant d'autres provinces, quant aux luttes constitutionnelles, semble invraisemblable, ce que tend &#224; confirmer l'Entente de Calgary. Dans ces circonstances et vue l'&#233;volution des mentalit&#233;s au Canada anglais, les alliances potentielles risqueraient d'&#234;tre superficielles ou mieux, quant au Qu&#233;bec, r&#233;pondre des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques conjoncturels, voire de la v&#233;nalit&#233;, d'un quelconque partenaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Troisi&#232;mement, le Canada a &#233;volu&#233;, c'est normal. La faiblesse du postulat de l'autonomie provinciale venait du fait qu'il reposait sur la p&#233;rennit&#233; d'une situation qui allait vite devenir une entrave &#224; l'int&#233;gration culturelle du Canada anglais. Certains d&#233;plorent que les chemins des deux Canadas se soient s&#233;par&#233;s, il serait n&#233;anmoins dommageable de r&#234;ver trop longtemps &#224; refaire le pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Finalement, le Qu&#233;bec dispose pr&#233;sentement d'un outil qui faisait d&#233;faut &#224; Duplessis et qui pourrait constituer un net avantage : la pr&#233;sence d'un parti national au gouvernement f&#233;d&#233;ral. Le Bloc qu&#233;b&#233;cois pourrait bien &#234;tre le proverbial loup dans la bergerie. Il importerait cependant d'en changer radicalement la strat&#233;gie. Revenir &#224; un discours centr&#233; sur les pr&#233;rogatives de la l&#233;gislature qu&#233;b&#233;coise et mettre au rancart celui sur les valeurs dites qu&#233;b&#233;coises qui place son combat sur le terrain social plut&#244;t que national et &#233;carte ainsi les alli&#233;s potentiels.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En bref, l'autonomie provinciale consiste aujourd'hui &#224; mener un combat similaire &#224; celui de Duplessis, avec des armes inf&#233;rieures et&#8230; sans Duplessis ! Si l'on refuse l'&#233;ventualit&#233; de l'ind&#233;pendance, nous nous trouvons encore moins pourvus. Le premier ministre, dont l'ann&#233;e 2009 marque le 50i&#232;me anniversaire de sa mort, admettait de son c&#244;t&#233; un seuil au-del&#224; duquel le Qu&#233;bec se retirerait de la Conf&#233;d&#233;ration. Cette limite a &#233;t&#233;, depuis, franchie de fa&#231;on certaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Fernand Dumont : la m&#233;moire au fondement du politique</title>
		<link>http://www.vigile.net/Fernand-Dumont-la-memoire-au</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Fernand-Dumont-la-memoire-au</guid>
		<dc:date>2009-02-13T19:15:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>Cet article est le quatri&#232;me d'une s&#233;rie se penchant sur l'&#233;tude du nationalisme au Qu&#233;bec. Ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es, les r&#233;flexions d'Hubert Guindon, de Pierre-Elliott Trudeau et d'Hubert Aquin. &#171; Quand on veut d&#233;truire &#224; la racine les prises qu'un groupe humain (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cet article est le quatri&#232;me d'une s&#233;rie se penchant sur l'&#233;tude du nationalisme au Qu&#233;bec. Ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es, les r&#233;flexions d'&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Sortir-de-l-impasse-Hubert-Guindon&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Hubert Guindon&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Les-intellectuels-quebecois-et-le&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Pierre-Elliott Trudeau&lt;/a&gt; et d'&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Hubert-Aquin-nationalisme-et&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Hubert Aquin&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand on veut d&#233;truire &#224; la racine les prises qu'un groupe humain peut avoir pour orienter son devenir, quand on veut continuer de le faire servir &#224; son confort, il faut diaboliser la 'nation', en la pr&#233;sentant comme ce grand ensemble anonyme, source de toutes les turpitudes et de toutes les atrocit&#233;s. &#187; - Lucien Cimon&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crois qu'il est possible d'affirmer que la vision politique de Fernand Dumont repr&#233;senterait en quelque sorte, et pour aujourd'hui, un conservatisme de gauche (bien qu'il r&#233;cuserait l'&#233;tiquette de &#171; conservateur &#187;). Ce qui peut d'abord para&#238;tre comme un oxymore est rendu possible sur un plan g&#233;n&#233;ral par le fait que la vie de Dumont s'&#233;tend sur deux p&#233;riodes politiques majeures. Sans doute, le point tournant se situe quelque part dans les ann&#233;es fastes de la contre-culture, &#224; savoir la d&#233;cennie 60-70, et se caract&#233;rise par la reconversion de la gauche (la nouvelle gauche) politique, l'abandon progressif de la classe ouvri&#232;re comme r&#233;f&#233;rent et le combat au nom du pluralisme identitaire, ce que Jacques Beauchemin nomme &#171; l'individu comme horizon &#233;thique &#187; de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; (&#8230;) La survie du lieu culturel dans lequel on travaille ; c'est une question de responsabilit&#233;, pour ne pas dire d'&#233;thique &#187;1. Comme c'est le cas pour Aristote qu'il cite &#224; de nombreuses reprises, Dumont consid&#232;re qu'&#233;thique et politique se rapporte au m&#234;me, &#224; savoir les rapports r&#233;ciproques oblig&#233;s entre individus et soci&#233;t&#233;. Le sociologue de l'Universit&#233; Laval se serait tenu &#224; l'&#233;cart de la politique si la situation ne l'avait pas exig&#233;. Mais quelles situations pr&#233;cis&#233;ment pourraient l'exiger ? Dumont distingue le combat syndical du combat politique. Il n'a jamais &#233;t&#233; marxiste, malgr&#233; la forte pression de s'y convertir &#224; une certaine &#233;poque. Plut&#244;t il d&#233;clare : &#171; (&#8230;) Ma t&#226;che &#224; moi rel&#232;ve de la culture, &#224; l'&#233;dification d'une culture &#187;2, or la politique lui appara&#238;t comme un outil n&#233;cessaire pour l'&#233;panouissement de cette culture qu'il d&#233;finit d'abord comme un horizon commun, une appartenance capable de transcender les valeurs, les opinions et les conjonctures particuli&#232;res. La culture, c'est aussi un lieu o&#249; coexister, o&#249; collaborer, un lieu qui se constitue au fil de l'histoire. C'est une m&#233;moire, &#171; des images de l'homme (&#8230;) &#224; la fois l&#233;gu&#233;es et remodel&#233;es en commun (&#8230;) &#187;3.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les valeurs, qui sont au fondement de la politique, puisent &#224; m&#234;me les cultures vivantes, &#224; savoir dans cette m&#233;moire intersubjective qui ne peut exister qu'&#224; l'int&#233;rieur de relations humaines particuli&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour qu'il y ait culture, et donc vie en commun, il faut qu'il y ait m&#233;moire. C'est le grand probl&#232;me de la culture contemporaine selon Dumont : Comment les hommes vont-ils conserver une m&#233;moire de l'humanit&#233; ? Comment vont-ils r&#233;ussir &#224; se donner une conscience historique ? Pour notre penseur, c'est le sacr&#233; qui a toujours rempli ce r&#244;le. Est-ce que les &#233;nonc&#233;s de principes, les chartes, la constitution et le formalisme d&#233;lib&#233;ratif peuvent faire na&#238;tre un fort sentiment d'appartenance, voire une culture, et ainsi palier &#224; la m&#233;moire comme centre gravitationnel de la politique ? Dumont confesse que &#171; dans toute orientation de nos vies il y a un &#8216;&#8216;romantisme'', une sorte d'attachement affectif qui renvoie aux exp&#233;riences premi&#232;res. Pour moi, cela se ram&#232;ne toujours au choix de solidarit&#233;s profondes &#187;4.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dumont, &#224; l'encontre d'une certaine philosophie politique se voulant progressiste, affirme que les &#171; valeurs nouvelles &#187;, &#231;a n'existe pas. Les valeurs correspondent &#224; des besoins fondamentaux de l'homme et ont donc exist&#233; aussi dans le pass&#233;. Le probl&#232;me se situe plut&#244;t, aujourd'hui, au niveau des &#171; figures collectives de valeurs &#187; auparavant assum&#233;es et assur&#233;es par les institutions. Donc, ce qui est en cause, ce ne sont pas les valeurs elles-m&#234;mes (la beaut&#233;, l'amour, la v&#233;rit&#233;, etc.), mais les institutions qui les incarnent, ou plut&#244;t les repr&#233;sentent. Ces derni&#232;res, indique Dumont, ont toujours une propension &#224; remplacer les valeurs et se vident ainsi de leur substance, de leur l&#233;gitimit&#233;. Cette situation dans laquelle les institutions sont frapp&#233;es d'un grand doute am&#232;ne le danger du pluralisme, entendu comme une vision du r&#244;le des institutions se limitant &#224; la garantie pour les individus de faire ce qu'ils veulent. Il est clair pour notre penseur que cette situation fait na&#238;tre un contexte dans lequel les valeurs elles-m&#234;mes sont en danger. Pour exister, les valeurs doivent &#234;tre partag&#233;es. Ainsi, Dumont d&#233;clare : &#171; Je suis persuad&#233; que vivre concr&#232;tement une valeur, c'est vivre une promesse &#187;5. Une promesse, &#231;a engage et sans engagement, on se retrouve dans une forme d'h&#233;donisme o&#249; les valeurs sont provisoires et ramen&#233;es au plaisir. Il lui semble que nos soci&#233;t&#233;s font l'apologie d'un tel h&#233;donisme, qu'elles incitent &#224; vivre dans l'instant. Or l'homme a un pass&#233; et il vieillit. Un tel id&#233;al ne l'aide pas &#224; affronter le vieillissement, non plus qu'il soit propice &#224; solidifier les valeurs, qui rel&#232;vent de l'engagement et du cheminement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il importerait donc que nos institutions se chargent &#224; nouveau de sens. Il n'est pas besoin de les renverser. Plut&#244;t, le sens doit muter, s'adapter, se r&#233;former au sein des institutions existantes. Par exemple, comment le mariage doit-il rendre compte de l'amour, le christianisme rendre compte de la foi, etc. Quand on propose des sens nouveaux, il est toujours question de gen&#232;se (comment cela est aujourd'hui, cheminement vers mon id&#233;e actuelle) et on recourt &#224; l'histoire pour expliquer nos choix, ou les comprendre. &#192; cet &#233;gard, les traditions marquent les diff&#233;rentes conqu&#234;tes des soci&#233;t&#233;s, l'&#233;volution des synth&#232;ses entre les collectivit&#233;s et leurs institutions. En faisant table rase des traditions, ou en les consid&#233;rant comme des vieilleries comme on le ferait trop aujourd'hui, nous nous d&#233;poss&#233;dons des conditions de possibilit&#233; du sens. La recherche de sens sera par cons&#233;quent un retour &#224; la tradition, &#233;tant donn&#233; que tout s'explique et se comprend par la gen&#232;se, comme l'enseignait Nietzsche du reste qui y voyait pour sa part un instrument de d&#233;construction. Dumont affirme qu'elle est positivement n&#233;cessaire &#224; la cr&#233;ation. Ainsi, le sens, c'est la pertinence des valeurs pour Dumont. Celles-ci, nous l'aurons compris, n'attendent pas qu'on les cueille dans les hauts sommets de l'abstraction, elles r&#233;sident dans l'intersubjectivit&#233;, dans le langage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sur l'engagement politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au sujet de l'engagement politique, Dumont affirme qu'il &#171; (&#8230;) ne proc&#232;de (&#8230;) pas d'une manie ou d'un go&#251;t particulier pour les grands palabres en public. Au contraire, ceux qui s'engagent le plus authentiquement sont justement ceux qui en auraient le moins envie, mais qui, en m&#234;me temps, sont convaincus que si les hommes ne se sentent pas responsables du destin de la cit&#233;, la cit&#233; va se faire sans eux &#187;6. Admettons-le, il s'ag&#238;t l&#224; d'une conception qui tranche radicalement avec l'habituel m&#233;pris dont sont l'objet les hommes politiques depuis un bon moment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, la politique n'est pas le territoire exclusif des experts, pas plus qu'il n'existe de &#171; syst&#232;me &#187;. Tout le monde peut d&#233;terminer l'avenir de la cit&#233;. Simplement, pour s'engager, il est n&#233;cessaire de croire en la puissance de la personne et des groupes. &#171; En ce sens-l&#224;, nous dit Dumont, ceux qui sont engag&#233;s dans la construction de la cit&#233; sont tous des fr&#232;res (&#8230;), ils partagent la m&#234;me foi en l'homme, une m&#234;me esp&#233;rance en l'homme et pour l'homme &#187;7. C'est la vie du militant. Il y a plus que l'&#233;laboration et la mise en pratique de strat&#233;gies, il y a &#171; la mise en &#339;uvre quotidienne de l'id&#233;al de l'homme qu'on s'est form&#233; un jour &#187;8. Une foi en l'homme, donc, qui est pour le militant le sens de sa vie, une conception qu'il met en &#339;uvre dans son engagement. Ainsi, remarque Dumont, il y a transcendance pour lui, une contemplation dans l'action sans quoi la politique ne serait qu'un simple jeu, une habitude. On peut constater une telle transcendance chez les chr&#233;tiens et les marxistes par exemple. Elle est &#224; la fois sentie et v&#233;cue dans le pr&#233;sent et &#224; la fois promesse d'un avenir plus radieux, elle assure la fraternit&#233; pour aujourd'hui et pour demain. Cette promesse et cet engagement t&#233;moignent d'une perspective sur un bien moral, &#171; un homme engag&#233;, ce n'est pas un activiste. C'est celui qui ne peut pas se heurter &#224; l'injustice sans se mettre en col&#232;re &#187;9.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sur la morale politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Dumont, on ne peut se soustraire &#224; la vie de la cit&#233;, car &#171; la politique, par mille canaux divers, nous rejoint tous dans notre vie quotidienne. Elle appara&#238;t au croisement des forces &#224; l'&#339;uvre dans une soci&#233;t&#233; &#187;10. La politique a pour but d'unifier, de refaire continuellement les consensus, par-del&#224; les forces en jeu et les tensions. Les partis politiques servent cette fin en r&#233;duisant les multiples tendances &#224; de grandes et peu nombreuses tendances de fond. De cette mani&#232;re, ils rassemblent des gens aux opinions vari&#233;es et offrent un lieu d'&#233;change et d'expression.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Selon notre penseur, la politique est une extension de la condition humaine, elle a aussi ses mis&#232;res : &#171; Quand on descend dans les profondeurs de l'homme, ce n'est pas toujours tr&#232;s beau &#187;11. Il y a des int&#233;r&#234;ts en jeu, des d&#233;sirs. C'est pour cette raison qu'une morale en politique est n&#233;cessaire, morale qui est d'abord un effort, parfois &#233;pisodique, pour surmonter les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats ou les int&#233;r&#234;ts partisans. Il importe d'&#234;tre franc et d'admettre la validit&#233; de l'opinion de l'autre, la morale politique, c'est aussi une question de politesse et de biens&#233;ance. Pour Dumont, cet effort d'&#233;l&#233;vation n'est pas contre-intuitif, &#171; contrairement &#224; ce qu'on dit souvent, ce ne sont pas d'abord les int&#233;r&#234;ts qui rassemblent les hommes. La supr&#234;me garantie de la r&#233;union d&#233;mocratique des citoyens, c'est la qualit&#233; des symboles collectifs et par cons&#233;quent du langage collectif &#187;12. Encore une fois cette horizon de sens qui transcende les conjonctures et les valeurs : La nation comme creuset de la d&#233;mocratie. Les symboles offrent une garantie morale, dans la mesure o&#249; ils conservent leur caract&#232;re sacr&#233;, transcendant, &#224; partir duquel on peut juger en retour de la l&#233;gitimit&#233; des gouvernants. Sans le recours &#224; ce complexe proprement humain, ces raisons communes, il ne reste que l'ironie et le cynisme. Autrement dit, &#171; si les citoyens ne partagent pas une foi commune dans les valeurs de leur soci&#233;t&#233;, s'ils ne forment pas une communaut&#233; politique, la vie politique est impossible &#187;13. Les citoyens doivent avoir le sentiment que quelque chose de profond les rassemble. Une fois que l'on admet ce fait, &#171; (&#8230;) le premier devoir de l'homme politique est d'en appeler &#224; ce qui rassemble les citoyens au-del&#224; des conflits, des haines et des dissensions &#187;14. L'alternative, c'est le totalitarisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Autour des raisons communes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, ce qui r&#233;unit les individus en communaut&#233; c'est le report &#224; un discours, &#224; un langage, ou en des termes plus sp&#233;cifiquement dumontiens, c'est la construction d'une r&#233;f&#233;rence (symboles, mythes, m&#233;moire). L'histoire, &#224; travers laquelle se construit cette r&#233;f&#233;rence, a donc un r&#244;le de premier plan pour constituer et maintenir la communaut&#233; en une solidarit&#233; r&#233;elle. Les historiens, mais aussi les romanciers et les po&#232;tes, donnent une substance, une unit&#233; aux divers &#233;v&#233;nements historiques qui &#233;mergent des profondeurs du pass&#233; pour cr&#233;er le sens et ainsi constituer la m&#233;moire collective, le langage de notre &#171; &#234;tre-en-commun &#187;. Aujourd'hui, cette conception est r&#233;cus&#233;e par un large secteur de la philosophie politique contemporaine, particuli&#232;rement au Canada anglais et, progressivement et notoirement depuis la d&#233;faite r&#233;f&#233;rendaire, au Qu&#233;bec. Dumont refuse l'id&#233;e selon laquelle nous pourrions d&#233;duire la v&#233;ritable dignit&#233; humaine de droits humains absolus, abstraits et formels. Il d&#233;clare : &#171; Je dirais que ce qu'il y a de plus tragique, c'est justement cette incapacit&#233; de nous cr&#233;er un langage qui convienne &#224; la situation o&#249; nous sommes. Par exemple, cette fa&#231;on de c&#233;der &#224; ce que j'appelle l'homme universel, c'est une fa&#231;on de s'en tirer par le haut, de s'&#233;vader par la toiture en quelque sorte &#187;15. Dumont nous invite &#224; penser la situation qu&#233;b&#233;coise &#224; l'aune de l'exp&#233;rience qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Raisons communes&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revenons bri&#232;vement &#224; cette crise des institutions dont il a &#233;t&#233; question pr&#233;c&#233;demment, afin de mieux en apercevoir les implications concr&#232;tes dans le cas du Qu&#233;bec. Lors de la R&#233;volution tranquille, indique Dumont, les projets et les mesures misent en place par les gouvernements b&#233;n&#233;ficiaient d'un large appui au sein de la population. Le contexte, ou le cadre socioculturel, qui soutenait ce consensus sur le plan institutionnel a chang&#233;. Nous faisons face &#224; de nouveaux probl&#232;mes (d&#233;mographie, langue, &#233;branlement de l'institution familiale, immigration, etc.). Le pluralisme des genres de vie entra&#238;ne un immobilisme des structures, l'obsession de la gestion dans la diversit&#233;. Les anciens r&#233;f&#233;rents identitaires (classe, nation) perdent leur pertinence au profit de multiples solidarit&#233;s nouvelles. La gestion est d'autant plus c&#233;l&#233;br&#233;e qu'elle repr&#233;sente, selon Dumont, un outil de prestige et d'avantages pour les classes moyennes face &#224; la bourgeoisie et &#224; la propri&#233;t&#233;. La gestion devient une id&#233;ologie. Celle-ci censurerait le renouvellement de la lecture des probl&#232;mes sociaux actuels qui demanderaient une reprise en main de nos institutions qui va par-del&#224; la gestion et la technique. L'id&#233;e n'est pas de refaire la R&#233;volution tranquille, mais de reprendre les questions qu'elle nous posait sur l'avenir et sur nous-m&#234;mes. Au-del&#224; de la diversit&#233;, il faut des valeurs et des projets communs et ceux-ci prennent racine dans la culture qui, comme l'affirme Dumont, &#171; (&#8230;) a une dimension politique parce que la qu&#234;te de soi n'est pas dissociable de la qu&#234;te commune &#187;16.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nation et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Abordons maintenant la section la plus instructive sur la philosophie &#233;thique et politique de Fernand Dumont, &#224; mon sens, celle des grandes d&#233;finitions du vocabulaire politique courant. Pour Dumont, &#171; la nation est d'abord la communaut&#233; d'un h&#233;ritage historique &#187;17. Plus sp&#233;cifiquement, elle est consentement au pr&#233;sent de ses membres sur la base d'un l&#232;gue collectif. Ce n'est pas le lien du sang qui la constitue, de l&#224; la distinction dumontienne entre ethnie et nation. De fa&#231;on concr&#232;te, ce n'est pas la g&#233;n&#233;tique gauloise qui qualifie l'appartenance fran&#231;aise, pas plus que ce n'est la g&#233;n&#233;tique fran&#231;aise qui qualifie l'appartenance canadienne-fran&#231;aise. L'histoire et les cultures sont en mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non plus que le sang, on ne peut ramener l'appartenance &#224; une liste explicite de coutumes (j'ajouterais de valeurs). L'essentiel est la m&#233;moire partag&#233;e. Pour Dumont, le souvenir fonde les all&#233;geances en plus de l&#233;gitimer l'affirmation de sa diff&#233;rence et de ses droits.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En plus de la distinction entre nation et ethnie, il y a celle entre la nation et l'&#201;tat. L'&#201;tat est d&#233;fini par la citoyennet&#233; et il a d'abord trait au droit et &#224; l'&#233;galit&#233; entre citoyens, il repr&#233;sente un tout autre mode de coh&#233;sion sociale que la nation. Ils ont n&#233;anmoins partie li&#233;e car &#171; s'il revient &#224; l'&#201;tat de promouvoir l'&#233;galit&#233; des citoyens et la justice distributive, cette responsabilit&#233; concerne en particulier le maintien et l'&#233;panouissement des communaut&#233;s nationales &#187;18. En retour, la culture alimente la communaut&#233; et la vie politique, comme nous venons de le voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, pour Fernand Dumont, la distinction entre nation politique et nation culturelle est pr&#233;sente d'une fa&#231;on particuli&#232;rement &#233;vidente dans l'exp&#233;rience et la m&#233;moire canadienne-fran&#231;aise. Certes, nous dit-il, les P&#232;res de la Conf&#233;d&#233;ration, tant anglophones que francophones, esp&#233;raient fonder une nation nouvelle, mais dans la population francophone, qui voyait cette conf&#233;d&#233;ration comme un pacte entre deux peuples fondateurs, &#171; on s'est mis &#224; insister sur le caract&#232;re culturel de la nation francophone : sur notre &#8216;'langue, nos institutions et nos lois'' selon la devise consacr&#233;e. Effectivement, les pouvoirs laiss&#233;s au Qu&#233;bec &#233;taient surtout de l'ordre de la culture (&#8230;) &#187;19. Les cultures, les nations entendues au sens culturel, sont des entit&#233;s concr&#232;tes, close et substantiel. On ne saurait les soumettre &#224; l'ing&#233;nierie. Par contre, la communaut&#233; politique peut &#234;tre d&#233;cr&#233;t&#233;e et regrouper plusieurs nations en son sein. Pour Dumont, il n'y a pas de myst&#232;re ou d'id&#233;e c&#233;leste qui d&#233;finissent le lien entre nation et communaut&#233; politique. La majorit&#233; nationale fa&#231;onne la communaut&#233; politique selon sa volont&#233; : &#171; inutile de le dissimuler sous quelques principes abstraits, apparemment plus honorable que l'instinct de survie &#187;20. Vu autrement, la communaut&#233; politique est l'assise d'un peuple sp&#233;cifique qui y d&#233;finit une culture de convergence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On comprend avec Dumont que le nationalisme culturel est un ph&#233;nom&#232;ne tout &#224; fait justifi&#233; qui est &#224; distinguer nettement de son mauvais double, le chauvinisme ethnique. Pour Dumont, &#171; ce qui fait l'originalit&#233; d'une culture, ce n'est pas son repli sur quelque distinction originaire, mais sa puissance d'int&#233;gration &#187;21. Pour int&#233;grer, il faut d'abord avoir le go&#251;t de perp&#233;tuer une culture, un style de civilisation, des id&#233;aux. Ces principes sont &#224; la base d'institutions fortes et efficaces. Il ne faudrait pas trop se h&#226;ter de juger de notre culture et de ses id&#233;aux, on devrait d'abord les comprendre par leur gen&#232;se. Ainsi, &#171; toutes les personnes font l'apprentissage des valeurs dans l'humilit&#233; des appartenances, de m&#234;me qu'elles s'&#233;l&#232;vent au langage &#224; partir des balbutiements. L'humaine condition nous est transmise dans une famille et dans une patrie. Et tout au long de notre vie, l'amour et l'amiti&#233; portent sur des &#234;tres concrets et non sur le concept de la femme ou de l'homme &#187;22. Encore une fois, Dumont souligne la probl&#233;matique qui oppose l'homme universel aux particularit&#233;s et pr&#233;jug&#233;s de culture. En fait, le p&#233;ril est constant, &#171; l'homme sans classe et sans patrie du marxisme, l'homme nouveau du nazisme &#233;taient des vari&#233;t&#233;s parmi d'autres de l'id&#233;al auquel r&#234;vent encore quelques constructeurs de l'homme universel &#187;23.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dumont ne croit pas au cr&#233;puscule du monde historique. La connaissance du pass&#233; fournit des instruments pour conna&#238;tre le pr&#233;sent et pr&#233;parer l'avenir. Il y a am&#233;nagement et reconfiguration continuelle de la m&#233;moire. Le patrimoine demeure le signe d'une culture partag&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;alit&#233; est cependant que nous vivons dans un monde qui exalte la gestion. Est-ce que cela traduit la recherche de la s&#233;curit&#233; dans un monde d&#233;senchant&#233; ? La rationalisation proc&#233;dant de l'incroyance ? Il importe pour Dumont d'en sortir, il en va du bien-&#234;tre de nos soci&#233;t&#233;s : &#171; Poursuivre la planification sans s'emp&#234;trer dans la bureaucratie suppose que l'&#201;tat trouve devant lui autre chose que l'inertie des administr&#233;s &#187;24. Il y a n&#233;cessit&#233; de la participation des citoyens &#224; la vie collective, participation qu'il d&#233;finit comme la transposition &#171; de quelque fa&#231;on dans un organisme d&#233;mocratique (de) ce qui est v&#233;cu autrement dans un milieu d&#233;termin&#233; &#187;25. Il doit s'op&#233;rer un renouvellement de la sociabilit&#233; &#224; l'&#233;chelle des communaut&#233;s. Pour ce faire, on doit pouvoir trouver la transcendance n&#233;cessaire, des symboles collectifs viables, qui permettent de r&#233;investir la sph&#232;re d&#233;mocratique. Avec le recul de la pratique religieuse, Dumont se demande si &#171; la nation ne pourrait (&#8230;) pas servir de substitut aux id&#233;aux collectifs que repr&#233;sentait autrefois la religion dominante &#187;26. Dumont ne croit pas que le formalisme d&#233;mocratique peut assumer ce r&#244;le crucial. Le r&#232;gne du droit lui semble garantir la s&#233;curit&#233; et la justice, mais, sur le plan &#233;thique, il appara&#238;t plus comme un moyen que comme un id&#233;al. &#192; l'image de ce qu'est la R&#233;publique pour les fran&#231;ais, la soci&#233;t&#233; n'est pas que la somme des int&#233;r&#234;ts individuels. Il y a un besoin d'horizon, un besoin de sens qui permettent de mettre notre existence en perspective. Tous tendent &#224; se r&#233;aliser dans la participation &#224; un projet commun, un complexe humain qui nous d&#233;passe. Pour Dumont, la nation pourrait bien &#234;tre ce contrepoids aux pouvoirs anonymes et technocratiques des experts et des entreprises et organisations transnationales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Citations&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3139 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:184px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.edhexagone.com/pagecat.asp?annee=2000&amp;codecat=cg&amp;no=7&amp;saison=Automne&amp;page=12&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_13-dumontf.jpg' width=&quot;184&quot; height=&quot;275&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;1- CANTIN, S. (2000). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fernand Dumont&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un t&#233;moin de l'homme&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, l'Hexagone, p.56
&lt;br&gt;2- p.59
&lt;br&gt;3- p.88
&lt;br&gt;4- p.124
&lt;br&gt;5- p.197
&lt;br&gt;6- p.208
&lt;br&gt;7- p.209
&lt;br&gt;8- ibid.
&lt;br&gt;9- p.216
&lt;br&gt;10- p.218
&lt;br&gt;11- p.221
&lt;br&gt;12- p.224
&lt;br&gt;13- p.226
&lt;br&gt;14- p.228
&lt;br&gt;15- p.304&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3140 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:151px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.panorama-quebec.com/cgi-cs/cs.waframe.content?topic=27088&amp;lang=1&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_13-dumont-raisons.jpg' width=&quot;151&quot; height=&quot;237&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;16- DUMONT, F. (1997). &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Raisons communes&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Bor&#233;al, p.31
&lt;br&gt;17- p.53
&lt;br&gt;18- p.56-57
&lt;br&gt;19- p.58
&lt;br&gt;20- p.67
&lt;br&gt;21- p.83
&lt;br&gt;22- p.88
&lt;br&gt;23- p.113
&lt;br&gt;24- p.195
&lt;br&gt;25- p.206
&lt;br&gt;26- p.219&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Hubert Aquin : nationalisme et existence</title>
		<link>http://www.vigile.net/Hubert-Aquin-nationalisme-et</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Hubert-Aquin-nationalisme-et</guid>
		<dc:date>2009-02-08T17:52:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>En fait, pour Hubert Aquin, la nation se d&#233;finit par son projet et il y a au Canada, non seulement deux groupes culturels-linguistiques, mais deux projets, deux cultures globales. Le nationalisme canadien-fran&#231;ais est l'expression politique d'une culture &#224; propension (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cet article fait suite &#224; un autre portant sur la gen&#232;se du nationalisme chez P.-E. Trudeau : &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Les-intellectuels-quebecois-et-le&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Les intellectuels qu&#233;b&#233;cois et le f&#233;d&#233;ralisme canadien : la tentation platonicienne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'universalisme ne doit &#233;voquer en rien les h&#233;g&#233;monies ou les anciens empires, et ne saurait s'&#233;difier sur le cadavre des cultures &#171; nationales &#187; non plus que sur les hommes. &#187; Hubert Aquin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La fatigue culturelle du Canada Fran&#231;ais.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'homme civilis&#233; invente la philosophie du progr&#232;s pour se consoler de son abdication et de sa d&#233;ch&#233;ance &#187;. Charles Baudelaire, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Notes nouvelles sur Edgar Poe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plusieurs ont d&#233;j&#224; comment&#233; &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/_Aquin-Hubert_&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La fatigue culturelle du Canada fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;1. Aussi, nous n'aurons pas la pr&#233;tention, par ce court &#233;crit, d'en tirer la v&#233;rit&#233; substantielle, mais nous chercherons &#224; d&#233;gager une interpr&#233;tation qui pourrait permettre d'&#233;clairer la r&#233;alit&#233; qui est la n&#244;tre aujourd'hui. La beaut&#233; et la profondeur de cette herm&#233;neutique de la condition qu&#233;b&#233;coise se mesurent au fait qu'une telle d&#233;marche, ind&#233;pendamment de sa qualit&#233; propre, soit du moins possible2. Il s'agira donc de d&#233;montrer, en accord avec la pens&#233;e d'Hubert Aquin, qu'il existe des conditions objectives, sur les plans identitaire et national, qui limitent ou expriment les choix possibles d'une collectivit&#233;, et par extension des individus qui la composent, et d&#233;terminent ainsi la qualit&#233; de leur existence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comprenons d'abord que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La fatigue culturelle du Canada fran&#231;ais&lt;/i&gt; est en quelque sorte une r&#233;ponse &#224; la th&#232;se propos&#233;e par Pierre-Elliott Trudeau dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La nouvelle trahison des clercs&lt;/i&gt;. Plus sp&#233;cifiquement, c'est un passage injurieux o&#249; l'ancien premier ministre (il en a fait par la suite une habitude) constate l'indignit&#233; cong&#233;nitale des Canadiens fran&#231;ais qui a motiv&#233; Aquin &#224; &#233;crire son texte magnifique :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On compte que la naissance de notre &#201;tat-nation lib&#232;rera mille &#233;nergies insoup&#231;onn&#233;es et que, par l&#224;, les Canadiens fran&#231;ais pourront enfin entrer en possession de leur h&#233;ritage. Bref, on croit &#224; une &#233;nergie cr&#233;atrice qui donnerait du g&#233;nie &#224; des gens qui n'en ont pas, et qui apporterait le courage et l'instruction &#224; une nation indolente et ignorante &#187;.3&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;ponse d'Hubert Aquin est aussi l'occasion d'un souhait, la possibilit&#233; d'un id&#233;al fond&#233; sur le respect et le dialogue coop&#233;ratif. Pour l'&#233;crivain, la dialectique est l'essence de la libert&#233;, cependant qu'elle se fait dans la bonne volont&#233; et le calme des passions. Or voil&#224; le reproche &#233;l&#233;mentaire que l'auteur exprime au cit&#233;libriste : pour Aquin, Trudeau participe d'une tendance trop commune chez les intellectuels qui est une sorte de nervosit&#233; qui les pousse &#224; l'embrigadement, aux explications h&#226;tives et partielles et ultimement aux narcotiques conceptuels. Comment expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne ? Sans tomber dans l'attaque &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ad hominem&lt;/i&gt;, s'impose tout de m&#234;me une d&#233;licate analyse quant aux raisons d'une telle disposition d'esprit, ce que d'autres ont fait avant Aquin4.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le cas qui le concerne, la question est : qu'est-ce qui pousse Trudeau &#224; formuler en quelques courtes pages une th&#233;orie historique simpliste aux implications les plus drastiques ? Cette &#171; causalit&#233; &#224; rabais &#187; qui &#171; minimise l'importance du ph&#233;nom&#232;ne de la guerre &#187;5 r&#233;pondrait de la pr&#233;cipitation devant une situation d'urgence. Pour Trudeau, il s'agit d'un choix binaire entre l'id&#233;ologie progressiste telle qu'il la d&#233;finit et le chaos. Or pour Aquin, on ne badine pas avec de tels sujets, &#171; la condamnation m&#234;me justifi&#233;e de la guerre ne remplacera jamais sa saisie rationnelle par l'esprit humain (&#8230;) &#187;6, il s'agit, id&#233;alement et pour le plus grand bonheur de tous, de faire pr&#233;valoir l'attitude scientifique sur l'attitude de combat : l'homme &#171; (&#8230;) doit &#233;tudier la guerre &#187;7. C'est plus simple en th&#233;orie qu'en pratique. N'avons-nous jamais connu la volupt&#233; atrabilaire, la puissance du sentiment de sup&#233;riorit&#233; morale, la chaleur et les relents acides des foules hypersensibles ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La guerre, de scandale, doit devenir un objet d'&#233;tude. C'est un sujet qui a la particularit&#233; de se profiler, de fa&#231;on performative, dans la mani&#232;re m&#234;me dont on l'aborde, par le dialogue. Un sujet s&#233;rieux donc, et Aquin indique qu'il devient imp&#233;ratif, pour le d&#233;passer, de ne pas user d'intimidations, de ne pas jouer sur les &#233;motions et d'&#233;viter les arguments empress&#233;s &#171; dont la malicit&#233; (sic) interne (&#8230;) sert d'assommoir &#224; la pens&#233;e &#187;8. Pensons par exemple &#224; la mani&#232;re dont certains utilisent aujourd'hui l'accusation de racisme, selon une acception hautement id&#233;ologique, et la rigoureuse efficacit&#233; de ce genre d'assassinat moral. Alors donc, comment penser la guerre ? Pour Aquin, elle est une fonction de l'homme, elle lui est propre au sens o&#249; elle est fond&#233;e dans sa nature sociale, dans les interactions. Le conflit arm&#233; proc&#232;de du dialogue, ce sont deux manifestations du m&#234;me, et le m&#234;me, c'est le ph&#233;nom&#232;ne de s&#233;paration des consciences. Dans les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques, cet &#171; &#233;cart &#187; devient synth&#232;se gr&#226;ce aux rituels h&#233;rit&#233;s, sorte de r&#233;sorption p&#233;riodique de la diff&#233;rence &#224; travers le langage symbolique et magique. Pour les soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es, le d&#233;tour est plus long et s'exprime par les luttes collectives des groupes diff&#233;renci&#233;s. D'une mani&#232;re ou d'une autre, et malgr&#233; la dissemblance des moyens, &#171; l'&#171; &#233;cart &#187; engendre la lutte &#187;9, et cette lutte est &#224; la base de toute soci&#233;t&#233; humaine, elle est synonyme de son &#233;volution, au fil des compromis, des synth&#232;ses accomplies au nom d'une plus grande clart&#233;. Aquin ne s'aventure pas sur le terrain vaseux de l'eschatologie &#171; scientifique &#187; et &#233;vite donc de se situer dans la tradition h&#233;g&#233;lio-marxiste, contrairement &#224; Trudeau. On peut comprendre que cette &#233;volution dialectique est circonscrite, naturelle et contingente. Aussi se limite-t-il, sur le plan normatif, &#224; universaliser la qu&#234;te d'universalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais voil&#224; le probl&#232;me : au Canada fran&#231;ais, on ne discute plus. Le Canada fran&#231;ais et son projet politique et globalement national se trouvent ench&#226;ss&#233;s dans le projet canadian, qui est en m&#234;me temps son concurrent. Le Canada agit au c&#339;ur de la dialectique canadienne-fran&#231;aise et brouille par son action int&#233;ress&#233;e le cours normal de celle-ci. Le r&#233;sultat est une tension improductive et lassante : &#171; les &#201;tats ou les groupes tels qu'ils sont con&#231;us, ne sauraient d&#233;sarmer devant les groupes qui, par un &#233;cart quelconque, les forcent &#224; se d&#233;finir comme des contraires &#187;10. Un groupe ne saurait tol&#233;rer une telle action externe et ali&#233;nante, &#171; l'universel ne doit exister que gr&#226;ce &#224; la participation libre et active de tous les &#233;l&#233;ments particuliers qui auront choisi (nous soulignons) de le cr&#233;er &#187;11. Qu'est-ce qui peut donc pousser un politicien ou un intellectuel &#224; travailler contre le dialogue particulier dans lequel il se trouve inscrit ? En somme, quelles erreurs commet Pierre-Elliott Trudeau dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La nouvelle trahison des clercs&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aquin croit d&#233;tecter une dose d'&#233;motivit&#233; dans l'argumentaire de Trudeau, une &#171; attitude personnelle univoque et tendue &#187; qui le conduit &#224; une &#171; rationalisation abusive &#187;, la sur&#233;valuation d'une co&#239;ncidence entre la guerre et le nationalisme qui se traduit par le lien causal qu'&#233;bauche rapidement Trudeau. Ensuite, il y aurait le refus chez ce dernier de penser la guerre. Trudeau vise en principe la paix mondiale, et ses consid&#233;rations l'am&#232;nent &#224; postuler que le particularisme, qu'il soit national, est un frein &#224; cette paix. Ce refus de se porter attentivement sur le ph&#233;nom&#232;ne de la guerre traduit pour Aquin cette nervosit&#233; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e, le jugement p&#233;remptoire sur l'histoire (le mal vient du morcellement, le bien, de la mondialisation) remplace l'&#233;tude, la crispation n&#233;antise tout ce qui ne cadre pas avec l'urgence. Tout doit se faire dans le sens de cette &#171; angoisse philosophique &#187; carburant aux concepts. Et parmi ces concepts consomm&#233;s &#224; la h&#226;te par l'homme aux pirouettes, il y a celui de &#171; nation &#187; qu'il assimile sans nuance &#224; celui d'&#171; ethnie &#187;12.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au Canada fran&#231;ais, il n'est pas question d'ethnie, mais d'un groupe culturel et linguistique, pr&#233;tend Aquin. Il d&#233;fend d'ailleurs sans arri&#232;re-pens&#233;es l'id&#233;e que le Canada fran&#231;ais est un p&#244;le d'int&#233;gration comme d'autres : &#171; Il en ira ainsi des Wolofs, des S&#233;r&#232;res et des Peuls du S&#233;n&#233;gal qui (&#8230;) deviendront un jour des S&#233;n&#233;galais &#187;13. En fait, pour Hubert Aquin, la nation se d&#233;finit par son projet et il y a au Canada, non seulement deux groupes culturels-linguistiques, mais deux projets, deux cultures globales. Le nationalisme canadien-fran&#231;ais est l'expression politique d'une culture &#224; propension totalisante. C'est l' &#171; (&#8230;) expression de la culture des Canadiens fran&#231;ais, en mal d'une plus grande homog&#233;n&#233;it&#233; &#187;14. La culture globale implique une matrice commune &#224; partir de laquelle le politique, comme les arts et la litt&#233;rature, puisse &#234;tre interpr&#233;t&#233;, et d'abord ce socle m&#234;me, cette perspective int&#233;grante qui d&#233;finit symboliquement l'espace social, permet la croissance d'un rameau politique qui cherche &#224; s'&#233;panouir, rameau que l'on coupe &#224; la fin octobre comme une asp&#233;rit&#233; g&#234;nante. Encore, le nationalisme canadien-fran&#231;ais est la manifestation d'une intentionnalit&#233; collective visant &#224; combler un vide et qui trouve &#224; m&#234;me la culture globale emp&#234;ch&#233;e ses justifications transcendantales. Le probl&#232;me est que cet emp&#234;chement est de taille. La branche politique est la plus mena&#231;ante pour l'ordre constitutionnel canadien, c'est pourquoi ce dernier travaille &#224; la s&#233;parer radicalement du reste de l'organisme et qu'ainsi, l'extension du concept de &#171; culture &#187;, ici, se voit circonscrit artificiellement &#224; l'int&#233;rieur des limites impos&#233;es par sa concurrente, plus puissante. Les Canadiens anglais auraient pris acte du potentiel r&#233;volutionnaire de notre aspiration &#224; la politique et ils auraient agi afin de canaliser la culture canadienne-fran&#231;aise pour l'emp&#234;cher d'&#233;voluer selon sa propension naturelle &#224; s'assumer comme ensemble cons&#233;quent, lui d&#233;niant sa compl&#233;tude. Le politique bout&#233; cat&#233;goriquement hors de son domaine, la culture a pris ici une forme ambig&#252;e et, visiblement, s'est pr&#234;t&#233;e &#224; la probl&#233;matique : &#171; Notre situation politique f&#233;d&#233;rale-provinciale nous a conduits &#224; d&#233;politiser le mot culture ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; lui refuser sans h&#233;sitation la signification englobante qu'on lui reconna&#238;t dans la s&#233;mantique contemporaine &#187;15. Cette tension n&#233;cessaire entre l'ent&#233;l&#233;chie culturelle du Canada fran&#231;ais et l'&#233;cologie politique canadienne est sans doute l'une des causes de cette succession de conflits et de compromis strat&#233;giques qui marque les derniers si&#232;cles de notre histoire. Dans l'esprit d'Hubert Aquin, &#171; seule l'abolition de la culture canadienne-fran&#231;aise peut causer l'euphorie fonctionnelle au sein de la Conf&#233;d&#233;ration et permettre &#224; celle-ci de se d&#233;velopper &#171; normalement &#187; comme un pouvoir central au-dessus de dix provinces administratives et non plus de deux cultures globalisantes &#187;16.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La culture canadienne-fran&#231;aise, d&#233;politis&#233;e et inoffensive, subsisterait certes &#224; l'int&#233;rieur du Canada, son histoire et ses coutumes se vidant progressivement de leur sens, un folklore aux c&#244;t&#233;s d'autres, &#224; regarder comme spectateur. Qui pourrait nous bl&#226;mer ? Ce rameau qui s'acharne depuis 250 ans en combats d&#233;sesp&#233;r&#233;s : m&#234;me l'hydre de Lerne &#233;prouverait le spleen. Tant que notre culture minoritaire au Canada ne c&#233;dera pas sa vocation politique, nous demeurerons &#171; (&#8230;) un emp&#234;chement, un boulet de canon, une force d'inertie qui brise continuellement les grands &#233;lans de la majorit&#233; dynamique par ses revendications et sa susceptibilit&#233; (&#8230;) &#187;17. Mais la v&#233;rit&#233; et la justice ne c&#232;dent pas aussi facilement que la volont&#233;, &#171; la culture canadienne-fran&#231;aise, longtemps agonisante, renait souvent, puis agonise de nouveau et vit ainsi une existence faite de sursauts et d'affaissements &#187;18.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;crire sur le Qu&#233;bec pour un intellectuel qu&#233;b&#233;cois, c'est retourner dans tous les sens la hantise d'une situation exasp&#233;rante de d&#233;pendance et d'impuissance, o&#249; le supplice n'est pas physique, mais philosophique : c'est voir le rempart d&#233;labr&#233; qui contient avec peine l'absence et la servitude, c'est entendre le rire triomphant du machiav&#233;lien sans patrie. Hubert Aquin a servi son peuple, il repose en paix.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1-	Aquin, H. (1962), &#171; La fatigue culturelle du Canada fran&#231;ais &#187;, tir&#233; de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Blocs erratiques&lt;/i&gt;, Montr&#233;al : Quinze, 1977, 284 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2-	Cf. JACQUES, D. (2008). La fatigue politique du Qu&#233;bec fran&#231;ais. Montr&#233;al : Bor&#233;al, 160 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3-	TRUDEAU, P.-E. (1967). Le f&#233;d&#233;ralisme et la soci&#233;t&#233; canadienne-fran&#231;aise, Montr&#233;al : &#201;ditions Hurtubise HMH, p. 182.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4-	Cf ARON, R. (1955). L'opium des intellectuels. Paris : Calmann-L&#233;vy, 337 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5-	Op. cit. p.72&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6-	Ibid. p.73&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7-	Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8-	Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9-	Ibid. p.75&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10-	Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;11-	Ibid, p.76&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;12-	Trudeau cite ainsi Lord Acton : &#171; The nation is here an ideal unit founded on the race (&#8230;) It overrules the rights and wishes of the inhabitants, absorbing their divergent interests in a fictitious unity ; sacrificing their several inclinations and duties to the higher claim of nationality, and crushes all natural rights and all established liberties for the purpose of vindicating itself. &#187; (Cit&#233; in Trudeau, f&#233;d&#233;ralisme et soci&#233;t&#233; canadienne-fran&#231;aise, p.178 (note de bas de page)).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;13-	Op. cit. p.82&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;14-	Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15-	Ibid. p.84&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;16-	Ibid. p.87&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;17-	Ibid. p.88&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;18-	P.97&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Les intellectuels qu&#233;b&#233;cois et le f&#233;d&#233;ralisme canadien : la tentation platonicienne</title>
		<link>http://www.vigile.net/Les-intellectuels-quebecois-et-le</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Les-intellectuels-quebecois-et-le</guid>
		<dc:date>2009-01-10T14:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>En effet, la philosophie morale et politique des derni&#232;res ann&#233;es a permis une voie alternative par laquelle certains pr&#233;tendent s'&#233;lever au-del&#224; de cette appartenance que l'Histoire universelle et les sciences normatives condamneraient de toute fa&#231;on. Il s'agit l&#224; d'un (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; (.) la v&#233;rit&#233; est en effet quelque chose de libre que nous ne dominons
pas et par quoi nous ne sommes pas non plus domin&#233;s ; aussi l'existence de
Dieu ne se pr&#233;sente pas comme une v&#233;rit&#233;, mais comme un commandement (.). &#187;
&lt;br&gt;G.W.F. Hegel, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'esprit du juda&#239;sme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question nationale n'est pas r&#233;solue. Certains souhaiteraient voir les
souverainistes d&#233;poser les armes(1) pour r&#233;investir le Canada dans une vis&#233;e
encore obscure et n&#233;anmoins difficilement emballante(2), mais ces derniers
s'acharnent &#224; perp&#233;tuer, malgr&#233; un essoufflement apparent(3), le vieux r&#234;ve
de Mercier, celui d'une r&#233;publique &#224; notre image. Inutile de s'en cacher,
le projet de fonder une nation politique o&#249; les francophones du Qu&#233;bec (&#224;
une autre &#233;poque, les Canadiens-fran&#231;ais) formeraient la majorit&#233; est
l'enjeu principal, parfois en filigrane, de nos d&#233;bats publics depuis
presque 40 ans. &#192; raison, plusieurs sont fatigu&#233;s de d&#233;battre, les &#171; vainqueurs &#187; adoptent la pose avec un z&#232;le g&#234;nant, mais une chose demeure,
cette lancinante affaire reste inaboutie, inachev&#233;e, et depuis les &#233;checs
r&#233;p&#233;t&#233;s des projets d'accord constitutionnels (sur lesquels on a ferm&#233; les
livres) et les succ&#232;s du f&#233;d&#233;ralisme centralisateur (entente sur l'union
sociale, entente de Calgary, etc.), le retour &#224; la case d&#233;part est
impossible. Nos options se r&#233;sumeraient-elles &#224; accepter de vivre au
sous-sol avant de ne descendre encore plus bas ou &#224; escalader des hauteurs
inconnues et terrifiantes en apparence ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au fait, pourquoi tout ce branle-bas ? Qu'est-ce qui commande l'action de
tous ces militants et intellectuels ind&#233;pendantistes et qui leur interdit
de rester tranquillement chez eux ? Une question pr&#233;alable qui se pose en
retrait de l'action elle-m&#234;me. En fait, les r&#233;ponses donn&#233;es aujourd'hui
sont beaucoup plus disparates que celles d'avant la d&#233;faite r&#233;f&#233;rendaire de
1995, &#233;v&#233;nement qui marque une rupture &#224; ce niveau comme le d&#233;montre
brillamment Mathieu Bock-C&#244;t&#233; dans son ouvrage La d&#233;nationalisation
tranquille(4). Pour le moins, l'arri&#232;re-plan normatif s'est complexifi&#233;
&#233;tonnamment. Il est difficile, donc, de cerner de fa&#231;on tr&#232;s pr&#233;cise le
moteur de l'action militante chez les architectes de la nation politique
qu&#233;b&#233;coise &#224; l'heure actuelle. Du reste, le Parti qu&#233;b&#233;cois n'est plus la
coalition qu'il pouvait encore pr&#233;tendre &#234;tre avant l'arriv&#233;e de Bernard
Landry &#224; sa t&#234;te [lib&#233;raux nationalistes (tendance M.S.A.),
socio-d&#233;mocrates (tendance riniste) et conservateurs nationalistes
(tendance R.N.)] et le monopole de l'ind&#233;pendance ne lui appartient plus,
selon ce que r&#233;v&#232;le le comportement &#233;lectoral des Qu&#233;b&#233;cois. Alors, inutile
de chercher dans les programmes politiques une quelconque certitude quant
aux motivations propres des nombreux ind&#233;pendantistes qu&#233;b&#233;cois. Pourtant,
une seule r&#233;siste aux al&#233;as des modes id&#233;ologiques et de la surench&#232;re
progressiste : une appartenance, &#233;motive et sainement rationnelle, qui
s'incarne dans une logique de l'histoire v&#233;cue et &#224; vivre. En d'autres
mots, le patriotisme ou, de fa&#231;on souvent d&#233;pr&#233;ciative, le nationalisme.
Cette fid&#233;lit&#233; en survivance doit continuellement se relever des attaques
provenant de nouveaux imp&#233;ratifs cat&#233;goriques. Parfois, ces attaques
proviennent des rangs des souverainistes eux-m&#234;mes (chartisme, nationalisme
civique, patriotisme constitutionnel, etc.), parfois, ils proviennent du
camp adverse. Il semble que les premi&#232;res r&#233;pondent aux secondes, de
mani&#232;re parfois maladroite et suicidaire, et ce combat et ses champs de
batailles sont aujourd'hui le terreau de la philosophie politique
institutionnelle au Canada et au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet, la philosophie morale et politique des derni&#232;res ann&#233;es a permis
une voie alternative par laquelle certains pr&#233;tendent s'&#233;lever au-del&#224; de
cette appartenance que l'Histoire universelle et les sciences normatives
condamneraient de toute fa&#231;on. Il s'agit l&#224; d'un r&#234;ve auquel plusieurs
esprits talentueux ont succomb&#233; et qui tire sa source &#224; m&#234;me la philosophie
platonicienne : &#224; savoir l'existence d'un principe de justice abstrait,
d&#233;couvert par la transcendance et par l'asc&#232;se, seules capables d'ouvrir
l'esprit aux v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles, &#233;th&#233;r&#233;es et parm&#233;nidiennes ou
semblablement effectives. Toujours, l'harmonie dans l'abandon et la
soumission, toujours, une inhumanit&#233; exsangue et pure, une raison
autonome.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette voie philosophique, dans le d&#233;bat sur la nation au Qu&#233;bec, c'est
Pierre-Elliott Trudeau qui l'a consacr&#233;e. Dans son texte, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La nouvelle
trahison des clercs&lt;/i&gt;(5), il &#233;voque la n&#233;cessit&#233; d'avoir un principe de
souverainet&#233; qui encadre la vie d&#233;mocratique des nations autre que celui de
l'&#201;tat-nation qu'il juge absurde et r&#233;trograde. Trudeau a reconnu ce
principe dans la philosophie de l'histoire et, ultimement, dans le droit
objectif. Avant d'explorer davantage cette th&#232;se et la r&#233;ponse que lui a
offerte Hubert Aquin(6), arr&#234;tons-nous sur cette pr&#233;tendue &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; car,
en effet, c'est dans la peur et le m&#233;pris de l'opinion populaire que r&#233;side
le fondement de toute la d&#233;marche trudeauiste. &#192; sa d&#233;fense, on ne peut
nier, par exemple, qu'un personnage comme Hitler ait &#233;t&#233; &#233;lu
d&#233;mocratiquement et que les crimes innommables de l'Allemagne nazi ont &#233;t&#233;
commis au nom d'une id&#233;ologie d&#233;prav&#233;e que l'on apparente au nationalisme,
l'&#201;tat raciste dans les mots m&#234;mes du sinistre criminel. Or, et c'est l&#224;
que r&#233;side l'argument-cl&#233; de Trudeau, le nationalisme, qu'il prenne la
forme du nationalisme canadien-fran&#231;ais, du n&#233;onationalisme qu&#233;b&#233;cois, de
l'hitl&#233;risme ou du patriotisme am&#233;ricain demeure la manifestation d'un m&#234;me
&#233;tat d'esprit coupable :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; (.) les nationalistes - m&#234;me de gauche - sont politiquement
r&#233;actionnaires parce qu'en donnant une tr&#232;s grande importance &#224; l'id&#233;e de
nation dans leur &#233;chelle de valeurs politiques, ils sont infailliblement
amen&#233;s &#224; d&#233;finir le bien commun en fonction d'un groupe ethnique plut&#244;t
qu'en fonction de l'ensemble des citoyens, sans acception de personne.
C'est pour cela qu'un gouvernement nationaliste est par essence intol&#233;rant,
discriminatoire et en fin de compte totalitaire &#187;(7).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au-del&#224; des d&#233;bats s&#233;mantiques que nous pourrions initier sur l'intension
et l'extension du mot &#171; r&#233;actionnaire &#187;, du mot &#171; nation &#187;, sur la
d&#233;finition appropri&#233;e du bien commun ou sur ce que serait une importance
mod&#233;r&#233;e de la nation dans l'&#233;chelle des valeurs politiques, au-del&#224;, de
m&#234;me, de la faiblesse de l'argument, comprenons que, dans l'esprit de
Trudeau, le nationalisme est une id&#233;ologie d&#233;pass&#233;e, ce qu'il justifie &#224;
plusieurs reprises en invoquant d'autorit&#233; le progr&#232;s, qu'il se garde de
d&#233;finir philosophiquement. Cependant, il tente bien une gen&#232;se originale du
nationalisme qui n'est pas sans m&#233;rites, mais qui, &#224; notre sens, demeure
insuffisante pour justifier son d&#233;passement dialectique. Paradoxalement, et
ce n'est pas innocent, M. Trudeau a &#233;t&#233; un ardent nationaliste canadien,
ultimement, il est devenu l'incarnation m&#234;me de la fiert&#233; et du
nationalisme canadien anglais. Mais alors, parle-t-on toujours du m&#234;me
nationalisme ? Si ce n'est pas le cas, il faudrait convenir que le terme &#171; nationalisme &#187; n'est en fait qu'une m&#233;ta-cat&#233;gorie probl&#233;matique. Mais
comment la d&#233;finir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revenons &#224; cette gen&#232;se intuitive que propose l'ancien premier ministre
canadien. Ce dernier associe l'apparition de la nation avec la mont&#233;e de la
bourgeoisie. Il note que vers la fin du XIVe si&#232;cle, &#171; (.) les classes
bourgeoises montantes s'alli&#232;rent avec les monarchies r&#233;gnantes pour
remplacer le pouvoir f&#233;odal et les villes libres par un &#201;tat fort et unifi&#233; &#187;(8). Peut-&#234;tre pouvons-nous ajouter que les minist&#232;res de Turgot et de
Necker durant le r&#232;gne de Louis XVI repr&#233;sentent le point culminant de
cette alliance entre la bourgeoisie et la monarchie en France ? Toujours
est-il que cette alliance dura un temps et que la bourgeoisie finit par
triompher des pouvoirs traditionnels, &#171; (.) la monarchie absolue elle-m&#234;me
dut abdiquer devant la bourgeoisie, son alli&#233; d'autrefois &#187;(9). Pour
pr&#233;server l'autorit&#233; de l'&#201;tat et pour ouvrir les voies du pouvoir
politique aux classes auparavant laiss&#233;es pour compte, la d&#233;mocratie et la
souverainet&#233; populaire, &#224; la base du principe des nationalit&#233;s,
s'impos&#232;rent avec le consentement enthousiaste de la population : &#171; L'&#201;tat
apparut alors comme l'instrument par lequel &#233;ventuellement toutes les
classes, c'est-&#224;-dire la nation enti&#232;re, pouvaient s'assurer la paix et la
prosp&#233;rit&#233; &#187;(10). Dans la mesure o&#249; la nation devint le Souverain, rien ne
subsista comme principe de justice transcendant. Par voie de cons&#233;quence,
la paix et la prosp&#233;rit&#233; de la nation devint le but ultime de l'activit&#233;
politique, &#171; les dirigeants y firent alliance avec les dirig&#233;s, les
poss&#233;dants avec les d&#233;poss&#233;d&#233;s, et toute cette engeance alla - au nom du
nationalisme qui les liait - s'enrichir et s'enorgueillir aux d&#233;pens des
nations faibles &#187;(11). C'est ainsi que Trudeau explique la s&#233;paration entre
les nations dominantes et les nations faibles, structure d&#233;termin&#233;e qui
engendra sa superstructure : le nationalisme agressif d'une part et,
d'autre part et de fa&#231;on r&#233;active, le nationalisme d&#233;fensif, sources de &#171; guerres en cha&#238;ne qui n'ont pas fini d'incendier la plan&#232;te &#187;(12). Cette
dynamique serait aussi &#224; l'ouvre au Canada, ce denier repr&#233;sentant un &#171; sous-cas &#187; du ph&#233;nom&#232;ne nationaliste et le Qu&#233;bec un &#171; sous-sous-cas &#187; car
le Qu&#233;bec et le Canada sembleraient eux-m&#234;mes issus de cas originels
europ&#233;ens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; la d&#233;fense de l'auteur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La nouvelle trahison des clercs&lt;/i&gt;, nous dirons
que les recherches et la r&#233;flexion historiographique, &#224; l'&#233;poque, n'&#233;taient
peut-&#234;tre pas au niveau d'aujourd'hui, quoique l'on pouvait d&#233;j&#224; trouver,
chez Dilthey et Aron par exemple, des ressources utiles. Or, comme ces
r&#233;flexions sur le nationalisme se logeaient au cour m&#234;me de la philosophie
politique de Trudeau, il nous appara&#238;t important d'en examiner les failles,
d'autant plus qu'elles justifiaient des condamnations souvent peu
&#233;l&#233;gantes, c'est le moins, &#224; l'endroit du peuple qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re critique que l'on pourrait faire de la gen&#232;se des
nationalismes de Trudeau se r&#233;sume ainsi : il s'agit d'une simplification
outranci&#232;re de l'histoire qui vise &#224; en d&#233;montrer le d&#233;voilement rationnel
et progressif. Certainement, ce genre de pens&#233;e est fort utile &#224; l'homme
d'action, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'une interpr&#233;tation
r&#233;ductrice, voire scientiste, de l'histoire. Ainsi, dans la s&#233;lection
arbitraire des &#233;v&#233;nements historiques significatifs, il appara&#238;t que les
faits en viennent &#224; servir une th&#232;se pr&#233;alable dont la causalit&#233; demeure
&#233;nigmatique en plus d'&#234;tre con&#231;ue de mani&#232;re r&#233;trospective. Il s'agit d'une
d&#233;cision permettant d'&#233;viter la critique interne du raisonnement et qui
tente de rel&#233;guer le d&#233;bat dans le domaine th&#233;ologique &#224; coups de p&#233;titions
de principe. Autrement dit, il s'agit de croire &#224; une logique enti&#232;rement
close sur elle-m&#234;me ou bien subir l'apostasie. En agissant de la sorte,
fait-on parler l'histoire &#224; bon escient ? L'histoire ne serait-elle pas
plut&#244;t une sagesse faite d'intuitions sur la nature humaine ? Convenons
d'abord qu'elle ne saurait &#234;tre prescriptive &#224; cause de la singularit&#233;
inh&#233;rente &#224; tout &#233;v&#233;nement situ&#233; dans le temps et l'espace, ce qui ne veut
pas dire qu'elle m&#232;ne au scepticisme, envers des pr&#233;tentions scientistes.
L'histoire raconte, elle n'explique pas des v&#233;rit&#233;s. Elle s'adresse &#224; la
sensibilit&#233;, &#224; la spiritualit&#233; v&#233;cue individuellement, et donc s'ouvre &#224; la
pluralit&#233; interpr&#233;tative. Notre libert&#233; et la port&#233;e potentielle de nos
choix &#233;vitent ainsi de se retrouver sous le couvert d'un d&#233;terminisme
macroscopique qui &#171; (.) n&#233;glige plut&#244;t qu'il ne compense les hasards
&#233;l&#233;mentaires &#187;(13) et l'ind&#233;fini du devenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La deuxi&#232;me critique se formulerait comme suit : confondre l'univers
conceptuel d'une tradition philosophique et la vie. Dans le pr&#233;sent cas,
Trudeau subsume des r&#233;alit&#233;s complexes et diverses sous un vocable unique
qui ne tol&#232;re qu'une dualit&#233; interne, isomorphe et contingente, le
nationalisme agressif ou d&#233;fensif. En effet, cette classification appara&#238;t
encore une fois comme arbitraire et n&#233;gligente de la diversit&#233; des
exp&#233;riences en les associant indistinctement &#224; une m&#234;me disposition
immorale et pathologique. La vis&#233;e de l'auteur est ici transparente, gr&#226;ce
&#224; une induction boiteuse mais qu'il veut indubitable, il a beau jeu de se
tourner ensuite vers le nationalisme qu&#233;b&#233;cois et d&#233;duire qu'il s'agit
d'une r&#233;action condamn&#233;e par le progr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La troisi&#232;me critique r&#233;pond de la seconde : Trudeau se trompe dans sa
gen&#232;se, car il voit dans l'apparition de l'&#201;tat-nation et l'utilisation
subs&#233;quente du nationalisme l'ensemble des motivations qui sous-tendent le
sentiment national. La nation, &#224; partir du XVIIIe si&#232;cle, a certainement
&#233;t&#233; un th&#232;me tr&#232;s prolifique, elle a servi efficacement, dans son acception
moderne, &#224; mobiliser le tiers &#233;tat contre la monarchie absolue. Elle a &#233;t&#233;
un th&#232;me dominant chez les Romantiques, chez Herder, chez Fichte, etc. La
pens&#233;e nationaliste a connu des d&#233;rives, c'est ind&#233;niable, mais celles-ci
ne peuvent effacer l'intuition de d&#233;part. Encore une fois, il importerait
de ne pas trop s'attarder sur la s&#233;mantique pour voir que ce qu'on pourrait
qualifier &#224; d&#233;faut de mieux de &#171; sentiment national &#187;, &#224; savoir le
sentiment d'appartenance avec tout le sens, les opportunit&#233;s et les devoirs
qu'il conf&#232;re, n'a pas &#224; &#234;tre apparu &#224; l'&#233;poque moderne par l'action
concert&#233;e des &#233;lites bourgeoises. De m&#234;me, ce n'est pas parce que l'on
donna le nom de &#171; protons &#187; aux particules subatomiques &#224; charge positive
en 1919 que ces m&#234;mes particules n'existaient pas en 1918 ou en l'an 1000
av. J.-C. Absence de mot ne veut pas dire absence de r&#233;alit&#233;. Nous sommes
plut&#244;t amen&#233;s &#224; consid&#233;rer qu'il existait au sein m&#234;me des royaumes
europ&#233;ens de l'&#233;poque ce que l'on pourrait qualifier de structures
essentielles pour des groupes grossi&#232;rement homog&#232;nes sur le plan de la
culture, de la langue et de la m&#233;moire, et dont la vie politique &#233;tait
entrav&#233;e par la force des armes. Ce sentiment collectif se retrouve en
d'autres temps et en d'autres lieux : Socrate se savait li&#233; &#224; Ath&#232;nes,
Vercing&#233;torix &#224; la Gaulle, Brutus &#224; Rome, etc. En aval, ce que Trudeau
condamne est l'appel au principe des nationalit&#233;s et &#224; celui de
l'autod&#233;termination des peuples. Du moins arrive-t-il efficacement &#224; semer
le doute sur ces absolus en en retra&#231;ant la gen&#232;se. Nous sommes d'accord
sur le fait qu'aucun de ces principes ne puissent &#234;tre pris dans le sens
d'&#233;vidences autor&#233;f&#233;rentielles, mais cela est d'autant plus vrai en ce qui
concerne l'id&#233;ologie progressiste. Maintenant, lesquels sont les plus &#224;
m&#234;me d'assurer, de fa&#231;on conventionnelle, la justice ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rien ne justifie, sur le plan strictement logique, qu'un peuple d&#233;fende et
promeuve son espace collectif, mais il importerait d'admettre du m&#234;me
souffle que l'Histoire universelle ne lui impose pas plus de l'abandonner.
Mais alors, qu'est-ce qui nous prot&#232;gera des d&#233;rives si l'on ne peut se
fier aux simplifications pr&#233;ventives ? On ne peut d&#233;crire rationnellement un
principe qui pr&#233;c&#232;de la raison. Tentons une m&#233;ditation : le jugement. Juger
selon chaque cas les fins politiques des acteurs concern&#233;s, selon notre
conscience et en retenant les le&#231;ons du pass&#233;, pr&#234;ter une attention
soutenue quant &#224; la port&#233;e des moyens employ&#233;s sans se laisser intoxiquer
par l'id&#233;ologie, les faux principes, la peur et les fantasmes. Mais
surtout, il faut retenir que la politique n'est pas r&#233;ductible &#224; l'&#233;thique.
Hubert Aquin, lui, l'avait compris.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; suivre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 : DUBUC, A. (2008). &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/A-mes-amis-souverainistes&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&#192; mes amis souverainistes&lt;/a&gt;. Montr&#233;al : Voix
parall&#232;les, 232 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2 : FACAL, J. (2008). &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/La-mutation-genetique&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La mutation g&#233;n&#233;tique&lt;/a&gt;, page consult&#233;e le 22 mai
2008&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3 : JACQUES, D. (2008). &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/La-Fatigue-politique-du-Quebec&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La fatigue politique du Qu&#233;bec fran&#231;ais&lt;/a&gt;. Montr&#233;al : Bor&#233;al, 160 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 : BOCK-C&#212;T&#201;, M. (2007). &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/-Denationalisation-tranquille-&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La d&#233;nationalisation tranquille&lt;/a&gt;. Montr&#233;al :
Bor&#233;al, 212 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5 : TRUDEAU, P.-E. (1962). &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/Une-Constitution-inachevee&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La nouvelle trahison des clercs&lt;/a&gt;. Cit&#233; libre. 46 : 3-16.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6 : AQUIN, H. (1977). &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/La-fatigue-culturelle-du-Canada&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La fatigue culturelle du Canada fran&#231;ais&lt;/a&gt;. Dans H.
Aquin, Blocs erratiques. Montr&#233;al : &#201;ditions Quinze, p.69-103.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7 : TRUDEAU, P.-E. (1967). &lt;a href=&quot;http://www.erudit.org/revue/etudfr/1968/v4/n1/036308ar.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme et la soci&#233;t&#233;
canadienne-fran&#231;aise&lt;/a&gt;, Montr&#233;al : &#201;ditions Hurtubise HMH, p. 178.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8 : ibid. p.169.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9 : ibid. p.170.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10 : ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;11 : ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;12 : ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;13 : &lt;a href=&quot;http://enquete.revues.org/document138.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;ARON, R. (1938). Introduction &#224; la philosophie de l'histoire&lt;/a&gt;, Paris :
Gallimard, p. 290.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Sortir de l'impasse : Hubert Guindon et le mouvement national</title>
		<link>http://www.vigile.net/Sortir-de-l-impasse-Hubert-Guindon</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Sortir-de-l-impasse-Hubert-Guindon</guid>
		<dc:date>2008-11-24T16:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>Dans une perspective macrosociologique simple, les Qu&#233;b&#233;cois ne d&#233;sirent pas se s&#233;parer du Canada, mais il rejette ce qui est au fondement m&#234;me du Canada r&#233;el, le multiculturalisme. C'est une impasse que le parti lib&#233;ral du Qu&#233;bec tente de rel&#233;guer dans l'oubli &#224; travers une posture (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les immigrants ne doivent &#234;tre ni bl&#226;m&#233;s ni f&#233;licit&#233;s ni r&#233;compens&#233;s.
Lorsque les chefs du pays souffrent de myopie, on ne peut reprocher &#224; ses
nouveaux citoyens craintifs de ne pas avoir une vue per&#231;ante &#187;1. Cette
phrase a &#233;t&#233; &#233;crite en d&#233;cembre 1980 par un sociologue d'origine
franco-ontarienne, ancien professeur des universit&#233;s d'Ottawa, de Montr&#233;al,
Concordia et bien d'autres &#224; travers le Canada, &lt;a href=&quot;http://www.erudit.org/revue/rs/2003/v44/n1/007188ar.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Hubert Guindon&lt;/a&gt;. Quelques
trente ans plus tard, ce constat a-t-il perdu de son actualit&#233; ? Est-ce que
la situation qui pr&#233;valait &#224; la suite de l'&#233;chec r&#233;f&#233;rendaire de 1980 offre
des parall&#232;les int&#233;ressants pour comprendre l'impasse politique dans
laquelle les Qu&#233;b&#233;cois se trouvent aujourd'hui ? En consultant le texte du
sociologue, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#233;f&#233;rendum ou les le&#231;ons de la d&#233;faite&lt;/i&gt;, paru d'abord sous le
titre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le R&#233;f&#233;rendum : Une autre d&#233;cennie d'instabilit&#233; politique&lt;/i&gt; dans
l'Action nationale, le lecteur est tent&#233; de r&#233;pondre par l'affirmative dans
un enthousiasme promptement raval&#233; par l'amertume.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_2598 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:131px;'&gt;
&lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/guindon_hubert/guindon_hubert_photo/guindon_hubert_photo.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://www.vigile.net/IMG/jpg_24-guindon-hubert.jpg' width=&quot;131&quot; height=&quot;173&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;	D'abord, tentons de cerner cette impasse que la commission
Bouchard-Taylor, sachons lui reconna&#238;tre ce m&#233;rite, a d&#233;montr&#233;e de fa&#231;on on
ne peut plus explicite. Dans une perspective macrosociologique simple, les
Qu&#233;b&#233;cois ne d&#233;sirent pas se s&#233;parer du Canada, mais il rejette ce qui est
au fondement m&#234;me du Canada r&#233;el, le multiculturalisme. C'est une impasse
que le parti lib&#233;ral du Qu&#233;bec tente de rel&#233;guer dans l'oubli &#224; travers une
posture attentiste et sibylline qui se d&#233;clame de nos jours par une
m&#233;taphore horticole : &#171; le fruit n'est pas m&#251;r &#187;. Guindon &#233;tait d&#233;j&#224;
sceptique devant ce que pouvait &#234;tre le &#171; f&#233;d&#233;ralisme renouvel&#233; &#187;, on peut
imaginer sa perplexit&#233; quand lui ont succ&#233;d&#233; le &#171; f&#233;d&#233;ralisme coop&#233;ratif &#187;
et l' &#171; union conf&#233;d&#233;rale &#187;, et ce qu'il aurait pens&#233; du &#171; f&#233;d&#233;ralisme
asym&#233;trique &#187;, du &#171; f&#233;d&#233;ralisme d'ouverture &#187;, etc. Le cynique crie au
g&#233;nie devant la ruse qui consiste &#224; se m&#233;nager la paix en promettant d'agir
lorsque pousseront les pamplemousses sur les berges de la rivi&#232;re
Outaouais. D'autres souhaitent que la population prenne acte du fait que le
ROC ne renoncera pas au multiculturalisme et au principe d'&#233;galit&#233; des
provinces, qu'elle r&#233;alise ainsi qu'il vaudrait mieux ne pas entretenir de
vains espoirs tout en laissant pourrir la situation. Les d&#233;put&#233;s de
l'Assembl&#233;e Nationale, en majorit&#233;, avant les &#233;lections, &#233;taient de cette
seconde cat&#233;gorie d'individus. Pourtant, rien ne bouge malgr&#233; les sondages
qui grimpent et descendent. Ind&#233;cis les Qu&#233;b&#233;cois ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Hubert Guindon, qui r&#233;fl&#233;chit sur le contexte politique &#224; l'or&#233;e des
ann&#233;es 1960, &#171; si les chefs de cette &#233;poque avaient choisi comme strat&#233;gie
politique l'obtention d'une bonne cote dans les sondages, il est &#233;vident
que leurs mouvements n'auraient jamais vu le jour &#187;2. Or l'analyse &#171; &#233;conomique &#187; de la politique est omnipr&#233;sente de nos jours, au sein des
partis politiques et parmi les journalistes (il suff&#238;t de lire les journaux
ou de regarder les &#233;missions sp&#233;cialis&#233;es pour s'en convaincre). Selon le
sociologue, c'est la surinstitutionnalisation du &#171; mouvement national &#187; qui
est d'abord responsable de l'impasse constitutionnel, et ce, malgr&#233; le
traitement coupable des m&#233;dias envers la politique. Il remarque que &#171; depuis la fin des ann&#233;es 50, les sondages et les enqu&#234;tes constituent les
techniques fondamentales de la mise en march&#233; dans les soci&#233;t&#233;s de
consommation. Au milieu des ann&#233;es 60, ces techniques sont &#233;galement
devenues le principal instrument du march&#233; politique. Ce qu'elles offrent &#224;
leurs clients, c'est leur capacit&#233; de pr&#233;dire les pr&#233;f&#233;rences des
consommateurs. Flatter ces pr&#233;f&#233;rences, consid&#233;r&#233;es comme des donn&#233;es
d&#233;finitives, devient l'&#233;l&#233;ment central de toute strat&#233;gie &#187;3. &#192; l'inverse
de ce proc&#233;d&#233;, dans le cas de la mobilisation politique, &#171; (&#8230;) il va de soi
que les pr&#233;f&#233;rences des &#171; consommateurs &#187; &#224; un certain moment doivent &#234;tre
modifi&#233;es par l'action politique &#187;4. La mobilisation politique a toujours
&#233;t&#233; le propre du mouvement national au Qu&#233;bec, par exemple, lors des
rebellions de 1837-38, durant la crise &#233;conomique des ann&#233;es 30 avec le
mouvement coop&#233;ratif et le Programme de restauration sociale, durant la
R&#233;volution tranquille et son &#171; Ma&#238;tre chez nous &#187; et aussi lors des deux
tentatives d'ind&#233;pendance. Entre ces r&#233;surgences spectaculaires &#224; la
surface, le mouvement national se trouve canalis&#233; au sein de la politique
institutionnelle qui l'am&#232;ne &#224; terme &#224; ruer dans des brancards rendus trop
&#233;troits, jusqu'&#224; ce qu'il s'en &#233;chappe. Ainsi, dans une situation o&#249; le ou
les partis l&#233;gataires du mouvement national assimilent compl&#232;tement la
logique institutionnelle, les Qu&#233;b&#233;cois se butent &#224; l'impasse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Parti qu&#233;b&#233;cois, &#224; l'&#233;poque o&#249; Hubert Guindon cogitait sur le
cul-de-sac constitutionnel laiss&#233; par l'&#233;chec r&#233;f&#233;rendaire, aurait trahi
son impulsion initiale par une strat&#233;gie visant &#224; plaire &#224; ses opposants, &#171; le mouvement politique a &#233;t&#233; supplant&#233; par une organisation politique qui
fonctionnait comme le personnel des ventes d'une entreprise commerciale (&#8230;) &#187;5. L'organisation aurait ainsi d&#233;mobilis&#233; ses propres partisans dans une
campagne st&#233;rile de relation publique, accr&#233;ditant l'opinion qui lui
r&#233;sistait. Le Parti qu&#233;b&#233;cois &#171; (&#8230;) aura beau &#234;tre d&#233;mocratique, il sera
soup&#231;onn&#233; d'avoir des tendances fascistes ; il aura beau se prononcer en
faveur de la d&#233;mocratie lib&#233;rale, notamment de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il sera
soup&#231;onn&#233; de tendances socialistes par les dirigeants d'entreprises &#187;6.
L'opposition a pu s'organiser tranquillement et sans crainte, brouillant
les cartes de sa strat&#233;gie de mise en march&#233;. Cela ne rappelle-t-il pas la
situation au Parti Qu&#233;b&#233;cois depuis 1995 ? N'a-t-on pas compar&#233; Lucien
Bouchard et Jacques Parizeau &#224; Hitler, et les r&#233;cents projets de loi sur
l'identit&#233; et la Constitution, dans les pages &#233;ditoriales d'un quotidien
respect&#233;, aux lois de Nuremberg ? Aussi, ne r&#233;ussit-on pas encore &#224;
confondre les souverainistes &#224; l'aide d'une d&#233;claration, somme toute
v&#233;ridique, vieille de presque 15 ans. Le soup&#231;on et la critique sont
souvent plus corrosifs envers ce parti qui porte, malgr&#233; tout, l'espoir
national. On l'aime ou on le d&#233;teste avec passion, c'est moins &#233;vident pour
le Parti lib&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, le parti du statut quo est beaucoup plus facile &#224; assumer
dans le contexte institutionnel, il est &#224; sa mesure. La politique, con&#231;u de
mani&#232;re &#171; &#233;conomique &#187; et se r&#233;sumant sur le plan strat&#233;gique au marketing
politique, est l'option de l'immobilisme. Le futur, en tant que promesse
d'un pr&#233;sent durable, remplace les consid&#233;rations sur l'avenir. Pour
Guindon, le &#171; f&#233;d&#233;ralisme renouvel&#233; &#187; est une incarnation tangible de cet
immobilisme : &#171; Cette option, comme tous le savent, &#233;tait un outil invent&#233;
par les maisons de sondage afin de quantifier les sentiments de la
population. Son seul d&#233;faut, et il est important, est de n'avoir aucun
contenu politique &#187;7&#8230; le changement s'est tout de m&#234;me impos&#233;, contre
l'inertie et contre le peuple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, o&#249; se trouve le mouvement national ? &#201;parpill&#233; entre
diff&#233;rentes factions de la gauche jusqu'&#224; la droite ? Est-il seulement
rep&#233;rable ? Pour Guindon, il doit &#234;tre pens&#233; comme une force historique. Sa
puissance et son unit&#233; r&#233;sident dans cette m&#233;moire qu'a en partage le
peuple qu&#233;b&#233;cois. De la sorte, la devise qu&#233;b&#233;coise, &#171; Je me souviens &#187;,
devient &#233;tonnamment proph&#233;tique : &#171; Elle relie les souvenirs douloureux et
les r&#234;ves irr&#233;alis&#233;s du pass&#233; aux promesses bris&#233;es d'un pr&#233;sent incertain ;
elle est aussi un lien secret entre des gens qui seraient autrement des
rivaux acharn&#233;s ; elle exprime la solidarit&#233; silencieuse d'un peuple et
transcende les conflits n&#233;s des politiques partisanes courantes. Elle
proclame la continuit&#233; qui relie pour toujours le futur au pass&#233; &#187;8. Cette
m&#233;moire, donc, ne nous appartient pas en propre, individuellement, mais
elle est n&#233;anmoins proprement humaine en tant que lien fondant la
solidarit&#233;. Elle m&#233;diatise la politique. Elle relie le temps en ces trois
dimensions constitutives : le pass&#233;, le pr&#233;sent et le futur. Ainsi, les
questions de l'h&#233;ritage, de la justice et de l'avenir (comme promesse
foudroyant les consid&#233;rations ontologiques et le nihilisme) peuvent
acqu&#233;rir un sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De ces &#171; souvenirs douloureux &#187; qui peuplent notre m&#233;moire, on en
d&#233;compte de nouveaux depuis le temps : le rapatriement de la Constitution
de 1982, l'&#233;chec de l'Accord du lac Meech, l'&#233;chec de l'Accord de
Charlottetown, l'&#233;chec r&#233;f&#233;rendaire, l'entente de Calgary, la loi sur la
clart&#233;, les fausses promesses conservatrices de 2006, les quelques 200
amendements touchant la loi 101, etc. R&#233;agir devient difficile tant
l'impasse est grande, la fatigue succ&#232;de aux &#233;checs &#224; un point o&#249; nos
&#233;lites (tel &#201;tienne Parent d&#233;fendant l'assimilation) se tournent en grand
nombre vers le pluralisme et le multiculturalisme. Les directions
&#233;ditoriales des deux plus importants quotidiens qu&#233;b&#233;cois, en termes de
lectorat, y sont favorables. Une partie du gratin intellectuel aussi, comme
en t&#233;moigne certaines r&#233;actions suite au d&#233;p&#244;t du rapport de la commission
Bouchard-Taylor. Pourtant, cette volont&#233; d'adh&#233;sion au Canada
multiculturel, en tant que cons&#233;cration du statut quo, est contraire &#224;
cette force qui a su, historiquement, d&#233;plac&#233; les montagnes malgr&#233;
l'adversit&#233; et malgr&#233; les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s. Il semble ainsi de plus en plus
manifeste que le &#171; non &#187; &#224; la souverainet&#233;, contrairement &#224; ce qu'on
pouvait encore pr&#233;tendre en mai 1980, ne puisse pas continuer de se
r&#233;clamer qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Guindon, ce que propose le rapport Bouchard-Taylor serait sans
conteste de devenir &#171; membres de la minorit&#233; dans les cadres de la majorit&#233; &#187; c'est-&#224;-dire &#171; (&#8230;) bien socialis&#233;s ou efficacement neutralis&#233;s &#187; sous la
tutelle intellectuelle de la bonne pens&#233;e canadienne, prolongeant ainsi la
volont&#233; assimilatrice de la majorit&#233; &#224; notre &#233;gard : &#171; L'&#201;tat canadien est
n&#233; &#224; peine une d&#233;cennie avant que les pays europ&#233;ens occidentaux
n'entreprennent leur ru&#233;e imp&#233;rialiste aux quatre coins du globe. Au
Canada, l'imp&#233;rialisme a pris la forme d'une subordination voulue des
Fran&#231;ais dans leur propre patrie. En 1980, il y participe toujours et
demeure bien d&#233;termin&#233; &#224; laisser les choses comme elles sont &#187;9. La
dynamique canadienne travaille contre la sp&#233;cificit&#233; nationale du Qu&#233;bec.
Toutes ces consid&#233;rations ne sont pas sans rappeler, par ailleurs, ce que
disait Albert Memmi au sujet de la d&#233;shumanisation du colonis&#233; : &#171; Ce
qu'est v&#233;ritablement le colonis&#233; importe peu au colonisateur. Loin de
vouloir saisir le colonis&#233; dans sa r&#233;alit&#233;, il est pr&#233;occup&#233; de lui faire
subir cette indispensable transformation. Et le m&#233;canisme de ce rapetissage
du colonis&#233; est lui-m&#234;me &#233;clairant. Il consiste d'abord en une s&#233;rie de
n&#233;gations. Le colonis&#233; n'est pas cela. Jamais il n'est consid&#233;r&#233;
positivement ; o&#249; s'il l'est, la qualit&#233; conc&#233;d&#233;e rel&#232;ve d'un manque
psychologique ou &#233;thique &#187;10. Ce qui sera d&#233;terminant pour l'avenir, dans
cette optique, c'est le choix que fera le peuple qu&#233;b&#233;cois entre se
mobiliser et accomplir sa t&#226;che ou abdiquer sa m&#233;moire. Ce choix, on nous
l'a d&#233;tourn&#233; assez longtemps et c'est ce qui poussait Hubert Guindon &#224;
d&#233;clarer : &#171; (&#8230;) je refuse de croire que le castor soit le symbole du
Canada ; ce doit &#234;tre l'autruche plut&#244;t &#187;11.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En vertu de la maxime : &#171; Mieux vaut &#234;tre un chien vivant qu'un lion
mort &#187;, fondement philosophique du r&#233;alisme politique, on descend au rang
des chiens, qui est pr&#233;cis&#233;ment le n&#244;tre aujourd'hui ; et l'on se console
en songeant que si les chiens portent un collier et re&#231;oivent des coups de
pieds dans les c&#244;tes, ils sont du moins nourris, et parfois caress&#233;s. Mais
c'est une duperie, car les lions ne meurent pas tous. &#187; - Jean Dutourd&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous reviendrons, nous aurons &#224; dos le pass&#233;, et &#224; force d'avoir pris en
haine toutes les servitudes, nous serons devenus des b&#234;tes f&#233;roces de
l'espoir &#187; - Gaston Miron&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Citations&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1-	GUINDON, Hubert, Tradition, modernit&#233; et aspirations nationales du
Qu&#233;bec, Montr&#233;al, &#201;ditions Saint-Martin, 1990, p.168&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2-	Ibid, p.159&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3-	Ibid, p.158&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4-	Ibid&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5-	Ibid, p.160&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6-	Ibid, p.159-160&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7-	Ibid, p.166&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8-	Ibid, p.214&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9-	Ibid, p.167&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10- MEMMI, Albert, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Portrait du colonis&#233;&lt;/i&gt;, pr&#233;c&#233;d&#233; de : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Portrait du
colonisateur&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Gallimard, collection Folio, 2002, p.103&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;11-	Op. cit, p.168&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Simon Couillard&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>De Gaulle et le Qu&#233;bec libre : une question de realpolitik ?</title>
		<link>http://www.vigile.net/Joindre-De-Gaulle-et-le-Quebec</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Joindre-De-Gaulle-et-le-Quebec</guid>
		<dc:date>2008-08-04T15:25:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>De Gaulle et le Qu&#233;bec libre : une question de realpolitik ? Quiconque s'int&#233;resse &#224; cette question prendrait grand int&#233;r&#234;t &#224; lire la monumentale biographie qu'Alain Peyrefitte a consacr&#233; au g&#233;n&#233;ral, C'&#233;tait de Gaulle, particuli&#232;rement la section intitul&#233; &#171; Le Qu&#233;bec, (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De Gaulle et le Qu&#233;bec libre : une question de realpolitik ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quiconque s'int&#233;resse &#224; cette question prendrait grand int&#233;r&#234;t &#224; lire la monumentale biographie qu'Alain Peyrefitte a consacr&#233; au g&#233;n&#233;ral, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'&#233;tait de Gaulle&lt;/i&gt;, particuli&#232;rement la section intitul&#233; &#171; Le Qu&#233;bec, c'est notre devoir de nous en m&#234;ler &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut avouer que la th&#232;se de M. R&#233;mi Guertin, dans son papier &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;De Gaulle, Sarkozy et le Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, am&#232;ne un aspect peut-&#234;tre trop souvent occult&#233; de ce c&#244;t&#233; de l'Atlantique lorsqu'on &#233;voque la d&#233;claration du balcon. Le &#171; vive le Qu&#233;bec libre ! &#187; du g&#233;n&#233;ral n'&#233;tait peut-&#234;tre pas un acte gratuit et courageux, traduisant simplement la passion du grand homme pour le Canada fran&#231;ais. M. Guertin rappelle qu'il y avait une certaine vision et une logique g&#233;opolitique qui pr&#233;c&#233;dait le geste. Aussi peut-on lire sous la plume de Peyrefitte ces propos attribu&#233;s &#224; de Gaulle : &#171; Regardez. Toutes les f&#233;d&#233;rations que fabriquent les Anglais ratent les unes apr&#232;s les autres : F&#233;d&#233;ration d'Aden, F&#233;d&#233;ration de l'Inde (avec le Cachemire, devenu pomme de discorde entre l'Inde et le Pakistan), F&#233;d&#233;ration de Rhod&#233;sie, F&#233;d&#233;ration d'Afrique orientale, F&#233;d&#233;ration de Malaisie, F&#233;d&#233;ration de Chypre, F&#233;d&#233;ration de la R&#233;publique arabe unie (...). Ce n'est pas un art, c'est un artifice ! &#199;a ne marche pas ! Et la F&#233;d&#233;ration du Canada ne se porte gu&#232;re mieux (...) &#187;1.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien loin d'une simple pens&#233;e magique, d'une loi mal d&#233;finie condamnant les f&#233;d&#233;rations &#233;chafaud&#233;es dans les t&#234;tes anglaises, cette intuition du g&#233;n&#233;ral se fondait sur une id&#233;e de l'homme, une anthropologie d'abord d&#233;li&#233;e de l'imp&#233;ratif &#233;thique/politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il constatait ainsi que &#171; les Fran&#231;ais du Canada n'aimaient pas les Anglais, mais s'accommodaient de se trouver dans une situation soumise. On mettait de temps en temps un Saint-Laurent ou un Laurier quelconque &#224; la t&#234;te du gouvernement d'Ottawa, &#231;a ne changeait rien ou presque, mais &#231;a sauvait les apparences. Le peuple canadien fran&#231;ais va vers l'ind&#233;pendance. Il ose constater qu'il a &#233;t&#233; colonis&#233;. Il a m&#234;me l'impression d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;. L'appel de la France nouvelle ne peut manquer d'agir sur les esprits &#187;2.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est bien s&#251;r &#233;vident que la d&#233;cision de lancer l'appel &#224; la libert&#233; du Qu&#233;bec en 1967 n'&#233;tait pas spontan&#233;e et hors propos, fruit d'une &#233;motion sympathique mal calibr&#233;e, mais, mis &#224; part certains f&#233;d&#233;ralistes, personne ne nie ce fait. Il y avait un calcul de la part du fondateur de la cinqui&#232;me R&#233;publique. En ce sens, et comme les Qu&#233;b&#233;cois s'acharnent &#224; faire mentir le g&#233;n&#233;ral (on me pardonnera ce choix de verbe), il n'est pas surprenant que la France cherche &#224; r&#233;&#233;valuer les param&#232;tres de sa politique &#233;trang&#232;re, elle songe avoir peut-&#234;tre rat&#233; le tir. De Gaulle lui-m&#234;me admettait une limite : &#171; Vous savez, conclut-il, rien n'est jamais d&#233;finitivement perdu dans la vie d'un peuple, si leurs dirigeants ne s'abandonnent pas aux fausses fatalit&#233;s de l'histoire &#187;3.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le gaullisme est toujours une politique qui fait du prestige international la cl&#233; de son action. Ce que cherchait le pr&#233;sident, &#224; cette &#233;poque et apr&#232;s, c'&#233;tait d'&#233;tendre l'influence de la France sur la sc&#232;ne internationale. Doit-on s'en offusquer ? Le Qu&#233;bec n'en aurait-il pas tir&#233; profit ? Est-ce que l'agrandissement de l'espace francophone et de sa puissance est quelque chose qui nous menace ? Disons pour le moins que la coop&#233;ration entre nations francophones, aux premiers abords, semble moins pernicieuse que la minorisation au sein d'un espace f&#233;d&#233;ral majoritairement anglophone et vou&#233; &#224; la normalisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De Gaulle admettait l'impossibilit&#233; de savoir quand le Qu&#233;bec deviendrait ind&#233;pendant, il ne doutait pourtant pas qu'il le serait un jour, mais, se disait-il, &#171; tant qu'ils resteront aussi pusillanimes, ils n'en sortiront pas (...) Il n'y a pas de plus grand malheur pour un peuple que d'&#234;tre vaincu. Ce peuple a tellement v&#233;cu dans l'&#233;crasement de la d&#233;faite pendant deux si&#232;cles, qu'il reste toujours aussi craintif. Tant qu'ils n'auront pas compl&#232;tement relev&#233; la t&#234;te, ils s'enliseront dans l'immobilisme &#187;4. Le lib&#233;rateur des Fran&#231;ais estimait qu'il &#233;tait du devoir de la France d'aider les Qu&#233;b&#233;cois en cette mati&#232;re. M. Guertin cherche-t-il &#224; nier la part due &#224; l'affection de l'homme pour les Fran&#231;ais du Canada pour lui substituer l'unique ruse, la virt&#249; ? L'&#233;motion ob&#233;it &#224; la raison ou la raison proc&#232;de de l'&#233;motion ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Laissons-nous plut&#244;t sur une phrase qui, pour les uns, sera une perle de cynisme politique, et pour les autres un t&#233;moignage d'amiti&#233; franche : &#171; J'ai bouscul&#233; le pot de fleurs. Mes adversaires et mes faux amis ne me le pardonneront pas de longtemps. Mes vrais amis s'en r&#233;jouiront &#187;5.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 : PEYREFITTE, A. (2002), C'&#233;tait de Gaulle, &#201;d. Gallimard, Paris, p. 1536-1537.
2 : ibid. p.1531
3 : ibid. p.1556
4 : ibid. p.1582
5 : ibid. p.1553&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Comprendre la s&#233;mantique du &#171; colonis&#233; &#187;</title>
		<link>http://www.vigile.net/Comprendre-la-semantique-du</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Comprendre-la-semantique-du</guid>
		<dc:date>2008-07-23T21:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>Au Qu&#233;bec, le multiculturalisme canadien devient la seule voie d'avenir l&#233;gitime parce que plus vraie que toutes solutions proprement qu&#233;b&#233;coises. Les normes de ce qui est acceptable viennent de l'&#233;tranger, si l'autre nous consid&#232;re x&#233;nophobes, c'est qu'il a (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la salle de r&#233;daction du journal la Presse, les fl&#251;tes sont
ajust&#233;es. Cette semaine, Andr&#233; Pratte et Yves Boisvert ont profit&#233; de
l'affaire McCartney (affaire que le journal a contribu&#233; &#224; &#233;difier avec un
z&#232;le proche de l'inquisition d&#233;lirante) pour retourner contre les
ind&#233;pendantistes leur vieille rengaine : Les colonis&#233;s, c'est vous ! La
charge a sonn&#233;. Un r&#233;dacteur pigiste en a m&#234;me profit&#233; pour offrir
subtilement ses services dans une lettre d'opinion. On peut &#234;tre inventif
et joindre servilement le ch&#339;ur des biens&#233;ants.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Passons vite sur le cas d'Andr&#233; Pratte qui, dans son &#233;ditorial intitul&#233; &#171; Esp&#232;ce de &#171; coloniser &#187; &#187;, s'en est pris &#224; un d&#233;tracteur anonyme et
dyslexique pour mieux le ridiculiser, lui et son opinion nationaliste. On
passe vite, mais nous t&#226;cherons de comprendre comment un homme si peu
habile sur le plan des id&#233;es et de l'argumentation peut ainsi se trouver &#224;
la t&#234;te de l'&#233;quipe &#233;ditoriale du plus important journal au Qu&#233;bec en terme
de lectorat. Yves Boisvert dans sa chronique &#171; La d&#233;colonisation tranquille &#187;, d&#233;formation du titre d'un livre de Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, a men&#233; une attaque
plus incisive quant au style, et passablement plus impitoyable quant &#224;
l'intention, contre les nationalistes de tout acabit. &#192; travers la s&#233;rie
d'accusations, on peine &#224; comprendre ce qu'ils entendent par le terme &#171; colonis&#233; &#187;. &#192; ce qu'il semble, ils l'utilisent dans une acception plus
vernaculaire, comme un synonyme de stupidit&#233; : &#171; Lui, c'est tout un colon ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, en science sociale et dans la litt&#233;rature, le terme a une port&#233;e
diff&#233;rente et importante. Des &#339;uvres enti&#232;res y ont &#233;t&#233; consacr&#233;es, pensons
&#224; Albert Memmi et son Portrait du colonis&#233;. Ce que l'on entend g&#233;n&#233;ralement
par l'expression, c'est ce qu'en disait, parmi d'autres, Hubert Guindon
lorsqu'il parlait du &#171; membre de la minorit&#233; dans les cadres de la majorit&#233; &#187;. On peut constater que certains individus d'une minorit&#233; nationale,
raciale, linguistique ou autre, int&#232;grent le cadre d'interpr&#233;tation du
monde de la majorit&#233; &#224; laquelle ils se trouvent soumis sur le plan
administratif ou culturel plut&#244;t que de chercher &#224; m&#234;me leur histoire, leur
culture et leur condition, une raison politique propre. Par exemple, au
Qu&#233;bec, le multiculturalisme canadien devient la seule voie d'avenir
l&#233;gitime parce que plus vraie que toutes solutions proprement qu&#233;b&#233;coises.
Les normes de ce qui est acceptable viennent de l'&#233;tranger, si l'autre nous
consid&#232;re x&#233;nophobes, c'est qu'il a raison. Le colonis&#233; est quelqu'un qui
se consid&#232;re dans le regard de l'autre. Ainsi, il ne faut pas trop parler
fort, cacher ce qui est susceptible d'irriter la visite. Questionner le
sens de l'invitation faite &#224; un chanteur britannique lors de la c&#233;l&#233;bration
du 400i&#232;me de Qu&#233;bec n'est pas seulement inadmissible, c'est un scandale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le colonis&#233;, devant les d&#233;faites successives dit : &#171; cessons d'&#234;tre ce que
nous sommes, oublions le pass&#233; et devenons cet autre &#187;. Mais la route est
longue et p&#233;nible pour ceux qui se refusent le respect &#233;l&#233;mentaire d'&#234;tre
qui ils sont et le droit &#224; la diff&#233;rence. Pour les Canadians, l'&#233;lite
torontoise et les journalistes/&#233;ditorialistes anglophones, m&#234;me si nous
abdiquons notre qu&#233;b&#233;citude, nous serons toujours ces concitoyens un peu
attard&#233;s et x&#233;nophobes vers lesquels on peut toujours se tourner pour se
rassurer de sa sup&#233;riorit&#233; morale. &#201;videmment, il y aurait une petite
minorit&#233; parmi l'&#233;lite qui, telle la fleur dans le chiendent, aura eu acc&#232;s
&#224; la lumi&#232;re. Ils r&#234;veraient d'individus affranchis de la nation, ils
r&#234;veraient d'uniformisation, ils r&#234;veraient en oubliant l'agonie n&#233;cessaire
des leurs, ils r&#234;veraient, cligneraient de l'&#339;il et mourraient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Simon Couillard&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Le nihilisme historique de M. L&#233;tourneau</title>
		<link>http://www.vigile.net/Le-nihilisme-historique-de-M</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Le-nihilisme-historique-de-M</guid>
		<dc:date>2008-07-12T16:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>O&#249; en est donc arriv&#233; le d&#233;partement d'histoire de l'Universit&#233; Laval ? Le 16 mai dernier, les professeurs De Waele et P&#226;quet &#233;crivaient dans les pages du Devoir : &#171; Ce n'est pas Champlain qui a fond&#233; Qu&#233;bec &#8212; ou Pierre Du Gua de Monts &#8212; mais les forces de la (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;O&#249; en est donc arriv&#233; le d&#233;partement d'histoire de l'Universit&#233; Laval ? Le
16 mai dernier, les professeurs &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/De-la-commemoration-au&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;De Waele&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/De-Champlain-a-Michaelle-Jean&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;P&#226;quet&lt;/a&gt; &#233;crivaient dans les
pages du Devoir : &#171; Ce n'est pas Champlain qui a fond&#233; Qu&#233;bec &#8212; ou Pierre
Du Gua de Monts &#8212; mais les forces de la plan&#233;tarisation qui existaient
d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque &#187;. Ainsi, l'individu serait donc soumis aux structures
autonomes de l'histoire. Nulle initiative ne pourrait &#234;tre libre et
courageuse, cr&#233;atrice d'institution, assez forte pour faire ployer l'Esprit
en marche. Le 10 juillet, toujours dans le Devoir, c'est le professeur
&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/L-histoire-a-l-ere-posthistorique&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L&#233;tourneau qui en rajoutait&lt;/a&gt;, s'enveloppant de m&#234;me dans les myst&#232;res de
l'eschatologie h&#233;g&#233;lienne. Nous voil&#224; arpentant les plateaux de la
posthistoire !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans son texte, M. L&#233;tourneau se penche sur le genre d'histoire que les
gens aiment dans leur quotidien. On ne pourra l'accuser d'&#233;litisme, ou m&#234;me
de tenir sa profession et son objet en une estime d&#233;mesur&#233;e. Il appert,
selon ses recherches, que le pass&#233; de la nation se trouve &#171; (&#8230;) loin
derri&#232;re le pass&#233; de la famille comme centre de pr&#233;occupation et source de
motivation pour en apprendre davantage sur ce qui fut &#187;, l'homme moyen
aurait peu d'int&#233;r&#234;t pour ce que signifie la Conqu&#234;te, mais beaucoup pour
la vie de grand-p&#232;re. C'est l&#233;gitime, mais ce qui l'est moins, c'est de les
mettre sur le m&#234;me plan. Le bousier de la fondation Trudeau ne fait donc
pas de diff&#233;rences essentielles entre l'histoire nationale et le r&#233;cit
familial, ce qui compte, c'est ce que les gens en disent quand on les
questionne. Il ressort donc de ses recherches que les cobayes sont
farouchement individualistes, l'histoire, ce serait comprendre &#171; qui ils
sont &#187; d'une mani&#232;re toute priv&#233;e. L'homme moyen, nous dit-il, ne veut plus
&#234;tre &#171; &#233;cras&#233; &#187; par &#171; l'horizon de la nation &#187;, la nation et le r&#233;cit
collectif doivent &#234;tre subordonn&#233;s au culte de son individualit&#233;
singuli&#232;re. M. L&#233;tourneau d&#233;clare ainsi : &#171; On se rapporte moins &#224; la
nation qu'on ne la rapporte &#224; soi &#187;. Le patriote est un dinosaure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; quoi nous m&#232;ne donc cette radioscopie du narcissisme postmoderne ?
Plut&#244;t, qui est donc cet homme moyen qui ne m&#233;rite ni notre amour, ni notre
solidarit&#233; ? Le professeur L&#233;tourneau, concluant trop rapidement &#224;
l'&#233;tiolement du &#171; sentiment d'histoire nationale &#187; pour mieux s'en r&#233;jouir,
nous laisse sur la question suivante : &#171; Quelle histoire du pass&#233; pour
permettre au pr&#233;sent de s'enraciner et &#224; l'avenir d'&#233;clore en &#233;vitant de se
retrouver orphelin d'une pr&#233;sence ant&#233;rieure ? &#187; Difficile de trouver la
formule de cette nouvelle continuit&#233;, ce doit &#234;tre pour cela que le
professeur nous laisse sur la question. C'est d'autant plus ardu quand
l'individualisme narcissique devient une donne irr&#233;fragable. Avant toute
chose, il faut aimer jongler avec les oxymores.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>Dans votre angle mort, Monsieur Bouchard</title>
		<link>http://www.vigile.net/Dans-votre-angle-mort-Monsieur</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.vigile.net/Dans-votre-angle-mort-Monsieur</guid>
		<dc:date>2008-06-11T12:44:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Tribune libre de Vigile</dc:creator>
		


[()


		<description>Tentons de convenir d'embl&#233;e qu'il est possible d'&#234;tre en d&#233;saccord avec vous, sans que ce soit dans le but implicite de semer la peur, la haine et l'intol&#233;rance. Si vous le voulez, j'aimerais confronter certaines de vos th&#232;ses. D'autre part, la r&#233;ponse que (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tentons de convenir d'embl&#233;e qu'il est possible d'&#234;tre en d&#233;saccord avec vous, sans que ce soit dans le but implicite de semer la peur, la haine et l'intol&#233;rance. Si vous le voulez, j'aimerais confronter certaines de vos th&#232;ses. D'autre part, la r&#233;ponse que vous offrez &#224; vos d&#233;tracteurs ne recoupe pas les objections fondamentales qui font de votre rapport conjoint l'objet d'un malaise (imaginaire ?) g&#233;n&#233;ralis&#233; aupr&#232;s de la population qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous affirmez dans votre lettre du 10 juin, publi&#233;e dans Le Devoir : &#171; On parle de protections suppl&#233;mentaires. Mais contre quoi, contre qui, sinon contre les minorit&#233;s ethniques et les immigrants &#8212; en l'occurrence : la population la plus vuln&#233;rable qui soit ? Et de quoi s'agit-il au juste ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais c'est d'abord vous qui parlez de protections suppl&#233;mentaires. Ainsi, votre rapport stipule &#224; la page 70 (version abr&#233;g&#233;e) : &#171; Les ajustements ont surtout pour but de prot&#233;ger les minorit&#233;s contre les lacunes des lois de la majorit&#233;, et non le contraire. Ils garantissent que toute personne puisse jouir des m&#234;mes droits. Comme nous l'avons soulign&#233; dans la section III, il faut parfois un traitement diff&#233;rent pour assurer un droit &#233;gal. Il ne s'agit pas de privil&#232;ges, mais d'adaptation raisonnable pour contrecarrer la rigidit&#233; de certaines r&#232;gles ou leur application uniforme sans &#233;gard aux caract&#233;ristiques particuli&#232;res des personnes. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il m'appara&#238;t qu'il est ici non seulement l&#233;gitime d'&#234;tre en d&#233;saccord avec vous sur la mani&#232;re d'encadrer ce &#171; traitement diff&#233;rent &#187; dans la sph&#232;re publique, mais c'est un signe de sant&#233; morale que de rejeter votre interpr&#233;tation. Par ailleurs, ces &#171; lacunes &#187;, comme vous les appelez, ne sont pas des manquements ; elles repr&#233;sentent plut&#244;t l'espace de libert&#233; garanti par le bon jugement de citoyens capables d'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par exemple, vous mentionnez dans la section III qu'il devrait &#234;tre possible que l'on acquiesce &#224; la requ&#234;te d'un musulman qui, au seuil de la mort, demande &#224; ce que l'on oriente son lit vers La Mecque, et ce, malgr&#233; l'existence d'un code administratif qui stipule que ces m&#234;mes lits doivent rester en place. Nous sommes parfaitement d'accord, mais vous pr&#233;tendez qu'il est n&#233;cessaire de codifier davantage les relations interpersonnelles et interculturelles. O&#249; se situe la fin ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vouloir roder les rencontres humaines comme l'on programme les automates, c'est tenter de tuer l'Homme [...]. Dans l'exemple, si l'infirmi&#232;re ou l'infirmier refuse une telle demande, le probl&#232;me surpasse largement celui du mod&#232;le d'int&#233;gration ou de &#171; gestion de la diversit&#233; &#187;. Il ou elle ferait preuve d'un manque de jugement terrible. De la sorte, peut-&#234;tre que la mission de l'&#233;cole ne devrait pas tant &#234;tre celle de &#171; l'&#233;ducation au pluralisme &#187; (p. 65) que celle de l'&#233;ducation &#224; la culture, ne pensez-vous pas ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le manque de foi en l'homme ainsi que l'incompr&#233;hension de la n&#233;cessit&#233; politique, pour ce dernier, d'un lieu historico-culturel o&#249; le dialogue est possible, o&#249; l'on puise justifications, droits et projets d'avenir demeurent les failles majeures de votre rapport. Vous proposez de perfectionner, par le haut, un mod&#232;le normatif d'inspiration kantienne, absolu mais vaporeux, pla&#231;ant ainsi le politique sous l'autorit&#233; de normes sacralis&#233;es, d&#233;cr&#233;t&#233;es par les penseurs. Comment justifiez-vous l'existence de la loi 101 dans votre mod&#232;le ? La r&#233;ponse est
plate et d'aucun int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il importe que nous refusions ces mod&#232;les totalitaires, m&#234;me s'ils semblent, aux yeux de certains de nos intellectuels, r&#233;pondre de la vertu la plus haute, de ce que vous qualifiez erron&#233;ment d'&#171; &#233;thique publique &#187;. Je vous invite &#224; m&#233;diter sur une phrase tir&#233;e du livre Qu'est-ce que la politique ? de Hannah Arendt, que vous connaissez bien : &#171; Platon, le p&#232;re de la philosophie politique en Occident, a essay&#233; &#224; plusieurs reprises de s'opposer &#224; la polis et &#224; sa conception de la libert&#233;. Il s'y est efforc&#233; gr&#226;ce &#224; une th&#233;orie politique dans laquelle les crit&#232;res du politique ne sont pas cr&#233;&#233;s &#224; partir de celui-ci, mais &#224; partir de la philosophie, &#224; travers l'&#233;laboration d&#233;taill&#233;e d'une constitution dont les lois correspondent aux id&#233;es exclusivement accessibles aux philosophes et en d&#233;finitive m&#234;me gr&#226;ce &#224; une influence sur un prince dont on esp&#233;rait qu'il appliquerait effectivement une telle l&#233;gislation, tentative qui a failli lui co&#251;ter la vie et la libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous avouerai en terminant avoir &#233;t&#233;, comme bon nombre, fort perplexe devant l'&#233;v&#233;nement d&#233;clencheur de la &#171; crise des accommodements &#187;. &#201;tait-ce un &#171; d&#233;rapage &#187; ? Ce que j'ai constat&#233;, c'est une population qui s'est indign&#233;e de voir un regroupement se soustraire &#224; la loi commune, amener la commission scolaire (aux frais de qui ?) devant un tribunal que notre soci&#233;t&#233; ne reconna&#238;t pas officiellement et gagner une exception juridique ill&#233;gitime.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le fait que la population soit encore capable de s'indigner pour les bonnes raisons ne devrait pas vous effrayer &#224; ce point. Tout autant, le fait d'&#234;tre en d&#233;saccord avec vous n'est pas un signe d'intol&#233;rance, c'est simplement que nous refusons le cadre restreint de votre id&#233;ologie, aussi sophistiqu&#233;e soit-elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Simon Couillard&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Envoi via le site Vigile.net (&lt;a href=&quot;http://www.vigile.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.vigile.net/&lt;/a&gt;) &#8212;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>



	<item>
		<title>De &#171; soci&#233;t&#233; plurielle &#187; &#224; &#171; pluralisme id&#233;ologique &#187;</title>
		<link>http://www.ledevoir.com/2008/05/26/191311.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.ledevoir.com/2008/05/26/191311.html</guid>
		<dc:date>2008-05-26T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>  
		<dc:creator>Simon Couillard - Le Devoir (opinions)</dc:creator>
		


[()


		<description>Une soci&#233;t&#233; plurielle, c'est une soci&#233;t&#233; diversifi&#233;e sur le plan des origines et des moeurs. Ce type de soci&#233;t&#233; peut, d'une part, s'accommoder des garanties que conf&#232;rent les droits et libert&#233;s universels, c'est-&#224;-dire s'appliquant &#224; tous sans distinction, et se (...)</description>

[
(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Une soci&#233;t&#233; plurielle, c'est une soci&#233;t&#233; diversifi&#233;e sur le plan des origines et des moeurs. Ce type de soci&#233;t&#233; peut, d'une part, s'accommoder des garanties que conf&#232;rent les droits et libert&#233;s universels, c'est-&#224;-dire s'appliquant &#224; tous sans distinction, et se repr&#233;senter en un seul espace social, (...) - &lt;a href="http://www.ledevoir.com/2008/05/26/191311.html"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

		</content:encoded>
]

		

	</item>




</channel>

</rss>
