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	<title>Vigile.net - Catherine Bertho Lavenir</title>
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	<description>Le portail ind&#233;pendantiste du Qu&#233;bec</description>
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		<title>Vigile.net</title>
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		<title>Heurts et malheurs du 400e</title>
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		<dc:creator>Catherine Bertho Lavenir - www.cerium.ca</dc:creator>
		


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		<description>Mais peut-on tenir un autre discours sans r&#233;veiller les flammes du souverainisme ou encourir le reproche de nationalisme ethnique et religieux ? La question donne des cauchemars au gouvernement provincial lib&#233;ral de Jean Charest, qui entend contenir toute vell&#233;it&#233; souverainiste et qui cherche (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Mais peut-on tenir un autre discours sans r&#233;veiller les flammes du souverainisme ou encourir le reproche de nationalisme ethnique et religieux ? La question donne des cauchemars au gouvernement provincial lib&#233;ral de Jean Charest, qui entend contenir toute vell&#233;it&#233; souverainiste et qui cherche une voie moyenne entre l'enthousiasme (...) - &lt;a href="http://www.vigile.net/Heurts-et-malheurs-du-400e"&gt;consulter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;

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	<item>
		<title>Le Qu&#233;bec : une identit&#233; en p&#233;ril</title>
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		<dc:creator>Catherine Bertho Lavenir - www.cerium.ca</dc:creator>
		


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		<description>&#192; d&#233;faut de croyances partag&#233;es pour les inscrire dans la dur&#233;e et de projet politique pour les projeter dans l'avenir, les dispositifs identitaires entrent en crise. Alors, les initiatives communautaires, culturelles ou artistiques de la soci&#233;t&#233; civile semblent se disperser, orphelines (...)</description>

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(oui|=={oui}|?{' ',''})<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; d&#233;faut de croyances partag&#233;es pour les inscrire dans
la dur&#233;e et de projet politique pour les projeter dans
l'avenir, les dispositifs identitaires entrent en crise. Alors,
les initiatives communautaires, culturelles ou artistiques
de la soci&#233;t&#233; civile semblent se disperser, orphelines du
grand r&#233;cit qui leur donnerait du sens. L'exemple du
Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les groupes humains ont besoin d'un projet collectif pour se projeter
dans la dur&#233;e et assurer leur p&#233;rennit&#233;. Dans les soci&#233;t&#233;s occidentales,
l'&#201;tat, depuis l'&#233;poque moderne, prend en charge l'&#233;laboration symbolique
et la transmission de tout ce qui se rapporte au r&#233;cit d'un devenir commun.
Drapeaux, hymnes et c&#233;r&#233;monies, enseignement de l'histoire et &#233;rection de
statues, fabrication de monuments et organisation d'expositions, concourent
depuis des d&#233;cennies &#224; la cr&#233;ation d'un imaginaire collectif&#8230; Or, en ce d&#233;but
de XXIe si&#232;cle, ces dispositifs anciens sont en crise. Dans la vieille Europe
comme dans ses extensions du Nouveau Monde, passer de l'&#201;tat national &#224;
l'&#201;tat post-national met en tension les syst&#232;mes symboliques existants et
perturbe les outils de la transmission.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Qu&#233;bec, &#224; cet &#233;gard, est dans une position particuli&#232;rement d&#233;licate.
Malgr&#233; quarante ans de combat politique t&#234;tu, la &#171; belle province &#187; n'est
toujours pas un &#201;tat ind&#233;pendant, et rien n'indique qu'elle doive le devenir un
jour. L'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rendum sur l'autod&#233;termination est en train d'&#234;tre
abandonn&#233;e, et le gouvernement provincial est sur la d&#233;fensive dans les autres
domaines de la vie collective. Il peine, par exemple, &#224; d&#233;fendre le mod&#232;le
social-d&#233;mocrate qui caract&#233;risait le pays. L'expression d'un projet collectif
qui souderait ses habitants dans un &#171; d&#233;sir d'avenir &#187; commun est devenue
difficile. Crise des institutions, crise symbolique, il n'en faut pas plus pour
que le d&#233;sordre s'installe dans les lieux et formes du d&#233;bat public ainsi que
dans les c&#233;l&#233;brations et solennit&#233;s nationales. Et cela d'autant plus que l'&#201;tat
f&#233;d&#233;ral veille, habile &#224; profiter des failles pour imposer ses propres formes de
repr&#233;sentation et son propre agenda comm&#233;moratif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;UN DISPOSITIF DE COMBAT POUR UNE IDENTIT&#201; &#192; CONQU&#201;RIR&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, tout semblait bien parti. Pendant quarante ans, le Qu&#233;bec a
v&#233;cu un projet politique fort appuy&#233; sur un projet &#233;conomique et social clair :
construire une soci&#233;t&#233; francophone, la&#239;que, moderne, autonome, et lui donner
des bases &#233;conomiques inspir&#233;es par la social-d&#233;mocratie. Le projet politique,
l'ind&#233;pendance, &#233;tait intimement li&#233; &#224; un projet culturel. Imposer l'usage
de la langue fran&#231;aise comme vecteur d'une appartenance commune, c'&#233;tait
construire une litt&#233;rature, un cin&#233;ma, un th&#233;&#226;tre et une culture populaire
&#8211;- la chanson, la t&#233;l&#233;vision -&#8211; qui donneraient une forme contemporaine et
attrayante &#224; l'h&#233;ritage devenu d&#233;suet des Canadiens fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;th&#233;ocratique dans laquelle l'&#201;glise catholique contr&#244;lait les institutions,
la vie collective et les comportements priv&#233;s. Cette rupture fondatrice,
baptis&#233;e &#171; r&#233;volution tranquille &#187;, a donn&#233; naissance, en m&#234;me temps qu'elle
advenait, &#224; un grand r&#233;cit fondateur qui avait ses m&#233;diateurs -&#8211; les &#233;crivains,
les chanteurs, les dramaturges -&#8211; et ses milieux de transmission -&#8211; le th&#233;&#226;tre et
la chanson, le cin&#233;ma et les mus&#233;es&#8230; Le Qu&#233;bec francophone, &#233;merveill&#233; de sa
propre hardiesse, s'est ainsi inlassablement racont&#233; &#224; lui-m&#234;me, quarante ans
durant, la saga de son &#233;mancipation politique, avec ses &#233;v&#233;nements fondateurs
et ses h&#233;ros.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;V&#201;NEMENTS FONDATEURS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier &#233;v&#233;nement fondateur, l'Exposition universelle de Montr&#233;al
en 1967. Cette ann&#233;e-l&#224;, l'Expo fait entrer le Qu&#233;bec dans une modernit&#233;
technique re&#231;ue comme un cadeau. Les films d'archives ressortis &#224; l'occasion
du quaranti&#232;me anniversaire de l'&#233;v&#233;nement, tout comme les t&#233;moignage
des visiteurs d'hier, en t&#233;moignent : l'Expo fut v&#233;cue comme une f&#234;te. Les
Qu&#233;b&#233;cois d&#233;couvraient qu'ils existaient aux yeux du monde. Qu'ils &#233;taient
capables de r&#233;aliser quelque chose de grand. Que la modernit&#233; &#233;tait un plaisir,
un projet &#233;conomique et un projet de soci&#233;t&#233;, le tout dans un d&#233;cor de plastique
orange.Second &#233;v&#233;nement fondateur, le discours du g&#233;n&#233;ral de Gaulle au balcon
de l'h&#244;tel de ville de Montr&#233;al, le 24 juillet de la m&#234;me ann&#233;e. L'h&#244;tel de ville,
il faut l'avouer, n'est pas un bien grand &#233;difice. Et le G&#233;n&#233;ral, agac&#233; pour des
tas de raisons par ses alli&#233;s anglais, &#233;mu, aussi, par le cheminement triomphal
qui lui avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; tout au long du &#171; chemin du Roi &#187;, pavois&#233; en son
honneur entre Qu&#233;bec et Montr&#233;al, a un tantinet exag&#233;r&#233;. Mais quand m&#234;me !
&#171; Vive le Qu&#233;bec libre &#187;, &#224; l'heure des d&#233;colonisations, cela sonnait comme un
projet collectif mobilisateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#201;ROS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un projet qui avait d&#233;j&#224; ses h&#233;ros et ses h&#233;rauts. H&#233;ros que Ren&#233;
L&#233;vesque, qui nationalise l'&#233;lectricit&#233; &#224; la barbe des grandes compagnies, qui
la&#239;cise et rapatrie au Qu&#233;bec l'aide sociale et la protection m&#233;dicale. Premier
ministre du Qu&#233;bec de 1976 &#224; 1985, toute sa vie politique est un combat pour la
souverainet&#233;, tendu vers un point unique : le r&#233;f&#233;rendum pour l'ind&#233;pendance.
Rien ne manque &#224; sa figure de grand homme, pas m&#234;me la trahison sournoise
des Premiers ministres des provinces canadiennes, se r&#233;unissant &#224; son insu
pour comploter derri&#232;re son dos un accord fatal&#8230; C'est ainsi, en tout cas,
que se raconte l'histoire lorsqu'en 2006 la cha&#238;ne francophone de la t&#233;l&#233;vision
publique r&#233;alise un t&#233;l&#233;film intelligent et sensible &#224; sa gloire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des figures h&#233;ro&#239;ques plus famili&#232;res peuplent aussi la grande saga de la
modernisation du Qu&#233;bec. Celles, par exemple, des travailleurs qui ont construit,
le long des fleuves indompt&#233;s du Grand Nord, des barrages immenses. La
chanson en fait les h&#233;ritiers directs des b&#251;cherons durs &#224; la t&#226;che, partis, pour
la saison, travailler sur les &#171; chantiers &#187; et rapporter l'argent n&#233;cessaire &#224; la
survie de tous. Sous la plume de Georges Dor, chanteur et po&#232;te, le travailleur
de la manic' (le grand barrage de la Manicouagan) s'identifie ainsi &#224; la figure des
pionniers isol&#233;s loin des leurs et confront&#233;s &#224; l'hiver hostile. Les travailleurs
d'Hydro-Qu&#233;bec, la soci&#233;t&#233; nationale g&#233;ante et protectrice qui veille pendant
l'hiver sur la pr&#233;cieuse alimentation des grandes villes en &#233;lectricit&#233; sont
d'autres figures du m&#234;me h&#233;ro&#239;sme tranquille. Et lorsque, dans l'hiver 1998,
l'ensemble du r&#233;seau &#233;lectrique flanche brutalement sous un amas de verglas
et un blizzard terrible, c'est tout le Qu&#233;bec qui se sent vuln&#233;rable et solidaire.
Dans ce pays qui n'a pas connu de guerre et d'occupation depuis deux si&#232;cles,
&#171; la grande panne &#187; d'&#233;lectricit&#233; fait figure d'invasion, d'exode, de malheur
v&#233;cu et surmont&#233; en commun. Et la figure embl&#233;matique du combattant se
sacrifiant pour la survie de tous s'incarne dans la photographie, maintes fois
reproduite, d'un employ&#233; d'Hydro-Qu&#233;bec, dangereusement suspendu &#224; un
pyl&#244;ne au-dessus du fleuve glac&#233; pour r&#233;parer dans le blizzard et au p&#233;ril de
sa vie l'art&#232;re &#233;lectrique vitale qui alimente la capitale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#201;DIATEURS&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#233;cit national et populaire de la marche vers la modernit&#233; et la
souverainet&#233; a ses m&#233;diateurs. Comme il s'agissait de rompre avec le mod&#232;le
cl&#233;rical ancien, ce n'est pas l'&#233;cole, longtemps contr&#244;l&#233;e par l'&#201;glise, qui est le
vecteur principal du r&#233;cit national, mais ceux qui cultivent la langue autrement :
&#233;crivains, dramaturges et surtout chanteurs populaires. Au premier rang
des dramaturges qui construisent l'identit&#233; nouvelle du Qu&#233;bec, on trouve
Michel Tremblay, dont la pi&#232;ce Les Belles-Soeurs est jou&#233;e pour la premi&#232;re
fois en 1968 &#224; Montr&#233;al. Par un renversement d&#233;lib&#233;r&#233; des conventions, ce
sont des femmes issues du petit peuple francophone de Montr&#233;al, d'habitude
doublement oubli&#233;es et m&#233;pris&#233;es, du fait de leur sexe et de leur appartenance,
qui deviennent, les h&#233;ro&#239;nes de la pi&#232;ce. Et leur langue, le joual, m&#233;lange
(d&#233;tonnant) de fran&#231;ais archa&#239;que et d'anglais prol&#233;taire, est brutalement
projet&#233;e dans l'espace de la culture cultiv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LA SC&#200;NE MUSICALE, MILIEU DE TRANSMISSION&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les chanteurs, en mettant en musique leur po&#233;sie, donnent &#224; leur langue
&#224; la fois des lettres de noblesse et un public populaire. Nulle part peut-&#234;tre
autant qu'au Qu&#233;bec la chanson, cousine de la po&#233;sie, n'est porteuse d'une
lancinante interrogation sur soi. Il y a bien s&#251;r, parmi les p&#232;res fondateurs,
F&#233;lix Leclerc, auquel un mus&#233;e est aujourd'hui consacr&#233; dans son &#238;le
d'Orl&#233;ans natale, quelque part au milieu du Saint-Laurent. Apr&#232;s lui vinrent
les chanteurs engag&#233;s des ann&#233;es 70, les Gilles Vigneault, Robert Charlebois,
que le combat pour l'ind&#233;pendance rassemble pour de grands concerts qui
sont des &#233;v&#233;nements &#224; la fois artistiques et politiques. Et puis les filles, les
Linda Lemay, Ariane Moffatt, Marie-Annick L&#233;pine, qui explorent les mille et
une contradictions du f&#233;minisme moderne. Et C&#233;line Dion elle-m&#234;me, ic&#244;ne
ambigu&#235; et r&#233;v&#233;r&#233;e. M&#234;me quand on est branch&#233;, altermondialiste, musicologue
ou bourgeois, on ne dit pas de mal de C&#233;line Dion parce que, millionnaire &#224;
Las Vegas, C&#233;line est rest&#233;e gentille et fid&#232;le au pays&#8230; et qu'il y a toujours un
Canadien fran&#231;ais humili&#233; qui sommeille dans un Qu&#233;b&#233;cois moderne. Mais la
chanson populaire, ce n'est pas seulement une brochette de chanteurs connus
de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. C'est une myriade de petits groupes financ&#233;s par
les retomb&#233;es de la politique publique de soutien &#224; la langue fran&#231;aise, par
exemple les quotas de diffusion. Ils ont pour noms Les Cow-Boys fringants
ou Les Chaudronniers de l'enfer et hantent les festivals et les f&#234;tes locales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;fendant aussi bien la country francophone (si ! si ! &#231;a existe) que le rock
garage, ils forment un r&#233;seau serr&#233; de producteurs, de tourn&#233;es, de festivals.
Tous ces chanteurs se citent, se chantent, reprennent des chansons anciennes,
rappellent la saga des concerts militants (au Qu&#233;bec, un concert peut &#234;tre,
sans abus de langage, qualifi&#233; d'&#171; historique &#187;). L'ensemble fonctionne comme
un milieu de transmission qui permet aux mille et une formes d'un r&#233;cit de soi
sans cesse recommenc&#233; de se propager.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LE SYST&#200;ME DES MUS&#201;ES&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le syst&#232;me des mus&#233;es aussi peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un milieu
de transmission qui a v&#233;hicul&#233; durant ces quarante derni&#232;res ann&#233;es la
bonne nouvelle du Qu&#233;bec nouveau. &#171; Mus&#233;es de civilisation &#187; ou &#171; Centre
d'interpr&#233;tation &#187;, ils sont forc&#233;ment beaux, bien pens&#233;s et bien con&#231;us, et leur
contenu n'est jamais anodin. National sans en avoir l'air, le grand mus&#233;e de la
Civilisation, dans la capitale provinciale, raconte ainsi la conqu&#234;te agricole du
territoire, la construction d'une soci&#233;t&#233; catholique et francophone, et se cl&#244;t
sur les grands moments de la r&#233;volution tranquille ; dans la p&#233;nombre d'une
salle, le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, sur un petit &#233;cran, c&#233;l&#232;bre en boucle le Qu&#233;bec
libre&#8230; D'autres mus&#233;es exaltent ce que Michel de Certeau appelait &#171; la beaut&#233;
du mort &#187;, enfermant une fois pour toutes dans leurs vitrines les signes d'un
monde disparu, celui-l&#224; m&#234;me que liquida la r&#233;volution tranquille. Et c'est au
mus&#233;e des Ursulines, &#224; Qu&#233;bec toujours, qu'est d&#233;volue la fonction de faire
&#233;l&#233;gamment le deuil de quatre cents ans de culture catholique. &#192; Montr&#233;al,
la d&#233;fense d'une identit&#233; francophone doit composer avec les r&#233;alit&#233;s d'une
vieille m&#233;tropole commerciale. Le multiculturel s'impose. Le mus&#233;e Pointe-&#224;-Calli&#232;re -&#8211; qui a adopt&#233; un nom g&#233;ographique, faute de savoir &#233;noncer son
projet exact -&#8211; c&#233;l&#232;bre ainsi la fa&#231;on dont on cohabite depuis quelques si&#232;cles
dans la vall&#233;e du Saint-Laurent, et insiste, dans ses derni&#232;res salles, sur
la beaut&#233; multiculturelle de la ville. Un peu plus loin, le Mus&#233;e municipal
illustre la saga des Irlandais et des &#201;cossais, des Italiens, des Juifs pieux et
des Ha&#239;tiens qui ont afflu&#233; dans la ville portuaire. Am&#233;rindiens et Inuits sont,
pour leur part mus&#233;ifi&#233;s &#224; Hull, sur les bords de la rivi&#232;re des Outaouais, dans
le plus beau &#171; mus&#233;e de civilisation &#187; du monde, sis, et ce n'est sans doute pas
un hasard, juste en face du Parlement f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;COMBAT POUR LA LANGUE&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais c'est bien s&#251;r le combat pour la langue qui a &#233;t&#233; au coeur de la
reconqu&#234;te d'une identit&#233; collective moderne. En quarante ans, Montr&#233;al, o&#249;
l'on parlait majoritairement anglais, dans le centre-ville du moins, est devenue
une ville francophone. &#192; la source de la transformation, il y a une loi qui
engage toute la puissance de l'&#201;tat derri&#232;re un projet culturel et politique.
Contraignante, la loi 101 n'est ni consensuelle ni aimablement culturelle. La
Charte de la langue fran&#231;aise &#8211; c'est son nom officiel &#8211; reprend un texte vot&#233;
en 1977, au temps du premier gouvernement L&#233;vesque, et fait obligation &#224;
tous, services publics et commer&#231;ants, d'offrir des services en fran&#231;ais dans la
ville. La moindre boutique a d&#251; obtemp&#233;rer. L'application aux &#233;coles est plus
drastique encore : l'enseignement doit &#234;tre donn&#233; en fran&#231;ais, et seuls peuvent
b&#233;n&#233;ficier d'un enseignement &#8211; public &#8211; en anglais ceux dont les parents ont
eux-m&#234;mes &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;s en anglais. Les immigrants ont donc d&#251; s'y plier :
leurs enfants &#233;tudient en fran&#231;ais. Pour couronner le tout, et fournir des cadres
&#224; la nation, de grandes universit&#233;s publiques francophones se sont mises en
place. Elles sont les h&#233;riti&#232;res directes des universit&#233;s cr&#233;&#233;es au d&#233;but du
si&#232;cle par les ordres religieux catholiques, qui savaient, eux, qu'une universit&#233;
assure la transmission d'une vision du monde. Aujourd'hui, l'universit&#233; Laval
&#224; Qu&#233;bec, l'universit&#233; de Montr&#233;al et l'universit&#233; de Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, mais
aussi l'universit&#233; Concordia, d&#233;livrent leurs cours en fran&#231;ais. Il y a des gens
qui avaient compris, il y a quarante ans, que l&#224; o&#249; il n'y a pas institution, il n'y
a pas transmission.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et pourtant, ce dispositif de combat est aujourd'hui en crise. Dans la
soci&#233;t&#233; postmoderne, ni le projet nationaliste ni le discours identitaire n'arrivent
plus &#224; s'&#233;noncer dans des formes recevables, et, en l'absence d'un &#201;tat fort, les
m&#233;diations anciennes n'arrivent plus &#224; proposer un futur collectif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;FLOTTEMENT DANS LA SOUVERAINET&#201;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier &#233;l&#233;ment de l'h&#233;ritage &#224; se d&#233;faire, l'ind&#233;pendance n'est plus
aujourd'hui un horizon politique cr&#233;dible. Un deuxi&#232;me r&#233;f&#233;rendum sur la
souverainet&#233;, perdu de justesse et dans des conditions contestables en 1995,
a sonn&#233; le glas de l'autonomie politique du Qu&#233;bec. Le Canada, d'ailleurs,
n'aurait sans doute pas tol&#233;r&#233; que l'une des provinces fondatrices quitte la
f&#233;d&#233;ration. Douze ans plus tard, sondages et r&#233;sultats &#233;lectoraux sont formels :
l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec n'est plus un projet politique d&#233;fendable &#224; court
terme. Son plus solide soutien, le Parti qu&#233;b&#233;cois, a d&#251;, apr&#232;s une cinglante
d&#233;faite &#233;lectorale, remettre l'organisation d'un troisi&#232;me r&#233;f&#233;rendum &#224; des
temps ult&#233;rieurs. C'est son challenger, la populiste Alliance d&#233;mocratique
du Qu&#233;bec, qui a repris le flambeau de la recherche d'une forme nationale
qu&#233;b&#233;coise en d&#233;fendant la notion ambigu&#235; d'association au Canada. Deuxi&#232;me
point de rupture : le mod&#232;le &#233;conomique social-d&#233;mocrate peine aujourd'hui,
dans le monde entier, &#224; imposer sa l&#233;gitimit&#233; dans le d&#233;bat public, face aux
th&#233;oriciens du lib&#233;ralisme classique. Or les souverainistes avaient fermement
associ&#233; un projet &#233;conomique social-d&#233;mocrate &#224; leur projet politique. Le
Qu&#233;bec occupe encore &#224; cet &#233;gard une position originale en Am&#233;rique du Nord.
Il prolonge une conception de l'&#201;tat providence paradoxalement h&#233;rit&#233;e de
l'Angleterre d'avant Mme Thatcher : l'enseignement sup&#233;rieur y est public et
presque gratuit, la sant&#233; est financ&#233;e collectivement, et certaines ressources,
comme l'hydro&#233;lectricit&#233;, sont nationalis&#233;es. Or ce mod&#232;le tout impr&#233;gn&#233;
d'interventionnisme est aujourd'hui symboliquement d&#233;valoris&#233; sur l'Ancien
comme sur le Nouveau Continent. Il appara&#238;t aujourd'hui comme un archa&#239;sme
de plus, qui serait associ&#233; &#224; l'archa&#239;sme du projet politique souverainiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MENACES SUR LA NATION&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Troisi&#232;me difficult&#233; : le souverainisme n'est plus ce qu'il &#233;tait. Ou
plut&#244;t, la nation telle que la concevaient Ren&#233; L&#233;vesque et Gilles Vigneault
il y a quarante ans a subi, elle aussi, une s&#233;rieuse d&#233;valuation symbolique.
Nationalistes et catholiques &#8211; tout au moins de culture &#8211;, les Qu&#233;b&#233;cois ne
s'inscrivent pas dans l'air du temps. Apr&#232;s les guerres des Balkans et celles
du Liban, &#234;tre nationaliste et de culture chr&#233;tienne, c'est se rapprocher
dangereusement dans l'imaginaire collectif des bandes de Milo&#353;evic ou des
milices chr&#233;tiennes du Liban. Mauvais calcul.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, la conception de la nation qui domine aujourd'hui
a chang&#233;. Lorsque Ren&#233; L&#233;vesque, en 1977, associait nation et &#201;tat, il
s'inscrivait, au-del&#224; de la r&#233;f&#233;rence coloniale, dans l'imaginaire de l'Europe des
&#201;tats-nations de 1848, revivifi&#233;e par les trait&#233;s de paix de 1918. Dans cette
perspective, chaque peuple, compris comme l'ensemble des citoyens partageant
une origine commune, une langue, une histoire et un projet, repr&#233;sent&#233; par
des &#233;lites d&#233;sireuses de prendre en charge le destin collectif, avait le droit de
se doter d'un &#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette conception de la nation est aujourd'hui en concurrence avec des
notions toute diff&#233;rentes, issues de la culture politique anglaise, et d&#233;fendues
par les f&#233;d&#233;ralistes d'Ottawa. Par exemple, lorsque le Premier ministre
canadien conservateur, Stephen Harper, demande &#224; son Parlement, comme il
l'a fait en 2007, de reconna&#238;tre la &#171; nation &#187; qu&#233;b&#233;coise, ce n'est pas l'image de
la nation de 1848 qu'il a en t&#234;te. C'est tout autre chose. La nation qu&#233;b&#233;coise
ainsi &#171; reconnues &#187; est du m&#234;me ordre que la nation iroquoise ou que la nation
huronne. Le mot d&#233;signe alors un groupe partageant une origine ethnique,
une langue, parfois une religion, un pan d'histoire, qui a vocation &#224; &#234;tre
respect&#233; dans ses sp&#233;cificit&#233;s et comme minorit&#233;, mais pas &#224; &#234;tre dot&#233; d'une
autonomie politique. Et les Qu&#233;b&#233;cois, qui ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment substitu&#233; le nom
de Qu&#233;b&#233;cois &#224; celui de Canadiens fran&#231;ais pour marquer leur d&#233;sir d'acc&#233;der
au statut de nation-&#201;tat, sont ici aux prises avec une contradiction centrale :
ils ne sont ni les premiers ni les seuls habitants du territoire qu'ils occupent
aujourd'hui. La minorit&#233; menac&#233;e, ce n'est pas ou ce n'est plus eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#171; Premi&#232;res Nations &#187; ont conquis, en effet, une place de plus en plus
importante dans l'&#233;conomie des repr&#233;sentations symboliques en Am&#233;rique
du Nord au cours des quatre derni&#232;res d&#233;cennies. Les Inuits ont obtenu du
Canada la reconnaissance d'un territoire transnational qui leur est propre, le
Nunavut, qui couvre une partie du Grand Nord qu&#233;b&#233;cois. Les diverses nations
am&#233;rindiennes, quoique encore tr&#232;s faibles num&#233;riquement et cantonn&#233;es dans
des territoires marginaux, commencent &#224; acqu&#233;rir une identit&#233; politique. Par
ailleurs, le Qu&#233;bec est, depuis le XVIIIe si&#232;cle, peupl&#233; de non-francophones de
toutes origines : colons anglais, bien s&#251;r, mais aussi loyalistes de la Nouvelle-
Angleterre fuyant la r&#233;volution am&#233;ricaine, ou encore Irlandais &#8211; papistes et
parfois antianglais &#8211;, &#201;cossais &#8211; ils contr&#244;laient la banque &#224; Montr&#233;al &#8211;, Juifs
r&#233;fugi&#233;s d'Europe centrale, Italiens et Grecs arriv&#233;s entre les deux guerres,
Ha&#239;tiens, Libanais et Maghr&#233;bins francophones, Vietnamiens... Il faudrait
m&#234;me y ajouter, aux bordures nord-est de la province et dans les &#238;les de la
Madeleine, une petite population acadienne francophone dont l'histoire est
diff&#233;rente de celle des Qu&#233;b&#233;cois. Bref, il y a des minorit&#233;s dans la minorit&#233;. Et
le mainstream politique pr&#244;ne aujourd'hui la d&#233;fense de la minorit&#233;. Lorsque
les Qu&#233;b&#233;cois s'&#233;crient, &#224; l'adresse d'Ottawa : &#171; Respectez-nous, nous sommes
la minorit&#233; ! &#187;, la capitale f&#233;d&#233;rale a beau de jeu de r&#233;pondre : &#171; Pas du tout !
C'est vous qui opprimez vos minorit&#233;s, par exemple en les obligeant &#224; parler
fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CATHOLICISME, LA&#207;CIT&#201;, ISLAM&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autres minorit&#233;s aujourd'hui respectables &#8211; et d&#233;cid&#233;es &#224; le faire
savoir &#8211; les minorit&#233;s religieuses posent un autre probl&#232;me aux Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le projet national port&#233; par la r&#233;volution tranquille &#233;tait clairement et de
fa&#231;on militante celui d'une soci&#233;t&#233; la&#239;que. Dans les ann&#233;es 70, le Qu&#233;bec
moderne a d&#233;confessionnalis&#233; en force et sans m&#233;nagements son syst&#232;me de
sant&#233; et d'assistance, de m&#234;me que son syst&#232;me scolaire. Dans son &#233;lan, il a
aussi fait dispara&#238;tre l'&#201;glise catholique. Les religieuses ont d&#251; quitter leur
voile, les religieux, abandonner leurs chaires d'enseignement. Les fid&#232;les ont
d&#233;sert&#233; les &#233;glises, et l'on a mis en vente les b&#226;timents eccl&#233;siastiques. Les
mouvements f&#233;ministes ont &#233;t&#233; au premier rang d'un mouvement v&#233;cu par
eux comme une &#233;mancipation. Le r&#233;sultat est net : le Qu&#233;bec est aujourd'hui
la contr&#233;e d'Am&#233;rique du Nord o&#249; il y a le nombre le plus &#233;lev&#233; de gens se
disant &#171; sans religion &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La m&#233;moire encore fra&#238;che de cette r&#233;volte contre la th&#233;ocratie
catholique rend particuli&#232;rement vifs les d&#233;bats autour des revendications
des communaut&#233;s religieuses d'aujourd'hui, musulmans et juifs orthodoxes de
la communaut&#233; Loubavitch. La situation est d'autant plus compliqu&#233;e que le
Qu&#233;bec doit respecter un texte fondamental du Canada dit Charte des droits
et des libert&#233;s de la personne. Inspir&#233;e par le droit anglais &#8211; donc am&#233;ricain
&#8211; et parfaitement en phase avec les sensibilit&#233;s contemporaines dominantes,
ce texte garantit &#224; tout citoyen canadien le libre exercice de sa pratique
religieuse. Lorsque ce libre exercice entre en conflit avec d'autres droits, l'on
doit chercher &#224; trouver ce que la langue qu&#233;b&#233;coise appelle officiellement
un &#171; accommodement raisonnable &#187;, compromis trouv&#233; pour chaque cas
particulier et qui ne vaut que pour celui-ci. Il est interdit, par exemple, de faire
entrer une arme dans un &#233;tablissement scolaire. Mais leur religion prescrit
aux jeunes sikhs de porter un poignard &#224; leur ceinture. L'accommodement
raisonnable autorisera le poignard mais demandera qu'il soit cousu dans un
&#233;tui&#8230; On imagine facilement la prolif&#233;ration des cas particuliers, les subtilit&#233;s
des argumentaires. Les controverses autour de la question du voile port&#233; par
les femmes de confession islamique ont ainsi occup&#233; une place importante dans
les m&#233;dias populaires lors de la campagne &#233;lectorale de 2007, provoquant un
travail de red&#233;finition de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise&#8230; et la mise au jour des failles
qui la traversent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#201;ROUXVILLE, NOUVEAU H&#201;RAUT DE LA NATION ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans une sorte de Bethl&#233;em qu&#233;b&#233;coise, l'improbable municipalit&#233;
d'H&#233;rouxville, situ&#233;e &#224; une centaine de kilom&#232;tres au nord de Montr&#233;al, que
s'est allum&#233; au printemps 2007 un d&#233;bat significatif des contradictions dans
lesquelles se sentent enferm&#233;s les Qu&#233;b&#233;cois &#171; de souche &#187; et de leur difficult&#233;
&#224; exprimer en des termes aujourd'hui acceptables ce qu'ils ressentent comme
leur identit&#233;. Le conseil municipal de ce gros bourg rural, connu jusqu'alors
pour le festival de musique country voisin, a adopt&#233; une d&#233;claration pr&#233;cisant,
&#224; l'intention d'immigr&#233;s potentiels et pour l'heure inexistants, les valeurs, us
et coutumes de la communaut&#233;. Le texte, fort bien r&#233;dig&#233; et que l'on trouve
sur Internet, &#233;tablit une liste d'usages associ&#233;s globalement &#224; l'islam (port
du voile, refus de la mixit&#233; dans les espaces publics, limitation du statut de
la femme, mais aussi lapidation&#8230;) dont il est dit explicitement qu'ils ne sont
pas acceptables &#224; H&#233;rouxville. Les usages et valeurs d&#233;finis au contraire
comme qu&#233;b&#233;cois sont ceux de la r&#233;volution tranquille &#8211; &#233;galit&#233; entre
hommes et femmes, mixit&#233; des activit&#233;s sportives et scolaires, la&#239;cisation de
la soci&#233;t&#233; &#8211;, mais donnent une place &#224; l'h&#233;ritage catholique dans sa version
patrimonialis&#233;e. Le conseil municipal d'H&#233;rouxville affirme en effet son droit
&#224; d&#233;penser l'argent public pour entretenir les croix de chemin et &#224; utiliser le
mot No&#235;l, contest&#233;s parce qu'il s'agirait l&#224; d'usages relatifs &#224; une communaut&#233;
religieuse particuli&#232;re (les catholiques) qui ne sauraient &#234;tre impos&#233;s &#224; tous. Sa
position se fonde cependant non pas sur une appartenance catholique mais sur
l'aspect patrimonial de ces vestiges. Les r&#233;dacteurs (locaux) du &#171; r&#232;glement &#187;
d'H&#233;rouxville ont rapidement obtenu ce qu'ils souhaitaient : l'attention
des m&#233;dias nationaux et le lancement d'un d&#233;bat public &#224; partir de leurs
positions. Bien s&#251;r, les gens branch&#233;s de Montr&#233;al ont stigmatis&#233; le populisme
r&#233;actionnaire des habitants d'H&#233;rouxville&#8230; et les habitants des r&#233;gions ont
stigmatis&#233; le multiculturalisme d&#233;cadent de Montr&#233;al, consacrant la coupure
imaginaire entre une capitale cosmopolite et son arri&#232;re-pays traditionaliste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est le plus significatif, dans cette affaire, n'est pas tant le
discours tenu que la fa&#231;on dont il est entr&#233; dans le d&#233;bat public. C'est d'un
point marginal g&#233;ographiquement et politiquement &#8211; une petite municipalit&#233;
perdue quelque part au nord de la rivi&#232;re Saint-Maurice &#8211; qu'est parti le conflit.
Ce dernier s'est ensuite d&#233;velopp&#233; essentiellement &#224; la t&#233;l&#233;vision autour
d'intervenants peu connus : le maire d'H&#233;rouxville, un conseiller municipal,
de jeunes musulmanes venues manifester sur place, bref, des &#171; vraies gens &#187;,
porteurs d'une parole v&#233;cue comme authentique et relay&#233;e directement par
les m&#233;dias populaires. Autre sympt&#244;me : le vieux parti de Ren&#233; L&#233;vesque,
traditionnellement porteur du discours identitaire, n'a pas su prendre position
dans ce d&#233;bat. Il a laiss&#233; son &#171; jeune &#187; rival, l'Alliance d&#233;mocratique du Qu&#233;bec,
capitaliser sur le d&#233;sir d'une partie des populations &#171; historiques &#187; du Canada
fran&#231;ais de trouver un parti capable de revendiquer un h&#233;ritage culturel, un
ancrage chr&#233;tien, une appartenance territoriale, et de d&#233;fendre une s&#233;curit&#233;
&#233;conomique sans que ces choix soient d&#233;valoris&#233;s symboliquement comme un
retour au discours r&#233;actionnaire ant&#233;rieur &#224; la r&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MES A&#207;EUX ET &#171; D&#201;G&#201;N&#201;RATION &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des discours incroyablement r&#233;actionnaires, au sens propre du terme,
apparaissent en effet l&#224; o&#249; on ne les attendrait a priori pas. Par exemple dans
la chanson populaire, dont on a vu plus haut qu'elle avait &#233;t&#233; l'un des vecteurs
majeurs du projet national qu&#233;b&#233;cois. En 2006, un groupe folk, Mes A&#239;eux,
comme il en existe des dizaines au Qu&#233;bec et form&#233; de jeunes gens de moins
de trente ans, a &#233;crit et enregistr&#233; une chanson appel&#233;e D&#233;g&#233;n&#233;ration. Le
propos, adress&#233; &#224; l'auditeur en usant du tutoiement usuel qui affirme d'embl&#233;e
la proximit&#233; et la connivence, est d&#233;capant. Il r&#233;habilite la terre comme
seule possession qui vaille, fait l'&#233;loge du d&#233;fricheur et du paysan, exprime la
nostalgie des grandes fratries, des m&#232;res nourrici&#232;res et des f&#234;tes de famille. Il
fait le proc&#232;s de la ville, de l'individualit&#233;, de la libert&#233; sexuelle, des conqu&#234;tes
du f&#233;minisme. Bref, c'est mot pour mot l'inverse du projet de la r&#233;volution
tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or cette chanson n'est pas demeur&#233;e marginale. La pression des
auditeurs l'a impos&#233;e aux stations de radio, qui, au d&#233;part, n'en voulaient pas,
puis elle s'est install&#233;e durablement en t&#234;te des ventes. Le groupe lui-m&#234;me
a fini par &#234;tre invit&#233; un dimanche soir dans la grande &#233;mission de soci&#233;t&#233;
de la t&#233;l&#233;vision publique, successeur impr&#233;vu des chanteurs historiques de la
r&#233;volution tranquille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;F&#202;TE NATIONALE &#192; CAUSAPSCAL&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit br&#251;lot folk s'est m&#234;me immisc&#233; dans le rituel officiel de la f&#234;te
nationale. La chose est moins surprenante qu'il n'y para&#238;trait au premier abord.
La f&#234;te nationale, au Qu&#233;bec, n'est en effet pas exclusivement &#171; nationale &#187;
&#8211; et pour cause &#8211;, et les rituels politiques qui accompagnent usuellement
l'&#233;v&#233;nement dans les nations-&#201;tats anciennement constitu&#233;es sont ici r&#233;cents,
fragiles et controvers&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'usage d'organiser une manifestation civique &#224; l'intention des
Canadiens fran&#231;ais remonte au milieu du XIXe si&#232;cle, c'est en 1977 que le
gouvernement L&#233;vesque instaure la Saint-Jean-Baptiste comme f&#234;te nationale.
Cette derni&#232;re emprunte des formes multiples qui l'inscrivent dans les rituels
de la culture populaire urbaine. La manifestation centrale, par exemple, est
depuis les ann&#233;es 70 un concert, associ&#233; &#224; un discours, organis&#233; sur les plaines
d'Abraham, vaste esplanade situ&#233;e pr&#232;s du Parlement provincial de Qu&#233;bec et
qui vit la victoire d&#233;cisive des soldats du g&#233;n&#233;ral anglais Wolfe en 1759. Par
ailleurs, des f&#234;tes et concerts sont organis&#233;s dans les villages, o&#249; ils co&#239;ncident
avec les festivit&#233;s traditionnelles li&#233;es au solstice d'&#233;t&#233;. &#192; leur initiative, les
particuliers pavoisent avec le drapeau bleu aux fleurs de lys. L'arm&#233;e est
absente ou peu pr&#233;sente. La responsabilit&#233; de la f&#234;te, en effet, n'est pas confi&#233;e
&#224; l'&#201;tat mais prise en charge par des associations. Si en 1977 c'est la soci&#233;t&#233;
Saint-Jean-Baptiste, d&#233;positaire de l'h&#233;ritage du mouvement d'&#233;mancipation
des Canadiens fran&#231;ais, qui en avait la charge, depuis quelques ann&#233;es une
autre organisation, jug&#233;e plus repr&#233;sentative de l'ensemble des communaut&#233;s
culturelles du Qu&#233;bec, lui a &#233;t&#233; substitu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est donc une sorte de transplantation du domaine politique vers le
domaine culturel qui permet &#224; la f&#234;te d'exister. Ce d&#233;calage est visuellement
illustr&#233; par le fait que c'est autour d'une sc&#232;ne musicale que s'organise la
relation entre le discours, les drapeaux et la foule, les chanteurs occupant sur
la sc&#232;ne la place d&#233;volue dans les c&#233;r&#233;monies civiques aux repr&#233;sentants de
l'autorit&#233;. En 2006, par exemple, c'est &#224; un acteur qu'est attribu&#233;e la charge
d'&#233;crire et de lire le discours officiel. Le site de l'association responsable insiste
d'ailleurs sur la participation de la soci&#233;t&#233; civile aux c&#233;l&#233;brations. On n'attend
pas des b&#233;n&#233;voles qu'ils carburent uniquement &#224; l'enthousiasme national, et,
comme dans toute entreprise soucieuse de motiver ses troupes, un concours
et des cadeaux r&#233;compensent les plus efficaces producteurs de la symbolique
nationale. L'ensemble est parrain&#233; par une marque de bi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant alors &#224; ce que l'on observe dans les c&#233;l&#233;brations non
pas la rigueur et l'unit&#233; &#8211; dans le c&#233;r&#233;monial et les discours &#8211; qui caract&#233;risent
les f&#234;tes des &#201;tats anciennement centralis&#233;s, mais une adaptation aux formes
nouvelles de la vie collective. Ainsi, &#224; Causapscal, bourgade de Gasp&#233;sie situ&#233;e
&#224; plus de mille kilom&#232;tres de Montr&#233;al, le discours officiel de la f&#234;te &#233;tait-il,
en ce mois de juin 2007, compos&#233; &#224; la fois de propos tenus par des &#233;lus, en
l'occurrence le maire et la d&#233;put&#233;e &#8211; ce qui rel&#232;ve du mod&#232;le classique &#8211;, et
de deux chansons, ins&#233;r&#233;es entre les discours et le feux d'artifice, comme si
elles &#233;taient elles-m&#234;mes un discours. Et, de fait, elles en faisaient fonction.
La premi&#232;re &#233;tait D&#233;g&#233;n&#233;ration, du groupe Mes A&#239;eux, cit&#233;e plus haut, qui
quittait ainsi clairement le registre du spectacle pour entrer dans celui de la
repr&#233;sentation politique. Quant &#224; la seconde, intitul&#233;e Lettre &#224; Ren&#233; L&#233;vesque
et due au groupe de papys militants Les Cow-Boy fringants, elle portait, elle
aussi, un message explicitement politique : un appel aux jeunes g&#233;n&#233;rations
pour qu'elles rel&#232;vent l'h&#233;ritage de Ren&#233; L&#233;vesque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HEURTS ET MALHEURS DU 400E&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le conseil municipal d'H&#233;rouxville, Mes A&#239;eux et Les Cow-Boys
fringants&#8230; ces porteurs de discours apparemment marginaux n'occupent le
devant de la sc&#232;ne qu'autant que les vecteurs traditionnels de la transmission
d'une identit&#233; nationale peinent &#224; remplir leur r&#244;le. En t&#233;moignent les
difficult&#233;s dans l'organisation des c&#233;r&#233;monies du 400e anniversaire de Qu&#233;bec.
En 2008, cela fera quatre cents ans &#8211; ou &#224; peu pr&#232;s &#8211; que Samuel de Champlain
a abord&#233; le site de Qu&#233;bec. L'anniversaire appelle une c&#233;l&#233;bration, et depuis
quelques dizaines de mois on s'agite autour de la question, tant &#224; Qu&#233;bec
qu'&#224; Ottawa et Paris. Les anniversaires &#224; Qu&#233;bec sont choses complexes et
politiques. Le 300e anniversaire, en 1908 avait donn&#233; lieu &#224; un magistral
tour de passe-passe par lequel Ottawa avait r&#233;cup&#233;r&#233;, pour le plus grand
profit symbolique de l'empire, l'initiative, &#224; l'origine modeste, des bourgeois
francophones de Qu&#233;bec. Le programme de 2008 est, lui aussi, objet de
controverses et sujet &#224; volte-face et transformations. Ottawa a un projet clair
et astucieux : c&#233;l&#233;brer l'arriv&#233;e via le port de Qu&#233;bec des centaines de milliers
d'immigrants qui ont fait le Canada multiculturel d'aujourd'hui. La ville de
Qu&#233;bec, dans cette perspective, est ramen&#233;e exclusivement &#224; sa fonction de
port. Son r&#244;le de capitale administrative et religieuse d'un territoire rural,
agricole et essentiellement francophone dispara&#238;t purement et simplement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais peut-on tenir un autre discours sans r&#233;veiller les flammes
du souverainisme ou encourir le reproche de nationalisme ethnique et
religieux ? La question donne des cauchemars au gouvernement provincial
lib&#233;ral de Jean Charrest, qui entend contenir toute vell&#233;it&#233; souverainiste et
qui cherche une voie moyenne entre l'enthousiasme multiculturel d'Ottawa
et l'inopportune c&#233;l&#233;bration d'un h&#233;ritage embarrassant. Comment c&#233;l&#233;brer
les Canadiens fran&#231;ais sans en parler tout en en parlant ? Ainsi, la grande
exposition sur l'Am&#233;rique fran&#231;aise pr&#233;vue &#224; l'origine ne se fera pas, ou plus
tard, ou autrement. &#192; la place, la France pr&#234;tera une exposition du mus&#233;e
du quai Branly, zappant les Canadiens fran&#231;ais au profit d'une c&#233;l&#233;bration
plus au go&#251;t du jour des cultures autochtones. Quant au Qu&#233;bec proprement
dit, son discours national s'engloutit dans les initiatives spectaculaires ou
sympathiques mais, au sens propre, insignifiantes. Le Cirque du Soleil, grande
entreprise du show-business, qu&#233;b&#233;coise et mondialis&#233;e, assurera l'essentiel
du spectacle, et, si ses managers le veulent bien, on aura C&#233;line Dion, autre
ic&#244;ne du succ&#232;s plan&#233;taire. Des chorales franco-qu&#233;b&#233;coises renoueront dans
la bonne humeur le lien social transatlantique. Quant &#224; la Saint-Jean-Baptiste
sur les plaines d'Abraham, elle repr&#233;sente un vrai probl&#232;me. Trop charg&#233;
de souvenirs, cet endroit ! Et s'il venait &#224; l'id&#233;e de quelques jeunes zozos de
se prendre pour F&#233;lix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois et de
rejouer la Superfrancof&#234;te de 1974 ? On a vu ce que &#231;a donnait lorsqu'on
laissait des chanteurs parler politique. Mieux vaut rester raisonnable et confier
aux f&#233;d&#233;rations de g&#233;n&#233;alogistes une exposition sur les &#171; familles-souches &#187;
(celles qui se sont install&#233;es au Qu&#233;bec au XVIIe si&#232;cle) et les &#171; familles-racines &#187;
(celles qui sont rest&#233;es en France, toujours au XVIIe si&#232;cle). Id&#233;e charmante,
certes, et sans danger politique imm&#233;diat, mais qui t&#233;moigne d'un repli frileux&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;sur la tradition. Crise symbolique, crise des institutions, avons-nous dit.
Pour la regarder sous un angle nouveau, on peut consid&#233;rer ce que dit de la
question des institutions Denis Moni&#232;re, politiste et partisan historique du
projet souverainiste. Le Qu&#233;bec, dit-il, a un &#201;tat faible, et &#231;a n'est pas bon.
Dans le cas particulier du Qu&#233;bec, un &#201;tat fort, paradoxalement, lib&#233;rerait les
individus. Certes, le projet souverainiste aujourd'hui ne consiste plus &#224; suivre
le mod&#232;le des d&#233;colonisations des ann&#233;es 70. Mais, si les Canadiens fran&#231;ais ont
surv&#233;cu comme groupe, c'est au prix d'une discipline individuelle et collective
s&#233;v&#232;re, encadr&#233;e par l'&#201;glise. C'est parce que les femmes avaient quatorze
enfants que le groupe a perdur&#233;. C'est parce que les familles parlaient fran&#231;ais
&#224; leurs enfants m&#234;me si cela avait un prix en termes de promotion sociale et
&#233;conomique que la langue, elle aussi, s'est maintenue dans un environnement
pourtant d&#233;favorable. Aujourd'hui, il n'est bien s&#251;r plus question de demander
aux familles d'assurer la survie du groupe, et le r&#244;le r&#233;gulateur de l'&#201;glise
s'est &#233;vanoui. Et si la langue subsiste, face &#224; la pression renouvel&#233;e de l'anglais,
c'est seulement gr&#226;ce &#224; la protection des pouvoirs publics exprim&#233;e par la loi
101 et aux politiques publiques de soutien &#224; la culture.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un &#201;tat souverain d&#233;livrerait, dit Denis Moni&#232;re, les individus de la
charge d'assurer la d&#233;fense de la langue et la p&#233;rennit&#233; du groupe en assumant
les fonctions symboliques et en veillant &#224; la transmission. On peut &#234;tre d'accord
ou non avec cette opinion, exprim&#233;e ici de fa&#231;on peut-&#234;tre trop sommaire. Il
n'en demeure pas moins qu'il y a l&#224; une cl&#233; pour comprendre la confusion
id&#233;ologique dans laquelle se d&#233;bat le Qu&#233;bec aujourd'hui. Confier la charge
de la production symbolique au th&#233;&#226;treux et aux chanteurs, c'est s'assurer,
en p&#233;riode de hautes eaux id&#233;ologiques, un fort potentiel de cr&#233;ativit&#233; et un
&#233;cho maximal dans la soci&#233;t&#233;. Mais, en p&#233;riode de reflux, c'est s'exposer &#224;
des d&#233;rives bizarres, &#224; la fragmentation des repr&#233;sentations, aux distorsions
des appartenances. Bref, il n'est pas anodin de ne pas r&#233;ussir &#224; organiser un
grand anniversaire, une f&#234;te nationale ou un grand mus&#233;e. C'est plut&#244;t un
sujet d'inqui&#233;tude.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CATHERINE BERTHO-LAVENIR est professeur d'histoire contemporaine &#224; l'universit&#233;
Paris III-Sorbonne nouvelle. Elle s'est occup&#233;e, en 2006, de la chaire &#171; &#201;tude de la
France contemporaine &#187; &#224; l'universit&#233; de Montr&#233;al. Son dernier livre : Histoire des
m&#233;dias, de Diderot &#224; Internet, avec Fr&#233;d&#233;ric Barbier, Armand Colin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.vigile.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;a href=&quot;http://www.cerium.ca/IMG/pdf/Quebec_Medium1.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;

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