Des radicaux au PQ? Normal!
Les purs et durs ont obtenu le départ de Bernard Landry. Mais
faire du Québec un pays n'est pas un objectif modéré.
Qu'on ne se surprenne pas que des radicaux s'y investissent.
Jean-François Lisée
L'actualité, 1 août 2005
Ah, les radicaux du PQ! Les purs et durs! Ils ont fait de la peine à
René Lévesque. (Vrai.) Ils ont mené la vie dure à
Lucien Bouchard. (Absolument.) Ils ont montré la porte à
Bernard Landry. (C'est moins sûr.) Ils ne seront pas plus tendres
envers son successeur. (Sauf s'il s'appelait Jacques Parizeau.) Que n'a-t-on
pas dit sur leur compte...
Comme conseiller de Jacques Parizeau et surtout de Lucien Bouchard, je
fus assez souvent dans leur ligne de mire. L'an dernier, j'ai plusieurs
fois débattu publiquement - et assez vigoureusement - avec leur
porte-étendard actuel, Robert Laplante. J'ai donc un grand nombre
de désaccords avec eux. Je pourrais dire beaucoup de mal de ces
radicaux. L'intolérance de certains et quelques relents d'anglophobie
m'insupportent. Pourtant, je prendrai leur défense.
On perd de vue une donnée essentielle: l'objectif du Parti québécois
est radical. La création d'un nouveau pays à partir d'une
fédération existante est un projet exaltant, mais qui tient
de la rupture. Il faut être rebelle pour vouloir changer fondamentalement
son statut politique. S'il n'y avait pas de radicaux au sein d'un parti
qui veut faire une révolution institutionnelle, on devrait douter
de sa santé.
Les impératifs démocratiques requièrent du Parti
québécois qu'il réunisse plus de 50% des électeurs
derrière son projet, qu'il convainque donc un grand nombre de modérés
de la justesse de sa cause... radicale. Le chef, le parti, l'équipe
parlementaire ont la tâche de rendre le projet réaliste,
opérationnel, de voir venir lucidement les obstacles et d'imaginer
les façons de les aplanir ou de les contourner. De conclure des
alliances, parfois, avec des partenaires et des partis qui ont une autre
approche.
Mais qu'on arrête de vouloir que les radicaux soient modérés.
Pendant toute l'histoire du PQ, ils ont eu un pouvoir d'influence, jamais
de décision. Régulièrement, leurs propositions sont
rejetées par les conseils nationaux et les congrès. Voudrait-on,
en plus, qu'ils se taisent? Ou alors - c'était l'espoir de René
Lévesque - qu'ils créent un parti à eux, qui divise
l'électorat souverainiste au moment du vote?
Sur la souveraineté et sur la langue, il leur arrive d'apporter
de mauvaises réponses. Mais rarement de poser de mauvaises questions.
Voyez les cégeps anglophones, fréquentés de façon
accrue par les allophones et les francophones. La proposition d'étendre
les restrictions de la loi 101 aux cégeps fut repoussée
par le congrès du PQ de juin. Mais est-il vraiment souhaitable
que les cégeps anglophones deviennent le lieu de passage d'une
portion croissante des élites québécoises? Souverain
ou pas, le Québec doit résoudre cette question.
La loi 101 a créé, au primaire et au secondaire, une ségrégation
nécessaire entre les anglophones et les autres, pour des impératifs
de survie linguistique du français. Mais la ségrégation
n'est pas, en soi, une vertu. Il serait bon que, au moment de terminer
leurs études ou de se préparer à l'université,
tous les cégépiens québécois se retrouvent
dans un même réseau collégial intégrateur.
Dans la région de Montréal, ce réseau unique de cégeps
devrait offrir à l'ensemble de ses étudiants une formation
en français pendant trois trimestres sur quatre, puis en anglais
pendant le quatrième. De cette façon, tous les finissants
seraient effectivement bilingues. Faisons en sorte que, pendant ces deux
ou trois années passées au collégial, se forment
enfin des réseaux - amicaux et professionnels - entre francophones,
anglophones et allophones. Qu'ils s'inscrivent dans les mêmes filières
d'emploi, se fréquentent, se mélangent.
Sur la souveraineté, les radicaux sont pressés, ils voudraient
prendre des raccourcis. Nombre de leurs propositions sont contre-productives.
Elles sont écartées. Mais comment leur en vouloir de se
méfier des pièges de l'attentisme et de l'immobilisme? Le
risque n'est-il pas réel que le PQ se transforme en simple parti
de pouvoir? La présence des radicaux est en quelque sorte l'antidote
à ce virus frappant tous les partis qui tardent à réaliser
leur objectif premier.
Comment résister aux assauts répétés de la
minorité radicale? En se faisant élire chef à l'issue
d'une course âprement disputée. Là, contrairement
au vote de confiance, 50% plus une voix suffisent. Le futur chef du PQ
aura cet avantage. Pour le reste, il sait ce qui l'attend.
Ancien conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, l'auteur
est directeur exécutif du CERIUM.
Il s'exprime ici à titre personnel.